CHAPITRE V
LA PRÉSENTATION AU TEMPLE
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CHAPITRE V LA PRÉSENTATION AU TEMPLE |
La circoncision. |
Le nom de Jésus. |
Prescriptions légales. |
Marie au temple. |
Prophétie d'Aggée. |
Le saint vieillard Siméon. |
Nunc dimittis. |
Grave prédiction. |
Anne la prophétesse |
Purification et Présentation (Luc., n, 21-38) |
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Le huitième jour après sa naissance, l'Enfant fut circoncis dans la grotte de Bethléem. Joseph prononça les paroles du rit sacré: « Loué soit notre Dieu, qui a imprimé sa loi dans notre chair, et marqué ses enfants du signe de l'alliance pour les rendre participants des bénédictions d'Abraham, notre père (10) » Le fils de Marie devenait ainsi fils d'Abraham, l'enfant de la promesse, l'homme mystérieux que Jéhovah, pour consoler le saint patriarche, glorifiait en ces termes: « Je te donnerai un fils en qui seront bénies toutes les nations de la terre. »
Le jour de la circoncision, les parents imposaient un nom au nouveau-né. L'enfant de la crèche fut appelé Jésus, c'est-à-dire Sauveur: nom mille fois béni que l'ange avait apporté du ciel pour signifier la mission du Verbe incarné sur cette terre; nom doux à la bouche comme un rayon de miel, à l'oreille comme un chant harmonieux, au coeur comme un avant-goût du Paradis (11); nom au-dessus de tout nom, qu'au ciel, sur la terre et dans les enfers, on ii)ne prononce qu'à genoux (12)
Après cette cérémonie, Joseph et Marie s'établirent dans une humble maison de Bethléem, estimant que le Messie devait résider dans cette cité de David, désignée par les prophètes comme son berceau, et où l'avait conduit une circonstance providentielle. De là, le quarantième jour après la naissance de Jésus, ils se rendirent à Jérusalem pour y accomplir d'autres prescriptions légales.
Dieu avait dit à Moïse: « La femme qui aura mis un enfant au monde, s'abstiendra de paraître au temple pendant quarante jours. Le quarantième jour, elle présentera au sacrificateur un agneau d'un an et une tourterelle en offrande pour le péché. Si elle ne peut se procurer un agneau, elle offrira deux tourterelles. Le sacrificateur priera pour elle, et elle sera purifiée (13). » - « En outre, les premiers-nés doivent m'être consacrés. Vous les rachèterez au prix de cinq sicles d'argent. Si vos enfants vous interrogent au sujet de cette rançon, vous leur répondrez que Jéhovah vous a tirés d'Égypte en immolant tous les premiers-nés des Égyptiens, et qu'en souvenir de votre délivrance vous lui consacrez les premiers-nés de vos enfants (14). »
Cette double loi concernait toutes les mères excepté la Vierge Mère, et tous les premiers-nés excepté l'Enfant- Dieu. Évidemment, celle qui conçut de l'Esprit-Saint et enfanta le Saint des Saints n'avait à se purifier d'aucune souillure, celui qui naquit pour racheter le monde n'avait pas lui-même besoin de rançon, mais Dieu voulut laisser dans l'ombre de la vie commune les deux privilégiés de son coeur, et donner à la terre une leçon sublime d'obéissance et d'humilité.
Au jour fixé par la loi, la divine famille s'achemina vers la ville sainte. Marie portait l'Enfant dans ses bras; Joseph les suivait, chargé de l'humble offrande que devait présenter la pauvre mère. Quand, après quelques heures de marche, ils entrèrent à Jérusalem, les princes, les pontifes, les docteurs ne se doutèrent point que passait sous leurs yeux ce Messie dont ils prêchaient si souvent au peuple les glorieuses destinées. Ils eussent répondu par un sourire de mépris à qui leur eût montré dans cet enfant le Libérateur d'Israël.
Marie se dirigea vers le temple, heureux abri de ses premières années. En gravissant avec Jésus les degrés du majestueux édifice, elle se rappelait involontairement la prédiction du prophète Aggée. Cinq siècles auparavant, les restes des tribus captives, revenues de Babylone, rebâtissaient la ville et le temple, et les vieillards ne pouvaient s'empêcher de verser des larmes au souvenir des magnificences disparues pour toujours. « Ne pleurez pas, s'écria le prophète, encore un peu de temps, le Désiré des nations apparaîtra et remplira cette maison de sa splendeur. La gloire du nouveau temple éclipsera celle du premier (15). » La prédiction s'accomplissait en ce jour: la présence du Christ glorifiait et sanctifiait la maison de Dieu, mais, comme à la crèche, il laissa les sages dans leurs ténèbres et ne se révéla qu'aux humbles.
Il y avait alors à Jérusalem un vénérable vieillard, nommé Siméon. Fidèle à Dieu, confiant en ses promesses, non seulement il attendait le consolateur d'Israël, mais un plus doux espoir tenait son coeur dans une sainte allégresse. L'Esprit divin, par ses secrètes inspirations, lui donnait l'assurance qu'il ne mourrait pas avant d'avoir vu de ses yeux le Messie de Jéhovah.
Or, ce jour-là, toujours conduit par l'Esprit de Dieu, le saint vieillard se rendit au temple. Quand Joseph et Marie pénétrèrent dans l'enceinte sacrée, Siméon aperçut l'enfant sur les bras de sa mère. Son regard s'arrêta fixement sur Jésus, ses yeux se mouillèrent de larmes; son âme, subitement illuminée, découvrit le Fils de Dieu sous les voiles de son humanité. Aussitôt, saisi d'un saint transport, il prend l'enfant dans ses bras, le serre contre son coeur, et d'une voix tremblante d'émotion: « Seigneur, dit-il, soyez béni ! Vous avez tenu votre parole, mes yeux ont vu le Sauveur, maintenant je puis mourir en paix ! Je l'ai vu, Celui que vous envoyez à tous les peuples, la lumière des nations, la gloire d'Israël ! »
Ainsi parla l'homme de Dieu. Joseph et Marie admiraient cet hymne de louange en l'honneur du divin Enfant, quand tout à coup le front du vieillard s'obscurcit, comme si de douloureuses pensées agitaient son âme. Il bénit les deux saints personnages, puis il dit à la mère: « Cet enfant est venu pour la ruine et la résurrection d'un grand nombre en Israël. Il sera en butte à la contradiction parmi les peuples; à son occasion, les pensées cachées au fond des coeurs éclateront au grand jour. Pour vous, ô mère, un glaive traversera votre âme ! » D'un mot, le prophète annonçait l'opposition des Juifs au règne du Messie et faisait pressentir le Golgotha . Marie comprit le martyre qui l'attendait, et ne se troubla point. Elle répondit comme autrefois à l'archange: « Que la volonté de Dieu s'accomplisse en sa servante. »
A ce moment solennel survint un nouveau témoin que l'Esprit envoyait au temple pour reconnaître et glorifier le divin Enfant: c'était Anne la prophétesse, la fille de Phanuel, de la tribu d'Aser. Restée veuve après sept années de mariage, cette femme vénérable, alors âgée de quatre- vingt-quatre ans, menait une vie toute céleste. Elle passait ses jours dans la maison de Dieu, macérait son corps par des jeûnes continuels, et la nuit comme le jour exhalait sa prière devant l'autel du Seigneur. Comme le vieillard Siméon, en voyant l'enfant, Anne reconnut le Messie promis à son peuple, et son âme éclata en actions de grâces. Transportée de joie, elle rendit témoignage à Jésus devant tous Ceux qui attendaient la rédemption d'Israël.
Après ces manifestations glorieuses et sombres en même temps, Marie s'approcha du parvis des Juifs. Un sacrificateur vint à sa rencontre, reçut les deux tourterelles, présent de la pauvre mère, et récita sur elle les prières du rit sacré. Le prêtre l'introduisit alors dans le parvis intérieur pour la cérémonie de la présentation. Conjointement avec Joseph, elle déposa l'enfant dans les mains du ministre de Jéhovah; puis, ayant payé les cinq sicles exigés pour la rançon, elle le reçut de nouveau dans ses bras. En ce moment, contrairement aux formalités légales qui lui rendaient la liberté, l'Enfant-Dieu, volontairement esclave, se consacrait tout entier à la gloire de son Père, et se dévouait, comme victime, au salut de l'humanité. Marie et Joseph, mus par le même amour, offraient à Dieu, comme sa propriété, le trésor placé entre leurs mains.
Les prescriptions de la Loi ainsi accomplies, les saints époux reprirent le chemin de Bethléem.
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(10) Voir le Ration! de Durand (édition Vivès, III, 429)
(11)
.Saint Bernard, Off. S. Nom. Jet
(12) . Ad Philip., u, 9-10.
(13) Duit., xu.
(14) Exod., xm
.(15)Agg., u, 8-10.
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CHAPITRE VI
LES ROIS ORIENT
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Les trois Mages. |
L'étoile' mystérieuse. |
Le voyage. |
Arrivée à Jérusalem. |
Terreurs d'Hérode. |
Réunion du grand Conseil. |
En route vers Bethléem. |
Adoration des Mages (Mani., II, 1-12) 31 |
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Pendant que Jésus sortait de Jérusalem, ignoré de tous à l'exception d'un vieillard et d'une pauvre veuve, Dieu préparait un événement qui forcerait les docteurs, le Sanhédrin, et même le roi Hérode à s'occuper du nouveau-né.
Au delà des frontières d'Israël, sous le beau ciel d'Orient, vivaient des peuples qui, eux aussi, attendaient un Sauveur. Perses, Arabes, Chaldéens, nourrissaient tous la même espérance. Quand les Hébreux exilés pleuraient sur les bords de l'Euphrate, les sages du pays les interrogeaient sur leurs destinées, feuilletaient avec eux les livres prophétiques, et s'initiaient ainsi aux secrets de l'avenir. Ils savaient que la venue du Messie d'Israël serait annoncée par un signe céleste, car un prophète avait dit en parlant de lui: « Je le vois, mais il n'est pas encore. Je le contemple, bien qu'il soit encore loin. Une étoile brillera sur Jacob, un sceptre s'élèvera d'Israël ! Habitués à lire dans les phénomènes célestes le présage des grands événements, les sages gravèrent dans leur mémoire le souvenir de cette prédiction
Un jour, trois chefs de tribus, les yeux attachés au firmament, suivaient avec attention ces étoiles qu'ils connaissaient par leurs noms, comme le jardinier connaît les fleurs arrosées par lui chaque matin. Tout à coup, ô prodige ! (16) ils aperçurent un astre nouveau d'une grandeur extraordinaire et d'un éclat merveilleux. En même temps une voix intérieure leur fit entendre que cette étoile annonçait la naissance du grand roi attendu par les Juifs. De plus, une force étrange, surhumaine, les poussait comme irrésistiblement à se mettre à la recherche de cette divine majesté. A toutes les observations la voix intérieure répondait que la brillante étoile les guiderait sur tous les chemins qu'ils auraient à parcourir.
Fidèles à l'attrait céleste, les trois mages — c'est ainsi qu'on les appelait — se décidèrent à entreprendre un voyage dont ils ignoraient le terme. Entourés de leurs serviteurs et munis de riches présents, ils se mirent en route, les yeux fixés sur l'étoile mystérieuse. Longtemps la caravane suivit les traces d'Abraham émigrant de la Chaldée; longtemps les montures agiles soulevèrent sous leurs pieds le sable du désert: l'étoile marchait toujours. Enfin ils arrivèrent sur les bords du Jourdain, puis sur le mont des Oliviers, en face de Jérusalem.
A l'aspect de la grande ville et du temple fameux qui présentait à leurs regards la masse imposante de ses murailles et de ses tours, les mages s'arrêtèrent, croyant avoir devant les yeux la cité du grand roi. En même temps l'étoile disparut, d'où ils conclurent qu'ils arrivaient au terme de leur pèlerinage. Ils s'empressèrent donc de descendre dans la ville sainte et posèrent aux habitants cette question toute naturelle de leur part: « Où est le roi des Juifs nouvellement né ?»
A leur grand étonnement, ceux qu'ils interpellaient, surpris et stupéfaits, répondirent qu'Hérode, le roi des Juifs, tenait le sceptre depuis trente-six ans, et qu'ils ne connaissaient aucun nouveau prince. « Cependant, s'écrièrent les trois voyageurs, nous avons vu en Orient l'étoile du nouveau roi, et nous sommes venus l'adorer. » Plus étonnés encore, les Juifs se regardaient et s'interrogeaient les uns les autres. En commentant les singulières paroles de ces étrangers, ils se demandaient avec émotion si le roi annoncé par l'étoile mystérieuse n'était pas le Messie attendu par Israël. Le vieil Hérode lui-même, instruit des questions posées par les mages, se mit à trembler dans son palais. Un roi nouvellement né ? L'usurpateur aurait- il par hasard oublié quelque rejeton des Machabées ? ou bien ce Messie, sur qui les Juifs fondaient leurs espérances de restauration nationale, aurait-il réellement fait son apparition ? Dévoré d'inquiétude, le tyran rassembla bien vite le grand Conseil, princes des prêtres et docteurs de la Loi.
« D'après vos prophètes, leur dit-il, où donc doit naître le Christ que vous attendez ?
— A Bethléem de Juda », répondirent-ils unanimement. Et ils citèrent en preuve la prophétie de Michée.
Heureux de savoir où trouver son odieux rival si par hasard il existait, Hérode congédia ses conseillers; mais, pour compléter ses renseignements, il voulut lui-même interroger les trois voyageurs sur les malencontreuses questions qui causaient son trouble. Dissimulant l'importance qu'il attachait à cet incident, il les fit venir secrètement dans son palais, s'enquit auprès d'eux de la signification de l'étoile, du moment précis de son apparition, et de toutes les circonstances qui pouvaient lui révéler l'âge de l'enfant; puis, feignant d'entrer dans leurs pieuses intentions: « Allez à Bethléem, dit-il, c'est là que vous le trouverez. Cherchez- le bien, et quand vous connaîtrez sa demeure, faites-le-moi savoir, afin que, moi aussi, j'aille l'adorer. »
Dès ce moment, un nouveau meurtre fut décidé dans le coeur d'Hérode; seulement, de peur d'exaspérer les Juifs, qui comptaient sur le Messie pour rompre leurs chaînes, il résolut de le faire disparaître sans bruit. Ainsi, peu d'années auparavant, il avait fait noyer son beau-frère Aristobule, puis s'était couvert de longs vêtements de deuil pour cacher son crime aux yeux de la nation. Les mages ne pouvaient deviner les pensées d'Hérode. Pleins de confiance dans ses paroles, ils prirent sans hésiter la route de Bethléem, ce dont ils ne tardèrent pas à se féliciter, car, à peine sortis de Jérusalem, ils retrouvèrent leur guide miraculeux. Comme dans les déserts d'Orient, l'étoile marcha devant eux, les dirigeant vers la cité de David.
Les pieux étrangers s'avançaient dans un saint ravissement, quand soudain l'étoile s'arrêta. Immobile dans le ciel, elle dardait ses rayons sur un point fixe et semblait dire: Il est là, celui que vous cherchez. Or ils n'avaient devant eux ni temple, ni palais, ni tente royale, mais une chaumière, semblable à toutes les autres. Ils entrèrent néanmoins, et se trouvèrent en présence d'une femme tenant un petit enfant dans ses bras, et d'un homme, qui contemplait en silence ces deux célestes créatures.
A peine eurent-ils arrêté leurs regards sur cette sainte Famille, qu'un sentiment tout divin pénétra l'âme des trois mages. Il leur sembla que l'humble maison brillait d'un éclat si doux et si vif à la fois, qu'ils se crurent transportés au ciel. En même temps la voix intérieure qui les avait poussés à ce voyage, leur apprit que sous les pauvres langes qui recouvraient l'enfant, se cachait le Fils de Dieu fait homme. Les yeux mouillés de larmes, ils se prosternèrent à ses pieds et l'adorèrent. Rois des tribus de l'Orient, ils se déclarèrent les vassaux du grand Roi, et lui firent hommage de leurs couronnes. Puis, quand les serviteurs eurent déchargé les riches fardeaux que portaient les bêtes de somme, ils offrirent de l'or à leur Roi, de l'encens à leur Dieu, et de la myrrhe au Rédempteur qui venait donner sa vie pour le salut des peuples.
Ainsi s'accomplissaient de la manière la plus inattendue les paroles du prophète: « Jérusalem, lève-toi: la gloire du Seigneur a brillé sur toi. Voici que les nations marchent à ta lumière, et les rois à l'éclat de ton soleil. Tu te verras comme inondée des chameaux et dromadaires de Madian et d'Épha. Ils viendront de Saba, portant de l'or et de l'encens, et chantant les louanges de Dieu (17). Dès ce jour, Jéhovah n'est plus le Dieu du seul Israël: il amène aux pieds de son Fils les Juifs et les Gentils, les bergers de Bethléem et les rois de l'Orient.
Enivrés des consolations divines, les étrangers désiraient prolonger leur séjour près du divin Enfant; mais, sur un avis du ciel, ils s'éloignèrent rapidement de Bethléem. Dieu leur révéla en songe les projets homicides d'Hérode, et comme ils avaient promis au tyran de lui rendre compte de ce qu'ils apprendraient touchant le nouveau roi des Juifs, ordre leur fut donné de ne pas retourner à Jérusalem, mais de suivre une autre route pour regagner leur pays. Dociles à la voix du Seigneur, les mages prirent au midi le chemin de l'Arabie, franchirent en quelques heures les confins de la Judée, et continuèrent leur voyage en côtoyant la lisière du désert. Messagers de Dieu, ils ne manquaient pas, sur leur passage, de raconter ce qu'ils avaient vu et entendu, de sorte que, en Orient comme sur les montagnes de Juda, se répandit la bonne nouvelle: Le Christ attendu depuis de longs siècles, est né à Bethléem.
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(16)-D'après la tradition populaire, les mages auraient adoré l'Enfant Jésus dans l'étable de Bethléem, dix jours seulement après sa naissance. De graves difficultés nous portent à croire, avec beaucoup d'interprètes, que la visite des mages n'eut lieu qu'après la Présentation, et dans une maison de Bethléem.
D'abord comment concilier la tradition avec le texte de saint Matthieu qui montre les mages entrant, non dans une étable, mais dans une maison, et intrantes domum . . adoraverunt eum.
Ensuite, on comprend que la sainte Famille ait passé, par nécessité, quelques jours dans l'étable de Bethléem; on ne voit pas parfaitement pourquoi saint Joseph l'y aurait laissée des semaines entières.
Enfin, si l'on admet que les mages ont conféré avec Hérode sur le nouveau roi des Juifs un mois avant la Présentation, il s'ensuivrait que, trompé par eux, le meurtrier aurait différé pendant un mois, en dépit de sa colère et de ses soupçons, le massacre des Innocents. Il s'ensuivrait aussi que Joseph et Marie auraient, malgré la fureur d'Hérode, iratus est valde, conduit l'Enfant à Jérusalem et au Temple, c'est-à-dire dans les mains du tyran, au lieu de le cacher à tous les yeux. Le chapitre suivant montrera mieux encore que la fuite en Egypte et le massacre des Innocents ont suivi immédiatement le départ des mages.
(17)-
Is., Lx, 1, 6. |
CHAPITRE VII
FUITE EN ÉGYPTE |
Projets homicides d'Hérode. |
Départ de la sainte Famille pour l'Égypte. |
Massacre des Innocents. |
Séjour de l'Enfant à Hélipolis |
Triste fin d'Hérode. |
Retour des exilés (Matth il, 13-23). 36 |
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Hérode attendait avec impatience le retour des rois d'Orient, afin de savoir s'ils avaient trouvé à Bethléem le roi désigné par l'étoile. Ne les voyant pas reparaître, il prit aussitôt des informations sur leur compte, et apprit qu'après un très court séjour à Bethléem, ils avaient disparu. A cette nouvelle qui dérangeait tous ses plans, le tyran entra dans une violente colère et jura que ce nouveau-né déjà qualifié roi des Juifs ne lui ravirait pas la couronne. Ayant toujours vécu sans Dieu, l'impie ne croyait pas que le Roi du ciel pût traverser les desseins des potentats de la terre.
Or, en ce même moment, un ange apparut à Joseph pendant son sommeil, et lui dit: « Lève-toi, prends l'Enfant et sa Mère, et fuis en Égypte. Tu y séjourneras jusqu'à ce que je te donne le signal du retour, car Hérode va se mettre à la recherche de l'Enfant pour le faire mourir. »
Son message rempli, l'ange disparut sans laisser à Joseph le temps de lui adresser une question. Du reste, le saint patriarche obéissait sans discuter les ordres de son Seigneur. Il se leva aussitôt, fit en grande hâte les préparatifs du voyage; et, s'abandonnant à la divine Providence , il se mit en route avec l'Enfant et sa Mère. Assise sur la douce monture qui l'avait amenée de Nazareth à Bethléem, la Vierge Marie portait son fils dans ses bras. Son âme se remplissait à chaque instant de tristes pensées, mais un regard sur Jésus y faisait renaître le calme et la sérénité. Silencieux et recueilli, Joseph veillait sur les deux êtres chéris confiés à sa garde, et priait les anges de Dieu de diriger leurs pas dans les chemins difficiles et dangereux qu'ils allaient suivre.
Du reste, les souvenirs que chaque cité, chaque site rappelaient à leur mémoire, étaient bien propres à remplir de confiance les pauvres exilés. Après deux heures de marche , ils atteignirent, à l'orient de Bethléem, la ville de Thécué, où David leur père trouva un abri contre les fureurs de Saul. En face, leurs regards plongeaient dans la vallée célèbre qui vit tomber l'armée de Sennachérib sous le glaive de l'ange exterminateur. Un peu plus loin, sur le sommet d'une colline, s'élève la ville de Ramah: c'est à ses pieds que la sainte Famille fit sa première halte. Après trois lieues, parcourues rapidement, et par des sentiers pierreux et accidentés, il fallut se reposer un instant et reprendre des forces (17)
De Ramah, les saints voyageurs se dirigèrent brusquement vers le couchant. Quelques pas de plus au midi, ils atteignaient la colline d'Hébron; mais les soldats d'Hérode étant peut-être sur leurs traces, ils se contentèrent de saluer les ossements vénérés du patriarche Abraham, et cette vallée de Mambré, toute pleine encore des communications de Dieu avec les enfants des hommes
A Tzirrah, où ils passèrent la nuit, les montagnes de Juda s'inclinent en pente douce vers la grande mer, laissant apercevoir la riante plaine des Philistins. Ici encore tout parlait de leurs aïeux, comme eux souvent errants et fugitifs. Sur leur droite, à Gaza, Samson s'ensevelit sous les ruines du temple avec les idoles et leurs adorateurs. A gauche, la vallée de Bersabée leur rappelle Abraham fuyant la famine, et le vieux Jacob s'en allant en Égypte retrouver son fils Joseph. Les divins proscrits arrivèrent enfin à Lebhem, sur la frontière de la Judée et de l'Égypte. Ils avaient fait trente lieues en quelques jours, et mettaient le pied hors des états d'Hérode juste au moment où le persécuteur, pour faire périr l'Enfant, commettait un crime aussi barbare qu'inutile.
Fou de terreur, le vieux roi ne voyait partout que des ennemis. Les Juifs haïssaient en lui le meurtrier de leurs rois; son fils Antipater venait d'attenter à sa vie; Dieu lui faisait déjà ressentir les premiers symptômes de l'horrible maladie qui le conduisit au tombeau; et voilà qu'on le menace de proclamer un enfant roi des Juifs. Dans un accès de rage, il appelle ses gardes fidèles, des Thraces, des Scythes, des Gaulois, habitués aux exécutions sanglantes, et leur donne l'ordre d'égorger tous les enfants de Bethléem et des environs, âgés de deux ans et au-dessous. D'après les renseignements donnés par les mages, il se croyait sûr que Jésus serait compris dans ce carnage.
Les meurtriers descendent en toute hâte vers la cité de David, envahissent les maisons, saisissent dans leurs berceaux ou sur les bras de leurs mères les enfants à la mamelle, et les immolent sans pitié. En vain les femmes affolées poussent-elles des cris de terreur, en vain essaient-elles de fuir, le glaive brille partout et fauche les innocentes victimes. Comme au temps de Jérémie, des hauteurs de Rama retentirent les lamentations et les cris de désespoir. Du fond de son tombeau, Rachel s'unissait à ces mères inconsolables pour pleurer, non plus sur ses fils esclaves, mais sur des cadavres sanglants.
Pauvres mères, séchez vos larmes: vos fils ne sont plus, mais leur sang a coulé pour l'Enfant-Dieu. Jusqu'à la fin des siècles, des millions de voix chanteront leur gloire: « Salut, diront ces voix, salut, fleurs des martyrs, vous que le persécuteur a moissonnées au seuil de la vie, comme l'orage abat les fleurs naissantes. Prémices de l'immolation rédemptrice, tendre troupeau de victimes, au pied de l'autel vos âmes innocentes se jouent parmi les palmes et les couronnes(18)»
Pendant qu'Hérode se livrait à cette horrible boucherie, l'Enfant qu'il voulait atteindre reposait tranquillement sur la terre d'Égypte, endormi dans les bras de sa mère. Au sortir de la Judée, Marie et Joseph entrèrent dans l'immense désert que les Israélites avaient traversé sous la conduite de Moïse. Là, dans ces plaines de sable, leurs pères avaient erré quarante années, mangé la manne du ciel, bu l'eau du rocher, et reçu la loi de Jéhovah aux pieds de ce mont Sinaï dont on apercevait les cimes à l'horizon lointain. Confiants dans le Dieu qui tira les Hébreux du désert, les saints exilés s'aventurèrent à travers ces solitudes inconnues. Après un nouveau voyage d'environ trente lieues le long de la grande mer, ils arrivèrent à Faramah, endroit où Joseph alla recevoir le vieux Jacob. Remontant alors le cours du Nil, le fleuve béni des Égyptiens, ils traversèrent la belle plaine de Tanis, témoin des nombreux prodiges accomplis par Moïse à la gloire du vrai Dieu. Leurs pieds foulaient la terre illustrée par les patriarches, surtout par l'enfant sauvé des eaux, le libérateur de son peuple et la figure vivante du Messie. Ils poursuivirent leur route jusqu'à la noble cité d'Héliopolis, où ils attendirent les ordres de Dieu.
L'Égypte, vaste temple d'idoles, servait de rendez-vous à tous les esprits de l'abîme. On y adorait des dieux à face humaine, les astres, les animaux, et jusqu'aux légumes des jardins. Héliopolis, la ville sainte, avec son temple du soleil, ses collèges de prêtres et de savants, formait comme le centre du culte idolâtrique. Et cependant c'était au sein de cette cité toute païenne que Dieu avait préparé une nouvelle patrie à la sainte Famille. Les Juifs bannis après la destruction de Jérusalem, et plus tard les proscrits d'Antiochus, s'étaient réfugiés en grand nombre à Héliopolis. Afin de se rappeler la mère-patrie et le culte de leurs ancêtres, ils y bâtirent à Jéhovah un temple, qui égalait presque en magnificence celui de Jérusalem. Joseph et Marie se retrouvèrent donc avec des compatriotes, la plupart fils de fugitifs ou exilés comme eux. Au sein de cette colonie juive, ils travaillèrent pour gagner le pain de chaque jour, vivant du reste comme à Bethléem, pauvres et inconnus. Une misérable grotte (19) leur servait d'asile, mais Jésus y habitait avec eux, et leur coeur surabondait de joie au milieu des tribulations.
Hérode, au contraire, passait de mauvais jours dans son palais d'or de Sion. Peu de temps après le massacre de Bethléem, la vengeance de Dieu éclata contre le meurtrier, et lui donna comme un avant-goût des douleurs éternelles. Un feu intérieur le consumait, pénétrant jusqu'à la moelle des os; aucun aliment ne pouvait apaiser la faim insatiable qui le dévorait; des ulcères lui rongeaient les entrailles; son corps, proie vivante des vers, exhalait l'odeur fétide du cadavre en putréfaction. Sous la tension de ses nerfs horriblement contractés et de ses membres gonflés par l'hydropisie, il poussait des hurlements de douleur qui faisaient dire à ses familiers: « La main de Dieu s'appesantit sur cet homme en punition de ses crimes. »
A bout de ressources, ses médecins le firent porter aux eaux de Callirhoë, près de Jéricho. On le plongea dans un bain d'huile et de bitume, mais à l'instant ses yeux se fermèrent, et son corps sembla se dissoudre. Le croyant mort, les Juifs poussèrent des cris de joie. Pour les punir, il fit emprisonner les membres des principales familles: « Aussitôt que j'aurai rendu l'âme, dit-il à sa digne soeur Salomé, faites-les tuer tous: ainsi je serai sûr que la Judée pleurera le jour de ma mort. » Dans son désespoir, il essaya de se percer le coeur d'un coup de couteau, et fit ensuite égorger dans sa prison son fils Antipater, accusé d'avoir voulu l'assassiner. Cinq jours après, le cruel tyran expirait lui-même (20), couvert des malédictions du peuple et de l'éternelle malédiction de Dieu.
Pendant ce temps, la sainte Famille vivait en paix à Héliopolis. Elle y passa encore de longs mois, mangeant le pain de l'exil. Souvent Joseph et Marie tournaient leurs regards vers le pays cher à leur coeur, attendant l'ordre du retour. Un soir, l'ange du Seigneur apparut de nouveau à Joseph pendant son sommeil: « Lève-toi, lui dit-il, prends l'Enfant et sa Mère, et retourne au pays d'Israël: ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l'Enfant. »
Joseph obéit aussitôt, et les exilés reprirent le chemin qu'ils avaient suivi, le long de la mer. Arrivés aux frontières de la Judée, Joseph allait se diriger vers Bethléem, mais les événements survenus en ce pays le jetèrent dans de grandes perplexités. Il apprit qu'Archélaûs, fils et successeur d'Hérode, ne se montrait ni moins cruel ni moins hostile à la nationalité juive que le féroce Iduméen. (21) Cinquante des principaux chefs de la Judée venaient de se rendre à Rome pour supplier l'empereur de ne pas leur imposer le joug odieux d'Archélaûs. « Hérode, dirent-ils, était moins un homme qu'une bête sauvage. Nous espérions que son fils serait plus sage, mais loin de répondre à notre attente il vient de massacrer trois mille des nôtres dans l'enceinte du temple sacré . » En conséquence, les députés demandaient l'annulation du testament d'Hérode et la réunion de la Judée à l'empire.
Cette situation ne permettait guère à Joseph de rentrer à Bethléem. Huit mois à peine s'étaient écoulés depuis la disparition de la sainte Famille; on ne manquerait pas de signaler son retour au prince homicide dont les Juifs réclamaient la déchéance, et l'Enfant courrait de nouveaux dangers. Le saint patriarche roulait ces pensées dans son esprit, quand il reçut en songe l'avertissement de retourner directement à Nazareth . Par crainte d'Archélaûs , il gagna la Galilée par la voie maritime de Gaza, Ascalon, Joppé et Césarée (22). Les trois saints personnages arrivèrent à Nazareth après un voyage de cent vingt-cinq lieues.
Ainsi s'accomplit la parole que le Seigneur appliquait à Israël: « J'ai tiré mon fils de l'Égypte (23). » Israël n'était que la figure de Jésus, son Fils bien-aimé. Pour arracher les Israélites au joug des Égyptiens, il leur ouvrit un chemin à travers la Mer Rouge; pour sauver son Fils, exilé sur ces mêmes bords du Nil, il brise sous ses pieds un tyran sanguinaire, et, par une route qu'il trace lui-même, ramène l'Enfant au pays de ses aïeux, non plus à Bethléem, où il est né, mais à Nazareth, afin que se vérifiât cette autre prédiction: « Il sera appelé Nazaréen (24) » Ainsi Dieu poursuit ses desseins sur le monde, malgré la sagesse des faux sages et la force brutale des méchants.
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Références
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(18)- Nous n'avons aucune raison de nous écarter de l'itinéraire tracé par les vieux historiens. Les stations de la sainte Famille sont parfaitement en rapport avec la distance géographique, et les monuments encore existants confirment la tradition. Il n'est pas nécessaire d'avertir nos lecteurs que voyage les Évangélistes se taisent absolument sur toutes ces particularités du en Égypte.
(19)-Flynn. SS. Innoc.
(20)- Les pèlerins visitent encore aujourd'hui la grotte d'Héliopolis.
(21)-Hérode mourut l'an de Rome 750, le 25 mars, un mois environ après le massacre des Innocents. Les détails que nous donnons sur sa maladie et sur sa mort sont empruntés à l'historien Josephe. (Antiquit., xvi et xvii.)
(22) Des monuments très anciens à son retour de l'Égypte.-
(23)-
Os., xi, 1.
(24)-
I:., xi, 1. Le mot hébreu fleur. D'après le texte d'Isaïe et en même temps Nazaréen et Fleur
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Au milieu des docteurs |
La vie cachée |
Le règne de Dieu. |
Obéissance de Jésus. |
Sa pauvreté |
La Santa Casa. |
Vie de travail et de prière. |
Portrait de Jésus. |
Mort de saint Joseph |
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Vue sur l'avenir. (Luc., tx, 40-52.) |
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Située au centre de la Galilée, Nazareth ne comptait guère que trois mille habitants, tous artisans ou laboureurs. C'est dans cette humble bourgade que Jésus passa les jours de son enfance et de son adolescence. Là ses compatriotes le virent croître en sagesse et en grâce. Bien que son extérieur ne le distinguât pas des autres enfants, ses vertus précoces révélaient une âme privilégiée.
A douze ans, l'adolescent devait observer les prescriptions de la loi. Joseph et Marie conduisirent donc Jésus à Jérusalem, à l'occasion de la fête de Pâques. Ils n'avaient plus à craindre Archélatis, alors banni de la Judée, et relégué par l'empereur dans un coin des Gaules. Ils se joignirent avec l'Enfant aux nombreuses caravanes qui se dirigeaient vers la cité sainte, et pour la première fois Jésus put assister aux sacrifices, contempler les victimes sur l'autel, et entendre les docteurs expliquant au peuple les textes sacrés.
Les solennités terminées, les caravanes s'ébranlèrent de nouveau, les routes se couvrirent de longues processions, les échos des montagnes répétèrent les chants des pèlerins. rappellent les stations de la sainte Familled'où vient le nom de Nazareth, signifie d'autres semblables, Jésus peut être appelé d'Israël.
Joseph et Marie arrivèrent ainsi à la tombée de la nuit près de Béthel, première halte sur la route de Jérusalem à Nazareth. Ils cherchèrent l'Enfant parmi les jeunes gens de son âge, mais ils eurent beau parcourir tous les groupes, demander à chacun des renseignements: personne ne l'avait vu. Pleins d'angoisses, ils reprirent aussitôt la route qu'ils venaient de suivre, et franchirent de nouveau les portes de la ville sainte. Trois jours durant, ils explorèrent les rues et les maisons où, selon toute apparence, ils auraient pu le rencontrer, mais inutilement. Enfin ils montèrent au temple, espérant le trouver dans les galeries ou les salles qui entouraient les saints parvis.
C'était l'heure où les docteurs célèbres donnaient leurs leçons à la grande école de la synagogue. On y entendait, à cette époque, l'illustre Hillel, qui présida le grand Conseil pendant quarante ans; le rigide Schammaï, son émule et trop souvent son adversaire; le docte Jonathas, qui traduisit en chaldéen les livres historiques et prophétiques, et d'autres savants très versés dans la science des Écritures. Aux pieds de ces maîtres renommés, des multitudes de disciples recueillaient avidement les paroles de sagesse qui sortaient de leurs bouches. Quelle ne fut pas la stupéfaction de Joseph et de Marie, en pénétrant dans cette enceinte, de retrouver au milieu des docteurs l'Enfant qu'ils cherchaient depuis trois jours. Plus grand encore paraissait être l'étonnement de l'assemblée. Mêlé aux disciples, Jésus avait d'abord écouté les leçons des nobles vieillards, puis il les avait interrogés à son tour, et ses questions supposaient une intelligence si vive et si profonde, que tous, maîtres et disciples, saisis d'admiration, se demandaient les uns aux autres d'où venait à cet adolescent une science qu'à cet âge il ne pouvait avoir puisée dans les livres des savants. Plus tard, quand Jésus, dans ce même temple, leur prêcha sa doctrine, ces maîtres en Israël purent se rappeler le petit Galiléen qui, à douze ans, les confondait par la prudence de ses questions et la sagesse de ses réponses Cependant Joseph et Marie s'approchèrent de l'Enfant, et du coeur de la pauvre mère s'échappa cette tendre plainte:
« Mon fils, qu'avez-vous fait ? Voilà trois jours que votre père et moi, profondément affligés, nous ne cessons de vous chercher !
— Et pourquoi me cherchiez-vous ? répondit-il avec douceur; ne saviez-vous pas que je dois être tout entier aux choses de mon Père ? »
Marie ne comprenait point encore à cette époque tout le plan de la divine mission que Dieu avait confié à son Fils. Elle conserva cette parole dans son coeur comme une lumière venue du ciel pour l'éclairer dans sa conduite envers Jésus. Quant à l'Enfant, après avoir montré son absolue soumission aux ordres de son Père, il sortit du temple avec ses parents et retourna à Nazareth .
La nature avait fait de cette cité, où Jésus allait passer sa jeunesse, la plus profonde des solitudes. Entourée de montagnes qui l'isolent des bruits de ce monde, elle forme sur leurs flancs un vaste amphithéâtre, d'où les habitants dominent une riante vallée, couverte de figuiers et d'oliviers, de vignes et de champs cultivés. De cette vallée, le regard de l'homme, borné de tous côtés par les hauteurs, ne peut s'élever que vers le ciel. C'est là que Jésus voulut inaugurer le royaume de Dieu avant de le prêcher aux hommes.
Depuis la chute originelle, au lieu de laisser régner Dieu dans leur coeur, les enfants d'Adam se regardaient eux-mêmes comme des dieux, et ne reconnaissaient d'autres commandements que les impérieux désirs de leurs criminelles passions. Nouvel Adam, venu sur la terre pour rétablir le règne de Dieu, Jésus commença par montrer à tous dans sa personne le type accompli de l'homme entièrement soumis au Père du ciel.
Au lieu de suivre les lois de l'orgueil et de s'ériger en divinité, on le vit, lui, l'homme-Dieu, prendre la forme d'un humble serviteur et se soumettre à son Père jusqu'à n'avoir plus d'autre volonté que la sienne. Il alla plus loin encore: créateur du ciel et de la terre, il obéissait à Joseph et à Marie, ses créatures, comme à Dieu lui-même.
Et non seulement il ne commit aucune faute, mais il rompit ouvertement avec les vices qui poussent l'homme déchu à fouler aux pieds les commandements divins. Richesses et magnificences convoitées par l'avarice, dignités et voluptés poursuivies par l'ambition et la luxure, il méprisa tous ces faux dieux comme les éternels ennemis de Celui qui seul a droit de régner sur les coeurs.!
Né dans une étable, il vécut à Nazareth dans une pauvre masure. L'habitation de Marie, longue de trente pieds sur douze de large, se terminait par une grotte de petite dimension, adossée à la colline et taillée dans les flancs du rocher. Jésus n'eut pas d'autre palais en ce monde. Loin de flatter son corps et de lui procurer plaisir et repos, il se souvint que Dieu commanda au premier homme de gagner son pain à la sueur de son front. De bonne heure il s'appliqua au travail sous la direction de son père nourricier. Pendant que Marie s'occupait aux soins du ménage, il suivait Joseph à l'atelier. Comme lui, ses mains divines maniaient la hache et la scie, ses épaules se courbaient sous les pesants fardeaux. Ni ses proches ni ses concitoyens ne soupçonnèrent que dans cet ouvrier, vêtu comme ses pareils et traité comme eux, les anges du ciel reconnaissaient et adoraient le Fils de Dieu.
Ainsi affranchi de la servitude des passions, le coeur de Jésus ne battait que pour Dieu et pour les enfants de Dieu, pauvres égarés qu'il voulait reconduire à leur Père. Le matin, quand tout dormait encore dans la cité, sa prière montait déjà vers le ciel; dans la journée, l'amour divin animait toutes ses actions; et, le soir, quand le sommeil fermait ses paupières, son coeur veillait encore. Tous les jours se ressemblaient à Nazareth, jours de travail et de contemplation, jours de paix et de bonheur, que ne troublaient pas les tempêtes de ce monde, et que le péché ne venait jamais assombrir. Heureux ceux qui, comme Jésus, font régner Dieu dans les coeurs: ils goûtent ici-bas par anticipation les joies du céleste royaume.
Telle fut la vie de Jésus à Nazareth, vie cachée à tous les hommes, prélude nécessaire de ses enseignements sur le royaume spirituel qu'il allait fonder. Un autre genre de vie en effet attendait le divin Libérateur. Avec les années son corps se développait et se fortifiait; ses traits, mélange de douceur et de majesté, inspiraient le respect et la vénération. Comme le soleil répand progressivement la lumière, son intelligence épanchait de jour en jour avec plus d'abondance les trésors cachés que Dieu y avait renfermés. La grâce brillait sur son front, la bonté dans toutes ses paroles, la noblesse dans sa démarche et son maintien, la sérénité dans toutes ses actions: c'était bien le Maître irréprochable que Dieu envoyait aux hommes pour leur enseigner, par ses exemples plus encore que par ses paroles, la vérité et la vertu.
Ainsi s'écoulèrent dans ce paradis terrestre de Nazareth l'adolescence et la jeunesse de Jésus; mais, hélas ! les jours orageux de la vie publique approchaient. Marie pensait, non sans tristesse, qu'il lui faudrait se séparer, au moins momentanément, du plus tendre et du plus dévoué des fils. Elle se rappelait en même temps les prédictions du saint vieillard Siméon; il lui semblait entendre le bruit des contradictions dont Jésus serait l'objet, et déjà la pauvre mère sentait la pointe du glaive lui déchirer le coeur. Des larmes s'échappaient de ses yeux quand elle les fixait sur son Jésus.
Puis, pour préluder à cette séparation, le deuil entra dans la sainte maison de Nazareth. Le saint patriarche Joseph, ayant rempli sa mission sur la terre, allait s'endormir du sommeil des justes. Une dernière fois ses yeux se reposèrent avec amour sur le Fils de Dieu et sur la fille de David, ces deux trésors que le Père du ciel avait remis à sa garde, et pendant que Jésus le bénissait, son âme, portée sur l'aile des anges, s'envola dans le sein d'Abraham.
Resté seul avec sa mère, Jésus lui parlait avec amour de la grande mission qu'il devait remplir. Cette pensée l'occupait constamment, en attendant l'heure de se manifester au monde pour la gloire de son Père et le salut des âmes. Parfois, des montagnes qui couronnent Nazareth, son oeil découvrait les villes et les bourgades qui bientôt seraient le théâtre de ses prédications, le beau lac de Galilée, le majestueux Thabor, les cimes vénérées du Carmel qui lui cachaient, à l'Occident, les nations assises à l'ombre de la mort. Son regard divin apercevait à l'horizon lointain, sur les rivages de la grande mer, les peuples nombreux qui viendraient à Jérusalem vénérer son tombeau, et sa pensée se fixait un instant sur cette Rome, future capitale de son empire, près de laquelle les anges transporteraient un jour la sainte maison de Nazareth. Alors, dévoré d'un saint zèle, il priait pour les innombrables millions d'âmes appelées à composer le royaume de Dieu, et il demandait à son Père de hâter le jour où il lui serait donné d'annoncer au monde l'Évangile du salut. |
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