Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande.

Signez mon livre d'or. Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL


AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

Ne laissez pas de message personnel s.v.p. donnez moi votre url et @ pour que je puisse vous répondre

Titre de la série :
Jésus-Christ-Sa vie-Sa passion-Son triomphe
Titre de la page:
Livre-I-Chap-I-Apparition
Livre-I-Chap II LA VIERGE MÈRE
Livre-I-Chap III LA VISITATION
Livre-I-Chap
IV LA GROTTE DE BETHLÉEM
Nom de l'auteur:
Père Berthe de la Congrégation du Très Saint-Sacrement.
Livre-I-Chap-I-
L' Apparition
CHAPITRE PREMIER
L'APPARITION
(1) Hérode, tyran d'Israël.
(2) Le prêtre Zacharie.
(3) Révélations de l'ange Gabriel
(4) Naissance de Jean-Baptiste.
(5) Le Benedictus(Luc., 1, 5-25 — 57-80)

Près de trente-cinq années s'étaient écoulées depuis que l'Iduméen Hérode tenait dans ses mains sanglantes le sceptre usurpé de Juda. Longtemps le peuple de Dieu avait espéré qu'un rejeton de ses princes l'affranchirait du joug de l'étranger; mais, pour lui enlever toute possibilité d'une restauration nationale, le tyran ne craignit pas de verser jusqu'à la dernière goutte du sang des Machabées. Il s'efforça même de faire oublier aux Juifs la religion de leurs pères en introduisant dans Jérusalem les moeurs et coutumes de Rome païenne. On vit s'élever sur la terre sainte de Jéhovah des théâtres impurs, des cirques où s'égorgeaient les gladiateurs, et même des temples consacrés à l'empereur Auguste, la seule divinité que respectât Hérode.

Cependant, à part la secte des hérodiens, dévoués à la fortune et aux idées du maître, le peuple restait fidèle à Dieu. En vain, pour le flatter, le tyran faisait-il reconstruire avec une magnificence sans égale le temple de Jérusalem; on pleurait sur les scandales qui désolaient la cité sainte, on évoquait en gémissant les gloires du passé, on maudissait en silence l'impie étranger, cause de tant de malheurs, on suppliait Jéhovah d'envoyer enfin le Libérateur tant de fois annoncé par les prophètes. Du reste, les docteurs expliquaient dans les synagogues que le Messie ne pouvait tarder à paraître, car des soixante-dix semaines d'années qui, d'après Daniel, devaient précéder son avènement, soixante-quatre étaient écoulées. Et de Dan jusqu'à Bersabée, les vrais Israélites répétaient les vieux chants de leurs pères: « Cieux, envoyez votre rosée, et que la terre produise enfin son Sauveur. »

Un événement singulier vint bientôt confirmer ces pres­sentiments. A quelques lieues de Jérusalem, vivait alors un vieux prêtre de Jéhovah, nommé Zacharie. Il appartenait à la classe sacerdotale d'Abia, l'une des vingt-quatre qui remplissaient alternativement les fonctions sacrées. Sa femme, comme lui de la famille d'Aaron, s'appelait Élisabeth. Tous deux, justes devant Dieu, observaient la loi avec une scrupuleuse fidélité. Leur vie, également irrépré­hensible devant les hommes, s'écoulait paisiblement au sein des montagnes de Juda, si riches en touchants et gracieux souvenirs. Et cependant un profond chagrin minait leur âme. Malgré d'ardentes supplications, leur foyer était resté désert. Trop avancés en âge pour espérer désormais que Dieu exaucerait leurs voeux, ils acceptaient, sans pouvoir se consoler, cette épreuve devenue presque un opprobre aux yeux des enfants d'Israël.

Chaque année, à différents intervalles, Zacharie se rendait dans la cité sainte pour s'acquitter au temple des fonctions de son ministère. Or, dans la trente-cinquième année d'Hérode, au mois de septembre, Zacharie étant de service, les représentants des vingt-quatre familles sacerdotales tirèrent au sort, selon l'usage, l'office particulier que chacun aurait à remplir. Le sort assigna au vieux prêtre la plus honorable fonction, qui consistait à brûler l'encens sur l'autel des parfums.

Un soir, au coucher du soleil, la trompette sacrée retentit dans toute la ville pour appeler les habitants au temple. Revêtu des ornements sacerdotaux et accompagné des prêtres et des lévites, Zacharie se dirigea vers le sanctuaire et s'avança jusqu'à l'autel des parfums. Là, un des prêtres assistants lui présenta des charbons ardents, qu'il plaça dans un vase d'or au milieu de l'autel; puis, ayant pris des parfums autant que la main peut en contenir, il les répandit sur le feu. A ce moment solennel, prêtres et lévites s'étant retirés, Zacharie recula de quelques pas, selon le rite accou­tumé, et se prosterna devant Jéhovah, pendant que le nuage d'odorante fumée montait vers le ciel (1)

Alors, seul aux pieds de l'Éternel, le prêtre vénérable se ressouvint des calamités qui pesaient sur son peuple, et se faisant l'interprète de tous les Juifs fidèles, il récita, plein d'émotion, les paroles du rite sacré: « Dieu d'Israël, sauve ton peuple, et donne-nous le Libérateur promis à nos pères. » Au dehors les lévites chantaient les psaumes du soir, et la multitude assemblée dans le parvis faisait aussi monter vers Dieu l'encens de sa prière. Tout à coup Zacharie relève la tête et aperçoit, à la droite de l'autel, un ange tout brillant de gloire. Depuis longtemps Dieu n'envoyait plus aux enfants de Juda ses célestes messagers; aussi le vieux prêtre fut-il saisi de terreur à cette apparition inattendue. L'ange le rassura: « Ne crains rien, lui dit-il, je viens t'annoncer que ta prière a été exaucée. »

Zacharie écoutait sans comprendre, mais l'ange lui révéla en ces termes l'objet de sa mission: « Ton épouse Elisabeth te donnera un fils que tu nommeras Jean. Ce sera pour toi l'enfant de la joie, et sa naissance deviendra pour beaucoup un sujet d'allégresse. Grand devant l'Éternel, il ne boira ni vin ni aucune boisson fermentée; rempli du divin Esprit dès le sein de sa mère, il convertira les enfants d'Israël au Seigneur leur Dieu, rétablira la concorde entre les fils et leurs pères, et, ramenant les incrédules à la sagesse des justes, il préparera au Seigneur un peuple parfait. Animé de l'esprit et de la vertu d'Élie, il précédera Celui qui doit venir. »

L'ange se tut. Ému jusqu'au fond de l'âme, le saint prêtre n'en pouvait croire ses oreilles. Le Libérateur va paraître, et ce sera le fils de Zacharie qui lui préparera les voies. L'ange de Dieu l'affirme, et il l'affirme en empruntant les propres paroles dont se servit le prophète Malachie (2), cinq siècles auparavant, pour annoncer le précurseur du Messie. Cependant comment ces promesses pourront-elles se réaliser ? Un doute traversa soudainement l'âme de Zacharie, et il ne put s'empêcher de le manifester à l'ange.

Je suis vieux, lui dit-il, et mon épouse est aussi sur le déclin de l'âge: à quel signe reconnaîtrai-je que votre prédiction doit s'accomplir ?

— Apprends, reprit l'ange de Dieu, que je suis Gabriel, l'un des sept Esprits qui se tiennent debout devant le trône de l'Éternel. Jéhovah m'a député vers toi pour te révéler ses secrets. Parce que tu n'as pas cru simplement à ma parole, tu seras muet, sans pouvoir articuler un mot, jusqu'à l'accomplissement de ma prophétie. »

Au même instant la vision disparut, et Zacharie resta seul devant l'autel.

Cependant le peuple s'étonnait que le prêtre tardât si longtemps à sortir du sanctuaire; il ne devait y séjourner que le temps strictement nécessaire pour rendre à Jéhovah les honneurs dus à sa majesté. Déjà des sentiments d'inquiétude agitaient l'assemblée, quand Zacharie apparut sur le seuil du temple. Son visage et son regard exprimaient en même temps l'épouvante et le bonheur. Il leva la main pour bénir les assistants prosternés devant lui, mais ses lèvres ne prononcèrent point la formule accoutumée. La bénédiction du vieillard descendit silencieuse sur la multitude, et il se retira, s'efforçant par ses gestes de faire comprendre à tous comment, à la suite d'une vision mystérieuse, il avait perdu l'usage de la parole.

La prédiction de l'ange se réalisa de point en point. Son ministère terminé, Zacharie regagna sa paisible demeure, et il arriva qu'Élisabeth conçut, selon la promesse du céleste messager. Dissimulant l'excès de sa joie, elle resta cachée dans sa maison durant cinq mois. Seule avec Dieu, elle le remerciait d'avoir daigné lever l'opprobre qui pesait sur elle. Quand arriva le moment d'enfanter, elle mit au monde un fils, selon la prédiction de l'ange. Ce fut l'occasion d'une grande joie dans la contrée: parents, amis, voisins, félicitèrent l'heureuse mère, si particulièrement favorisée des miséricordes du Très-Haut.

Le huitième jour après sa naissance, l'enfant devait être circoncis. Les parents et les alliés accoururent à la cérémonie, pour imposer, selon les prescriptions de la loi, un, nom au nouveau-né. D'un commun accord la famille décida qu'on l'appellerait Zacharie comme son père, afin de perpétuer le souvenir du saint vieillard; mais Élisabeth, instruite des volontés de Dieu, s'y opposa formellement. A toutes les instances des parents elle répondit sans hésiter: « Non, c'est Jean qu'il faut l'appeler. »

Surpris et mécontents de ce choix que rien ne justifiait, ceux-ci lui représentèrent qu'aucun membre de la famille ne portait ce nom, et comme Élisabeth s'obstinait, ils prirent le parti de consulter le père. Le vieux prêtre, toujours muet depuis la vision du temple, demanda ses tablettes, et de la pointe de son stylet grava sur la cire ces quatre mots: « Jean est son nom. »

Cette décision, aussi prompte qu'inattendue, jeta tous les assistants dans la stupéfaction, quand tout à coup leur attention fut attirée par une scène bien autrement émouvante. Aussitôt que Zacharie eut écrit le nom de son fils, l'Esprit de Dieu s'empara de lui, délia sa langue enchaînée depuis neuf mois, et les enfants d'Israël entendirent résonner à leurs oreilles les accents inspirés d'un nouveau prophète. La main levée vers le ciel, le coeur brûlant du feu divin, le saint vieillard s'écria:

« Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, qui daigne visiter son peuple et opérer sa rédemption.

« Il va susciter un Libérateur puissant dans la maison de David, son fils de prédilection, selon la promesse renouvelée de siècle en siècle par ses prophètes, de nous arracher aux mains de nos ennemis et de tous ceux qui nous haïssent.

« Il se souvient de l'alliance jurée, du serment fait à Abraham, notre père, de nous donner cette grâce: qu'affranchis de toute crainte et libres de toute servitude, nous marchions dans les voies de la justice et de la sainteté tous les jours de notre vie.

Jusque-là, dans l'élan de la reconnaissance, le prêtre de Jéhovah n'avait pensé qu'au Sauveur dont il annonçait la venue, quand soudain ses yeux s'arrêtant sur le nouveau-né, un rayon de la lumière divine lui dévoila sa sublime mission. Alors, d'une voix tremblante d'émotion, il prophétisa en ces termes:

« Et toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant la face du Seigneur pour lui préparer les voies.

« Tu annonceras aux hommes la science des saints, et ce pardon des péchés que Dieu va faire jaillir des entrailles de sa miséricorde

« Déjà je vois le divin soleil descendre des hauteurs pour illuminer ceux qui sont assis dans les ténèbres et les ombres de la mort, pour diriger nos pas dans les sentiers de la paix. »

Le vieillard cessa de parler. Une religieuse frayeur avait gagné les témoins de cette scène, et ils retournèrent chez eux en méditant sur ce qu'ils avaient vu et entendu. Bientôt le bruit de ces merveilles se répandit dans les pays voisins, et les pâtres des montagnes se disaient les uns aux autres: « Que pensez-vous de cet enfant, et que deviendra- t-il un jour ? » Quant à l'enfant mystérieux, la main de Dieu le conduisait visiblement. A. mesure qu'il croissait en âge, on voyait se développer en lui les dons du ciel. A peine put-il se passer des soins maternels, qu'il disparut du milieu des hommes et s'enfonça dans les solitudes du désert. Il y vécut caché à tous les yeux, connu de Dieu seul, jusqu'au jour où il plut à l'Esprit de le manifester aux enfants d'Israël.

Références

01- Voir, sur ces rites sacrés, Dehaut, l'Évangile expliqué, 1, 156.
02- Mal., ix, 7.

CHAPITRE II

LA VIERGE MÈRE

CHAPITRE II
LA VIERGE MÉRE
—La Vierge Marie.
— Ses parents.
— Sa conception immaculée.
— Sa vie au temple.
— Son mariage.
— L'Annonciation.
— L'Incarnation (Luc., s, 26-38) 8


En ce temps-là vivait à Nazareth , petit bourg de la Galilée, une jeune vierge de la tribu de Juda, proche parente d'Élisabeth et de Zacharie. On la nommait Marie.

Tout ce que les hommes savaient d'elle, c'est que, sous un extérieur simple et modeste, elle cachait une naissance distinguée. Par son père Joachim, elle appartenait à la maison royale de David, et par Anne sa mère, à la famille sacerdotale d'Aaron. Depuis la chute de l'antique dynastie, ses ancêtres, dépouillés de leur rang et de leurs biens, traqués comme des prétendants dangereux par les nouveaux maîtres de la Judée, avaient cherché le repos dans l'obscurité. Inconnus de l'ombrageux Hérode, Anne et Joachim, cachés au fond d'un vallon solitaire, y vivaient en paix du produit de leurs troupeaux, assez riches, malgré leur déchéance, pour soulager les indigents et offrir d'abondantes victimes sur l'autel de Jéhovah.

Et toutefois leurs jours s'écoulaient dans la tristesse, car le ciel refusait de bénir leur union. Comme la mère de Samuel dont elle portait le nom gracieux, Anne suppliait le Seigneur de faire cesser sa stérilité; Joachim joignait ses supplications à celles de son épouse désolée, mais Dieu semblait prendre plaisir à exercer leur patience. Et cependant, à cause de leur parfaite justice, il les avait choisis pour mettre à exécution le dessein le plus admirable qu'il ait jamais conçu. Au moment où les deux époux perdaient tout espoir, il leur donna une fille qui devait être à jamais leur gloire et l'honneur de sa nation.

Cette créature bénie, Dieu l'avait placée dans ses décrets éternels au-dessus de toute créature, au-dessus des rois et des reines qui, dans la suite des siècles, représenteraient sa puissance; au-dessus des saintes en qui resplendiraient avec le plus d'éclat ses perfections infinies, au-dessus même des neuf choeurs d'esprits glorieux qui entourent son trône. Ève, au paradis terrestre, lui paraissait moins pure, Esther moins aimable, Judith moins forte et moins intrépide.

En la créant, il fit un miracle dont il ne favorisa aucun autre enfant d'Adam. Bien qu'issue de la race souillée dès le commencement, il la préserva du péché d'origine. Le torrent fangeux qui roule ses flots sur tout homme venant en ce monde, s'arrêta au moment de sa conception; et pour la première fois depuis le naufrage du genre humain, les anges découvrirent sur notre terre une créature immaculée. Aussi s'écrièrent-ils dans un saint ravissement: Quelle est cette femme, belle comme le soleil, radieuse comme l'astre des nuits ? »

Anne et Joachim reçurent avec joie cette fille privilégiée de Dieu, dont les anges et les hommes devaient célébrer à l'envi la glorieuse Nativité. Ils ne connaissaient pas l'immensité du trésor confié à leurs soins, mais ils s'aperçurent bien vite que la céleste enfant ne ressemblait à aucun autre enfant de la terre. Avant qu'elle pût articuler une parole, la raison présidait à tous ses actes, et jusque dans ses mouvements les plus instinctifs, jamais elle n'obéissait aux passions dont le germe infecte tous les coeurs. Émerveillés des dons que Dieu avait prodigués à cet ange terrestre, Anne et Joachim promirent de consacrer son enfance au service particulier du temple.

Et en effet, elle terminait à peine sa troisième année en ce monde qu'ils la conduisirent dans la cité sainte pour la présenter au Seigneur. L'enfant gravit joyeusement les degrés du temple, heureuse de se renfermer dans la maison du Dieu qui seul faisait battre son coeur. Là, dans les appartements voisins du sanctuaire, entourée de ses pieuses compagnes, elle vit s'écouler trop rapidement les beaux jours de sa jeunesse. Ses occupations consistaient à méditer les saints Livres, à confectionner les ornements consacrés au service divin, et à chanter les louanges de Jéhovah. Souvent, la face tournée vers le saint des Saints, elle empruntait à David, son aïeul, ses chants inspirés, et, avec un coeur plus brûlant que celui du saint roi, elle redisait cette parole d'amour: « Seigneur, que vos tabernacles sont aimables ! Un jour passé dans votre temple vaut mieux que mille sous les tentes des pécheurs. »

A l'heure des sacrifices, quand le prêtre immolait la victime sur l'autel des holocaustes, elle suppliait Jéhovah d'accepter pour le salut du peuple ce sang expiateur, et d'envoyer enfin le Messie promis à ses pères. Son unique désir, c'était de le voir de ses yeux et de vénérer la femme bénie qui devait le donner au monde. A la différence des filles d'Israel, dont chacune aspirait à l'honneur de devenir la mère du Libérateur, elle se croyait indigne de cet ineffable privilège. Un jour, sous l'impulsion de l'Esprit de Dieu, elle y renonça même par un voeu solennel. Oubliant qu'elle vivait dans un corps de chair, elle s'éleva jusqu'à l'ange du ciel, et promit au Seigneur de n'avoir d'autre époux que lui.

Quand vinrent les jours de l'adolescence, la jeune vierge dut quitter le temple et retourner dans sa maison de Nazareth. Son père et sa mère étaient descendus au tombeau. Agée de quatorze ans, la pauvre orpheline se trouva seule, sans sauvegarde et sans appui. Les membres de sa parenté, parmi lesquels Élisabeth et Zacharie, lui proposèrent d'épouser un homme de sa famille, ainsi que le voulait la loi. En sa qualité d'unique héritière, elle devait prendre pour époux son plus proche parent, afin de conserver le patrimoine de ses ancêtres. S'abandonnant entièrement à la conduite de l'Esprit qui la pressait de suivre ce conseil, elle consentit, malgré son voeu, au mariage proposé.

L'époux de la jeune Vierge s'appelait Joseph. De la maison de David comme Marie, il descendait directement des rois de Juda par la branche salomonienne. Toutefois, bien que remontant à Abraham par une suite incomparable d'aïeux, la noblesse de son caractère l'emportait encore sur l'illustration de sa naissance. Juste et craignant Dieu, mais pauvre et obscur comme Marie elle-même, il exerçait à Nazareth l'humble métier de charpentier, et gagnait sa vie à la sueur de son front. Instruit du voeu qu'avait fait son épouse, il entra dans les desseins de Dieu, et se constitua le gardien de sa virginité.

Le Seigneur n'attendait que cette angélique union pour réaliser le projet dont il préparait l'exécution depuis quarante siècles. Un soir, la Vierge de Nazareth, agenouillée dans son humble demeure, répandait son âme devant Dieu avec plus de ferveur que jamais. Soudain voilà qu'une lumière céleste l'enveloppe et la tire de son recueillement. Elle tourne la tête et aperçoit un ange debout devant elle, à quelques pas du lieu qu'elle occupait. C'était le grand messager de Dieu, l'archange Gabriel, celui-là même qui, cinq cents ans auparavant, avait révélé à Daniel les temps du Messie, et venait de prédire à Zacharie la naissance de son Précurseur. Il s'inclina profondément devant la Vierge et lui dit avec l'humilité d'un sujet devant une reine: « Je vous salue, vous qui êtes pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. »

Marie reconnut à l'instant un esprit céleste, aussi ne s'effraya-t-elle pas de cette visite; toutefois ces louanges, qui ne paraissaient pas devoir s'adresser à une mortelle, lui causèrent un grand trouble. A son humble contenance, à la rougeur de son front, l'ange devina le sentiment qui l'agitait: il reprit donc avec douceur, en la nommant cette fois par son nom: « Marie, vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici ce qu'il m'a chargé de vous annoncer: Vous concevrez et enfanterez un fils, à qui vous donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et on l'appellera le fils du Très- Haut. Le Seigneur lui donnera le trône de son père David: il régnera sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. »

Il n'y avait pas à s'y tromper: le Messie attendu depuis plus de quatre mille ans allait paraître, et ce Messie libérateur, vrai Fils de Dieu, serait en même temps fils de Marie. Écrasée sous le poids d'une pareille dignité, la Vierge resta un instant dans la stupeur; puis, réfléchissant à son voeu de virginité qu'elle voulait garder à tout prix, elle posa cette question à l'archange:

« Comment cela se pourra-t-il faire, car je ne connais point d'homme ?

— L'Esprit-Saint surviendra en vous, répondit le céleste messager, et la verni du Très-Haut vous couvrira de son ombre; aussi le Saint qui naîtra de vous sera-t-il appelé Fils de Dieu. Sachez qu'Élisabeth, votre cousine, a conçu un fils dans sa vieillesse, et voilà déjà six mois que la femme stérile est devenue féconde: rien n'est impossible à Dieu. »

Marie n'avait pas besoin de cet exemple pour croire que les prodiges sont des jeux de la puissance divine. Appre­nant que, par l'intervention de cette puissance, elle deviendrait mère sans cesser d'être vierge, elle s'anéantit devant son Dieu et s'écria: « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. »

Après avoir obtenu ce parfait consentement, l'ange disparut, et le Fils de l'Éternel, descendant des célestes demeures, s'incarna dans le sein virginal de la femme immaculée. A ce moment, les armées angéliques saluèrent le roi des rois et le Seigneur des Seigneurs: l'Homme-Dieu; comme homme, fils de David, fils d'Abraham, fils d'Adam, formé du sang le plus pur de la bienheureuse Marie; comme Dieu, engendré de toute éternité, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu.

Et tel est l'adorable mystère qui ravit les anges et Dieu lui-même en cette nuit mille fois bénie: le mystère du Verbe incarné. De cette nuit la cloche rappelle le souvenir à tous les enfants des hommes, le matin, quand tout s'éveille aux premiers feux du jour; à midi, quand l'ouvrier interrompt un instant ses labeurs, et le soir, quand le soleil à son couchant ramène le repos. Alors, quand ses joyeux tintements rediront aux champs et aux cités, aux vallées et aux montagnes: « Le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous », tout genou fléchira, tout front s'in­clinera devant l'Homme-Dieu, et de toute poitrine humaine s'échappera ce cri d'amour en l'honneur de la Vierge Mère: « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. »

CHAPITRE III

LA VISITATION

CHAPITRE III
LA VISITATION
—  Voyage à Ain-Kârem.
— La maison de Zacharie.
— Rencontre de Marie et d'Élisabeth.
— Sanctification de Jean.
— Exclamation d'Élisabeth.
— Le Ma,gni i car (Luc., 1, 39-56.
— Matth.,i, 18-25).


Dans les jours qui suivirent l'Incarnation du Verbe, Marie restait comme anéantie à la pensée que Dieu avait daigné jeter les yeux sur la pauvre orpheline de Nazareth pour en faire la mère de son Fils. Et cependant ce n'était point un rêve: les paroles de l'ange résonnaient encore à son oreille, et d'ailleurs le feu nouveau qui embrasait son coeur, trahissait d'une manière irrécusable la présence du Dieu d'amour.

Plus elle roulait ces pensées dans son esprit, plus son âme se répandait en effusions de reconnaissance envers Celui qui l'avait élevée, malgré son indignité, à un tel excès d'honneur. Une seule chose lui manquait: un confident qui pût recevoir son secret et s'associer à son bonheur. Mais ce secret, il lui fallait l'ensevelir dans le plus profond de son âme jusqu'au jour où il plairait à Dieu de le révéler. Seul, l'auteur du grand mystère pouvait verser assez de lumière dans les esprits pour leur en donner l'intelligence.

Le Seigneur inspira alors à Marie la pensée d'aller rendre visite à sa cousine Élisabeth, dont l'archange lui avait appris les joies inespérées. N'était-il pas juste de l'entourer de ses soins pieux dans cette circonstance de sa vie, de se réjouir avec elle, et de l'aider à remercier le Seigneur ? Il fallait entreprendre un voyage de trente lieues dans les montagnes, à travers les déserts de Juda, mais la charité ne connaît ni difficultés, ni fatigues. D'ailleurs le Dieu qui vivait en elle la poussait par des influences irrésistibles à se emettre n om b re enu rs oe su route.

De nombreuses caravanes se dirigeaient alors vers Jéru­salem à l'occasion des fêtes de Pâques. Marie se joignit aux pèlerins, traversa en toute hâte les collines d'Éphraïm, salua en passant la ville sainte, et s'engageant dans les défilés des montagnes, elle parvint, après cinq jours de marche à Ain-Kârem (3)

Tout était calme et silencieux dans la maison du vieux prêtre. Depuis la vision du temple, muet et solitaire, il méditait sur les grandes destinées de l'enfant qu'Élisabeth portait dans son sein. Celle-ci, tout entière à sa joie, passait ses jours à louer le Dieu qui avait pris en pitié son délaissement et ses amertumes. Elle ne s'attendait nullement à la visite de sa jeune cousine, quand tout à coup paraissant sur le seuil de sa demeure, Marie lui adressa le salut d'usage: Que le Seigneur soit avec vous ! »

Au son de cette voix mystique, Élisabeth, impressionnée jusqu'au fond de l'âme, sentit son enfant tressaillir dans son sein sous l'émotion d'une vive allégresse. En même temps son esprit, illuminé d'en haut, comprit clairement la cause de ce tressaillement miraculeux. L'enfant venait d'être sanctifié dans le sein de sa mère, ainsi que l'ange l'avait prédit à Zacharie. Purifié de la tache originelle, inondé de grâces, doué de l'usage de la raison, Jean, du fond de sa prison, saluait son Sauveur invisible, et, remplissant déjà son rôle de précurseur, il le révélait à sa mère.

Subitement éclairée par l'Esprit-Saint, Élisabeth ne vit plus dans sa cousine une femme ordinaire, mais une créature plus belle que les anges des cieux. Un grand cri s'échappa de sa poitrine: « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni ! » Cri d'enthousiasme et d'amour, que tous les coeurs fidèles répéteront jusqu'à la fin des siècles en l'honneur de la Vierge Mère; puis, elle ajouta: « D'où me vient ce bonheur que la mère de mon. Dieu daigne me visiter ? O Marie, au seul son de votre voix l'enfant que je porte a tressailli d'allégresse. Bienheureuse êtes-vous d'avoir cru à la parole de Dieu, car tout ce qu'il a prédit s'accomplira. »

Jusque-là, stupéfaite de tant de merveilles, la Vierge de Nazareth gardait le silence, mais en entendant les louanges prcphétiques d'Élisabeth, son. coeur, comme un vase qù'i déborde, ne put contenir ses sentiments. Son âme s'éleva jusqu'au Dieu qui seul mérite d'être loué. Ravie au ciel, elle répondit aux félicitations de sa cousine par cet hymne sublime en l'honneur de l'Éternel:

« Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur.

« Il a daigné jeter un regard sur sa pauvre servante, et voilà que désormais toutes les nations m'appelleront bienheureuse.

« C'est lui qui a fait en moi de grandes choses: saint est son nom à jamais.

« C'est lui qui, d'âge en âge, étend sa miséricorde sur ceux qui le craignent; lui qui, déployant la force de son bras, a renversé les superbes et confondu l'orgueil de leurs pensées.

« C'est lui qui a précipité les puissants de leurs trônes, pour y faire monter les petits et les humbles; lui, qui a rassasié les affamés, et renvoyé à jeun les opulents de ce monde.»

Dans son extase, la Vierge inspirée voyait passer devant ses yeux les Pharaon, les Holopherne, les Nabuchodonosor, les Antiochus, tous ces oppresseurs d'Israël qui disparurent comme des ombres au souffle de Jéhovah. Elle contemplait ce petit peuple de Dieu toujours abaissé, mais toujours relevé par la main toute-puissante de son Seigneur. Puis, à la vision du passé succéda la vision de l'avenir. Son oeil prophétique s'arrêtant sur sa patrie esclave et sur les nations asservies aux esprits de l'abîme, elle se rappela qu'elle portait dans son sein le Rédempteur d'Israël et du monde: « Jéhovah, s'écria-t-elle, se souvient de ses miséricordes: il va relever Israël, son serviteur, comme il l'a promis à Abraham et à sa postérité dans tous les siècles. »

Ainsi chanta la Vierge de Nazareth, en annonçant à la terre la venue du divin Rédempteur. Ainsi durent chanter les anges, quand pour la première fois ils contemplèrent la majesté du Très-Haut. Ainsi chantèrent Adam et Ève, sous les ombrages du paradis, en admirant les magnificences de la terre et des cieux. Ainsi, empruntant à la Vierge son hymne d'amour, chante ici-bas toute âme rachetée, quand, au déclin du jour, elle se rappelle les grandeurs et les miséricordes de Jésus, fils de Marie.

L'humble Vierge demeura trois mois chez sa cousine, trois mois trop vite écoulés dans de pieux et suaves entretiens. Marie prit alors congé de ses hôtes bien-aimés. Élisabeth et Zacharie versèrent des larmes au départ de celle qui emportait le Dieu de leur coeur, et Marie pleurait aussi, car un pressentiment l'avertissait qu'après ces trois mois du ciel, des jours d'épreuve allaient commencer pour elle.

De fait, son retour à Nazareth devint l'occasion de mortelles angoisses. Dès la première entrevue avec son épouse, Joseph ne put s'empêcher de remarquer les signes non équivoques de sa future maternité. Ignorant le mystère de l'Incarnation, il se demanda ce qu'il devait penser, et quel parti il lui restait à prendre. En dépit des apparences, il se refusait à croire Marie coupable d'un crime. La Vierge, pure entre toutes, ne pouvait tomber subitement des hauteurs du ciel dans un abîme de fange: mais alors comment expliquer sa situation ?

Marie lisait sur le visage de son époux les cruelles perplexités qui bouleversaient son âme. Elle souffrait de le voir souffrir, mais toutefois son front conserva son angélique sérénité. Nul sentiment d'inquiétude n'altéra la candeur de ses traits. Comme aucune parole humaine ne pouvait calmer les légitimes anxiétés de son époux, elle attendit en silence qu'il plût à Dieu de mettre fin à cette épreuve.

Le coeur brisé, Joseph prit enfin le parti qui lui parut le plus conforme à la justice. Trop soumis à la loi pour continuer de résider avec Marie avant l'explication du mystère, trop charitable pour livrer au juge une femme qu'il persistait à croire innocente, il résolut de la quitter discrètement et sans bruit. Longtemps il lutta contre lui- même avant d'exécuter son dessein, tant il lui en coûtait d'abandonner une orpheline, une parente, une épouse, dont il était l'unique protecteur. Mais enfin, sans laisser en aucune manière soupçonner son projet, il fit un soir ses préparatifs de départ, et s'endormit après avoir offert à Dieu son sacrifice.

Or, pendant son sommeil, un ange du ciel lui apparut, et, d'un mot, dissipa toutes ses inquiétudes. « Joseph, fils de David, dit-il, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ton épouse; le fruit qu'elle porte en elle est l'oeuvre de l'Esprit-Saint. Elle enfantera un Fils que tu nommeras Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

A cette révélation céleste, Joseph se réveilla complètement transfiguré. Par une illumination subite, l'Esprit lui avait fait comprendre que se réalisait en Marie la prophétie . d'Israël !: « Une Vierge concevra et enfantera un fils, lequel sera nommé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. »

En même temps que se dévoilait à ses yeux l'auguste secret de l'incarnation, le saint patriarche comprit la mission providentielle dont Dieu l'investissait par rapport à l'Enfant et à la Mère. Jésus et Marie avaient besoin d'un gardien et d'un protecteur sur cette terre: le rôle de Joseph sera de veiller sur ces deux êtres chéris et de les suivre partout, comme l'ombre du Père qui est dans les cieux.

Délivré de ses tourments, le saint s'empressa d'obéir aux ordres du ciel. Aux tribulations des derniers jours succédèrent la joie et la paix. Les deux époux s'entretinrent avec abandon et confiance de l'oeuvre divine à laquelle ils servaient d'instruments. Joseph apprit de Marie la visite de l'archange Gabriel ainsi que les prodiges opérés à Ain­Kârem. Croissant en amour à mesure qu'ils méditaient les bontés de Dieu à leur égard, les deux saints personnages adoraient le Sauveur dans son étroite prison, et hâtaient de leurs voeux l'heureux jour où ils pourraient le tenir dans leurs bras et le presser sur leur coeur.

Référence
03-. Saint Luc (s, 39) dit vaguement que la Vierge se dirigea vers7une ville de Juda, in civitatem Juda. La seule localité qui puisse s'autoriser d'une ancienne tradition palestinienne et doive, pour ce motif, être considérée comme ayant été le lieu de la Visitation est le village actuel d'Ain-Kârem situé à deux lieues environ de Jérusalem. Hébron ne fut indiqué comme lieu de la Visitation qu'au xvie et xvne siècles !

CHAPITRE IV

LA GROTTE DE BETHLÉEM

Prophétie de Michée.
L'empereur Auguste.
Le dénombrement de Cyrinus.
Joseph et Marie à Bethléem.
L'étable.
Naissance de l'Enfant-Dieu.
Les anges et les bergers.
Gloria in excelsis (Luc., 11, 1-21) 20


En attendant la naissance du divin Enfant, Marie repassait dans sa mémoire les textes sacrés touchant l'avènement du Messie en ce monde. Initiée à la connaissance des Écritures, elle n'ignorait pas la célèbre prophétie de Michée: « Bethléem Ephrata, tu es bien petite parmi les nombreuses cités de Juda, et cependant de ton sein sortira le dominateur d'Israël, Celui qui existe dès le commencement, et dont la génération remonte à l'éternité
(4) ». D'après ces paroles formelles, les docteurs affirmaient unanimement que le Christ naîtrait à Bethléem, comme David son aïeul.

Mais comment la prédiction s'accomplira-t-elle, puisque Marie, domiciliée à Nazareth, n'avait aucune raison de quitter cette ville pour se rendre à Bethléem ? Un homme, à son insu, se fit l'instrument de la Providence pour résoudre cette difficulté. Et pour montrer à tous que les potentats de la terre ne sont que les exécuteurs de ses éternels décrets, Dieu voulut que cet homme fût l'empereur lui-même.

L'empereur Auguste régnait alors sur l'Orient et l'Occident. Les nations, autrefois si fières de leur indépendance, l'Italie, l'Espagne, l'Afrique, la Grèce, l'Égypte, la Gaule, la Grande-Bretagne, l'Asie Mineure, transformées en simples provinces de l'empire, subissaient la loi du vainqueur. Longtemps les peuples regimbèrent contre le joug, mais ni l'Africain protégé par la grande mer, ni le Germain caché derrière le rempart de ses impénétrables forêts, ni le Breton perdu dans l'Océan, ne purent résister aux légions de l'invincible Rome. Tous déposèrent les armes, et l'empereur, en signe de pacification universelle, ferma le temple de Janus (5). Considéré désormais comme un dieu, on lui éleva des temples, on lui décerna des apothéoses, on l'appela « le salut du genre humain (6) »

Or, à l'époque où devait naître le véritable « Sauveur du monde », il prit fantaisie au grand empereur de connaître exactement l'étendue de ses domaines et le nombre de ses sujets. En conséquence un édit impérial prescrivit un recensement général de la population, aussi bien dans les royaumes tributaires que chez les peuples incorporés à l'empire.

La Judée n'échappait point à cet édit, car le royaume d'Hérode, simple fief révocable à volonté, dépendait du gouvernement de Syrie. Aussi, en décembre 749 (7) Cyrinus, adjoint au gouverneur Sestius Saturninus, arriva-t-il en Palestine pour présider aux opérations du dénombrement. Ordre fut donné aux chefs de famille, aux femmes et aux enfants; d'inscrire sur les registres publics leur nom, leur âge, leur famille, leur tribu, leur état de fortune, et autres détails destinés à servir de base à l'impôt de capitation. De plus, chacun devait se faire inscrire, non au lieu de son domicile, mais à la cité d'où sa famille était originaire, parce que là se conservaient les titres généalogiques établissant, avec l'ordre de descendance, le droit de propriété et d'héritage.

Cette dernière prescription obligea Joseph et Marie, tous deux de la tribu de Juda et de la famille de David, à se transporter de Nazareth à Bethléem, lieu de naissance de David, leur aïeul. En se dirigeant vers les montagnes de Juda, Marie, sur le point de devenir mère, admirait comment Dieu la conduisait lui-même là où le Messie devait naître, et comment un édit impérial mettait en mouvement les peuples de l'univers, afin qu'une prophétie, sortie de la bouche d'un Voyant d'Israël, sept siècles auparavant, reçût en ces jours son accomplissement.

Les deux voyageurs arrivèrent à Bethléem, brisés de fatigue après les vingt-deux lieues qu'ils venaient de faire. Les derniers rayons du soleil illuminaient la cité de David, assise comme une reine sur le sommet d'une colline, au milieu de riants coteaux, plantés de vignes et d'oliviers. C'était bien Bethléem, la maison du pain, la ville aux abondantes moissons; Ephrata, la fertile, le pays aux gras pâturages. Sur ces hauteurs vivait la belle Noémi, quand la famine la força de s'exiler au pays de Moab; dans les champs voisins, Ruth la Moabite ramassait les épis oubliés par les moissonneurs de Booz; dans ces vallons solitaires, le petit David faisait paître ses troupeaux quand le prophète l'envoya chercher pour le sacrer roi d'Israël. En foulant ce sol béni, les saints voyageurs évoquaient les pieux souvenirs de leur nation ou plutôt de leur famille. Des maisons de la cité, des montagnes et des vallées sortaient mille voix qui leur parlaient de leurs ancêtres, et surtout du grand roi dont ils étaient les rejetons.

Mais, à cette époque, qui connaissait la Vierge de Nazareth et Joseph le charpentier ? En entrant dans la cité, ils se trouvèrent comme perdus au milieu des étrangers qui arrivaient de tous les points du royaume pour se faire inscrire. En vain frappèrent-ils à toutes les portes, demandant un gîte pour la nuit: aucune ne s'ouvrit pour les chargés de parents et d'amis, les Bethléemites refcusèrient de loger ces inconnus qui, du reste, paraissaient pauvres et misérables. Joseph et Marie se dirigèrent alors vers l'hôtellerie publique où les caravanes s'arrêtaient d'habitude, mais là aussi ils trouvèrent un tel encombrement de voyageurs et de bêtes de somme qu'il leur fut impossible de s'y installer.

Repoussés de tous les côtés, les deux saints personnages sortirent de la cité par la porte d'Hébron. A peine avaient- ils fait quelques pas dans cette direction qu'ils aperçurent une sombre caverne creusée dans les flancs d'un rocher. L'Esprit de Dieu leur inspira la pensée de s'y arrêter. En mettant le pied dans ce triste réduit, ils reconnurent que c'était une étable où se réfugiaient les bergers et les troupeaux. On y trouvait de la paille et une mangeoire pour les animaux. La fille de David, après ce long et pénible voyage, s'assit sur un bloc de pierre.

Bientôt tous les bruits cessèrent: un silence solennel régna sur la ville endormie. Seule, dans la grotte abandonnée, Marie veillait et répandait son coeur devant l'Éternel. Tout à coup, vers minuit, le Verbe incarné quitta miraculeusement le sein de sa mère, et, comme un rayon de soleil qui subitement éblouit le regard, il apparut à ses yeux étonnés et ravis. Elle l'adora, le prit dans ses bras, le couvrit de pauvres langes, et le pressa sur son coeur. Puis avisant la crèche où les animaux prenaient leur nourriture, elle le coucha sur un peu de paille.

Et de cette point étable qui lui servait d'abri, de cette crèche devenue son berceau, sur cette paille qui blessait ses membres délicats, l'Enfant disait à son Père du ciel: « Vous n'avez point voulu du sang des boucs et des génisses; vous

m'avez enveloppé dans cette chair que vos mains ont formée: me voici donc, ô mon Dieu, pour m'immoler à votre volonté (8) » Ainsi le Rédempteur offrait à la majesté divine les prémices de ses souffrances et de ses humiliations. Agenouillés près de lui, les yeux pleins de larmes, Joseph et Marie s'unissaient à son sacrifice.

Pendant cette nuit mystérieuse, des bergers gardaient leurs troupeaux dans un vallon voisin de l'étable où reposait le Fils de Dieu. Comme les pasteurs des premiers temps, Abraham, Isaac et Jacob, ils se plaisaient à méditer les divins oracles. Bien des fois, les yeux fixés au ciel, ils avaient supplié Jéhovah d'envoyer enfin ce Libérateur dont les sages d'Israël prédisaient l'avènement prochain. Le Seigneur daigna récompenser la foi de ces humbles pâtres. Déchirant la nuit épaisse qui couvrait montagnes et vallées, une clarté divine se répandit tout à coup autour d'eux, et un ange du ciel apparut à leurs yeux éblouis. A cette vue, ils furent saisis de frayeur, mais l'ange les rassura: « Ne craignez pas, leur dit-il, je viens vous annoncer une grande joie, à vous et à tout le peuple. Aujourd'hui, dans la cité de David , il vous est né un Sauveur: c'est le Christ, c'est le Seigneur que vous attendez. Et voici le signe auquel vous le reconnaîtrez: c'est un petit enfant, enveloppé de langes et couché dans la crèche de l'étable. »

Quand l'ange eut fini de parler, une multitude d'esprits célestes se joignit à lui, et tous ensemble se mirent à louer le Seigneur: « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, disaient-ils, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. » Puis les voix s'éteignirent, les anges disparurent, et les célestes clartés s'évanouirent

Restés seuls, les bergers, ravis de ce qu'ils venaient de voir et d'entendre, se dirent les uns aux autres: « Allons à Bethléem, et voyons de nos yeux le grand prodige que les anges nous ont annoncé. » Et ils se rendirent en toute hate à l'étable, où ils trouvèrent en effet Joseph et Marie et l'Enfant couché dans la crèche. A cette vue, ils reconnurent le Sauveur, et, prosternés à ses pieds, ils remercièrent Dieu de les avoir appelés à l'adorer.

Les bergers quittèrent la grotte en glorifiant le Seigneur des merveilles opérées sous leurs yeux. Bientôt ils publièrent, à la grande stupéfaction de leurs compatriotes, ce qu'ils avaient vu et entendu, et l'écho des montagnes redit dans tout Juda l'écho des paroles angéliques: « Gloire à Dieu, paix à la terre ! » Et depuis ce temps, quand revient chaque année cette nuit joyeuse entre toutes, les disciples du Christ répètent avec amour le cantique des anges: Gloria in excelsis. Quant à Marie, témoin attentif des faits merveilleux par lesquels le Seigneur manifestait au monde la divinité de l'Enfant, elle gravait avec soin dans son coeur ces gracieux et touchants souvenirs.

Ainsi parut au milieu de ses sujets le Christ-Roi, cinq ans avant le début de l'ère chrétienne (8), l 'an 749 de la fondation de Rome, la quarantième année du règne d'Auguste, et la trente-sixième du gouvernement d'Hérode, roi de Judée. En ce jour, le premier des temps nouveaux, l'empereur eût été bien étonné d'apprendre que ses officiers allaient inscrire sur les registres du recensement un nom plus grand que le sien, qu'un enfant né dans une étable fonderait un royaume plus étendu que son immense empire, et qu'enfin l'humanité, soustraite à la tyrannie des Césars, daterait ses fastes glorieux, non plus de la naissance de Rome , mais de la Nativité du Christ Rédempteur.

Références
04-Mich.. y 9
05-Ce temple, un des plus célèbres de Rome, fermé en temps de paix, restait ouvert en temps de guerre. Suétone fait remarquer (in Aug. 2) que, depuis la fondation de Rome jusqu'à Auguste, on ne le ferma que deux fois.
06-Sur des monnaies frappées à l'effigie d'Auguste, on lisait cette exer- gue: Saisis generis humani (Suét. in Aug. 53).
07-L'édit, daté de l'an 746, ne fut appliqué en Judée que trois ans plustard
08-Ad Hebr., x, 9.
09-Le système actuel de datation date de Denys le Petit, moine de Rome (t 540). Malheureusement son point de départ fut inexact, car il retarda d'au moins quatre ans la naissance de Jésus en la fixant à 754, alors que l'on sait qu'Hérode le Grand mourut en 750 de Rome .
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