Seigneur Jésus, en commençant le livre de votre Vie, l'apôtre bien-aimé écrit ces mots: « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu... Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. Nous avons vu sa gloire, qui était la gloire du Fils unique de Dieu ! »
Et nous aussi, après avoir suivi tous vos pas de Bethléem au Calvaire, entendu vos paroles, médité vos actions, nous nous écrions avec l'apôtre: « Oui, nous avons vu la gloire du Sauveur, nous avons vu le Fils unique de Dieu ! »
A Bethléem, les anges chantaient au-dessus de votre berceau: « Il est né, l'Enfant-Dieu ! Gloire au plus haut des cieux, paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! » Et du fond de l'Orient, les rois, conduits par l'étoile miraculeuse, accouraient vous offrir leurs présents.
A douze ans, vous confondiez les docteurs de Jérusalem par la sagesse de vos questions et la sublimité de vos réponses.
Sur les bords du Jourdain, à votre baptême, le Père du ciel vous proclamait son Fils bien-aimé, l'objet de ses complaisances.
A la prière de votre Mère, vous vous montriez à Cana le maître de la nature, en changeant l'eau en vin.
Au temple de Jérusalem, un éclair de vos yeux mettait en fuite les profanateurs de la maison de Dieu.
Sur toutes les routes de la Galilée et de la Judée, les peuples, ravis d'admiration, vous proclamaient le docteur des docteurs, le thaumaturge incomparable, le saint par excellence. « Un grand prophète a surgi parmi nous, disaient- ils, Dieu a visité son peuple. »
Et en effet vous guérissiez les aveugles, les lépreux, les paralytiques, vous multipliiez les pains au désert, d'un mot vous apaisiez les tempêtes, vous ressuscitiez les morts.
A Césarée de Philippe, en dépit des démons et de ses suppôts conjurés contre vous, vous osiez dire à Pierre: « Je te ferai le chef de mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. »
Au Thabor, vous vous transfiguriez devant vos apôtres, et le Père du ciel vous proclamait de nouveau son Fils bien-aimé, l'objet de ses divines complaisances.
Et bientôt, à Béthanie, nous avons vu, au seul son de votre voix, Lazare sortir du tombeau, nous avons suivi les foules enthousiastes qui vous portaient en triomphe dans la cité sainte, en chantant: « Hosanna au Fils de David ! » Nous vous avons vu pendant trois jours confondre, au temple, les scribes et les pharisiens, et prédire la ruine de la cité déicide.
Et quand, au cours de votre Passion, vous terrassiez d'un mot les soldats venus pour vous arrêter, quand vous disiez à Caïphe qu'un jour vous descendriez du ciel pour le juger, nous reconnaissions le Roi des rois. Puis, en vous voyant souffrir avec la douceur d'un agneau, pardonner sur la croix à vos bourreaux, pousser en expirant un cri qui fit trembler le ciel et la terre, nous disions avec le centurion romain: « Vraiment c'est le Fils de Dieu ! »
Après trois jours, comme vous l'aviez annoncé, nous vous avons vu sortir du tombeau, apparaître aux saintes femmes, aux apôtres, aux disciples, et enfin, du mont des Oliviers, remonter triomphant dans les cieux. De là vous ne cessez d'étendre votre règne et d'écraser vos ennemis: vous avez détruit le royaume des Juifs, vous avez détruit l'empire des Romains, vous êtes devenu le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Et bien que les suppôts de Satan, juifs, hérétiques, apostats, précurseurs de l'Antéchrist, ne cessent de conspirer contre votre Église, et d'annoncer sa mort prochaine, l'Église n'en chante pas moins, de siècle en siècle, le De profundis sur leurs tombes, et de siècle en siècle, jusqu'au dernier jour, elle n'en répétera pas moins la promesse de Césarée: « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. »
O Seigneur Jésus, voilà le cri de foi, d'espérance et d'amour qui s'échappe de notre âme en lisant le livre de votre Vie, ou plutôt le livre de vos gloires. L'apôtre bien-aimé termine son Évangile en disant: « Ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom. » Nous croyons, ô divin Sauveur, que chacune de vos paroles est la parole d'un Dieu, que chacun de vos actes est l'acte d'un Dieu, et rien au monde n'ébranlera notre foi.
Dans ces jours troublés par les précurseurs de l'Antéchrist, nous voyons que le monde s'achemine de plus en plus vers l'apostasie totale. La foi diminue sur la terre, les chrétiens eux-mêmes sympathisent avec l'erreur, les apostats foulent aux pieds la vérité et la justice; l'on voit venir l'heure où les tyrans persécuteurs pourront assouvir leur rage contre les enfants de Dieu, les condamner à l'exil ou au martyre. Mais ne lisons-nous pas, dans votre sainte Vie, que le disciple n'est pas au-dessus du Maître, et que, par conséquent, ceux qui ont tué le Maître n'hésiteront pas à tuer les disciples ? Et d'ailleurs les apôtres, nos pères dans la foi, et après eux des millions de chrétiens, n'ont-ils pas versé leur sang pour vous, ô Jésus, qui avez daigné répandre le vôtre jusqu'à la dernière goutte par amour pour nous ?
Comme eux, ô divin Roi, nous vous resterons fidèles jusqu'au dernier soupir. Nous sommes, hélas ! de pauvres pécheurs, bien faibles et bien misérables; mais nous avons confiance en vous, qui êtes la force, et dans le secours de la Vierge bénie que, du haut de la croix, vous nous avez donnée pour Mère. Si donc nous devons passer par de grandes épreuves, nous nous rappellerons votre Vie, votre Passion, votre mort sur le Calvaire, et nous dirons avec l'apôtre Paul: « Qui pourra nous séparer de l'amour de Jésus, notre divin Roi ? Ni l'angoisse, ni la tribulation, ni le glaive, ni les puissances de la terre, ni les puissances infernales, ni la vie, ni la mort, non, rien au monde ne pourra briser le lien qui nous attache au Dieu Sauveur !»
Référence
1. Ad Roman., vin, 38-39.