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Royauté Éternelle
I
Adoration
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Lorsque le Seigneur aura posé un terme à l'existence de notre monde, et que les hommes auront été définitivement partagés en deux classes, celle des élus et celle des réprouvés, le règne de notre Sauveur Jésus-Christ ne sera pas terminé pour cela... La phase terrestre de votre royauté étant achevée, ô divin Maître, il n'y aura plus que votre règne glorieux : vous ne serez plus le roi militant que nous servons ici-bas et dont nous devons chercher à étendre l'empire, vous serez le prince triomphant de tous ses ennemis qu'il foule aux pieds : « Donec ponam inimicos tuos, scabellum pedum tuorum » (Ps. cix, 2).
L'Ange Gabriel l'avait annoncé à la divine Mère lorsqu'il avait été envoyé par Dieu pour lui porter le message céleste : « Celui que vous concevrez et que vous enfanterez sera grand; on l'appellera le Fils du Très-Haut; le Seigneur lui donnera le trône de David son père; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin » (Luc, I, 3233).
Votre royauté, ô Jésus, n'est donc pas limitée au temps présent; mais après avoir régné sur les hommes ici-bas, autant du moins que les hommes l'auront bien voulu, vous régnerez à jamais, sans aucun conteste, sur les élus et même sur les damnés...
Votre royauté ici-bas est combattue, amoindrie, discutée, niée même par les hommes; mais alors elle sera solennellement affirmée et pleinement reconnue par toutes vos créatures.
Je m'associe de coeur et de désir, ô Jésus, mon divin Roi, aux chants de louange, aux hymnes de triomphe que la cour céleste, les anges et les bienheureux déjà admis dans la patrie font monter vers votre trône, sans se lasser jamais; et j'espère bien pouvoir un jour, grâce à votre miséricordieuse bonté, unir ma voix à la leur.
Mais en attendant, ô Jésus, de faire partie des choeurs célestes, c'est vers votre trône eucharistique que j'élève mes louanges; je fais monter le cantique de mes adorations vers l'Hostie sainte où vous résidez en toute vérité, ô divin Roi : caché pour nous sous de chétives apparences, vous avez un droit plus strict à être acclamé par nous.
Les solennités de l'Exposition et des fêtes eucharistiques, si chères à tous les coeurs chrétiens, ne sont que des balbutiements; mais ces balbutiements vous sont aussi agréables, ô Jésus, que le sont pour un père ou une mère les premiers mots, si déformés soient-ils, prononcés par son enfant...
Ce ciel que la foi me montre comme le séjour du bonheur sans fin et dans lequel vous régnez glorieux, ô Jésus, ce ciel qui est par excellence votre royaume, ne sera donné, la foi encore me l'enseigne, qu'à ceux qui durant cette vie se seront efforcés de vous faire régner dans leur âme...
Sans doute, pour être jugé digne de faire partie du royaume céleste, une première condition est d'être citoyen de votre royaume ici-bas qui est l'Église ; mais cela ne suffit pas : il faut en outre être membre vivant de ce royaume et non point membre corrompu et sans vie ; il faut obéir à ses lois, se soumettre à sa discipline, c'est-à-dire vivre en bon chrétien...
C'est, ô Jésus, ce que je veux faire ; c'est ce que je veux m'efforcer de réaliser autour de moi, faisant en sorte que tous ceux sur lesquels je puis avoir quelque influence soient de fidèles sujets de votre royaume, et ainsi puissent être admis à vous louer éternellement...
Vivez donc, ô Christ-Roi, vivez et régnez dans nos âmes et dans nos coeurs... Chaque fois que vous y descendez, et que ce soit fréquemment! affermissez- y votre empire...
La gloire que le Christ-Roi recevra des élus pendant toute l'éternité sera pleine et entière, malgré les blasphèmes, malgré les cris de rage des démons et des damnés : sur vos ennemis aussi, vous régnerez, ô Jésus; mais ce ne sera pas, comme pour les heureux habitants du ciel, par la bonté et l'amour, ce sera par une justice infinie...
Oh! qu'il sera terrible, ce règne de justice du Christ sur les malheureuxmais volontaires prisonniers de l'enfer ! Combien cette pensée doit nous aider à nous préserver de tout péché grave, car chacun d'eux est passible de la damnation éternelle...
La crainte des vengeances de votre justice, unie à l'espérance du bonheur sans fin que vous tenez en réserve pour vos élus, m'engage, ô divin Roi, à me garder avec soin de tout ce qui est contraire à votre volonté et à accomplir fidèlement jusqu'au moindre de vos préceptes.
Je vous le promets, ô Jésus; vous connaissez les vrais sentiments de mon coeur, affermissez ma bonne volonté...
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Si nous voulons rechercher quelle est en dernière analyse la fin pour laquelle Jésus est venu ici-bas et a été constitué Roi universel, nous verrons sans peine que c'est pour nous assurer, à nous hommes, la possession du royaume céleste. L'Église se plaît à le proclamer dans sa liturgie : célébrant le mystère accompli en la nuit de Noël, elle nous fait chanter : « Le Roi du ciel est descendu sur la terre afin de ramener au ciel l'homme qui s'en était éloigné. »
Dans le petit enfant de Bethléem, comme dans l'apôtre prêchant le royaume de Dieu, ou le condamné mourant sur la croix pour s'être proclamé roi, reconnaissons en effet notre Chef, Celui sous la conduite duquel nous sommes assurés d'arriver un jour au bonheur éternel.
Admirons sa bonté..., louons sa miséricorde qui l'a porté à s'abaisser jusqu'à notre niveau, à s'anéantir pour nous élever, nous rendre notre vraie grandeur, faire de nous les héritiers de la gloire céleste, des princes de son royaume...
Mais, reconnaissons aussi que cette bonté et cette miséricorde brillent avec un éclat tout spécial dans la merveille de l'Eucharistie par laquelle le Christ-Roi a voulu se faire notre compagnon et notre guide toujours présent à côté de nous...
Bien plus, si le Christ est Roi par droit de conquête, cette conquête a consisté essentiellement à nous acquérir le droit d'entrer un jour dans son royaume éternel et glorieux...
Ce n'est donc pas seulement pour régner ici-bas sur nous que vous nous avez rachetés, c'est afin qu'un jour nous puissions être heureux avec vous dans votre royaume : « Vous, vous êtes demeurés avec moi dans mes épreuves; et moi, je vous prépare un royaume, comme mon Père me l'a préparé » (Luc., xxn, 29-3o).
Vous avez donc toujours en vue, ô Jésus, notre plus grand bonheur, et vous avez tenu à nous assurer notre admission dans votre royaume au prix même de votre mort.
D'ailleurs, ô Jésus mon Roi, je n'ai garde d'oublier que ce sacrifice de votre mort, qui a été le prix de mon entrée dans ce royaume, se renouvelle chaque jour à la.sainte Messe : chaque fois qu'un prêtre, fût-il l'homme le plus faible et le plus pauvre de ce monde, offre le sacrifice que vous avez institué en mémoire de votre mort, vous nous livrez de nouveau le prix de notre rédemption : votre munificence, ô divin Roi, a surpassé tout ce que nos désirs pouvaient avoir de plus relevé...
Ce royaume, où nous serons heureux avec vous, ô Jésus, avec quelle sollicitude, avec quelle bonté vous nous l'avez préparé! Décrivant en effet le jugement général qui terminera la série des siècles pour notre monde, vous nous montrez le Fils de l'homme, vous-même, plaçant les bons à votre droite et les méchants à votre gauche : « alors, ajoutez-vous, le Roi dira à ceux qui sont à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père, entrez en possession du royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde » (Luc., xxv, 34).
Ce royaume, c'est le royaume même du Fils de Dieu... Et il nous a été préparé, à nous, à chacun de nous en particulier...; oui, à moi, si je le veux, si je fais ce qui est nécessaire pour y parvenir...
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Vous régnerez un jour, ô Jésus, glorieusement et éternellement dans le ciel, lorsque, tous vos ennemis ayant été subjugués et réduits pour toujours à l'impuissance, vous ferez hommage à celui qui vous a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous (I Cor., xv, 28). Mais en attendant cet heureux jour, comme vous êtes loin de régner glorieusement parmi les hommes qui sont vos sujets!...
Beaucoup ne vous connaissent pas et ne peuvent donc rien savoir des droits de votre royauté... Si cette ignorance n'est pas coupable de leur part, elle n'en reste pas moins un grand malheur, car elle vous prive de la louange que vous devriez recevoir...
D'autres, qui ne vous ignorent pas, refusent positivement de reconnaître ces mêmes droits, et ne veulent pas vous laisser régner, comme vous le demandez... C'est de leur part un acte d'ingratitude, non moins que de souveraine imprévoyance...
Voilà donc, ô Jésus, ce qu'est, dans la réalité des faits, votre royaume ici-bas : non point glorieux, mais discuté, mis en doute et trop souvent méconnu, même par vos enfants... Mon coeur s'attriste, ô divin Roi, à la pensée que les hommes méprisent ainsi vos droits; et je comprends que vous demandez de moi la réparation pour ces crimes...
Au ciel, votre royauté, ô Jésus, sera éternelle; les élus ne cesseront de chanter vos louanges, d'exalter vos victoires, de vous rendre leurs hommages, et ces louanges, ces chants de victoire, ces hommages, quoique sans cesse répétés. seront toujours nouveaux comme au premier jour...
Hélas! qu'il en est autrement des louanges, des hommages que nous vous adressons ici-bas : comme nous nous fatiguons vite, comme votre joug nous paraît pesant à la longue !...
C'est notre faiblesse, ô Jésus, qui est cause, du moins en partie, de cet état; mais pour une grande part, n'est-il pas imputable aussi à notre négligence, à notre mauvaise volonté qui recule devant l'effort ?...
On pourrait dire que votre royauté ici- bas est une royauté intermittente, non pas en droit certes, mais en fait... Eh bien ! je veux changer cela, ô Jésus, au moins en ce qui me regarde, et faire que vous soyez toujours réellement le Roi de mon esprit, de mon coeur, de ma volonté... Vous descendez si souvent dans mon âme par la communion : vous voulez y demeurer comme dans un palais, comme dans « votre » palais, et non comme dans une simple hôtellerie; venez donc, ô Jésus, venez y demeurer toujours, et non pas seulement en passant.
Lorsque vous condamnerez les réprouvés au feu éternel, à ce feu qui torturera puissamment les hommes qui furent rebelles ici-bas à votre autorité royale, vous n'en éprouverez, ô Jésus, aucune tristesse, aucune amertume; car les regrets n'entrent pas dans le séjour de la béatitude.
Mais quel malheur pour ces âmes!... Et durant votre vie terrestre, où vous étiez passible comme nous, est-ce que votre Coeur n'a pas souffert à la pensée de devoir condamner un jour, et pour toute l'éternité, ces malheureux que vous avez pourtant aimés et pour lesquels, ô Jésus, vous avez tant fait ?...
Je m'associe, ô Jésus, à la douleur que vous avez alors éprouvée; et avec vous je pleure sur le triste sort de ces âmes...
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Puisque vous avez préparé, ô Jésus, le royaume du ciel, votre royaume éternel et glorieux, pour tous ceux qui vous aiment, je prends en ce moment, à vos pieds, la résolution de vous aimer, de vous servir et de vous suivre fidèlement, ô Christ-Roi, afin d'être jugé digne d'avoir part à cette béatitude...
Aidez-moi à tenir cette résolution : faites que je vous aime de plus en plus, que je vous serve toujours mieux...
Je sais bien, ô Jésus, que la victoire définitive sur vos ennemis vous est entièrement assurée : dans le combat que vous ne cessez de livrer, ô Christ-Roi, au prince des ténèbres, il est certain que c'est vous qui resterez définitivement vainqueur.
Mais je sais aussi qu'en priant pour ce triomphe, je sais qu'en me dévouant pour l'avènement de votre règne, non seulement je vous suis agréable, mais encore je m'associe moi-même à ce triomphe. C'est pourquoi je ne manquerai pas désormais de prier chaque jour à cette intention...
Je ferai donc de ce souhait : Que votre règne arrive, le mot d'ordre de toute ma vie... cherchant en toutes mes oeuvres à travailler pour votre gloire...
0 Jésus-Hostie, voilà mes promesses et ma résolution, que j'espère garder fidèlement avec le secours de votre grâce...
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V
Pratique
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Souffrir patiemment les difficultés et les peines de la vie présente, en vue du ciel.
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Que j'arrive, ô Jésus, au royaume préparé par vous à vos disciples ; ego dispono vobis sicut disposait mihi Pater meus regnum (Luc., xxn, 29).
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