| |
|
|
Il est certain que la royauté de Jésus-Christ se distingue par des caractères spéciaux de toutes les royautés terrestres. Elle s'en distingue tout d'abord par sa nature même : sa royauté, en effet, est une royauté sacerdotale : Sacerdotem aeternum et universorurn Regem, chante l'Église dans la Préface de la Messe du Christ-Roi.
En cette qualité de royauté sacerdotale, votre royauté, ô Jésus, a pour mission de fixer les règles du salut, de la perfection, de la sainteté à laquelle doivent tendre tous ceux qui sont vos sujets : c'est l'objet principal, pour ne pas dire unique, de votre pouvoir législatif : à d'autres le souci de procurer par leurs ordonnances le bien-être matériel des peuples; votre champ d'action à vous s'étend au delà de intérêts humains et terrestres, il est d'ordre spirituel et éternel...
Quant à votre pouvoir exécutif, il consiste à assurer à vos sujets les secours surnaturels qui les aideront à arriver à la sainteté, à la possession de Dieu...
Enfin le pouvoir judiciaire, inhérent à toute vraie souveraineté, vous le possédez, ô Jésus, et il est, lui aussi, d'ordre divin : c'est sur l'observance des préceptes de vertu et de perfection promulgués par vous, c'est sur le profit que nous aurons retiré de vos grâces et de vos secours, que vous nous jugerez, prononçant en toute autorité la sentence qui fixera notre sort pour l'éternité.
Votre royaume est donc, ô Jésus, comme le proclame l'Église, « un royaume de vérité et de vie spirituelle, un royaume de sainteté et de grâce, un royaume de justice, d'amour et de paix » (Préface du Christ-Roi).
C'est un royaume tout céleste : céleste par son principe, céleste par le caractère de son Roi, céleste par la fin qu'il poursuit... Ah! c'est pour le ciel, c'est pour arriver au royaume du ciel que je veux vivre et travailler, sous la conduite de Jésus, mon Roi et mon souverain Sanctificateur...
L'oeuvre de la Rédemption, par laquelle vous avez acheté nos âmes et acquis la possession de votre royauté, ô Jésus, demandait, en effet, à être assurée et continuée en chacun de nous... Cette continuation qui, dans le même temps, en parachève les bienfaisants effets, s'opère par le moyen de la grâce. Celle-ci nous est absolument nécessaire pour marcher dans la voie du salut, dans la voie de la sainteté qui est, ô Jésus, la loi fondamentale de votre royaume.
Oui, votre grâce m'est indispensable pour éviter le mal et accomplir le bien : car nous sommes si faibles qu'il nous est impossible de nous maintenir dans la voie où vous nous avez fait entrer, ô divin Rédempteur, si vous ne venez à notre secours... Vous l'avez dit : « Sine me nihil potestis facere : Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Joan., xv, 5).
Je vous reconnais donc, ô divin Sauveur, et vous proclame comme mon Roi, duquel je dépends pour tout le bien que je veux faire ou que je m'efforce de réaliser : « Deus est enim qui operatur in nobis et velle, et perficere pro bona voluntate : C'est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire selon son bon plaisir » (Philip., H, 13).
Le Pharaon, en investissant Joseph de la dignité de premier ministre, avait établi que personne, dans toute l'Égypte, n'agirait sans son ordre ou son consentement.
Il en est de même pour moi à votre égard, ô Jésus : je ne puis, sans la motion et l'aide de votre grâce, accomplir aucune bonne œuvre surnaturelle et méritoire pour le ciel, ne s'agît-il même que de prononcer votre nom... Le bien que je réalise, je ne puis donc me l'attribuer à moi-même, m'en glorifier comme s'il venait de moi : c'est vous, ô Jésus, qui par le secours de votre grâce en êtes la première cause, et c'est par là que votre pouvoir royal sur nous est essentiellement un pouvoir sacerdotal, un pouvoir de sanctification spirituelle...
Mon devoir est d'être attentif à cet appel divin, et, après avoir entendu votre voix, d'exécuter avec promptitude et générosité ce que vous me demandez...
Aidez-moi, divin Sauveur, à me soumettre ainsi pleinement, sans compter et avec joie, à votre royale et sainte direction.
|
|
Le sceptre du divin Roi Jésus, sous lequel nous avons le bonheur de vivre, nous conduit avec sûreté dans la voie du salut. Le psalmiste,méditant cette pensée, exultait de joie et tressaillait de reconnaissance; je m'unis, ô Jésus, à sa sainte allégresse : « Dominus regit me, et nihil mihi deerit : C'est le Seigneur qui me conduit, et rien ne pourra me manquer » (Ps. xxu, j).
Je ne puis en douter, ô Jésus, vous me dirigez, vous me guidez, vous prenez soin de mes plus chers intérêts comme s'ils étaient les vôtres.
Le gouvernement des princes de ce monde est tout extérieur : ils parlent, ils publient des ordres, ils édictent des prescriptions, et chacun doit se soumettre. Mais pour vous, ô Jésus mon Roi, le moyen dont vous vous servez pour régir vos sujets est surtout spirituel : c'est votre grâce...
Votre grâce, ô Jésus, nous laisse sans aucun doute la liberté; mais comme elle nous appelle, comme elle nous incline, avec force et dans le même temps avec suavité, vers la perfection! C'est à cela qu'on reconnaît la sage administration d'un monarque, lorsque chacun de ses sujets est placé et dirigé de la manière qui lui permet d'atteindre avec plus de sûreté ses intérêts personnels, en même temps que de travailler au bien commun
Or, en nous donnant sa grâce, notre Roi Jésus n'a d'autre but que de nous diriger vers le ciel, où se trouve tout ce que nous pouvons désirer, et où nous aurons le bonheur...
Sachons reconnaître la bonté de notre divin Roi qui met ainsi son secours à notre disposition...
Sujets rachetés d'un Roi qui a donné sa vie même pour nous délivrer de l'esclavage, nous ne sommes pas pour cela en sûreté; notre ancien tyran, auquel nous avons été arrachés, n'a pas abandonné à jamais tout espoir d'étendre de nouveau sur nous sa domination. Mais Jésus notre Roi Sauveur, Jésus, pontife placé entre Dieu et nous pour présenter au Seigneur nos prières et attirer sur nous les bénédictions divines, nous arme pour le combat, il nous protège dans la lutte.
J'en ai fait, ô Jésus, maintes fois l'expérience : vous m'avez soutenu et fortifié dans les tentations, dans les difficultés ; vous avez, par des secours opportuns, ranimé mon ardeur, comme un roi, par des récompenses, par des encouragements excite ses soldats à bien combattre.
Et je suis assuré que cette grâce sera toujours à ma portée, si je veux la demander avec humilité, m'en servir avec constance et fidélité.
Cette grâce divine, qui est le principe de toute la vie spirituelle, le moyen par lequel vous animez, régissez et conduisez souverainement les âmes, vous nous la donnez, ô Jésus, avec la plus grande libéralité. Vous avez ouvert, dans votre Église, plusieurs sources auxquelles nous pouvons venir la puiser, entre autres la prière et les sacrements.
Et parmi ces sacrements, dont chacun a une action appropriée à un besoin spécial de nos âmes, comme les différentes sources thermales ont des vertus curatives diverses, il en est un qui possède une efficacité générale : c'est celui où se trouve la source de toutes les grâces, celui qui vous contient vous-même, ô Jésus, et dont l'Église chante qu'en le recevant l'âme se trouve remplie de la grâce : mens impletur gratta (office du S. Sacrement); la sainte Communion ne nous donne pas un filet plus ou moins abondant de grâce, elle nous livre l'auteur même de la grâce.
En venant en nos coeurs, vous en prenez donc possession, ô Jésus, vous y établissez votre trône royal... Soyez-en toujours le Roi, Roi unique et souverain : que le fruit de la sainte Communion, si fréquemment reçue par moi, soit donc d'établir en moi le règne de votre grâce...
|
|
Jésus-Christ désire, par sa grâce, nous diriger et nous conduire vers notre vrai bien, le royaume éternel; mais il ne veut point le faire sans notre consentement : il faut que nous coopérions au secours qu'il nous accorde...
Et c'est là que, trop souvent, hélas ! vient se briser sa puissance...
Il y a des rebelles à l'autorité du Christ- Roi, comme, dans l'ordre civil, il y a des rebelles à l'autorité nationale... Les premiers sont même plus nombreux, semble-t-il, que les seconds.
Les uns refusent même d'entendre la voix de leur divin Roi qui leur crie au fond du coeur de réformer leur vie, de quitter le péché; et refusant ainsi de reconnaître l'appel de Jésus, ils rejettent, en réalité, sa royauté : car agir ainsi, c'est proclamer qu'on n'admet pas le droit que possède le Christ-Roi de commander à ses sujets, ce qui équivaut à lui enlever son titre de Roi...
Je vous demande pardon, ô Jésus, de cette offense que vous font un trop grand nombre de vos sujets rebelles...
Je dois malheureusement reconnaître que je n'ai pas toujours été assez généreux pour dire oui à l'appel de votre grâce qui m'invitait à une plus grande perfection, qui me demandait d'accomplir un acte de vertu...
D'autres, qui vous reconnaissent extérieurement comme Roi et proclament même très haut votre royauté, en parolesdu moins, ne semblent pas avoir de cette royauté une idée bien juste...
Vous voulez, sans doute, ô Jésus, que votre titre, vos droits soient publiquement et extérieurement reconnus ; mais cela ne suffit pas, et il nous faut joindre à ces manifestations extérieures la reconnaissance, la soumission intérieure : Regnuin Dei intra vos est, le royaume de Dieu est au dedans de vous, avez-vous dit.
Si vous êtes Roi, ô Jésus, vous avez le droit de nous diriger, et nous avons le devoir de nous soumettre totalement à vos directions : directions qui ne s'exercent pas seulement par des préceptes extérieurs, mais encore, puisque votre royauté est sacerdotale, dans les coeurs par les appels de votre grâce.
Pour vous montrer, ô Jésus, que je veux bien réellement vous reconnaître comme mon Roi, je m'appliquerai avec plus de soin à vous faire régner en moi, dans mon esprit, dans mon coeur, dans ma volonté...
Souvent, et même chaque jour peut- être, ô Jésus, je vous reçois comme le pain de vie, comme l'aliment et le soutien, comme le principe par conséquent, et le Roi de ma vie surnaturelle...
Or, êtes-vous bien réellement mon Roi, le Roi absolu et unique de mon âme? Cette âme n'est-elle pas plus ou moins soumise à d'autres souverains : l'orgueil, la sensualité, l'attachement aux biens terrestres ?...
Il est nécessaire que je me décide à rompre ces liens et que je me mette définitivement au service unique de Jésus mon Roi...
|
|
Lorsqu'il s'agit d'un souverain de cette terre, ses sujets peuvent se contenter de se conformer extérieurement aux lois et ordonnances qu'il promulgue... Mais cela ne saurait suffire lorsqu'il s'agit du Roi Jésus : sa royauté n'a pas à s'exercer sur les corps mais sur les âmes, et elle a pour fin de conduire les hommes au salut, à la sainteté. Je prends donc en ce moment, à vos pieds, ô Jésus, la résolution d'écouter la voix de votre grâce qui m'appelle à cette sainteté; je suis bien décidé à y répondre...
Votre caractère sacerdotal, ô Jésus, vient d'ailleurs s'ajouter à votre puissance royale pour affermir votre règne éternel et universel en achevant cette admirable Rédemption qui est un des titres de votre royauté...
Établissez donc, ô divin Roi, dans mon âme et dans celle de tous les chrétiens, les fruits de votre sacerdoce, une grâce de sainteté toujours de plus en plus abondante, afin que vous puissiez souverainement régner sur tous les coeurs...
Et comme c'est au divin Sacrement de l'Eucharistie que vous êtes, ô Jésus, la source la plus abondante de toutes les grâces, le plus puissant moyen de notre sanctification, je veux prier, et aussi travailler dans la mesure de mes forces, pour que votre Sacrement soit mieux connu et plus assidûment fréquenté, et qu'ainsi arrive à s'établir, dans le monde entier, votre règne eucharistique, réalisation parfaite de votre royauté sacerdotale.
|
|
Etre attentif aux bonnes inspirations de la grâce. |
|
Le royaume de Dieu est au dedans de vous. Regnum Dei intra vos est (Luc, xvu,21). |
|