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Prenez et Mangez
I
Adoration
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Notre divin Roi Jésus, au moment de terminer sa vie terrestre et de se livrer entre les mains de ses ennemis pour consommer son sacrifice d'expiation, a voulu nous faire un don, un don vraiment royal. Les souverains, dans leur testament, ont coutume d'indiquer des largesses à faire en leur nom après leur mort«. Ils veulent ainsi assurer à leur mémoire une bénédiction qui, dans leur intention, devrait être éternelle.
Ce ne sont pas, ô Jésus, des sommes d'argent à employer en oeuvres de bienfaisance que vous avez voulu nous laisser dans votre testament; c'est vous-même en personne. Parlant un jour de ce don à la Samaritaine , vous lui disiez, ô Jésus : « Si seires donuin Dei : Si vous connaissiez le don de Dieu! » (Joan.,
Le don de votre royale munificence, ô Jésus, c'est, vous l'avez dit, votre Corps et votre Sang; mais ce don, je ne le connais point assez : aidez-moi, ô Jésus, à en mieux comprendre l'excellence et la beauté, les richesses et la grandeur. Apprenez-moi ce qu'il est, tout ce qu'il est, afin que, le connaissant mieux, je vous aime plus sincèrement, et vous serve avec plus de fidélité.
L'Eucharistie, c'est en vérité le don de Dieu. Vous l'avez dit, ô Jésus : « Prenez et mangez, ceci est mon Corps. » Je le crois fermement, et combien je voudrais que tous les hommes aient cette même foi!
Ce don de Dieu, ce n'est point un souvenir laissé par vous, ô Jésus, à vos frères d'ici-bas, comme l'homme voyageur qui, en se séparant de ses amis, leur laisse un objet destiné en quelque sorte à le remplacer; ce n'est point non plus une simple représentation, un symbole de vous-même, ô divin Sauveur; c'est vous en toute réalité, ô Jésus... Je le crois, Seigneur, et ma foi vous adore sous ces apparences...:
Le don que vous nous faites, ô Jésus, est un don véritable; ce n'est pas un prêt que vous nous confiez. Vous vous y livrez à nous aussi pleinement qu'il est possible, et vous passez en notre possession totale, comme l'aliment que nous prenons devient partie de nous-mêmes.
Ah! qu'il est beau ce don de Dieu, comme il mérite d'être étudié!
Dieu nous avait donné son propre Fils par l'Incarnation, car c'est jusque-là, selon la parole de saint Jean (m, 161, que le Seigneur a aimé le monde. Le Fils de Dieu lui-même s'était donné aux hommes, durant sa vie terrestre, par les bienfaits, le dévouement, la mort sur la croix. Mais afin que tous ces dons subsistent et se perpétuent, non seulement dans leurs effets, mais encore d'une certaine manière en eux-mêmes, vous les avez, ô Jésus, résumés et fixés dans ce don de votre Eucharistie. Ah I si nous connaissions le don de notre Dieu...
Vous vous donnez à nous, ô Jésus... Il est évident qu'en retour nous devons nous donner à vous.
Nous nous devons à vous, ô mon Dieu, en tant que créatures; nous sommes tenus de tendre à vous comme à notre fin, et c'est pour vous qu'il nous faut vivre et agir ici-bas. Mais ce don que vous nous faites de vous-même dans l'Eucharistie vient ajouter un nouveau poids à cette obligation.
Non, il ne suffit pas de nous donner à vous par les désirs, par la volonté et les résolutions que nous pourrions former de vous mieux servir... La réalité de votre don, ô Jésus, nous oblige à nous donner à vous, aussi vraiment et réellement que vous vous donnez à nous; non point pour un temps seulement, mais sans limites de jours, d'années et de circonstances.
Mais, ô Jésus, comment me donnerai- je à vous ?...
Tu te donneras à moi, mon enfant, en faisant ma volonté, en observant mes préceptes, en cherchant à me faire plaisir, en évitant tout ce qui pourrait être une offense envers ma divine majesté, en te dévouant pour ma gloire, pour mes intérêts...
Oui, Seigneur, puisque vous vous donnez à moi, il est nécessaire qu'à mon tour je me donne à vous : acceptez l'offrande que je vous fais de moi-même en ce moment, et pour vous montrer la réalité de mon don, je détermine tel acte à faire pendant la journée.
Le don que Jésus me fait de lui-même m'oblige encore à me donner à mon prochain : si lui, Dieu et Seigneur, veut bien se livrer à la plus indigne de ses créatures, comment pourrais-je hésiter à imiter son exemple ?
Pour répondre au don que Dieu m'a fait, je dois par conséquent me donner comme lui à mes frères, en les aimant, les servant et me dévouant pour eux, jusqu'à donner, s'il le fallait, ma vie même... Sans cela, je pourrais avoir une certaine idée théorique du don de Dieu, je ne le saurais pas totalement, car j'ignorerais en pratique ce qu'il doit produire.
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II
Action de grâce
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« Si tu savais le don de Dieu! » Si tu savais tout ce qu'il contient d'amour de la part de Dieu; si tu savais tous les trésors qu'il renferme, comme la reconnaissance monterait ardente de ton coeur!
Faites-moi connaître, ô Jésus, la beauté, les richesses de ce don de Dieu, de votre royale munificence, ô divin Roi, afin que, le connaissant mieux, j'en rende au Seigneur de plus vives actions de grâces.
Eh! oui, quelle ne devrait pas être ma reconnaissance en me rappelant que ce don de l'Eucharistie n'est pas une figure, un souvenir de Jésus, ou encore une action de sa puissance, mais vous, ô mon Sauveur et mon Dieu, en toute vérité et réalité.
Ce don, étant Jésus lui-même, contient dès lors et nous offre le bien suprême, le bien infini, Dieu dans la plénitude de son être, de ses perfections, de son amour; chaque Hostie est Dieu tout entier : le présent que vous m'offrez, ô Jésus, n'est pas moins que cela.
Ce don étant Jésus lui-même, il renferme et nous donne ce chef-d'oeuvre des mains divines, qui est l'Homme-Dieu, avec toutes ses vertus, ses grâces, ses mérites et les satisfactions de sa mort sur la croix.
Ce don enfin, étant Jésus lui-même, remet entre nos mains les promesses et le gage, l'avant-goût même de la gloire céleste, avec les secours nécessaires pour y parvenir...
Si nous savions le trésor et la richesse, l'honneur et la grandeur de l'adorable don que Jésus nous a fait, comme nous serions heureux, avec quelles effusions de joie nous remercierions notre divin Roi de sa générosité...
« Grâces soient rendues à Dieu pour le don inénarrable » qu'il nous a fait dans sa bonté : grattas Deo super inenarrabili dono ejus » (II Cor., lx, 15).
C'est votre amour infini, ô mon Dieu, qui seul a pu inventer un don si magnifique; qui seul a pu le réaliser; qui seul peut le soutenir et le perpétuer toujours aussi réel, aussi plénier qu'à la première heure, car ce don est sans repentance, comme il est sans limites.
La manière dont on fait un cadeau est quelquefois plus importante que le bienfait lui-même.
Or, le don de Dieu n'est pas seulement admirable en lui-même, il est encore magnifique dans la manière dont il nous est fait.
La splendeur, les perfections de Celui qui nous est donné, sont admirablement voilées, pour ménager notre faiblesse, sous la forme du pain, aliment quotidien.
Ce pain, ce don de Dieu, c'est chaque jour que nous pouvons de nouveau le recevoir avec la même plénitude, la même réalité que la première fois.
En vérité, ce n'est pas un don, c'est l'abandon total de Dieu à l'homme. Ne dirait-on pas, ô Jésus, que vous avez voulu épuiser dans ce présent les richesses d'une puissance souveraine mise au service d'un amour royal ? Oui, tout est royal ici, de votre part...
Que mon amour, divin Sauveur et Maître souverain, que mon amour aussi soit royal, que ma reconnaissance soit souveraine : tant de fois déjà vous vous êtes livré à moi, et vous reviendrez encore à moi, avec la même générosité, tous les jours de ma vie jusqu'au dernier... Merci, ô Jésus, pour toutes ces communions, qui me donnent le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs en personne.
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« Si tu savais le don de Dieu! » La pauvre Samaritaine ne connaissait pas, ô Jésus, le Don de Dieu dont vous lui parliez... Elle n'était point coupable; car ce don ne lui avait pas encore été présenté.
Mais aujourd'hui, après vingt siècles de solennelles affirmations, qu'il est triste de voir que le don de Dieu est encore ignoré de beaucoup d'hommes, et qu'il est plus triste encore de savoir que pour plusieurs cette ignorance est volontaire !
Ignorer volontairement une chose, c'est une marque de mépris; c'est, au moins, un indice qu'on ne la juge pas digne de fixer l'attention. Ignorer un don, qui nous est fait, c'est par conséquent ou le mépriser ou ne pas l'apprécier et, par là même, c'est faire injure au donateur...
Qui de nous ne ressentirait vivement un tel affront ? Et plus le don a été généreux, plus grande est l'offense.
Quelle peine causent donc à votre Coeur, ô Jésus, ces hommes qui négligent ou rejettent votre don, lui préférant les biens mensongers de leurs passions, de la terre et du monde;... ou même simplement leurs aises et leurs commodités, ne voulant pas s'imposer un petit sacrifice pour aller le recevoir...
Pardon, ô Jésus, pour ces ingrats...
Pardon pour moi-même, ô Jésus, de n'avoir pas cherché à connaître et à approfondir, comme j'aurais dû le faire, votre don. Lorsqu'on reçoit un présent, surtout s'il vient d'un supérieur, on s'empresse de le prendre, on le considère avec attention, on l'admire, on cherche à en voir la beauté, la valeur, pour pouvoir mieux en remercier le donateur, lui en parler, lui montrer qu'on estime le don, qu'on lui en est reconnaissant...
Pourquoi n'agissons-nous pas de même envers Jésus au sujet du magnifique don de l'Eucharistie ?... Cherchons-nous à savoir toujours mieux ce qu'est le Saint Sacrement ?
N'avons-nous pas oublié parfois, trop souvent peut-être, qu'il est Jésus, Dieu lui-même, en toute vérité et réalité !... De là viennent nos manques de respect à l'église, notre peu de dévotion lorsque nous sommes en sa présence ou que nous le recevons dans la sainte communion.
Pardon, ô Jésus, de ces manquements qui blessent votre Coeur si délicat, si g énéreux, si prompt à se donner, si prodigue de lui-même...
Mais examinons-nous surtout sur la manière dont nous répondons pratiquement au don de Dieu... Dans quelle mesure sommes-nous à Celui qui se donne à nous ?... Dans quelle mesure imitons-nous Celui qui se donne à nous ?
Hélas! bien souvent nous manquons de générosité envers Dieu pour accomplir les sacrifices qu'il nous demande, ou même seulement pour observer dans toute leur étendue ses volontés manifestées par ses commandements...
Envers le prochain : nous hésitons à l'aimer, à lui rendre service, à nous dévouer pour lui...
Comme nous sommes loin, ô mon Dieu, de connaître et d'imiter votre don !...
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La prière de la Samaritaine , lorsque Jésus lui eut dit : « Si tu savais le don de Dieu », fut sans aucun doute celle-ci : Maître, enseignez-moi ce don de Dieu... Si une telle prière ne vint pas à ses lèvres, elle fut certainement au fond de son coeur.
Nous aussi, demandons à Notre-Seigneur de nous faire Connaître, de nous faire goûter le don de Dieu, qui n'est autre que lui-même.
Lorsqu'il vient en nous par la sainte communion, prions-le instamment d'éclairer notre intelligence. Ah ! si nous étions fidèles, comme les saints, aux lumières reçues, l'Eucharistie ne serait-elle pas pour nous plus belle, plus magnifique ?
Cette connaissance plus intime du don de Dieu, demandons-la aussi pour tous les chrétiens et pour tous les hommes.
Soyez connu et aimé, ô Jésus, dans le don de votre Eucharistie... Et nous-mêmes, puissions-nous, pleins de dévouement et d'humilité, vous faire connaître, aimer et adorer par tous dans votre Eucharistie !
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V
Pratique
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Pour répondre au don de Dieu, refaire chaque jour, après la communion, l'offrande de nous-mêmes à Notre-Seigneur. |
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Si tu savais, ô mon âme, le don de Dieu !
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