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Celui que l'Église entend honorer sous ce titre glorieux de Christ-Roi, celui dont elle proclame la gloire et les excellences, c'est le Verbe de Dieu fait homme pour nous.
Dans sa nature divine, ce Verbe éternel partage avec le Père et l'Esprit-Saint le pouvoir souverain et absolu sur tous les êtres créés; mais en tant qu'homme il a reçu de son Père, selon la parole du prophète, « la puissance, l'honneur et la royauté » (Dan., vu, ILI ).
C'est donc vous, ô Jésus, vous mon frère par la nature, que je dois reconnaître comme « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs » (Apoc., xix, i6), vous, l'enfant de Bethléem, le jeune apprenti de Nazareth, devenu plus tard le prédicateur des foules avides, puis le crucifié du Calvaire... Vos contemporains n'ont voulu voir en vous qu'un homme comme un autre, un artisan, un fils d'ouvrier; en réalité vous êtes, ô Jésus, un artisan divin, vous êtes le Créateur des mondes, vous êtes le Maître des siècles, vous êtes Notre-Seigneur.
Il est nécessaire que je m 'élève au-dessus des faibles apparences sous lesquelles vous êtes apparu parmi nous. Je salue en vous « le prince des rois de la terre » Apoc., f, 5), celui à qui tous les peuples doivent l'hommage de leur respect et de leur obéissance, celui que les plus puissants monarques de ce monde doivent reconnaître et honorer comme leur souverain.
Cette dignité royale, ô Jésus, vous ne l'avez pas reçue des hommes; ce n'est pas eux qui vous l'ont conférée par un libre choix de leur part : lorsque nous vous proclamons Roi, nous ne vous donnons rien que vous ne possédiez déjà, nous ne faisons que reconnaître et proclamer un titre que vous possédez déjà...
Ce n'est même pas à cause de votre victoire sur le prince des ténèbres que vous méritez cette qualité de Roi : cette victoire ne fait qu'ajouter un nouveau fleuron à votre dignité royale.
Vous êtes Roi, ô Jésus, par droit de naissance... Vous êtes Roi, ô Fils de Dieu fait homme, précisément à cause de cette dignité de Fils de Dieu. Le Verbe éternel, en s'incarnant, a en effet communiqué à la nature humaine, à laquelle il s'unissait hypostatiquement, le domaine souverain, apanage inaliénable de la Divinité, sur tout ce qui existe. Étant donc, ô Jésus, le vrai Fils de Dieu, vous avez reçu pleine et entière communication de la puissance divine...
Voilà la raison fondamentale de votre Royauté, ainsi que le rappelle le Souverain Pontife : En vertu de son essence même et de sa nature, Jésus-Christ possède le domaine souverain de toutes les créatures; il ne l'a pas extorqué par la force, il ne l'a pas reçu de la libre volonté des hommes...
Je crois, ô Jésus, que vous êtes en vérité le Fils même du Dieu vivant... Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, à vous gloire, honneur, puissance royale...
Cette profession de foi à votre dignité, à votre pouvoir royal, il m'est doux de la renouveler à vos pieds, ô Jésus-Eucharistie.
Le vrai Fils de Dieu, le Verbe éternel fait homme, celui duquel relèvent tous les empires et à qui tout obéit au ciel, sur terre et dans les enfers, celui qui est Notre-Seigneur, il est là dans cette faible Hostie qui peut, à tout instant, devenir le jouet des éléments ou la victime de la négligence, de la malice humaine. Oui, c'est sous de telles apparences que se cache le Roi du monde, le Maître souverain!...
La foi était nécessaire pour reconnaître la Divinité en Jésus vivant sur la terre; mais ici l'Humanité elle-même se cache... Cela toutefois ne m'empêche pas de reconnaître l'une et l'autre et de confesser que le Christ du Sacrement est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le Souverain par excellence...
Devant ce Roi, une seule attitude est permise, et elle s'impose : la soumission absolue, l'adoration : Adoro Te devote, latens Deitas.
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Il est évident que Dieu possède de toute éternité, et sans conteste, la Royauté absolue sur toute la création.
Il est certain aussi que le Fils de Dieu, en s'incarnant, n'a rien perdu de ses droits souverains : l'incarnation a donc eu pour résultat, entre autres bienfaits, de rapprocher de nous, de nous manifester d'une manière toute spéciale, la bonté, la douceur de notre Roi... Le prophète Isaïe l'avait annoncé : « Voici, disait-il, que votre Roi vient à vous plein de mansuétude » (Matth., xxi, 5). Non, vous n'êtes pas, ô mon Dieu, comme ces potentats de l'antiquité, que l'on ne pouvait jamais voir que dans un appareil terrifiant de majesté; malheur à l'audacieux qui osait paraître en leur présence sans avoir été appelé : sa témérité était d'ordinaire punie de mort immédiate. Mais vous, ô Jésus, quoique votre puissance surpasse de toute la hauteur de l'infini la force des plus fiers monarques que la terre ait jamais vus, voilà que vous vous êtes fait l'un de nous : vous avez vécu de notre vie, vous vous êtes soumis à nos difficultés, à nos misères, voilant votre Divinité, et ne laissant apparaître que l'infirmité d'une nature semblable à la nôtre...
Nous vous remercions, ô Seigneur, d'une telle condescendance ; nous vous louons, nous vous rendons grâces d'avoir bien voulu abaisser votre gloire et d'être venu parmi nous... Nous vous bénissons, aimable Sauveur, d'avoir daigné perpétuer votre présence au milieu de nous : votre Sacrement étend à tous les lieux, perpétue à travers tous les siècles, porte à tous les hommes l'amour qui vous a poussé à descendre du ciel et à cacher sous le sac de l'esclave les splendeurs de votre royauté céleste...
Quelle gloire pour nous de vivre sous le sceptre d'un tel Roi, mais surtout quel bonheur et quelle sécurité! Ceux qui ont reçu ici-bas le pouvoir de commander à leurs semblables sont des créatures : ils ne peuvent tout voir, tout savoir, tout prévoir; ils sont donc exposés à errer dans les ordres qu'ils édictent et dans les sentences qu'ils prononcent. Notre Roi Jésus est à l'abri de ces défaillances : il voit tout, il sait tout, l'avenir comme le présent et le passé, il est infailliblement juste en même temps que souverainement miséricordieux; ainsi que le rappelle saint Paul après le psalmiste, « le sceptre de sa royauté est un sceptre de droiture » (Haebr., 1, 8).
L'Apôtre ajoute que « son trône est éternel ». Les souverains de ce monde, quelque forte et bien établie que paraisse l eur autorité, peuvent être renversés et un autre homme peut prendre leur place : ces changements, dont l'histoire nous offre de nombreux exemples, ne s'accomplissent généralement pas sans trouble pour la société et sans dommage pour les individus... Nous n'avons pas à redouter pour vous, ô Jésus, et pour nous, une telle éventualité : votre règne n'aura jamais de déclin.
Réjouissons-nous, félicitons-nous d'être sous la puissance d'un tel Roi; goûtons notre bonheur, savourons la joie de notre félicité, et remercions le bon Sauveur des bienfaits qu'il répand sur nous...
Un roi terrestre, si puissant, si riche, si magnanime qu'il soit, connaît nécessairement des limites à son autorité, à ses largesses, à sa bonté. En dehors de son royaume ses décrets sont sans force; un jour la mort vient poser des bornes à l'efficacité de ses lois que son successeur pourra modifier à son gré, et lorsque sa magnificence aura épuisé les trésors de l'État , il ne pourra plus rien.
Comme votre royauté, ô Jésus, Notre- Seigneur, l'emporte, ici encore, sur toutes les principautés de ce monde!... Parce que vous êtes Dieu, vous avez trouvé le moyen de mettre à la disposition de vos sujets un trésor infini : vous-même. Par son sacrement d'amour notre Roi Jésus se donne tout entier à chacun de nous, autant de fois que nous le voulons.
Imaginons-nous un souverain de la terre, puissant monarque, venant visiter aimablement chacun de ses sujets dans sa demeure, écoutant leurs demandes, prévenant leurs désirs, les consolant dans leurs peines, leur donnant un gage de bonheur sans fin... et cela autant de fois que chacun d'eux le souhaite, sans se lasser jamais...
Voilà la merveille qu'a voulu accomplir pour nous notre divin Roi Jésus. Ah! ne mérite-t-il pas toute notre reconnaissance : « Je vous exalterai, ô Dieu mon Roi, et je bénirai votre nom à jamais, et dans les siècles des siècles (Ps. cxtav, I).
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Il y a eu, dans les premiers siècles de l'Église, des hérétiques qui ont osé nier la Divinité de Notre-Seigneur Jésus- Christ, prétendant qu'il n'était qu'un homme semblable à tous les autres. Il y en a eu à toutes les époques, il y en a encore beaucoup de nos jours, qui pensent de même...
C'est là, évidemment, découronner le Christ de sa dignité de Roi, en lui déniant le caractère sur lequel se fonde ce titre : si Jésus-Christ n'est pas Dieu par sa nature même, il peut avoir reçu la dignité royale, il peut l'avoir conquise, il n'est pas le Roi que l'Église a toujours reconnu en lui.
Je vous demande pardon, ô Jésus, pour l'offense dont se rendent ainsi coupables envers vous tant d'hommes impies, les uns d'une manière directe et ouverte, les autres, plus nombreux, de façon plus ou moins cachée et frauduleuse...
Ce sont des révoltés : ne voulant pas admettre que le Christ soit Dieu, et lui refusant par suite la dignité royale, ils ne peuvent se soumettre, comme ils le doivent, à son empire...
D'autres, qui ne refusent point de vous donner, si l'on veut, le titre de Roi, considèrent plutôt ce titre comme une simple appellation honorifique, sans pouvoir réel qui lui corresponde. Ils ne vous laissent donc, ô Jésus, qu'une ombre de royauté; autant dire qu'ils vous traitent en fantôme de roi, et ils agissent en conséquence, ne se préoccupant nullement de vos lois, de vos défenses, de vos prescriptions... Mais non, ô Jésus, vous ne sauriez vous contenter de cette apparence de royauté, de cette royauté nominale et dérisoire : du moment que vous êtes le Fils de Dieu, Notre-Seigneur, bien que vous n'apparaissiez que comme un homme semblable aux autres, vous êtes Roi pleinement, en toute perfection... Pardon, ô Jésus, de l'injure que l'on vous fait en vous traitant ainsi, en méconnaissant de la sorte vos droits royaux... Hélas ! cette apparence de royauté, la proclamation purement extérieure et verbale du pouvoir royal de Jésus-Christ : est-ce lâ un danger chimérique ? Certes non, et il est bien souvent à craindre que ces mots : le Christ-Roi, ne représentent pas grand'chose pour beaucoup de chrétiens...
Le Christ-Roi, c'est le Christ-Dieu promulguant ses lois, menaçant de peines les transgresseurs et leur infligeant les châtiments mérités. Ce Christ-Roi, ce Christ-Dieu, c'est le Jésus de la sainte Hostie : or, comment nous comportons-nous envers lui ? Le traitons-nous royalement ? Avons-nous pour lui le respect, la vénération dont les hommes bien pensants entourent ici-bas celui qui est investi de l'autorité nationale ?... Nous sommes attentifs, combien attentifs même, aux manquements commis contre nos droits et notre supériorité (c'est ainsi que nous les appelons), et dans le même temps nous en prenons à notre aise en ce qui regarde nos devoirs de fidèles sujets du Roi Jésus. Comment expliquer cette différence?... Pardonnez-moi, ô Jésus, mes irrévérences à votre égard ; pardonnez tant de manques de respect que les hommes commettent envers vous : je veux réparer mes infidélités et celles de mes frères en vous traitant royalement...
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Saint Paul, parlant du Fils de Dieu fait homme, disait aux premiers chrétiens : « Il faut qu'Il règne » (I Cor., xv, 25). C'était un souhait non moins qu'une exhortation à travailler à l'établissement de ce règne.
C'est aussi, ô Jésus, mon voeu, ma prière, ma résolution en ce moment : Il faut que Notre-Seigneur Jésus-Christ règne, il faut qu'il règne sur tous les hommes et sur toute la société.
Ah! ce règne de notre Dieu et de Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui, après deux mille ans bientôt de christianisme, devrait être semblable à un beau et grand arbre couvrant de son ombre bienfaisante le monde entier et offrant à tous les hommes ses fruits salutaires, ne ressemble-t-il pas plutôt au grain de sénevé, à une faible semence ? qu'il est donc encore petit le royaume de Notre-Seigneur! « Les hommes, dit le Bienheureux Père Eymard, ont tellement pris et rogné de ses droits comme de ceux de l'Église, depuis trois cents ans Ils pourchassent Notre- Seigneur : ils lui arrachent des temples et des peuples. Que de ruines eucharistiques ! »
Nous travaillerons au règne de Notre- Seigneur, notre Dieu et notre Roi, en priant pour que les païens, abandonnant les fausses et inutiles divinités sous lesquelles se cache l'esprit de mensonge, reconnaissent le Dieu véritable et Celui qu'il a envoyé, son Fils, Jésus-Christ..., pour que les hérétiques et les schismatiques consentent enfin à adorer en lui le Dieu véritable..., pour que les mauvais chrétiens, rebelles jusqu'ici aux lois de leur Seigneur et Maître, se soumettent enfin à son joug et observent fidèlement sa loi...
Quant à nous-mêmes, pour reconnaître, ô Jésus, les droits de votre royauté, nous vous promettons d'être désormais dociles à toutes vos volontés, prompts à accomplir vos désirs : ces volontés, ces désirs sont si justes, si parfaits !
Nous nous efforcerons enfin, dans la mesure de l'influence que nous pourrons avoir, de faire rentrer Notre-Seigneur en Roi dans notre vie, dans les usages, dans nos conversations : « On parlera d'art religieux, de vérités morales, des beautés de la religion : de Jésus-Christ, de l'Eucharistie, jamais. Eh bien! changez tout cela; faites profession de votre foi; sachez dire : Notre-Seigneur Jésus-Christ, jamais le Christ tout seul. Il faut enfin montrer que Notre-Seigneur a le droit de vivre et de régner dans le langage de la société » (Bienh. P. Eymard).
C'est ainsi que nous ferons régner Notre-Seigneur.
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Prononcer toujours, avec le plus grand respect, le nom adorable de notre divin Roi Jésus. |
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Vous êtes, ô Jésus, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs.
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