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Le pain de vie
I
Adoration
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Le don que la royale munificence du Seigneur Jésus a voulu faire aux hommes est en lui-même d'une valeur infinie : il renferme tous les trésors du ciel et de la terre, et les plus somptueuses richesses de ce monde ne sont rien en face de lui, car il n'est autre que le propre Fils de Dieu, Dieu lui-même.
J'admire, ô Jésus, votre bonté qui a conçu le dessein de nous faire ce présent, en qui se trouvent tous les trésors du ciel et de Dieu lui-même.
Mais la forme sous laquelle vous avez voulu, ô divin Maître, nous faire parvenir ce don n'est pas moins digne de fixer notre attention : c'est sous les espèces ou apparences du pain et du vin que vous avez choisi de nous livrer ce que le ciel a de plus beau et de plus parfait.
C'est pour nous faire comprendre que vous vouliez, ô Jésus, vous constituer dans ce don comme notre aliment, comme le pain de nos âmes. Vous l'aviez d'ailleurs annoncé et déclaré dans le discours prononcé à la suite de la multiplication des pains : « Comme mon Père m'a envoyé et que je vis par mon Père, ainsi celui qui me mange vivra aussi par moi... Celui qui mange de ce pain vivra éternellement : Sicut misit me vivens Pater, et ego vivo propter Patrem : et qui manducat me, et ipse vivet propter me... Qui manducat hune panem, vivet in aeternam » (Joan., lu, 58-59).
Le présent que vous nous faites, ô Jésus, de tout vous-même n'a donc d'autre fin que de nous communiquer, sous les apparences d'un aliment matériel, la vie divine, de nous faire vivre de la vie de Dieu, en nous transformant en quelque sorte en vous-même. « Par la vertu de ce Sacrement, dit le Docteur Angélique , il s'opère comme une transformation de l'homme à Jésus-Christ » (In IV Sent. D. xn, q. 2, a . 2).
La légende parle de la baguette des fées qui transformait les objets et faisait surgir des merveilles; l'histoire nous raconte les efforts des savants qui, depuis des siècles, cherchent à faire de l'or avec des métaux sans valeur... Votre don, ô Jésus, est mille fois plus bienfaisant que la baguette des fées; il est infiniment plus puissant que les creusets et les fournaises des alchimistes. Il transforme notre vie, non point par un vain mirage ou une éphémère illusion, en une vie divine.
De toute éternité le Père communique au Verbe sa vie; le Verbe, en se faisant homme, communique à son tour cette vie à l'humanité qu'il s'unit : Dieu et Homme, Jésus-Christ se met sous les apparences d'un morceau de pain pour nous donner cette vie, et ainsi nous déifier.
Comme elle est belle, notre âme ainsi nourrie de la Divinité , associée d'une certaine manière à la vie de Dieu : telle est l'efficacité du don que Jésus notre Roi a bien voulu nous faire dans son immense bonté.
Je puis, je dois même admirer la grandeur, l'excellence de cette oeuvre, non certes pour me complaire en moi-même, ce qui serait le péché de Lucifer, mais pour exalter le Seigneur de qui descend sur nous tout don parfait, et pour célébrer le Christ-Roi a qui je suis redevable de cet immense bienfait.
Mais la vertu, l'efficacité de ce don ne se limite pas à ennoblir notre âme en lui conférant une dignité divine; il lui communique en outre une énergie, une puissance pour le bien et une force contre le mal, très supérieures à celles dont elle serait humainement douée. Sous l'influence de cette énergie et de cette force divine, nous pouvons pratiquer les vertus et vaincre nos ennemis spirituels : semblables à des lions rugissants, dit un Père de l'Église, nous devenons terribles au démon lui-même, et nous pouvons avancer sans faiblir dans la voie du ciel. L'efficacité du don de Jésus s'étend ainsi à l'éternité elle-même.
Avec lui, nous possédons le gage assuré des biens célestes; il met en nos mains la clef de toutes les grâces. Ainsi ce don, qui est en lui-même d'une valeur inestimable, possède encore en notre faveur une efficacité sans pareille. Je crois, ô Jésus, à cette grande vertu de votre Eucharistie. Je sais qu'en venant à moi par la sainte Communion, vous voulez me communiquer tous ces trésors : une communion bien faite pourrait ainsi me sanctifier. Je veux, ô Christ-Roi, marcher sur vos traces; je veux devenir un saint, un bon et fidèle sujet de votre royaume.
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II
Action de grâce
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Lorsqu'un souverain de la terre a l'intention de récompenser l'un de ses ministres pour ses bons et loyaux services, il lui accorde une distinction, il lui confère même parfois un titre de noblesse. Ces récompenses, il faut que le bénéficiaire les ait méritées par des oeuvres extraordinaires ; et quelle que soit leur valeur, elles laisseront toujours subsister la distance qui existe entre le prince et le sujet.
Tous les bienfaits que répand sur nous le Seigneur, dans son immense bonté, possèdent sans doute ce caractère de gratuité absolue; saint Paul nous en avertit : « Qu'avez-vous que vous ne l'ayez reçu : Quid habes quod non accepisti » (I Cor.,7).
Mais il brille avec un éclat tout spécial en ce don de l'Eucharistie : qu'avions-nous fait pour Dieu, qui pût nous mériter un tel présent ? Je reconnais, ô Jésus, que c'est là, de votre part, un acte de grande et sublime générosité.
Mais ce qui me touche encore davantage peut-être en ce don, c'est la manière que vous avez choisie pour le faire parvenir jusqu'à moi : sous les apparences d'un aliment. Le pain entretient la vie de celui qui le prend, en lui communiquant les éléments, les principes substantiels, la force qu'il possède en lui-même. Par le moyen du pain eucharistique, si attrayant, si facile à prendre, vous nous communiquez, ô Jésus, la vie de Dieu : « Comme je vis par mon Père, avez-vous dit, ainsi celui qui me mange vivra par moi. » Il n'y a pas identité, cela va sans dire, mais seulement similitude; cette similitude toutefois est déjà un bien grand privilège. Je vous remercie, ô Jésus, de m'avoir ainsi élevé jusqu'à votre vie divine.
Pour l'homme, image de Dieu , il n'y a pas de plus grand bonheur, pas de chose qu'il désire plus ardemment, que de s'unir avec Dieu : les païens se sentant incapables d'atteindre ainsi la divinité voulurent la rabaisser jusqu'à eux, afin de pouvoir établir cette communication. Mais rabaisser Dieu à la mesure de l'homme, ne confère à celui-ci aucune nouvelle dignité. Aussi notre roi Jésus, brisant ces conceptions matérielles, avoulu, en se donnant à nous, nous faire monter en vérité jusqu'à Dieu.
Élevant notre âme jusqu'à l'union avec Dieu, votre présent, ô Jésus, a par là même, conféré à nos actions une valeur divine. C'est toujours nous qui agissons, nous qui sommes responsables de ce que nous faisons, mais un influx vital d'ordre divin a comme envahi nos puissances, notre faculté d'agir et a transformé nos actions. Elles ne se meuvent plus dans les limites du temps, elles atteignent l'éternité; elles ne sont plus des actions naturelles, elles sont des actions surnaturelles et en quelque sorte divines.
Qu'elle est donc grande et belle la vertu, l'efficacité de votre don, ô Jésus !
Je sais d'ailleurs qu'elle ne se limite point à cette vie terrestre : elle va jusqu'à l'éternité. Le présent que vous me faites est un gage de la félicité éternelle que vous nous avez préparée : pignus futurae gloriae nabis dater. Dans les contrats humains, celui qui a donné des arrhes se trouve lié : il ne peut plus reculer sans perdre ce qu'il a déjà donné.
Nous tenons donc en mains, grâce à votre royale bonté, ô Jésus, les arrhes du bonheur céleste. Comment pourrais-je vous manifester assez ma reconnaissance ? Vous posséder éternellement, Dieu tout-puissant, c'est mon unique désir, ce sera mon suprême bonheur...
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III
Réparation
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Le don que nous a fait de son Corps et de son Sang le Christ-Roi est digne de sa majesté souveraine : d'un prix infini en lui-même, il est encore d'une efficacité sans pareille. Avec lui nous sommes assurés d'obtenir toutes les grâces dont nous avons besoin; par lui nous possédons un avant-goût du bonheur céleste.
Mais en fait, les fruits que les hommes retirent de la possession de ce don correspondent-ils à la vertu sans limites qu'il contient ? C'est d'expérience : même les âmes qui participent avec plus d'abondance à votre présent, ô Jésus, sont parfois bien loin de vivre de votre vie, d'opérer divinement. Pourquoi cela?
L'une des causes de cet état de choses, que je déplore, c'est que trop souvent les bénéficiaires de votre don royal ne consentent pas à s'adapter à ce don, à s'harmoniser avec la condition nouvelle où les a placés, en vertu de ce don, la bonté duSauveur.
Un prince qui ennoblit un de ses sujets, ne peut lui changer, par décret royal, son caractère, ses habitudes, ses penchants, sa manière d'agir : il faut que le sujet lui-même refasse en quelque sorte son éducation pour se mettre, dans sa conduite habituelle, à la hauteur de sa nouvelle situation.
Il n'en va pas différemment dans l'ordre surnaturel : le présent que Jésus nous fait, quelque efficacité qu'il ait en lui- même, ne peut agir en notre âme que si nous le voulons. Il nous faut donc faire des efforts généreux et constants pour mettre à profit l'influence du don divin : cela suppose et exige la lutte contre la nature.
Et c'est là malheureusement ce que nous ne voulons point : nous avons peur de nous laisser prendre entièrement par le Seigneur, nous lui fermons les portes de notre âme, et ainsi nous paralysons l'efficacité du don de Jésus.
Notre divin Roi dès lors ne peut agir en notre cœur comme il le voudrait; nous lions sa puissance, nous méprisons sa sagesse, nous nous opposons à sa bonté...
Je vous demande pardon, ô Jésus mon Roi, d'avoir tant de fois rendu inutile, par ma négligence, le don de votre divin Sacrement.
Il est certain qu'une seule communion bien faite pourrait faire de moi un saint. J'ai fait bien des communions durant mon existence; suis-je seulement arrivé à assurer en moi, d'une manière un peu stable, la vie divine ?... Quels sont les obstacles qui contrarient ainsi votre action ? Que je les connaisse, afin de les supprimer...
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IV
Prière
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Le don que nous fait Jésus de son Corps et de son Sang est admirable non seulement en lui-même, mais encore dans ses effets : il est vivant et vivifiant.
Qu'il soit véritablement pour moi, ô Jésus, une source de vie, le germe fécond d'une merveilleuse activité surnaturelle.
Les besoins de mon âme sont grands et nombreux. Cette âme, que vous m'avez donnée pour vous connaître, ô mon Dieu, et vous aimer, est trop souvent attirée par les choses de la terre, et les inclinations corporelles l'entraînent vers les plaisirs temporels avec une force qui me semble parfois irrésistible... Soutenez-moi, ô Jésus, encouragez-moi, afin que je ne faiblisse point... Que le don de votre Corps et de votre Sang soit pour moi, dans ces circonstances, une armure invincible, une armure royale...
Que votre don me soit un puissant soutien dans les efforts que j'ai à faire pour tendre sincèrement à la perfection... Saforce est telle, qu'il peut m'aider, bien mieux que la nourriture mystérieuse d'Élie, à gravir jusqu'à son sommet la montagne de la perfection et de la sainteté...
Votre don, ô Jésus, est un talisman dont la vertu est sans limites. Suivant les besoins de ceux à qui vous le remettez il leur procure joie et consolation, paix et sécurité, ou il les remplit d'une terreur salutaire : le tout est d'ailleurs ordonné à agrandir, à intensifier dans l'âme la vie surnaturelle et divine. Mon indigence est grande : faites, ô Jésus, que ce don soit pour moi une augmentation continuelle de cette vie...
Dans le discours prononcé par vous, ô Christ-Roi, à la suite de la multiplication des pains, vous vous êtes présenté comme « le pain de Dieu... qui descend du ciel et donne la vie au monde » (Joan., vi, 33). Communiquez, ô Jésus, cette vie au monde qui se meurt en dehors de vous ; les hommes ont ainsi, à côté d'eux, un don d'une efficacité merveilleuse : puissent-ils en user avec plus de profit
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V
Pratique
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Dans nos communions, nous servir de la force de cet aliment de vie pour combattre nos défauts. |
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Aspiration
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Que je demeure en vous, ô Jésus, pour porter beaucoup de fruits : Qui manet in, me, et ego in eo,- hic fert fructum muttum (Joan., xv, 5). |
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