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SEIZIÈME LECTURE
CHAPITRE PREMIER
Jésus-Christ divin Exemplaire du Prêtre.
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Jésus est le modèle sur lequel tout homme doit se former. Il est le moule dans lequel les élus doivent être jetés avant d'être admis à partager le royaume de Dieu. Mais s'Il est le type sublime que toute âme humaine doit reproduire; si tout homme doit régler les battements de son coeur sur ceux du Coeur de l'Homme-Dieu, il en est quelques-uns, parmi les autres, qui doivent plus particulièrement encore se conformer au divin Modèle.
Ces privilégiés appelés à suivre de plus près le divin Maître; ces heureux qui vivront une vie toute semblable à la sienne, et qui, se nourrissant de sa parole, retraçant ses exemples, seront, au milieu du monde, de vivantes images du Rédemp teur, ce sont les prêtres de Jésus.
Jésus, prêtre divin, continue, dans la gloire, les de son éternel sacerdoce. Mais Il veut, qu'à travers les siècles, d'autres Lui-même poursuivent, dans le monde, son oeuvre rédemptrice.
Dieu s'était autrefois réservé pour son culte la Tribu sainte. Il l'avait prise pour son partage ; Il l'avait affectée et consacrée à son service. Ainsi, dans la loi de grâce et d'amour, Dieu s'est destiné une tribu choisie. Il tire, de la foule des chrétiens, des âmes plus spécialement aimées de Lui. Il les rend plus que les autres, conformes à l'image de son Fils unique. Il les favorise de plus de grâces, les enrichit de plus de dons, verse en eux plus d'amour. Il les comble de divins privilèges, et, les revêtant d'une partie de sa puissance, Il les fait, par son onction sainte, prêtres et rois, ministres de sa justice et dispensateurs de ses miséricordes.
Le prêtre est un autre Christ ; c'est l'oint du Seigneur. Marqué d'un caractère sublime et ineffaçable, il passe au milieu des hommes, les dominant de toute la hauteur de sa divine dignité, et s'abaissant miséricordieusement jusqu'à leurs abjectes misères. Il passe comme Jésus passait : en faisant le bien, guérissant toute infirmité et toute langueur parmi le peuple des âmes, versant la vérité aux intelligences, les consolations à la douleur, les pardons au repentir.
Il passe comme Jésus : dans le monde, mais n'étant pas du monde. Il touche bien des souillures et des fanges, mais il demeure pur; il traverse bien des haines, mais il demeure bon. Il p a sse sans regarder derrière lui, sans rien édifier de temporel pour l'avenir. Tout au présent, il verse son âme, par la charité, dans l'âme des plus faibles et des moins heureux. Il passe, oui, mais son action demeure. Si son âme, son âme de prêtre, reproduit l'âme du Christ; si son coeur, son coeur de prêtre, est conforme au Coeur du Christ ; ce n'est plus son action à lui, action de créature infirme et bornée, c'est l'action du Christ Jésus, le divin Prêtre !
Le coeur de Paul, c'est le Coeur du Christ Ah ! si l'on pouvait toujours dire : le coeur du prêtre, c'est le Coeur de Jésus, quels fruits admirables ce prêtre du Christ ne ferait-il pas dans les âmes ! Quels miracles de grâce n'opérerait-il pas à l'exemple du grand Apôtre des nations ! Mais trop souvent, hélas ! la grâce de la consécration n'a pas transformé le prêtre. Son coeur est resté froid, son âme est restée toute humaine; son esprit ne s'est point élevé au-dessus du vulgaire, et au lieu d'être, par l'éclat de ses vertus, par le rayonnement de sa sainteté, ce phare lumineux, éclairant la nuit et dominant la tempête, qui conduit les vaisseaux au port, il n'est lui-même qu'un esquif ballotté par les passions humaines.
Il n'est pas monté sur la hauteur d'où il aurait pu éclairer les âmes en perdition; il n'a pas voulu demeurer sur le roc d'où il aurait pu tendre la main aux naufragés de la vie. Peut-être l'écume des flots aurait parfois mouillé ses pieds; les vents se seraient peut-être déchaînés contre lui; mais il serait resté inébranlable, fort de la force de Dieu.
Le prêtre ne doit pas, sans doute, se retirer dans la solitude et se cacher dans les ombres du temple. Il faut qu'il vive parmi ses frères, au milieu d'eux, toujours prêt à étreindre sur son coeur, dans les élans de sa charité, toutes leurs misères et toutes leurs douleurs. Il faut qu'il soit là, toujours donné et toujours donnant, comme Jésus, froment d'amour, offert pour la vie de tous. Mais s'il doit vivre parmi les hommes, le prêtre ne doit pas vivre en homme. Pour que ses frères aient confiance en lui, pour qu'ils puissent s'appuyer sur lui, il faut qu'ils le voient supérieur à eux, plus fort qu'eux, plus éclairé, plus pur, plus détaché, meilleur, vraiment saint.
C'est en étudiant le Coeur de son divin Modèle, en s'appropriant ses vertus, que le prêtre de Jésus arrivera à transformer son propre coeur. Qu'il aille donc à ce Coeur divin; qu'il y pénètre par une amoureuse méditation; qu'il se laisse surtout pénétrer par les influences virales qui s'en échappent. Qu'il s'essaie à penser comme son divin Maître, à aimer comme Lui, à vivre comme Lui. Qu'il devienne, par l'union, un seul prêtre avec le Christ, un même coeur avec le Coeur du Christ.
Jésus-Christ, Dieu et homme, renferme en Lui la plénitude de tous les dons de toutes les vertus. Mais, de toutes les perfections qui sont en Lui, quelques-unes peuvent être plus spécialement appelées perfections de son intelligence; d'autres, perfections de son coeur; d'autres encore, perfec tions de son extérieur. Sa science divine, par exemple, sa sagesse sont plutôt perfections de son esprit, de son intelligence; sa charité, sa miséricorde, sont, ce semble, plutôt perfections d e son coeur ; son incomparable modestie, les a ttraits de sa divine Personne, sont des perfections de son extérieur.
Cependant, si nous considérons son Coeur ocré comme le symbole, l'organe ou le tabernacle de son amour infini, et si nous pensons que cet amour est le principe et le moteur de ses actes, de ses paroles, de sa vie de Sauveur, nous ne craindrons plus d'appeler vertus, perfections de son Coeur, tout ce que nous admirons en Lui
Quand Jésus appelle ses prêtres à son Coeur, Il les appelle à la source de l'amour; Il les invite à venir puiser aux fontaines de la Charité divine; mais Il veut aussi les attirer par là à l'étude de ses divines perfections. Il les veut semblables à Lui, ses prêtres, ses biens-aimés : saints comme Lui, bons comme Lui, vraiment formés sur son Coeur.
Parmi les adorables vertus de ce Coeur divin, quelques-unes semblent être, tout particulièrement, les vertus sacerdotales de Jésus. C'est dans ses rapports de prêtre avec son Père céleste et avec les âmes qu'Il les a pratiquées, et même Il n'en a pratiqué plusieurs que pour servir d'exemple à ceux qui, après Lui, devaient continuer son oeuvre de prêtre et d'apôtre dans le monde.
O Jésus ! maître adoré, découvrez Vous-même, à vos prêtres, vos admirables vertus. Elles sont adorables parce qu'elles sont divines; mais parce qu'elles sont humaines aussi, elles peuvent être imitées. Vous les avez rendues, par la fortifiante onction de votre grâce, accessibles à l a faiblesse de l'homme, et, lorsque Vous marquez votre Elu du caractère sacré qui le fait, avec Vous, prêtre pour l'éternité, Vous le revêtez, en même temps, de lumière et de force.
Faites-les reposer sur votre Coeur, ceux que Vous voulez associer à vôtre oeuvre; donnez-leur d'entendre ses battements sacrés. Plus encore, faites-les entrer dans l'intime de votre Coeur par une contemplation sainte. Qu'ils puisent l'esprit du sacerdoce dans cette source divine d'amour et de vérité; l'esprit de prière et de dévouement, l'esprit de zèle et de douceur, l'esprit d'humilité et de pureté, la miséricorde et l'amour.Ainsi soit-il.
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DIX-SEPTIÈME LECTURE
CHAPITRE II
L'esprit de prière, première vertu sacerdotale du coeur de Jésus.
Le moment était venu où Jésus devait se ma nifester au monde. Il allait commencer ses courses apostoliques, et se mettre à la recherche des brebis perdues d'Israël (1).
Trente années de vie cachée, toutes passées clans le travail, la prière et le silence, étaient, semble-t-il, une préparation plus que suffisante à ses trois ans de vie publique. Cependant, Il n'en juge pas ainsi, et nous le voyons, sur le point d'entrer dans cette nouvelle carrière, poussé par l'Esprit au désert. Il va chercher, dans une solitude plus profonde, dans une pénitence plus austère, dans une prière plus ardente et plus continuelle, une dernière et immédiate préparation. Sans doute, Jésus n'avait pas besoin d'aller puiser dans le sein du Père des grâces, des lumières qu'Il possédait en Lui par l'union de son humanité avec sa divinité. Mais II voulait nous servir d'exemple, et montrer à ses prêtres, à ceux qui devaient après Lui continuer son oeuvre, et la sublimité de leur ministère, et la nécessité qu'ils ont de prendre en Dieu les lumières, les dons, les grâces exigées par leur redoutable charge.
Le travail des âmes est ce qu'il y a de plus grand : c'est le travail de Dieu. Mais qu'il est difficile, et qu'il serait effrayant à l'homme qui sent sa faiblesse. Quand Dieu appelle une de ses pauvres créatures à une mission si haute, Il s'engage, en même temps, à lui donner tout ce qui lui sera nécessaire. Cependant, si le coeur du prêtre ne se met point en communication avec le Cœur de Dieu, s'il ne va pas, par la prière, puiser dans les trésors divins, il demeure vide et se voit, en face de ses grands devoirs, seul avec sa faiblesse et son insuffisance. « Sans moi, vous ne pouvez rien faire », 2 dit Jésus. C'est sur tout dans le divin travail des âmes que l'impuissance de la créature se révèle.
Souvent, Dieu lui-même sent la volonté de la créature lui résister, et il faut que, par le poids de ses bienfaits, Il s'incline, ou que, par sa puissance, Il la brise. Comment donc l'homme pourra-t-il la dominer pour la conduire dans la voie étroite de l'Evangile ? Qu'est-ce que la parole de l'homme pour ébranler les volontés rebelles, et que peut l'action extérieure du prêtre, si l'onction intérieure de la grâce ne la fait fructifier dans les âmes ?
Non seulement Jésus a prié pour se disposer aux fonctions saintes du sacerdoce, mais, durant les trois années de son apostolat, l'Évangile nous le montre fréquemment, recourant à son divin Père. Tantôt, nous le voyons sur le sommet de la montagne prolonger son oraison pendant la nuit (3); tantôt, se retirant des foules, Il cherche un lieu plus favorable à sa prière, sous les oliviers du Jardin (4) ou dans la paisible demeure de Béthanie (5). Sur les routes de la Judée ou de la Galilée , nous le voyons souvent un peu éloigné du groupe de ses disciples, recueilli et priant.
Toutes les fois qu'Il va accomplir quelque oeuvre grande, opérer quelque merveille. Il élève son âme, par la prière, vers son Père céleste (6). Lorsqu'Il rejoint ses disciples en marchant sur les eaux du lac, c'est au matin, et Il vient de passer, sur la montagne, tout seul, une longue nuit en prière 7 S'il veut ouvrir les oreilles du sourd-muet, Il jette un profond soupir et lève ses regards vers le ciel (8). Auprès du sépulcre de Lazare, après avoir frémi de douleur devant le spectacle affreux de la mort et de sa corruption, Jésus lève les mains et les yeux vers son Père, dans une prière pleine d'amour « O Père ! j e vous rends grâces de ce que vous m'avez exaucé. Pour moi, je savais bien que vous m'exaucez toujours. Si je parle ainsi, c'est à cause de ce peuple qui m'entoure, afin qu'il croie que c'est Vous-même qui m'avez envoyé (9). »
Le prêtre, bien souvent, dans son ministère auprès des âmes, doit marcher sur des abîmes. Il faut aussi qu'il ouvre l'oreille des sourds et délie les langues muettes; qu'il ressuscite à la grâce des âmes endormies dans la corruption du péché. Comment pourra-t-il accomplir ces oeuvres divines s'il ne va prendre, en Dieu, la puissance qui lui manque ? Pour ces oeuvres, si fort au-dessus des moyens humains, il faut l'intervention de Dieu.
Après la Cène , Jésus élève son âme dans une prière ardente. II prie pour son Eglise, pour tous ceux que le Père Lui a donnés (10), et l'amour déborde de son Coeur. En cet instant, Il remplit ce rôle sublime du prêtre, ce rôle d'intercesseur entre Dieu et les hommes, devenant ainsi un divin trait d'union entre le Père qui est aux cieux et ses enfants de la terre.
Jésus prie pour les siens : Il prie aussi pour Lui-même. Dans le Jardin des Olives où ll vient de pénétrer, Il commence à se sentir saisi d'une mortelle tristesse. Le trouble s'empare de son âme; la frayeur, le dégotât le saisissent et (11), l'accable de son Coeur brisé, s'échappe ce cri dou loureux « Mon Père, s'il se peut, que ce calice passe loin de moi (12) ! » Mais il a prié, et peu à peu l'apaisement se fait : « Alors, un Ange du ciel lui apparut qui le fortifiait (13) », et Il se relève trempé pour la lutte, prêt à tous les combats.
Dans sa vie séparée, supérieure à la vie ordinaire, le prêtre a parfois à lutter contre lui-même, contre les aspirations d'une nature qui, pour être épurée et sanctifiée, n'est cependant pas morte. Quand il rentre à son foyer désert, quand il se voit seul dans un presbytère isolé, inconnu, sans avenir terrestre, sevré de toutes les jouissances humaines, la solitude parfois pèse à son coeur d'homme. S'il se sent envahi par la tristesse; si la tentation, comme un vent d'orage, soulevant ses passions assoupies, jette un trouble indicible dans son âme, c'est alors qu'il doit recourir à la prière. Comme son adorable Maître, il faut qu'il se prosterne devant le Père céleste, qu'il implore le secours d'en-haut, qu'il appelle à lui ce consolateur unique, ce frère, cet ami, ce Jésus, qui seul, par son incomparable amour, peut remplir le vide de son coeur.
Jésus a prié sur la croix. Tandis que les rail leries et le blasphème montaient vers Lui, de ses lèvres divines tombait cette sublime prière : « Mon Père ! pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font (14) ! » Quand les ténèbres environnaient son gibet et que son âme était torturée par d'incompréhensibles délaissements, c'est un cri d'angoisse, un appel désespéré vers son Père : « Mon Dieu! Mon Dieu! pourquoi m'avez-vous abandonné (15) ! » Enfin, quand tout est consommé, c'est une dernière prière, la prière de la confiance et de l'abandon : « Mon Père ! je remets mon âme entre vos mains (16). »
Comme son divin Maitre le prêtre est exposé aux railleries, aux injures, aux malédictions de la foule ignorante et grossière : qu'il prie pour ceux qui l'outragent, et sa prière fera descendre, dans leurs âmes, des grâces de conversion inespérées. Qu'il prie quand il souffre; qu'il prie quand il agonise. Qu'il vive de prière, le prêtre, à l'exemple de son Martre adoré. Qu'il demeure, par la prière, en communication constante avec la source de tous les biens. Il a beaucoup à donner, le prêtre : qu'il aille donc prendre beaucoup en Dieu.
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DIX-HUITIEME LECTURE
CHAPITRE III
Le dévouement, deuxième vertu sacerdotale du Coeur de Jésus.
En entrant dans le monde, le Verbe incarné a dit à son divin Père : Les sacrifices et les holocaustes, ne vous sont point agréables, mais vous m'avez donné un corps... (17) Oui, dut ajouter Jésus, vous m'avez donné un corps, un coeur, une âme humaine; les voici : je vous les offre; je les dévoue à votre gloire; je les dévoue au salut de mes frères.
Toute la vie de Jésus sur la terre, n'a été, en effet, qu'un acte non interrompu de dévouement. Il s'est oublié totalement Lui-même, et, sans se rien réserver, Il a tout donné. Il a donné son travail et son repos, son temps et ses forces. II a fait abnégation complète de sa propre vie, et avant de la donner tout d'un coup, par le sanglant sacrifice du Calvaire. Il l'a consumée peu à peu par un dévouement de tous les instants. Il a donné son Coeur à ses frères : voilà le secret de ce dévouement inlassable. « Il a aimé et II s'est livré ! » (18) Jésus a allié en Lui la souverain de qualité de prêtre et de sacrificateur à la qualité de victime. Comme prêtre, Il n'a pas sacrifié d'autre victime, et c'est en se donnant, en se dévouant qu'Il a été sacrifié. Mais ce n'est point un autre prêtre, un autre sacrificateur qui l'a offert et immolé : Il s'est immolé Lui-même. Véritablement Jésus est tout à la fois Prêtre et Victime, le prêtre éternel, la victime éternelle d'un éternel sacrifice !
Ceux que Jésus appelle à sa suite sur les sommets du Sacerdoce, ses prêtres, Il les veut tout semblables à Lui. Le caractère dont Il les marque, les fait participants de ses sacrés états. Ils sont prêtres avec Jésus prêtre; avec Jésus victime, ils sont victimes. Ils sont appelés, très rarement sans doute, à aller avec Jésus, jusqu'au bout du sacrifice, à mêler véritablement leur sang au sang de l'adorable Victime. C'est une immolation mystique, comme l'immolation de l'Eucharistie, qui leur est demandée, mais une immolation visible aussi, celle du dévouement.
Jésus a donné son travail et son repos. Dès le début de sa vie publique, nous le voyons prêcher de ville en ville, de bourgade en bourgade, la bonne parole; enseignant dans les synagogues, guérissant les malades, consolant les affligés. Ses journées ne sont point à Lui : elles sont à la disposition de tous. Il va d'un lieu à l'autre, d'une infirmité à l'autre, d'une douleur à l'autre, toujours s ecourable et bon. Ses nuits ne lui appartiennent pas davantage : celles qu'Il ne consacre pas à l'adoration de son divin Père ou à l'intercession pour les pécheurs, Il les emploie en conférences avec des disciples secrets (19). Il donne, en vérité, tout son temps; Il donne aussi toutes ses forces. Sans avoir égard à la faiblesse du corps, Il est toujours prêt au travail et au dévouement. Que de nuits passées sans sommeil, que de repas pris à la hâte, que de journées sans repos ! Quelle fatigue dans ces longues marches sous les soleils ardents, quelle lassitude au milieu de ces foules qui le pressent de toutes parts ! Rien ne rebute son dévouement : ni les calomnies dont on le déshonore, ni les injures dont on l'abreuve, ni l'ingratitude de ceux qu'Il comble de ses bienfaits. Il se donne, Il s'épuise, Il s'anéantit Lui- même par une incomparable abnégation.
Le prêtre de Jésus aussi doit se donner à ses frères, à son Père céleste : il n'est pas prêtre pour lui-même. En recevant le caractère sacré, il devient comme Jésus et avec Jésus, le bien de tous; il devient la victime sainte offerte au Père pour les péchés du peuple. Tout ce qui est à lui est à Dieu, tout ce qui est en lui est pour les âmes. Son travail, son repos, son temps, ses forces, sa vie même ne sont plus à lui : tout est donné,tout est dévoué.
Il l'avait bien compris, ce prêtre selon le coeur de Dieu, qui faisait cette réponse à ceux qui le blâmaient de son dévouement excessif : « A quoi sert un prêtre qui ne s'épuise ? » A quoi sert la grappe de raisin si elle demeure entière, et si ses grains restent intacts ? Si elle n'est épuisée de son suc, le vin ne remplit pas la coupe. A quoi sert le prêtre s'il n'est donné tout entier ? S'il ne s'est, en quelque façon, épuisé de lui-même, Dieu n'a pas son calice et les âmes ne sont point désaltérées !
Jésus a tout quitté dans sa générosité sublime. Il a quitté comme Verbe les hauteurs de son ciel, l'ineffable repos qu'Il goûtait dans le sein du Père, la paix radieuse du séjour de l'éternelle béatitude. Il a laissé tout cela pour prendre la forme d'esclave, pour s'enfermer dans les faiblesses et les infirmités d'une chair mortelle. Comme homme, Il a renoncé aux douceurs d'un foyer, à la paisible sécurité d'une vie laborieuse et cachée. Il a tout abandonné pour embrasser une vie de renoncement et de sacrifice, pleine d'incertitudes et d'angoisses, de souffrances et de dépouillements. Il n'a pas recherché sa propre gloire; mais, laissant la gloire remonter vers le Père, Il ne s'est réservé que la souffrance et l'humiliation.
A la suite de Jésus, les Apôtres, ses premiers prêtres, ont tout abandonné. Pierre pouvait dire en vérité, à son divin Maître : « Pour nous qui avons tout quitté pour vous suivre, quel sort nous est donc réservé ? (20)
Le prêtre doit tout quitter, non pas qu'il soit obligé de tout abandonner, en effet, mais ses affections ne peuvent plus être attachées à rien de ce qui est terrestre. Ce n'est pas pourtant qu'il doive briser les liens sacrés de la famille et de l'amitié. Oh ! non, Jésus a-t-Il moins aimé la Vierge sa mère, pour s'être tout donné aux âmes ? N'a-t-il point chéri Marthe et Magdeleine, et leur frère Lazare ? N'a-t-Il point laissé Jean, le bien-aimé, reposer sur son Coeur ? Ces liens si doux, que Jésus bénit, ne sont pas de la terre.
Ce que le prêtre doit briser, ce sont ces liens humains qui retiennent l'élan de son dévouement. Qu'il se quitte lui-même (21), ses ambitions, ses inclinations au repos, ses vues naturelles, ses satisfactions purement humaines; tout ce qui est de l'homme charnel et mondain et tout ce qui est de la terre; tout ce qui amoindrit et tout ce qui rabaisse. Qu'il se fasse des âmes une famille céleste à laquelle il se dévoue tout entier. Qu'il ouvre son coeur , bien large, qu'il le remplisse des sentiments du Coeur de son divin Maître. Qu'il se donne, qu'il se renonce, qu'il s'oublie. Qu'il se livre, avec Jésus livré ! Qu'il soit le pain des âmes avec Jésus-Eucharistie.
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DIX-NEUVIÈME LECTURE
CHAPITRE IV
Le zèle, troisième vertu sacerdotale du coeur de Jésus.
Le Roi prophète, personnifiant Jésus-Christ, s'exclamait ainsi vers Dieu : « Le zèle de votre maison m'a dévoré. » (22) Le zèle, cette jalousie ardente de la gloire de Dieu et du salut des hommes a consumé, a dévoré le Cœur de Jésus, et, comme toutes les passions violentes, l'a porté à des excès inouïs, à des folies d'amour et de dévouement. Passionné pour la gloire de son Père céleste, Il s'est résolu de lutter contre tout ce qui pouvait tendre à l'amoindrir, d'abattre tout ce qui pouvait lui faire obstacle. Non moins ardent pour le bien et le salut de l'humanité, Il s'est déterminé à combattre, jusqu'à la mort, ce qui pouvait nuire à l'homme, et compromettre son bonheur éternel. Ce zèle éclairé et brûlant de Jésus l'a tenu toujours prêt à la lutte contre le mal, toujours armé contre les erreurs, toujours en guerre contre l'esprit du monde, de ce monde pour lequel Il n'a pas voulu prier. Il lui a fait condamner tout ce qui est faux, tout ce qui est injuste, tout ce qui va contre Dieu.
Jésus a lutté contre le mal. Venu dans le monde pour chasser dehors l'esprit des ténèbres, nous le voyons sans cesse aux prises avec lui. Il le chasse du corps des possédés; Il le menace, Il lui parle avec empire. Il ne se contente pas d'en délivrer les corps; Il le chasse encore des âmes et le poursuit, sous quelque forme qu'il se dissimule. Lui, Jésus, le bien souverain et infini, se trouve en opposition constante avec Satan, l'esprit du mal.
Rien n'arrête le zèle de Jésus. Sans flatteries pour les grands et les puissants de ce monde, sans désir d'obtenir la faveur populaire, Il va droit au mal partout où Il l'aperçoit. Un jour, Il s'arme d'un fouet cinglant, et, dispersant les troupeaux destinés aux sacrifices, renversant les banques des changeurs, Il purge le Temple de la tourbe des trafiquants (23). Il ne craint pas de jeter l'anathème, avec force, contre toutes les passions humaines : « Malheur à vous, riches Malheur à vous, Docteurs de la loi 1... Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites !... » (24) Jésus a combattu toutes les erreurs. Cet adorable Maître venait apporter au monde la lumière, Il venait lui donner la vérité. Toutes les erreurs qu'il rencontre sur son chemin : erreurs de doctrine erreurs de morale, toutes les fausses interprétations des Ecritures, tous les détours donnés à la Loi , toutés les vaines discussions sur les observances légales, tout ce qui va contre la droite raison éclairée par la foi, est dénoncé par Jésus, et poursuivi par Lui sans merci.
Enfin, Jésus a été en guerre contre l'esprit du monde : « N'aimez pas le monde, ni rien de ce qui est du monde; car tout ce qui est du monde est concupiscence des yeux, ou concupiscence de la chair, ou orgueil de la vie ; ce qui ne vient point du Père, mais du monde. » (25) Ainsi s'exprimait Jean, l'apôtre bien-aimé, lui qui avait reposé sur le sein du Maître, et qui devait, plus qu'aucun autre, avoir connu et compris les sentiments inti mes du Coeur de Jésus. Toutes les paroles de Jésus, tous ses actes se sont élevés contre cet esprit du monde si opposé à l'esprit de Dieu. Il a battu en brèche et renversé cette muraille de la triple concupiscence qui retenait prisonnière l'âme humaine.
Le prêtre est le soldat de Dieu ! Comme on voyait autrefois les légionnaires, s'avançant dans les déserts et les montagnes sauvages, tracer les chemins de la civilisation ; comme on les voyait combattre jusqu'à la mort, sous l'ombre des aigles romaines, pour la gloire de leur César; ainsi doit-on voir le prêtre combattre constamment pour le bien, sous l'étendard de la Croix, et lutter, avec un invincible courage, contre le mal envahissant. Il travaille à la gloire de son divin Roi; à sa suite, il marche à la conquête du monde. S'il cherche à se rendre maître des âmes, ce n'est pas pour les asservir, mais pour les affranchir. Oh ! quelle est belle la mission du prêtre, qu'elle est noble et grande ! Il est, avec Jésus, le défenseur de la vérité : il doit soutenir ses droits et les faire triompher. Par sa parole, s'il peut parler ; par ses écrits, s'il sait manier la plume ; par son exemple surtout, par sa vie, il doit condamner tout ce qui est faux, tout ce qui peut porter atteinte au trésor de la vérité dont il est le dépositaire.
Son zèle, ardent comme celui du Maître, éclairé par la foi, enflammé par l'amour, doit le porter à faire servir tout ce qui est en lui à la gloire de son Dieu, au salut de ses frères. Créé pour soutenir les droits divins, pour défendre l'héritage de Dieu, pour protéger la faiblesse des âmes contre les entreprises de leurs ennemis ; pour étendre le royaume de Jésus-Christ et procurer son règne universel sur les intelligences et sur les coeurs, le prêtre doit tremper son courage pour la lutte. Par sa science, par la pureté de sa doctrine, par sa vertu surtout ; par cette puissance de la sainteté que rien n'égale; par ce zèle tendre et ardent que l'amour seul peut inspirer, il doit être, comme Jésus et après Jésus, la lumière du monde : lumière éclatante, mais aussi vivifiante et chaude, qui convainc les intelligences en embrasant les volontés, qui s'empare des forces spirituelles des âmes et les dirige vers , Ph , le Bien souverain.
Qu'il est puissant le prêtre que le zèle du Coeur de Jésus remplit ! C'est le prêtre selon le Coeur de Dieu, ardent pour la gloire du Maître, passionné pour le salut des âmes, véritable flamme d'amour sortie de la Charité divine pour embraser le monde ! |
VINGTIÈME LECTURE
CHAPITRE V
La douceur, quatrième vertu sacerdotale du Coeur de Jésus.
La douceur est la forme de la bonté, forme exquise et délicate qui la rend attrayante. Une bonté rude et mal polie est une bonté sans forme, une bonté qui ne saurait s'imposer aux coeurs. Mais, lorsqu'elle est revêtue de douceur, elle prend un empire souverain et attire tout à elle par de puissants attraits. Ce fut la bonté de Jésus.
La douceur, en tempérant le zèle ardent du Maître, le rendait suave, affable, attirant. Elle avait empreint tout son être d'un charme si irrésistible que tous, les enfants comme les vieillards, les infirmes, les foules entières, allaient à Lui, et s'attachaient à ses pas. « Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur » (26, avait dit Jésus. Cette douceur intime transparaissant sur son extérieur, lui gagnait tous les coeurs. On aimait sa conversation, on recevait ses enseignements que l'onction divine, répandue sur ses lèvres, rendait simples à comprendre et si facile s à embrasser. On le suivait jusqu'au fond des déserts, mettant en oubli les nécessités de la vie, et, lorsqu'on l'avait une fois entrevu, lorsqu'on avait goûté les charmes si doux de sa parole, on ne pouvait se détacher de Lui.
« Laissez venir à moi les petits enfants » (27), disait-Il. Constamment entouré de ces frêles créatures, Il aimait à les prendre entre ses bras, à les bénir, à les donner comme exemple de simplicité et de pureté à ses disciples. « Malheur, disait-Il encore, à celui qui scandalise un de ces petits qui croient en moi ! » (28)
Avec les infirmes et les malades qui s'approchent de Lui, quelle bénignité et quelle amoureuse compassion ! Comme II se laisse facilement toucher par le spectacle de leur misèr e ! Lui, si altéré de souffrances, si empressé de répandre son sang, si ardent pour la croix, les épines et les fouets, ne peut supporter la vue des douleurs de ses frères. Il ne peut connaître une infirmité sans la guérir; Il ne saurait voir pleurer Marthe ou Magdelein e sans verser Lui-même des larmes. Aussi avec quelle joie et quelle prodigalité use-t-Il de cette puissance de guérir et de ressusciter qu'Il possède en Lui, principe divin de vie et d'amour !
Avec ses disciples, encore si charnels et si grossiers, Il montre une patience infinie. Il les instruit, Il les encourage. Il les reprend quelquefois, mais c'est avec tant de douceur ! Après instruit, Il les encourage, Il les reprend quel de fatigants travaux, Il les invite au repos : Lorsque la pensée de sa mort les trouble et les « Venez, dit-Il, et reposez-vous un peu. » (29) abat, Il cherche à adoucir leur douleur. Il leur qu'Il sera toujours avec eux (30). Il permet à Jean, le plus jeune et le plus aimant des apôtres, d'appromet un divin Consolateur (31), Il les assure puyer sa tête sur sa poitrine sacrée (32), de demeurer là, comme un enfant d'amour reposant sur le sein de son père. Thomas voit Jésus répondre aux résistances de son incrédulité par d'amoureuses faveurs : « Mets ta main dans mon Côté, et ne sois plus incrédule, mais fidèle. » (33) Et lorsque Pierre l'a renié, Il ne lui adresse aucun reproche; mais, pour apaiser sa douleur, Il lui fait faire trois actes d'amour, trois protestations de dévouement et de fidélité qui rachètent son triple reniement (34)
Toutes les paroles de Jésus respirent la paix et la bonté « C'est moi, ne craignez rien (35). Ayez confiance, vos péchés vous sont remis (36).
Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? (37). — Venez à moi, vous tous qui êtes chargés, et je vous soulagerai (38). — La paix soit avec vous ! — Je vous donne la paix (39). » Le Prophète avait dit qu'on n'entendrait pas sa voix proférer des cris, et qu'Il ne disputerait pas sur les places publiques (40). Sa parole, en effet, est pleine de douceur; ses enseignements revêtent d'ordinaire des formes simples et gracieuses, empruntées à la belle et souriante nature qui l'entoure. Et lorsque son zèle le porte à flageller les passions mauvaises et les crimes des hommes, on sent, dans sa voix, plus d'amour pour les pécheurs que de mépris ou de colère.
Si Jésus-Christ a fait paraître l'exquise douceur de son Coeur dans le temps de son apostolat et de sa vie ressuscitée, c'est surtout à l'heure de sa Passion qu'Il en a donné des preuves. Lorsqu'à la fin de la Cène , Jésus renvoie Judas à ses détestables oeuvres, Il lui parle si doucement que tous les apôtres présents croient qu'Il l'envoie distribuer quelque aumône. A Gethsémani, quand le traître disciple l'aborde en le baisant, le Maître répond par un baiser et par ces suaves paroles : « Ami, qu'es-tu venu faire ici (41) ? » Aussitôt que Pierre a fait usage de son glaive : « Remets promptement cette épée au fourreau » (42), lui dit- Il, et, se tournant vers le blessé, Il le guérit (43). Chez Arme, un valet insolent le frappe brutalement sur la joue, et Jésus, recevant cette cruelle injure avec une incomparable douceur : « Si j'ai mal parlé, montre en quoi j'ai eu tort; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu (44) ? » Devant les juges iniques qui le condamnent ; au milieu des soldats qui l'outragent et le torturent ; en face de ce peuple qu'Il a comblé de bienfaits, et qui maintènant l'insulte et le bafoue, Il garde une douceur inaltérable, et demeure, Agneau muet, entre les mains de ses bourreaux (45). Pas une plainte ne s'échappe de ses lèvres tandis qu'on le cloue à la croix, pas une parole amère pour ceux qui le crucifient (46) !
Le prêtre est appelé à reproduire, dans le monde, la mansuétude du Christ. Il vient pour conquérir les âmes, et nulle arme n'est plus puissante, pour ravir les coeurs, que la douceur et la bonté. Qu'il se fasse donc bon, le prêtre de Jésus, bon de la bonté du Sauveur, plein de patience et de douceur, de support et de charité ! Bien des misères viendront à lui; bien des faiblesses chercheront à s'appuyer sur lui. Des âmes languissantes ou blessées, des coeurs froissés par les inégalités de la vie, des esprits faussés par les erreurs du siècle, des volontés abattues ou dévoyées, seront dirigés vers lui par les voies mystérieures de la Providence. Oh ! comme alors il faudra que sa main soit délicate et douce pour panser toutes ces plaies ! Comme il la faudra suave et patiente son action sur les âmes ! Il peut sans doute parler avec force, flétrir les vices et avertir les pécheurs; mais ses paroles, les vérités qu'il annonce, seront plus pénétrantes et plus propres à convaincr e si elles sont détrempées de douceur.
Le prêtre doit faire connaître jésus; il doit le faire aimer en donnant, par ce qu'il est lui-même, l'idée de ce qu'est Jésus, la Bonté incarnée. Combien souvent les âmes, rencontrant dans le prêtre tant de patience, de douceur, et un si charitable secours, ne se disent-elles pas : « Si le serviteur est si bon, que doit donc être le Maître ? »
La douceur est un aimant puissant qui attire les âmes. C'est ce filet mystérieux, que le prêtre, ce pêcheur d'hommes, jettera sur les coeurs pour les retirer des abîmes du péché, et les amener, dans la barque de l'Eglise, à la vertu, à la vie parfaite. Disciple fidèle, ami, compagnon de Jésus très doux de coeur, le prêtre qui a modelé son coeur sur celui de son divin Maître, peut opérer, dans le monde, l'oeuvre du Christ. C'est une oeuvre d'amour; c'est l'oeuvre de la réconciliation, de la paix, de la charité, que l'amour, la bonté qui naît de l'amour, la douceur qui est la fleur et le parfum de la bonté, peuvent seuls poursuivre et achever. |
VINGT ET UNIÈME LECTURE
CHAPITRE VI
L'humilité, cinquième vertu sacerdotale du Coeur de Jésus.
Une grandeur infinie qui s'abaisse; une majesté souveraine qui descend; une autorité, une puissance sans limite qui s'incline et se rend faible : voilà ce que nous voyons en Jésus ! Nous voyons un Dieu humilié jusqu'à la condition de l'homme misérable, jusqu'à la chair passible et mortelle. Ce ne sont pas cependant ces divines humiliations du Verbe que nous voulons considérer : ce sont les abaissements de sa nature humaine. C'est l'adorable humilité qu'Il a fait paraître aux jours de sa vie publique qui se présente aujourd'hui à notre méditation, et surtout à notre imitation.
H commence sa vie apostolique par une humiliation : se mêlant aux pécheurs, Il s'incline sous la main de Jean et reçoit le baptême de pénitence (47). Dans le désert, où l'Esprit l'a conduit, Il descend volontairement jusqu'au degré le plus bas de nos misères (48) : Il veut être tenté ! (49) 11 laisse l'esprit mauvais s'adresser aux inclinations naturelles de son humanité, Il permet à Satan de le toucher (50). Pourquoi cet excès d'humiliation, mon Sauveur ? C'est que la tentation est parfois, et souvent, pour l'homme, une humiliation nécessaire. Elle lui découvre sa faiblesse; elle le met en garde contre les occasions de péril ; elle lui fait tourner son coeur agité et tremblant, vers Celui qui peut seul le soutenir et le sauver.
Pour le prêtre aussi, la tentation est nécessaire. Il est si grand le prêtre, sa dignité est si haute ! Ne serait-il pas porté à croire que le sacré caractère qu'il a reçu le met à l'abri des misères de l'humanité ? Ne s'élèverait-il pas des divins privilèges qui lui sont départis ? Et d'ailleurs : « Celui qui n'a pas été tenté, que sait-il ? (51) » Le prêtre, qui est appelé à instruire et à guider les âmes, doit avoir expérimenté, sinon toutes, du moins une partie de leurs faiblesses.
Lorsque le divin Maître se livre à la prédica tion, nous le voyons, parfois, s'asseoir dans les riches synagogues de Capharnaü ou de Jéricho; nous entendons sa parole résonner dans le temple de Jérusalem, sous le splendide portique de Salomon; nous l'entendons s'adresser aux grands du sacerdoce et aux brillants courtisans d'Hérode. Mais combien, plus souvent, le voyons-nous entouré du peuple, parlant sur les grèves aux pauvres pêcheurs, ou rassasiant dans le désert, d'un pain m iraculeux, la foule déguenillée et faméliq ue qui s'attache à ses pas. Voilà la charité du Maître ! Il veut sauver beaucoup d'âmes, et II sait que les puissants et les riches sont les moins nombreux, et que les petits et les pauvres forment la m ultitude. C'est pourquoi Il va aux petits et aux humbles, parce que là, la moisson sera plus a bondante.
Oh ! qu'il serait éloigné de l'esprit de son divin Maître, le prêtre qui, dédaignant l'apostolat des simples et des ignorants, ne voudrait s'adresser qu'aux intelligences d'élite, ou à ceux à qui la fortune sourit; qui, se trouvant à l'étroit dans les pauvres églises de campagne ou dans celles de nos populeux faubourgs, ne se sentirait à l'aise que dans les grandes chaires des vastes basiliques, et qui jugerait indigne de son zèle l'instruction des enfants ou la visite des pauvres. Le prêtre de Jésus, au contraire, entrant dans les pensées de son adorable Modèle, ne voit rien de trop bas pour lui. Il sait ce que vaut une âme, il sait qu'elle vaut tout le sang du Christ ; et pour en sauver une seule, il livre, sans compter, et son temps, et ses forces, et sa vie. Pour donner un peu plus de gloire à Jésus, il consent volontiers à être lui- même anéanti et oublié.
L'humilité de Jésus paraît encore dans le soin qu'Il apporte à cacher son action sous l'action de son divin Père, et à faire disparaître, autant qu'Il le peut, sa personnalité. Combien de fois l'entendons-nous répéter des paroles telles que celles-ci : « Le Fils ne fait rien de lui-même... (52) Tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai dit... (53) Mon Père agit toujours, moi, de même, j'agis... (54) » Il cherche, par toutes sortes de moyens, à voiler l'éclat des grands miracles qu'Il opère. Aux aveugles qu'Il vient de guérir : « Prenez garde, dit-Il, que personne ne le sache (55). » — « Allez, dit-Il à un lépreux, et ne le dites à personne (56). » Il défend expressément, aux démons qui proclament comme par force sa divinité, de dire qu'Il est le Christ, le Fils de Dieu (57), et Il ne se nomme Lui-même que le Fils de l'homme (58).
Mais c'est surtout dans sa dépendance, dans cet esprit de soumission qu'Il montre en toutes choses, que Jésus nous découvre sa profonde humilité. Les trente premières années de sa vie ont pu serésumer en ces courtes paroles : « Il leur était soumis (59). » Pendant les trois dernières, Il n'a pas changé de conduite. Il s'est montré, toujours et en tout, dépendant et soumis. Egal au Père par sa divinité, Il ne fait rien cependant sans recourir à Lui par la prière; Il se glorifie de faire toujours ce qui Lui plaît (60). Il semble, en quelque sorte, mettre en oubli les grandeurs, les dons, les privilèges de sa nature divine, pour ne se souvenir que des impuissances et des faiblesses de sa nature humaine. « Mon Père, dit-Il au jardin des Olives, que votre volonté s'accomplisse et non la mienne (61).
Jésus, le divin Législateur, se montre toujours d'une parfaite o béissance à la loi de Moïse, à ses saintes ordonnances, aux multiples observances du culte. Non seulement Il obéit aux lois religieuses, mais encore aux lois civiles. Il recommande de donner le tribut (62), II paie le gens personnel et celui de ses disciples. Toute autorité légitime reçoit l'hommage de sa soumission et de son respect. Il va plus loin; Il veut dépendre de tous, des foules qui l'entourent, de ceux qui, à chaque pas, l'arrêtent pour implorer faveur. Le centurion lui apprend la maladie de son serviteur : « J'irai, dit-Il aussitôt, et je le guéirai (63). » Dès que Jaïre lui a fait connaître la mort sa jeune enfant, Il se met en marche vers la demeure du père affligé (64). « Il est venu, non pour être servi, mais pour servir (65) et son humilité le fait agir comme s'Il était redevable à tous.
Oui, même à ses bourreaux, Jésus se rend obéissant. Il se laisse dépouiller, frapper, revêtir d'une pourpre dérisoire, couronner d'épines. 11 ouvre la main pour recevoir le roseau qu'on y place comme un sceptre. Il porte sa croix, Il étend les mains pour faciliter le travail de ceux qui le crucifient. Il presse de ses lèvres l'éponge imbibée de fiel et de vinaigre qu'on présente à sa soif ( 66 ) . Il expire quand tout est consommé, quand Il a, jusqu'au bout, accompli les Ecritures et vérifié les divins oracles.
Oh qu'elle est belle cette soumission de Jésus ! Qu'elle est touchante cette dépendance du seul Indépendant, du Tout-Puissant, du Maître souverain ! Mais quelle leçon pour l'homme ! L'homme, cet être faible et misérable, obligé par la condition de sa nature de dépendre de tant d'autres êtres et de tant d'autres choses, cherche toujours à s'affranchir de cet état de soumission, hors duquel cependant il ne peut qu'errer.
Jésus se détourne, pour ainsi dire, de la connaissance et du sentiment de sa toute-puissance, de son éternelle sagesse, de sa science infaillible, pour ne plus considérer en Lui que le néant de son état de créature; et l'homme, vain et orgueilleux, mettant au contraire en oubli ses infério rités, et le cortège de misères qu'il traîne après lui, n'aime à se souvenir que de ce qu'il croit être ses excellences, et de ce qui peut, selon son aveugle jugement, l'élever à ses propres yeux et à ceux de ses frères. Toujours il préfère son action propre à l'action d'autrui. L'estime qu'il a de ses propres pensées, l'appui qu'il prend en lui-même, la confiance qu'il garde dans la sûreté de son jugement et la solidité de son esprit, malgré les échecs et les insuccès, lui font dédaigner les conseils de l'expérience et les charitables avis des prudents.
Oh ! qu'il est différent le prêtre de Jésus ! Doux et humble de coeur comme son divin Maître, il reconnaît sa faiblese, il confesse son impuissance, il se défie de ses propres vues. Il prosterne volontairement son intelligence, les lumières de son esprit, les aspirations de son zèle devant l'autorité souveraine de Dieu. Et cette auréole de l'autorité divine, il la voit resplendir sur bien des fronts
Fils soumis de la sainte Eglise, il voit, dans son Chef suprême, le représentant infaillible de Jésus-Christ. Il aime à s'appuyer sur la chaire de Pierre. La plénitude du sacerdoce dont son évêque est revêtu lui inspire un souverain respect. Il lui obéit comme au successeur des Apôtres, il le vénère et le chérit filialement.
Dans les oeuvres que son zèle le porte à entreprendre, dans les différents ministères qui lui sont confiés, il agit avec une humble défiance de lui- même. Empressé à chercher la lumière auprès de ceux que l'âge, une longue carrière sacerdotale, une vie exemplaire, ou une vertu reconnue signa lent, il est bien éloigné d'agir par lui-même, ou de préférer son propre conseil à ceux qu'il peut recevoir.
Il n'a pas plus d'estime pour les oeuvres qu'il dirige, ou pour celle s qu'il a créées, que pour celles qu'il voit fleurir auprès des siennes. 11 ne désire pas obtenir plus de succès, mieux réussir dans ses entreprises, ou faire de plus grandes choses, que ceux qui travaillent, comme lui, à la gloire de Dieu. Cette gloire, le plein épanouissement du règne et de l'amour de Dieu dans les âmes, est tout son désir et sa seule ambition. Pour lui, il s'oublie, et, pourvu que le bien se fasse, pourvu que son maitre soit plus aimé et mieux servi, il est satisfait, et se réjouit autant des heureux succès de ses frères que des siens propres.
Il loue volontiers leurs talents et leurs oeuvres; il s'édifie de leurs vertus. S'il voit quelqu'un d'entre eux s'écarter de la voie droite ou donner dans quelque erreur, il cherche à le ramener au bien, sinon par ses conseils, du moins par ses exemples, Il prie pour lui, il souffre pour lui, et il se tient lui-même dans une religieuse crainte de tomber dans les travers qu'il condamne.
Le prêtre humble et doux, qui passe à travers le monde, n'est pas seulement le prêtre de Jésus : c'est le prêtre-Jésus. Oui, c'est Jésus lui-même, Jésus dont la grandeur est divinement abaissée par amour, et dont la sainteté a d'autant plus d'éclat, la vertu d'autant plus de rayonnement que ces ombres mystérieuses de l'humilité l'environnent. L'humilité a été, peut-être, le charme le plus attirant de la sainte Humanité de Jésus. Elle donne à l'action du prêtre, à sa parole un charme semblable : elle le revêt tout entier de Jésus- Christ !
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VINGT-DEUXIÈME LECTURE
CHAPITRE VII
La pureté, sixième vertu sacerdotale du Coeur de Jésus.
Nul n'a jamais douté de la pureté souveraine de Jésus. Il pouvait porter ce défi aux contemporains de sa vie terrestre : « Qui, de vous, me convaincra de péché ? (67) », sans crainte d'être démenti. Ses ennemis, dans leur fureur jalouse, lui jetant l'insulte à la face, l'appelaient démoniaque et blaphémateur : jamais ils n'ont osé soupçonner sa vertu. La multitude, enthousiasmée des grandes oeuvres de Jésus, et pénétrée de respect pour sa vie sainte et pure, le reconnaissait, sinon pour le Messie, du moins pour un prophète, pour l'envoyé de Dieu, dans la vérité, la justice et la sainteté. Pour nous qui savons qu'Il est notre Dieu, nous l'adorons dans sa pureté divine que nulle tache, que nulle ombre n'est jamais venue obscurcir.
Il est le Pur, le Sa int par excellence. Verbe de Dieu, splendeur de la Lumière éternelle, Il possède, dans sa nature divine, des éclats, des transparences, des blancheurs lumineuses, dont rien de créé ne peut nous faire concevoir même une imparfaite idée.
Sa nature humaine était parfaitement pure. Son âme, au sortir des mains divines, avait une ineffable splendeur d'innocence. Son Coeur, tabernacle de l'Amour Infini, sanctuaire des plus adorables vertus, n'ayant de battements que pour la gloire du Père et le salut de l'homme, était et demeure toujours le temple, l'autel des plus purs sacrifices, et la victime sainte qu'un feu sacré consume éternellement. Son corps, formé par le Saint-Esprit du plus pur sang d'une Vierge, d'une Vierge immaculée que l'enfantement de son fruit béni a rendue plus vierge encore; sa chair sacrée qui devait être immolée pour le péché, et devenir l'antidote de ce venin d'impureté inoculé dans le sang de l'homme par la faute originelle; cette chair de Jésus est plus délicate, plus pure, plus idéalement blanche que nous ne saurions jamais le penser.
Rien ne peut nous donner une idée de cette adorable pureté. Le rayon éclatant du soleil, à l'instant où il sort de l'astre qui le produit, alors qu'il n'a point encore passé par les nuages du ciel et les lourdes brumes de la terre, le rayon éclatant du soleil est moins pur que Jésus ! Le blanc flocon de neige descendant des régions glacées de l'air, que nul contact n'a effleuré, et que les vents balancent dans l'espace, le blanc flocon de neige est moins pur que Jésus ! Le lis n ouvellement épanoui au fond du vallon soli taire, que nul souffle impur n'a souillé, que nul regard n'a touché; dans le calice duquel l'abeille même n'est point encore venue se poser, le lis parfumé du vallon est moins pur que Jésus!
Tout ce qui est en Jésus, tout ce qui émane de Lui respire la pureté. La moindre de ses paroles, le moindre de ses gestes, de ses actes, toute sa personne, inspire la pureté et la répand comme un parfum. C'est ce que semble nous dire le mystique exilé de Pathmos lorsque, voulant nous dépeindre Jésus, il nous le montre vêtu d'une longue robe, ceint d'une ceinture d'or, la tête et même les cheveux d'une éclatante blancheur, blanc (68) comme la laine blanche et comme la neige.
Oui, de cette exquise pureté de Jésus nous ne doutons pas, et il semble tout d'abord superflu d'en chercher des preuves dans ses paroles, dans ses actions, dans cet Evangile qui le fait vivre à nos yeux. Cependant, il nous est bon, il est souverainement salutaire à nos âmes de considérer l'estime, l'amour du Maître pour la pureté, et les précautions qu'Il a voulu prendre, non pour se préserver Lui-même, car Il n'avait rien démarches,mais pour nous enseigner, par sonexemple, la prudence qui doit accompagner nos démarches.
La vue de Dieu, cette vision béatifique qui comble tous nos désirs, qui rassasiera tous nos besoins, c'est à la pureté de coeur que Jésus la promet. La pureté du coeur ne contient-elle pas toutes les puretés ? Si le coeur est pur, les pensées sont élevées, les affections sont saines, les paroles sont chastes, les gestes et les façons modestes.
Plusieurs fois encore, durant sa vie publique, le Maître parlera de la chasteté aux multitudes avides de ses enseignements. Mais ce que la masse du peuple, trop grossière encore, ne saurait comprendre : ces attraits divins de chasteté parfaite, ces exquises délicatesses de la virginité, Il ne les dit qu'à l'oreille de ses plus chers; Il ne s'adresse qu'aux âmes d'élite qui peuvent fixer leurs regards sur les hautes et lumineuses régions d'une vie plus parfaite « Que celui qui en est capable, com prenne ! (69) »
Ce sont surtout les exemples du Maître qui doivent porter à la recherche, à l'amour de cette angélique vertu. Jésus a embrassé volontairement une vie austère et mortifiée : Il choisit la pauvreté avec ses privations, le travail et ses sueurs. Il se livre aux jeûnes, s'impose de longues veilles, supporte les fatigues incessantes de la vie apostolique. Il dort sur la terre nue, enveloppé dans son manteau; Il ne donne à son corps que l'indispensable, le seul nécessaire. Ah ! c'est qu'Il sait, notre divin Modèle, qu'il nous est utile à nous, pauvres enfants d'Adam, de tenir sous le joug et de réduire en servitude notre nature si inclinée vers le mal, et nos sens si prompts à la révolte.
L'Evangile nous montre Jésus, il est vrai, prenant part quelquefois aux festins et aux noces; mais que fait-Il au milieu de ces réjouissances terrestres ? Sans perdre de vue sa grande mission, Il ne s'associe aux joies humaines que pour les bénir et les sanctifier. Toujours grave, calme et digne. Il ne prend part aux entretiens, que lorsqu'Il peut, par ses paroles, instruire, éclairer, édifier ou consoler.
Une seule parole du livre sacré suffit à nous révéler l'extrême réserve que Jésus apportait dans ses rapports avec les femmes. Lassé du chemin, le Maître s'était assis auprès du puits de Jacob, et Il avait commencé, avec la Samaritaine , ce sublime colloque à la fin duquel la pécheresse de Sichar était devenue un apôtre. Des disciples revinrent près de Lui, et, dit le texte sacré : « Ils s'étonnaient qu'il parlât à une femme. » (70) Ils s'étonnaient ! Il fallait que ce fût bien peu dans les usages du Maître, une chose bien étrange, et que jamais les apôtres n'eussent vue.
Et cependant, nous savons que Jésus parlait parfois aux femmes. Il parla à l'Hémorroïsse après sa guérison, à Magdeleine pour l'assurer de son pardon, à Marthe pour calmer son empressement, à l'épouse de Zébédée qu'un aveugle amour maternel amenait à ses pieds. Oui, mais Il ne leur parlait pas seul. C'était au milieu des foules, entouré de ses disciples, généralement en présence de quelqu'un qui pût rendre témoignage de la sainteté de ses paroles et de la pureté de ses actes. Même après sa résurrection, Il garde cette réserve. Il permet aux saintes femmes, qu'Il rencontre sur le chemin, de baiser ses pieds : mais à Magdeleine, sa bien-aimée, qu'Il voit seule dans le jI1 défend de le toucher : « Ne me touchez pas (71). »
Lorsque le prophète Elisée avait cherché à rendre la vie à l'enfant mort de son hôtesse désolée, il s'était étendu sur le petit corps. 11 avait posé ses yeux sur ses yeux, sa bouche sur sa bouche, son coeur sur son coeur; il l'avait réchauffé de son souffle et vivifié par son propre contact. Quand Jésus veut opérer ses miracles, 11 évite de toucher les corps. Sans doute, Il veut montrer ainsi la toute-puissance de sa parole : Il veut aussi nous prémunir et nous mettre en garde contre les familiarités condamnables et les libertés dangereuses.
Toujours Jésus est attentif à prêcher d'exemple une souveraine pureté. Il veut la voir briller dans tous ses fidèles. Il en trace des règles pour tous. Mais pour ses apôtres, pour ses privilégiés, pour ces autres Lui-même, quelles ne sont pas ses divines exigences !
O vous, prêtres de Jésus-Christ, ministres du om Dieu très-haut, dispensateurs des mystères divins, quelle doit être votre pureté ! Dieu vous a placés,par votre sacerdoce, au-dessus même de ses anges. Il vous a communiqué des pouvoirs, Il vous a accordé des privilèges qu'Il a refusés à ces pures i n telligences. Vous êtes appelés à rendre, au corps eucharistique de Jésus, les devoirs que la Vierge immaculée rendait au corps sacré de son divin enfant. Elle le tenait entre ses mains virginales; elle l'enveloppait de langes ; elle le présentait aux adorations ; elle étanchait son sang, coulant sous le couteau de la circoncision; elle lui donnait de maternels baisers; elle l'offrait au Père céleste, et se sacrifiait elle-même avec Lui. Oh ! combien doivent être pures les mains du prêtre qui touchent ce Corps sacré, qui l'élèvent vers le ciel au-dessus des fidèles prosternés ! Combien pures ces lèvres qui lui donnent, chaque jour, le chaste baiser de la communion ! Combien purs ces regards qui le contemplent si souvent, et de si près, sous les voiles du Sacrement !
Le prêtre devrait, s'il était possible, être plus pur que l'ange, et chaste comme la Vierge-Mère. Mais le prêtre est un homme, et sa chair, comme un pesant manteau, l'incline vers la terre et l'étreint douloureusement. Que fera-t-il donc pour rester sur les cimes où la grâce veut qu'il demeure ? Il marchera sur les pas du Maître, il formera sa vie sur les exemples de la sienne. Si Dieu ne lui fait pas le don inestimable de la souffrance et de la maladie, il y suppléera en fatiguant son corps par les laborieux travaux d'un ministère tout de dévouement et de sacrifice. Il embrassera une vie dépouillée des satisfactions de la chair et des sens, et s'efforcera de développer en lui, par l'étude, par la prière, par la recherche constante des biens supérieurs, la vie de son âme et ses forces intellectuelles.
Le prêtre est sacrificateur avec Jésus, mais il est aussi victime. Les victimes doivent être pures, saintes, sans tache pour être agréables à Dieu : une victime souillée est rejetée de Dieu, elle est en horreur devant Lui ! Qu'il s'efforce donc, le prêtre de Jésus, de se purifier toujours davantage de toute attache humaine, de toute satisfaction vulgaire, de tout plaisir des sens. Il n'est pas un homme ordinaire; c'est un Christ, un Oint, un Béni, un Séparé. Il est si grand, si digne de res pect et d'amour quand il apparaît au milieu de ses frères, pur, dégagé des passions grossières, élevé au-dessus de tout ce qui est terrestre et seulement humain ! Celui qui, chaque matin, étanche sa soif au calice de l'autel : celui qui boit ce vin sacré qui fait germer les vierges, pourrait-il encore être altéré des plaisirs de la terre ? Celui à qui Jésus offre les chastes enivrements de son amour, voudrait-il chercher ailleurs d'autres déli ces ? Non, le prêtre trouvera, s'il le veut, dans l'amour de son Dieu, dans le Coeur de Jésus, son adorable ami, de quoi satisfaire aux légitimes besoins de son coeur, aux aspirations de son âme, si tendre et si aimante qu'elle puisse être !
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VINGT-TROISIÈME LECTURE
CHAPITRE VIII
La miséricorde, septième vertu sacerdotale du Cœur de Jésus.
Le Coeur de Jésus est le sanctuaire divin où résident toutes les vertus. Il les possède toutes à un éminent degré. Il est le foyer toujours ardent d'où rayonnent toutes les beautés morales, tous les dons naturels, surnaturels et divins que nos pauvres intelligences pourraient rêver.
Parmi toutes les vertus qui demeurent en ce Sacré-Coeur comme dans leur temple particulier, il en est une cependant qui semble être plus spécialement la sienne, sa vertu, son inclination propre : c'est la miséricorde. Oui, la miséricorde est vraiment l'attribut du Coeur de Jésus.
La sainte Écriture, et particulièrement les chants immortels de David, résonnent des louanges de la miséricorde de Dieu, l'exaltent et la magnifient en mille manières. Ce n'est cependant que lorsque notre Sauveur nous a été donné que la miséricorde divine nous est apparue, sous une forme sensible, palpable pour ainsi dire, à l'intelligence et à l'amour de l'homme. Sous la loi de crainte, la miséricorde était entrevue; sous la loi de grâce, elle a été vue et touchée.
L'Amour était Dieu et l'Amour était en Dieu, et Il est venu dans le monde; et en se couvrant des voiles de l'humanité, en descendant sur la terre, Il est resté l'Amour, mais Il a pris un nom et une forme nouvelle. Il a pris le nom et la forme de la miséricorde : Il est devenu Jésus ou la Miséricorde. La miséricorde ou Jésus, c'est une même divine et adorable forme de l'Amour !
Toutes les paroles, tous les actes, tous les divins gestes de cet Amour humanisé, de ce Jésus, portent le cachet de la miséricorde. Elle sort de Lui tout naturellement, comme l'eau sort de sa source, comme la chaleur s'échappe du foyer ardent : « Je veux la miséricorde et non les rigueurs de la justice (72) », dit-Il. Son vouloir, c'est d'être miséricordieux. « Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu (73). » Il est venu apporter à la créature déchue des grâces de relèvement et de célestes pardons. C'est pour sauver et non pour juger qu'Il a été envoyé dans le monde (74). Aussi l'entendons-nous dire à ses apôtres, prompts à demander justice : « Vous ne savez de quel esprit vous êtes (75) ! »
Cette miséricorde infinie du Coeur de Jésus parait d'une manière bien touchante dans deux traits du saint Evangile. Marie, la pécheresse de Magdala, repentante et vraiment humble, vient, dans la maison du Pharisien, offrir à Jésus le pieux hommage de son amour et de son adoration. Le divin Maitre, qui d'ordinaire repousse de semblables témoignages, reçoit volontiers, en ce moment, les marques de son amour : c'est qu'Il veut ainsi la réhabiliter publiquement. Et avec quelle exquise délicatesse et quel tact divin ne montre-t-Il pas à Simon combien son opinion sur elle est injuste ! Notre-Seigneur aime les âmes pénitentes, et Il déclare à Magdeleine que « beaucoup de péchés lui sont remis parce qu'elle a beaucoup aimé (76) ».
Une autre fois, une femme surprise dans le péché ; lui est amenée. La loi a ordonné de lapider de telles personnes : Jésus ne veut-Il pas toujours que l'on obéisse à la loi ? N'est-Il pas Lui- même fidèle à ses prescriptions ? Que va-t-Il donc faire ? Ah ! ne craignons pas. Sa miséricorde saura bien lui suggérer le moyen de faire prévaloir la bonté sur la justice : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre (77) ! » Tous, un à un, ont quitté la place et il n'y reste plus que Jésus et la pécheresse : une grande misère, et une miséricorde plus grande encore : « Femme, quelqu'un vous a-t-il condamnée ? — Non, Seigneur. — Moi, non plus, je ne vous condamnerai pas. Allez, et ne péchez plus (78). »
Rien cependant n'est plus capable de nous faire connaître le fond inépuisable de la miséricorde de Jésus, que ces deux adorables paraboles, vraies perles d'amour, enchâssées dans le précieux joyau des Evangiles : la Brebis égarée et l'Enfant prodigue. Le Coeur miséricordieux du Maître se révèle ici, tout entier, avec des délicatesses si suaves, si idéalement tendres, qu'il n'est pas un coeur d'homme, pour peu qu'il soit sincère, qui n'en doive être touché.
Jésus, le divin Pasteur, a poursuivi sa brebis. Il la retrouve et lui pardonne. Il la ramène au bercail. La fatigue et les souffrances du retour vont être, sans doute, une juste expiation, quoique légère encore, de ses fautes passées; mais le tendre Pasteur ne veut plus qu'elle souffre : I1 ne veut plus qu'elle se lasse à parcourir les chemins. S'il faut qu'une souffrance, qu'une lassitude expie, ce sera Lui qui la supportera. Il prend la fugitive dans ses bras 79), il la presse sur son Coeur; Il lui donne des privilèges et des caresses qu'elle n'avait pas reçus aux jours de son innocence.
Et lorsque l'enfant prodigue retourne au logis paternel, quel pardon abondant ne lui donne pas son père ? Non seulement il le reçoit, non seulement il le fait rentrer dans tous ses droits pour l'avenir, mais il veut encore que, dans la joie des festins et des harmonies, il oublie les amertumes de son passé.
Oh ! comme il faut peu pour toucher le Coeur de Jésus et provoquer sa miséricorde ! Une parole de confiance, un appel du pauvre larron crucifié à ses côtés, c'en est assez pour qu'aussitôt Il lui pardonne et lui ouvre le ciel (80) ! En vérité, l'esprit de Jésus, Jésus lui-même, c'est la miséricorde !
La grande mission du prêtre est de révéler aux âmes la miséricorde divine. Toutes, elles ont plus ou moins péché. Toutes, elles sentent, entre la sainteté infinie de Dieu et leur propre misère, un abîme qui leur semble infranchissable, et dont la vue les épouvante. 11 y a au fond de toute âme humaine, même lorsque les ténèbres la remplissent, un vestige de vérité qui lui montre l'Etre suprême infiniment saint et souverainement pur. C'est pourquoi, lorsqu'elle se voit criminelle, elle cherche à s'éloigner de Dieu, elle s'efforce de l'oublier, et, impuissante à anéantir en effet cet Etre divin qui la condamnera, elle veut au moins l 'effacer de son propre souvenir et le détruire dans sa pensée. Alors, elle va toujours plus loin dans le mal, et descend dans les abîmes.
Mais quand le miséricordieux amour de son Dieu lui est montré, pour peu qu'elle ait de sincérité, la crainte disparaissant, le repentir prend sa place, et la grâce de la réconciliation achève ce que la miséricorde avait commencé.
Faire connaître Jésus sous l'aspect le plus aimable, le plus doux, le plus attirant; faire pénétrer dans les âmes la connaissance de la miséricorde, ouvrir les coeurs à la confiance et à l'amour, voilà l'oeuvre du prêtre. Qu'elle est consolante ! Mais que pourront ses paroles pour convaincre les âmes, s'il ne se montre, lui-même, vrai disciple du divin Miséricordieux, tout rempli des sentiments d'une amoureuse compassion pour les pécheurs ? Il faut qu'on le voie, saintement passionné pour le salut des âmes, aller, sur les traces de son Maître, à la recherche des brebis égarées, sans se laisser décourager par la longueur de la poursuite ou les aspérités du chemin. Et quand il aura trouvé de ces pauvres âmes coupables, couvertes des honteuses plaies du péché, qu'il les prenne en pitié, qu'il se penche vers elles, qu'il verse l'huile et le vin sur leurs blessures, qu'il les porte entre ses bras et les ramène à Jésus.
Qu'il est heureux, le prêtre, d'être le ministre d'un Dieu de miséricorde ! Son coeur devrait fondre dans sa poitrine, par les ardeurs d'un inexprimable amour, lorsqu'il se sent le pouvoir de dire, au nom de Jésus, à l'âme pécheresse, ces mots divins : Je t'absous ! Jamais Dieu n'est plus grand que dans ses divins pardons. Jamais le prêtre n'est plus élevé, jamais il n'est plus revêtu de Dieu et plus vraiment Jésus, que lorsqu'il pardonne et qu'il absout. |
VINGT-QUATRIÈME LECTURE
CHAPITRE IX
L'amour, huitième vertu sacerdotale du Coeur de Jésus.
La sainte Ecriture nous apprend que le Paradis terrestre avait été rempli par le Créateur de toutes sortes de délices (81). Dieu s'y rencontrait avec l'homme et s'entretenait avec lui en d'ineffables colloques, et les charmes de la nature, si belle à cette aurore du monde, servaient de cadre merveilleux à ces divins rendez-vous. Là, le ciel était toujours clément, la terre toujours féconde. L'arbre de vie, croissant au milieu donnait ses fruits immortels; et quatre fleuves, y prenant leurs sources et se répandant au dehors, portaient au loin la vie et la fertilité (82).
Le Coeur de notre adorable Jésus ne peut-il pas être comparé à cet Eden, assigné pour demeure aux premiers représentants de notre humanité ? N'est-il pas un jardin de délices, ouvert par Dieu aux âmes poursuivies d'un insatiable désir de lumière, de vérité et d'amour ? Rempli des dons les plus excellents, orné des plus admirables beautés, vrai séjour des divines complaisances, il est le lieu de rencontre de l'homme avec Dieu. La Divinité, amoureusement abaissée, y descend jusqu'à la misère de l'homme; et l'homme, appesanti par le péché, y trouve de mystérieux sentiers pour monter jusqu'à Dieu. L'arbre de la divine charité se dresse au centre, chargé des fruits les plus exquis, et quatre fleuves d'amour l'arrosent et s'en épanchent, portant au dehors les flots vivifiants de la sacrée dilection.
L'Amour Infini réside dans sa plénitude en ce Coeur adorable, vrai coeur du Verbe incarné. Tous les sentiments ineffables, purs et sacrés que la Divinité peut ressentir, le Coeur de Jésus les ressent ; tous les sentiments nobles et élevés qu'un coeur humain peut éprouver, ce Coeur sacré les éprouve. Son amour embrasse et submerge dans ses flots ardents l'immensité des mondes et la multitude des êtres : c'est l'Amour Infini sans bornes et sans mesure !
Il nous semble cependant que dans le Coeur de Jésus-Prêtre, dans le Coeur de ce divin Sacrificateur, de ce divin Sacrifié, l'amour, en se portant sur quatre objets divers, a revêtu quatre formes distinctes; qu'il s'est divisé, pour ainsi dire, en quatre courants d'amour, en quatre fleuves sacrés, aux flots impétueux et fécondants : Jésus a aimé son Père céleste d'un amour de fils et de créature, plein de respect et de piété; Il a aimé la Vierge, sa mère, d'un amour d'enfant, tout de confiance et de douceur; Il a aimé l'Eglise, formée comme une nouvelle Eve dans son côté sacré, d'un amour d'époux, tout de tendresse et de fidélité; Il a aimé, Il a chéri les âmes, d'un amour de père, tendre, prévoyant et dévoué !
Le Coeur de Jésus s'est montré à nous comme un séjour de délices; le coeur du prêtre n'est-il pas aussi l'objet des divines complaisances ? Ce coeur d'homme, si pur, si élevé au-dessus des fanges terrestres, si dégagé des liens humains, n'est-il pas aussi un spectacle de joie pour les regards de Dieu ? Sans doute, le Père céleste se plaît à y descendre lorsqu'il le voit tout semblable au Coeur de son adorable Fils. L'étude constante du prêtre doit donc être de former son coeur sur celui de son divin Modèle, d'y imprimer les mêmes vertus, la même pureté, la même douceur, le même amour, surtout : n'est-ce pas par l'amour que les durs se ressemblent ?
Le coeur du prêtre est un vase où Dieu distille son céleste amour. Il doit être bien pur ce vase, il doit être bien grand. Il faut qu'il soit vaste comme un océan et profond comme un abîme, car le torrent de l'Amour Infini veut y passer pour aller jusqu'aux âmes.
Le Coeur de Jésus et le coeur du prêtre : un seul coeur ! Mêmes vertus, mêmes grandeurs, mêmes amoureuses palpitations pour Dieu, pour Marie, pour l'Eglise et pour les âmes ! « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive (83)! » Allons à ce Coeur divin, source de vie et d'amour; allons à ces fontaines du Sauveur (84), toujours débordantes; allons nous enivrer à cette coupe sacrée que l'Amour Infini remplit !
Amour du Coeur de Jésus pour sou Père.
Jésus a aimé son divin Père. Une de ses adorables paroles nous révèle son ardent et filial amour : « Je fais toujours ce qui plaît à mon Père (85). » La marque la plus assurée de l'amour, n'est-ce pas cette inclination de l'âme à faire toujours ce qui plaît à l'être aimé, cette amoureuse attention à épier ses désirs, à embrasser ses volontés, à lui complaire en toutes choses. La pensée de Jésus a été continuellement fixée dans la volonté du Père, les regards intérieurs de son âme toujours tournés vers Lui. Il s'est complu dans la considération de ses perfections, Il s'est abaissé Lui-même, Il s'est fait petit afin d'exalter d'autant plus la grandeur de son Père céleste. Pour réparer sa gloire outragée par le péché de l'homme, Il s'est sacrifié; pour étendre cette gloire, pour l'augmenter II n'a rien épargné : Il s'est immolé Lui-même.
L'amour du Père a dominé toute la vie de Jésus. Au soir de la cène, alors que quelques heures à peine le séparaient de sa douloureuse passion, Il a laissé jaillir de son Coeur ces élans sublimes d'amour, d'adoration, de confiance filiale, que l'on ne saurait lire sans plier les genoux et sans verser des larmes. Il aime le Père, et Il se sait aimé du Père; et cet amour infini, qui va de l'un à l'autre dans un flux et reflux divin, a des profondeurs, des ardeurs, des pure tés, des élans inexprimables : « 0 Père, voici l'heure ! Pour que votre Fils vous glorifie, glorifiez votre Fils- La vie éternelle, c'est de vous connaître, Vous, seul vrai Dieu... Père juste ! le monde ne vous a point connu! Mais moi, je vous ai connu... Que tous, ils soient un, comme Vous, Père, Vous êtes en moi, et moi en Vous ! afin que le monde croie que vous m'avez envoyé (86)... »
Et quand Jésus aura tout accompli; quand Il aura, jusqu'au bout, fait la volonté du Père, c'est encore vers ce Père très aimé qu'Il se retournera pour lui dire avec un amoureux abandon : « Père ! je remets mon âme entre vos mains (87) ! »
L'amour de Dieu doit aussi dominer la vie du prêtre. L'amour pour le Père céleste qui a fait de lui une créature bénie entre toutes, qui l'a marqué de toute éternité pour participer à l'onction de son Christ ; l'amour surtout de ce Christ, de ce Maître adorable, de cet incomparable Jésus qui l'a doté de ses dons les plus magnifiques, qui l'a élevé aux dignités les plus hautes, qui l'a rendu un autre Lui-même; l'amour de jésus, un amour profond, intime, vivant, doit être le grand moteur des actions, des pensées, de la vie du prêtre. S'il connaît bien Jésus, s'il lui demeure uni par l'amour, il opérera les oeuvres de son Maître, il aura la vie en lui.
« Celui qui m'aime, mon Père l'aimera, et nous viendrons en lui, et nous ferons en lui notre demeure (88). » Cette parole de Jésus s'adresse à tous les fidèles, bien plus encore à ses prêtres. Jésus vit, dans le prêtre, d'une façon toute spéciale : à l'autel, au saint tribunal, dans la chaire de vérité, ce n'est pas un homme quelconque, c'est Jésus, Jésus qui enseigne et qui éclaire, Jésus qui pardonne et qui absout, Jésus qui offre et qui sacrifie.
Et lorsque ce divin Sauveur a ainsi investi son prêtre, quand I1 l'a rempli de Lui-même, quand Il a vécu en lui dans ces trois grandes actions du sacerdoce, après, se retire-t-Il ? Non sans doute. Tant que la vie naturelle, les dérèglements de l'esprit ou des sens, le péché, ne l'en chassent pas, Jésus continue à vivre dans son prêtre. Il y vit à tel point, qu'Il veut que le prêtre dise, en parlant de sa chair sacrée et de son sang adorable : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ! Oh ! si le prêtre pensait à cette demeure de Jésus dans son âme, à cet investissement sacré, comme il aimerait à se retirer au dedans de lui-même, à fermer la porte sur lui, pour entretenir à loisir cet hôte divin. Jésus vit dans son âme, Il y vit tout entier, Dieu et Homme, avec ses splendeurs divines et ses charmes humains; avec la puissance et la sagesse d'un Dieu, avec la douceur et la tendresse d'un frère, avec les amabilités d'un ami.
Tout le Christ vit dans le prêtre. Ils ne sont plus qu'un : la divine intelligence du Christ s'applique à l'intelligence du prêtre et lui com munique ses lumières; le Coeur du Christ bat dans le coeur du prêtre, et l'enflamme d'un ardent amour pour les âmes; le corps du Christ s'unit aux membres du prêtre, il leur imprime une vie surnaturelle et la grâce de la chasteté. Aussi quel amour réciproque doit exister entre ces deux êtres ! Quel échange de pensées, de sentiments ! quelle union de volonté, quelle conformité de vie, quelle harmonie entre ces deux coeurs ! quelle intimité entre ces deux âmes ! |
VINGT-CINQUIÈME LECTURE
Amour du Coeur de Jésus pour la Vierge, sa Mère.
Jésus a aimé la Vierge, sa mère. Dès le début de sa vie publique, Il a voulu donner des preuves de son filial amour. C'était à Cana, en Galiée. jésus et sa sainte Mère assistaient à un festin de noces, et le vin étant venu à manquer, les serviteurs vinrent en donner la nouvelle à Marie.
Aussitôt, la Vierge bénie se tournant vers son Fils lui dit : « Ils n'ont plus de vin (89). » Et Jésus, répondant à sa Mère : « Femme, » dit-Il, ô femme, vous la femme par excellence, l'unique, la seule entre toutes qui soit sans péché, « qu'y a-t-il de commun entre vous et moi ? Mon heure n'est pas encore venue (90). » Je n'ai point encore commencé à faire les grands miracles que je dois accomplir. Mais, en vous adressant à moi dans cette circonstance, vous voulez sans doute me rappeler ce qu'il y a de commun entre nous; vous voulez me faire souvenir des liens si doux qui nous unissent, de la communauté de vie, de sang, de pensées, de désirs, d'amour qui règne entre nous. Pourrais-je résister à votre prière et ne pas devancer l'heure que j'avais fixée ? Et la Mère de Jésus, comprenant sa pensée, sûre de son cœur de Fils, se tourne vers les serviteurs : « Faites tout ce qu'Il vous dira (91). » Et les urnes ayant été remplies d'eau jusqu'au bord, Jésus opère son premier prodige.
Ces paroles de notre Sauveur ont été, nous le savons, diversement interprétées. Mais pour celui qui a quelque connaissance du Coeur de Jésus, ne peuvent-elles pas renfermer une délicate, une affectueuse allusion à cette union si étroite que la nature forme entre une mère et son enfant ?
Jésus a voulu que tout fût commun entre Lui et sa chaste Mère. Il l'a associée à ses grandeurs, Il l'a unie à ses joies, Il lui a fait partager ses douleurs, Il l'a faite victime avec Lui, prêtre avec Lui, et en quelque façon, rédemptrice avec Lui, divin Rédempteur. L'amour veut cette union, cette union complète des sentiments et des états.
Les premiers regards de Jésus, vagissant dans la crèche, avaient été pour Marie; le premier miracle de sa vie publique a été opéré à sa prière : les dernières pensées de Jésus en croix et ses derniers regards seront encore pour elle. Voyant la Vierge Marie debout au pied de son gibet, agonisant dans une inexprimable douleur, ll se penche vers elle, et, sur le point de mourir, Il jette entre ses bras ce qu'Il a de plus cher après elle : les âmes ! C'est son legs suprême, c'est son dernier don d'amour. Dans la personne de son bien-aimé Jean, Il lui confie tous ses enfants. Il la fait la mère féconde entre toutes les mères, la reine de l'univers, la dispensatrice de ses grâces.
Il n'en est pas, peut-être, parmi les sentiments du coeur de l'homme, de plus délicat et de plus profond que l'amour d'un fils pour sa mère. C'est un mélange exquis de force et de tendresse, de soumission respectueuse et d'enfantine familiarité. Quand le fils repose sa tête sur le sein maternel qui l'a nourri, il se croit tout petit encore, faible, mais bien aimé; quand il presse sa mère sur son coeur, il se sent fort, ardent pour la défendre, puissant pour la protéger. Il est, avec elle, docile comme un enfant, simple et plein de confiance. Il lui parle de ses désirs, il lui avoue ses faiblesses, il lui découvre ses projets, il aime à prendre ses conseils, il voudrait toujours lui obéir.
L'amour de la mère est le premier qui s'éveille au coeur de l'homme : c'est aussi le dernier qui y demeure. C'est un amour qui garde, qui protège, qui purifie, qui console et qui soutient. C'est un amour, le seul peut-être, auquel on peut se livrer, avec tout son coeur, sans craindre de le flétrir, et sans redouter d'amertume.
Pour l'homme, pour le prêtre, la mère est le don de Dieu. Il trouve en elle, dans son amour si discret, si dévoué, tout ce que son coeur, sur tout s'il est tendre et ardent, peut souhaiter : il v trouve son appui, sa douceur, son salut.
Si le prêtre doit aimer sa mère, s'il l'aime toujours, combien plus doit-il aimer la Mère incomparable, la Mère du bel amour, sa divine Mère, Marie ! Bien souvent, nous avons répété que le prêtre est un autre Jésus. Ce que Marie était pour son Jésus, elle l'est pour le prêtre. Elle est mère, mère aimante, secourable, dévouée. Elle l'entoure de ses soins, elle le regarde avec amour, elle l'inspire, elle l'instruit, elle le défend, elle le bénit.
Ce que Jésus était pour la Vierge sa mère, le prêtre aussi doit l'être pour Marie; fils obéissant, respectueux, plein d'amour. Qu'il soit toujours avec Marie comme avec sa mère : un enfant.
Qu'il se cache entre ses bras quand il souffre; qu'il aille à elle quand il est joyeux; qu'il l'interroge quand il veut savoir; qu'il recoure à elle dans ses moindres besoins; qu'il lui confie tous ses désirs; qu'il lui découvre toutes ses faiblesses. Que jamais il ne parle, que jamais il n'agisse, que jamais même il ne s'arrête à penser, sans que la forme, idéalement pure, de la Vierge divine ne projette sur lui son ombre protectrice.
L'amour de Marie, c'est, dans le coeur du prêtre un élément nécessaire. C'est le béni rayon de soleil et la rosée bienfaisante qui font épanouir, dans son âme, la fleur de la chasteté. C'est un principe de vie, un germe de vertus. Le prêtre qui aime Marie comme sa Mère, qui se confie en elle, qui dépend d'elle, ne s'écartera pas du droit chemin : il restera humble, pur, fervent ; il fera vivre Jésus en lui ! |
VINGT-SIXIEME LECTURE
Amour du Coeur de Jésus pour la sainte Église.
L'amour de Jésus pour la sainte Eglise a été un amour d'époux. Il a quitté pour s'attacher à elle, les délices du ciel : Il s'est donné à elle tout entier. Il lui a donné son âme, en lui appliquant, sans mesure ni restriction, sa divine intelligence, sa volonté toute sainte, sa mémoire, et toutes les opérations de son esprit. Il lui a donné son Coeur, lui vouant un amour fidèle, ardent, unique. éternel. Il lui a donné son corps, et de quelle ineffable manière ! Il l'a ornée des plus précieux joyaux. Il l'a entourée de ses soins les plus ten dres et les plus vigilants. Il l'a faite grande, noble, honorée. H l'a rendue féconde. Il lui a gardé une inviolable fidélité.
Quelle union a jamais été plus étroite, plus indissoluble que l'union de Jésus-Christ avec son Eglise ? Quel amour plus ardent et plus fort, quel dévouement plus complet et plus efficace ont jamais régné entre des époux ? Sur la croix, comme en une couche nuptiale, leur mystique union s'est consommée. Depuis lors, depuis ces divines noces, ils ont été pour jamais l'un à l'autre. Dans la prospérité et les disgrâces, dans les persécutions et l'honneur, dans la joie et dans les angoisses, jamais ils n'ont été séparés. Quand Jésus a été méprisé, l'Eglise a été dans l'opprobre; quand Jésus a été abandonné, l'Eglise, son épouse, a connu l'abandon; quand Jésus a été loué et aimé, l'Eglise a été dans l'allégresse. De même, tous les outrages faits à l'Eglise sont allés frapper son Epoux divin; toutes les épreuves qu'elle a eues à subir, elle les a partagées avec Lui. Ils sont si étroitement unis et enlacés, que les coups dirigés contre le Christ, par l'impiété de tous les temps, ont toujours blessé l'Eglise, et que la boue jetée sur le manteau de l'Eglise, a toujours rejailli sur la robe du Christ !
La première larme de Jésus, versée dans la crèche, suffisait pour racheter le monde; moins encore : le premier soupir de son Coeur, en entrant dans la vie, aurait été une rançon abondante. Pourquoi donc tant de travaux, tant de souffrances, tant de larmes et de sang répandus ? C'est l'amour de Jésus pour son Eglise ! Il voulait l'enrichir de trésors divins. Il voulait la revêtir de pourpre, et Il donna son sang pour teindre son manteau; Il voulait entourer son cou de perles précieuses, et Il répandit des larmes; Il voulait la couronner d'honneur et d'immortalité, et Il donna sa vie et son honneur pour en composer sa couronne.
L'amour peut-il aller plus loin ? Peut-il s'éten dre au-delà de la tombe ? Peut-il survivre à la mort ? Quand l'époux a donné sa vie pour son épouse, que peut-il lui donner de plus ? Jésus a donné davantage. Cette vie qu'Il avait sacrifiée, Il l'a reprise, Il l'a transformée, et, s'enfermant avec cette vie nouvelle dans un tabernacle étroit, Il demeure, par amour pour son Eglise, jusqu'à la fin des temps, dans un état perpétuel de sacrifice.
Et pendant qu'Il s'immole ainsi tous les jours pour elle, Il continue à la combler de ses dons. Il l'illumine de clartés célestes, Il la réchauffe des flammes de son Coeur, Il la nourrit d'un aliment délicieux, et cet aliment, c'est son corps à Lui, c'est sa chair divine !
Au milieu des combats qu'elle a à soutenir, car elle milite sur la terre, Il la fortifie, Il lui fournit des armes. Dans ses angoisses, Il la console, et Il lui prépare, pour les jours de Péternité, un triomphe définitif, une complète glorification.
Si la sainte Eglise est l'épouse du Christ, elle est aussi l'épouse du prêtre : elle est sa compagne choisie. A l'heure où il devait donner son coeur et fixer sa vie, l'élu du Christ a considéré, dans son âme, de quel côté il orienterait sa destinée, et, mû par la suave impulsion de la grâce divine, éclairé par le très doux rayonnement que l'Amour Infini répandait dans son coeur, il a fait un choix. Dédaignant la beauté qui passe, la joie qui périt, ces bonheurs incertains que le temps emporte et que la mort finit toujours par briser; s'élevant au-dessus des plaisirs fugitifs et décevants des sens et de l'imagination, il a, par un acte libre, choisi l'Eglise pour son unique épouse; il l'a prise pour son partage, et s'est donné tout à elle. Le sous-diaconat a été le jour des fiançailles, le sacerdoce a été celui de l'union complète. Maintenant, ils marchent ensemble dans la vie. Ils partageront les mêmes fortunes, ils souffriront et se réjouiront ensemble; l'honneur de l'un sera l'honneur de l'autre : ils ne peuvent plus être séparés.
Elle est si belle, la sainte Eglise, avec sa jeunesse toujours renouvelée, défiat la succession des siècles ! Elle est si riche des trésors célestes ! Fille de Dieu, issue d'un sang divin, elle est si noble et si grande ! De quel amour le prêtre doit-il l'aimer ! Avec quelle jalousie doit-il la conserver dans son intégrité, avec quelle sainte ardeur doit-il la défendre contre les ennemis perpétuel lement ligués contre elle L'Eglise, mais elle doit être la grande passion du prêtre ! Pour la faire libre, heureuse; pour la voir rayonner, du centre de sa splendide unité, sur l'universalité des âmes, il doit être prêt à entreprendre tous les travaux, à embrasser tous les sacrifices.
L'Eglise, avec ses dogmes si sûrs, ses enseignements si lumineux, son admirable hiérarchie; les merveilles de vertu, de pureté, de dévouement, de génie, que, depuis vingt siècles, elle enfante, mérite bien qu'on se donne à elle, avec toute la plénitude de son âme et tout l'élan de son coeur. Elle sait si bien rendre ce qu'on lui donne, et le rendre meilleur. Elle sait si bien dilater les intelligences, élever les esprits, réchauffer les coeurs. Quand elle prend une créature humaine, elle sait si bien la transformer, perfectionner ses facultés, élargir ses horizons, développer sa puissance d'être et de connaître. Elle est, avec Dieu, la grande réformatrice de l'humanité; elle est la merveilleuse transformatrice des âmes, des sociétés, des nations ! Le prêtre doit l'aimer, cette incomparable épouse, comme Jésus l'a aimée : dans les travaux, dans les persécutions, jusqu'à la sainte folie du sacrifice et de la croix ! |
VINGT-SEPTIÈME LECTURE
Amour du Coeur de Jésus pour les âmes.
Que dirons-nous de l'amour de Jésus pour les âmes? Cet amour a été sa vie, sa raison d'être. Avec le désir passionné de la gloire du Père, il a été l'aspiration continuelle de son âme, le battement de son Coeur, le principe et la fin de ses actes, de ses paroles, de toutes ses pensées. Il est né pour les âmes, Il est mort pour elles, et, dans les trente-trois années qu'Il a passées sur la terre, entre sa crèche et son sépulcre, cet amour, comme un feu dévorant, n'a pas cessé un seul instant de consumer son âme.
Citerons-nous quelque trait de la vie de Jésus, quelques paroles sorties de sa bouche qui puissent faire comprendre la tendresse de son Coeur pour les âmes ? Mais il faudrait transcrire tout l'Evangile ! Ce livre sacré n'est-il pas le poème de l'amour ? Ne voyons-nous pas, dans ses pages sublimes, le Verbe divin, descendu volontairement du trône de sa gloire, exilé de son ciel, humilié, avili, caché sous le misérable vêtement de l'humanité, passer comme un mendiant sur la terre ? Ne le voyons-nous pas se livrer aux plus pénibles travaux, supporter les plus grandes souffrances, et enfin s'offrir à la mort ? Et tout cela pour conquérir l'âme humaine, pour s'unir à elle dans un embrassement d'amour !
Si nous approchons de la croix, si nous détachons de ses branches le fruit tout empourpré qui y est suspendu, si nous pressons ce fruit divin mûri au soleil de la douleur, l'amour en sort à flots : ce n'est rien que de l'amour ! Il est impossible de contempler Jésus-Christ sur la croix sans être persuadé de son amour infini pour les âmes.
N'a-t-Il pas dit que nul ne peut avoir un plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis (92) ? Ce grand amour, Il l'a eu pour les âmes. D'abord, Il a donné sa vie goutte à goutte, par de continuelles prières, de longs travaux; par trois années de courses apostoliques, de prédications, de privations, d'épreuves; par la douleur permanente que la multitude des péchés de l'homme imprimait dans son âme. Enfin Il l'a donnée, cette vie pure et toute sainte, par la totale effusion de son sang, commencée au jardin des Olives dans les étreintes de l'agonie, continuée au prétoire sous les fouets de la flagellation et les épines de la couronne, complétée sur le calvaire par les clous du crucifiement, achevée sur la croix par le coup de lance qui nous ouvrit son Coeur.
Si nous ne pouvons regarder la Croix sans croire à l'amour, nous ne saurions nous approcher du Tabernacle sans nous sentir immergés dans ses flots vivants. L'amour tend invinciblement à l'union. Le désir de s'unir aux âmes a été continuel, pressant, dans le Coeur de Jésus. Ce besoin d'union a été, semble-t-il, le grand tourment du Martre, et, pour le satisfaire, Il a inventé des moyens toujours nouveaux. Il a sur monté tous les obstacles, Il a déployé toute sa puissance de Dieu. Après s'être uni à l'homme par la conformité de nature, Il a resserré cette union avec Lui par une ressemblance parfaite de vie, d'exercices, de sentiments et d'états. Il a voulu vivre dans l'âme humaine par sa grâce; mais cette union ne Lui a pas encore suffi. Il a trouvé dans sa sagesse, et II a opéré, par sa puissance, une union intime, réelle, jusqu'alors inouïe; une union par laquelle Il vient vivre en nous spirituellement, en laquelle Il vivifie, de sa divine influence, toutes les parties de notre être : l'union eucharistique !
Voilà le chef-d'oeuvre de l'amour ! Plus aimant et dévoué qu'un père qui nourrit ses enfants du fruit de son travail, plus tendre qu'une mère qui leur donne son lait, Jésus se fait pain pour nourrir de Lui-même sa créature aimée. Il pénètre en nous et nous pénètre de Lui. Il vivifie, de sa divine substance, notre propre substance. Il s'incorpore à nous. Il devient nous, et nous clevenous Lui ! Oh ! l'ineffable amour de Jésus pour nos âmes ! Pour elles, pour chacune d'elles, Il se sacrifie et se donne, Il s'épuise et s'anéantit !
L'amour des âmes règne dans le coeur du prêtre comme dans le Coeur de Jésus, car ces deux coeurs, unis dans les mêmes amours, n'en forment plus qu'un seul. Avant tout, le prêtre aime les âmes parce que son Maître les a aimées. Il veut se sacrifier pour elles, parce que Jésus s'est offert en sacrifice pour leur salut. Le besoin qu'il a d'imiter en tout son adorable Modèle, le porte, par un irrésisitible attrait, vers ces âmes, si ardemment aimées de Jésus. D'autres motifs encore le pressent de les chérir : il a été créé par amour, il a été créé pour les âmes. Dieu est amour : tout ce qui sort de Lui est a mour, tous les êtres qu'Il crée sont des créations de l'amour. Mais tout particulièrement le prêtre est une création d'amour. Dieu a tant aimé les âmes qu'Il leur a donné son Fils unique; le Verbe les a tant aimées qu'il s'est incarné et sacrifié pour elles ! Et quand Jésus a dû remonter dans la g loire, Dieu, dans son amour, a créé le eût toujours, prêtre pour les âmes, afin qu'il y avec elles, d'autres Jésus pour les instruire, les consoler, les absoudre et les aimer.
Voilà pourquoi le prêtre doit tant aimer les âmes : c'est qu'il n'est ce qu'il est, le privilégié de Dieu, un autre Jésus, que pour elles et à cause d'elles. Le prêtre a été donné aux âmes, les âmes sont données au prêtre. De cette double donation doit résulter, dans le coeur du prêtre, un dévouement, un zèle, une tendresse qui touchent à l'infini. C'est la créature de Dieu qu'il aime dans les âmes; c'est l'objet de l'amour passionné de son Maître, c'est le don spécial de la divine dilection. Elles sont la raison des grâces, des faveurs, des privilèges qui lui ont été accordés ! Elles sont la cause de ses grandeurs !
Les âmes sont à Dieu, et le prêtre est aux âmes. A elles donc, ses travaux, ses sueurs, ses larmes et son sang. A elles, les labeurs de son intelligence, les ardeurs de sa volonté; à elles. sa parole, sa pensée, l'activité de sa vie; à elles, les premiers élans de sa jeunesse, les fortes oeuvres de sa virilité, les derniers travaux et les derniers efforts de sa vieillesse.
Jésus a aimé les âmes, et Il a prouvé son amour en souffrant pour elles et en s'unissant à elles jusqu'à se faire leur nourriture. Le prêtre de Jésus suit l'exemple de son divin Maître, entre dans ses amoureuses dispositions, partage ses sentiments. Il souffre pour les âmes, et parfois bien douloureusement; mais, dans les angoisses de l'enfantement spirituel, il se réjouit, car il sait que c'est ainsi qu'il donne à Dieu de nouveaux enfants. Il s'unit à elles en se donnant tout entier, en ne vivant que pour elles, en faisant servir tout ce qui est en lui à leur bien, à leur salut.
Ce salut éternel des âmes est la grande, l'unique pensée du prêtre; en conquérir une seule de plus à l'amour de Jésus est toute sa joie. Le regard fixé sur Dieu, il va toujours en avant dans ses sublimes conquêtes. La sainte passion des âmes le domine à tel point qu'il s'oublie entièrement. Son bonheur, sa souveraine consolation est de pouvoir déposer, aux pieds de son adorable Maître, le fruit de ses travaux, les trophées d'amour de ses pacifiques victoires. Ouvrir le sein de la Miséricorde à un pécheur; laver, de la boue qui les couvre, les images de Dieu, et, par un travail incessant, par des touches successives, refaire la ressemblance divine; voir des chefs-d'oeuvre de sainteté se former sous sa main, voilà les joies sacrées, les 'enivrements divins que l'amour des âmes réserve au prêtre de Jésus !
Bossuet dit quelque part, en parlant de la Très Sainte Vierge : « Marie est un Christ commencé. » Le prêtre, lui, est un Christ continué. Sa vie est comme un prolongement, à travers les siècles, de la vie terrestre de Jésus. Sa parole n'est pas un écho, plus ou moins sonore, de la parole du Maître : c'est la parole même de Jésus passant par sa voix, car notre divin Sauveur n'at-Il pas dit à ses prêtres : « Celui qui vous écoute, m'écoute (93) ? »
S'il en est ainsi, si le prêtre est un Christ, de quel respect devrait-il être entouré ? Ce respect, cet honneur dus à son caractère, il les trouve encore en ceux qui ont gardé une conscience droite et l'idée des grandes choses. Il est aussi bien souvent insulté, et c'est pour lui un honneur et une joie d'être en cela conforme à son divin Maître.
Mais lui, le Prêtre, se respecte-t-il toujours assez lui-même ? A-t-il, de sa dignité, de sa grandeur, une complète idée ? Sait-il ce qu'il doit à Dieu d'adoration et de reconnaissance, ce qu'il doit à Jésus d'amour et d'imitation, ce qu'il doit à ses frères d'édification et de dévouement ? C'est le désir ardent de Jésus-Christ de voir ses prêtres, pénétrés de la sublimité de leur caractère et en même temps du sentiment de leur faiblesse, venir à son Coeur, et recevoir, de ce foyer divin, la lumière qui éclaire et la chaleur qui vivifie.
Allez donc, prêtres de Jésus, aux fontaines du Sauveur. Allez coller vos lèvres à cette plaie d'amour d'où s'échappe le sang de vos calices. Allez à ce foyer de l'Kmour Infini. Remplissez de feu vos poitrines; remplissez-vous d'amour et répandez-le sur le monde. Jésus a apporté le feu sur la terre; son désir est qu'il s'allume et qu'il brûle (94), et c'est à vous, prêtres de Jésus-Christ, d'attiser ces divines flammes, et d'embraser le monde d'amour. |
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