Lorsque parut la première édition française, diverses hypothèses furent émises au sujet du nom de l'auteur. De toutes parts le Père Alfred Charrier S. j. (1) fut félicité; on ne lui ménagea point les témoignages d'admiration (2). En effet beaucoup de ceux qui connaissaient le zèle du Père, sa direction si forte, si surnaturelle, son amour des âmes sacerdotales, ceux qui avaient assisté à ses prédications si débordantes d'amour et de miséricorde, étaient persuadés qu'il était l'auteur de ce livre. On le croyait aussi jusque dans le Monastère, dont était Supérieure alors Mère Louise Marguerite (3).
Mais aujourd'hui, nous ne pensons étonner personne en disant que « le Sacré-Coeur et le Sacerdoce » fut écrit par elle.
En 1902 sur le conseil de son directeur (4), Soeur Louise Marguerite demandait avec humilité dans la prière « à Jésus, s'Il voulait lui communiquer encore quelque chose sur l'OEuvre » (5). « Je suis allée souvent me prosterner devant le Très Saint-Sacrement exposé, écrit-elle, plusieurs fois j'ai demandé à Jésus s'Il voulait me donner encore quelque chose pour l'Oeuvre; mais Il ne di sait rien. Le soir pendant les Litanies, mon âme s'est trouvée doucement absorbée par la divine présence, et des lumières très douces, très pures l'ont remplie.
Il y a eu trois lumières distinctes :
La première a été une vue de l'Amour Infini de Jésus pour les âmes ; Jésus dans sa sollicitude pour elles formant le prêtre, autre Lui-même. Le prêtre, invention d'amour du Coeur de Jésus pour les âmes. Le prêtre n'étant ce qu'il est que pour elles, n'étant le privilégié de Jésus, un autre Christ, qu'à cause d'elles; de là, la tendresse, l'amour profond que le prêtre doit avoir pour les âmes.
La deuxième lumière a été sur l'OEuvre. « La pensée de Dieu, toujours pour les âmes. Le but de l'Oeuvre: les âmes sauvées par l'Amour et la Miséricorde. Le moyen d'action de l'OEuvre, le prêtre; mais pour cela, le prêtre saint, zélé, rempli lui-même d'amour, de manière à le répandre comme naturellement dans les âmes.
Jésus vivant dans le prêtre et après opérant par lui. Donc, d'abord le prêtre préparé, rempli de Jésus, première partie de l'oeuvre; puis le prêtre-Jésus allant aux âmes et les attirant par l'amour et la miséricorde. Ruses divines de Jésus.
« La troisième lumière a été des périls que peut courir l'ouvre, son esprit, sa fin, et des remèdes à cela. Un péril, c'est de devenir une Œuvre plutôt nationale que catholigue; pour éviter cela, mettre l'CEuvre dès son commencement en union avec le Saint-Siège, la faire bénir, reconnaître, encourager par le Pape. Je m'explique mal, je ne voudrais pas y mettre du mien; si je pouvais parler, peut-être me ferais-je mieux entendre. Mon Jésus, je ne suis qu'une ignorante, dites vous-même à mon Père tout ce qui doit être dit. »
C'est à ce moment, d'après les notes de la Mère, qu'elle eut l'idée des pages contenues dans « le Sacré-Coeur et le Sacerdoce » et plus spécialement des trois grandes parties: le Prêtre, création de l'Amour Infini; les vertus sacerdotales; l'Amour du Verbe incarné pour ses Prêtres.
En novembre, elle écrit: « Il m'était venu quelques pensées le mois dernier, à l'oraison, sur Notre-Seigneur, sur les vertus sacerdotales de son Coeur; j'avais le mouvement de les noter, mais cela me coûtait beaucoup d'en demander permission, j'ai résisté quatre jours avant d'y aller. Notre Mère m'a dit de noter; je le fais; si cela ne peut servir à rien, il n'y aura qu'à le mettre au feu... J'ai eu déjà deux fois la tentation de le brûler; je ne l'ai pas fait pourtant, j'ai craint de vous désobéir. » (6)
« Il me semblait que c'était un orgueil insupportable, à moi, petit vermisseau abject et rempli de péchés, d'écrire sur les vertus des prêtres qui sont mes pères, mes maîtres; il me prit un extrême dégoût de moi-même et je m'anéantis sous les pieds de Jésus. »
Avons-nous tout le contenu du livre dans les pages écrites à la fin de l'année 1902? Il ne le semble pas, c'était seulement ce qui forme la seconde partie: les vertus sacerdotales du Coeur de Jésus. Après lui avoir dit: « J'ai lu avec intérêt et édification les pensées que Notre-Seigneur vous a données sur les vertus sacerdotales. Si c'est la volonté du Maître on pourra en tirer quelque chose » (7)
le Père Charrier lui avait imposé de continuer à mettre par écrit tout ce qu'elle recevait de Notre-Seigneur.
« Soyez, lui écrivait-il, un instrument docile de son amour pour les âmes. Notez simplement les lumières que sa bonté vous donne et soyez humble pour plaire au Divin Coeur. «... Je suis heureux de ce que vous me dites que vous avez eu à souffrir un peu depuis septembre dernier. Bénissons Dieu, quand il daigne nous envoyer la souffrance. Je vais aujourd'hui vous en imposer une de sa part, et en son Nom. Vous continuerez à noter ce que vous croyez être une lumière, puis vous ne vous en occuperez jamais volontairement l'esprit. Vous les traiterez même avec une certaine défiance, craignant extrêmement d'être trompée par le malin esprit. Et sans juger si ce que vous croyez lumière vient de Dieu ou du démon, ne vous en inquiétez plus dès que vous l'aurez noté fidèlement. » Les autres parties furent donc écrites aussitôt après.
Le 16 mai 1903, à l'occasion de son passage au Monastère, le Père Charrier demandait à la Supérieure ces écrits et les emportait. Le Père manifesta l'intention de composer un ouvrage s'inspirant de ces feuillets; Soeur Louise Marguerite répondit: « Il m'a semblé que le désir de Notre-Seigneur est que le petit extrait qui doit être fait soit en termes bien simples, sans éclat, sans mots à effet. Que tout soit simple et humble comme Jésus. » Cependant l'ouvrage n'était pas encore ordonné et divisé comme il l'est maintenant: la première partie n'était pas complète: il manquait les chapitres « Jésus consolant » et « Jésus sacrifiant ». Ils furent seulement écrits en novembre 1909, ainsi que des parties du chapitre u Jésus miséricordieux », et la lecture neuvième sur « Le Prêtre qui pardonne avec Jésus ».
De l'étude des documents se dégage l'impression profonde que le Sacré-Coeur et le Sacerdoce » n'est pas seulement le fruit d'un esprit cultivé ou d'un coeur noble et fervent, mais que ces pages ont été inspirées dans l'oraison par le Maître divin. Telle était d'ailleurs la conviction intime et profonde de celle qui les écrivit (8). Jamais elle ne s'en attribue la paternité: quand elle parle du « petit livre » avait imposé de continuer à mettre par écrit tout ce qu'elle recevait de Notre-Seigneur.
« Soyez, lui écrivait-il, un instrument docile de son amour pour les âmes. Notez simplement les lumières que sa bonté vous donne et soyez humble pour plaire au Divin Coeur. «... Je suis heureux de ce que vous me dites ce que vous avez eu à souffrir un peu depuis septembre dernier. Bénissons Dieu, quand II daigne nous envoyer la souffrance. Je vais aujourd'hui vous en imposer une de sa part, ce et en son Nom. Vous continuerez à noter ce que vous croyez être une lumière, puis vous ne vous en occuperez jamais volontairement l'esprit. Vous les traiterez même avec une certaine défiance, craignant extrêmement d'être trompée par le malin esprit. Et sans juger si ce que vous croyez lumière vient ce de Dieu ou du démon, ne vous en inquiétez plus dès que vous l'aurez noté fidèlement. »
Les autres parties furent donc écrites aussitôt après.
Le 16 mai 1903, à l'occasion de son passage au Monastère, le Père Charrier demandait à la Supérieure ces écrits et les emportait. Le Père manifesta l'intention de composer un ouvrage s'inspirant de ces feuillets; Soeur Louise Marguerite répondit: « Il m'a semblé que le désir de Notre-Seigneur est que le petit extrait qui doit être fait soit en termes bien simples, sans éclat, sans mots à effet. Que tout soit « simple et humble comme Jésus. » Cependant l'ouvrage n'était pas encore ordonné et divisé comme il l'est maintenant: la première partie n'était pas complète: il manquait les chapitres « Jésus consolant » et « Jésus sacrifiant ». Ils furent seulement écrits en novembre 1909, ainsi que des parties du chapitre « Jésus miséricordieux », et la lecture neuvième sur « Le Prêtre qui pardonne avec Jésus ».
De l'étude des documents se dégage l'impression profonde que « le Sacré-Coeur et le Sacerdoce » n'est pas seulement le fruit d'un esprit cultivé ou d'un coeur noble et fervent, mais que ces pages ont été inspirées dans l'oraison par le Maître divin. Telle était d'ailleurs la conviction intime et profonde de celle qui les écrivit (9). Jamais elle ne s'en attribue la paternité: quand elle parle du « petit livre » ainsi qu'elle appelle « le Sacré-Coeur et le Sa cerdoce » toujours elle dit « son livre » (10), son petit livre » (11), « son oeuvre (12), et l'oeuvre voulue par son Coeur » (13).
Ce n'est pas simple sentiment d'humilité qui la fait parler ainsi, ce n'est pas seulement parce qu'elle a conscience que le Divin Maître prend les intérêts de l'OEuvre », et « dispose toute chose »: mais parce qu' « ii en est l'Auteur » (14) si bien qu'elle peut dire en s'adressant è Notre-Seigneur: « J'ai écrit ce livre que Vous m'avez dicté » (15).
C'est bien ce même sentiment que nous rele vons dans une lettre du 19 janvier 1909 au P. Charrier: « ... Mon Père, je vais vous dire une chose bien simplement ; si c'est une sottise vous m'en corrigerez et tout sera dit. Je suis très ignorante et j'ai pu dans ce que j'ai écrit et dans ce que je vous ai dit me servir de termes impropres. Vous, vous en mettrez de très justes, et avec vos frères vous ferez un livre très bien et très théologique. Mais si j'ai mal exprimé mes pensées, les aurez vous bien comprises? Il me semble qu'il aurait peut-être été bon, non pas au point de vue théologique, mais au point de vue des vrais désirs de Notre-Seigneur que je puisse voir votre manuscrit avant qu'il soit imprimé. I1 est si facile en corrigeant un terme faux ou une phrase contraire à la grammaire de dénaturer un peu la pensée. En lisant, je ne vous dirai pas ce qu'il faudra mettre, je suis trop imbécile pour cela, mais je vous dirai peut-être ici ou là, que ce n'est pas tout à fait comme Notre-Seigneur l'a dit. Il me semble ce que Notre-Seigneur a voulu que je vous dise cela, mais au reste vous ferez comme vous ugerez le mieux. »
« Oui, bien sûr, avait répondu le Père, je vous communiquerai tout avant l'impression. Je suis si désireux que tout soit parfait. Je ne sais pas encore si ce sera un opuscule ou un petit livre. Je ne le saurai que lorsque tous mes extraits de vos écrits seront faits par chapitre car tout ou presque tout viendra de vous, c'est-à-dire de NotreSeigneur ».
Mais il n'entrait pas dans les desseins du Divin Maître, comme on le verra par la suite, que d'autres mains et d'autre coeur » coordonnent ces pages et les mettent en volume, sinon l'âme qui les avait reçues dans l'oraison (16).
De fait, aucun de ceux qui eurent à les exa miner, ou à travailler à la publication de l'ouvrage, ne purent arriver à y introduire leurs propres pensées, pas même le Père Charrier, qui pourtant devait être l'âme de l'OEuvre sacerdotale.
De 1902 au mois de juillet 1909, malgré toute sa bonne volonté, tout son désir d'aboutir, malgré les instances de Mère Louise Marguerite qui, fidèlement, lui transmettait les reproches de Notre-Seigneur pour le retard apporté, il ne parvint à exécuter le travail.
Même en 1910, le Père ne put faire l'Introduction, la Conclusion et une Consécration à l'Amour Infini, comme Mère Louise Marguerite lui en exprimait le désir. Dans une lettre (17) il conclut: « J'adore la volonté de Notre-Seigneur qui en somme a exaucé mes désirs. Je ne voulais pas paraître... je ne paraîtrai pas. Quand je me suis décidéLes compléter et les mettre en état de passer à l'imprimerie, ce ne peut pas être, toutefois, travail d'autres mains et d'autre coeur que de l'âme qui les a reçus du Divin Epoux. Donc avec Jésus au Très Saint-Sacrement mettez vous à l'oeuvre et faites un petit livre parfait, digne du Coeur Sacré de Jésus qui en est l'Auteur et digne du prêtre, auquel il est destiné... Je prie de tout coeur et je fais prier pour vous dans ce but à faire une Préface, c'était à mon coeur défendant. Quand j'ai voulu écrire une Conclusion, c'était pour montrer ma bonne volonté... Je suis heureux que ni l'une ni l'autre n'aient été acceptées. »Dieu voulait que ce fut vous et non moi à écrire le petit livre. Il m'a ôté les moyens et les vues nécessaires pour le faire. Et tout est mieux ainsi. » (18)
Aussi le Père ne faisait-il aucune difficulté pour admettre l'origine surnaturelle du livre.
Il éprouve même le besoin de préciser et de « donner le fond de sa pensée » « Il est vrai que je ne juge pas l'origine des com « munications, reçues de Mère Louise Marguerite. Mais c'est uniquement parce que je n'ai pas le droit de le faire et que seule l'Autorité de l'Eglise peut juger sur ce point.Il n'en est pas moins vrai que, comme privé, je crois à cette origine parce que j'ai toujours trouvé dans la manière dont ces diverses communications ont eu lieu et dans la nature même de ces communications des caractères tels, qu'après avoir longuement hésité j'ai pu rassurer la chère Soeur et la soutenir, non pourtant autant que je l'aurais dû. » (19)
Circonstances et événements avaient démontré que la Mère elle-même devait travailler à la publication du livre. Elle le fit par obéissance, et nous donna le volume tel que nous l'avons actuellement.
Le Père Charrier aurait pourtant désiré présenter « le petit livre comme un don du Coeur de Jésus à ses prêtres en leur révélant la docrine de l'Amour Infini » (20). 11 aurait voulu dans son Avant-Propos, « laisser soupçonner un autre travail... qui peut-être ne verra le jour qu'après ma mort et la vôtre, mais qui donnera la physionomie exacte des désirs de Notre-Seigneur au sujet de l'Amour Infini (21), doctrine qui complète, élargit et élève la dévotion au Sacré-Coeur, ne faisant qu'un avec elle cependant et s'en distinpuant comme le parfum de la fleur qui le produit. La dévotion au Sacré-Coeur c'est la fleur, la doctrine de l'Amour Infini, c'est le parfum. » ( 22 ) Ce n'était sans doute pas le moment; cette forme de l'Avant-Propos ne fut pas acceptée. Toutefois au moment de présenter l'ouvrage au Souverain Pontife, la Mère pouvait écrire: « Son Eminence le Cardinal Rampolla sait que le livre a été écrit par la pauvre Mère cc de Mazzè. De lui-même il a découvert son origine surnaturelle. » (23)
«... Il me semble que si ce n'est pas vous qui portez ce livre au Saint Père, il vaut mieux alors que ce soit moi qui le fasse présenter. Ce ne peut être, ce me semble, que vous ou moi, car, en le présentant il convient d'en expliquer l'origine au Pape, qui du reste la connaît déjà un peu. Si donc vous n'allez pas à Rome, vous ou moi ferons une lettre explicative que nous ferons remettre au Saint Père avec le livre. Le Pape connaît déjà, bien que sans grands détails, ll s demandes de Notre Seigneur et ses désirs sur les prêtres. Il sait que c'est la très indigne Mère de la Visitation , exilée mais qui a reçu ces communications. Il sait que cette Mère a un directeur qui, après 7 ans d'attente, met en ordre les écrits pour les présenter à Sa Sainteté. Le Pape attend un plus grand éclaircissement sur tout cela et le livre annoncé. » (24)
Telle était la pensée de Mère Louise Marguerite sur le livre Le Sacré-Coeur et le Sacerdoce. Pour en juger le bien-fondé, il ne sera pas inutile de rappeler avec quel soin et quelle précision méticuleuse elle distingue d'ordinaire ses propres pensées de celles qui lui sont communiquées d'en-haut.
Il convient aussi de noter son état d'âme et sa manière de faire en ce qui regarde les communications surnaturelles qui composent le livre. Sans cesse elle se sent poussée à écrire, mais la chose lui coûte énormément. Elle éprouve une répugnance invincible, et pendant quelques jours elle résiste à l'impulsion mystérieuse qui la porte à écrire sur les vertus sacerdotales du Coeur de Jésus. Quand elle a achevé d'écrire, elle demeure dans l'indifférence: « Si cela n'est bon à rien vous le jetterez au feu » (25). Puis elle est fortement tentée de le détruire elle-même.
Voici enfin une page inédite de la Mère qui montre à quel point elle se défiait de tout ce qui pouvait paraître extraordinaire dans la vie extérieure: « Mon éducation et mon carac tère positif m'ont naturellement mise en garde contre le surnaturel et le mystique. Lorsqu' a ma profession j'ai commencé à recevoir des communications intimes de Notre Seigneur j'ai longtemps résisté et j'ai souffert de grands combats intérieurs.
« La clarté de l'action surnaturelle en moi et la direction du P. Charrier m'ont fait sortir de cet état de lutte. L'abandon, l'obéissanceet surtout la simplicité ont vaincu mes résistances. Depuis que je suis supérieure j'ai été à même de voir de près beaucoup d'illusions dans certaines âmes, beaucoup de fausse mysticité, et surtout des états d'hystérie religieuse et d'exaltation maladive. Cela m'a déjà mise en garde contre beaucoup de soi-disant grâces intérieures et états surnaturels. Puis ce que j'ai vu dans le P. Charrier (26) en me faisant beaucoup de peine a achevé de me faire douter de certaines comum unications intérieures et peu à peu, j'ai recommencé à résister aux mouvements, lumières et paroles intérieures que je recevais. Cela a rendu mon âme sèche, aride comme une terre sans eau et puis je n'ai plus osé rien dire, ni rien écrire. J'ai craint d'être moi-même le jouet des mêmes illusions maque j'avais vues dans d'autres; j'ai craint de tromper mon Evêque et tous ceux à qui je me communiquerais. Alors je me suis fermée de nouveau et n'ai rien écrit durant plus de dix mois.
« A la retraite, il y a un mois, j'ai senti tomber mes résistances pendant dix jour ; avec mon ancienne simplicité j'ai reçu ce que Dieu me donnait, j'en ai noté quelque chose et mon âme dans cette simplicité et paix s'est épanouie.
« Mais un peu après la retraite ma peine est revenue plus forte... Alors j'ai voulu tout repousser, et mon âme a été déchirée, se sentant d'une part pressée par la grâce et par l'Amour Infini et de l'autre comme glacée par une froide raison qui disait: tout cela n'est rien qu'imagination ou maladie. Les paroles que le Père m'a dites, lorsque je lui ai dit quelque chose de ma peine,ne m'ont pas fait le bien qu'elles auraient pu me faire, parce qu'après je me suis dit : « C'est peut-être, lui aussi, un exalté ». J'ai confiance en Monseigneur (27) parce que je le vois très prudent, très calme, lent à agir, mais j'aurais besoin de lui ouvrir toute mon âme; je voudrais qu'il en connût bien le fond... » (28)
On pourrait se demander après ce que nous venons de lire, pourquoi, dès la première édiion, cette caractéristique du livre ne fut pas mise en lumière. La raison nous en est donnée par Mère Louise Marguerite elle-même (29) : Son avis (Père P...) celui du Père et le « pauvre mien est que rien d'extraordinaire, rien qui indique même vaguement une révélation ne paraisse dans les premières éditions de ce livre. Le Père P. qui croit comme vous, mon Père, au surnaturel de ces écrits, dit que, vu l'état présent des esprits, il est important que ce livre paraisse d'abord comme de simples méditations pieuses; la moindre apparence de révélation ferait fermer le livre, tandis qu'au contraire, plus tard quand le livre se sera imposé par lui-même, quand il aura fait du bien, l'idée d'une révélation ne choquera plus autant. Si donc vous faisiez l'Avant-Propos, mon Père, n'y mettez rien qui laisse entrevoir du surnaturel. Si ce petit livre, dont Jésus est cc le seul Auteur, fait son chemin dans les âmes on verra à en dire plus long dans les éditions suivantes. » (30)
«..• Oui je crois, mon bon et cher Père, que Notre-Seigneur veut que la révélation de son Amour Infini et le don de son Coeur divin aux prêtres, soient universels; je crois que Notre-Seigneur, qui a de tendres sentiments pour la France , comme pour la fille aînée de son Eglise, a voulu choisir en France les deux premiers instruments de son Oeuvre d'amour, vous et moi très indigne. Je crois aussi que ce Bon Maître a marqué dans les autres nations, d'autres instruments qui etrant à leur tour dans l'OEuvre d'amour travailleront à son extension dans le monde... Aussitôt que l'édition française sera prête, on fera la traduction... C'est pourquoi, ie vous prie, mon Père, pour ne pas retarder l'oeuvre du Bon Maître, de vous hâter pour cette édition française qui doit précéder toutes les autres. » (31)
LA PUBLICATION DU LIVRE
Il peut paraître fastidieux, au premier abord, d'entretenir nos lecteurs des circonstances qui accompagnèrent la publication de ce livre: ce sont là, ordinairement, choses assez banales, ou prosaïques. Ce n'est point le cas ici; l'histoire de cette évolution, de ces retards incompréhensibles et involontaires, intéresse; on apprécie davantage encore ces humbles feuillets, quand on commence à soupçonner qu'ils ont coûté bien des souffrances pour paraître et qu'ils ont eu leur forme définitive de l'âme qui les avait reçus.
Les oeuvres surnaturelles naissent d'ordinaire dans l'ombre et dans le silence, se développent lentement à travers les luttes multiples et des souffrances sans nombre. Elles se règlent sur des principes qui leur sont propres et sont généralement à l'opposé de notre manière humaine de voir: c'est l'histoire d'hier, d'aujourd'hui; ce sera encore celle de demain; c'est l'histoire de ce « petit livre Le Sacré- Cœur et le Sacerdoce » .
Certes il est juste de reconnaître qu'une fois lancé dans le public, il ne connut pas la contradiction, et ne rencontra que les louanges et les approbations les plus consolantes: mais ce n'est qu'après une lenteur déconcertante qu'il parvint à être édité, et cette publication fut précédée de souffrances de coeur et d'âme dont nous voudrions donner quelque idée.
Si Notre-Seigneur avait communiqué ses trésors à Mère Louise Marguerite, c'était évidemment pour qu'elle les manifestât aux prêtres et par eux aux âmes. Il la poussait et l'obligeait à écrire (32), lui reprochant sévèrement ses retards: « Je n'ai pas écrit ce que Jésus m'avait montré sur l'amour que le prêtre doit avoir pour Lui. Il me l'a reproché ce matin, ce Divin Maître, me disant que ce n'était point pour moi qu'il me donnait ces lumières, mais pour qu'elles soient communiquées. Je Lui ai promis de réparer cette faute, et L'ai prié de rappeler à ma mémoire tout ce qui devait être marqué; car il me semblait que peut-être je ne m'en souvienbrais plus. »
— Le P. Charrier lui avait imposé d'écrire de la part de Dieu « en son Nom » et, comme nous l'avons vu, tout lui avait été remis. Sœur Louise Marguerite pensait avoir rempli sa tâche. Toutes ces lumières étaient pour l'OEuvre sacerdotale. N'était-il pas entendu qu'elle devait tout manifester au Père; ne lui avait-il pas donné l'assurance qu'il s'occuperait lui-même de publier ces écrits? Aussi, entièrement soumise aux directions qui lui étaient données, elle ne fera plus dans sa correspondance durant les années 1903 et 1904 aucune allusion au petitlivre. Elle réussit à se taire, mais elle ne peut réfréner les impulsions de la grâce, les élans du coeur et de l'âme qui lui font élever vers le ciel des prières ardentes pour les prêtres. Et c'est très probablement dans un de ces élans qu'elle composa la belle prière à Jésus, Prêtre Eternel (33), prière qui est comme le résumé du livre « le Sacré-Coeur et le Sacerdoce ». « La prière et le petit livre qui en est le commentaire sont une seule chose. » (34) Pour ce motif Mère Louise Marguerite a voulu la pla cer au commencement du livre.
— Déjà par le moyen de cette prière un certain nombre d'âmes demandaient à Dieu la réalisation de son Œuvre d'amour, et la pu blication du « petit livre » qui devait en être le principe (35). Ces âmes suppliaient le Divin Maître, d'éclairer celui qui avait pris la charge de cette publication et qui, involontairement, retardait le plan divin.
Ces retards apportés par le Père avaient pour résultat chez Mère Louise Marguerite d'intimes souffrances. souffrances mystérieuses voulues par le Bon Maître qui ne cessait de stimuler sa pieuse confidente et de réclamer auprès d'elle l'accomplissement de ses divines volontés. Le P. Charrier ne pouvait s'y tromper, lui qui écrivait à M. Louise Marguerite le 5 août 1905: « Vos souffrances !... Peut-être ne font elles que commencer ! Si réellement Notre Seigneur veut par vous et par votre pauvre père faire ce que vous croyez, il vous faudra encore souffrir beaucoup pour que tout tour à bien et que se réalise le désir du Divin Maître. Si d'autre part je continue à me refuser à l'action, faute de conviction personnelle suffisante, ce refus vous sera une grande souffrance d'âme que je n'ose approfondir tant je la trouve immense ! Je sais bien que tout ce que vous m'avez dit ou communiqué de la part de Notre-Seigneur a un cachet de sincérité, de surnaturel divin qui s'impose presque; mais je ne puis me dissimuler que même dans ce cas il peut s'être glissé inconsciemment quelque chose de personnel, de sorte que ce qui semblerait venir de Notre-Seigneur pourrait encore venir de vous. « ... Courage donc ! ma fille, courage. Epouse de Notre-Seigneur vous devez partager son calice. Et si vous êtes bien fidèle à le boire jusqu'à la lie, vous m'obtiendrez la preuve demandée: ainsi votre énergie à souffrir aura hâté le moment si ardemment désiré de travailler à jeter les âmes, ou mieux à les conduire dans l'Océan de l'Amour Infini ! »
Et les souffrances en effet augmentèrent rapidement, au point que le 18 août, Soeur Louise Marguerite pouvait affirmer: « Jésus me tient sur la Croix ces temps-ci, je souffre dans l'âme par moment bien douloureusement; c'est Lui qui le fait cet adorable Maître, et je ne veux pas autre chose; ce n'est pas pour m'en plaindre que je vous le dis. »
Le Père sentait sa responsabilité, il était bien résolu à se mettre au travail: « Je vous renouvelle mon désir de travailler cet hiver à ce que vous savez. Je demande plus que jamais le secours de vos prières (36). »
« Je pense à préparer cet hiver un petit travail sur le Sacerdoce (37). Le pourrai-je? Priez bien pour cela. Oh ! oui, l'Amour Infini du Coeur de Jésus a besoin de déborder en infinie miséricorde afin de laver les crimes sans nombre dont on l'abreuve sans pitié. Et s'il m 'était donné de faire connaître un peu mieux cet Amour Infini !... Mais sera-ce possible ?... priez bien... »
Puis de nouveau, un long silence d'une année, interrompu seulement par la Mère qui demande: «Travaillez-vous pour Jésus? N'oubliez pas de faire tout ce que le Divin Maître attend de vous. »
Nous sommes à la fin de 1906. Le Père Charrier est contraint par la maladie d'interrompre ses courses apostoliques et de prendre un long repos. Il espère après cet arrêt forcé pouvoir faire quelque chose. Mais quand ses forces lui reviennent, ses occupations et son tra vail le reprennent aussi. Mère Louise Marguerite est nommée supérieure. Le devoir de diriger et d'instruire ses soeurs l'absorbe. Quelques paroles dites par le Père pour la maintenir dans l'humilité, son inexplicable indécision (38), le retard qu'il apporte à la composition du petit livre, sont pour la Mère l'occasion d'une période de craintes et de souffrances des plus pénibles. Ces souffrances ont leur écho douloureux dans âme et le coeur du P. Charrier. Ceci dure trois longues années. Dieu le permettait ainsi pour que Œuvre et le petit livre soient enracinés dans l'épreuve, et y puisent leur fécondité pour les âmes: « Ces grandes souffrances porteront leurs fruits » (39).
L'Oeuvre qui vous est si chère ne pourra qu'y gagner, et peut-être que sa fécondité dépend en partie de ces douloureuses phases que nous traversons depuis quelque cc temps. »
Mais reprenons la suite chronologique des événements.
A Paray-le-Monial, où il se trouvait en avril 1907, le Père Charrier avait vu que les intentions de Mère Louise Marguerite étaient bien les intentions du Divin Coeur. Pourtant il crut devoir attendre encore. Plus forts que jamais surgissent en son esprit les doutes, les incertitudes. Après avoir admiré ces écrits, n'y avoir trouvé aucune inexactitude, il perd confiance en lui-même; leur sublimité l'épouvante, le rôle qui lui est réservé dans cette oeuvre l'effraie, et l'anéantit (40). Il pourrait prendre conseil pour lui-même, mais il écrit « qu'il n'a encore pu le faire », il ne peut encore faire le travail demandé; du reste les occupations multiples et parfois accablantes que lui impose son ministère justifient son retard. Pourtant à la suite d'un long entretien avec la Mère (41), il déclare être décidé à soumettre tous les écrits à l'examen du Père H. (s. j.).
Comme je serais heureux s'il était du même avis que moi ! S'il jugeait que vous n'êtes pas dans l'illusion, quelles actions de grâces je rendrais à Notre-Seigneur. » (42)
Mère Louise Marguerite répond au Père (43): ce Je bénis Dieu de ce que vous vous êtes décidé à soumettre à Mr H. les écrits, mais cc croyez bien, mon Père, que cela ne laisse pas de me faire souffrir, j'offre à Jésus pour la gloire de son Coeur, pour le perfectionnement de ses prêtres, l'intime souffrance que j'ai de savoir toute mon âme en des mains étrangères et de penser qu'elle passe tout entière sous des regards autres que les vôtres. Que la volonté de Jésus se fasse ! Si encore vous aviez effacé mon nom sur ces papiers, ce me serait une consolation de demeurer entièrement cachée... Pour moi je cc ne suis rien et ne puis rien: c'est l'Amour Infini qui est tout en toute chose et qui veut faire son oeuvre de régénération et de salut. Ne le laisserons-nous pas faire et faudrait-il ce que vous ou moi nous mettions obstacle à ses desseins? Il me semble que Notre-Seigneur veut que, dans une grande simplicité et sans nous laisser arrêter par aucune lâcheté et aucun sentiment humain, nous restions souples sous sa main et dociles à ses volontés. »
C'était la volonté de Jésus que les choses aillent promptement.
Le Divin Maître stimulait, précisait, ouvrait la voie et devant ces faits le P. Charrier écrivait le 23 janvier. « Pour le petit livre que vous me demandez de la part de Notre-Seigneur, je désire vivement le faire. Cela a été ma première pensée. J'y reviens volontiers.
Mais le temps? Je vous promets de m'y mettre aussitôt après Pâques. Vous me le rappellerez s'il vous plaît... Ce travail sera tout entier extrait de vos feuilles. Ainsi je serai plus sûr de ne pas m'écarter de ce que vous considérez comme demandé par Notre-Seigneur. »
De son côté le Père H. approuvait entièrement l'entreprise: u J'ai vu le Père H. le 4 janvier », écrivait le P. Charrier... « ce qu'il a vu lui semble très surnaturel... il a fort admiré la prière pour les prêtres.
Visiblement, le ciel faisait tomber toutes les difficultés, et intervenait même d'une manière mystérieuse pour battre en brèche les dernières hésitations du P. Charrier: u Je rentrai de Piémont à Barollière (44), et je m'arrêtai à Turin dans un couvent pour y dire ma messe le 30 avril 1908, lorsque la Supérieure me remit un billet à peu près conçu en ces termes: « Notre-Seigneur vous fait dire que vous ne devez pas tarder plus longtemps à faire ce qu'il attend de vous ». Je demandais à voir la religieuse qui m'avait fait remettre ce billet et je lui demandais ce que cela signifiait. « Je ne le sais pas, mais dans mon oraison de ce matin Notre-Seigneur m'a chargée de vous le dire ». J'avais en effet l'intention de me refuser à ce que m'avait demandé Mère Louise Marguerite. De ce moment je résolus de travailler au livre. » Le Père semble enfin décidé: un échange fréquent de correspondance met au point et précise les choses.
01 mai: « Demandez pour moi la lumière et le temps pour composer le petit ouvrage que vous savez. J'y mettrai toute ma bonne volonté et le meilleur ou le moins mauvais de moi-même. »
19 juin: « Je voudrais commencer mon travail sous les auspices du Sacré-Coeur. J'ai bien peu de temps... Mais je veux que mon temps libre soit employé à ce travail. Je reçois du Père H. les écrits, je les coordonne et les dispose pour réaliser le plan que je vous ai dit. Un long silence. Sans doute le Père est ab sorbé par la composition du livre. Pourtant:
16 septembre: « Je suis accablé de travail matériel, je regarde avec effroi mes écrits mis en ordre pour le petit travail et je n'ai pas encore pu déterminer le plan. »
24 septembre: «Pour le travail je ne le perds pas de vue. J'y consacrerai tous les moments disponibles. j'y suis décidé... Mais obtenez moi s'il vous plaît d'être moins écrasé de besogne. »
28 novembre: « Je n'oublie pas mon petit livre, et j'ai lieu d'espérer qu'il sera prêt avant le troisième dimanche de Carême. j'aurai tout janvier pour y travailler. »
13 décembre: « Je vous affirme que je m'occupe activement du petit livre. Vous devriez bien me fournir le titre et la préface. »
9 janvier 1909: « Vous pensez bien que tout mon temps libre est employé au cher petit ivre: « Le chef-d'oeuvre de l'Amour Infini le Sacerdoce — Appel du Coeur de Jésusà ses prêtres ». Ce titre vous va-t-il? Il n'est pas définitif... mais il me semble répondre aux pensées qui le remplissent. Priez Notre Seigneur qu'Il m'aide à bien accomplir son dessein. »
...Et le Père s'attarde à parler des dépenses pour l'impression.
Puis un long et mystérieux silence, de nouveau, qui se poursuit jusqu'au mois de juillet.
Le 3 juillet 1909, Mère Louise Marguerite reçoit une lettre du Père commencée le 25 mai, et terminée le 1" juillet, elle y lit ce qui suit:
25 mai 1909: J'ai attendu, attendu pour vous répondre, espérant toujours vous donner une bonne réponse favorable à vos désirs et aux miens, plus que vous ne pourriez le croire. J'ai dû constater qu'il me serait impossible de faire le petit livre attendu, faute de temps... Si j'étais délivré de ces cc ministères très lourds je pourrais me mettre à l'oeuvre comme j'en ai un très vif désir.
Ce m'est un gros crève-coeur de ne pouvoir faire ce travail. Aussi je me résigne avec douleur à vous dire que vous pouvez en parler à quelque autre et que je tiens à votre disposition tous les écrits que j'ai soigneusement gardés pour les communiquer à qui vous voudriez bien m'indiquer. »
1" juillet (45): « J'ai mon aide depuis dix jours... J'ai espéré pouvoir travailler à ce que vous savez, je l'espérerais encore si je n'avais la triste expérience du passé. Je reprends donc ma conclusion du 25 mai, à savoir que je confierai les écrits à qui vous me direz. Je n'ai qu'à m'excuser très fort de vous avoir donné une espérance que je ne puis réaliser. Je ne sais pas m'en tirer... et je ne fais pas ce que j'aurais tant aimé à faire. « Voulez-vous m'écrire que vous me pardonnez et croire que, malgré ce piteux échec dont j'ai peine cependant à me croire coupable, je vous reste très uni dans le Sacré- Coeur. Si j'osais, je vous dirais que j'espère
(45) Même lettre que 25 mai faire le travail cet hiver... mais je vous ai déjà tant déçue et si souvent, que je n' ose exprimer ce très vif désir de mon âme. Il m'en coûtera de me séparer de mes chers écrits, mais puis-je arrêter une oeuvre dont je reconnais l'importance? »
Comment dire la douloureuse surprise de la Mère à cette nouvelle si i n attendue.Suivons -la dans sa correspondance: « Le 3 juillet votre lettre m 'arrivait, elle était pour moi un coup de foudre. Cette lettre portait deux dates... cette lettre était claire et positive et la résolution prise était mûrie pendant deux mois et demi... je ne reviens pas sur mes souf frances de ce moment. Ce coup de foudre brisa mon âme et je compris que la volonté de Notre-Seigneur était que ce petit livre sortit de vos mains et fut fait par un a utre. C'est bien ce que votre lettre indiquait et les reproches de Notre-Seigneur m'étaient alors expliqués ».
La s ouffrance du P. Charrier n'était pas moindre. Ces deux âmes, si faites pour se c omprendre et c ollaborer, ne d e vaient-elles donc aboutir à d'autres résultats qu'à se briser mutuellement? Du moins cette souffrance permise par Dieu, n'était pas inutile. « je sens qu'il me faut beaucoup souffrir et être bien humiliée pour que l'oeuvre de l'Amour se fasse. Au milieu de mes souffrances d'âme et de coeur, de mes souffrances de Mère, je sens une inexprimable joie en pensant que tout cela sert aux prêtres... Si je descendais jusqu'au fond de l'humiliation et de la souf(rance ce serait alors sans doute que 1'Œuvre désirée par le Coeur divin se ferait. » (46)
Vers le 10 juillet les écrits sont renvoyés à la Mère. Elle demande au confesseur extraordinaire de les revoir et de lui donner un conseil. On sait qu'il répondit à la Mère après les avoir lus: « Ce ne peut être travail d'autre main et d'autre coeur que de l'âme qui les a reçus du Divin Epoux. » (47)
Monseigneur Filipello, évêque d'Ivrea, charge lui-même la Mère de prendre en main la publication de cet écrit.
C'est alors une période pleine de travail qui va du mois d'août 1909 aux premiers mois de 1911 ; il s'agit de donner au livre sa forme définitive, de trouver un imprimeur, de présenter l'ouvrage au Pape et de travailler à sa diffusion. Nous n'avons pas à nous attarder sur ces événements. Dans les lettres de Mère Louise Marguerite nous relevons ces quelques paroles: Nos mutuelles souffrances? Jésus les a acceptées et bénies puisqu'Il a procuré par elles l'achèvement de son petit livre et que par lui Il fait du bien aux âmes. » (48)
Le Père Charrier quia compris maintenant les intentions du Divin Maître sur le petit livre (49) le désire avec une sainte impatience pour le répandre autour de lui, et « réparer ainsi ses longs retards ». Vers la fin d'octobre 1909, il était venu à Mazzè. Mère Louise Mar guerite l'avait assuré qu'il pourrait encore travailler pour le petit livre, et, le 31 octobre, elle lui avait envoyé le manuscrit pour faire les corrections, écrire les références le priant de le renvoyer le plus vite possible.
« Vous avez travaillé, mon Père, avec une rapidité merveilleuse. Sans doute le Bon Maître Lui-même vous a aidé car tous cestextes sont extrêmement longs à trouver, » (50) écrit-elle en recevant le travail fait.
De son côté, le Père écrit: « Tout mon coeur c'est avec vous pour le petit livre que je suis impatient de voir paraître enfin, et dont je me repens d'avoir retardé la publication (51). Je désire d'un grand désir favoriser le plus possible la diffusion du petit livre. » (52) Je pense que, malgré mes très longues hésitations dans le principe, mes impossibilités ensuite, malgré les grandes souffrances que je vous ai causées à ce sujet, l'extrême bonne volonté que j'ai mise ensuite pour favoriser et ne pas retarder, même d'un jour,l'apparition du cher opuscule, oui, je pense qu'à cause de cela Notre-Seigneur me bévira. » (53) Il lui semblait maintenant que les choses allaient trop lentement. « Il me tarde « d'avoir enfin ce cher ouvrage... J'ai un extrême désir de hâter la distribution aux Evêques. » — Enfin tout est prêt. Vers la fin de juin, le volume est présenté au Saint Père accompagné par une lettre de Monseigneur Fili pello (54) et une du Père Charrier. Pour montrer l'accueil que le grand coeur de Pie X fit à ce livre, nous rapportons ce simple trait: « (55) Il faut que je vous dise un petit mot charmant de notre Saint Pontife Pie X au sujet de notre petit livre (56). On lui disait ces jours passés qu'il n'était pas prêt encore, qu'il fallait le temps de le relier ». « Mais cela ne fait rien, dit-il en souriant, je le ferai bien relier moi-même. »
Pour compléter l'histoire du « Sacré-Coeur et Sacerdoce » , il faudrait le suivre dans sa pénétration silencieuse, lente, mais sûre et profonde, à travers le monde des âmes, dans son succès non seulement auprès des prêtres et des religieux, mais même chez les laïques. La correspondance du P. Charrier et de M. Louise Marguerite, comme celle du Secrétariat de l'OEuvre et de l'Institut de Béthanie du Sacré- Coeur, est pleine de témoignages à ce sujet; ces témoignages trouvent leur confirmation dans les très nombreuses lettres d'approbations de Cardinaux, Archevêques, Evêques, et dans les lettres plus intimes qui redisent chaque jour tout le bienfait par ce volume. Mais il paraît plus utile en terminant de rappeler quel était le but de la publication du livre « Le Sacré-Coeur et le Sacerdoce » .
BUT DU LIVRE
Il est facile de le montrer et de le déduire par l'histoire des pages de la Mère. Nous continuons à citer:
18 janvier 1908 (57) « ... Mon bon et cher Père, il faut que je vous dise encore autre chose: il y a quelques jours à l'oraison, Notre-Seigneur me faisait connaître le désir immense qu'Il a d'être aimé de ses prêtres qu'Il aime Lui-même comme ses membres les plus chers. Il voudrait que tous sussent qu'Il leur a donné son Coeur, et il me semble qu'Il demandait que vous écriviez ou que vous fassiez écrire par quelqu'un un petit livret où seraient tous les désirs qu'Il a pour eux, avec l'idée de cette oeuvre que j'ai peut-être si mal comprise, mais que vous comprenez mieux, destinée à les grouper tous autour de son Coeur et dans son Amour Infini. Que ce petit livret devrait être présenté au Saint-Père qui, s'il le juge à propos, ferait faire l'OEuvre à son gré. Il me semble que le Maître voulait que cela fut fait cette année et sans plus de retard. Peut-être me suis-je trompée, mon Père, c'est à vous d'en juger. Si vous pensez que tout cela soit venu de moi et de mon imagination, laissez-le tomber, voilà tout; mais si vous pensiez que cela puisse venir de Jésus, ne différez plus d'accomplir la volonté du Maître unique et choisi. .Pardonnez-moi de vous donner ce surcroît d'ennui, mais si je ne vous l'avais pas dit, il me semble que j'aurais manqué de fidélité à Dieu. Il me semble « aussi que si Jésus veut que j'aille toujours à vous, ce n'est pas qu'Il vous oblige à faire tout par vous-même, il suffit que vous inspiriez, que vous donniez l'âme. »
Un triple but apparaît précis et distinct dans les intentions du Divin Maître, et c'est ce triple but que devra mettre en lumière « le Sacré- Coeur et le Sacerdoce » .
Manifester « toutes les effusions de tendresse du Coeur de Jésus pour ses prêtres » en leur montrant « combien I1 les aime, de quel amour de prédilection, de quelle ardente tendresse », qui va jusqu'à leur faire don de son Coeur « II voudrait que tous sachent qu'Il leur a donné son Coeur ».
2 ° Dire comment « les prêtres peuvent correspondre à cet amour de Jésus, c'est-à-dire en L'aimant, en faisant connaître son Amour au monde, en Le continuant, en étant d'autres Lui-même, et en faisant son Coeur».
3 - « Parler de l'OEuvre divine de l'Amour Infini... et donner l'idée d'une oeuvre qui groupe tous les prêtres du monde entier autour de leurs Evêques et autour du Pape pour former une chaîne d'amour et en envelopper le monde. » (58)
Quelques citations semblent nécessaires au sujet du don du Coeur de Jésus à ses prêtres, et au sujet du troisième but assigné au livre. Le don du Coeur de Jésus à ses prêtres est-il purement et simplement une manière d'exprimer son immense amour pour eux; ou devons- nous voir quelque sublime et nouvelle manifestation de l'amour du Maître?
13 juillet 1903 « J'étais en adoration devant le Saint-Sacrement exposé, hier pendant le souper. Un sentiment profond de la divine présence m'a enveloppée ; Notre-Seigneur s'est manifesté à moi avec sa bonté ordinaire et I1 m'a dit: « Je veux que tu dises à mes prêtres que je leur donne mon Coeur; c'est un témoignage de l'amour ardent que j'ai pour eux et un gage des grâces que Je ferai à ceux qui me seront fidèles. » (59)
Et le 11 février 1905: « Jésus m'a dit: Je souffre de la haine ! » « Je veux vaincre la haine par l'Amour ; j'enverrai mes prêtres le répandre sur toute la terre. Je leur ai donné mon Coeur afin qu'ils voient les trésors d'amour qui sont en Dieu et qu'après y avoir puisé pour eux-mêmes, ils y puisent pour le monde. Dis-leur d'aller répandre partout les trésors de l'Amour ! » (60) « Le Sauveur ... « s'est penché vers ses prêtres et leur a dit : « Venez à Moi, mes fidèles, mes bien aimés; venez M'aider à reconquérir les âmes ! Voilà que, de nouveau, Je vous envoie pour enseigner les nations; donnez-leur le salut par la vérité de vos paroles et par la lumière de vos exemples. Et comme il vous faudra combattre et que vous aurez à souffrir; que vous travaillez à ma gloire et que vous Me donnerez des âmes, Je veux vous faire un don, précieux entre tous les dons: Je vous donne mon Coeur ! » (61)
Dans la première édition du livre le « Sacré-Cœur et le Sacerdoce », il n'est pas question de « l'OEuvre Sacerdotale » qui aurait dû être comme la conclusion, le couronnement de l'ouvrage. On est presque tenté de le regretter, mais Mère Louise Marguerite elle-même nous donne la réponse: « Cette réserve est nécessaire »...
« J'ai reçu avant hier votre conclusion; j'ai bien prié, j'ai demandé à Notre-Seigneur sa volonté et il me semble que ce n'est pas cela qu'il faut faire. Si l'oeuvre était déjà commencée quelque part, si déjà dans un diocèse quelconque elle était en train et donnât de bons résultats, alors oui, cet appel serait justifié. Mais appeler à une oeuvre qui n'existe encore qu'en idée !... Cette idée que vous suggérez, chacun peut la prendre et alors on verrait surgir sur plusieurs points des oeuvres diverses, sans unité. Car puisque l'Œuvre n'existe pas encore, puisqu'elle n'a de siège nulle part, pourquoi s'adresserait-on à vous, ou à l'Evêque que vous désigneriez? En lisant votre conclusion j'ai eu un sentiment de souffrance intérieure comme lorsque Notre-Seigneur n'approuve pas quelque chose. Ce matin, pendant la Sainte Messe , je priais et il me sembla, si je ne me trompe, que Notre Seigneur a déjà désigné quelqu'un pour cette OEuvre. Ce sera Lui qui dirigera l'OEuvre, ce et vous et moi nous resterons cachés ». Pourtant si « cette réserve était nécessaire »,on ne pouvait cacher l'origine et le but de ce livre au Souverain Pontife, auquel avant tout autre il devait être présenté. « Pour moi je vois que Notre-Seigneur veut que le Saint Père qui est le Pasteur suprême et le Père de tous, ait le petit livre le premier; c'est son droit » (62)... « En le présentant, il convient d'en expliquer l'origine au Pape, qui, du reste, la connaît déjà un peu »... — Au sujet du rapport intime de ce livre avec l'OEuvre, il n'est pas inutile, croyons- nous, de rapporter ici l'opinion du Père Charrier. Nous lisons dès 1905 sous sa plume: Je veux faire le travail qui inaugurera l'Œuvre de l'Amour Infini ». Et lorsque le livre fut publié, il confirmait ainsi sa pensée: « Si Notre-Seigneur nous faisait nous rencontrer, nous ne parlerions de rien, mais seulement des bénédictions données par Dieu au cher petit livre et des espérances de voir aboutir l'Oeuvre sacerdotale qui en doit être le couronnement ».
Pour le Père, ce livre est « l'appel du Sacré-Cœur de Jésus ». Nous citons encore (63):
Que le cher bon Maître vous donne de plus en plus abondamment son divin Amour. Qu'Il vous sanctifie par toutes les croix si nombreuses dont malheureusement je n'ai pas été pour vous, la moins lourde. Que le cher « petit livre » fasse son oeuvre dans les âmes sacerdotales et que cette Œuvre d'Amour Infini, dans ces âmes privilégiées vous console de toutes vos douleurs ».
C'est qu'en définitive, comme le disait si bien Mère Louise Marguerite, le « petit livre » contient tout l'esprit de l'OEuvre « ... Les prêtres de cette CEuvre (qui ne serait pas seu lement une oeuvre de prières, mais une oeuvre active) travailleraient dans l'esprit du petit livre, à répandre la connaissance de l'Amour Infini autour d'eux et l'amour envers Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dieu et homme, et la fidélité à l'Eglise et au Pape » (64).
CONCLUSION
Qu'est-ce donc que cette Œuvre dont le « petit livre » est l'augure, et dont il contient l'esprit? Elle a été exposée dans les divers opuscules et livres publiés depuis 1910 (65). Nous n'en donnons ici qu'un aperçu très succinct.
L'OEuvre de l'Amour Infini.
« C'est quelque chose d'extrêmement simple que Dieu veut de ses prêtres: tout est tellement simple en Dieu et en l'Amour Infini ! C'est la pensée humaine, le travailhumain, qui complique tout...
« Le but de l'OEuvre, c'est la connaissance de l'Amour Infini; son esprit, c'est l'amour; son exercice principal, c'est l'amour; son moyen d'action sur les âmes, c'est l'amour; cc tout se réduit à ce mot divin: « l'Amour Infini », car l'Amour Infini est Dieu, et Dieu c'est le commencement et la fin de toutes choses, Il est tout en toutes choses et rien n'est sans Lui... Sans l'Amour Infini, il n'y a plus rien » (66).
Le point de départ de l'OEuvre est le don du Coeur de Jésus à ses prêtres: « Je veux « que tu dises à mes prêtres que Je leur donne « mon Coeur. » (67) Ce don suppose de la part du Divin Maître des grâces spéciales, accordées aux prêtres, et qui leur permettront:
1° de pénétrer le grand mystère d'Amour dont le Cœur de Jésus est le symbole et le Tabernacle.
2° d'atteindre, par le Coeur de Jésus, à l'Amour Infini qui est Dieu.
3° de vivre de cette doctrine de l'Amour Infini, spécialement en étant unis les uns aux autres, et à leurs chefs hiérarchiques, dans l'amour.
4° de répandre cette doctrine dans le monde en la mettant à la portée des fidèles.
En donnant son Coeur aux prêtres, Notre- Seigneur veut donc que se développe ici-bas son Œuvre d'amour, l'OEuvre de l'Amour Infini.
Cette Œuvre est essentiellement un esprit et une vie d'amour, puisés dans le Coeur du Maître, et répandus dans le Sacerdoce tout entier; puis, par lui, sur toutes les âmes (68.
L'Alliance Sacerdotale Universelle des Amis du Sacré-Coeur
Pour que cette Œuvre de l'Amour Infini se développe, il s'est formé une « Alliance Sacerdotale Universelle des Amis du Sacré-Coeur » qui:
1° s'efforce de vivre elle-même aussi intensément que possible, et de faire vivre les âmes de la doctrine de l'Amour Infini.
2° qui entreprend par son apostolat [publications, conférences, écrits, etc. , de faire connaître au Sacerdoce le don du Coeur de Jésus (69).
Les Agrégés de l'Alliance. A cette Alliance Sacerdotale, se rattachent les Agrégés de l'Alliance: séminaristes, ou laïques. Ils se pénètrent du même esprit, et entreprennent, dans toute la mesure du possible et selon les moyens spirituels ou matériels qui sont à leur disposition, de seconder les efforts de l'Alliance (70).
Béthanie du Sacré-Coeur.
A Béthanie du Sacré-Coeur (71) « humble fondation qui doit être le principe et, la racine cachée en terre de l'Œuvre de l'Amour Infini, » des âmes se consacrent spécialement à Dieu, dans la vie religieuse. Par la prière, par l'immolation, et par le foyer spirituel qu'elles constituent, elles viennent en aide à « Œuvre » , à « Alliance » et à tout le Sacerdoce (72).
Les Fidèles Amies de Béthanie du Sacré-Coeur.
Font aussi partie de l'OEuvre, les Fidèles Amies de Béthanie du Sacré-Cceur.
Ce sont des âmes qui, retenues au milieu du monde par les nécessités de leurs devoirs, de leur condition, ou qui déjà liées dans d'autres cloîtres, veulent s'unir par un lien spirituel, pour vivre le même esprit et poursuivre le même but que « Béthanie du Sacré-Coeur » (73).