DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

Allez voir cette page

Dieu-t-appel-a-devenir-pretres-mais-ou-aller.html

Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski

.Qc. Canada

Titre de la série :
Le Sacré-Coeur et le sacerdoce
Titre de la page:

Élévation sur l'amour infini et le prêtre

Nom de l'auteur:
Mère Louise-Marguerite Claret de la Touche

 

I

Les abîmes de l'Amour Infini (1).

O âme sacerdotale, privilégiée de l'Amour Infini, viens contempler les abîmes de la Charité divine, et, si tu le peux, sonde leur profondeur.

Vois d'abord un abîme immense, si vaste qu'aucun regard créé ne le peut embrasser : c'est l'Amour créateur. L'Amour Infini avait eu besoin de se répandre au dehors de Lui-même, et Il avait résolu la création de l'homme afin de pouvoir s'écouler en lui. Et. comme une jeune mère prépare avec amour et de ses propres mains le berceau de son enfant qu'elle va mettre au monde; comme elle s'efforce de le rendre, non seulement doux et commode, mais encore gracieux et riant ; ainsi Dieu, qui devait être à la fois père et mère, prépara avec amour le berceau de l'homme, l'univers. Il se plut à l'orner et à l'enrichir de tout ce qui pouvait concourir à l'utilité, au service et à la joie de sa créature aimée.

Parfois Dieu s'arrêtait dans son oeuvre, et 11 considérait ce qui était déjà fait. Il voyait que rien n'y manquait, et Il trouvait que tout cela était bon (2). Enfin, quand le grand palais de l'univers fut disposé à recevoir l'hôte royal pour qui il avait été préparé, Dieu créa l'homme, et c'est là que l'Amour Infini se complut. La Très Sainte Trinité se concertant, l'homme fut formé, et le souffle divin, l'Esprit de Dieu, l'Amour, lui donna la vie, la vie naturelle du corps et la vie surnatuelle de l'âme, une vie parfaite, pure, la vie telle que Dieu la faisait pour l'homme.

Contemple ensuite le second abîme. L'homme avait péché. Il avait transgressé l'ordre de Dieu, et, créature rebelle, il devait être puni. La Sainteté infinie réclamait ses droits. La Justice allait frapper cet être qui n'avait répondu aux libéralités de l'Amour créateur que par la désobéissance et l'orgueil. Mais l'Amour, l'Amour médiateur, se plaçant entre l'homme pécheur et Dieu outragé, creusa un profond abîme, et la Justice ne pouvait plus atteindre l'homme pour le punir.

Pendant de longs siècles, cet Amour médiateur préserva la créature pécheresse des coups de la divine Justice. II conduisait les Patriarches et se révélait à eux ; Il parlait par les Prophètes; Il conservait la vraie notion de Dieu dans le peuple choisi; Il travaillait à préparer l'humanité tout entière pour l'oeuvre de la Rédemption.. .

Un troisième abîme d'Amour se montre maintenant à toi, si vaste, si profond, si incompréhensible, que seul un incompréhensible Amour peut l'expliquer : c'est l'Amour rédempteur!

Le Verbe s'était incarné. Il avait visité la terre.

Il avait découvert à l'homme les mystères cachés du salut. Il avait donné tout son sang et, dans ce bain généreux, l'humanité coupable avait été lavée. Toute la vie de Jésus, toutes ses adorables immolations étaient là. L'Amour-Prêtre avait offert l'Amour-Victime : le monde était racheté, la Justice divine désarmée; la réconciliation définitive entre le Créateur et la créature avait eu lieu. Jésus était mort pour nous donner la vie; ressuscité, Il avait achevé de former l'Eglise; maintenant, Il remontait vers son Père...

Un nouvel abîme d'amour s'ouvre devant toi : c'est AmOur illuminateur! L'Esprit-Saint, l'Esprit de Dieu, l'Amour substantiel du Père et du Fils, est descendu sur l'Eglise pour la féconder, comme Il avait auparavant fécondé le sein virginal de Marie. L'Eglise a enfanté de nombreux enfants, et l'Esprit continue à l'illuminer. Les mystères sont révélés plus clairement; les âmes, échauffées par l'Amour, servent Dieu comme II veut être servi, en esprit et en vérité (3). La parole des Apôtres, le sang des martyrs, les enseignements des Docteurs, les décrets des conciles, ces lumières vivantes que sont les saints, viennent, au moment voulu, suscités par l'Amour illumi­ nateur, pour compléter la merveilleuse parure de la divine Epouse du Christ...

Regarde, à présent, un cinquième abîme d'Amour. Les temps sont accomplis. De nouveaux cieux et une terre nouvelle ont paru (4), et l'Amour glorificateur va couronner les Elus. Rien ne manque à la plénitude divine : toutes les créatures sont rentrées dans le sein du Père, et l'Amour, en les glorifiant, se glorifie Lui-même. Immense abîme, il contient tous les êtres. Comme un torrent de divines délices, il inonde tous les Bénis; et, comme un feu consumant et vengeur, il dévore les Maudits. L'Amour règne en Maître souverain et incontesté. Il a fait son oeuvre ; Il a remporté la victoire; toute gloire lui est éternelle­ ment rendue !

Ame sacerdotale, n'aperçois-tu pas encore un autre abîme, dont nulle parole humaine ne saurait exprimer les proportions, et qu'aucune intelligence créée n'a jamais mesuré ? C'est l'Amour sans forme, l'Amour sans manifestations extérieures, c'est Dieu lui-même ! Prosternée au bord de cet insondable abîme, adore en silence, entends une voix qui te dit : « L'Amour Infini enveloppe, pénètre et remplit toutes choses. Il est la source unique de la vie et de toute fécondité. Il est le principe éternel des êtres et leur éternelle fin. Si tu veux posséder la vie et n'être pas stérile, brise les liens qui t'attachent encore à toi-même et à la créature, et plonge-toi dans cet abîme. »

11

Amour de Dieu pour l'homme et de l'homme pour Dieu.

Dieu est Amour ! Il aime dès l'éternité, jusqu'à l'éternité !

Tandis que l'Amour Infini s'exerçant en Lui- même, se complaît dans le merveilleux commerce qui va du Père au Fils, et du Fils et du Père à l'Esprit ; dans cette ineffable communication que les trois divines Personnes se font du même Amour, qui est leur essence et leur être; c'est Amour Infini agit encore au dehors de Lui-même ; et, comme l'action propre de l'Amour est d'aimer, II aime toute créature, toute oeuvre sortie de sa puissante parole, tout ce qui fut, tout ce qui est, et tout ce qui sera.

Dieu aime ! Voilà ce à quoi Il s'occupe dans la possession souveraine de son Etre, et dans la paix sereine de sa gloire immortelle. Il aime ! C'est là sa vie, son action, son plaisir, son aliment divin et son repos ineffablement doux. Il aime Il veut aimer, et il faut qu'Il aime encore. Son Amour, c'est lui-même, et s'Il cessait d'aimer, Il cesserait soudain d'être Dieu.

Dieu est Amour ! Il donne l'amour sans compter. Il le verse avec une inépuisable abondance sur la création tout entière. Rien n'échappe à ce divin déluge qui veut tout engloutir.

Dieu aime ! Mais Il veut être aimé : l'Amour a besoin de retour. Si dans le sein même de la Divinité, le Père, le Verbe et l'Esprit usent d'un si parfait retour qu'Ils s'aiment d'un même amour qui est leur être et leur essence, aussi l'Amour Infini veut-II trouver, en dehors de Lui-même, une réciprocité, relative sans doute et proportionnée aux faiblesses de l'être créé, mais cependant réelle.

Dieu verse des torrents d'amour sur la créature : à son tour, la créature doit aimer. Dieu a déposé en chacune, par le fait de sa création, un principe d'amour, non toutefois au même degré ni sous la même forme. Il faut de toute justice et de toute nécessité que chaque créature aime selon sa nature et la volonté de son Créateur. Elle a tout reçu de Dieu, elle doit tout lui rendre; elle n'est ce qu'elle est que par Dieu : elle doit employer tout son être pour Dieu.

Cet amour premier, cet amour nécessaire de la créature a comme deux mouvements. Le premier, un mouvement de restitution : la créature donne quelque chose à Dieu, elle lui rend. Le deuxième est un mouvement de soumission : elle accomplit la volonté de son Créateur.

Nous voyons cette manière d'aimer admirablement exercée par les créatures inférieures. La terre a reçu la fécondité, et toujours elle produit pour son Créateur. La fleur a reçu l'éclat de son calice et la douceur de son parfum : elle fleurit, à chaque printemps, pour son Dieu, et lui rend sa beauté et sa suave odeur. L'oiseau a reçu la légèreté de ses ailes et la douceur de son ramage; et il vole, et il chante en la présence de son Dieu. Les animaux sauvages qui peuplent les déserts ont reçu de leur Créateur, l'agilité de leur course, la force de leurs défenses, la beauté de leur pelage; et ils croissent devant Dieu, selon les lois de leur nature, accomplissant la volonté divine, et se multipliant au gré de leur Maître. Cet accomplissement régulier de la volonté divine, et ce don renouvelé de ce qu'elles ont en elles, est la forme d'aimer des créatures inférieures.

Mais Dieu a formé des créatures supérieures. En elles aussi, il a déposé des principes d'amour; et comme elles ont plus reçu de la munificence divine, elles doivent lui rendre davantage. Dieu n'attend plus seulement, de celles-ci cet amour de nature et d'instinct que lui donnent les êtres inférieurs. Comme Il les a formées raisonnables, il attend d'elles un amour raisonnable; comme Il leur a donné une volonté libre, Il attend d'elles un amour volontaire; comme il les a créées à son image, Il attend d'elles un amour ressemblant au sien.

Dieu a déposé dans l'homme non seulement ce principe d'amour qu'Il a donné aux créatures inférieures, et par lequel il devrait déjà, et comme par instinct, tendre vers Dieu et se soumettre à Lui, mais Il lui a donné bien davantage. Il lui a formé une âme douée d'intelligence, de volonté, et, par le moyen de ces facultés, l'homme peut entrer dans la connaissance de son Créateur et développer dans son coeur un amour supérieur, souverainement raisonnable, et vraiment digne de Dieu. C'est cet amour éclairé, cet amour libre que l'homme doit à Dieu. Pourquoi donc ne le lui donne-t-il pas ? Pourquoi donc l'amour est- il si peu compris du coeur humain ? Je dis l'amour vrai, l'amour pur, l'amour surnaturel, voulu de Dieu, qui est descendu de Lui, et doit remonter à Lui; l'amour, non pas comme le sens dépravé de la créature maudite l'a conçu, mais tel que l'Amour Infini l'attend de l'être raisonnable; un amour fini et créé, sans doute, comme la créature elle-même, mais éclairé, libre et fort.

Et cependant peu d'hommes aiment Dieu comme Il veut être aimé ! Le sens de l'homme, profondément troublé par le péché, a perdu la notion claire du vrai. Il erre, il se trompe, il fait fausse route ; il n'a plus cette belle et lumineuse intelligence, cette volonté ferme et droite qu'il avait aux premiers jours de sa création. Il est sujet à l'ignorance, à la concupiscence. Aussi, le voit-on se détourner facilement de la vérité, changer l'ordre des choses, transformer le bien en mal, et préférer souvent le mal au bien : le jugement de l'homme n'est plus rempli de la droiture première, il fléchit, et trop souvent il s'égare.

L'humanité, depuis sa première chute, est tombée dans bien des erreurs; mais, peut-être, sur aucun point ne s'est-elle autant trompée que sur l'amour. A mesure que l'homme se détachait de Dieu, il s'attachait davantage aux créatures; et, pour contenter son coeur qui réclamait l'Amour Infini, il lui donnait en pâture cet attachement purement terrestre et le nommait l'Amour.

L'homme, oublieux de Dieu, ne s'unissant plus à Lui par l'amour, ne sachant plus que croire, n'osant rien espérer, se trouva, au milieu du monde, comme un pauvre naufragé perdu dans l'Océan. Il chercha à saisir tout ce qui se présentait à lui ; il s'attacha à la moindre épave flottante, et, se cramponnant à elle comme un désespéré, il l'étreignit sur son coeur, et se persuada qu'il l'aimait.

Mais ce n'est pas là l'amour... L'amour vrai, le seul qui mérite ce nom divin, c'est celui qui remonte à Dieu, unique principe d'amour. Les convoitises terrestres, les voluptés charnelles sont des passions déchaînées par la faute originelle ; ce sont des productions du péché. Jamais elles ne pourront contenter à la fois l'intelligence et le coeur de l'homme; jamais elles ne seront l'amour !

L'intelligence et le coeur de l'homme : deux merveilleux instruments créés de Dieu! Touchés par le soufle divin de l'Amour Infini, ils devaient, dans un parfait accord, exhaler la plus suave harmonie, et, ramassant en quelque sorte toutes les notes lancées vers le ciel par les créatures infé­ rieures, en former un hymne mélodieux de louange, de reconnaissance et d'adoration.

Toute la beauté morale de l'homme, cette harmonie humaine qui doit monter de lui vers le ciel, consiste dans cet accord, dans cet équilibre parfait qu'il conserve et entretient entre son intelligence et son coeur. Une seule main, un seul souffle doivent les faire résonner en même temps, et seul l'Amour Infini est l'artiste divin capable de toucher ces instruments harmonieux qu'Il a créés Lui- même !

III
Double mouvement de l'Amour Infini (5).

Dieu est amour ! Cet amour, qui est son essence, fait en même temps, et l'Unité de sa nature, et la Trinité de ses personnes. Cet Amour Infini, vivant et vivifiant, vivant en soi et par soi-même et vivifiant en dehors, ne tend pas seulement par sa nature propre à la communication, mais Il est, par le fait de l'intensité de sa vie et de son immortelle fécondité, la communication même.

L'Amour Infini, parce qu'il est vivant et fécond, est un mouvement (6. Ce mouvement se fait en Dieu même par la communication des trois Personnes. C'est comme une circulation ininterrompue qui va du Père au Fils et à l'Esprit. C'est un mouvement vital unique, si pressé et si intense, qu'au premier regard il semblerait que ce soit une immobilité.

Ce mouvement d'amour se fait aussi au dehors. La plus merveilleuse production de ce mouvement extérieur de l'amour, c'est l'humanité de Jésus.

Le mouvement intérieur ne tend à aucune création, à aucune production nouvelle ; c'est un mouvement de repos et de jouissance, un mouvement complet qui ne peut ni s'accroître, ni diminuer, ni changer. C'est la plénitude de l'amour qui se contente dans un mouvement perpétuel et toujours égal entre les trois divines Personnes.

Le mouvement extérieur tend à la création, à une incessante production. C'est un mouvement de travail, et celui-ci se contente par une perpétuelle production de grâces, de dons, de vie spirituelle, et de créations et de vies matérielles. Ces deux mouvements, ou plutôt ce mouvement unique, n'est pas moins fécond dans l'une que dans l'autre de ses formes : il est fécond, en Dieu, par l'éternelle génération et l'éternelle procession; il est fécond, au dehors, par la grâce et la création.


IV
La Charité divine (7).

«... In charitate radicati et fundati, ut possitis comprehendere cum omnibus sanctis, quœ sit latitudo, et longitudo, et sublimitas, et profundum... » (Ephes., Hi, 1 7-1 8.)

La Charité de Dieu, immense, infinie, ne pouvait être mesurée par l'oeil humain, par le regard de l'âme. Alors l'Etre-Amour a condensé en quel­ que sorte cette divine Charité, et, dans le Coeur du Verbe Incarné, l'a rendue visible. Les êtres créés ont pu voir dans ce Coeur créé, mais adorable et divin, la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de l'Amour Infini.

Latitudo : c'est qu'Il embrasse la multitude des êtres. Pas une seule créature que l'Amour Infini ne berce entre ses bras ; pas une seule qu'Il n'ait voulue, regardée, aimée; pas une qu'Il n'ait dotée et pourvue de tout ce qui constitue sa forme et son existence.

D'abord l'ange, pure créature, esprit immatériel, flamme de feu vivante. L'homme, unissant en lui l'âme immortelle, intelligente, raisonnable, libre, à la forme matérielle d'un corps de chair ; créature admirable, enveloppant, d'un voile passible et mortel, une âme spirituelle, lumière créée, vivifiée par la vie divine.

Puis l'animal, croissant et se multipliant sous la bénédiction de Dieu, et guidé sûrement par l'instinct vers sa fin. L'arbre des forêts sentant à chaque printemps une sève de vie monter dans son tronc séculaire, et s'échapper en verdoyants bourgeons; l'herbe des champs, ployant sous le vent qui l'incline, et fleurissant à la gloire de son Créateur. Plus bas, les corps inertes, recevant encore du Principe divin leur forme et leur éclat.

Longitudo: c'est la durée sans limite de cet Amour. Un jour, les créatures ont commencé à recevoir l'Amour de Dieu, et ce fut celui de leur création; mais, en Dieu, l'amour pour la créature n'a pas eu de commencement. Il portait leur idée en Lui-même dès l'éternité. Il les aimait donc, bien avant de les avoir créées. Il les a aimées dès qu'Il les eût conçues dans sa pensée. Mais les a-t-Il conçues un jour ? N'a-t-Il pas porté leur idéal en Lui-même dès qu'Il fut Dieu ? Et quand a-t-Il commencé d'être Dieu ?... Dès l'éternité, sans commencement, l'Amour Infini a donc enveloppé les créatures... Cessera-t-Il un jour de les aimer ? — Jamais ! L 'amour en Dieu est immuable et sans vicissitude. Ce qu'Il a aimé une fois, Il l'aime toujours, et si parfois Il frappe et semble détruire, c'est toujours l'amour qui le guide. Il a aimé dès l'éternité, Il aimera jusqu'à l'éternité.

Longitudo!... Qui mesurera la longueur de cet Amour Infini ? Qui lui posera un commencement et lui assignera un terme ?...

Longitudo!... Il a toujours aimé, Il aimera toujours éternellement !

Sublimitas. L'Amour Infini s'est élevé à d'incompréhensibles hauteurs. Il s'élève, dans le Père, jusqu'à la génération du Verbe divin, parole toute-puissante, éternelle sagesse, Fils unique, en tout égal à son Père. Il s'élève, dans le Père et le Fils, jusqu'à la procession de l'Esprit-Saint, principe de tout amour et de toute sainteté, Dieu comme le Père et Fils. Il s'élève, dans la Trinité divine, jusqu'à former l'unité la plus parfaite; en sorte que le Père et le Fils et le Saint-Esprit ne sont qu'un seul amour, un seul Dieu unique en trois Personnes. Il s'élève, dans ce Dieu unique, jusqu'à l'idée de la création, jusqu'à l'accomplissement de çe grand oeuvre, jusqu'aux libéralités divines dont les créatures ont été favorisées.

Cet Amour divin a paru dans sa sublimité lorsqu'Il a rêvé l'Incarnation; lorsque, après la chute de l'homme, Il a désarmé la Justice ; lorsque, malgré les péchés incessants, Il a conservé sa miséricordieuse patience. Sublime a été cet Amour quand le Verbe s'est incarné; quand Il s'est fait enfant, pauvre, humilié, souffrant; quand Il a vécu parmi nous dans la simplicité, la bonté, le don de tout soi-même ! Sublime, quand Il a agonisé, dans le Jardin, à la vue de nos iniquités; quand Il a paru enchaîné, flagellé, moqué et crucifié ! Sublime, depuis la longueur des siècles, dans le Tabernacle où Il s'enchaîne, dans le Saint-Sacrifice où Il s'immole, dans l'Eucharistie où II se fait notre nourriture !

O Sublimité de l'Amour Infini de Dieu, qui pourra s'élever jusqu'à vous pour vous comprendre !

Profundum. Et qui pourra descendre aussi jusqu'à vos insondables profondeurs ?... L'Amour Infini, ce merveilleux édifice composé de la Toute-Puissance, de l'infinie Sagesse, de la souveraine Bonté, de l'invariable Justice, de la divine Miséricorde, du Bien absolu, de la Beauté parfaite, a des fondements si profonds que rien n'a jamais pu l'ébranler. Le temps qui détruit tout n'a rien pu contre Lui. Le flot des iniquités humaines est venu se briser à sa base, comme la vague en fureur se brise au pied de la falaise de granit. L'éternité tout entière ne suffira pas à l'âme élue pour pénétrer jusqu'aux intimes profondeurs de cet abîme d'amour !

Profundumi Allons au Coeur de Jésus. Par la large ouverture que la lance lui a faite, regardons dans cet abîme de la Charité divine; cherchons à en sonder la profondeur. Mais non ! Le vertige saisit l'âme devant ce gouffre d'amour. Il faut fermer les yeux, abandonner tout appui et se laisser tomber ; tomber, tomber sans fin dans ces divines profondeurs, sans chercher à comprendre, sans vouloir expliquer : L'Amour ne s'explique pas I... On le désire, on le veut, on le sent, on le goûte, on en est enivré, on en vit, on en meurt : on ne le comprend pas ! O Profundum!


V
L'Amour Infini humanisé (8).

Saint Jean, voulant nous faire connaître l'Etre divin, voulant résumer en un seul terme toutes les grandeurs, toutes les beautés, tous les attributs de Dieu, a dit : Dieu est charité Dieu est amour ! Et si nous voulons dépeindre Jésus-Christ, Dieu et Homme, d'un seul mot; si nous voulons renfermer en un seul terme tout ce qu'Il est, tout ce qu'Il fait et jusqu'à la raison de son être, nous pouvons dire : Jésus-Christ, c'est son Coeur, c'est le Sacré-Coeur !

La Charité divine, l'Amour Infini, c'est Dieu tout entier; Dieu, et ce qu'Il est en Lui-même, et ce qu'Il fait en dehors de Lui-même; Dieu avec sa puissance, sa bonté, sa justice, sa sagesse; Dieu qui est, Dieu qui crée, Dieu qui rachète, Dieu qui illumine et qui récompense. C'est Dieu sans partage, sans exclusion, sans réserve, splendidement résumé par un mot splendide : « Deus chantas est (9). »

Le Sacré-Coeur, c'est Jésus-Christ tout entier, Dieu et Homme, Verbe Incarné. Ce n'est pas seulement son Coeur de chair battant dans sa poitrine, ce Coeur humble et doux que nous adorons comme le symbole ou l'organe de son incomparable amour, c'est tout son Etre divin : sa divinité, son âme, son corps, chacun de ses membres sacrés; toutes ses pensées, ses actes, ses divines paroles. Le Sacré-Coeur, c'est Dieu fait homme; c'est Jésus-Christ humilié, livré expirant; c'est Jésus-Eucharistie, ineffable hostie d'amour, Jésus immolé sur l'autel, Jésus prisonnier du Tabernacle.

Dieu est tout entier expliqué par ce mot : Charitas, car l'amour explique tout, quoiqu'il soit lui-même inexplicable. Jésus, Lui, est tout expliqué par ce nom : Le Sacré-Coeur! Son dévouement sublime, sa bonté, sa miséricorde, toutes ses divines vertus, son sacrifice, sa mort, tout cela son amour l'explique. Le Sacré-Coeur, c'est la Charité divine incarnée, l'Amour Infini humanisé.


VI
L'Eucharistie et le Sacré-Coeur (10).

La dévotion à l'Eucharistie et la dévotion au Sacré-Coeur sont deux dévotions soeurs. Elles sont si intimement unies, elles se complètent si parfaitement, que l'une appelle comme nécessairement l'autre. Non seulement la première de ces dévotions ne peut préjudicier à la seconde; mais parce qu'elles se complètent et se perfectionnent, elles s'augmentent aussi réciproquement.

Si nous avons la dévotion au Sacré-Coeur, nous voudrons le trouver pour l'adorer, l'aimer, lui offrir nos réparations et nos louanges; et où le chercherons-nous, si ce n'est dans l'Eucharistie où Il se trouve éternellement vivant ? Si nous aimons ce Coeur adorable, nous voudrons nous unir à Lui, car l'amour cherche l'union; nous voudrons réchauffer notre coeur aux ardeurs de ce divin foyer.

Mais pour atteindre ce Coeur sacré, pour le saisir, pour le mettre en contact avec le nôtre, que ferons-nous ? Escaladerons-nous le ciel pour ravir le Coeur de Jésus triomphant dans la gloire ? Non sans doute. Nous irons à l'Eucharistie, nous irons au Tabernacle, nous prendrons la blanche Hostie, et, lorsque nous l'aurons enfermée dans notre poitrine, nous sentirons le Coeur divin battre vraiment à côté du nôtre.

La dévotion au divin Coeur amène infailliblement les âmes à l'Eucharistie, et la foi, la dévotion à l'Eucharistie fait nécessairement découvrir aux âmes les mystères de l'Amour Infini dont le Coeur divin est l'organe et le symbole.

Si nous croyons à l'Eucharistie, nous croyons à l'amour : c'est le mystère de l'amour. Mais l'amour est en lui-même immatériel et insaisissable. Pour fixer nos esprits et nos sens, nous cherchons une forme à l'amour, une manifestation sensible de l'amour : cette forme, cette manifestation sensible, c'est le divin Coeur.

Le Sacré-Coeur, l'Eucharistie, l'Amour, une même chose ! Dans le Tabernacle, nous trouvons l'Hostie ; dans l'Hostie, Jésus; en Jésus, son Coeur; en son Coeur, l'Amour, l'Amour Infini, la Charité divine, Dieu, principe de vie, vivant et vivifiant.

Mais plus encore : le miracle ineffable de l'Eucharistie ne se peut expliquer que par l'amour. Par l'amour de Dieu, oui, mais par l'amour de Jésus, Dieu et Homme. Or l'amour de Jésus, c'est l'amour de son Coeur : c'est son Coeur, pour tout résumer d'un mot. Donc, l'Eucharistie n'est expliquée que par le Sacré-Coeur.

L'Eucharistie est le sublime complément de l'amour de Jésus pour l'homme. C'est la plus haute, la dernière expression, le paroxysme, si l'on peut s'exprimer ainsi, de cet incompréhensible amour. Cependant, sans l'Eucharistie, nous aurions pu croire à l'amour : l'Incarnation nous eût suffi pour cela. Une seule goutte des amertumes de la Passion nous eût été plus que surabondante pour nous prouver cet amour. Nous aurions pu aimer le Coeur de Jésus, nous aurions dû l'aimer, le croire souverainement bon, quand Il n'en serait pas venu à ce divin excès de l'Eucharistie. Mais parce qu'Il a inventé cette merveille, comment devons-nous aimer ce Coeur sacré, si divinement tendre, si inexprimablement délicat et libéral, et, oserons-nous le dire, si follement passionné pour sa créature ? Oui, l'Eucharistie augmente, enflamme notre amour pour le divin Coeur.

Mais, parce que nous savons que nous ne trouverons ce Coeur sacré que dans l'Eucharistie; parce que nous avons soif d'union avec ce Coeur si tendre et si ardent, nous allons à l'Eucharistie, nous nous prosternons devant le Saint-Sacrement, nous adorons l'Hostie rayonnante dans l'ostensoir, nous allons à la Table sainte avec une ardente avidité, nous baisons avec amour la patène consacrée où la divine Hostie repose chaque jour. Nous entourons d'honneur, de respect, de magnificence, le Tabernacle où Jésus, vivant et aimant, fait sa demeure.

Oh ! c'est une impiété de dire que le culte du Sacré-Coeur peut nuire au culte Eucharistique. Eh quoi ! la connaissance de celui qui donne fera-t-elle mépriser le don ? Non, plus nous aimerons le divin Coeur, plus notre culte envers Lui sera vrai, plus il sera étendu et éclairé, plus aussi notre culte et notre amour pour la divine Eucharistie se développeront et se fortifieront.


VII

Le Prêtre, un autre Jésus-Christ (11).

Il y a, dans le sein de Dieu, une plénitude débordante d'amour, qui est son essence, sa vie, son mouvement, sa fécondité. Cette plénitude a un continuel besoin de se répandre, de s'écouler. Elle va vers la création, vers l'homme en particulier, par une pente naturelle. C'est un besoin de l'Amour de remplir le vide de la créature, et de vivifier toute chose.

L'Amour Infini est quelquefois senti par le coeur de l'homme, mais Il est moins connu de son intelligence. C'est pourquoi tant d'ombres subsistent dans l'intelligence humaine, surtout en ce qui regarde la connaissance de Dieu, de ses mystères et des vérités surnaturelles.

L'amour ne doit pas être pour l'homme un sentiment qu'il éprouve seulement par sa sensibilité. Il doit être une connaissance reçue par ses facultés intellectuelles. Dans la même mesure où une âme humaine concevrait l'Amour Infini par son esprit et par son coeur, elle concevrait et goûterait aussi la connaissance des vérités éternelles et de tous les mystères de Dieu.

L'Amour Infini, comme un feu divin, est chaleur pour le coeur de l'homme, et lumière pour son intelligence. Si l'homme s'éloigne du foyer de l'amour, son coeur devient froid, et son esprit s'obscurcit.

Voyons, en Dieu, ce mouvement sublime par lequel Il attire à soi sa créature aimée : c'est un mouvement d'amour et de miséricorde. Il commence par saisir son Sacerdoce pour l'étreindre sur son Coeur et le baigner dans l'amour ; puis, par ses prêtres, Il saisit toutes les âmes.

Les prêtres doivent donc entrer dans une connaissance approfondie et toute renouvelée de l'Amour. Infini. Le monde ne peut pas recevoir directement cette révélation d'amour, ni s'en approprier les fruits de grâce et de salut. C'est le prêtre qui, plus proche de Dieu et déjà consacré, reçoit cette manifestation de l'amour, et la communique au monde.

Par le Coeur de Jésus, étudié dans le mystère de ses divines vertus et imité, le prêtre entrera dans la pleine possession du mystère de l'Amour Infini. Il ne doit pas se contenter de recevoir la dévotion au Coeur de Jésus, de la pratiquer lui- même, et de la communiquer aux âmes. Cela est bien nécessaire sans doute : mais Jésus veut autre chose.

Le prêtre doit entrer, par ce Coeur sacré, dans la connaissance intime de Jésus-Christ. C'est comme une porte, par laquelle il doit passer pour pénétrer dans l'intérieur du Christ, et s'étant tout baigné et tout imprégné de Lui, devenir comme un miroir brillant dans lequel l'Amour Infini puisse se réfléchir.

L'Amour Infini est un soleil. S'Il projetait ses rayons directement sur le monde, les âmes en seraient éblouies et consumées, parce qu'elles ne sont pas assez élevées ni assez pures. Il faut que ce divin Soleil se réfléchisse dans un miroir, et la réflexion de ses rayons dans ce miroir éclairera le monde et le réchauffera.

Ce miroir, c'est l'âme du Sacerdoce : mais il faut qu'il soit pur, qu'il soit transparent. Cette âme du prêtre, il faut qu'elle devienne conforme à l'âme du Christ ! Quand le prêtre est vraiment un autre Jésus-Christ, il devient ce miroir très pur qui réfléchit les divins rayonnements de l'Amour Infini.


VIII
Le Coeur mystique du Christ (12).

Le Coeur du Christ se découvre à nous, non pas cette fois le Coeur de chair, humble et doux, palpitant dans sa poitrine humaine ; non pas ce symbole sensible de son ardent amour, ce vaisseau sacré où s'élabora le sang rédempteur, et que le fer de la lance ouvrit sur le Calvaire; mais Coeur mystique.

N'a-t-Il pas, le Christ, le Verbe éternel du Père, outre ce corps de chair qu'Il a revêtu pour mieux s'unir à notre nature, un corps mystique qu'Il a formé avec amour et dont Il est le chef ? Et ce corps, comme tout corps vivant, n'a-t-il pas des membres et un coeur ? L'Eglise est le corps mystique du Christ, les fidèles sont ses membres, le Sacerdoce est son coeur. Oui, le Sacerdoce est le coeur de ce corps vivant dont le Christ est la tête !

Un corps meurt si sa tête ou son coeur est frappé à mort, car c'est de la tête et du coeur que la vie rayonne dans le corps entier ; mais il peut, sans que la source de la vie se tarisse en lui, voir tomber plusieurs de ses membres. Ainsi l'Eglise peut voir parfois et avec douleur, périr quelques-uns de ses membres sans que sa vie défaille, car sa tête, le Christ-Amour, est immortelle, et son Coeur, son Sacerdoce saint, enté sur Jésus, le Prêtre éternel, ne saurait périr.

Selon le plan divin, le Sacerdoce, coeur mystique du Christ et vrai coeur de l'Eglise, est donc, pour celle-ci, un organe de vie, aussi nécessaire, aussi indispensable que le coeur l'est au corps humain. Sans son chef, le Christ, sans son âme, l'Esprit-Saint, l'Eglise n'existerait pas; et sans son coeur, sans son Sacerdoce qui la réchauffe et la vivifie, elle serait morte. C'est par lui que le mouvement divin qui lui vient de son Chef est communiqué à tous ses membres; que le sang vivifiant de la grâce coule jusque dans ses extrémités; que la chaleur vitale de l'amour réchauffe ses membres.

Mais qu'est-il en lui-même ce Sacerdoce saint ? C'est un organe unique sans doute, mais pourtant composé d'une multitude de parties. Les Pontifes, les prêtres, tous les ordres de la hiérarchie sacrée sont ces parties, les molécules, si l'on peut s'exprimer ainsi, qui réunies ensemble, forment le corps du Sacerdoce. Le Sacerdoce est donc ce que sont elles-mêmes les parties qui le composent.

Or, il est le coeur de l'Eglise, et pour qu'il fasse on elle ses opérations de vie, il faut qu'il soit robuste et sain; il faut qu'il soit libre et ardent; il faut que son mouvement soit plein, toujours égal est toujours continu.

11 Il faut qu'il soit robuste et sain. C'est sa pureté qui le rend fort. Le prêtre chaste est fort contre lui-même, fort contre les ennemis qui le sollicitent au dedans, et contre ceux qui l'attaquent au dehors. Par sa pureté, il s'élève au-dessus des autres hommes; il les domine par la dignité et la puissance que lui donne cette énergie surhumaine par laquelle il se surmonte lui- même. Par sa pureté, il éteint les germes morbides que tout homme reçoit de sa filiation humaine, et, s'il ne peut les détruire tout à fait, il les rend du moins inactifs.

II-faut qu'il soit libre et ardent: libre des entraves que suscite au prêtre l'hostilité des impies; libre des vues humaines ou ambitieuses; libre des recherches de la sensualité et du bien-être ; libre au dehors et libre au dedans, de cette liberté vraie qui lui permette d'accomplir l'oeuvre du Christ ; mais non pas certes de cette liberté fausse que réclament certains esprits indépendants et déréglés, qui ne se confient qu'en eux- mêmes et rejettent toute autorité légitime.

III. — Il faut que son mouvement soit plein, toujours égal et toujours continu. S'il s'appuie sur Dieu, le prêtre ne peut être ébranlé. Malgré les vicissitudes de la vie terrestre et malgré sa naturelle inconstance, le ministre fidèle accomplit sans faiblesse et sans découragement l'oeuvre de l'Amour.

Il contribue, pour sa petite part, à vivifier la sainte Eglise par la chaleur de son zèle, par son dévouement actif, par sa charité ardente, et surtout par le don qu'il fait de Jésus aux âmes.


IX
Dieu au Christ, le Christ au Prêtre, le Prêtre aux âmes (13).

Dieu est au Christ, le Christ est au Prêtre, et le Prêtre est aux âmes !

Dieu est au Christ : le Christ est Dieu lui- même. De l'intime possession que l'humanité de Jésus a de la divinité, et réciproquement; de l'union sacrée, de l'embrassement ineffable qui se fait en Jésus de ses deux natures, divine et humaine, naissent ces merveilleux attraits du Christ : cette grandeur alliée à une humilité profonde, cette justice alliée à la plus tendre bonté, cette force unie à une inlassable patience, cette souveraine sainteté, jointe à la plus compatissante miséricorde. La lumineuse divinité du Christ, tamisée par le voile transparent de son humanité, nous apparaît avec un rayonnement si doux; et son humanité, transfigurée par la lumière divine, nous semble si belle, que toute âme devrait se porter vers Lui, pour aller se joindre à cette adorable merveille !

Le Christ est au Prêtre ! Il s'est volontairement donné à lui. Par l'Eucharistie, au saint Sacrifice, il devient la divine possession du Prêtre. Tout Jésus : son esprit, sa doctrine, ses paroles, son âme très sainte, son Coeur très aimant, son corps très pur, sa divinité, appartiennent au Prêtre, qui en peut disposer comme de son bien, de sa propriété particulière. Il le prend dans ses mains; il se désaltère de son sang; il se nourrit de sa chair ; et non seulement il vit de Jésus, mais il en fait vivre les autres. Non seulement, il peut jouir de la possession de Jésus, mais il peut le donner et en faire jouir d'autres âmes.

Le Christ est au Prêtre. Le Prêtre aussi est au Christ : il faut qu'il y ait réciprocité. Et parce que le Christ tout entier s'est donné au Prêtre, de même le Prêtre tout entier doit-il être à Jésus. Tout entier : son esprit, son coeur, son corps; c'est-à-dire toute son intelligence et ses pensées, toutes ses affections et ses volontés, toutes ses oeuvres, tous les moments de sa vie.

Le Prêtre est au Christ ! Le Christ peut donc en disposer avec le même pouvoir que le Prêtre dispose de Jésus. Pour qu'il y ait égalité, il faut que le Prêtre, dans la main de Jésus-Christ, soit tel qu'est la blanche Hostie dans les mains du Prêtre. Méditons ce qu'il y a de profond, de divin dans cette union du Christ avec le Prêtre, et du Prêtre avec le Christ. Ce n'est pas comme l'union du Verbe avec l'humanité en Jésus, mais c'est quelque chose pourtant de bien étroit et de bien intime,

Le Prêtre est aux âmes ! Il est leur possession comme il est la possession du Christ. Il est à elles : il ne s'appartient donc plus à lui-même; il ne peut plus vivre pour lui. Il faut qu'il soit tout donné, tout consacré aux âmes. La mère n'appartient-elle pas à son enfant ? Ne se doit-elle pas toute à lui, et lui, n'a-t-il pas droit à tous les secours qu'elle peut lui donner dans sa faiblesse ? Et l'enfant aussi appartient à sa mère. Il est son bien; c'est un dépôt que le bon Dieu lui a confié; elle l'emporte où elle veut. Elle le caresse ou le reprend ; elle en dispose à son gré pour le bien, et a droit à son obéissance. Ainsi les âmes sont au prêtre, et de cette double possession, faite en l'esprit et en la grâce de Jésus, doivent naître, de la part du Prêtre, un dévouement sans bornes; de la part des âmes, une confiance sans réserve.

Considérons ce qu'il peut y avoir de délicat, d'exquis, dans le coeur du Prêtre, pour les âmes devenues son trésor, son bien, sa plendide possession dans le Christ ; ce qu'il devrait y avoir aussi dans les âmes de respectueux, de confiant, pour le Prêtre, que Dieu leur a donné afin de les conduire à Lui.

Oh ! que Dieu a fait de grandes choses I Que son Amour Infini a opéré de merveilles ! Mais que le regard de l'homme est faible et peu éclairé ! Que l'intelligence humaine est pauvre ! Il y aurait de quoi entrer dans une extase d'amour, mais le poids de notre misère est trop lourd !


X

Le Dispensateur de l'Amour Infini.

Le Prêtre a été fait dispensateur des mystères de Dieu (I4) et des trésors de son amour. Toutes choses lui ont été mises entre les mains, afin qu'il les distribue aux âmes. Il a, pour ainsi dire, en lui-même, le dépôt des mystères de la Vérité incréée et des trésors de l'Amour Infini. Oh ! qu'il est grand, le Prêtre ! Qu'il est digne de respect et d'honneur !

Mais s'il est dispensateur, il faut qu'il dispense. Il faut que chaque âme reçoive de lui tout ce qui est nécessaire à son intelligence et à son coeur. Dieu donne directement aux âmes quelques grâces, comme le riche donne lui-même quelques aumônes aux pauvres qu'il rencontre. Mais Il veut que la plus grande partie de ses grâces aillent aux âmes par les mains du prêtre, ainsi que le riche qui fait distribuer ses grandes largesses par l'intendant qu'il s'est choisi.

Le Prêtre a donc en sa possession, non pour les garder, mais pour les donner, tous les trésors de la Vérité et de l'Amour. S'il ne les donne pas, ces biens divins et vivants, il les retient, il les recèle, il en prive les âmes, et il se rend coupable. S'il les distribue, au contraire, il est un dispensateur fidèle et béni. Il est plus que cela encore : il devient un canal vivant et vivifiant par lequel l'Amour Infini fait passer ses ondes sacrées !


XI
L'intermédiaire entre Dieu et l'homme (15)

Toutes les créatures humaines peuvent personnellement s'approcher de Dieu avec confiance, car Dieu est le Créateur de toutes, le Père de toutes. Il les aime toutes. Le Verbe Incarné, le Christ- Amour, est le divin introducteur des âmes en la présence du Père, et par Lui, elles sont certaines d'être accueillies avec bonté. Mais Il aime pour­tant ce grand Dieu, Il aime, cet adorable Jésus, que son humble créature se serve, pour s'approcher de Lui, en un grand nombre de circonstances, de l'intermédiaire qu'Il a Lui-même désigné pour Lui présenter les âmes, les sacrifices et les dons qu'elles veulent lui offrir. Cet intermédiaire choisi de Dieu, c'est le Prêtre.

Dieu a formé, dans sa sagesse et son amour, une sorte d'échelle mystérieuse, ou, si l'on aime mieux, de chaîne qui va de la créature à la Divinité : la créature matérielle à l'homme, l'homme au prêtre, le prêtre au Christ, le Christ à Dieu. Et de l'Amour Infini de Dieu même, descendent tous biens et toutes grâces par cette même chaîne d'amour jusqu'aux plus humbles et aux dernières des créatures; Dieu, Amour Infini, au Christ, le Christ au prêtre, le prêtre à la multitude des hommes, les hommes à la créature matérielle.

L'Amour Infini passe et repasse ainsi, dans un flux et reflux perpétuels, de Dieu à sa création, et de la création à Dieu.


XII

La Vierge et le Prêtre (16).

L'amour du prêtre pour Jésus doit être différent de l'amour des autres hommes et singulièrement plus ardent, car « celui qui a plus reçu, aime plus (17) ». Or, les grâces et les dons particuliers qui enrichissent l'âme et le coeur du prêtre sont en si grand nombre, que celui qui les a reçus et qui les possède ne s'en doute même pas, et quand même il croit avoir beaucoup reçu, il ne peut pas connaître toute la dépense de grâces que l'Amour Infini a faite pour lui. Ce sera une des béatitudes du prêtre, dans le ciel, de voir et de connaître tout ce que l'Amour a fait pour lui, et combien il a été privilégié entre les hommes.

Le prêtre passe en quelque sorte à l'état d'être divinisé par l'union qu'il a avec le Christ, et par la puissance qu'il a, par le Christ, sur les âmes, pour leur bien et leur salut. Aussi est-il obligé d'avoir pour Dieu, Notre-Seigneur, un amour tout particulièrement forttendre et ardent.

Il n'y a qu'une seule créature qui ait aimé et qui aime Jésus comme le prêtre doit l'aimer; il n'y a qu'un coeur qui puisse servir de modèle au sien pour cet amour : c'est le coeur de la Vierge très sainte. L'amour du prêtre pour Jésus doit être en tout semblable à l'amour de Marie pour son divin Fils.

Comme Marie, le prêtre, élevé très haut par une grâce de choix, demeure cependant une créature inférieure, soumise au divin Maître. Comme elle, il touche au néant par sa nature, et à l'intime de la divinité par un privilège d'amour. Comme elle, il doit être plus éclairé sur la vérité de sa propre misère et de sa bassesse, et plus illuminé des divines irradiations de l'Amour Infini. Comme elle, il reçoit, par la vertu de l'Esprit, le pouvoir de produire au monde le Verbe incarné : la Mère le produit dans la vérité de sa chair visible; le prêtre, dans la vérité de sa chair eucharistique.

L'amour de Marie pour Jésus est un amour de créature privilégiée. C'est un amour de reconnaissance ardente et de profonde humilité; un amour qui s'abaisse et qui se dévoue, qui se donne tout entier, par le besoin de rendre tout ce qui est possible à Celui de qui l'on a tout reçu. L'amour de Marie, c'est aussi un amour de mère; un amour tendre, délicat, empressé; un amour qui défend et protège, qui se dévoue encore, mais autrement; qui se donne, non pour rendre, mais pour donner encore à qui l'on a déjà donné.

L'amour du prêtre pour Jésus, son adorable Maître, doit être tout semblable. Il lui faut un amour d'humble reconnaissance, un amour de créature aimée qui adore, qui remercie, qui se donne sans compter; un amour plein d'exquises délicatesses; un amour jaloux qui garde avec vigilance, qui protège, qui entoure de soins, qui se dévoue jusqu'à l'oubli de soi-même.

Marie a eu pour Jésus non seulement un amour de créature privilégiée et de mère aimante, elle a eu de plus, elle a toujours, pour son adorable Fils, un amour de vierge. C'est un amour humble encore : l'amour doit toujours être humble; mais un amour confiant, fidèle, unique, plein de chastes familiarités, d'attentions exquises et de respectueuses ardeurs.

Ainsi doit encore être l'amour du prêtre pour Jésus : un amour pur, dégagé, fidèle et confiant. Il est vrai, le prêtre n'a pas les idéales blancheurs de l'Immaculée. Son coeur n'a pas la sublime pureté de celui de la Vierge Mère. Mais il n'a qu'à puiser dans les grâces de son sacerdoce : il y trouvera des sources de virginales tendresses et de dévouements héroïques.

Jésus veut être aimé de son prêtre comme Il l'a été par la Vierge Marie , et Il a renfermé, dans le privilège du Sacerdoce, des grâces semblables à celles que contient le privilège de la Maternité divine : grâces d'intime et tout particulière union avec sa Personne adorable; grâces d'ineffable pureté; grâces de dévouement sans réserve.


X I I I

Paix mes brebis (18).

Notre-Seigneur a dit un jour à saint Pierre : « Pais mes agneaux... pais mes brebis (19» Selon l'interprétation commune, les agneaux sont let , fidèles, les brebis, les pasteurs; et le prêtre n'est-il pas pasteur du troupeau qui lui est confié ? Dans ce seul mot de brebis, Jésus a renfermé, en abrégé, tous les devoirs du prêtre : ses devoirs envers Dieu, envers le Pontife romain, vicaire de Jésus- Christ, envers ses frères dans le sacerdoce, envers les âmes.

La brebis appartient toute à son maître; elle lui doit sa vie, sa fécondité; il a droit de disposer d'elle à son gré. Le prêtre se doit tout à Dieu, son Maître souverain. Il est à Jésus-Christ tout entier ; il lui doit la fécondité de ses oeuvres, et, s'il le faut, le sacrifice de sa vie.

La brebis doit être docile au pasteur qui la dirige au nom du maître. Il faut qu'elle réponde à sa voix, qu'elle le suive dans les pâturages où il la conduit, qu'elle lui soit obéissante et fidèle. Ainsi le prêtre doit être docile à la voix du Pontife suprême; entrer dans ses vues, ne nourrir son âme que des doctrines qu'il approuve, demeurer fidèle et inébranlablement soumis à la houlette de Pierre.

Chaque brebis du troupeau n'a point d'autres devoirs envers celles qui l'entourent que la douceur et l'union. Il ne faut pas qu'elle s'écarte du troupeau, qu'elle demeure seule, car elle s'exposerait à périr. Jésus veut que ses prêtres aient entre eux une étroite union, qu'ils gardent l'unité de la foi dans les liens de la charité fraternelle, et que, travaillant dans un même esprit, ils donnent la paix au monde et la gloire à Dieu.

Enfin la brebis est mère, mère des agneaux. Elle les porte dans ses flancs, elle les nourrit de son lait, elle les réchauffe et les garde. Le prêtre n'est pas seulement père des âmes : il est leur mère aussi. II doit avoir, pour elles, l'amour tendre et délicat des mères, leur dévouement jusqu'au sacrifice. Il doit donner aux âmes le meilleur de sa propre substance, substance de l'âme spirituelle et très pure; les réchauffer des flammes de l'Amour Infini, les garder du mal.

On trouve, dans ces considérations, une adorable marque de la divinité du Sauveur. Il faut bien des mots à l'homme pour rendre une idée : Jésus, Lui, par un seul mot, rend tout un ensem­ ble de pensées. Cela se voit à chaque pas dans les Saints Evangiles. Par ce seul mot de brebis, jeté comme au hasard de la conversation, Jésus a tout dit du prêtre : tout ce qu'il doit être, tout ce qu'il doit faire, tout ce qu'il doit donner de lui-même à Dieu, à l'Eglise, aux âmes. Ah ! c'est que Jésus est le Verbe. Il est la pensée divine et la parole incréée. Un seul mot tombé de ses lèvres ren­ ferme une pensée de Dieu!

Qu'il fait bon connaître Jésus, si grand dans sa divinité, si doux dans son humanité. Que ne nous est-il donné de pouvoir exprimer le peu que nous savons de Lui, de le faire connaître, de le faire aimer, de lui attirer des adorations, de l'entourer de louanges, d'amour, de gloire, de l'exalter à l'infini !


XIV
L'Amour et la justice (20).

« Dieu est trop bon, ll ne peut pas punir éternellement. » C'est ainsi que plusieurs te jugent, Seigneur ! Et sous ce vain prétexte, ils préfèrent servir leurs passions et leurs mauvais penchants plutôt que de se renoncer et de te suivre, ô Jésus !

Rien pourtant n'est plus contraire à la doctrine de ton Eglise : l'enfer est loin d'être opposé à ta bonté, et c'est précisément parce que je crois à ton amour, ô mon grand Dieu, puissant et bon, que je crois à l'enfer.

Si tu n'étais pas l'Amour; si, égoïstement renfermé dans ta béatitude, tu ne jetais sur les êtres inférieurs à Toi que des regards indifférents; peut- être l'enfer pourrait-il ne pas exister. Mais Toi !... Tu as tout créé par amour. Tu as formé l'homme à ta divine ressemblance; tu l'as vivifié de ton propre souffle; tu l'as comblé de tes dons, et tu n'a demandé à cette créature, si richement dotée, qu'un peu de confiance, de fidélité et d'amour. Et quand elle te méprise et se révolte contre Toi, tu resterais impassible, comme un Etre incomplet, privé d'amour et de sentiment ? O mon Dieu! Je crois aux rigueurs de ta justice, parce que je crois aux excessives tendresses de ton Coeur !

Je t'aime, mon Dieu, Amour Infini, qui te penches vers ta créature, qui la soutiens et la relèves. Mais je t'aime aussi, Amour méconnu et outragé qui te redresses et qui punis.

Si l'enfer n'existait pas, je ne t'aimerais pas autant. Quand je vois un prince laisser, dans son royaume, tous les crimes impunis; quand je le vois répandre ses largesses avec autant de profusion sur les félons et les traîtres que sur ses sujets fidèles, et traîner dans l'avilissement la grandeur et la majesté royales, je ne puis que le mépriser et le nommer injuste et lâche. Non, s'il n'y avait pas d'enfer, il manquerait trois fleurons splendides à la couronne de tes sublimes perfections : il y manquerait la justice, la puissance et la dignité !

Je t'aime, je t'adore, mon Dieu, dans ta miséricorde pour les faibles, dans ta bonté pour les petits, dans ta libéralité pour les pauvres. Je t'adore dans tes pardons sans réserve; dans cet ineffable amour qui descend de ton sein vers tes créatures; dans tes attentes sans lassitude; dans ces grâces enfin que tu répands avec profusion sur les âmes pour les toucher, pour les ramener, pour les éclairer, pour les vaincre !

Je t'adore aussi, je t'aime passionnément, grand, majestueux, terrible, consumant dans une éternelle flamme ceux qui ont résisté aux étreintes de ton amour.

Et d'ailleurs ce n'est pas Toi, mon Dieu, souverainement bon, qui condamnes et qui damnes : ce sont les méchants eux-mêmes qui, refusant de se jeter dans les flammes de ton éternel amour, se précipitent dans celles de la justice éternelle !

Oui, je t'aime tel que Tu es. Je t'adore, couronné de l'ensembl e infini de toutes les perfections : aussi juste que bon, aussi grand par ta puissance et par ta sainteté que par ta miséricorde, et toujours l 'Amour , l'Amour Infini ; l'Amour qui crée, qui donne, qui pardonne, qui vivifie; l'Amour qui commande, qui reprend et qui châtie !


XV

Examen (21)

Le Coeur de Jésus, le divin Prêtre, a été dominé, tous les jours de sa vie, par trois sentiments : une soif ardente de la gloire de son Père, un désir passionné du salut des âmes de ses frères, un besoin irrésistible et constant de sacrifice et d'immolation.

Ces trois sentiments ont-ils aujourd'hui dominé dans mon coeur ?

Qu'ai-je fait aujourd'hui pour glorifier mon Père céleste ?

Qu'ai-je entrepris pour le bien de mes frères ?

Quels sacrifices ai-je faits en union avec Jésus immolé ?

I. Jésus, le divin Prêtre, a embrassé les opproson et humiliations pour réparer la gloire de son Père

Me suis-je, aujourd'hui, humilié devant Dieu, reconnaissant mon néant et mes misères, et lui rapportant; la gloire du bien que j'ai accompli par sa grâce?

Ai-je reçu avec joie les mépris et les outrages des hommes ?

Jésus, le divin Prêtre, s'est oublié Lui- même, quittant toute chose et s'appauvrissant de tout pour se donner entièrement au salut de ses frères.

Qu'ai-je donné aujourd'hui, à mes frères, de mon temps, de mon coeur, de mes biens, sinon matériels, du moins intellectuels et spirituels ?

Jésus, le divin Prêtre, après avoir vécu dans un esprit de continuel sacrifice, s'est enfin offert à la croix, immolant sa propre vie par amour.

Ai-je porté, dans mes actes de ce jour, l'esprit de sacrifice ? Qu'ai-je sacrifié de mes satisfactions de coeur, de mes contentements d'esprit, de mes forces, de mon repos, de ma vie, pour l'amour de Jésus et des âmes ?

Regrets profonds, douloureux, des défaillances de ce jour. — Offrande au Coeur de Jésus du bien accompli.


XVI

Acte d'adoration et de donation à l'Amour Infini.

O Amour Infini, Dieu éternel, principe de vie, source de l'être, je T'adore dans Ton Unité souveraine et dans la Trinité de Tes personnes.

Je T'adore dans le Père, Créateur tout-puissant qui a fait toutes choses. Je T'adore dans le Fils, Sagesse éternelle, par qui tout a été fait, Verbe du Père, incarné dans le temps au sein de la Vierge Marie, Jésus-Christ, Rédempteur et Roi. Je T'adore dans le Saint Esprit, Amour substantiel du Père et du Fils, en qui sont la lumière, la force et la fécondité.

Je T'adore, Amour Infini, caché dans tous les mystères de notre Foi; rayonnant dans l'Eucharistie; débordant sur le Calvaire et vivifiant la Sainte Eglise par les canaux des Sacrements. Je T'adore palpitant dans le Coeur du Christ, ton ineffable tabernacle, et me consacre à Toi.

Je me donne à Toi sans crainte, dans la plénitude de ma volonté; prends possession de mon être, pénètre-le tout entier. Je ne suis qu'un néant, impuissant à Te servir, il est vrai; mais ce néant, c'est Toi, Amour Infini, qui l'as vivifié et qui l'attires à Toi.

Me voici donc, ô Jésus, pour faire ton Oeuvre d'amour; pour répandre, autant que j'en serai capable, dans l'âme de tes Prêtres, et par eux dans le monde entier, la connaissance de tes miséricordes infinies et des sublimes tendresses de ton Coeur.

Je veux accomplir ta Volonté, quoiqu'il m'en coûte, jusqu'à l'effusion de mon sang, si mon sang pouvait n'être pas indigne de couler pour ta gloire.

O Marie, Vierge Immaculée, que l'Amour Infini a rendue féconde, c'est par tes mains virginales que je me donne et me consacre.

Obtiens-moi d'être humble et fidèle, et de me dévouer sans réserve aux intérêts de Jésus-Christ, ton adorable Fils, et à la gloire de son Coeur Sacré !

 
Références

 
(1) V. « Au Service de Jésus-Prêtre : les Voies de Dieu •, ch. xxl, n° 129. p. 283
2- Cf. Gen., I, 10, 12, 18, 21, 25, 31
3-Cf. joan., w, 23.
4- Cf. /s., I.Xv, 17; Il Pet., w, 13; Ap., xx!, I.
5-V. « Au service de Jésus-Prêtre: les vouloirs de Dieu s, ch. vt, n. 26, p. 96.
6- La Mère prend évidemment ici le mot mouvement dans le sens d'activité et non de changement. Elle précisera d'ailleurs un peu plus loin admirablement sa pensée, lorsqu'elle dira qu'en Dieu, ce mouvement est « un mouvement de repos et de jouissance ». Il est intéressant de voir comment S. Thomas, dans son Commentaire sur le s De Trinitate » de Boèce (quaest. 3, art. 4, ad 2urn), et dans sa Somme théologique (la pars. quaest 9, art., ad Pl, explique que l'cri peut, par métaphore, parler de mouvement en Dieu, ainsi que l'ont fait Platon, S. Augustin, Denys et la Sainte Ecriture elle-même. Le saint Docteur remarque que cette métaphore du mouve­ ment s'applique soit aux opérations immanentes de l'intelli­ gence et de la volonté divines, soit à l'action productrice des choses.
7-V. u Au service de Jésus-Prêtre: les voies de Dieu s, ch. xxt, n° 130, p. 287.
8-  V. « Au service de Jésus-Prêtre: Les vouloirs de Dieu », ch. xvIt, n° 83, p. 202.
9-  foan., tv, 16.

(I0) V. « Au service de Jésus-Prêtre : Les vouloirs de Dieu s, ch. Ii , n. 8, p. 56.
(11) V. s Au service de Jésus-Prêtre: Les vouloirs de Dieu », ch. xx, n. 105, p. 260 et ch. xvtti, n. 96, p. 240.
(I2) V. e Au service de Jésus-Prêtre: Les vouloirs de Dieu s, ch. xxu, n. 119, p. 300.
(13) V. « Au service de Jésus-Prêtre e Les vouloirs de Dieu n , ch. xi, n. 47, p. 134.
14 Cf. I Cor., tv, 1.
15-) V. « Au service de Jésus-Prêtre: Les vouloirs de Dieu eh. xll, n. 53, p. 145.
16- V. « Au service de Jésus-Prêtre: Les vouloirs de Dieu ch. XVili , n. 90, p. 222.
17- Cf. Luc., vil, 42, 43 et 47.
18 V. s Au service de Jésus-Prêtre: Les vouloirs de Dieu ch. vu, n. 29, p. 101.
19 Cf. Joen., xxi, 15 et seq.
20 V. a Au service de Jésus-Prêtre: Les vouloirs de Dieu a, ch. lx, n. 38, p. 115.
21-Au service de Jésus-Prêtre: Les vouloirs de Dieu s, ch. III ,n, 13, A 1 3, p 68