DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
Le Sacré-Coeur et le sacerdoce
Titre de la page:

De l'amour du Verbe incarné pour ses prêtres

Nom de l'auteur:
Mère Louise-Marguerite Claret de la Touche

 

VINGT-HUITIEME LECTURE CHAPITRE PREMIER

Amour de Jésus pour ses Prêtres avant sa naissance.

Le Verbe divin, Dieu de Dieu, lumière de lumière, engendré et non créé, engendré par l'Amour Infini, Amour Lui-même, aussi vérit blement l'Amour qu'il est véritablement Dieu, est resté ce qu'Il est dans son Incarnation. Et parce que Jésus-Christ, le Verbe incarné, est Dieu, Il est aussi l'Amour.

L'humanité très sainte de Jésus, unie à cet Amour, pénétrée par lui, animée par lui, doit aimer, et elle aime : elle aime passionnément, ardemment. Elle aime, durant tout le cours de sa vie voyagère, avec une plénitude, une ardeur que rien ne peut égaler. Son Coeur a des batte­ ments d'amour que nos coeurs, à nous, n'ont jamais ressentis.

Maintenant que le Sauveur est dans la gloire. Il continue d'aimer. Il aimera dans l'espace immense des temps, et, comme Jésus ressuscité ne meurt plus, son Coeur aussi ne peut plus cesser d'aimer. Il aimera, durant l'éternité tout entière, d'un amour sans défaillance et sans fin !

Cet amour du Coeur sacré de Jésus, qui n'aura jamais de fin, a eu pourtant un commencement. Le Verbe a toujours aimé; mais le Coeur humain de Jésus, formé dans le temps, a commencé de battre un jour : un jour II a commencé d'aimer.

Lorsque nous voyons un grand fleuve rouler majestueusement ses belles eaux, nous pensons, tout naturellement, que ces flots, qui se poussent et se succèdent, iront enfin se perdre dans la vaste mer, dans cet océan immense avec lequel ils se confondront. Mais parfois aussi notre pen­ sée se porte vers la source d'où ce fleuve aux larges ondes est sorti, et nous aimons à remonter son cours, à rechercher le lieu, ordinairement solitaire et caché, où jaillirent les premières gouttes de ses eaux. Ainsi, méditant l'amour infini du Coeur de Jésus, nous n'aimons pas seulement à le considérer dans son éternelle durée; nous trouvons encore une jouissance très douce à rechercher le commencement de cet amour, à remonter jusqu'aux premiers battements de ce Coeur sacré.

Le Verbe descendait à l'Incarnation pour répa­ rer la gloire du Père céleste, pour racheter l'humanité du péché et de la mort. Les tout pre miers battements du Coeur humain de Jésus furent donc, sans nul doute, pour son divin Père, pour la Vierge immaculée qui lui donnait le meilleur de son sang et sa propre chair, pour l'homme coupable qu'Il venait sauver. Mais, à côté de ces trois grands amours, nous voyons naître, dans ce Coeur adorable, une autre inclination, tendre prédilection, affection puissante, qui dominera la v ie tout entière de Jésus, et dont Il ne cessera jamais de donner des preuves.

A peine est-Il conçu dans le sein virginal de Marie, qu'Il inspire à sa Mère de se hâter vers les montagnes, d'entrer dans la maison du prêtre Zacharie. Il est pressé de communiquer à Jean, encore enfermé dans les entrailles maternelles, une pureté sans tache et la plus sublime sainteté Quel est donc cet enfant qui l'attire si puissamment, et qu'Il prévient de si amoureuses faveurs ? Quel est cet amour si ardent que le Coeur de Jésus ne peut contenir, et qui veut se répandre avec une si divine largesse ?

C'est l'amour de Jésus pour ses prêtres, pour ce Sacerdoce dont Il est Lui-même le chef. Prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech, prêtre unique, dans lequel, et par lequel seulement, tous les autres prêtres ont pouvoir et dignité, Jésus aime, d'un amour de choix, ceux qu'Il rend participants de son sacerdoce. Il les aime; et son Coeur palpitant d'amour reconnaît, dans l'enfant sève dans un passé glorieux, tandis que les feux chaîne sacerdotale ne sera pas rompue. Par lui, veau sacerdoce qu'Il va fonder. Grâce à Jean, la le rejeton vigoureux, qui bientôt va s'élever sur le vieux tronc abattu d'Aaron, pourra puiser sa d'Élisabeth, l'anneau mystérieux qui doit unir le sacerdoce ancien, prêt à disparaître, au noude l'Esprit d'amour, et la rosée divine du sang de Jésus, lui feront porter des fleurs admirables et des fruits exquis. Voilà les attractions d'amour qui conduisent le Verbe incarné vers l'enfant de Zacharie et d'Élisabeth.

Mais, dira-t-on peut-être, Jean ne fut pas prê­ tre. Il ne succéda pas à son père dans les fonctions saintes du culte. On ne le vit pas, dans le Temple, offrir l'encens à l'heure des parfums, ni sacrifier des béliers sur l'autel. Jamais il ne goûta à la chair des victimes figuratives immolées à Jéhovah. Il ne remplit pas, non plus, les ministères du sacerdoce chrétien : il ne prit pas sa part à la cène du Seigneur; il ne consacra pas le calice du sang de Jésus ; il ne conféra point les sacrements vivifiants de la nouvelle alliance. Tout cela est vrai, et cependant Jean fut prêtre ; mais, comme il devait servir de trait d'union entre les deux sacerdoces, il convenait qu'il n'appartint complètement ni à l'un, ni à l'autre, et que pourtant il participât à chacun d'eux.

L'Evangéliste semble se plaire à faire ressortir le caractère sacerdotal de Jean, lorsqu'il fait remarquer, à la première page de son livre, que non seulement Zacharie, mais encore Elisabeth, étaient de la race d'Aaron. L'annonce de la prochaine conception de Jean est donnée, à son père, dans le Temple, dans la partie réservée aux prêtres, alors que Zacharie, offrant au Seigneur le sacrifice des parfums, était dans l'acte même de son sacerdoce. Jean vient au monde. Il se retire bientôt au désert, et c'est là qu'il grandit, séparé du reste des hommes, instruit par Dieu même.

Jean est prêtre. Le temple où il remplit les fonctions de son ministère, c'est le désert. C'est là, sous la voûte splendide du ciel oriental, qu'il fait monter vers Dieu l'encens de ses adorations et les chants harmonieux de son amour; là, qu'il offre une victime, plus parfaite sans doute que celles de la loi ancienne, et cependant bien moins excellente que la divine Victime de la loi nouvelle, car cette victime c'est lui-même, lui-même qu'il immole, victime à la fois sanglante et non sanglante, par le glaive d'une effrayante austérité.

Jean est prêtre. Comme les prêtres du sacerdoce chrétien, il annonce la bonne nouvelle, il prêche la pénitence, il montre le Sauveur aux âmes, il instruit, il éclaire, il reprend. Quelle belle figure de prêtre que ce Jean, si dégagé des liens de la terre, si pur dans ses moeurs, si ardent pour la vérité, si zélé pour les âmes, si fort dans la répression du mal ! La rigueur de la loi de crainte se faisait sentir encore dans son enseignement que la bénignité du Christ n'avait pas pénétré. Mais qu'il était humble et oublieux de lui-même, qu'il était respectueux et tendre pour Jésus !

Jean était le précurseur du Christ : tous les prêtres ne sont-ils pas appelés à être, comme lui, précurseurs de Jésus ? Et « l'Ecce Agnus Dei » qu'ils répètent, depuis dix-neuf siècles, en présentant la divine Hostie, n'est-il pas un écho fidèle de la parole du Baptiste (1) ?

Ce fut donc l'amour profond, ardent, de Jésus pour ses prêtres, qui le conduisit vers Jean, et qui le porta à déverser, dans l'âme de son pré­urseur, le torrent de ses grâces. Quand Il le purifiait, le sanctifiait, le remplissait d'allégresse dès le sein de sa mère, c'était son Sacerdoce qu'Il purifiait par avance, qu'Il séparait, qu'Il élevait au-dessus du reste de l'humanité. Et plus tard, lorsqu'au bord du Jourdain, Il allait demander à Jean son baptême et qu'Il s'inclinait sous sa main, c'était, il est vrai, pour prendre la forme du pécheur et se faire semblable à nous; mais c'était encore pour rendre hommage à son Sacerdoce. Il préludait ainsi à cette adorable sujétion qu'Il devait avoir pour ses prêtres; à cette obéissance d'amour qu'Il veut leur rendre, se remettant entre leurs mains, se livrant à leur volonté.

Les prémices de son amour, c'est à ses prêtres que Jésus les donne dans la personne de Jean. Quelle doit être votre consolation, prêtre de Jésus, de penser que les premiers battements de son Coeur sacré ont été pour vous ! C'est vous qu'Il aimait déjà en son précurseur; vous qu'Il prévenait de ses grâces; vous qu'Il dotait de ses plus précieux dons. Mais quel aiguillon aussi pour vous presser d'aimer, pour vous porter à donner à cet adorable Maître les premières ardeurs de votre jeunesse, les premières palpitations d'amour de vos coeurs !

VINGT-NEUVIÈME LECTURE

CHAPITRE II

Amour de Jésus pour ses Prêtres durant sa Vie cachée et sa Vie publique.

Jésus a aimé ses prêtres dès l'aurore de son existence, dès cet instant où les premiers linéaments de son humanité ont été formés en Marie. Et comme un vase s'imprègne davantage et garde plus longtemps le parfum de la première liqueur dont il a été rempli, que de toutes celles qu'on peut y verser dans la suite; ainsi le Coeur de Jésus ayant été, dès le commencement, rempli d'amour pour ses prêtres, pour son Sacerdoce, en a été pénétré presque plus intimement, plus profondément que de tous les autres amours. Toute sa vie, il a laissé paraître cette tendre inclination, Il a laissé échapper de ses lèvres d'amoureuses paroles, Il n'a cessé de montrer le respect et l'amour qu'Il portait à son Sacerdoce.

Des longues années de sa vie cachée et silen­ cieuse à Nazareth, un seul trait nous est parvenu. Monté à Jérusalem pour la fête, alors qu'Il était âgé de douze ans, Jésus demeure, à l'insu de Marie et de Joseph, dans la ville sainte, et c'est après trois longues journées de recherches qu'on l'y retrouve. C'est dans le Temple que Jésus est demeuré. Il est retrouvé là, non en adoration devant l'Arche sainte, non debout près de l'autel où le feu consume les victimes, mais avec les docteurs et les prêtres, les écoutant et les interrogeant (1).

Plus tard, aux jours de sa vie publique, quel respect ne fait-Il pas paraître pour le Sacerdoce ? Un jour, Il guérit un lépreux : « Allez, lui dit-Il, montrez-vous aux prêtres (2). » Rendez-leur hommage, reconnaissez leur autorité, accomplissez leur volonté, semblait-Il ajouter. Obligé, pour éclairer le peuple, de flétrir les vices et la dégradation personnelle de ce sacerdoce juif, si grand autrefois et maintenant tombé si bas, le divin Maître ne laisse pas de relever la dignité sacerdotale, de proclamer les prêtres et les docteurs dispensateurs de la vérité et instituteurs des âmes. « Ils sont assis dans la chaire de Moïse, faites donc ce qu'ils vous disent, mais ne faites pas comme ils font (3). »

L'Evangéliste, inspiré par l'esprit de Jésus, rapportant cette parole de Caïphe : « Il est avantageux qu'un seul homme meure pour le peuple (4) », nous fait remarquer la grandeur du caractère sacerdotal et les privilèges qu'il confère : « II prophétisa, dit l'Evangile, parce qu'il était Grand-Prêtre (5) ». Malgré son indignité, malgré les sentiments de haine et de basse jalousie dont il était animé, Caïphe, par cela seul qu'il était Grand-Prêtre, reçut de Dieu le don de prophétie. Il révéla, par ces quelques paroles, sans le savoir peut-être, la merveilleuse économie du mystère de la Rédemption. Oui , même quand le prêtre est tombé, même quand le péché l'avilit et le souille il faut encore respecter sa dignité. Dieu la respectè bien, quand Il la voit abaissée et avilie dans un Caïphe.

Aux dernières heures de sa vie, Jésus respecte encore ce sacerdoce ancien qui chancelle sur ses bases. Il se montre déférant et respectueux pour ceux qui se sont faits ses juges. Debout devant le Grand-Prêtre, Il l'écoute et lui répond. Ses paroles graves et mesurées, sa contenance humble et modeste, témoignent assez qu'Il voit, en ceux qui le condamnent, une autorité supérieure. Aucune parole de reproche ne s'échappe de ses lèvres divines. Il se laisse frapper, Il s'incline, Il pardonne.

Oh ! comme Ilsait bien instruire ses fidèles, cet adorable Maître ! Comme Il sait bien leur montrer jusqu'où ils doivent porter leur respect pour le caractère sacerdotal ! Le prêtre a des fai­ blesses; c'est un homme. Jetons, jetons un voile sur les misères humaines; élevons-nous plus haut. Voyons les grandeurs divines cachées sous la bassesse et le néant : voyons l'action du Christ cachée sous les ombres humaines. Et même, quand la déchéance est complète, respectons encore le prêtre : c'est une ruine, pleurons sur ces débris épars; pleurons sur ce temple où Dieu avait choisi sa résidence; sur ce temple qu'une onction sainte avait consacré, et qui, maintenant, profané et abattu, sert de repaire aux animaux sauvages. Pleurons et prions.

Si Jésus a respecté le sacerdoce juif, combien plus a-t-Il aimé le sacerdoce chrétien. Lui-même, Il le choisit, Il l'instruit. Il le forme de ses pro­pres mains. C'est son oeuvre préférée, l'oeuvre de son Coeur.

Suivons Jésus, pas à pas, durant les trois années de sa vie publique; nous le verrons sans cesse occupé de la formation, de l'instruction, du perfectionnement de ses prêtres. C'est Lui qui les choisit et qui les appelle à sa suite. Son regard profond et doux, ce regard qui pénètre l'intime des âmes, se fixe sur eux. Il voit, dans sa divine prescience, ce dont ils seront capables, et, malgré leur faiblesse et leurs misères présentes, II les élève jusqu'à Lui. Quelques-uns, appelés par Lui, se retireront après l'avoir suivi; d'autres sentiront, dès l'abord, leur courage faiblir devant les sacrifices que cette divine vocation impose. Le Coeur de Jésus souffrira de ces défections et de ces lâchetés, et se tournant vers ses fidèles, cet adorable Maître dira : « Et vous, voulez-vous donc aussi m'abandonner (6) ? »

Après avoir fait, des Douze, les princes de son Eglise, Il sépare encore de la foule de ses disciples, soixante-douze, plus fidèles et plus fervents, qu'Il marque pour son Sacerdoce. Il leur donne ses instructions; Il ouvre les trésors du ciel pour orner ces nouveaux apôtres de dons admirables et de privilèges divins (7); puis Il les envoie, deux à deux annoncer le salut à toute créature (8).

Lorsqu'ils reviennent de leurs courses apostoliques, avec quelle tendresse Il les accueille, avec quelle maternelle sollicitude Il les invite au repos ! « Venez, dit-Il, et reposez-vous un peu (9). » Aux foules, Il parle en paraboles, voilant l'éclat des vérités divines sous l'ombre des images, afin de ne point éblouir les faibles regards de la multitude. Mais lorsque ses disciples lui demandent, en particulier, quelques explications, avec quelle affectueuse douceur répond-Il à leurs questions : « Pour vous, il vous est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu (10). » S'il les voit effrayés par la grandeur de quelques-uns de ses prodiges : « Ayez confiance, dit-Il; c'est moi, ne craignez point (11). » Toujours il leur adresse de suaves paroles, et, avec une adorable bonté, ce Maître divin éclaire leurs doutes et résout leurs difficultés. Attentif à leurs moindres besoins, il cherche les occasions de les instruire, les formant doucement à ces vertus sacerdotales dont II est Lui-même un si parfait modèle.


TRENTIÈTVIE LECTURE

CHAPITRE III

Amour de Jésus pour ses Prêtres aux dernières heures de sa Vie.

Aux dernières heures de sa vie mortelle, Jésus fait plus encore paraître son amour pour ses prêtres. Dans le discours de la Cène, que Jean, le confident du divin Cœur, nous a conservé, la tendresse du Maître éclate presque à chaque mot : ce sont les épanchements intimes 'de son Coeur, les adorables débordements de son amour.

« J'ai désiré d'un grand désir, dit-Il, de manger cette Pâque avec vous avant que de soufrir (13)» Son désir était de rendre ses disciples participants à son sacré sacerdoce, de les marquer de ce caractère divin par lequel ils sont élevés au-dessus des hiérarchies angéliques. Il avait hâte de se remettre entre leurs mains sous la forme eucharistique, de se livrer tout entier à eux, de dépendre d'eux. Comme un artiste impatient de voir germer sous sa main le chef-d'oeuvre qu'il a rêvé, Jésus pressait de ses voeux le moment où Il devait voir formée l'oeuvre rêvée par son Coeur : le Sacerdoce catholique.

J'ai désiré d'un grand désir !... » Oh ! l'ardente aspiration du Coeur de Jésus vers ses prêtres ! Il a désiré, d'un grand désir, de manger cette Pâque... Plusieurs fois déjà, Il avait mangé la Pâque avec ses disciples; mais ce n'était point cette Pâque pendant laquelle Il devait instituer son Sacerdoce. Comme un père au milieu de ses enfants, Il préside le repas; puis Il se lève, et, avec une ravissante humilité, Il s'agenouille devant ses disciples, leur rend le service des esclaves, lavant leurs pieds et les essuyant doucement. Pour diminuer, en quelque façon, la distance qui les sépare de Lui; pour relever leur courage et les rendre moins indignes, même à leurs propres yeux, des bontés de leur divin Maître, Il leur dit : « Vous êtes purs (14). » Il fait encore plus. Il les élève jusqu'à Lui, Il fait l'égalité entre eux et Lui, et Il va jusqu'à leur assurer que « quiconque reçoit celui qu'Il aura envoyé, le reçoit lui-même (15). »

La bonté de Jésus n'enveloppe pas seulement ses disciples purs, elle s'étend jusqu'au disciple infidèle. Par des avertissements pleins de douceur, par d'affectueuses paroles, Il cherche à toucher le coeur du traître. Il s'efforce, au moins, de déposer dans son coeur la foi et la confiance qui pourraient encore le ramener après son crime.

Le moment solennel est venu. L'Amour Infini va produire un chef-d'oeuvre; la Sagesse infinie, la Puissance infinie vont y coopérer. Ce sera le don par excellence de la Charité divine : ce sera l'Eucharistie ! Dieu avec nous, Dieu en nous; Jésus-Christ, Dieu et homme, uni esprit à esprit, coeur à coeur, corps à corps, avec l'homme racheté et purifié : « Prenez et mangez, a dit le Sauveur, prenez et buvez-en tous (16). »

Mais l'effort de l'Amour n'est point achevé. Jésus ne sera pas toujours là, dans sa forme humaine et saisissable pour opérer le prodige. Il faut que d'autres hommes, revêtus de sa puissance, lui succèdent, et renouvellent, dans le cours des siècles, la mystérieuse transubstantiation qu'Il vient d'opérer. Alors le Sacerdoce jaillit du Coeur divin (17). Les privilégiés qui entourent Jésus à cette heure, reçoivent ce caractère sacré et indélébile qui les fait prêtres pour l'éternité, et que, de génération en génération, les élus de l'Amour porteront, pour la gloire de leur Dieu et le salut du monde !

A peine les apôtres sont-ils revêtus du caractère sacerdotal, que Jésus sent son amour pour eux augmenter encore. Il ne peut plus le contenir en Lui-même. Il faut qu'Il le leur témoigne : Pour vous, dit-Il, qui êtes constamment demeure avec moi, dans mes épreuves, je vous prépare un royaume, comme mon Père me l'a préparé (18). » Tendre et caressant comme une mère, Il les nomme ses « petits enfants (19) ». 11 ne veut pas qu'ils se laissent aller à la tristesse : « Que votre coeur ne se trouble point, je vais vous préparer une place... Je reviendrai, et je vous prendrai avec moi (20)... Je prierai le Père de vous donner un Consolateur... Je ne vous laisserai point orphelins (21)... Celui qui m'aime sera aimé de mon Père (22)... » Puis, Il les instruit, par la comparaison du sarment et de la vigne (23), de cette union mystérieuse qu'établit, entre eux et Lui, la communauté d'un même sacerdoce. Il les presse de resserrer toujours plus cette union, union indispensable, sans laquelle ils ne pourraient porter de fruit : « Ce qui glorifie mon Père, c'est que vous portiez beaucoup de fruit. Comme mon Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour (24). »

Jean-Baptiste s'était donné le titre si doux d'ami de l'Epoux (25). Jésus l'avait approuvé. et s'en était servi Lui-même, avec une grâce infinie, pour qualifier ses apôtres, un jour qu'Il répondait aux disciples de son Précurseur : « Les amis de l'Epoux ne peuvent jeûner et pleurer quand l'Epoux est avec eux (26). » Mais, dans cette dernière soirée, le divin Maître reprenant ce titre, le donne solennellement à ses prêtres, comme le nom qui leur est propre : « C'est vous qui êtes mes amis; désormais je ne vous appellerai plus m es serviteurs, mais mes amis (27).. . . » Quoi de plus tendre et de plus doux que ce titre d'ami ? C'est le nom particulier de l'objet aimé, de l'objet choisi par l'amour. Un père, un frère, un époux même peuvent ne point être aimés ; mais un ami ! Il n'est ami que parce qu'il est aimé, et s'il cessait de l'être, il cesserait aussi de se nommer ami.

Le prêtre est donc l'ami particulier de Jésus. Dans la foule des chrétiens qu'Il chérit, le Maitre l'a distingué et l'a appelé à son amitié divine. Aussi, dit-il à ses apôtres : « C'est moi qui vous ai choisis, et qui vous ai institués (28) ». Il ajoute : « Je vous ai séparés du monde.» (29). Oui, Jésus sépare le prêtre de la multitude, mais c'est pour l'élever plus haut, pour le gratifier davantage, pour l'unir plus intimement à Lui.

Enfin, pour achever de témoigner à ses apôtres sa divine tendresse et pour relever leur courage, Il les assure de l'amour de son Père céleste : « Le Père vous aime parce que vous m'avez aimé... (30). Je vous ai dit toutes ces choses pour que vous trouviez en moi votre paix. Dans le monde, vous serez pressés par la tribulation. Mais ayez confiance, j'ai vaincu le monde (31) »

Et voilà que de son Coeur s'échappe une prière ardente. Les regards tournés vers le ciel, les mains élevées, Jésus recommande à son Père le Sacerdoce qu'Il vient d'établir. Il sait qu'Il va bientôt sortir de ce monde, et qu'Il ne sera plus visiblement au milieu de ses apôtres pour les soutenir et les consoler. II sait aussi qu'ils sont faibles, et qu'au milieu du monde où Il les envoie, comme des brebis parmi les loups, ils seront exposés à bien des douleurs et à bien des dangers (32). Aussi, à cette heure suprême, où Il va, divin Rédempteur, abdiquer en quelque façon sa divinité et son infinie puissance, pour n'être plus que la victime expiatrice, éprouve-t-Il le besoin de confier à son divin Père des intérêts si chers à son Coeur « C'est pour eux que je prie (33) », dit-Il.

Tout à l'heure, Il priera pour ses fidèles, pour « ceux qui croiront par leur parole (34). » Mais maintenant, Il ne pense qu'à ses prêtres : « Je ne prie point pour le monde, mais pour ceux que Vous m'avez donnés (35). » Il demande pour eux, cette union parfaite des coeurs et des volontés si nécessaire à l'accomplissement du bien; cette unité de vue et d'action qui seule est une force, et qui doit permettre à son Eglise de traverser sans défaillance, les flots du mal et l'orage des persécutions : « Qu'ils soient un comme nous le sommes (36). »

Enfin, après avoir plusieurs fois répété que ses prêtres ne sont point du monde, — montrant assez par cette insistance que, s'ils doivent vivre au milieu du monde, ils ne doivent point cependant en prendre l'esprit, ni se conformer à ses usages, — Jésus, le Maître divin, termine par une parole exquise d'humilité et de vigilante tendresse : « Et moi-même, je me sanctifie pour eux, afin qu'ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité (37) ».

Lorsqu'une mère veut apprendre à marcher à son enfant, elle forme, elle-même, devant lui, de petits pas, ainsi qu'il les doit faire; et quand, plus tard, elle lui apprend à lire, elle épelle, elle aussi, à la manière enfantine, les premiers mots du livre. Jésus, qui veut ses prêtres saints, se sanctifie Lui-même, dans les faiblesses et les nécessités humaines. Il les veut tout semblables à Lui, et Il commence par se faire tout semblable à eux. Il pratique, pour eux, toutes les vertus. C'est ainsi qu'Il s'assujettit aux prudentes réserves que requiert la garde de la chasteté, Lui, l'infiniment pur; ou qu'Il se laisse quelquefois saisir par la tristesse, afin de leur apprendre à vaincre de semblables tentations. Il se sanctifie Lui-même, pour leur servir de modèle, pour être l'éternel exemplaire du prêtre catholique, le type achevé de la perfection sacerdotale.

Les heures se sont rapidement écoulées dans ces épanchements intimes, durant lesquels le Coeur de Jésus s'est montré si tendre pour ses disciples. La douloureuse agonie est venue briser ce Coeur sacré... Jésus cependant s'est relevé et s'est avancé courageusement au-devant de la cohorte qui s'approchait pour le saisir... Judas lui donne le baiser de la trahison. Jésus pourrait foudroyer de son regard le disciple infidèle, l'accabler sous de justes reproches, ou l'écraser par un silence méprisant : Il ne fait rien de tout cela. Il a vu, sur le front du traître, le caractère sacré du sacerdoce. Il le respecte encore; Il aime encore cette âme qu'Il avait élevée si haut et qu'Il voit maintenant tombée si bas : « Mon ami, dit-Il, qu'es-tu venu faire ici ? 38) »

Quelques instants plus tard, au moment où va se livrer à ses ennemis, le divin Maître tourne de nouveau son Coeur vers ses chers disciples. Il accepte, Il veut pour Lui les prisons et les chaînes; mais pour eux, Il veut la paix et la liberté :

Si c'est moi que vous cherchez, dit-Il au chef de la cohorte, laissez aller ceux-ci (39)

Lorsque Jésus, agonisant sur la Croix dans d'affreuses tortures, laissait aller sa pensée vers ses apôtres, vers ses prêtres qu'Il avait comblés de tant de bienfaits, son Coeur devait être rempli d'une immense amertume. Pierre, qu'Il avait fait chef et Pontife de son Sacerdoce, l'avait renié trois fois, disant avec mépris : « Je ne connais point cet homme (40). » Judas, à qui Il avait témoigné une particulière confiance, l'avait trahi et vendu, et maintenant, repoussant la miséricorde, il se livrait au désespoir et à la mort. A l'excep­tion de Jean, le fidèle, que Jésus voyait au pied de son gibet, tous l'avaient lâchement abandonné; tous l'avaient laissé sans défense et sans secours aux mains de ses bourreaux... Et il restait seul dans ses inénarrables douleurs... tout seul... mais cependant avec son invincible amour et son Coeur rempli de pardons !...


TRENTE ET UNIÈME LECTURE

CHAPITRE IV

Amour de Jésus pour ses Prêtres après sa Résurrection.

La mort pouvait, pour quelques heures, glacer le Coeur très aimant de Jésus et l'empêcher de battre. Mais à peine l'aurore radieuse de la Résurrection aura-t-elle paru; à peine la vie sera- t-elle rentrée triomphante dans la sainte Humanité du Sauveur, que l'Amour fera de nouveau battre ce Coeur sacré, et ce sera l'amour pour son Sacerdoce qui débordera le premier.

Les premières paroles de Jésus à Magdeleine, après qu'Il s'est fait reconnaître, sont pour ses prêtres : « Allez, allez dire à mes frères : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu (41). » Mes frères ! Il ne dit pas : Allez dire à mes disciples, à mes apôtres. Ces mots sont trop froids pour contenter son Coeur. « Allez dire à mes frères (42) », répète-t-Il aux saintes femmes. Les trahisons, les ingratitudes, les lâchetés de la veille, tout est oublié. Oh ! cet amour de Jésus pour son Sacerdoce, qui pourra le comprendre ?

Les quarante jours que le Sauveur va passer sur la terre, après sa résurrection, seront tout employés à la formation définitive de son Eglise, à l'instruction de ses prêtres. Auparavant, Il se donnait au peuple; Il l'instruisait, le consolait, guérissait ses malades et caressait ses petits enfants. Il se faisait tout à tous. Maintenant, Il semble n'avoir repris la vie que pour la consacrer à ses apôtres. Sa parole, ses miracles, ses bénédictions seront uniquement pour eux. Il va les investir de sa puissance, leur accorder de si grands privilèges qu'aucune créature ne pourra s'égaler à eux. Il les élèvera si haut que les rois de la terre devront se courber devant eux, et que les principautés du ciel pourront leur porter envie. Il les revêtira à tel point de Lui-même Il vivra tellement en eux, qu'ils feront les oeuvres qu'Il a faites, et même de plus grandes encore (43). Peut-on concevoir un plus grand amour que celui qui imagine et qui opère une si complète union ?

Après s'être manifesté aux femmes, dont l'humble courage et le fidèle attachement méritaient cette amoureuse préférence, Jésus apparaît à Pierre (44). Ce disciple, malgré sa chute si douloureuse au Coeur du Maître, est cependant le premier à recevoir ses divines bénédictions. C'est qu'il est le chef du nouveau Sacerdoce, le Pasteur suprême des brebis du Christ.

Le soir du même jour, après avoir instruit et consolé les deux disciples sur le chemin d'Emmaiis, et s'être révélé à eux par le mystère eucharistique, le Sauveur vient au Cénacle, et paraît au milieu de ses apôtres réunis. Son visage est rayonnant et doux; ses paroles sont toutes pleines d'aménité et de tendresse : « La paix soit avec vous !... Pourquoi ce trouble (44) ?... » Il leur montre ses mains et ses pieds percés, et avec une divine simplicité, Il leur demande quelque chose à manger pour achever de les convaincre de la réalité de sa résurrection (45). Alors, quand la foi a pénétré dans leur âme, Jésus se penche vers eux, et, de son souffle divin, Il leur communique l'Esprit vivificateur 46).

Aux jours de la Création , Dieu ayant formé l'homme du limon de la terre, l'avait vivifié par son souffle (47), et avait donné à son âme l'immortalité. Aux jours de la Rédemption , ce même souffle tout-puissant, sortant des lèvres du Christ, donne aux prêtres le merveilleux pouvoir de vivi­ fier les âmes, de les ressusciter de la mort du péché : « Recevez le Saint-Esprit; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez 48). » Divin privilège qui donne aux prêtres une sorte de participation à la puissance créatrice de Dieu!

Huit jours plus tard, Jésus reparaît au Cénacle. Il vient, par une condescendance d'amour, satisfaire les désirs du disciple obstiné et incrédule. « Thomas, lui dit-Il doucement, viens ici; mets ton doigt dans la plaie de mon côté, et ne sois plus incrédule, mais fidèle (49). » Mets ta main dans mon Coeur, semblait lui dire le Maître, sens ses battements d'amour. Thomas pouvait-il ne pas reconnaître, à ce trait d'infinie bonté, le Cœur de son Seigneur et de son Dieu!

Un jour, les apôtres, pressés par le besoin, avaient repris leur barque et leurs filets, et étaient allés à la pêche, sur ce beau lac de Tibériade, si souvent témoin des miracles de Jésus. Après une longue nuit passée dans un infructueux travail, le matin était venu. Et voilà que, sur le rivage, dans les premières lueurs de l'aurore, une forme apparaît : c'est le Maître, le Christ tant aimé ! Sa voix, douce et grave, résonne sur les flots, dans le silence de la nature encore endormie : « Mes enfants, dit-elle, n'avez-vous rien à manger (50) ? » Comme II se fait bon, à cette heure, cet adorable Maître, comme Il est père !

« Mes enfants ! » Et quand les apôtres abordent à la rive, traînant les filets remplis par miracle, ils trouvent un feu allumé, le repas préparé, et Jésus, comme le moindre d'entre eux, disposant toutes choses, et s'abaissant jusqu'à les servir Lui-même.

Après le repas, Jésus s'approche de Pierre. Va-t-Il lui reprocher ses chutes ? Va-t-Il lui retirer la primauté pour la donner à plus digne et à plus fidèle ? Va-t-Il au moins l'éprouver encore, et le remettre en face de sa propre faiblesse ? Non, sans doute. Son Coeur est trop délicat pour faire seulement une allusion au passé : « Simon, dit-il avec une incomparable tendresse, Simon, m'aimes-tu plus que ceux- ci ? — Seigneur, je vous aime. — Pais mes agneaux ! (51) », c'est-à-dire, gouverne mes fidèles; sois leur chef et leur père, nourris-les par ta soli tude et tes travaux. — Et Jésus reprend encore : « Simon, m'aimes-tu ? — Oui, Seigneur. — Paix mes agneaux (52). n Sois mère pour mes fidèles, porte-les dans ton coeur, nourris-les de ta propre substance, donne ta vie pour eux. — Et de nou­ veau, Jésus demande : « Simon, m'aimes-tu ? Deux protestations n'ont pas suffi au Maître pour le convaincre de l'amour de son disciple ? Sans doute, elles ont été suffisantes, et c'est pourquoi le soin de régir les fidèles a été confié à Pierre.

Mais Jésus veut donner davantage à son Apôtre. Il vGut lui confier la partie de son troupeau la plus chère à son Coeur, et, pour cela, Il exige un amour plus grand et plus fort.

Pierre, tout triste de cette inexplicable insistance, a répondu : « Seigneur, vous savez toutes choses, vous savez donc bien que je vous aime (53). » Cette réponse n'est pas seulement un acte d'amour, comme les deux premières; elle est encore un acte de ferme foi dans la divinité du Christ : « Vous savez toutes choses », et d'absolue confiance en son Coeur : « Vous savez bien que je vous aime. » Voilà ce qu'attendait Jésus. Il dit à Pierre : « Pais mes brebis ! » Sois le chef, le pasteur, le père de mon Sacerdoce; conduis mes prêtres dans les pâturages de la vérité, Donne tes soins les plus vigilants à ces brebis si tendrement aimées; fais qu'elles soient fortes et fécondes, car c'est par elles que mon troupeau s'accroît.

Jésus avait dit à ses apôtres de se rendre sur une montagne de la Galilée , et d'assembler autour d'eux de nombreux disciples. Tous se trouvant réunis, Il leur apparaît. Cette fois, le Maître ne se contente plus de la douce intimité des Onze. Un grand acte va s'accomplir; Il veut qu'une foule soit témoin de ce qu'Il va faire, et puisse raconter aux générations futures les immenses libéralités et les dons inouïs de grâce et d'amour qu'Il va répandre sur ses prêtres. Tous se sont prosternés devant Lui et l'ont adoré. Il n'adresse point cependant ses paroles à la multitude respectueuse et recueillie qui le contemple. Il appelle à Lui ses apôtres, ses prêtres, et, devant ces cinq cents témoins, Il les revêt de sa propre puissance, et leur confère les plus insignes privilèges.

Avec cette autorité souveraine qui lui appartient; avec cette majesté douce et grave qui toujours l'enveloppe, le Maître prononce ces paroles divines : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc ! Enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer toutes et chacune des choses que je vous ai confiées (53). »

Toute puissance m'a été donnée, et moi je vous associe à ma puissance. Tout ce que j'ai fait, vous le ferez aussi : mes pouvoirs, je vous les donne. Allez donc ! non plus comme des hommes faibles et impuissants, mais comme des Christs, des envoyés de Dieu. Allez par toute la terre et enseignez toutes les nations. Dissipez les ténèbres de l'ignorance; versez la vérité aux intelligences; soyez les maîtres du monde et les instituteurs des âmes. Soyez prêtres, ministres du Dieu vivant. Agissant au nom de la Trinité tout entière, purifiez les âmes, transformez-les, élevez-les jusqu'au ciel par la puissance du Père, par la sagesse du Fils, par la charité ardente de l'Esprit- Saint. Tous ceux qui croiront à votre parole, tous ceux qui se soumettront à votre autorité, seront sauvés; ceux qui repousseront votre enseignement seront condamnés.

Et Jésus termine par cette grande parole : « Et voici que je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles ! (54) » Il ne s'adresse point à la foule en ce moment; Il ne veut donc pas parler ici de cette union qu'Il doit avoir par sa grâce avec tous les chrétiens. Il n'est pas davantage question de cette union générale que produit sa présence eucharistique, car tous peuvent s'approcher du Tabernacle, tous les fidèles en grâce peuvent se nourrir de la divine Hostie. C'est d'une grâce d'union particulière aux prêtres que Jésus entend parler en ce moment ; grâce toute spéciale qui unit si intimement le prêtre à Jésus, qu'ils ne font plus qu'un seul prêtre; union si étroite, que la parole du prêtre, c'est la parole même du Christ : « Qui vous écoute, m'écoute (55) », et que c'est déshonorer le Christ que de déshonorer le prêtre : « Qui vous méprise, me méprise (56). » Union d'amour, par laquelle Jésus n'attire pas seulement le prêtre à Lui, mais pénètre en lui, vit en lui, afin d'en faire un autre Lui-même : un autre Jésus en puissance sur les âmes, en lumière dans les âmes, en tendresse pour les âmes.

Les quarante jours fixés par le Maître touchaient à leur terme; une dernière fois, Il va se manifester à ses apôtres avant d'aller prendre possession de sa gloire. Il reparaît, au milieu d'eux, à Jérusalem, et, cette fois, mettant de côté sa douceur et son indulgence ordinaires, Il leur reproche la dureté de leur coeur, leur lenteur à croire à sa résurrection, leur orgueil et leur lâcheté.

C'est encore son amour pour ses apôtres qui lui suggère de leur parler ainsi. Il vient de les élever aux plus sublimes grandeurs; Il vient d'en faire les maîtres du monde; Il va, dans quelques instants, leur ouvrir l'esprit, leur donnant l'intelligence des Ecritures; d'autres dons admirables leur seront bientôt communiqués par l'Esprit-Saint. Il faut un contrepoids à tant de grâces; il faut qu'ils soient convaincus de leur faiblesse et de leur misère humaine, pour ne point s'enorgueillir, pour ne pas s'exalter, comme des dieux, des faveurs de leur Maître.

Après leur avoir découvert le sens caché des Saints Livres, et leur avoir rappelé ce qui avait été écrit de Lui et ce qu'Il avait accompli, II leur dit : « Or, c'est vous qui êtes les témoins de ces choses... (57) Vous demeurerez dans Jérusalem jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut... Vous recevrez la vertu du Saint-Esprit qui surviendra en vous, et vous me rendrez témoignage dans la Samarie, dans la Judée... et jusqu'aux extrémités de la terre... (58) » Jésus ne donne pour bornes à l'apostolat de ses prêtres, il ne donne pour limites à leur bienfaisante et divinisante action que les extrémités de la terre !.

Ayant achevé ses paroles, le divin Maître sort avec ses apôtres, et les conduit sur le mont des Oliviers. Il parcourt encore une fois avec eux ces chemins qu'ils avaient suivis ensemble quarante jours auparavant, au soir de la Cène , et où Il leur avait fait entendre ces paroles débordantes de tendresse que nous avons rapportées plus haut. Il traverse ce jardin de Gethsémani, témoin de sa douloureuse agonie, Il monte, Il monte encore.

Arrivé au sommet de la montagne, Jésus se retourne vers ses disciples. Il les regarde, de ce regard profond, lumineux, pénétrant jusqu'à l'intime des âmes. Tout son Coeur si ardent, si fidèle, si tendrement bon, passe dans ce regard qu'Il jette sur ses apôtres prosternés à ses pieds. Il lève ses mains pour bénir, et, lentement, comme avec un regret de quitter ses chers disciples, dans le ciel pur, irradié par un soleil de printemps, Il s'élève, Ilmonte peu à peu, s'éloignant par degrés de la terre. Bientôt une nuée lumineuse commence à l'envelopper; les apôtres ne distinguent plus que ses deux mains étendues qui continuent de bénir ; puis, tout se perd dans la lumière : Le Christ est entré dans sa gloire !


TRENTE-DEUXIÊME LECTURE

CHAPITRE V

Amour de Jésus pour ses Prêtres après son Ascension.

A peine formé dans le sein de Marie, le Coeur de Jésus avait palpité d'amour pour son Sacerdoce. Le fils de Zachari e avait été le premier à en ressentir les divines influences, et, comme nous l'avons vu, toute la vie du Sauveur ne fut qu'une longue suite de témoignage s de cet incomparable amour. Aux dernières heures de sa vie, et jusque dans la mort, Il aimait son Sacerdoce. Après sa résurrection, Il se dévoue à lui tout entier, le comble de ses plus insignes faveurs et l'égale,pour ainsi dire, à Lui-même.

Mais maintenant qu'Il est remonté dans les cieux, que fera-t-Il ? Dans la béatitude où il règne, dans la gloire éternelle qui lui appartenait de droit et que cependant Il a voulu conquérir, son Coeur n'est point changé. Ce qu'Il aimait durant sa vie voyagère, Il l'aime toujours. Il l'aim e d'un amour éternel, sans vicissitudes et sans fin !

Aussi, voyons-nous cet adorable Maître, au moment où Il quitte la terre, laisser à ses prêtres un gage nouveau de sa tendresse. Tandis qu'Il monte vers le ciel, de ses mains bénissantes tombe, sur ses bien-aimés disciples, un don de grâce insigne, précurseur des dons plus merveilleux encore que bientôt l'Esprit-Saint leur communiquera.

L'Auteur inspiré marque expressément qu'après l'Ascension de leur bon Maître, les apôtres quittèrent le mont des Oliviers et rentrèrent pleins de joie à Jérusalem (59). Ils avaient perdu la présence visible, si consolante et si fortifiante, de leur Maître. Ils se voyaient seuls maintenant, en face d'un avenir plein de persécutions et de souffrances ; sans force, sans lumière, dans une attente remplie d'incertitude, chargés d'une écrasante mission. La tristesse, l'inquiétude, le découragement, la douleur ne devaient-ils pas se partager leur coeur, et cependant, ils rentrèrent l'âme inondée de joie !

Cette joie, c'était le don du Coeur de Jésus à son Sacerdoce. Ce n'était point une vaine consolation, un contentement vulgaire; mais une onction sainte, sortie de la Charité divine et écoulée, des mains de Jésus, jusqu'au plus intime de l'âme de ses apôtres. C'était, si l'on peut s'exprimer ainsi, la joie sacerdotale.

Le prêtre souffre, il souffre plus qu'un autre, peut-être, puisqu'il doit vivre toujours au-dessus de lui-même, perpétuellement séparé de tout ce qui n'est qu'humain. Mais, s'il est fidèle, il ressent pourtant, au fond de son âme, un sentiment de joie surnaturelle, une sérénité tranquille, une onction particulièrement douce qui, de son fond intime, se répand jusqu'à son extérieur. Ordinairement, le prêtre fidèle et fervent est joyeux. Tous les matins, en montant à l'autel du sacrifice, il répète avec le Psalmiste : « Je m'approcherai de l'autel de Dieu, du Dieu qui réjouit ma jeunesse 60). p La pureté de sa vie, l'onction de la joie sacerdotale, lui gardent en effet la jeunesse, et, jusque dans un âge avancé, le prêtre conserve une fraîcheur d'âme, une vivacité de sentiments, une délicatesse d'impressions que les autres hommes ne sauraient avoir.

Un seul amour remplit le coeur du prêtre : l'amour de Dieu! Cet unique et vivifiant amour ne trompe pas. Une seule ambition l'exalte et le conduit : la gloire de son Dieu! Cette noble ambition n'est jamais déçue. Aussi la joie inonde-t-elle son âme, et elle est pour lui une première et magnifique récompense des sacrifices qu'il s'est imposés. Elle est un avant-goût de la béatitude promise aux vaillants soldats du Christ, assurée aux amis particuliers du Sauveur.

Dix jours après l'Ascension, le Consolateur promis, l'Esprit d'amour qui procède du Père et du Fils, était envoyé par Jésus à ses chers apôtres, pour compléter son oeuvre en eux, pour achever de les instruire, pour les éclairer, les fortifier et les enrichir des dons les plus excellents. L'Amour Infini ne garda point ce jour-là de mesure ni de réserve, et il s'écoula avec une si grande affluence sur le Sacerdoce, que Pierre et ses frères ne furent pas seulement nourris et rassasiés par la grâce, mais qu'ils furent véritablement enivrés par seul et tellement transportés par l'amour, qu'un seul instant suffit à les transformer.

Depuis ce don ineffable de l'Esprit-Saint fait par Jésus à son Sacerdoce, pas un jour, pas une heure peut-être, qui n'ait été marquée par des témoignages nouveaux de la tendresse du Coeur de Jésus pour ses prêtres. Dans la longue suite des âges, nous voyons cet Amour Infini envelopper le Sacerdoce, et le Maître divin travailler avec lui, combattre pour lui, vivre en lui.

Durant les longs siècles où le sang chrétien inondait la terre, le Sacerdoce était là, au premier rang des martyrs, encourageant les faibles, soutenant ceux qui chancelaient. Combien de Pontifes et de prêtres ont alors reçu la palme des victorieux !

Quand les hérésies paraissent, le Sacerdoce est là pour défendre la vérité en péril. Ce sont les Grégoire, les Basile, les Augustin que Jésus illumine, et dresse comme une invincible barrière devant l'erreur et le mensonge.

Le Sacerdoce ! Que Jésus le fait grand dans un Ambroise repoussant le Maître du monde du seuil de sa cathédrale, et le forçant à plier les genoux dans la pénitence ! Qu'Il le fait puissant dans un Léon, arrêtant d'un geste, le torrent débordé des Barbares !

Et pendant cette période de transformation où une civilisation nouvelle s'élaborait, c'est le Sacerdoce encore que nous voyons éclairant de sa lumière les nations naissantes et les peuples nouveaux. Que de grands Pontifes sur la chaire de Pierre ! Que de saints évêques portant dans tous les royaumes, avec la foi chrétienne, les splendeurs de la morale évangélique ! Plus tard, c'est la voix d'un Pontife, la voix d'un prêtre, qui ébranlent l'Europe entière et la jettent, enthousiaste et frémissante, à la conquête du tombeau du Christ.

La divine Théologie, la philosophie, les sciences, les arts mêmes, reçoivent du Sacerdoce une impulsion nouvelle. On voit éclore, sous son souffle vivifiant, les immortels écrits d'un Thomas d'Aquin et d'un Bonaventure, en même temps que la merveilleuse architecture de nos cathédrales gothiques.

A côté des sciences et des arts, brillent les plus sublimes vertus, et, si nous suivons le cours des siècles, nous verrons toujours Jésus combler de ses plus divines faveurs ses Pontifes et ses prêtres. Il couronne son Sacerdoce de toutes les gloires : Il lui donne l'empire des âmes; ILdans la souffrance, fort contre les ennemis de la foi, ardent à la poursuite des âmes.

C'est, tour à tour, Dominique et ses Prêcheurs; les fils humbles et dénués de Saint-François; le prêtre chevalier Ignace et sa troupe d'élite;

Néri et les prêtres saints qui le suivent. C'est le grand évêque de Milan unissant, à la pourpre cardinalice, la pauvreté du Christ et les austérités des anachorètes. C'est l'évêque de Genève, le doux et le fort, le maître de la piété et le docteur de l'Amour.

C'est, pour ne s'arrêter qu'à la France , durant ces siècles si féconds en grandes et saintes oeuvres, un Vincent de Paul rempli de la charité du Sauveur, et cette phalange de saints prêtres, les Bérulle, les Condren, les Ollier, et les fervents disciples qu'ils forment. Ce sont les grands orateurs, faisant resplendir la vérité du haut de la chaire chrétienne, et cette foule de vaillants missionnaires, issus de toutes les nations, faisant germer par leurs sueurs et leur sang, sur toutes les plages, des chrétientés nouvelles.

Pendant les jours ténébreux de la Révolution française, à combien de prêtres fidèles Jésus n'accorde-t-il pas l'honneur et la grâce de verser leur sang pour son nom ? D'autres prennent le chemin de l'exil; d'autres encore, avec un dévouement admirable, exposent leur vie pour le salut des âmes.

Et pendant ce grand siècle qui vient de finir, Jésus a-t-Il fermé ses mains et arrêté le cours de ses dons ? Nous voyons, couronnés de la tiare, d'admirables Pontifes : Pie IX rempli de la bonté du Sauveur, si grand dans l'infortune, si patient et si fort dans les disgrâces, le proclamateur de l'Infaillibilité et de l'Immaculée Conception. Et Léon XIII, illuminant le monde par la lumière de ses immortelles encycliques, roi sans territoire, sans trésor et sans armée, dominant tous les rois du monde et devenant leur arbitre.

En Allemagne, en Italie, en France, partout, des évêques, dignes successeurs des Apôtres, résistent, par la force du Christ, aux envahisse­ ments de la révolution, se livrant eux-mêmes aux coups de l'impiété pour défendre les brebis de leur bercail. Nous en voyons mourir sur les barricades, ou sous les balles des ennemis de Dieu, victimes saintes immolées pour le peuple.

Et tant de prêtres, instituteurs d'oeuvres de zèle ; tant de lutteurs de la parole, tant de fervents et de pieux !... Et ceux-là, les petits et les ignorants : les Vianney, les Eymard, les Chevrier, les Cottolengo, les Bosco et tant d'autres, gratifiés par Jésus, l'ami des humbles, des dons les plus merveilleux, et élevés, par Lui, si haut dans la sainteté !

Oh ! combien Jésus l'a aimé son Sacerdoce ! Combien de preuves de son immortel amour Il lui a données pendant les dix-neuf siècles écoulés depuis son entrée dans la gloire ! Le Maître divin n'a pas cessé un seul instant de vivre dans ses prêtres, et ce sont ses vertus divines, c'est sa très lumineuse intelligence, ce sont les splendeurs de son âme et les bontés de son Coeur sacré, que nous avons vues tour à tour reluire en eux. Jésus a versé son âme, Il a communiqué son Coeur à son Sacerdoce : voilà ce qui, pendant tant de siècles, a fait les prêtres si grands ! Voilà ce qui les a faits si purs, si bons, si charitables et si éclairés !

TRENTE-TROISIEME LECTURE

CHAPITRE VI

Amour de Jésus pour ses Prêtres à l'heure actuelle.

Tant d'ineffables dons d'amour n'ont pas épuisé le Coeur infiniment aimant de Jésus. A l'aurore de ce xxe siècle, Il est aussi ardent, aussi tendre pour le Sacerdoce, qu'aux jours où II le formait de ses mains, et où, après l'avoir instruit par sa parole et ses lumineux exemples, Il l'envoyait à la conquête des âmes.

Du haut du trône de sa gloire, du fond de ses tabernacles solitaires et trop abandonnés, Il a vu, cet adorable Sauveur, l'humanité, égarée par un souffle d'indépendance, secouer le joug bienfaisant de sa loi et s'écarter de la voie droite. Il a vu les flots du mal monter vers les âmes. Il a vu l'idolâtrie de la matière, le culte de la raison humaine, remplacer, dans l'esprit de l'homme, la foi à l'Etre créateur, la connaissance de son propre néant, et l'espérance de ses immortelles destinées. Il a vu l'égoïsme froid et ses calculs indignes dévorer, comme un chancre malin, le coeur de l'homme, créé pour un amour infini et les expansions du dévouement. Il a vu le scepticisme, la négation de toute action surnaturelle, la soif de l'or et les avilissements de l'impureté, agir comme de puissants dissolvants sur toutes les sociétés humaines, et, brisant tous les liens, désagréger et détruire la famille, la fraternité sociale et l'homogénéité des nations.

Il a vu le monde chanceler sur ses bases, et, saisi d'une immense pitié pour cette humanité rachetée de son sang, pour cette humanité ingrate qui se détourne de Lui, Il s'est penché vers ses prêtres et leur a dit : Venez à moi, mes fidèles, mes bien-aimés; venez m'aider à reconquérir les âmes ! Voilà que, de nouveau, je vous envoie pour enseigner les nations : donnez-leur le salut par la vérité de vos paroles et par la lumière de vos exemples.

Et comme il vous faudra combattre et que vous aurez à souffrir ; que vous travaillerez à ma gloire et que vous me donnerez des âmes, je veux vous faire un don, précieux entre tous les dons : Je vous donne mon Cœur ! Je vous le donne comme un glaive et comme un bouclier dans vos combats ; comme un guide, une lumière dans vos voies ; comme un consolateur dans vos peines. Puisez sans crainte dans les trésors d'amour qu'il contient. Puisez pour vous-mêmes d'abord ; enrichissez-vous de sa plénitude; remplissez-en vos coeurs jusqu'à ce qu'ils en débordent. Puisez pour les autres encore ; répandez mon amour dans les âmes ; portez partout ce feu divin qui doit purifier et renouveler la terre !... Et Jésus, attirant son Sacerdoce sur sa divine poitrine, lui a donné son Coeur adorable, gage de son incomparable amour.

Mais Il a pensé, ce Maître divin, que peut-être Il ne serait pas entendu de tous, et qu'on douterait de sa parole. Alors Il a tiré de son Coeur un don d'amour, visible à tous les regards. Il fait à son Sacerdoce encore une nouvelle grâce, apparente cette fois et tangible.

Une grande lumière venait de disparaître du ciel de l'Eglise ; un grand pape était descendu dans la tombe, et le monde était dans l'attente. Les enfants du siècle, dans leur folle présomption, désignaient d'avance, selon leurs inclinations, le successeur de Pierre. Les fidèles priaient ; les cardinaux incertains cherchaient l'Élu du Seigneur. Mais l'Esprit-Saint, l'Esprit d'amour, planait sur le conclave, et sa divine influence fit sortir du sacré calice le nom de Joseph Sarto. Le monde demeura frappé d'étonnement, et l'Eglise s'agenouilla pour recevoir, de la main de Jésus- Christ, le Vicaire qu'Il s'était choisi.

Le Sacerdoce comprit vite quel ineffable présent le Coeur de Jésus lui faisait en lui donnant pour père et pour guide le Patriarche de Venise. Quel, mieux que celui-là, serait à même de régir le troupeau du Christ : les agneaux et leurs mères ? Quel, mieux que celui-là, pourrait comprendre, et la grandeur du prêtre, et les difficultés qu'il rencontre, et l'action qu'il peut avoir, les besoins de son âme et de son cœur ?...

Issu d'une humble famille, comme le plus grand nombre des prêtres, le Pape nouveau avait vécu, dans sa jeunesse, de cette vie austère et studieuse des écoliers pauvres. Il s'était élevé, par les seules forces de son intelligence, au-dessus de sa condition. Plus tard, il avait dû, comme tant d'autres, à de charitables protections, l'entrée du séminaire. Puis il avait suivi tous les degrés du sacerdoce. Il avait connu l'humble dépendance et les fatigues du vicariat, la solitude de la petite cure de campagne, la vie frugale et dévouée du pauvre pasteur de village. Il avait longtemps, pour la seule gloire de son Dieu, donné le meilleur de lui-même aux âmes confiées à ses soins.

Puis sa lumière avait paru aux regards. Distingué des autres par ses fortes et douces vertus, il avait gravi peu à peu les degrés supérieurs de la hiérarchie, et, toujours égal à lui-même, aussi modeste sous la mitre de l'évêque et sous la pourpre du cardinal que dans l'humble cure d'un village, il s'était montré partout le modèle du prêtre, du prêtre selon le Coeur de Dieu : fervent dans la prière, dévoué aux intérêts de Jésus, zélé pour la vérité, revêtu de la bonté et de l'humilité du Sauveur, chaste et austère dans sa vie, miséricordieux pour les pécheurs, rempli d'amour pour Jésus, son adorable Maître, pour Marie, sa mère immaculée, pour l'Eglise et pour les âmes !

Et à peine cet Elu est-il assis sur la chaire de Pierre que, poussé par une inspiration divine, il va vers le Sacerdoce. Dans sa première encyclique, dans ses premières paroles adressées au monde, Pie X, en effet, ne laisse-t-il pas percer l'ardent amour de son coeur pour les prêtres ? Comme Jésus, son divin Maître, il les veut saints, zélés, fervents et dévoués aux âmes. Il les veut supérieurs à tous par la science, sans doute, mais surtout par la vertu. II les veut remplis de cette flamme apostolique des premiers prêtres formés par Jésus. On sent, dans les paroles de Pie X, un coeur épris de la grandeur et de la beauté du Sacerdoce; un coeur résolu d'entourer de sa sollicitude cette partie la plus noble et la plus chère de son troupeau. Ce père, ce pasteur des brebis du Christ, n'est-il pas un don d'amour du Cœur de Jésus à ses prêtres ?

Le divin Maître leur a donné ce témoignage visible de son amour. Il leur a donné, en leur présentant son Coeur, la coupe ineffable, le divin calice d'où l'Amour Infini s'épanche. Que pourrait-Il leur donner de plus ? Rien, sans doute. Mais ce qu'Il peut, c'est se redonner toujours ; c'est de presser toujours plus étroitement sur sa poitrine sacrée un Sacerdoce, si passionnément aimé depuis vingt siècles ; c'est de rendre ses prêtres toujours plus semblables à Lui, toujours plus dignes de son immortel amour !

Nous avions comparé, au commencement, l'amour du Coeur de Jésus à un fleuve aux eaux profondes et limpides. Nous nous étions plu à remonter vers sa source, et à voir l'amour pour le Sacerdoce jaillir de ce Coeur divin dès le premier instant de sa conception. Jamais, depuis lors, il n'a cessé de s'en épancher. Toujours, la tendresse passionnée de Jésus pour le Sacerdoce est sortie de son Coeur sacré avec une royale abondance.

Nous avons essayé de suivre, à travers le temps, le cours de ce fleuve d'amour. Combien il nous aurait été doux de nous asseoir sur ses bords, de nous y arrêter longtemps, de contempler, durant de longues heures, le clair miroitement de ses flots !... Il a fallu passer !...

Il coulera encore longtemps ce fleuve divin, en fécondant ses rives. La fidélité des prêtres saints à correspondre à l'amour de Jésus, leurs admirables vertus, leur dévouement et leur pureté seront les affluents dont il sera grossi, et il ira enfin précipiter sa nappe éblouissante dans l'im­ mense océan de l'Amour éternel !

Et l'amour de Jésus pour ses prêtres n'aura jamais de fin !... Après leur avoir donné, dans le temps, la juridiction des âmes, Il les prendra pour ses assesseurs au dernier jugement, et, durant l'éternité tout entière, ils resteront avec Jésus, le Prêtre éternel et l'éternelle Victime, toujours prêtres et toujours victime s à leur Dieu. Ils seront à jamais devant la Majesté suprême, avec l'Agneau toujours immolé, comme un sacrifice perpétuel de louange et d'adoration.

Perpétuellement aussi l'Amour Infini, auquel ils rendront honneur et gloire, les comblera de ses dons, et parce qu'ils auront travaillé, sur la terre,à répandre ses brûlantes flammes, Il les enivrera éternellement de ses chastes et divines délices !

O Jésus ! notre douce miséricorde, de quel amour votre Coeur ne brûle-t-il pas pour vos prêtres ! Ils sont l'objet de votre ineffable tendresse, de vos divines sollicitudes. Vous les attirez à vous avec des paroles si suaves, avec des plaintes si touchantes ! Comme un tendre agneau, blessé par la malice des hommes, vous gémissez doucement pour appeler ceux qui peuvent vous soulager et vous guérir. Vous avez soif d'amour, vous avez soif des âmes, et vous tendez vos lèvres altérées vers ceux qui peuvent étancher votre soif...

Vos prêtres ! C'est près d'eux, divin Jésus, que vous venez chercher la consolation de votre Coeur sacré. C'est en eux que vous voulez trouver tout ce que le monde vous refuse : la fidélité, le dévouement, la confiance, l'amour. C'est par eux que vous voulez opérer tout ce que votre divine Charité a résolu d'accomplir pour le salut de l'humanité. C'est par leur voix que vous voulez appeler le monde à vous; par leurs bras que vous voulez enlacer les hommes et les presser sur votre poitrine; par leurs travaux et leurs sueurs que vous voulez féconder la terre; par l'ardeur de leur amour que vous voulez réchauffer le monde. C'est sur eux que vous comptLz pour vaincre le mal; c'est d'eux que vous voulez recevoir la gloire du triomphe ! O Jésus ! miséricordieuse Bonté, que vous aimez vos prêtres !

 
Références partie 3
 
(1) Joan, 1, 29.
2-Luc., u, 46.
3- Vade, ostende te sacerdoti (Matai., Yin, 4; Luc., y, 14; Marc., 1, 44).
4-Super cathedram Moysis sederunt... Omnia ergo quœ­ cumque dixerint vobis, servate, et facite; secundum opera vero eorum tolite facere (Matth., xxm, 2-3).
5-Quia expedit unum hominem mori pro populo (Joua.,XVIII, 14). Expedit vobis ut unus moriatur homo pro populo (faon., xt, 50).
6-Cum esset Pontifex anni illius, prophetavit... (Juan., XI, 51).
7-  Numquid et vos vultis abire (Joan., vt, 68).
8-Luc., lx, 1; Matth., x, 1.
9- Luc., x, 1; Matth. lx, 37.
10-  Venite... et requiescite pusillum (Marc., vi, 31).
11-  Quia vobis datura est nosse mysteria regni ccelorum (Matth., xm, 11).
12-  Habete fiduciam,' ego surn, nolite timere (Matth., xlv, 27).
13- Desiderio desideravi hoc Pascha manducare vobiscum antequam patiar (Luc, xxii, 15).
14- Vos mundi estis (ban., mn, 10).
15- Match., x, 40. CH. III. —
16- Accipite et comedite... Bibite ex hoc omnes (Match., XXXVI,26-27
17-Hoc facite in meam commemorationem (Luc., xxit, 19
; I Cor. XL,24
18-Vos autem estis qui permansistis mecum in tentationibus meis. Et ego dispono vobis, sicut disposuit mihi Pater meus, regnum (Luc., XXII, 28-29).
19- Joan., xm, 33; Marc., X, 24.
20-Joan., XIV, I-3.
21-  Joan., xlv, 16-18.
22-  Qui autem diligit me, diligetur a Patre meo (Juan., xlv, 21).
23-Ego sum vitis, vos palmites xv, 5).
24-  In hoc clarificatus est Pater meus, ut fructum plurimum afferatis... Sicut dilexit me Pater, et ego dilexi vos. Manete in dilectione mea (Joan., xv, 8-9).
25-Joan., III, 29.
26- •  Numquid potestis filios sponsi, dum cum illis est spon­sus, facere jejunare? (Luc., v, 34). Numquid possunt filii spon­ si lugere, quandiu cumillis est sponsus? (Matth., lx, 14-15).
27- Vos amici mei estis... Jam non dicam vos servos... vos auteur dixi amicos (Joan., xv, 14-15).
28- Ego elegi vos et posui vos (Joan., xv, 16).
29- Ego elegi vos de mundo (Wu.; xv, 19).
30- Ipse enim Pater amat vos, quia vos me amastis (joan_, xvt, 27).
31- Hœc locutus sum vobis, ut in me pasem habeatis. In mundo pressuram habebitis: sed confidite, ego vici mundum (Joon., xvi, 33).
32- Luc., x, 3.
33-  Ego pro eis rogo (joan, xvii, 9). Cil. Ill.
34- Non pro eis auteur rogo tantum, sed et pro eis qui cre­ dituri sunt per verbum eorum in me (Juan., xvii, 20).
35-  Non pro mundo rogo, sed pro his quos dedisti mihi (Joon., xvii, 9).
36-  Ut sint unum sicut et nos unum sumus ()Gan., XvII, 22).
37- Et pro eis sanctifico meipsum, ut sint et ipsi sanctificati in veritate (Joon., xvii, 19).
38- Amice, ad quid venisti? (Matth., XXVI, 50).
39- Si ergo me qumritis, sinite hos abire (Joon., xviii, 8).
40-  Matth., xxvi, 70, 72, 74.

41-Vade autem ad fratres meos, et dic eis: Ascendo ad Pa­ trem meum et Patrem vestrum, Deum meum et Deum vestrum (ken., xx, 17).
42- Matth., xxvill, 10.
43-  Juan., xlv, 12.
44- Apparuit Simoni (Luc., xxiv, 34).
44-Pax vobis... quid turbati estis? (Luc., xxlv, 36-38).
45- Luc., xxl v, 39-41.
46-  Joon., xx, 22-23.
47- Gen., n, 7.
48- Accipite Spiritum Sanctum. Quorum remiseritis pec­ cata, remittuntur eis, et quorum retinueritis, retenta surit (Joon., xx, 22-23).
49-Infer digitum tuum hue, et vide menus meas, et alter rnanum tuam, et mitte in latus meum; et noli esse ineredeaus sed fidelis (Joon., xx, 27).
50- Pueri, numquid pulmentarium habetis? (Joan., xxt, 5).
51- Dicit ei tertio : Simon... amas me?... Domine, tu omnianosti: tu scis quia amo te. Dixit ei: Fasce oves meas (Joan, XXI, 17),
52-  Simon..., diligis me plus his?... Etiam Domine... Fasce agnos meos (Joan., xxi, 15).
53- Simon... diligis me?... Etiam Domine... Fasce agnos meos (borin., xxi, 16).
53- Data est mihi omnis potestas in calo et in terra. Euntes ergo docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti: docentes eos servare omnia quzecum­ que mandavi vobis (Matth., xxvill, 18-20).
54-  Et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus, usque ad consummationem szeculi (Matth., Xxvin, 20).
55-  Qui vos audit, me audit (Luc., X, 16).
56- (3) Qui vos spernit, me spernit (Luc., x, 16).
57- Vos autem testes estis horum (Luc., xxiv, 48).
58-Act., 1, 8.
59- Luc., xxiv, 52.
60- Introibo ad altare Dei, ad Deum qui lœtificat juventutem meam (Ps., XLII, 4).