Le P. Tilmann, oratorien philippin allemand, est actuellement un des plus grands maîtres de la psychologie des jeunes et de leur initiation religieuse en profondeur. Le nouveau catéchisme dont il est l'un des auteurs, a été traduit en vingt-trois langues. Le livre présenté aujourd'hui par ALSATIA aura déjà atteint son centième mille dans l'édition originale. A un sens pédagogique rare il joint le souci d'une vraie vie spirituelle. En vrai fils de saint Philippe Néri il sait adapter à notre temps un double souci qui seul permet d'échapper aux formules: bâtir sur du solide, échapper aux vues superficielles. En Allemagne la réaction est très nette, les chiffres cités ici le prouvent. En France, une plainte s'élève, elle vient des jeunesauxquels ce livre est destiné.
Il est impossible de prêcher une retraite dans des classes d'adolescents ou d'adolescentes, et bien davantage encore des retraites de fin d'études, sans entendre une réflexion, toujours la même: « à force de vouloir nous faire prier communautairement, oubliant complètement la préparation à une vie intérieure personnelle, trop de maîtres, trop de religieuses, trop d'animateurs de célébrations liturgiques ou soi-disant telles oublient que seule une vie d'oraison réelle nous permettrait d'en vivre ». Il faut en dire autant de la messe chantée et de l'office.
Comme il est triste ce mot si souvent entendu: « C'est en sommeillant doucement que nous attendons que le ,chant d'entrée' commence; dans le même état d'esprit nous attendons le chant de l'offertoire' ; sans réaction personnelle nous attendons le ,chant de communion et nous nous séparons sur un chant plus ou moins bien choisi et qui n'a préparé aucune prise de conscience réelle!! » De relations personnelles avec le Seigneur il est à peine question, et nous n'attendons qu'une « spiritualité en pièces détachées » de trop d'introductions aux divers textes du missel.
Les membres les plus éminents de l'épiscopat, les supérieurs de séminaires s'en préoccupent; les éducateurs, s'ils ne se laissent pas griser par les réussites faciles ou trop primaires, s'inquiètent aussi; les familles s'en font l'écho jusque dans la presse à grand tirage. Dans une étude d'ensemble, le P. Bouyer écrivait (Vie Spirituelle) que « la prière, le contact avec Dieu, s'ils doivent se situer dans l'Eglise, se chercher à son école, sont finalement l'oeuvre de chacun, demandant un effort personnel et irremplaçable et ne donnant leur fruit ici-bas qu'au plus secret de l'âme... Parmi les jeunes, ajoutait-il, ce qui nous frappe le plus depuis plusieurs années, c'est un besoin, une revendication faudrait-il dire plutôt, d'intériorité.
Ce besoin pourrait virer brusquement à l'individualisme si nous commettions la faute irréparable de n'y voir qu'une paresse d'attardés, entêtés que nous sommes à leur fourrer un bon missel dans la main, ouvert à la page adéquate... les attardés c'est nous si nous ne savons pas comprendre à temps un besoin si légitime. »
« La vraie, la plus saine conception n'est-elle pas dans la floraison des dons du Saint-Esprit, le simple développement normal dans une âme fidèle de la grâce baptismale? Cette mystique doit croître normalement, par la foi dans la charité, d'une appréhension de plus en plus réelle du Mystère du Christ. »
Pour faire oeuvre utile dans la communauté, le jeune garçon, la jeune fille, doivent cultiver leurs dons propres, retrouver un sens juste et un goût authentique des choses spirituelles, afin d'être capables de les actualiser dans les conditions de vie qui sont les leurs.
Le P. Tilmann leur ouvrira des perspectives renouvelées et savoureuses sur l'examen « en hauteur » de leur conscience, sur le véritable esprit de pénitence, sur un sain équilibre et la discrimination pleine de sagesse entre celui-ci et le véritable sacrifice. Montrant combien le joug est doux parce que bien ajusté, le fardeau léger parce que proportionné aux forces et à la grâce, il indique combien la divine manière d'agir est personnelle, car «toujours ce sont les rencontres avec la situation et les interrogations des hommes qui provoquent les actes et les réponses de Jésus assumant si absolu ment le devoir de l'amour envers les pécheurs... »
Direct et concret, traduit avec élégance et un grand souci de la spiritualité des adolescents de France par Jeanne Ancelet-Hustache, ce petit livre leur apportera, ainsi qu'à ceux qui les aident sur les routes du Royaume, avec des sujets de méditation et de réflexion, des moyens pratiques pour trouver dans la « piété de l'Eglise » et dans la sainte liturgie une participation « à la mort et à la résur rection du Christ, une parfaite conversion à Dieu pour être transformés dans l'amour » en un « être qui jusqu'au fond de lui-même soit joyeux, vivant, plein de sève, un être de Dieu, un être complet ».
GASTON MORIN
Prêtre de lOratoire de France
En la fête de sainte Thérèse d'Avila, octobre 1960.