DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
L'oraison simplifiée
Titre de la page:

Quelques-fortes-raisons.

Nom de l'auteur:
Père Mathias Croonenborgh. o.f.m.
Traducteur Père Évarististe Coopens, o.f.m.

 

 

 

6- Première Partie

Des aridités et distractions

De la manière de faire oraison

Chapitre V

Des aridités et distractions dans la prière, et de leurs remèdes.

Pratiquer l’oraison et y persévérer est certes une des choses que les âmes avides de perfection doivent prendre le plus à cœur ; car une personne dévote sans l’oraison est comme un corps sans âme. On peut dire en vérité que l’était religieux, si saintement qu’on y ait débuté, perdra son éclat et courra grand risque si on néglige l’esprit de prière, comme le prouvent d’ailleurs des expériences multiples.

Mais ce qui souvent rebute de bonnes âmes ou les attristes, et bien souvent les met ainsi en péril de délaisser un exercice pourtant bien commencé, c’est en premier leur l’aridité, l’inappétence ou l’insensibilité qu’elles éprouvent dans la prière : étant privées de toute émotion sensible et de toute saveur dans la dévotion, leur cœur devient, dans l’oraison, sec comme la pierre dur comme le métal, froid comme la glace, et cela leur fait craindre, et même croire vraiment que leurs prières ne plaisent pas à Dieu, qu’elles n’ont pas de dévotion, que tout est peine perdue et qu’elles emploieraient bien mieux leur temps à quelque autre chose.

Par suite de cette tristesse, beaucoup de débutants encore inexpérimentés dans le vie spirituelle tombent dans une grande erreur : délaissant l’exercice de la vraie prière mentale, ils deviennent souvent ( comme on peut le constater) plus tièdes, plus paresseux et plus inattentifs, même durant la prière vocale, qu’ils ne l’étaient auparavant dans le siècle. Et si l‘on veut en savoir le motif, cette difficulté provient souvent d’un manque la lumière, trop peu avertis de la vie spirituelle, ils ne savent pas en quoi consiste la vraie dévotion, et ne voient pas le profit que leur âme peut tirer de telles aridités en y pratiquant la patience, l’humilité, l’abandon à la Volonté divine, la parfaite résignation et la conformité au bon plaisir de Dieu,

Il faut donc bien noter ceci : que la vrai dévotion ne consiste pas dans la douceur qu’on goûte dans la prière, ni dans quelque émotion sensible du cœur et de l’esprit ; mais dans une promptitude de la volonté ; a vouloir toute ce qui est agréable à Dieu : ainsi, ceux-là sont vraiment dévots, qui en toute chose ne désirent que l’accomplissement de la très aimable Volonté divine ou qui s’efforcent de disposer leur cœur à n’aimer que ce que Dieu veut et désire (1 ).

C’est pourquoi, ô âme dévote, si, pendant la prière, vous êtes en butte à l’aridité, à la tristesse, à l’insensibilité, aux ténèbres, à l’inertie et à d’autres tourments de ce genre, ne vous en attristez pas et ne pensez pas que rester ainsi dénué de sentiments en le présence de Dieu, soit du temps perdu. Gardez-vous aussi de vous faire violence pour provoquer la dévotion sensible pour avoir arracher quelques pieuses larmes à votre cœur : de telles larmes ne peuvent plaire à Dieu, elles pourraient nuire à votre santé et engendrer le dégoût de la prière.

Mais exercez-vous à la patience, au complet abandon de votre volonté ; à la Volonté divine, au mépris et à l’anéantissement de vous-même, à la connaissance et à l’aveu de vous-même et de votre pauvreté, persévérez, malgré tout, à rester en prière tout le temps fixé pour l’oraison, convaincu que c’est une grande perfection que de rester ainsi devant Dieu, en une profonde humilité, dans le bourbier de votre néant, de la manière qu’il Lui plaît. Résignez-vous à tout ce qu’il veut faire de vous, désirant L’honorer, L’adorer et L’aimer parfaitement ; dépouillez votre volonté de toute volonté vous reconnaissant digne de toute faveur et ne désirant qu’une chose : que la Volonté de Dieu s’accomplisse en vous et en toute créature.

Vraiment, vous aurez fait de la sorte une très bonne oraison, encore que vous y demeuriez aussi sec qu’un bâton et aussi insensible qu’une pierre, Dieu aura pour plus agréable votre patience, votre humilité et votre bonne volonté, que les plus beaux sentiments d’une dévotion sensible.

La vraie dévotion consiste en ceci : persévérer patiemment malgré notre insensibilité, tenant la barque de notre volonté solidement ancrée, par la foi, à la Volonté divine.

Toutes les âmes peuvent très facilement mettre en pratique ce qui précède, pourvu qu’elles soient vraiment, profondément humbles ; qu’elles soient arrivées, par un anéantissement prolongé d’elles-mêmes, à ne plus rien désirer ou chercher hors de Dieu ou de Sa divine Volonté ; qu’elles se reconnaissant indignes de toute faveur ; voire que la moindre grâce, que Dieu leur fait leur paraisse au-dessus de leurs mérite ; qu’elles considèrent comme un insigne bienfait de pouvoir servir Dieu est demeurer en Sa présence, quoique sans aucune consolation, illumination ou émotions particulière : comme un pauvre à la cour du roi se contente facilement de ce qu’on lui donne, si peu que ce soit ; croyant que c’est assez, et même trop, qu’on le supporte et qu’on lui permette de rester à la cour au service du roi.

Oh ! veuille Dieu que toutes les amies de la prière aient cette profonde humilité ou s’y appliquent résolument ! Beaucoup alors demeuraient calmes et consolés dans les aridités et les vexations de l’esprit : ils seraient également fervents et prompts dans les autres exercices spirituelles, alors qu’ils se verraient privés de toute consolation ou dévotion sensible.

Dieu, qui éprouve les siens, permet souvent que Ses amis de prédilection tombent en de si grandes désolations aridités et tentations, qu’ils s’imaginent s’être égarés et ne plus Lui plaire, alors qu’ils Lui sont très agréables. Dieu, comme un bon Père prudent, fait tout cela pour les purifier, pour leur donner de bas sentiment d’eux-mêmes, les retenant ici-bas, comme de petits enfants, dans l’humilité, pour en faire plus tard de grands saints dans le Ciel.

Il arriva un jour, dans le royaume de Valence, qu’ayant abattu des cyprès , on les laissa ensuite longtemps couches dans la boue. Et comme on demandait aux bûcherons pourquoi ils n’enlevaient pas ces arbres, l’un d’eux répond : «C’est parce qu’on veut en faire d

Par quoi on saisit facilement comment Dieu laissant sainte Thérèse pendant dix-huit ans dans l’aridité : c’était pour en faire une Mère séraphique; pourquoi sainte Catherine de Sienne sembla abandonnée pendant cinq ans au milieu des plus impures tentations : c’était pour en faire une fille selon le cœur de Dieu.

Si donc vous aussi voues êtes abandonné dans aridité, ayez confiance ; c’est que par une Providence éternelle, l’Artiste céleste veut faire de vous une belle statue.

Une âme toute simple avait l’habitude de dire en cette occurrence : «Seigneur, voici la pierre : frappez- la et taillez-la comme il Vous plaît.» Ensuite elle demeurait ainsi par la foi en la présence de Dieu avec une complète résignation, et, bien qu’elle fût assaillie des plus terribles tentations, comme en pourraient avoir les démons de l’enfer, elle persévéra néanmoins pendant de longues années avec une telle constance et que si parfaite docilité qu’elle semblait vraiment n’être qu’une pierre. Mais après cette épreuve, Dieu la tailla si artistiquement qu’elle devient une des plus grandes saintes qu’eût jamais connues le royaume de Catalogne et qu’elle fonda l’ordre des Capucines de Barcelone

Un Illustre prédicateur de l Compagnie de Jésus qui ne savait pas prier (à ce qu’il lui semblait) fit très longtemps en son oraison cette humble prière : «Seigneur, je ne suis qu’une bête et je ne sais pas prier. Je vous en supplie, enseignez-moi comment je dois prier.» Par là il fut tellement agréable à Dieu qu’il obtint un don spécial d’oraison.

O âme dévote, humiliez-vous donc au moment des aridités spirituelles et dites avec le Prophète : «J’étais devant Vous comme une bête de somme : néanmoins je suis toujours demeuré avec Vous (2) », ou encore : «Seigneur, je ne sais pas prier, cependant je veux demeurer en Votre présence jusqu’à la fin, et souffrir pour votre Amour toute ce qu’il Vous plaira.» C’est ici la principale épreuve à laquelle Dieu reconnaît ses vrais adorateurs et les véritables amis de la prière, comme l’a très bien remarqué le savant P. Avila. Celui qui aura une fois franchi cet obstacle, surmontera aussi facilement les autres difficultés qui se présente dans la vie spirituelle.

Celui qui persévère ainsi fidèlement dans l’oraison, sans goût ni consolation d’aucune sorte, deviendra un parfait adorateur et goûtera du moins les fruits d’une sainte prière, car, encore que cette âme n’ait pas priée avec toute la dévotion qu’elle eût souhaité, néanmoins elle aura plu à Dieu, qui ne demande qu’à être adoré en esprit et en vérité.

La principale gloire d’une âme vertueuse est de pouvoir imiter les vertus dont Jésus nous donna l’exemple sur la croix : or parmi ces vertus une des plus éminentes, c’est qu’étant attaché à la croix, Il a persévéré jusqu’à la fin, dans la prière, sans accepter de consolation d’aucune sorte.

Or donc, ô âme dévote, moins vous aurez de consolation, de goût et d’émotions sensibles, plus vous aurez à souffrir de l’abandon de votre Bien-Aimé qui, sur la croix, s’écria d’une voix a lamentable : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonnée !» (3)

Sans doute, cela coûte de l’effort, au point qu’aucun labeur n’est comparable à celui de l’oraison (4), comme l’on noté beaucoup d’anciens Pères alors surtout que le cœur languit dans les aridités fâcheuses ; mais si nous persévérons dans ce travail, nous en serons surabondamment récompensés.

Dans tout bon propos ou dans toute bonne action que Dieu nous inspire pour nous exercer au parfait abandon, Il regarde bien plus notre bonne volonté que l ’exécution, qui n’est pas en notre pouvoir. Abraham, n’ayant eu que la volonté d’offrir son fils en sacrifice mérita autant devant Dieu que s’il l’avait réellement sacrifié. Si quelqu’un entrait dans une maison avec l’intention bien arrêtée de voler, sans toutefois faute d’occasion, exécuter son projet, je vous le demande, cette seule intention ne serait-elle pas coupable ? oui, certes (5)

Or donc, puisque Dieu est plus porté à la miséricorde qu’à la sévérité, qu’Il désire davantage récompenser les bons désirs que de punir les mauvais, Il agréera et récompensera la bonne volonté que vous avez de lui plaire et le désir que vous avez de prier convenablement, bien que vous ayez demeuré complètement aride et sans aucune sentiment dans l’oraison.

Le deuxième source de chagrin que les âmes dévotes rencontrent dans la prière, sont les multiples distractions, les pensées inutiles et souvent biens laides qui surviennent pendant l’oraison et assaillent parfois les âmes les plus pures.

Cependant soyez convaincue, ô âme pieuse, que ces pensées vous sont plus utiles que nuisibles ; comme l’or se purifie dans le feu, ainsi les âmes saintes sont purifiées dans la fournaise de l’humiliation. Les distractions qui vous viennent involontairement ne nous causent point de grands dommage : mais elles nous donnent l’occasion de nous humilier, de reconnaître noter pauvreté et par conséquent de nous faire mérité davantage.

Ne laissez donc jamais ou n’abrégez jamais votre prière à cause de cet ennui, mais prolongez-la plutôt, quelles que soient plus pensées que vous incommodent malgré vous. Le meilleur moyen de les vaincre, c’est de ne pas les combattre, de ne pas les écouter, de les mépriser et de ne pas en faire plus de cas que si elles n’existaient pas, vous bornant à produire aussi souvent que possible de nouveaux actes d’amour et d’abandon (6).

C’est pourquoi, quand votre esprit, à cause des distractions, se trouvera écarté de la contemplation de Jésus crucifié, dont vous voulez faire voter méditation, tâchez de l’y ramener par vos saintes Plaies, ayez piété de moi «cela fait, poursuivez affectueusement votre oraison, le mieux que vous pourrez, et, au milieu de vos nombreuses distractions, dites quelquefois de cœur ; Notre Père qui êtes aux cieux, puisque je n’honore, ni ne loue, ni ne sers votre Majesté ici sur terre comme il convient, Je Vous supplie, que votre Non soit sanctifié, honoré et béni par Vous-même, et par le Plaies sacrées, par le précieux Sang et par le grand Amour de votre Fils bien-aimé, qui a laissé pour nous, transpercer son Cœur très doux.»

Le docteur séraphique , saint Bonaventure, à la fin de sa «Théologie Mystique» (7), a des paroles bien consolantes pour les âmes sujettes à des nombreuses distinctions et qui ont difficile de penser à Dieu et de détacher leurs pensées des choses créées : «Que de telles âmes, dit-il, s’efforcent de tenir leurs cœurs purs de tout péché, et que de temps en temps soupirent vers Dieu : quand elles ne diraient que ceci : «O mon Dieu, quand Vous aimerais-je tendrement ? Quand vous embrasserai-je ou quand Vous presserai-je sur mon cœur ?», si elles répètent cela affectueusement , elles expérimenteront que l’Amour divin s’allumera plus tôt dans leur cœur que si elles avaient médité mille fois les mystères les plus profonds de la foi, comme la génération éternelle du Verbe ou la procession ineffable du Saint-Esprit.»

Qu’elle plus grande consolation saurait-on nous donner que celle qui nous vient de ce Docteur Séraphique ? Semblables encouragements se trouvent encore chez le savant Suarez de la Compagnie de Jésus et chez beaucoup d’autres. Voilà pourquoi, une âme qui cherche Dieu ne doit pas s’affliger de ces aridités, distractions et pensées futiles et ne peut nullement, à cause d’elles, délaisser l’oraison.


7- Deuxième Partie

Pieux exercices sur chaque plaie du Christ en particulier
Quelques avis préalables sur la façon de faire ces exercices.

Quelques avis préalables sur la façon de faire ces exercices.

Chapitre I

Quelques avis préalables sur la façon de faire ces exercices.

Après avoir, aux chapitres précédents, explique brièvement une manière toute et simple de faire oraison et dont on peut se servir très aisément et sans grande fatigue d’esprit en méditait sur les saintes Plaies du Christ, en général, je vais maintenant, ô âme dévote, afin de vous mieux aider encore et de diminuer appréhender en ces exercices, vous proposer et vous exposer, pour chaque jour de la semaine, à commencer par le dimanche, une méditation très facile à comprendre et très aisée à pratiquer sur chaque Plaie en particulier. (1)

Je donnerai d’abord quelques textes de l’Écriture Sainte, qui serviront de fondement et d’appui à notre foi. Après viendra un formulaire d’affections propres à nous mettre en la présence de Dieu ; puis une simple considération sur la sainte Plaie de Jésus, suivie d’affection et de désirs.

Au surplus, j’indiquerai quelques points très faciles à retenir et d’après lesquels nous pourrons demander quelques grâces nous pourrons demander quelques grâces particulières ou celles que sollicitent les demandes du « Pater ».

L’exercice du « Pater » que l’on trouvera dans la prière méditation pourra être repris dans les autres. De même que celui de l’« Ave Maria » qui se troue au dernier chapitre.

Et ne vous plaignez pas, âme pieuse, si je vous exposer ces affections ou long et au large ; mon intention n’est pas de vous astreindre à toutes ni de vous encombrer par l’abondance de mes paroles,. Elles ne sont là que pour vous montrer le chemin, et indiquer comment une âme simple peut spécialement dans le « Pater » épancher ses sentiments.

Néanmoins il est souhaitable que les débutants les lisent toutes pendant un certain temps ; ils y acquerront plus vite et plus sûrement la manière d’exciter leur sentiments et de pratique l’oraison affective que leur deviendra ainsi facile, douce et profitable non seulement en cet exercice, mais encore en toute autre méditation. Et après, quand ils se seront ainsi exercés fidèlement en cette manière de prier, l’habitude, ou plus encore le Saint-Esprit, les instruira plus parfaitement ; peut-être même leur inspira-t-il une façon si excellente et si sublime d’enter par les Plaies dans l’intime du Cœur Sacré de Jésus, qu’aucun homme ne pourrait la leur enseigner.

Dieu lui-même, qui est « la Voie, la Vérité et la Vie » (2), leur apprendra à prier véritablement en « esprit » et en « vérité ». Ils sauront se plonger et se perdre en Dieu comme dans un océan, et plus ils s’y perdront plus ils s’y retrouveront. « Car celui qui perdra son âme, la sauvera » (3), dit-Il Lui-même.

Alors ils comprendront qu’ils ne se sont point égarés mais qu’ils marchent sur le droit chemin, quand même tout guide mortel ou toute aide humaine viendront à leur manquer. Car la Vérité infaillible, le Christ, témoignera dans leur cœur, disant : « Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (4).

Faites donc tout, ô âme dévotes, avec liberté d’esprit ; suivez cette manière de prier selon que votre âme se sentira attiré à produite peu ou beaucoup d’affections. Ne délaissez jamais, par paresse, ennui ou inconstance, cette bonne méthode que vous aurez adoptée ; mais d’autre part n’y soyez pas tellement attachée que vous n’osiez pas en changer quand le Saint-Esprit ou un direct bien expérimenté vos en proposera une plus sublime.

Les enfants d’Israël traversèrent la mer Rouge par des chemins différents mais pas opposés ; car après avoir passé, ils se trouvèrent tous réunis. Ainsi des âmes pieuses ; elles cheminent dans la prière par des voies différents ; les unes par la méditation, les autres par la contemplation, mais finalement elles se retrouvent rassemblés toutes en Dieu, qui est notre Terre promise

Je vous en supplie donc, âme bien-aimée, faites votre possible pour y employer un peu de temps le matin et le soir, autant que les obligations de votre état le permettent. Pensez en vous-même que, puisque vous ne laissez jamais de prendre le temps de manger et de dormir, quelles que soient vos occupations il est aussi raisonnable de prendre tous les jours le temps nécessaire pour nourrir votre âme par la prière et la faire reposer en Dieu.

Si l’obéissance, la nécessité ou la charité vous empêchent de la faire à moment, vous pourrez changer l’heure de votre prière ou la raccourcir et la ramener à une demi-heure, un quart-heure ou un demi-quart d’heure. Entre-temps ne négligez cependant jamais de recommander et d’offrir à Dieu, dévotement et avec attention, en quelques paroles au affections brèves mais vives et intimes, votre personne, vos affaires et tout ce qui vous intéresse, et soyez-en convaincu, malgré le peu que vous faites et le temps si court que vous y consacrez, votre pâme en tirera cependant grand profit quand bien même vous ne feriez que répéter, le matin et le soir, ces quelques demandes du « Pater » ;

« Notre Père qui êtes aux Cieux, je Vous prie par les saintes Plaies de Votre Fils que par toutes mes paroles et actions votre saint Nom soit sanctifié.

Par les peines et les tourments qu’Il a soufferts en ces Plaies, que Votre règne arrive. Éloignez de moi le règne du monde et du démon afin que par Votre amour vous puissez demeurer et régner dans mon cœur ». Etc.

Vous trouverez plus loin d‘autres manières très courtes de vous recommander tous les jours à Dieu.

Mais ceux qui disposent de plus de temps peuvent multiplier leurs affections comme il est marqué dans les exercices que fais suivre ici pour aider ceux qui sont encore peu expérimentés dans l’art de la prière


8- Deuxième Partie

Quelques fortes raisons en faveur de l’élection des saints Plaies.

Pieux exercices sur chaque plaie du Christ en particulier

Chapitre II

Quelques fortes raisons en faveur de l’élection des saints Plaies.

Bien que le conseil de tant de saints, cités au chapitre premier de cet ouvrage, dût, suffire à allumer en toutes les âmes pieuses une dévote affection à ce saint exercice, néanmoins il ne sera pas superflu, nous semble-t-il, d’ajouter encore, au seuil de ces exercices, quelques autres motifs pour lesquels on doit choisir tous les jours un refuge spirituel et un lieu de repos dans les Plaies bénies de Notre-Seigneur et dans son Cœur très doux.

Le première raison, c’est que les âmes chrétiennes y trouvent les moyens les plus efficaces de se purifier et de se guérir de leurs péchés.

«De même que les perles ont une vertu spéciale et peuvent même chasser certaines maladie, ainsi mes Plaies, disait le Christ à sainte Mechtilde (1), ont une telle efficacité qu’elles guérissent touts les langueurs de l’âme. Il y a des cœurs timides qui n’osent jamais se fier à ma tendresse et qui, dans leur frayeur, cherchent à fuit ma face. S’Ils se réfugiaient dans ma Passion et baissaient souvent mes Plaies avec amour, je les aurais bientôt délivrés de toute criante. D’autres ont un cœur volage et inconstant, ils courent d’une pensées à l’autre, un seul mot suffit pour les faire tomber dans l’impatience ou la colère. S’il se souvenaient de ma Passion, s’ils fixaient mes Plaies dans leur cœur ils acquerraient la stabilité et trouveraient la patiences.»

Il lui dit autre fois (2) :

«Mes Plaies sont comme autant de bouches ouvertes qui crient à la haute voix et qui demandent au Père le salut des hommes. Et depuis que je les ai reçues jusqu’à cette heure, elles calment et apaisent Sa colère contre le pécheur. Je te l’adjure, jamais un mendiant n’a reçu l’aumône accordée à ses clameurs importunes avec plus de joie que je n’en éprouve à recevoir une prière faite en l’honneur de mes Plaies…»

Lisez tout ce chapitre et vous y trouverez miel et sucre pour votre âme infirme.

Un jour que sainte Gertrude désirait savoir ce qu’elle apprendrait le plus utilement aux hommes pour leur profit spirituel, Notre-Seigneur lui dit : «Les hommes trouveront un grand avantage à se souvenir que Moi, Fils de la Vierge, je me tiens sans cesse devant Dieu le Père afin de plaider la cause du genre humaine. S’ils viennent à souiller leur cœur par suite de la fragilité humaine, j’offre mon Cœur sacré en réparation à Dieu le Père. S’ils pèchent par la bouche, j’offre ma bouche très innocente. S’ils offensent Dieu par leurs oeuvres, je présente mes mains transpercées pour eux. Ainsi, quelque que soit leur faute, toujours par mon innocence j’apaise le Père tout-puisant afin que les cœurs touchés de repentir obtiennent facilement miséricorde (3).»

Une autre fois, comme cette même vierge baisait les cinq Plaies vermeilles du Seigneur pour obtenir la rémission de tous les péchés des hommes commis par les cinq sens, elle vit aussitôt cinq ruisseaux abondants jaillir des plaies sacrées, répandant partout une grâce salutaire, et le entendit Notre-Seigneur lui dire ces paroles consolantes : «Si tu crois que j’ai été offert sur la croix à Dieu le Père parce que je l’ai ainsi voulu, crois aussi fermement que je désire encore m’offrir chaque jour pour tout pécheur avec autant d’amour que je me suis immolé pour salut du monde entier. C’est pourquoi tout homme, bien qu’ils se sente accablé sous l’énorme poids de ses crimes, doit espérer son pardon par l’offrande de ma passion et de ma mort. Il est assuré d’obtenir le fruit salutaire de la rémission, car il n’existe pas sur la terre de remède plus efficace contre le péché, pour que souvenir amoureux de ma «Passion accompagné de la pénitence et d’une foi sincère (4).»

La deuxième raison, c’est que cet exercice journalier est très agréable à Dieu et avance fort les âmes dans la voie illuminative et dans la perfection des vertus.

C’est ce que nous dite le doux saint Bernard
(5) par ces paroles toutes suaves : «Ah! Quelle multitude de moyens de salut, quelle plénitude de grâces, quelle perfection de toutes les vertus l’on trouve dans les Plaies de mon Seigneur Jésus ! La méditation de Jésus crucifié, s’écrie-t-il à un autre endroit ( 6), fait toute ma science, par perfection de ma justice, la richesse de mon salut, le nombre de mes mérites. C’est là ma philosophie sublime : lire au dedans et rocher au dehors Jésus crucifié, c’est-à-dire. L’aimer et Le contempler intérieurement et extérieurement, imitant Son humilité, Sa pauvreté, Son obéissance et toutes Ses autres vertus.»

La bienheureuse Marie de l’Incarnation, qui ne quittait jamais sa cellule sans d’abord baiser ces saintes Plaies, trouva dans cette pratique une si merveilleuse consolation et fit de si grands progrès dans toutes les vertus qu’elle devint tout consumée dans l’Amour de Jésus.

Sainte Gertrude, saluant un jour ces saintes Plaies, vit aussitôt s’échapper d’elles un rayon divin qui vint illuminer son âme, et qui sans aucun doute la rendit aussi brillante de vertus (7).

La troisième raison, c’est que par cette dévotion les âmes arrivent facilement à la parfaite union avec Dieu.

Car, comme Notre-Seigneur l’a révélé à sainte Magdeleine de Pazzi, l’offrande de ce Sang très sacré qui découla des saintes Plaies et du Cœur de Jésus, a tant de force et de pouvoir qu’elle obtient tout de Dieu, de toutes les gouttes de ce Sang divin sont sautant de voix qui crient : Union, Union ! Et voici comment la sainte parle à un autre endroit des Plaies bénies du Christ : «Oh! quelles Plaies ! Une porte pour arriver à une autre porte. Une porte pour arriver au Père Éternel : Par ces Plaies notre connaissance pénètre jusqu’à l’intérieur du Père, et par elles, le regard du Père arrive jusqu’à nous, chaque fois que nous jetons dans ces plaies nos mérites, qui sans elles ne seraient point mérites. Une porte pour enter dans le Cœur du Fils ; par elles nous recevons la connaissance de Son ardent amour.
(8 )»

C’est pourquoi saint Bonaventure (9) dit très bien : «O homme ! je ne puis t’exprimer combien grande est la douceur dont jouit l’âme qui, entrant par ces plaies, s’unit au Cœur de Jésus-Christ.» (10)

Saint Grégoire Nazianze dit que «le chrétien doit être un autre Christ» ; ce que saint Paul semble insinuer également par ces paroles : «Revêtez-vous de Notre-Seigneur Jésus-Christ» (11), et par celles-ci d’une autre Épître : «Vous avez été achetés à un grand prix, Glorifiez et portez Dieu dans votre cœur.» (12)

Il pratiquent parfaitement ces maximes ceux qui journellement impriment les Plaies du Christ dans leur cœur ou qui plongent leur cœur dans ces saintes Plaies ; à ceux-là s’appliquent les paroles de saint Paul : «Vous êtes morts et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ. Lorsque Jésus-Christ, qui est votre vie, apparaîtra, alors vous aussi vus apparaîtrez dans la gloire» (13). Ces amants peuvent s’écrier avec le même Apôtre : «Celui qui m’a aimé s’est aussi livré pour moi (14). Car c’est en Lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être» (15).

La dernière mais aussi la plus forte raison qui doit nous inciter à choisir cette très excellente dévotion, c’est le service agréable que nous pouvons de la sorte rendre à Notre-Seigneur Jésus-Christ : comme aussi la grande consolation que notre âme peut en attendre à l’Heure de la mort.

Comme sainte Gertrude (16) saluait un jour les Plaies bénies du Seigneur Jésus par ces paroles : «Gloire à Vous, ô très douce, très noble, très sainte Trinité, pour les plaies vermeilles de mon unique Bien-Aimé», Notre-Seigneur lui apparut ; Sa beauté dépassait celle de tous les anges, et chacune de ses Plaies était ornée d’une fleur d’or. Il avait un visage plein de bonté, et, la saluant à sont tour par l’aimables paroles. Il lui dit ; «A l’heure de ta mort, je me montrerai à toi plein de charmes et de bonté, dans cette gloire et cette splendeur que tu vois aujourd’hui. Je couvrirai tes péchés et tes négligences d’un ornement semble à celui dont tes prières ont décoré mes Plaies, et cette faveur sera aussi accordée à tous ceux qui salueront chacune de mes Plaies avec la même dévotion et les mêmes prières.» (17)

Hélas! Ô hommes ! Nous devons tous mourir une fois ; le jour est inconnue, la semaine incertaine, néanmoins «il est arrêté que tous les hommes mouront une fois » (18) Heureux celui qui se sera tous les jours confié, plongé et perdu dans les Plaies et le Cœur de Jésus.

Saint Gertrude (19) considérant un jour avec dévotion une image du Christ en croix. Notre-Seigneur lui fit comprendre que l’âme qui regarde avec amour le Seigneur crucifié, mérite que Dieu tourne ses yeux vers elle et la regarder avec une si miséricordieuse bonté qu’elle devient comparable à un brillant miroir, et que, par un effet de l’amour divin, elle reflète l’image admirable en laquelle se complaît toute la cour céleste : «Et toutes les fois qu’elle fera cela sur ta terre, elle acquérra pour la vie future, une augmentation de la gloire éternelle. Il n’arrive jamais, lui dit encore Notre-Seigneur, sans une providence de Dieu, qu’un crucifix se présente à notre regard, et jamais on ne le considère attentivement sans fruit.»


D’où vous pouvez conclure, ô âme pieuse, que se la seule considération d’un crucifix est déjà à ce point agréable à Dieu, combien alors Lui seront chers et bienvenus ceux qui auront contemplé tous les jours avec une foi vivre. Le Crucifié lui-même et ses saintes Blessures, et qui se seront recommandés à Lui selon toute l’étendue de leurs plus tendres affections. Il est impossible de mettre souvent les mains dans une baume parfumé sans qu’elles n’en conservent, même longtemps après, la douce odeur. Quel sera alors le sauve et délectable parfum que dégageront ces âmes qui tous les jours se seront plongées et entièrement fondues dans ce Baume divin qu’on trouve dans les saintes Plaies ! Ah! Comme elles entendront, à l’heure de la mort, l’amoureux écho de ces paroles : «Seigneur, je remets mon âme entre Vous mains» (20), ces âmes qui tous les jours se seront confiées dans les Plaies et dans le Cœur béni du Christ ! Elles pourront dire en vérité : O Jésus «Vous êtes mon refuge, mon rempart assuré, mon abri contre la pluie et la chaleur. O mon Bien-aimé, voici que depuis tant d’années, de mois et des semaines, j’ai choisi vos saintes Plaies pour vous y recommander mon âme, maintenant donc, laissez-y reposer en paix votre servante selon Votre parole, car Vous êtes mon Rédempteur et mon Sauveur en qui j’ai toujours cru et espéré, et à qui j’étais unie par tous les désirs et mon cœur (21).

De tout ce qui précède, ô âme dévote, il ressort donc manifestement que cette dévotion est des plus excellentes. C’est pour ces raisons et d’autres semblables que beaucoup de grands saints comme notre Père saint François, saint Bonaventure, saint Brigitte, sainte Thérèse, sainte Catherine de Sienne et une infinité d’autres se sont portes avec tant de ferveurs à ces saints exercices.

Saint Paul, le grand Apôtre, était pénétré, d’une si tendre dévotion pour Jésus crucifié et ses saints Plaies que, comme la colombe de Noé, il ne trouvait de repos que dans cette arche divine et rédemptrice.

«Je n’ai point prétendu, s’écrie-t-il (22), savoir autre chose parmi vous que Jésus, et Jésus crucifié. Je porte dans mon corps les stigmates de Jésus.» (23)

Et pour nous stimuler puissamment, il ajoute (24) : «Et tous ceux qui suivront «cette règle, que la paix soit sur eux et la miséricorde»

Ah! qui donc ne serait porté à un exercice si excellent et si salutaire ? Quel homme ne serait poussé par l’exemple et les conseils de tant des saints ; à rependre tous les jours son refuge dans les plaies, dans le Cœur de Jésus ? afin d’y recommander, matin et soir, son âme, ses intérêts, ses amis vivants et défunts : afin que, étroitement uni à l’amour et à toutes les vertus de Christ, il puisse Lui offrir toutes ses actions, ses paroles, ses pensées, ses souffrances, sa vie entière, et, par ces plaies et ce Sang rédempteur, obtenir du Père tout ce qui lui est utile, à lui-même et aux autres : à fin que là, comme en une fontaine vivre, il lui soit donné d’abreuver, de rafraîchir, de réconforter dans pauvre âme que, planté en quelques sorte, en une terre grasse et riche, toute aspergé de cette rosées vermeille, il croisse en toute vertu ; afin d’y être enfin, pour toute dire en un mot, et tellement confondu avec le doux Sauveur, qui puisse dire en esprit et en vérité : «Jésus crucifié avec mon Christ ; je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (25) ; je vis en Lui, et par Lui, je veux mourir en ses Blessures bénies, pour vivre à jamais, par elles, avec Lui !