DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
Itinéraire de l'âme franciscaine
Titre de la page:

Purification passive du sens

Nom de l'auteur:
P.Léon.Veuthey.o.f.m.conv

 

 

Livre Troisième-Étape- La vie mystique dans le Christ

Purification passive du sens

Quand Dieu veut s'emparer parfaitement d'une âme et l'amener pleinement à la vie surnaturelle dans la passivité mystique, il prend lui-même en mains l'œuvre de la mortification de la nature commencée par l'âme, mais que celle-ci par elle-même ne peut pas achever : toute activité de sa part s'oppose à la pleine passivité ; il faut donc qu'elle se laisse achever, consommer par Dieu lui-même.

C'est la purification passive ; celle du sens et celle de l'esprit.

La purification passive des sens atteint l'homme de par l'extérieur et dans ses manifestations sensibles. Ce seront d'abord des épreuves extérieures une maladie comme pour saint François, la souffrance physique et la souffrance morale, la mort de personnes chères, des pertes matérielles, la pauvreté, etc ; toute autant de moyens dont Dieu se sert pour détacher l'âme des créatures, de toutes les biens extérieurs.

Car quels que soient les efforts que l'âme puisse faire pour se détacher de tout afin de s'attacher à Dieu seul, elle reste attachée par milles liens invisibles qui souvent revêtent l'aspect de vertu et de charité fraternelle. Il faut alors que Dieu lui-même tranche ces liens afin de permettre ainsi à l'âme de prendre son envol vers le seul Amour.

2- Plus encore qu'aux créatures et aux biens extérieurs l'âme reste attachée à son moi, à ses vanités et propres satisfactions. Dieu doit intervenir lui-même pour faire comprendre à l'homme son rien et sa misère.

Ce seront des humiliations crucifiantes, une persuasion expérimental de son rien et de son impuissance absolue par ses insuccès continus, des rêves et des erreurs incompréhensibles.

Celui qui croyait avoir fait de grands progrès dans la perfection se voir soudain plein de défauts et de tentations humiliantes ; les critiques, les faux jugements, les calomnies le poursuivent, même de la part des personnes de bien dont l'opinion l'affecte le plus.

L'âme qui avait longtemps joui des douceurs de la piété et de la vie intérieure se voit soudain réduite à une cruelle aridité : elle ne trouve plus goût à rien ; la méditation en devient impossible ou sans aucun fruit ; la lecture spirituelle se fait distraitement, dans une presque complète absence de pensée.

Ce sont les «ténèbres» don la bienheureuse Angèle de Foligno nous a laissé de si profondes descriptions : «Pendant que je suis dans ces horrible ténèbres, toute espérance de bien semble m'abandonner, les vices d'autrefois semble ressusciter dans âme et aussi ceux qui n'y furent jamais .» (1)

«Si tu es entré dans la voie des progressants, les tribulations, les tentations du démon, de la chaire et du monde te molesteront et t'affligeront terriblement.» (2)

3- Angèle de Foligno ajoute : «Si tu veux vaincre, prie.» oui, c'est l'épreuve, la saitne épreuve par laquelle il faut passer pour arriver à la vie. Et pour vaincre l'épreuve, il faut prier, il faut se remettre dans les bras de Dieu, s'abandonner à son crucifiement d'amour, à son œuvre de purification qui doit nous rendre digne de participer à la sa vie.

Oh! comme ils se trompent ceux qui, dans la vie spirituelle, ne cherchent que douceurs et consolations ; ceux-là ne cherchent pas Dieu, mais eux-mêmes dans la satisfaction de leur gourmandises spirituelles. La voie qui conduit à Dieu est celle de Jésus, celle de la Croix : «Si quelqu'un veut marcher à ma suite, qu'il se renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et me suivre.» (3)

Jésus n'avait pas besoin de cette purification. Mais nous ! Oh! comme nous devons aimer cette croix, toutes les croix extérieures et intérieures que Dieu nous envoie puisqu'elles nous purifieront de nos péchés et de nos misères pour nous unir à Dieu ; puisqu'en nous faisant mourir à nous-mêmes, à notre vie sensible et naturelle, elles nous font ressusciter et vivre en Jésus, de sa vie divine !

Oh ! oui, mourir de plus en plus, «chaque jour», pour vivre toujours de plus en plus en Lui, en Dieu, de cette vie qui seule mérite d'être vécue !

Et, pour y arriver, participer aussi par nos souffrances en Jésus, participer aussi par nos souffrances en Jésus à la Rédemption du monde qui se continue jusqu'à la fin dans les membres du Corps mystique, pour les autres membres, dans l'universelle charité fraternelle.

Références
1- B. Angela a Fulgineo., n. 99
2- Ibid.,n. 154
3-Marc., VIII, 34


26- Purification passive de l’esprit


Livre Troisième- Seconde Étape- La vie mystique dans le Christ

Chapitre XI

Purification passive de l'Esprit

La purification passive du sens ne suffit pas encore pour amener l'homme à la pleine vie surnaturelle dans la mystique passivité de l'âme sous l'action de Dieu. La purification n'est pas encore complète. Le «moi» avec ses «activités naturelle n'a pas encore fait place à l'activité de Dieu, libre de tout obstacle».

L'Âme n'est pas encore arrivée à la complète humilité parce qu'elle ne se connaît pas encore elle-même. C'est pourquoi Dieu l'illumine intérieurement ; et elle se voit comme elle est devant Dieu : couverte des taches et des horreurs du péché ; elle se croyait purifiée, et voilà que maintenant la conscience du péché l'accable.

Des fautes, des imperfections en lesquelles elle ne voyait autrefois aucun péché lui paraissent maintenant à la lumière de l'infinie pureté de Dieu, d'abominables souillures. Elle se croit digne de l'enfer ; elle se fait horreur à elle-même.

Heureuse si elle n'en tire qu'une profonde leçon d'humilité ! Mais souvent cette impression d'indignité la pousse jusqu'au seuil du désespoir. Elle se croit repoussée de Dieu. Tourment terrible par lequel il faut souvent passer pour arriver à la parfaite humilité et à a conscience de la nécessité de la purification.

Que l'âme s'abandonne alors confiante de Dieu, à sa purification dans le feu intérieur son ardeur consumante, dans la nuit de ce purgatoire après lequel il faut passer en ce monde ou en l'autre pour arriver à l'union d'amour avec le Dieu très pur.

2- Mais l'âme ne doit pas seulement être purifiée des dernières taches du péché ; elle doit être purifiée d'elle-même, de tout son mode naturel d'être et d'agir. Dès lors, un sentiment d'impuissance complète qui l'envahit, la nuit de l'esprit qui l'empêche d'user de sa raison et de sa volonté de sorte qu'elle s'écrie avec la Psalmiste : «Je suis devenu comme une bête de somme devant Toi.» (1)

Elle ne peut prier, Sa foi chancelle ; elle semble douter de tout. Un Directeur, un livre qui autrefois lui apportaient lumière et consolation restent maintenant parfaitement impuissants à lui conférer le moindre secours. Dans le Ciel et sur la terre, elle ne trouve plus nul appui, et avec Jésus suspendu sur la croix, elle exhale le terrible : «Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné!» (2)

La bienheureuse Angèle de Foligno dit de cet état de l'âme dans la nuit de l'esprit qu'elle ne pouvait le comparer qu'à «celui d'un homme suspendu à la gorge après une corde et qui, les mains liées derrière le dos et les yeux bandés, vivrait ainsi sans aucun secours, aucun soutien, aucun remède.» (3)

Sans appui dans la nuit complète : voilà jusqu'où il faut mourir à tout et à soi-même dans l'agonie, la longue agonie de la nature et du moi, pour arriver à la vie. À la vie surnaturelle, la vie de Dieu, où le moi avec ses activités s'est perdu dans le Moi de Dieu et Ses Activités (4).

3- Le lus grand tourment de d'âme en cette nuit de l'esprit c'est l'incertitude sur son état, la peur d'être sur la mauvaise voie, de s'être éloignée de Dieu, de s'en aller vers la damnation éternelle. Qu'elle sache que la voie est bonne, qu'il faut y passer pour arriver à la vie, que c'est la voie suivie par Jésus qui a souffert tous les tourments de l'agonie de la nature, de la terrible sensation d'être abandonné de Dieu et des hommes qui croiront faire la volonté de Dieu en aidant au crucifiement moral de l'âme.

«Mon Père, pardonnez-leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font !» (5) Et cependant ils font la volonté du Père qui sait que la mort est la condition de la vie. Il faut que le grain meure pardonner naissance à la vie nouvelle. Il faut mourir à la nature pour vivre surnaturellement, mystiquement en Dieu et de Dieu.

E tout ce tourment de l'âme tend à cette bienheureuse vie. Oh! qu'elle s'abandonne donc à l'œuvre de Dieu, qu'elle s'oublie elle-même ; oui, jusqu'`a l'indifférence complète sur son sort, même sur son sort éternel.

Pour ses commençants¸ cette indifférence serait condamnable ; mais on n'arrive pas au du même degré de la mort à soi-même sans cet abandon absolu à la volonté du Père.

Il ne faut pas penser à soi, il faut s'oublier, s'anéantir : Dieu seul. On ne se transforme en Dieu qu'à ce prix. Et penser à soi retarde l'accomplissement de l'œuvre de Dieu, prolonge inutilement le tourment de l'âme.

Pour l'âme franciscaine qui, dès le début, s'est exercée à la passivité, à l'oublie de soi, à l'anéantissement dans le Christ, cette mort mystique sera, autant plus facile qu'elle-même sera plus franciscaine.

Références
1- Ps., 72-783
2- Marc, XV,34
3- B. Angela n.97
4- Cf., les notes des pp.71-90
5- Luc XXIII,34

27- Hostie avec le Christ

Livre Troisième- Seconde Étape- La vie mystique dans le Christ

Chapittre XII

Hostie avec le Christ

L'âme franciscaine sait que la vie surnaturelle à laquelle elle est appelée de par son Baptême n'est que le renouvellement dans sa chair de sa vie du Christ depuis son Incarnation dans le sein de Marie jusqu'à son Incarnation dans le sein de Marie jusqu'à son ultime glorification dans le sein du Père des Cieux.

Elle sait donc que ses souffrances ont une valeur de purification pour ses propres péchés, mais aussi q'elles sont, en sa chair et en son âme, la continuation de la Passion rédemptrice du Christ en faveur des membres du Corps mystique et pour la gloire du Père.

C'est la doctrine de saint Paul qu'en ces temps le Pape Pie XI a rappelés dans ses Encycliques : «La passion rédempteur du Christ se renouvelle et se continue dans son Corps mystique qui est l'Église. C'est saint Augustin qui nous l'enseigne : «Le Christ a souffert tout ce qu'Il devait souffrir. La passion est achevée dans le Chef, mais reste celle du Corps.» Et c'est de celle-ci que le Christ nous veut collaborateurs dans l'œuvre d'expiation.» (1)

L'âme, qui a compris la beauté de la souffrance salvatrice eu qui y voit «la plus grande preuve d'amour», et le moyen la plus efficace d'union et de transformation du Christ, ne fuit plus les douleurs de la Croix ; elle les désire humblement et saintement, et, à la demande que le Christ lui fait au plus intime de son âme : «Veut-tu porter la croix avec moi pour le salut du monde et la gloire du Père ?», elle répond avec amour en s'offrant comme victime avec Lui et en en Lui.

2- C'est à ce rôle de victime et d'hostie de réparation qu'il faut attribuer, à côté de la purification personnelle, les grandes souffrances mystiques de la nuit du sens et de la nuit de l'esprit.

C'est à ce rôle d'hostie dans le Christ qu'il faut attribuer le Calvaire que les âmes, déjà entièrement purifiées et parvenues à la lumière de la vie Trinitaire, doivent supporter encore souvent jusqu'à la dernière heure de la vie terrestre.

La souffrance rédemptrice ! Les âmes naturelles en ont peur, elles en frémissent. Mais les âmes déjà sur naturalisées dans le Christ, envahies de son amour, y trouvent leur raison de vivre, leur plus grande joie : «Ou souffrir, ou mourir ! » disent- elles a plus profond du cœur.

Elles savent pourquoi elles souffrent ! Et elles aiment la souffrance parce qu'elles aiment Celui pour qui elles souffrent. Douleur et Amour : c'est tout un. Et puisque l'amour est l'unique but de la vie, de tous nos tendances les plus profondes, elles aiment la souffrance qui est un autre forme de l'amour. La forme terrestre la plus habituelle. L'autre, la douceur, l'infinie volupté est réservée généralement au Ciel, à l'éternité. Et l'on n'a qu'une vie pour la mériter par la souffrance supporté, par amour, avec le Christ et dans le Christ.

Hostie avec le Christ ! «Être fait péché» avec Lui, en sentir l'horreur, sentir en soi les répugnances du pécheur pour la prière, la communion , tout ce qui est saint et sacré ; sentir en soi, prendre sur soi la malédiction du être contre le péché pour l'expier, contre le pécheur pour le réconcilier avec Dieu : voilà l'explication de tant de souffrances mystérieuses de la nuit de l'esprit ; mais voilà aussi la beauté de la vocation d'une âme faite hostie avec Jésus.

• L'âme franciscaine envahie par l'amour du Christ veut lui ressembler en tout, lui être unie en tout, participer en tout sa vie.

Elle sait que la vie du Christ se continue sur la terrer dans l'Hostie du tabernacle et dans les hosties du Corps mystique. Elle veut être une seule hostie avec la grande Hostie. À la messe, elle s'offre avec elle sur la patène ; elle demande à être consacrées et transformée en elle, à être consommée dans la communion dans l'unité.

Sa vie, devenue une messe continue, est une offrande continue de soi en Jésus, prêtre et hostie en Lui, pour la réparation, pour la sanctification des âmes, pour l'adoration et la gloire du Père.

Et si la douleur, si la souffrance extérieure ou intérieure vient à l'éprouver, elle l'accueille avec amour ; elle y voit la réponse du Bien-Aimé, le signe que son offrande est acceptée, qu'elle a été trouvée digne de prendre la pace du Fils et qu'ainsi elle este devenue une avec le Bien-Aimé, avec lui prêtre et hostie agréable au Père.

Oh! la fécondité des âmes-hosties ! Pendant que tant d'autres passent une vie frivole et inutile, ou vainement agité et non moins inutiles, elles participent, dans le silence à l'œuvre la plus sublime : la réconciliation du monde avec Dieu, le salut des âmes et l'accroissement du Règne d'amour !


28- Union mystique

Livre Troisième- Seconde Étape- La vie mystique dans le Christ

Chapitre XIII

Union Mystique

Jamais l'union d'amour avec le Christ n'est aussi profonde que lorsque l'âme se sent clouée avec Lui sur la croix, dans l'abandon de Dieu et des hommes.

Mais souvent l'âme n'a pas conscience de cette union, elle se croit seule et abandonnée alors qu'elle est unie plus intimement à l'objet de son amour.

C'est pourquoi Dieu a pitié de sa faiblesse. Pour soutenir son courage et sa foi, il sème des fleurs sur sa route ; au milieu même de la nuit, des éclairs illuminent soudain son ciel, les nuages se déchirent et laissent entrevoir quelque étoile au firmament.

Au début de la vie de piété, l'âme est envahie de douceurs sensibles ; les larmes mêmes qu'elle verse sur ses péchés, sur la souffrance du Christ ont une douceur infinie. Elle croit avoir trouvé le paradis ; elle est au Thabor et veut y planter sa tente.

Puis vient l'aridité, l'épreuve, la nuit. Mais cette nuit elle-même, qui devient de plus en plus obscure au fur et à mesure de l'intériorisation de l'âme, n'est pas continue : Dieu accorde parfois ses lumières ; il y a des haltes d'une douceur infinie, là tout au fond de l'âme où habite le Bien-Aimé, où est tout le Paradis, l'infini de la Trinité dans son échange d'Amour et de Lumière.

Et si, au milieu de la nuit la plus noire et des tempêtes les plus violentes, l'âme a soin de se retirer au fond d'elle-même, elle s'aperçoit que l'orage est à la surface, et qu'au fond c'est la paix, le calme, la Présence plus ou moins prochaine, plus ou moins expérimentale.

2- Tout l'effort de la vie spirituelle doit donc tendre à cette intériorisation, à ce retour au dedans, au fond de l'abîme infinie de l'âme où l'on devient un avec Dieu dans la foi et dans l'amour.

Et la mort au moi, à la nature, a précisément pour but cette unité surnaturelle avec le Dieu qui vit en soi, et en qui et de qui l'on vit dès que l'on s'est surpassé soi-même dans le renoncement à soi et à son activité pour participer, par la grâce, à l'être, au Moi de Dieu et à Son activité ineffable d'intelligence et d'amour.

Le tout dans la plus grande passivité de sa part ; mais elle éprouve en elle une grande activité, une activité qui ne vient pas d'elle, qui est celle de Dieu en elle : Dieu s'aimant en elle, d'un amour infini, de cet amour qui seul est digne de Dieu, mais que Dieu seul peut produire dans l'âme qui s'abandonne à lui. Dieu s'aime dans l'âme qui, morte à elle-même, participe surnaturellement à son amour, aimant en Lui, infiniment.

3- L'âme vit ainsi en union continue ave Dieu, même au milieu de ses occupations, même au milieu des distractions, pourvu qu'elle ne pose pas d'obstacle volontaire au recueillement et à la vie intérieure.

C'est la prière continue que Jésus demande à tous lorsqu'il dit : «Il faut prier toujours !» (1)

C'est l'état normal de l'homme fait pour Dieu et non pour les choses du monde ni pour soi ; l'homme fait, non pour la vie des sens et les réalités finies, mais pour les réalités infinies de l'intelligence et de l'amour, en Dieu.

Car à cette première union d'amour, dans l'oraison passive affective, succède l'union de l'intelligence dans l'oraison d'union de l'intelligence dans l'oraison d'union complète du cœur et de l'esprit ; d'abord dans les délicieuses ténèbres de l'âme qui a dépassé la connaissance naturelle par images et par concepts rationnels mais qui n'est point encore arrivée à la vision divine de l'infini ; puis au-dessus des ténèbres dans une participation de plus en plus claire à l'intelligence divine.

L'âme franciscaine d'Angèle de Foligno nous a laissé dans ses écrits la description expérimentée des divers de l'union mystique. Nous y renvoyons tous ceux que l'Esprit attire vers ces sublimes hauteurs de la vie en Dieu, à laquelle doit tendre toute âme faite pour Dieu : «Mon cœur fut élevé au-dessus de toutes les choses terrestres et reposa en Dieu, de sorte que je ne pouvais rien penser ni voir si ce n'est Dieu. Et si je parlais, et si je mangeais et quelque chose que je fisse, rien ne m'empêchait que mon cœur ne fut toujours en Dieu.» (2)

Références
1- Luc, XVIII, I.
2-B.Angela n. 61

29- Activité mystique

Livre Troisième- Étape- La vie mystique dans le Christ

Activité mystique

Nous avons déjà fait remarquer que la vocation générale à la mystique, qui n'est autre que la plénitude de la vie surnaturelle à laquelle sont appelés tous les hommes, ne signifie pas une vocation universelle à la vie contemplative, ni à la contemplation intellectuelle ; mais simplement à la pleine vie surnaturelle de la grâce qu peut se manifester aussi bien dans l'activité extérieure que dans l'oraison et la prière.

Saint François fut lui-même un parfait mystique ; et cependant sa vie mystique, pour autant que nous la connaissons, se manifeste bien plus dans l'activité extérieure que da sa vie d'oraison.

Le Père Séraphique ne nous a pas laissé de traité des divers degrés de la vie d'oraison, mais il nous a laissé l'exemple de son activité toute mystique, puisque dominée par l'Esprit- Saint et Son activité en lui.

C'est poussé par l'Esprit de Dieu qu'il travaille à la restauration d'église et de chapelle ; qu'il fonde un nouvel Ordre religieux, en multiplie les communautés dans ses voyages apostoliques.

Il est mystique lorsqu'il aide les paysans à la moisson comme lorsqu'il parle du royaume de Dieu aux grands et aux petites de ce monde.

Et toute et partout, c'est plus François Bernardone qui agit et qui parle, mais l'homme nouveau qui vit as le Christ, et le Christ qui vit en lui, qui vit en l'Esprit de Dieu et qui, en tout et partout, fait la volonté du Père que l'a envoyé.

2- L'histoire de l'Église est pleine d'exemples de cette activité mystique, de cette vocation universelle à la mystique on confirmée dans la solitude des cloîtres ou à l'heure de l'oraison, mais se manifestant dans l'universelle activité humaine.

Mystique peut-être l'activité de la mère de famille qui s'est donnée à Dieu pour faire sa volonté là où Il a voulue la placer et qui, en tout, ne cherche que sa gloire et son amour.

Mystique peut être l'activité de l'ouvrir, de la artisan qui intimement uni au Christ veut continuer à sa place son oeuvre d'artisan sur la terre, dans une toujours plus intime transformation en Lui.

Mystique, l'activité du poète, du savant, du philosophe, du théologien qui, dans la conscience du « seul Maître », ont fondu leur cœur et leur intelligence dans Son cœur et Son intelligence, pour trouver en Lui et par Lui l'absolue Beauté et l'absolue Vérité, sans laquelle il n'y a pas de beauté ni de vérité.

Mystique, l'activité de celui qui enseigne aux hommes la vérité, l'amour et le bien, si ses paroles, ne sont pas de lui ni la misérable répétition de celle des autres, mais la manifestation de l'Esprit qui parle en Lui, peut-être dans la pauvreté du langage et de sa forme humaine, mais avec une puissance et transformante, parce que ce n'est pas le langage d'un homme mais celui de Dieu qui parle en lui et agit dans l'âme de celui qui écoute.

Tout activité est mystique qui n'est pas de l'homme simplement mais du Dieu qui habite en lui.

3- la préparation à la mystique de l'activité est la même que la préparation à la mystique de la prière. Préparation ascétique ; ne pas agir par soi et pour soi, mais par le Christ qui habite en soi, et à son intention qui est la volonté du Père. S'anéantir en Lui, se perdre en Lui, vouloir devenir un avec Lui.

Préparation mystique : Dieu agit en l'âme en lui montant son impuissance, en l'humiliant, en purifiant son intention par des maladies, des revers, des insuccès, des humiliations crucifiantes, jusqu'à ce que l'âme reconnaisse son rien, son néant sa misère et sa faiblesse et attribue tout au Père de qui vient tout bien.

Ah! savoir reconnaître l'action de Dieu dans ses déboires et se insuccès ! Acton qui tend à nous purifier de nos péchés ; à nous purifier de nous-même et à purifier nos intentions !

Le reconnaître, s'anéantir devant Lui, ne pas rechercher sa propre gloire mais la gloire de Dieu ; ne pas se réjouir de se succès qui sont l'œuvre de Dieu, mais se réjouir de son impuissance, de sa faiblesse, de ses humiliations, qui laisseront le champ libre à l'activité de Dieu, à son succès, à Sa gloire.

N'être rien pour qu'Il soit tout en tout; voilà ce qui conduit à l'activité mystique, à la divinisation de toutes nos actions qui ne seront plus nos actions, mais l'activité de Dieu et nous ou notre activité divinisée en Lui, quel que doit l'office que nous remplissions dans l'harmonie du Corps mystique (1)

Références
1-De même que dans l'union mystique demeurent la nature et la personnalité humaine individuelle mais surnaturalisé
( Cf., la note de la p.17) , ainsi demeure l'activité individuelle et personnelle, mais surnaturralisée par une principe divin.


30- Vie dans le Christ

Livre Troisième- Étape- La vie mystique dans le Christ

Vie dans le Christ

L'homme n'est pas, comme tel, dans son état définitif ; il n'a pas sa fin en soi ; fait pour participer à la vie même de Dieu, il devient sera fils du Père par sa transformation, au Christ, s'il répond à l'appelle de Dieu ; s'il n'y répond pas, il deviendra fils de l'enfer par son incorporation au démon.

Toute l'ascétique franciscaine et chrétienne est un effort de transformation au Christ ; la mystique, la vie dans le Christ en une identification toujours plus si intime, sous l'activité de l'Esprit du Christ dans l'âme morte à elle-même et vivant dans le Christ.

Devenir participant de Dieu, Fils de Dieu dans l'identification au Fils unique du Père : tel est le but sublime de l'homme et de toute la vie spirituelle qui y conduit.

«Ce n'est pas moi qui vis, mais Jésus qui vit en moi» : telle est l'expérience vécue de ceux qui, avec saint Paul, sont arrivés au but. Ces âmes ont conscience de s'être dépouillées du vieil homme et de sentir un autre, l'homme nouveau, le Christ agir en elles. C'est ce qu'éprouve l'âme franciscaine de sainte Véronique Giuliani : «Je me sens dépouillés de moi-même et de toutes choses …»

Je me sent tellement transformée dans le Christ qu'il me semble que c'est Lui qui agit en moi, qui parle, qui pense en moi, qui me possède tout entière.» (1)

2- Si le but de l'âme est dans divinisation par la transformation au Christ, toute la vie mystique ne sera autre que la vie dans le Christ, celui qui s'est dépouillé de soi-même par amour du Christ vit en Lui sa vie active et sa vie contemplative.

La vie de Jésus se renouvelle en chaque âme qui, par le Baptême et le don de soi au Christ, participe à son Incarnation et à sa Rédemption, à sa vie de labeur et à sa vie de prière.

Il peut donc y avoir vie mystique en tous les états de la vie du Christ. L'enfant uni intimement à Jésus renouvelle en soi la vie d'enfance du Christ à Nazareth. Le travailleur manuel transformé dans le Christ renouvelle en soi la vie de l'ouvrier divin dans l'atelier de saint Joseph.

Le travailleur de l'esprit, qui a reconnu que toute lumière vient du «Maître intérieur», s'unit intimement au Christ et renouvelle en soi sa vie de médiation et de contemplation.

L'apôtre, le prédicateur, le prêtre arrivés à l'état mystique sont conscients de leur unité avec le Christ et de l'anéantissement de leur propre moi. Mus intérieurement par l'Esprit , ils sentent le Christ parler et agir en deux et par eux, et ils s'abandonnent à Son action. Si la nature n'est pas bien morte encore, ils se rendent bien compte que Jésus se retire d'eux dès qu'ils se cherchent eux-mêmes, et ils n'ont de repos qu'ils se soient à nouveau anéantis dans le Christ et en son Esprit par la mortification, le dépouillement, l'humilité.

3- Les âmes mystiques renouvellement les divines états intérieurs et extérieurs du Christ.

L'une s'arrêtera plus longtemps à son enfance, l'autre à sa vie de labeur : l'une sera portée à son activité extérieure, l'autre à sa vie intérieur de contemplation et d'amour ; l'une sera transportée au Thabor. L' autre à Béthanie, l'autre à Gethsémani ou au Golgotha ; l'un sera longtemps dans un tel état et peu dans un autre ; mais finalement chacune, dans une mesure plus moins grande, devrais vivre en soi toute la vie de Jésus ; qu'aucune donc ne pense devoir s'arrête pour toujours à l'insouciance et aux douceurs de l'enfance dans la maison de Nazareth.

Viendront aussi les heures de la fatigue et de la contradiction ; les douces heures de Béthanie et les heures extatique du Thabor, mais aussi les heures d'angoisse de Gethsémani, et leurs heures crucifiantes de douleur et d'abandon du Clavaire.

Qu'importe, si toujours l'on est avec Jésus, si tout est par amour! Le vrai amour n'a d'autre devise que l'union et l'abandon à la volonté du Père. Le grand amour ne fuit pas la douleur, mais bien plutôt désire participer au plus grand amour de Celui qui donne sa vie pour ceux qu'il aime.

Être victime avec Jésus, hostie avec Jésus, sacrifiée avec Jésus ; telle est la plus parfaite expression de la mystique chrétienne, de la vie d'union et d'identification au Christ, être un avec Jésus, jusqu'à l'identification du Calvaire!

Références
1- S. Veronica Giuliani, O.Cap. Diaria. Prato 1901

31- Retour au Père dans la Trinité

Livre Troisième- Seconde Étape- La vie mystique dans le Christ

Retour au Père dans la Trinité

L'identification a Christ n'est pas la fin ultime de la vie spirituelle. La souffrance n'est pas une fin en soi, l'homme est fait pour le bonheur et il ne s'attache au Christ souffrant et à la Croix que parce que c'est là, la voie de l'amour, la vie de la divinisation, de la suprême félicité, du Ciel, de la vie de l'Infini amour et de l'infinie lumière dans le sien de la Trinité bienheureuse.

L‘homme a en soi un besoin infini de lumière et d'amour ; et son bonheur, sa joie sans limite sera a l'apaisement de ce besoin, de cette faim d'amour, de cette soif de lumière. Et ce apaisement n'aura lieu que dans le retour au Père, fils du Père dans le Christ, nous aspirons à Celui qui nous inondera de lumière en engendrant en jours le Verbe de l'intelligence infinie ; et dans le Verbe, nous retournerons au Père, en participant à l'Amour infini de l'Esprit . Nous deviendrons membres de la famille divine, participants de ses biens infinis, dans l'infinie satisfaction des besoins de notre âme faite pour l'infini (1).

Le retour au Père ! C'est la joie suprême. Les mystiques l'on ressentie, eux pour qui la prière, l'élan tout entier de âme vers l'infinie se réduite au cri éternel du Fils, en qui est toute lumière et tout amour : «Abba-Pater ! Père !» Celui-là seul peut en saisir la suprême joie qui sent l'Esprit le crier en lui dans le mystique élan de l'âme vers l'Unité.

2- Le retour au Père, c'est le retour à l‘Unité dans la Trinité où est tout en vie, toute joie, toute béatitude, ce sera la vie éternelle du ciel dans la contemplation de la Beauté toujours nouvelle, où l'âme aimera infiniment et contemplera infiniment parce que c'est Dieu qui se contemplera en elle et s'animera en elle, infiniment, éternellement, dans la volupté infinie de l'amour de la joie infinie de l'intelligence.

Et l'homme y participera parce que devenu un avec le Fils de Dieu par la participation au Christ , il fera partie de la famille de Dieu, dans l'Unité de l'Activité divine de la Trinité.

Mais cette joie, le Père a tellement hâte de la manifester à ses fils qu'il leur en donne déjà un avant-goût dès ce monde.

Les âmes mystiques appelées à participer au calice du Fils sont aussi participantes de sa contemplation. Les heures du Thabor ! de Béthanie ! Et puis, a milieu même des souffrances, au fond de l'âme c'est la joie surabondante. La joie parfaite de saint François ! Joie d'amour ou joie de lumière !

«Alors, dit saint Bonaventure, l'âme contemplative épreuve tant de douceur dans les consolations de l'Esprit-Saint qui la remplissent et la pénètrent tout entière qu'élevée au-dessus de son humanité elle pénètre au ciel, au-dessus d'elle-même, et, suspendue aux sublimes réalités divines, elle est en enivrée et se délecte dans l'abondance de la joie.» (2)

L'âme se trouve dans l'intérieur de la Trinité : «Je me trouvais peut à peu complètement dans l'intérieur de Dieu…Et il me semblait que j'étais au milieu de la Trinité…Et les opérations divines se faisaient en moi.» (3)

3- Dès le premier degré de la grâce sanctifiante, la Trinité est dans l'âme qui participe à son opération de génération du verbe dans l'intelligence et de procession de l'Esprit dans l'amour .

Mais l'homme encore tout extérieur y prend peu part et n'en a pas conscience.

Peu à peu, par l'exercice de la vie intérieure, il y prend une part de plus en plus grande, il en fait le centre de sa vie, il sent la présence divine, en soi, au centre de l'âme.

Mais, dans l'état pleinement mystique, l'homme renonçant à son extérieur, vit tout intérieurement ; il ne trouve plus Dieu en soi, mais il se trouve lui-même en Dieu. D'Abord dans l'obscurité mystique qui ne se révèle qu'à l'amour ; mais peu à peu dans la lumière ineffable de l'intelligence intuitive, sans image, sans concept, dans le pur regard divin.

C'est la «ténèbre» divine pour l'âme non encore adapté au monde infini et surnaturel de la Vision : «Je vis Dieu dans une «ténèbre», parce qu'il est le bien le plus grand de ce qui peut être pensé et compris » (4)

Mais vienne le monde surnaturel de la vision en Dieu, et la «ténèbre» est dépassé ; c'est la lumière qui ne sera parfaite qu'au Ciel, mais qui, à un certain degré, peut se manifester dès ici-bas ; «Et je me vis au sein de la Trinité d'une manière plus parfaite … Dieu se manifeste à l'âme en une clarté ineffable.» ( 5)

Alors la joie est complète : «L' âme voit e se délecte, elle a trouvé son repos dans les biens divins qu'elle ne peut exprimer parce qu'ils sont au-dessus de toute intelligence et de toute parole créée ; mais elle immergée dans une mer de délices. » ( 6)

L'âme franciscaine est arrivé au but de son itinéraire en attendant l'éternelle et plein réalité du Ciel.

Références
1-Cf., la note de la p. 19
2- S. bonav., Sermon I, in dom in albis, IX. 291
3- B. Angela n. 119
4- B. Angela n, 105
5- Ibid., n,119 ,120
6- Ibid., n. 112

32- Épilogue

Le terme de l'itinéraire, c'est le Ciel, qui est la bienheureuse possession de Dieu Un et Trine, vers laquelle notre âme tend, consciemment ou non, de toute la force innée de son appétit de lumière et d'amour, de son insatiable désir naturel de joie et de bonheur, que seul la possession surnaturelle de Dieu peut combler,.

Mais le Ciel commence sur cette terre : le Ciel, c'est la possessions de Dieu, et nous le portons en nous dès le jour du baptême, lorsque, incorporés au Christ, nous avons participé, en Lui, à la vie divine dans notre âme. Le règne de Dieu est au dedans de nous. Là est la joie, le bonheur, la source de toute paix et de toute jouissance vraie et durable.

Si nous ne l'avons point goûté jusqu'à ce jour, c'est par ce que nous n'avons pas vécu au dedans de nous, mais au dehors ; nous avons délaissé notre trésor pour courir après l'ombre.

Suivons dès aujourd'hui le vrais itinéraire de bonheur présent et futur, que nous avons médité sur les traces de saint François et des âmes franciscaines.

Si nous jetons maintenant un regard en arrière sur la voie parcourue, nous voyons qu'elle st la pleine réalisation de la parole du Christ : «Je suis la voie, la vérité et la vie.» (1)

La pleine réalisation aussi de l'intuition franciscaine de la perfection et de la vie spirituelle toute concentrée dans le Christ ; de la vison franciscaine du Christ d'amour et du Christ crucifié comme synthèse concrète de toute ascétique et de la mystique : devenir «un» avec le Christ, l'Homme- Dieu, pour élever, en Lui, notre pauvre humanité jusqu'à Dieu ; devenir «un» avec le Christ par l'amour qui identifie l'amant et l'aimé ; mais aussi par le crucifixion du péché, et de la nature, qui anéantit l'obstacle à la bienheureuse identification et unification.

Devenue «un» avec le Christ par l'effort ascétique d'imitation et d'identification, comme par l'activité passive mystique de communion de la vie et d'opération intérieure et extérieure, l'âme participe à sa vie humane et divine comme le sarment participe à la vie du cep ; elle participe à la vie trinitaire de lumière et d'Amour dans la communion au Verbe, dans la participation à sa filiation divine et, par elle, au divin au commerce de lumière et d'amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dans l'Unité.

C'est le Paradis, la joie, le bonheur , le repos de l'infinie béatitude dans l'activité parfaite de l'intelligence et de la volonté les plus nobles facultés de l'homme, qui le rende apte à désirer Dieu et à le posséder éternellement dans le Ciel après en avoir un avant-goût dans les délices de l'union mystique en ce monde.

L'âme créée pour le bonheur a trouvé la réponse surnaturelle, la seul vraie, au besoin naturel de ses puissances faites pour posséder Dieu, pour participer à la vie divine. Elle a trouvé la joie parfaite dont saint François d'Assise a rappelé la voie en suivant les traces de Jésus crucifié et buvant à la source d'Amour de son divin Cœur de chair.

Références
1-Jean XIV,6
Épilogue