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Livre Troisième- Seconde Étape-
La vie mystique dans le Christ |
Chapitre I
La mystique franciscaine
Nous avons vu que toute l’ascétique franciscaine et évangélique c’est l’effort d’union et de transformation au Christ. L’ascétique positive tend directement à cette union par les sacrements, la prière, la charité ; l’ascétique négative s’emploi à vaincre les obstacles qui s’opposent à cette union par la lutte contre le péché, les passions et la nature, par la pauvreté qui détache l’homme des biens de ce monde, l’humilité qui le détache de son propre moi, la chasteté qui le détache des tendances de la chair, la mortification et la souffrance qui achèvent de faire mourir la nature et la font participer à la Rédemption du Christ en la clouant à la croix avec Lui.
Tout cet effort n’a qu’un but, réaliser pour soi la parole de saint Paul : «Ce n’est pas moi qui vis, mais Jésus qui vit en moi.» Ne plus vivre soi-même, ne plus être soi-même, mais vivre en Jésus, être Jésus !
Cela semble un rêve et cependant c’est la grande réalité mystique de la vraie vie chrétienne ; «tu es moi, et je suis toi», dit Jésus lui-même à la Bienheureuse Angèle de Foligno : «Tu es mon moi», s’écrie Marie de l’Incarnation, «Je ne vis plus, dit Maria Bonaventura Fink, mon moi n’est plus, Jésus seul vit encore en moi, opère et fait tout.» (1). «Il me semble que le Christ s’est incarné en moi», ajoute Consummata (2) avec une grande profondeur de pensée.
2- Toute l’ascétique franciscaine est là : mourir à soi-même, dans la parfaite et universelle pauvreté du Crucifiement de la nature, pour revivre en Jésus, passivement, le moi propre anéanti dans Son Moi. C’est la vraie vie chrétienne: être un autre Christ, être le Christ, revivre sa vie dans notre être transformé en Lui. (3)
C’est la vie surnaturelle en opposition à notre vie naturelle. C’est la vie mystique, qui est le renoncement à sa vie naturelle pour vivre surnaturellement dans le Christ, passivement sous son action en nous.
Et parce que l’Ascétique franciscaine tend, dès le début, à ce renoncement, à cette passivité dans le Christ, c’est une ascétique mystique et surnaturelle, en opposition à l’Ascétique naturelle tenant à la perfection par ses propres efforts.
L’ascétique franciscaine est l’application intégrale du «Sans moi, vous ne pouvez rien faire» de Jésus. D’autres ascétiques chrétiennes reconnaîtront certes le besoin de la grâce de Jésus, mais, à côté d’elle, tendront par leurs propres efforts, à la pratique de la perfection, dans l’activité propre. L’ascétique franciscaine tend, dès début, à la passivité sous l’action de Jésus en soi, à l’anéantissement de la nature et du soi en Lui, pour agir par Lui et en Lui, tout surnaturellement (4).
3- Cependant, si l’ascétique franciscaine est déjà, dès le début, mystique par sa tendance à la positivité, à l’union, elle se distingue de la mystique proprement dite : le monde d’air de l’ascétique est encore naturel dans l’effort de la volonté, dans la conception de l’intelligence; l’action tend à la passivité, mais elle n’est pas encore passivité expérimentée ; la raison tend à la passivité sous la lumière divine, mais elle n’est pas encore lumière infuse.
L’état mystique, au contraire, surnaturel dans son essence et dans son monde, est passivité sous l’action de Dieu en soi, et passivité ordinairement expérimentés vécue.
C’est ainsi que l’état mystique se distingue de l’état ascétique, qui est l’état de grâce des commençants, par une passivité expérimentée de l’action de la grâce en soi. Les commençants n’ont pas conscience de la présence de la grâce comme ils n’ont pas conscience d’agir sous son action ; le mystique au contraire sente en soi la présence de Dieu, comme il sent d’agir non par soi mais sous l’impulsion de l’Esprit qui est en lui, et qui agit en lui. Ici la nature est soumise à la grâce ; ce n’est plus la nature qui agir mais la surnaturel, c’est-à-dire la nature unie à Dieu, en état de passivité sous l’être et l’action de l’Esprit -Saint, en Jésus.
C’est toute la mystique franciscaine.
Références
1- Cf. Veuthey, Ascensions spirituelles, in : Miscellanea Francescana, 1937, I-II
2- Consummata, Toulouse, 1929, p.74
Cette « unité » est l’expérience de tous les mystiques après saint Paul : ayant renoncé à lui-même après la mortification et étant uni et au Verbe par l’incorporation au Christ et par l’amour, le mystique a conscience d’être un avec Jésus. C’est l’unité surnaturelle et psychologique ( p. 25, note ), qui n’exclut nullement la propre personnalité naturelle et métaphysique. ( Cf., la note de la. p.71.)
3- Cf., la note précédente.
4- L’ascétique franciscaine ne supprime pas l’effort. Elle sait aussi que « le royaume des cieux souffre violence et les violentes s’en emparent » ; et, défait, la parfaite mortification qu’elle exige demande un effort de tous les instants. Mais ce n’est pas , psychologiquement et ontologiquement, le propre effort naturel ; c’est l’effort passif dominé par l’amour et la tendance à l’anéantissement sous l’action divine.
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17- La vocation à la vie mystique
Livre Troisième- Étape- La vie mystique dans le Christ
La vocation à la vie mystique
L’on a vue que pour l’âme franciscaine, la vie mystique n'a rien d’extraordinaire : elle est la pleine réalisation de la vie de la grâce, de la vie surnaturelle, du «Sans moi, vous ne pouvez rein faire» de Jésus.
Et elle entend ce «sans moi» dans son sens plénier, celui de la vie surnaturelle dans sa plénitudes. Celle-ci n’est pas mon activité naturelle parallèlement à l’activité de Jésus, mais c’est l’activité du sarment dans et par le cep de la vigne : toute l’activé du sarment vient de celle de la vigne ; séparé de la vigne, le sarment ne peut rien faire, ne produit aucun fruit. C’est pourquoi Jésus dit, dans le texte original : «Séparé de moi, vous ne pouvez rien faire.» Nous n’agissons surnaturellement qu’à la condition d’être «un» avec Jésus, comme le sarment est tout un avec la vigne.
Or, cette unité demande l’anéantissement du moi propre, la pleine adhésion de la nature mortifiée à l’être et à l’action de Jésus, qui n’est autre que l’état de passivité et d’anéantissement mystique.
L’état mystique est donc la condition de la pleine vie surnaturelle sans laquelle il n’y a pas de perfection chrétienne.
2-La spiritualité ignatienne, née au temps de l’humanisme où la tendance était à la réhabilitation de l’homme et de la nature, accorde une grande importance à l’activité naturelle à côté de l’action de la grâce elle propose donc une perfection acquise avec l’aide de la grâce mais selon le monde naturel d’opérer des puissances de raison et de la volonté. Sinon idéal est donc une perfection ascétique, qui est la voir ordinaire des âmes ; les grâces de passivité mystique sont réservés à de rares âmes appelée par Dieu en une voie extraordinaire (1)
La spiritualité dominicaine et thomiste plaçant la perfection dans le suprême opération de l’intelligence pose volontier la perfection dans la contemplation infuse comme but de toute l’ascèse chrétienne.
La spiritualité carmélitaine, née aussi au temps de l’humanisme mais avec un idéal contemplatif, accorde une grande portance à l’effort de la nature, mais dans un sens plutôt négatif de dépouillement qui doit aboutir à la contemplation acquise.
La spiritualité franciscaine, née dans une atmosphère tu es surnaturelle et le mépris de la pure spéculation intellectuelle, est toute mystique dès son origine et tend à l’activité passive à la simple contemplation affective.
3- la mystique d’anéantissent de la pauvreté franciscaine ne peut tendre qu’à l’anéantissement de tout ce qui est nature et opération de nature. Mais cet anéantissement ne document pas à la mort bouddhique et à la négation quiétiste de toute activité : l’âme franciscaine meurt à elle-même pour vivre en Jésus et pour agir en Lui.
Et puisque c’est là la condition de la vie surnaturelle à la quelle sont appelés tous les hommes, il s’ensuit que tous sont appelés à la vie mystique.
Mais la vie mystique franciscaine ne dit rien d’extraordinaire, ni visions, ni révélation ; ni même contemplation ou en contemplative en opposition à la vie active.
Il est certain que tous les hommes ne sont pas appelés à la vie contemplative, en ce sens du moins. Mais tous son appelés à vivre surnaturellement, c’est-à-dire à ne pas opérer par soi et selon le propre moi, mais à s’anéantir dans le Christ pour vivre en Lui, de la vie nouvelle, surnaturelle.
L’idéal de l’âme franciscaine est donc un idéal d’anéantissement à la nature et de vie d’union à Jésus pour agir et opérer en Lui passivement, mystiquement, sous l’action de son Esprit.
Et à cet idéal tous sont appelés. Si peu sont élus, c’est par manque d’anéantissent, c’est-à-dire de mortification.
Références
S’il est certain que saint Ignace lui-même, comme tous les saints, fut un grand mystique, parfaitement mort à lui-même et uni au Christ , il n’en reste pas moins que la spiritualité connue sous son nom a eu généralement dans l’histoire une tendance ascétique, anti-mystique. Si cependant elle a donné de nombreux mystiques, c’est qu’elle aussi combat de la nature, bien que ce combat, pour le fond du moins, soit basé sur l’effort des puissances naturelles à côté de l’influence de la grâce, et non sur la tendance franciscaine universelle à la passivité sous l’action de la grâce dans l’unité de l’homme surnaturel, nature et grâce.
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18- Mystique d'action et mystique de contemplation
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Livre Troisième-Étape- La vie mystique dans le Christ
Mystique d'action et Mystique de contemplation.
Tous sont appelés à la vie mystique, qui n’est autre que la vie pleinement surnaturelle et chrétienne dans le Christ, dans la parfaite docilité à l’action de son Esprit ; docilité qui n’est obtenue que dans la passivité mystique.
Ne plus agir par moi-même, mais par l’Esprit-Saint : ne plus opérer de moi-même, en moi-même, mais en Jésus, par Jésus, comme les sarment opère par la vigne et dans la vigne sous l’impulsion de la sève qui lui donne la vie, le nourrir, lui fait porter du fruit.
Telle est l’activité mystique. Au début, elle sera plus en une tendance qu’une plie réalité, un désir de vouloir opérer en union ave Jésus, sous l’impulsion de son Esprit, pour faire en tout la volonté du Père, dans l’Anéantissement de toute sa volonté propre, de toute satisfaction naturelle, de toute attribution personnelle : Lui seul !
Plus tard, cette passivité, cet anéantissement du moi dans l’action de seront plus seulement un désir, une tendance, mais une réalité intimement vécue ; que l’on s’occupe de travail manuel ou bien réfléchir, d’étudier, de parler, d’écrire, d’enseigner, l’on sent qu’un autre agir en soi, que l’on est perdu en Lui, revivant en Jésus Sa vie de travail ou d’apostolat.
2- La vie mystique est la vie dans le Christ et la vie du Christ en soi. Mais la vie du Christ ne fut pas qu’une vie d’activité extérieure, elle fut encore et essentiellement une vie de prière et de contemplation intérieure.
Au milieu de son travail à Nazareth, dans l’atelier de saint Joseph, ou aidant aux travaux de ménage de sa divine Mère, son âme est unie continuellement à son Père dans l’Esprit-Saint et jouit de la divine contemplation.
Notre vie en Jésus sera donc une mystique d’action mais aussi une mystique de contemplation. L’âme franciscaine unie à Jésus participera à sa prière et à son oraison mystique.
Au début, cette union avec Jésus dans la prière est plutôt une tendance habituelle, une intention virtuelle ou actuelle. Mais peu â peu le mode naturel de faite oraison ait place au monde surnaturel, passif, mystique.
C’est d’abord une impression de présence divine, de douce quiétude où les paroles deviennent inutiles, où l’on se contente d’aimer, de se sentir unis, de vivre cette union.
Puis la volonté sent qu’elle aime infiniment parce que c’est Dieu qui s’aimer en elle ; l’intelligence renonçant aux raisonnements, aux concepts naturels, se sont élevée dans la contemplation surnaturelle, les puissances perdent leur mode naturel d’opérer, et c’est Dieu qui opère en elles, dans leur révélation surnaturelle où elles participent à l’opération divine.
3- Saint François hésita longtemps entre la vie active d’apostolat et la vie contemplative d’oraison. Jusqu’alors, on ne concevait pas l’union de la vie de Marthe à celle de Maire ; ou vie active ou vie contemplative ; il fallait choisir.
Conseillé par sainte Claire, François décida de s’adonner à la vie active, mais sans abandonner pour cela la vie contemplative. Il prêcha, il parcourra les campagnes, il travaillera de semaines et il enseignera ; mais il saura se réserver des heures de prière ; il veut que ses frères travaillent , mais sans excès, sans étouffer l’essentiel esprit raison ; il aura du temps pour ses travaux de missions, mais aussi pour la solitude sois, des ermitages et de la sainte montagne de l’Alverne. Mais qu’il travaille ou qu’il prie, perdu dans la contemplation, c’est dans l’état mystique de passivité en Jésus, sous l’impulsion de son Esprit.
Si donc tous sont appelés à la mystique, ce peut être à la mystique d’action ou à celle de contemplation. Chez certains, l’action sera prépondérante, chez d’autres la contemplation, chez d’autres enfin, comme en saint François, ce sera le parfait équilibre de l’une et de l’autre.
Et ceci est l’idéal : car il n’y pas d’activité vraiment surnaturelle sans la prière et la prière parfaite qui est contemplation mystique, affective ou intellectuelle, comme il n’y a pas de vraie vie contemplative sans l’activité et de la charité fraternelle, ne serait-ce que et c’est la plus noble celle de la prière, du sacrifice et de la souffrance ne faveur des membres du Corps Mystique.
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19-Préparation à la mystique
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Livre Troisième- Étape- La vie mystique dans le Christ
Préparation à la mystique
De la mystique, l’on dit doit dire ce que Jésus disait au Royaume des Cieux : dont la mystique est la voie d’accès, «Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.» Pourquoi ?
Non par manque de volonté de la part de Dieu, mais parce que nous mettons obstacle à son action en nous par notre manque de mortification. Dieu voudrait nous inonder de sa grâce, nous transformer en Jésus, nous faire vivre de sa vie ; et nous empêchons son action par notre attachement à nos passions, à notre nature, à notre moi.
Travaillons à mortifier nos passions, à faire mourir notre nature et notre moi, et nous seront élèves en Dieu, transformés en Lui, vivant pour Lui et en Lui, passivement, mystiquement.
Toute l’ascétique franciscaine tend à ce but d’une façon plus ou moins éloignée ; mais il y a aussi une préparation prochain à la vie mystique, qu’il nous reste à considérer.
Comme l’ascétique préparation éloignée est à la fois positive et négative, ainsi la préparation prochaine à la mystique consiste positivement dans l’exercice d’union intime avec Dieu dans la vie intérieure et l’oraison ; et négativement dans la mortification qui ne sera plus seulement une lutte contre le péché et nos tendances mauvaises, mais contre notre nature elle-même.
2- La vie intérieure est fondée entièrement sur la présence en nous du Christ et de toute la Sainte Trinité.
C’est une disposition d’âme qui, fuyant la dissipation extérieure, tend à s’unir et à communier intimement avec le Christ intérieur et la vie divine qui est en nous.
Vivre extérieurement, c’est vivre seul, vivre de notre misérable vie naturelle, incapable de satisfaire le besoin de Dieu qui est en nous, et là, le grand ennui des gens du monde, et même des âmes consacrées à Dieu qui ne pratique pas la vie intérieure, elles ont besoin de s’étourdir dans le bruit et la distraction qui en laissent qu’un vide et un ennui plus grands dans l’âme.
Vivre intérieurement, au contraire, c’est d’abord exercer les plus nobles activités de l’homme ; celles de l’intelligence et de la volonté ; mais, surnaturellement, c’est vivre en Dieu participer à sa vie d’intelligence d’amour, devenir un avec l’Infini, avec le Tout, dans la pleine satisfaction de notre besoin d’infini ; et cela est la vie mystique.
S’y préparer, c’est donc tendre à cette union, tendre ses regards et ses désirs vers l’intérieur dans une communion passive à l’activité divine en nous ; c’est pratiquer l’introversion, c’est-à-dire vers l’intérieur, dans une communion spirituelle la plus fréquente possible, la plus habituelle possible avec le Dieu qui est en nous.
3- La vie ascétique est une lutte contre le péché et contre les tendances mauvaises de notre nature.
Certes, il n’y pas de vie mystique d’union avec Dieu sans cette lutte continue contre la sensualité ; lutte contre les regards avides de satisfactions ; lutte contre la curiosité des oreilles, lutte contre la recherche des satisfactions de l’odorat, du goût, du toucher, de l’imagination, qui portent à la sensualité aux dépens de la vie spirituelle, de la pureté de l’âme sans laquelle il n’y a pas d’union possible avec Dieu, le Dieu pur, le Dieu jaloux qui nous abandonne si nous cherchons quelques satisfaction hors de Lui.
L’âme possède en elle son Époux divin ; si elle court après les satisfactions des sens, si l’épouse n’a de regards que pour les autres et méprise ainsi son Époux, comment peut-elle, infidèle, attendre l’amour de l’Époux !
Mais la vie de âme en Dieu est une vie surnaturelle, au-dessus de la nature ; c’est donc non seulement la vie sensuelle de péché qui doit être mortifiée, anéantie, mais la nature elle-même qui doit être soumis, passive, sous l’action de Dieu.
Il faut donc, pour arriver à la passivité de la vie mystique, mortifier la nature elle-même, aussi dans les manifestations innocentes des sens ; il faut surtout mortifier le moi dans l’humilité parfaite qui reconnaît vraiment son rien devant Dieu et l’anéantit psychologiques sous son action : Lui, tout ; moi rien ! Pour vivre dans l’Unité !
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20-L'oraison mystique acquise
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Livre Troisième- Étape- La vie mystique dans le Christ
L'oraison mystique acquise.
L’Oraison mystique est celle qui vient non pas de nous, simplement mais de Dieu en nous, passivement : «l’Esprit vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas que nous devons, selon nos besoins, demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même prie pour nous par des gémissements ineffables ; et Celui qui sonde les cœurs connaît quelques sont les désirs de l‘Esprit.» (1)
L’âme franciscaine est tournée dès le début à cette prière passive, car dès le début, elle sait que sa prière doit être la prière de Jésus en elle, la prière de L’Esprit de Jésus qui connaît mieux nos besoins que nous-mêmes, et qui sera bien mieux exaucée par le Père que nous-mêmes, en notre pauvre prières individuelle, naturelle.
L’âme franciscaine sait que, dans l’ordre surnaturel, elle ne peut rien sans Jésus. Et dans la prière elle-même, elle ne tend qu’à l’union avec Lui, en soi, adorant par Lui, remerciant par lui, demandant par Lui et selon qu’Il le veut, Lui expiant et réparant en Lui, dans la messe continue de la vie intérieure.
Mais, au début, elle ne peut guère se tenir dans cet état de prière qu’au moyen du lire, de prières vocales, de méditations raisonnées.
Pour arriver à la prière mystique passive, pleinement en Jésus, il faut qu’elle simplifie son monde d’oraison qui devient un simple exercice d’union.
2- D’ailleurs, elle n’a pas à réaliser elle-même cette simplification :
Dieu lui-même la détache peu à peu du livre, de la formule, de l’oraison discursive, ou , du moins (et surtout chez les personnes pour qui la formule est obligatoire, dans la prière publique), la récitation des formules elles-mêmes devient un simple action d’union, où celle-ci et la passivité sous l’action de Jésus qui prie en soin, sont plus importantes que les paroles.
En ceci, il faut donc se laisser diriger par Dieu, se servir du livre et de la formule aussi longtemps que c’est nécessaire ou obligatoire, mais ne pas s’y attacher sans raison, ne pas s’opposer, par l’attachement aux paroles et les récitations mécaniques, à la simplifications vers laquelle Dieu appelle l’âme. Ceci compris, chacun doit suivre le propre pensant intérieur ; que celui qui est appelé au silence se taise et se contente d’aimer, de regarder, de jouir de la paix intérieure dans l’activité de Dieu en soi ; que celui, au contraire, qui a besoin de formule s’en serve; et c’est un fait que pour nombres d’âmes, la récitation du bréviaire ou du rosaire est une excellent exercice d’union, de vie intérieur, d’oraison affective mystique.
C’est l’oraison mystique acquise ou contemplation acquise, toute surnaturelle par elle-même et donc infuse, mais se distinguant de la contemplation infuse proprement dite en ce qu’à la prière nous pouvons nous disposer nous-mêmes par le recueillement et la simplification ; la seconde, au contraire, prend l’âme à l’improviste, sans aucune préparation immédiate de sa part.
3- L’oraison ou contemplation acquise peut être dans le cœur ou dans l’intelligence.
Dans le premier cas, elle est dite oraison ou contemplation affective ; dans seconde, oraison de simplicité.
La première est essentielles franciscaine ; c’est le cœur à cœur avec Dieu, un sentiment de présence, d’union intime, et pénétration divine, de connaissance affective expérimentale qui pénètre bien plus profondément en Dieu que tous concepts et tous nos raisonnements. «Le meilleur moyen de connaître Dieu, dit saint Bonaventure, c’est l’expérience de sa douceur.» ( 2)
Et voici comment le même saint en enseigne la pratique :
«Quand vous êtes en oraison, recueillez-vous profondément et, avec votre Bien-Aimé, entrez dans la cellule de votre cœur, restez-y seul avec Lui, oubliant tout le monde extérieur ; puis, avec tout votre cœur, toute votre esprit, tout votre désir, toute votre dévotion, élevez-vous jusqu’à Lui, précipitez-vous dans ses bras, couvrez-le des baisers de votre dévotion, et ainsi, hors de vous, ravie au Ciel, toute transformée dans le Christ, votre esprit sera perdu en Lui.» (3)
Cette oraison affective devient ensuite oraison de simplicité dans une union intime du cœur et d’intelligence avec Dieu en soi, union qui ne dura pas seulement le temps de l’oraison mais qui peut à peu, chez les âmes recueillies et mortifiées, devient un état habituel, une vie d’amour.
Références
1- Rom., VIII, 26-27
2- III. Sent ., 35 I'I'I'ad, 5 : III,775
3- S. Bonav., Deperfectione vitae ad aorores, c.V, n,5 ; VVI,119
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21-L'activite mystique acquise
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Livre Troisième-Étape- La vie mystique dans le Christ
Activité mystique
Nous avons déjà fait remarquer que la vocation générale à la mystique, qui n'est autre que la plénitude de la vie surnaturelle à laquelle sont appelés tous les hommes, ne signifie pas une vocation universelle à la vie contemplative, ni à la contemplation intellectuelle ; mais simplement à la pleine vie surnaturelle de la grâce qu peut se manifester aussi bien dans l'activité extérieure que dans l'oraison et la prière.
Saint François fut lui-même un parfait mystique ; et cependant sa vie mystique, pour autant que nous la connaissons, se manifeste bien plus dans l'activité extérieure que da sa vie d'oraison.
Le Père Séraphique ne nous a pas laissé de traité des divers degrés de la vie d'oraison, mais il nous a laissé l'exemple de son activité toute mystique, puisque dominée par l'Esprit- Saint et Son activité en lui.
C'est poussé par l'Esprit de Dieu qu'il travaille à la restauration d'église et de chapelle ; qu'il fonde un nouvel Ordre religieux, en multiplie les communautés dans ses voyages apostoliques.
Il est mystique lorsqu'il aide les paysans à la moisson comme lorsqu'il parle du royaume de Dieu aux grands et aux petites de ce monde.
Et toute et partout, c'est plus François Bernardone qui agit et qui parle, mais l'homme nouveau qui vit dans le Christ, et le Christ qui vit en lui, qui vit en l'Esprit de Dieu et qui, en tout et partout, fait la volonté du Père que l'a envoyé.
2- L'histoire de l'Église est pleine d'exemples de cette activité mystique, de cette vocation universelle à la mystique on confirmée dans la solitude des cloîtres ou à l'heure de l'oraison, mais se manifestant dans l'universelle activité humaine.
Mystique peut-être l'activité de la mère de famille qui s'est donnée à Dieu pour faire sa volonté là où Il a voulue la placer et qui, en tout, ne cherche que sa gloire et son amour.
Mystique peut être l'activité de l'ouvrir, de l'artisan qui intimement uni au Christ veut continuer à sa place son oeuvre d'artisan sur la terre, dans une vie toujours plus intime transformation en Lui.
Mystique, l'activité du poète, du savant, du philosophe, du théologien qui, dans la conscience du «seul Maître», ont fondu leur cœur et leur intelligence dans Son cœur et Son intelligence, pour trouver en Lui et par Lui l'absolue Beauté et l'absolue Vérité, sans laquelle il n'y a pas de beauté ni de vérité.
Mystique, l'activité de celui qui enseigne aux hommes la vérité, l'amour et le bien, si ses paroles, ne sont pas de lui ni la misérable répétition de celle des autres, mais la manifestation de l'Esprit qui parle en Lui, peut-être dans la pauvreté du langage et de sa forme humaine, mais avec une puissance et transformante, parce que ce n'est pas le langage d'un homme mais celui de Dieu qui parle en lui et agit dans l'âme de celui qui écoute.
Tout activité est mystique qui n'est pas de l'homme simplement mais du Dieu qui habite en lui.
3- la préparation à la mystique de l'activité est la même que la préparation à la mystique de la prière.
Préparation ascétique ; ne pas agir par soi et pour soi, mais par le Christ qui habite en soi, et à son intention qui est la volonté du Père. S'anéantir en Lui, se perdre en Lui, vouloir devenir un avec Lui.
Préparation mystique : Dieu agit en l'âme en lui montant son impuissance, en l'humiliant, en purifiant son intention par des maladies, des revers, des insuccès, des humiliations crucifiantes, jusqu'à ce que l'âme reconnaisse son rien, son néant sa misère et sa faiblesse et attribue tout au Père de qui vient tout bien.
Ah! savoir reconnaître l'action de Dieu dans ses déboires et se insuccès ! Acton qui tend à nous purifier de nos péchés ; à nous purifier de nous-mêmes et à purifier nos intentions !
Le reconnaître, s'anéantir devant Lui, ne pas rechercher sa propre gloire mais la gloire de Dieu ; ne pas se réjouir de se succès qui sont l'œuvre de Dieu, mais se réjouir de son impuissance, de sa faiblesse, de ses humiliations, qui laisseront le champ libre à l'activité de Dieu, à son succès, à Sa gloire.
N'être rien pour qu'Il soit tout en tout; voilà ce qui conduit à l'activité mystique, à la divinisation de toutes nos actions qui ne seront plus nos actions, mais l'activité de Dieu et nous ou notre activité divinisée en Lui, quel que doit l'office que nous remplissions dans l'harmonie du Corps mystique (1)
Références
1-De même que dans l'union mystique demeurent la nature et la personnalité humaine individuelle mais surnaturaliseé
( Cf., la note de la p.17) , ainsi demeure l'activité individuelle et personnelle, mais surnaturralisée par une principe divin.
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22- La purification active de la nature
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Livre TroisièmeÉtape- La vie mystique dans le Christ
La purification active de la nature
Dominée par le sens du surnaturel qui demande la passivité, la soumission de la nature à l’activité divine en elle, l’âme franciscaine a son mode propre de pratiquer la purification active de la nature.
Par purification de la nature il en fait pas entendre à purification du péché et des imperfections qui, bien qu’elle doive durer jusqu’à la mort, appartient par soi, activement du moines, à l’ascétique. La purification de la nature entendue comme préparation prochaine à la mystique est la mortification de l’activité naturelle qui doit faire place à l‘activité passive surnaturelle.
C’est l’application de la parole de Jésus : «Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à soi-même, qu’il prenne sa croix et me suivre. Car celui qui voudras sauve sa vie, a perdra ; et celui qui perdra sa vie à cause de moi, la trouvera.» (1) Celui qui renonce à vivre naturellement, selon ses sens et son propre moi, pour vivre dans le Christ, y trouvera la vraie vie, la vie surnaturelle.
Mourir à soi-même, crucifier sa nature à la croix du renoncement quotidien, c’est plus que je renonce au péché, c’est renoncer à la nature, à se satisfactions, à ses tendances, à son mode d’opérer, pour chercher Jésus et Ses satisfactions, vivre selon Ses tendances et selon le monde surnaturel de l’intelligence et de l’amour.
2. Cette lutte contre la nature a été enseignée d’un façon particulière par saint Ignace et saint Jean de la Croix : le premier tend à la saint indifférence, à la soumission parfaite de la sainte obéissance ; le second au vide ; au silence de la sommité du Carmel, c’est-à-dire à la mort de la nature.
Saint François d’Assisse enseigne au fond le même but ; l’image du cadavre, comme modèle d’obéissance et de sainte indifférence, est de saint François avant d’être de saint Ignace.
Mais, pendant que les deux Saints de la Renaissance y mettent un peu de rudesse et donnent un grand poids à l’effort personnel, le Père Séraphique y conduite essentiellement par l’amour du Crucifié, vivante image aimée du parfait dépouillement, et ainsi, par une voie plutôt passive qu’active, en pleine conformité avec le but à atteindre qui est la passivité sous l’action de la grâce.
Devant le Crucifié qui est une mer de souffrances en tous ses sens, l’âme franciscaine renonce par amour aux satisfactions, même inconscientes, des sens ; elle les prive de toutes jouissances naturelles pour croître ainsi en amour pour le seul Bien-Aimé.
Instinctivement, elle sent que toute satisfaction des sens et de la nature pour elle-même est un vol fait à l’unique amour de Dieu, et qu’elle n’aime vraiment et tout son cœur et de toutes ses forces qu’en renonçant à toute autre satisfaction, en agissant «contre la nature», en mettant sa joie, «la joie parfaite», dans le renoncent qui l’unit à son Dieu, et non dans une misérable satisfaction corporelle et naturelle.
3- Du Crucifié par amour, l’âme franciscaine apprend non seulement à renoncer aux plaisirs des sens, mais aussi à la propre vie naturelle de l’esprit : renoncement à la propre volonté devant Celui, qui a poussé le renoncement à sa volonté jusqu’à l’acceptation amoureuse de l’ignominieuse mort de la croix ; renoncement au jugement propre devant Celui qui a renoncé à son jugement pour s’assujettir à Celui du Père : renoncement à l’orgueil, à la vanité devant Celui qui, état Dieu, s’est laissé traiter en criminel, est devenue un misérable ver de terre.
Voilà la source de l’anéantissement amoureux et passif de l’âme franciscaine, qui arrive ainsi à la sainte indifférence, à la parfaite mortification des sens, du jugement et de la volonté propres dans l’obéissance parfaite à la volonté du Père.
Mort des sens, du jugement, de la volonté, parfaite indifférence, cela ne suffit pas encor à la vie mystique : il faut imposer silence à notre mode naturelle de connaître, de comprendre par concepts et raisonnements. L’âme franciscaine y parvient par la passivité amoureuse de son oraison affective qui, dans la nuit de la raison, arrive au contact expérimental de Dieu.
Silence aussi à la volonté qui, entraînée par le seul amour de Dieu, renonce à tout autre désir, à toute autre jouissance, même aux goûts divins de la Présence, pour chercher Lui seul, la Source même des goûts divins.
Références
1- Matthieu., XVI., 24-25
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23- Voie de négation et voie d'ascension
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Livre Troisième-Étape- La vie mystique dans le Christ
Voie de négation et voie d'ascension
Devine qui nous donne surnaturellement toute l’abondance de la vie, de la beauté et de l’amour ! L’on oppose souvent la voie franciscaine et la voie carmélitaine d’ascension vers Dieu. On dit que la première s’élève vers Lui par l’amour des créatures et les beautés de la nature, pendant que la seconde ne connaît que le renoncement, la nuit, le silence et la nudité du Carmel.
Il y a du vrai dans cette affirmation, mais on se tromperait lourdement si l’on croyait à l’absence du renoncement, de la nuit, du silence et de la nudité dans la spiritualité franciscaine : que l’on pense seulement a renoncement absolu de la parfaite pauvreté et à la nudité de la croix, à la nuit de la caverne et qui coïncida avec la nuit intérieur de l’épreuve et de la souffrance, de la mort du vieil homme, par laquelle tous doivent passer pour arriver à la vie nouvelle ; que l’on pense au silence de l’Alverne, où, dans le calme de toutes ses puissances, l’âme de François s’unit parfaitement à l‘Époux Crucifié et au Dieu du Silence éternel de l’Infinie.
Il faut mourir pour vivre ; il faut renoncer à tout pour trouver tout ; il faut imposer silence à nos opérations naturelles pour participer à l’opération surnaturelle, infinie, de Dieu, en Dieu.
2- Quant à l’amour de la nature, il ne faut pas oublier qu’après la maladie qui précéda sa conversion, François senti un grand dégoût pour tout le crée, pour tout ce qui lui avait plus jusqu’alors ; il y renonça parfaitement.
Ce n’est qu’après cette purification par le renoncement aux satisfactions naturelles que François trouva le vrai amour surnaturel de la nature, l’amour de tout en Dieu.
La voie franciscaine de l'élévation à Dieu par les créatures est donc d’abord un renoncement à la voie d’élévation naturelle ou panthéiste, un crucifiement de la nature et de toute satisfaction naturelle, pour aimer ensuite tout en Dieu et par Dieu.
Et saint Bonaventure, qui enseigne que la voie naturel et de l’ascension à Dieu est par le miroir des créatures (1), n’en dit pas moins que la voie négative du renoncement seule conduit au contact surnaturel . «Pour arriver au sommeil mystique des puissances, il faut renoncer aux opérations des sens et à celles de la raison qui sont unies aux données des sens.» (2)
Saint François ne voyait-il pas surnaturellement, dans toutes la nature, une image du Crucifié; et une image de la Passion : un arbre lui rappelle l’arbre de la Croix ; un agneau, l’Agneau sans tache immolé pour nos péchés ; l’eau, celle du Baptême qui nos en lave par les mérites du sang du Christ.
3- La voie d’ascension franciscaine, par l’universel amour du Christ dans la nature, inclut donc la voie de négation, du renoncement, du crucifiement, sans laquelle il n’y a pas de vie surnaturelle possible.
Mais ce renoncement est suave, sans dureté, parce qu’il est pratiqué par amour du Christ dont «le joug est doux et le fardeau léger».
C’est le renoncement à tout pour retrouver tout, sanctifiée, surnaturalisé, divinisé.
L’âme franciscaine ne cherchera pas dans la nature dans l’art, dans la beauté, la satisfaction des sens, de l’intelligence ou de la volonté naturelle, qui réduirait Dieu à son propre moi ; mais, en tout, Dieu lui-même, Sa gloire et Sa jouissance, dans le sacrifice du sens, de l’intelligence et de la volonté propres.
Ce renoncement sera poussé jusque dans les satisfactions de la vie intérieure, des douceurs divines de la Présence infinie, où trop d’âmes, qui d’abord cherchaient Dieu, s’arrêtent à se chercher soi-même. Renoncement aussi à cette gourmandise spirituelle. Dieu seul ! dans le renoncement au moi et à toutes ses satisfactions.
Mais ce renoncement n’a rien de dur et d’austère, car en renonçant à tout on trouve tout au centuple. Folie pour la nature ! Suprême sagesse
Références
1- Itinerarium, VII, I,Sent., 3,un., 2.
2- 2- In Hezaem., II,32 ; v, 342
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24- Appel prochain à la mystique
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Livre Troisième-Étape- La vie mystique dans le Christ
Appel prochain à la mystique.
Nous pouvons nous préparer à la vie mystique ; et toute la disposition d'âme franciscaine à la passivité y prépare en fait. Mais la pleine vie mystique est une opération de Dieu en nous : après avoir accepté notre active collaboration, avoir agrée notre bonne disposition, les efforts de notre bonne volonté c'est Lui, et Lui seul, qui peut mettre les cadeau à la perfection de l'œuvre entreprise.
La vie mystique est essentiellement surnaturelle; elle exige donc notre pleine passivité sous l'action de Dieu, la pleine mort à nous mêmes pour vivre dans le Christ. Toute activité naturelle de notre part s'oppose donc`a la pleine vie mystiques, où tout est passif, où notre activité, n'est plus à côté de celle de Dieu mais comme fondée en la sienne, où le mode d'opérer n'est plus selon la nature des puissances, mais tout surnaturel.
Nous pouvons et devons tendre à cette passivité, mais nous pouvons pas nous y mettre de nous-mêmes, cessant toute activité : ce serait du condamnable quiétisme.
L'appel à la passivité complète doit venir de Dieu qui lui-même opéra l'ultime purification de la nature, la mort du moi qui ne peut être anéanti aussi longtemps qu'il opère et qui doit donc attendre passivement de Dieu son ultime purification.
2- Le signe de l'appel prochain à la vie mystique passive est l'impossibilité où se trouvent nos puissances d'agir naturellement.
Au début de la vie de perfection, l'âme trouve une grande douceur dans la prière, dans les exercices de piété, dans la lecture spirituelle. De même, son activité extérieure la comble de joie et de satisfaction.
Les bonnes actions, lui procurent une grande douceur intérieur, les mauvaises lui causent une affliction qui ne lui laisse point de repose qu'elle ne les ait réparées.
Mois voilà que peu à peu la prière vocale devient insipide, l'âme l‘accomplit qu'avec peine les exercices de piété, la méditation devient aride et de plus en plus impossible, la lecture spirituelle même la laisse froide et indifférente. L'activité extérieure n'offre plus d'attrait ; une certaine indifférence pour le bien et le mal s'empare d'elle.
L'âme doit, en ce cas, voir si cet état est dû à la négligence, à l'infidélité, à la tiédeur ; et, s'il y a lieu, y porter remède.
Si ce n'est pas le cas, qu'elle se rassure : sa prière vocale doit faire place à la prière mentale, à la prière du cœur, à la vie intérieure ; sa méditation doit faire place à la contemplation, au simple regard d'amour ou de foi.
Le goût propre dans la prière et l'activité doit faire place au goût de Dieu et à la passivité sous Son activité.
3- Tout cela signifie simplement que l'activité naturelle de l' âme doit faire place à l'Activité de Dieu. Or, l'action de Dieu est simple, c'est l'union d'amour, le regard simple de l'intelligence, sans image, sans concept, sans discours.
Le moment est donc venu de simplifier sa vie spirituelle, de se laisser agir par Dieu. Et il serait faux de se préoccuper, de s'agiter, de croire que l'on perd son temps, qu'au lieu de progresse l'on recule, en vouloir revenir de force aux prières vocales, à la méditation discursive.Puisque c'est Dieu qui veut agir, il ne faut pas empêcher son action par la nôtre, mais le laisser faire, se soumettre, vivre d'union habituelle de foi ou d'amour.
Pour s'assure que l'aridité, l'impossibilité de la prière vocale et de la méditation discursive ne viennent pas de la tiédeur ou d'un état maladif, il faut que se manifeste dans l'âme l'indifférence pour tout ce qui n'est pas Dieu avec un grand désir de l'aimer et de se donner à lui de plus ne plus parfaitement.
Ce désir de Dieu et cette indifférence pour tout n'excluent d'ailleurs pas les tentations ou les distractions ; mais celle-ci sont superficielles, et celles-là finissent toujours dans le dégoût, dans la certitude que Dieu seul peut combler le désir de l'âme.
Il peut aussi arriver que, sans aucune faute ou maladie, là sent le dégoût même de Dieu et de toutes les choses spirituelles. C'est alors un signe de la purification passive, en pleine vie mystique. Que l'âme s'en remettre alors à son Directeur de conscience qui seul pourra juger de sont état. Elle est elle-même absolument incapable. C'est la pleine mort à soi-même qui s'effectue, prélude aux ineffables illuminations mystiques.
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