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L'unité conjugale
Respect de l'unité conjugale sur le plan physique
Respect de l'unité conjugale sur le plan spirituel
Respect de l'unité conjugale sur le plan de la vie
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La maîtrise sexuelle s'impose à tous, et on ne débutera jamais assez tôt.
Mais pour l'homme et la femme, unis par les liens du mariage, elle est doublement requise ;
elle revêt une modalité conjugale qu'il faut reconnaître.
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Toute étude de morale conjugale doit partir, comme d'une donnée initiale, de l'unité du couple, de l'homme et de la femme en tant qu'unis dans une communauté indissoluble. Cette union est la réalité première, originale, qu'il s'agit de comprendre, de respecter, d'orienter. Au lieu de juxtaposer deux personnes et de voir leur con jonction comme une chose adventice, surajoutée, il faut penser constamment la réalité conjugale en termes de relations mutuelles, de réciprocité, d'échange, de partage. L'acte proprement conjugal apparaît, dans cette lumière, comme une solidarité vécue, comme une collaboration dont les responsabilités sont partagées tant pour le bien que pour le mal. Si l'un des partenaires fausse cet acte dans sa finalité première, la partie innocente ne peut en rejeter toute la responsabilité purement et simplement sur l'autre, en se désolidarisant de lui. « C'est vrai, écrvait à ce propos un auteur contemporain, que je n'ai pas fait le péché de l'autre, et je n'aurai pas à le confesser, mais par cette acceptation radicale qu'est la communion, nous sommes l'un avec l'autre dans notre bonne et notre mauvaise conscience. » Cette communion interpersonnelle fait du mariage un état nouveau, obéissant à des lois et à des exigences propres, soumis à ce qu'on pourrait appeler la loi de la conjugalité. Par égard pour cette unité, l'auteur cité conclut très finement par ces mots : « Je nous reproche le péché de l'autre, et c'est nous qui devons le dépasser ». Ces lignes sont riches de conséquences pratiques.
On a trop raisonné d'une manière individualiste, en examinant chaque attitude séparément, en additionnant simplement deux responsabilités. S'il y a un domaine où l'individualisme est moins qu'ailleurs de mise, c'est bien celui-ci. Au moraliste il convient de redire avec l'évangile : « Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ! »
C'est avant tout de l'individualisme masculin qu'il faut se garder. Sans doute, il faut demander avec saint Paul « que la femme soit soumise à son mari, comme il convient dans le Seigneur », mais cette primauté ne détruit ni l'égalité foncière des personnes ni leur unité.
Par suite d'une série de facteurs sociologiques et autres, l'unité conjugale n'a pas toujours été suffisamment considérée comme l'union de deux personnes de dignité égale, et l'on ne s'est pas toujours montré assez respectueux du caractère spécifique de chacun. Saint Thomas lui-même fut parfois victime de cette optique trop masculine et par surcroît monacale, lorsque, commentant le texte de la Genèse , où il est dit que Dieu créa la femme pour aider l'homme, il écrit sereinement que, la procréation mise à part, l'homme est toujours mieux aidé par un homme que par une femme 1 .
Dégagée de ce qui la compromet à la base, l'union conjugale doit être vécue, positivement, sous ses divers aspects. Signalons-en quelques-uns.
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Respect de l'unité conjugale sur le plan physique
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Déjà, au niveau corporel, cette unité fait valoir ses droits. La chasteté des époux est une chasteté conjugale, corrélative, interdépendante. C'est dire que l'amour véritable, qui est réciprocité et mise en commun, est un élément essentiel de cette chasteté. De ce chef, la maîtrise de soi s'insère au coeur même de l'union conjugale, qui est tout entière un geste de donation mutuelle, où chaque conjoint doit s'orienter du dedans vers l'autre et vivre au rythme de l'autre. Il en résulte que le plaisir naturel qui accompagne l'acte conjugal n'est pas d'abord une satisfaction que chaque partenaire se procure à lui-même, ›. mais qu'il est, psychologiquement, d'abord une joie donnée à l'autre avant de rejaillir sur lui-même. L'amour et la maîtrise de soi sont donc au départ même de l'acte, il comme au coeur de son développement.
La joie elle-même, dans sa résonance physique, requiert, autant que possible, la simultanéité. L'amour doit pousser les conjoints à faire tout ce qui dépend d'eux pour y parvenir : d'où l'effort vers la maîtrise sexuelle comme aussi l'effort vers l'oubli de soi et le renoncement à l'égoïsme naturel.
Le premier pas vers la chasteté conjugale, c'est-à-dire vers la maîtrise sexuelle, commence au premier geste d'amour authentique. L'oubli de soi n'est pas un article de luxe, c'est une condition première de réussite.
Dieu demande d'abord d'un acte d'amour qu'il soit à base d'amour. C'est le « crime de non-amour », qui est à l'origine de tant d'échecs conjugaux, que tout le monde constate et que le nombre grandissant des divorces étale à tous les yeux. Ce qui vicie avant tout le comportement conjugal, c'est l'égoïsme d'un des conjoints ou de tous les deux. C'est là qu'il faut chercher la racine du mal. Ce n'est pas son intensité mais son manque de profondeur qui ravale le plaisir sexuel. Cette remarque est à ce point exacte, que saint Thomas n'hésite pas à écrire que, dans le plan primitif de Dieu, antérieur au péché originel, cette jouissance aurait été plus élevée parce que plus ordonnée, plus chargée d'amour. Lorsqu'il s'agit d'union conjugale . il ne faut pas confondre pureté et renoncement : la pureté consiste non à aimer moins mais à aimer plus profondément. « On n'aime jamais trop, a-t-on écrit très justement, on aime mal ou pas assez. » Il est grave de dissocier amour et instinct au sein de l'acte conjugal. C'est mutiler celui-ci, l'appauvrir, le déshumaniser. Il s'agit non de le désincarner, mais de l'imprégner d'esprit et d'amour, naturel et surnaturel. Ce que l'Église condamne c'est la dénaturation de l'acte, c'est la contrefaçon de l'amour. Elle veut que le geste ne soit pas divorcé du sentiment noble qui doit l'animer et dont il doit être la traduction, le porteur, le symbole. Un geste physique d'union, non chargé d'âme, est un mensonge en acte, une trahison, un baiser de Judas, qui dégrade et provoque la rupture entre les âmes. La matière doit être informée par l'esprit, le geste corporel vivifié et porté pal l'amour. Rechercher la sensation pour elle-même, divorcée de l'amour, c'est ramener l'homme en deçà de lui-même, le réduire à n'être qu'une partie de lui-même et donner à cette partie une primauté qu'elle n'a pas. C'est briser l'unité du composé humain au mépris de la vraie dignité de l'homme. Le geste physique n'est pas avilissant en soi, mais il le devient dès qu'il perd son élan spirituel, sa signification, sa vraie raison d'être. Telle est la doctrine de l'Église ; elle réprouve le jansénisme et le manichéisme, et, en forçant l'homme à la maîtrise de soi, elle veut le sauver de lui-même et l'obliger à ne jamais se relâcher.
C'est ce qu'écrit également jean Lacroix dans son beau livre : Force et faiblesse de la famille:
« Ce qui est à craindre chez l'homme, ce n'est ni l'instinct, ni la raison, mais, si l'on peut dire, leur exclusivisme ; et la raison détachée de la vitalité instinctive n'est pas moins périlleuse que l'instinct qui n'est pas introduit dans un système des désirs et un équilibre rationnel. La sexualité n'est mauvaise que séparée ; elle est toujours bonne lorsqu'elle baigne dans la tendresse et l'amour. L'acte sexuel est intégré à la personne, dans la mesure où un homme a humanisé la totalité de son être ; il est, au contraire, déshumanisé dans la mesure où il laisse subsister un dualisme entre la raison et l'instinct. Ce n'est en aucune manière la sexualité qui est un mal, mais l'isolement de la fonction sexuelle, détachée de son sens personnel et ramenée à la sexualité animale, à contresens de sa destinée humaine. Le prétendu amour qui n'a en vue que la possession est l'immoralité même » (1. c., p. 97-98).
A la lumière de cette loi de conjugalité, il est utile de préciser ou même de revoir certaines solutions, plus ou moins classiques, données à des cas de conscience types.
Un exemple : la continence conjugale. Périodique ou prolongée, celle-ci s'impose en certains cas. Tout le problème est de savoir comment la pratiquer concrètement, et sous quelles modalités. Trop de jeunes époux croient qu'il faut opter entre tout ou rien, et qu'il leur est demandé, en pareil cas, de « vivre comme frère et soeur ». Se sentant incapables d'adopter cette ligne de conduite, ils perdent pied et sombrent dans le péché. Il faut qu'ils sachent qu'une autre voie leur reste ouverte, qui, plus accessible, permet à un plus grand nombre de rester fidèles à Dieu. Elle ne supprime pas l'effort, mais est une voie praticable.
L'exigence de « vivre comme frère et soeur » n'est pas à la mesure de toutes les bonnes volontés. Puisqu'il s'agit, par définition, d'époux légitimement unis, cette formule est inadéquate : elle méconnaît, à sa manière, cette loi de la conjugalité sur laquelle nous insistions. Il ne s'agit pas en l'occurrence de deux célibataires vivant côte à côte, mais d'époux. Sans doute est-il loisible, de commun accord et par esprit de renoncement, d'opter pour une solution radicale de séparation, comme on peut du reste, en certains cas très rares et très exceptionnels, pour un motif supérieur de dévouement social ou apostolique, renoncer à user des droits conjugaux. Mais telle n'est pas la solution normale et habituelle. La continence ordinaire des époux implique pour eux le devoir de témoigner de leur amour en usant de la gamme des intimités physiques légitimes, tout en restant en deçà du réflexe terminal.
Autre exemple : la passivité autorisée de la femme, en cas de pratique onaniste du mari. On connaît le problème de conscience, hélas trop fréquent, qui se pose. Que doit ou que peut laisser faire l'épouse au cas où elle sait pertinemment que le mari est décidé à ne pas mener le rapport conjugal à terme ? Les moralistes distinguent très justement le cas où le mari procède artificiellement dès le départ, et celui où, débutant normalement, il interrompt l'acte. Dans le premier cas, aucun moraliste ne pourra autoriser cette façon de faire, sous peine de renier la doctrine formelle de l'Église ; dans le second cas, la réponse classique autorise la femme, afin d'éviter pire, à rester passive après avoir tenté de détourner son mari de cette pratique. Cette opinion tolérante est courante, et on a le droit de suivre l'avis de moralistes reconnus. Ceci soit dit pour la tranquillité de conscience. Je voudrais cependant demander aux moralistes de réexaminer la question à la lumière du principe de la conjugalité.
Une enquête faite auprès d'un grand nombre d'épouses, foncièrement chrétiennes, de bon jugement et nullement scrupuleuses, montre que cette sorte de divorce moral autorisé leur répugne. L'autorisation de se cantonner dans la passivité ne dissipe pas un sentiment de malaise, auquel il faut être d'autant plus sensible qu'il va à l'encontre de leur intérêt. Ce « dualisme » moral les heurte d'autant plus que la passivité en question implique une part très nette de coopération active. La clause elle-même de la protestation requise de leur part est si facilement platonique, pensent-elles. Cette passivité autorisée leur apparaît comme une sorte de tricherie morale : elles comprendraient la solution de résignation en cas de danger imminent grave, solution que la morale reconnaît en d'autres situations extrêmes, mais elles sentent confusément que cette « condescendance » brise leur effort de résistance morale et n'engendre ni la générosité chrétienne ni la paix. Tout en sachant qu'elles ne commettent pas un péché mortel, elles sont unanimes à dire que cette solution leur apparaît comme une voie de médiocrité spirituelle.
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Respect de l'unité conjugale sur le plan spirituel
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Communion corporelle, le mariage est plus encore communion d'âme et de vie. L'homme est un tout, et c'est au sein de cette totalité même que vient s'insérer l'effort pour la maîtrise sexuelle et l'épanouissement de l'amour.
Un mariage qui, au départ, manque déjà d'une parfaite communion spirituelle, débute avec un handicap bien lourd. C'est le cas notamment des mariages mixtes et à fortiori des mariages avec des incroyants. Il est évidemment possible qu'une union entre personnes de religions différentes soit humainement heureuse, mais le risque qu'on court est grand. Ce n'est pas sans raisons que l'Église marque crainte et réserve. Elle exige des garanties pour préserver la pratique religieuse du conjoint catholique et l'éducation des enfants. C'est un minimum vital, mais qui ne voit que ce n'est là qu'un minimum? Car la divergence d'idées et de convictions religieuses aura mille répercussions, qui débordent le domaine de la pratique religieuse au sens restreint du mot. Il ne suffit pas d'aller à la messe le dimanche et de faire baptiser les enfants. La religion, elle aussi, est un tout, et c'est la vie entière avec toutes ses répercussions personnelles, familiales, sociales, qui doit en être imprégnée. Comment pratiquer le partage intégral des joies et des peines de la vie, si l'on ne juge pas celle-ci, dans son déroulement quotidien, à la même lumière, selon une même hiérarchie des valeurs? Comment pratiquer ensemble la même morale conjugale qui ne se vit qu'ensemble? On ne peut se dérober aux problèmes qui vont se poser : quelle attitude adopter en face d'un contrôle immoral des naissances, que l'Église interdit et qu'on accepte si couramment en dehors d'elle? Quelle attitude prendre par rapport aux pratiques anticonceptionnelles? Ce qui sera péché pour l'un ne le sera pas pour l'autre. Et comment, demain, éduquer ensemble des enfants, qui vont être tiraillés entre leur père et leur mère dès qu'ils vont grandir, et qui seront mis devant des options douloureuses? Faut-il s'étonner dans ces conditions que les mariages mixtes soient une des grandes causes de déchristianisation? Nos fidèles ont peine à comprendre la réserve de l'Église en la matière. Cette sévérité apparente n'est pourtant que l'expression de sa sollicitude maternelle à l'égard de ses enfants, qui non seulement s'exposent à perdre la foi, mais qui mettent en péril aussi leur amour, puisqu'il est coupé, à sa racine, de cette conjugalité qui est pour tout foyer une loi de vie ou de mort.
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Respect de l'unité conjugale sur le plan de la vie
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La conjugalité n'impose pas seulement l'harmonisation spirituelle et physique au sein de l'union conjugale : elle est une loi qui régit le foyer chrétien tout entier. Inutile d'espérer fonder un foyer heureux, si on ne cherche pas à établir cette harmonie dans toute la vie journalière. L'amour n'est pas un acte isolé ; il est la résultante de
deux vies qui n'en font qu'une. C'est tout cela qu'un époux traduit lorsqu'il appelle sa femme de ce beau titre de noblesse : sa compagne de vie. L'amour se construit au fil des jours et à travers toutes les circonstances. Rien ne lui est indifférent, surtout pas ces mille « riens » qui font le bonheur familial. Une vie conjugale heureuse et chrétienne est une résultante ; elle s'inscrit dans un cadre de vie et se nourrit de sacrifices mutuellement consentis, d'oubli de soi, de générosité. Ces vertus elles- mêmes ne peuvent s'épanouir dans l'âme des baptisés que dans un climat surnaturel. Elles ont besoin de tout l'ap port sacramentel pour être nourries, purifiées, fortifiées. Tout péché consenti porte atteinte à la vie du foyer, toute grâce acceptée et vécue le consolide et l'épanouit.
L'homme est un tout et son comportement extra- sexuel est de capitale importance pour la poursuite même de la chasteté. Le devoir de chasteté se situe dans un ensemble d'autres devoirs, à remplir simultanément. Les vertus sont solidaires comme les hommes. Être tempérant dans le boire et le manger, vaincre un mouvement d'humeur ou d'égoïsme, maintenir le contrôle des yeux, tout cela contribue à renforcer la maîtrise de soi dans l'union conjugale. Au contraire, donner libre cours à son imagi nation à travers les lectures, les films, les spectacles, c'est déjà préparer la démission morale. Tout se tient et se conditionne. C'est la raison d'ailleurs pour laquelle un acte de faiblesse doit se juger, non dans sa matérialité, mais dans l'orientation générale de vie. Si quelqu'un livre loyalement sa vie à Dieu et aux autres, s'il poursuit et sert un idéal, s'il aspire vraiment à bien faire au fil de la journée, il y a lieu de présumer qu'une défaillance ne sera pas pleinement volontaire. Le contexte juge le texte.
La loyauté de la vie est le meilleur garant de la loyauté d'intention au sein d'une tentation passagère.
La psychologie moderne a lutté victorieusement contre l'atomisme psychologique, qui découpait des secondes de vie pour les isoler et les juger en fonction d'elles- mêmes. La science a appris désormais à situer dans la totalité vivante chaque réaction isolée et à la juger globalement. La vie est un tout ; vouloir isoler une tranche de vie, c'est méconnaître le réel et créer des pseudoproblèmes. Il en va de même ici : le contexte de la vie morale est un facteur primordial. Il ne faut pas s'arrêter à une syllabe détachée. Dieu écoute des phrases et non pas des monosyllabes. Il juge l'ensemble, qui colore et informe chaque partie.
Il faut donc situer le devoir de la chasteté parmi les autres devoirs. Il n'est ni le plus important ni surtout le seul. La charité reste la grande loi du Christ et la charité entre époux doit s'harmoniser avec leur devoir de chasteté et s'y adapter. On ne peut sacrifier l'un à l'autre. On ne résout pas une équation en éliminant les facteurs en présence mais en les équilibrant. L'harmonie des devoirs est une tâche nuancée, certes, mais indispensable. Les époux ont le devoir de s'aimer et de se témoigner physiquement cet amour, même s'ils doivent momentanément vivre dans la continence. Équilibre délicat, mais que la grâce, animant l'effort de maîtrise sexuelle, aide à résoudre dans la fidélité.
Il ne faut jamais oublier la loi des devoirs simultanés. « J'aime les choses qui existent ensemble », dit un personnage de Claudel. Nous devons aimer et respecter toute la diversité des lois du Seigneur. On ne peut traiter du sixième commandement, abstraction faite des autres.
Il faut, à la fois, être charitable, être juste, être chaste ; et ces devoirs doivent être menés de front. Tout se tient et s'enchaîne : chasteté et charité vont ensemble, l'une renforçant et complétant l'autre. Il faut se garder d'être de cette catégorie de chrétiens, dont Péguy disait : « Ils croient qu'ils aiment Dieu parce qu'ils n'aiment personne ». La religion chrétienne n'est jamais fragmentaire : elle est globale, plénière. Le bien est le fruit d'une plénitude : bonum est ex integra causa. Cet adage philosophique a de multiples applications et vaut son pesant d'or. Comme l'écrivaient J. P. et B. Dubois-Dumée : « On a fait de l'impureté le mal en soi, le péché n° 1. Le vol, l'hypocrisie, le mensonge, le meurtre, la dureté de coeur, ne sont rien auprès d'elle... La morale sexuelle doit être respectée, mais elle n'est pas toute la morale... On se voile la face devant la luxure, parce qu'il y a un contrôle physiologique, mais on ne discerne pas les poussées de l'égoïsme et de l'orgueil, qui sont matériellement incontrôlables. Le mariage est un ensemble : pour le mener à bien, comme pour bien juger des fautes commises, il faut se référer à l'ensemble, au mouvement de l'ensemble ». (Dans Le Couple chrétien, L'usage chrétien du mariage et la con tinence, Paris 195o, p. 143 sq.)
Ces lignes situent dans la vraie perspective l'effort de maîtrise à deux, que nous venons de décrire : elles lui donnent à la fois, très heureusement, sa limite et sa portée. |
Références
I. « Dicitur mulier esse facta in adjutorium viri. Sed non ad aliud nisi ad generationem... quia ad quodlibet aliud opus,
conve nientius adjuvari posset vir per virum quam per feminam ». Som me Théologique, P . , q. 98, 2.
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