DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

Allez voir cette page

Dieu-t-appel-a-devenir-pretres-mais-ou-aller.html

Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
Amour et maîtrise de soi
Titre de la page:

Rôle du prêtre et rôle du  médecin

Nom de l'auteur:
Cardinal Léon Joseph Suenens

 

 

CHAPITRE IX LE RÔLE DU PRÊTRE ù


Deuxième Partie Que Faire ? -
Un appel - Le confesseur -Le pasteur

Le prêtre et la liturgie nuptiale - Le prédicateur -Le moraliste
Révision des traités
- A l'écoute des laïcs
-Le prêtre animateur du laïcat

Deuxième Partie Que Faire ?

Nous avons tenté jusqu'ici de dégager les principales orientations doctrinales, qui commandent les rapports de l'amour et de la maîtrise de soi.

La question surgit spontanément: « Que faire pour aider les hommes à traduire ces principes dans leur vie? »

La réponse variera selon la situation respective de tous ceux qui portent une responsabilité, médiate ou immédiate, dans ce domaine.

Il faut donc s'adresser tour à tour à chacune des catégories sociales dont le concours est indispensable.

C'est l'objet de cette deuxième partie, d'ordre pratique, qui voudrait préciser successivement le rôle des prêtres, des médecins, des universitaires et des chercheurs, des parents, des professeurs et des dirigeants du laïcat chrétien.

Seule leur action concertée et convergente peut répondre à l'urgence et à l'ampleur de ce problème vital.

Un appel

Dans un discours récent, tenu à Rome, sur la « Sainteté par le mariage », le Père Carré O. P. lançait aux prêtres cet émouvant appel : « Les prêtres d'aujourd'hui sont sollicités par de multiples disciplines. Mais les problèmes du travail ou de la technique ne sont pas les seuls qui doivent retenir leur attention. Il y a le don réciproque, si grand et si fragile, de deux personnes. Il y a, chaque jour plus nombreux, des foyers qui interrogent. La grâce et la vie mettent leur conscience en face d'options dont dépend autant leur sainteté que leur apostolat. Qu'il s'agisse des relations spirituelles ou physiques entre deux époux, de leur amour travaillé sans relâche par les purifications et les élargissements de la Charité, ou bien du dialogue secret que chacun entretient avec Dieu, des difficultés surgissent, parfois des conflits, voire des conflits très douloureux. Des foyers interrogent. Des foyers se tournent vers ceux qui ont mission dans l'Église, sous le contrôle de la hiérarchie, pour répandre la lumière. Cette lumière, oserons-nous la laisser sous le boisseau 1 ? »

La réponse à cet appel ne peut faire aucun doute. Il appartient au prêtre de former les consciences et d'interpréter pour les fidèles la pensée et la volonté de Dieu, dans ce domaine plus encore peut-être que dans les autres, puisqu'il met en jeu le problème moral et religieux de tant d'âmes.

Sa présence pastorale est requise. Mais qui ne voit combien elle est à la fois indispensable et délicate, nécessaire et nuancée ? Il ne peut se dérober à l'appel puisque, par définition, il a été formé et préparé pour cela. Il n'est médiateur entre ciel et terre que s'il est relié solidement aux deux rives : Dieu et les hommes. Et ces hommes lui réclament le pain de vie.

Le prêtre affronte le problème crucial à plus d'un titre ; il est confesseur, pasteur chargé d'âmes, homme de liturgie, prédicateur, moraliste, animateur du laïcat.

Nous voudrions examiner tour à tour ce que, sous ces divers aspects, l'on peut ou l'on ne peut pas attendre de lui.

Le confesseur

Le prêtre, au confessionnal, est appelé à juger très fréquemment des cas de conscience en ce vaste domaine sexuel.

Les fidèles se plaignent couramment des réponses divergentes qu'il leur arrive de recevoir à cette occasion, et ce désaccord crée un malaise.

Un principe est une chose, son application à un cas concret en est une autre. Le diagnostic moral peut, en effet, en certains cas, différer de confesseur à confesseur, comme le diagnostic médical varie de médecin à médecin. Il y a une marge de relativité dans l'application d'un principe à un cas concret. Mais il reste que les mêmes cas classiques devraient recevoir partout la même réponse, sur la base d'une doctrine commune. Il serait utile à cet égard que les « Conférences théologiques », qui groupent les prêtres par doyenné, mettent ces questions régulièrement à l'ordre du jour pour confronter les réponses données par chacun et dégager la solution pratique commune et valable pour la généralité des cas. Il serait utile aussi, croyons-nous, à l'instar de ce qui s'est fait dans tel diocèse allemand, qu'une commission pastorale autorisée élabore une brochure mettant au point, à l'usage des confesseurs, les réponses à donner dans les cas classiques que pose la morale conjugale. Ces directives, valables à l'échelle du diocèse et pourquoi pas au delà ? aideraient à réaliser l'unité souhaitée pour la paix des consciences et la clarté des esprits. Et aussi pour faire cesser le scandale dont on se plaint, et qui ne pourrait que grandir, si, faute de méthode et de coordination de notre part, cet état de choses perdurait.

Mais, ceci précisé, il faut que le laïc se rende compte de la difficulté inhérente à la confession elle-même en ce domaine précis.

Voici le pénitent, qui s'accuse et soumet au jugement du prêtre et au pardon sacramentel des fautes contre la chasteté. Il les présente, généralement, isolées du contexte où elles s'insèrent, dans leur pure matérialité. Son vocabulaire risque facilement d'être déficient et imprécis. Tel cherche avant tout, consciemment ou non, « une assurance », et sera tenté d'interpréter la réponse dans le sens de ses désirs. Tel autre voudrait qu'on lui fournisse une solution toute faite, qui le dispenserait d'engager sa propre responsabilité. Exceptions sans doute, mais qui ne sont pas tellement rares. Le prêtre doit en tenir compte et peser ses mots.

Par ailleurs, s'il s'agit de pénitentes, il est tenu à une discrétion supplémentaire qui s'impose, dès qu'il s'agit d'entrer dans des détails personnels. Le prêtre reste homme : son sacerdoce ne l'a pas immunisé contre les suites du péché originel ; et la femme, elle aussi, garde sa psychologie particulière. D'où les limites du dialogue. On perçoit du coup, pour le dire en passant, le rôle qui serait à jouer ici, dans ce vaste monde féminin, par les religieuses, formées à cette tâche, tout comme par les dirigeantes de nos divers mouvements féminins d'Action catholique ou sociale. Nous en reparlerons.

Pour en revenir au ministère du confesseur, il faut noter que, si, par surcroît, ces confessions se situent à la période pascale ou à la veille de grandes fêtes, le temps fera défaut, précisément à l'heure où il faudrait au prêtre le plus de disponibilité pour être tout à tous et aller au coeur des choses.

Toutes ces difficultés, et il en est d'autres, font partie du lot normal de la souffrance pastorale. Chaque prêtre comprend par le dedans ce qu'ont représenté d'héroïsme et de sainteté les séances de confession d'un curé d'Ars. Plus qu'ailleurs il se sent au confessionnal médiateur entre la lumière de Dieu et les ténèbres des hommes, entre la sainteté de Dieu et la pauvre misère humaine, et il en porte le poids.

Il doit être le gardien vigilant de la loi du Seigneur, ne pas laisser planer d'équivoques et, moins encore, se prêter à sanctionner le défaitisme moral dans le domaine si menacé de la morale sexuelle et conjugale. Il est celui qui sauvegarde contre les remous passionnels les liens inviolables du mariage, le sens sacré de l'amour. Il ne lui appartient pas de transiger avec la faiblesse humaine. Mais il a l'impérieux devoir aussi de la comprendre, de disposer les âmes au cheminement difficile vers la maîtrise parfaite, de sérier les étapes et de soutenir l'effort loyal de celui qui se reprend avec la grâce de Dieu. Il est juge et père, ou mieux il juge en père, avec le coeur du Sauveur.

Confesseur, il rend l'inappréciable service de donner aux hommes, au nom du Christ, le pardon des fautes et de tracer les directives essentielles. Mais il ne peut pas, comme tel, répondre à l'ampleur du problème, ni se charger de l'éducation sexuelle positive indispensable. Il faut prendre acte de cette limite.

S'il est en outre directeur spirituel, il aura à pratiquer une politique de présence et d'absence : il devra dire les paroles nécessaires, mais il devra aussi apprendre à ses dirigés à se passer de lui. La direction spirituelle n'est ni un dorlotage spirituel ni une emprise ; elle est un effort de libération, qui doit apprendre graduellement au dirigé à prendre ses responsabilités propres. Le mot de saint Jean Baptiste s'applique au prêtre à l'égard de celui qu'il guide : « Il faut qu'il croisse et que je diminue ». On ne saurait le redire avec trop d'insistance.

Pour clore cette section par une suggestion pratique, il serait souhaitable, en vue de remédier à la difficulté des explications nécessaires et délicates endéans un temps limité, que les confesseurs disposent de feuillets, con­ sacrés chacun à une de ces situations morales classiques. Il faudrait que ces feuillets soient à la fois simples et précis, vivants et percutants, de manière à fournir au pénitent un complément d'explication ou l'amorce d'un contact ultérieur. On souhaiterait que la Commission de pastorale familiale les élabore en faisant appel aux moralistes, aux médecins, aux psychologues, sans oublier les écrivains qui savent manier la plume et transmettre un message.

Le pasteur

Le prêtre n'est pas que confesseur : il est souvent aussi pasteur d'âmes, chargé d'un ministère pastoral, qui lui offre une autre occasion de contacts, à domicile ou à la sacristie, avec les fiancés qui, à la veille de leur mariage, ont à se présenter à lui.

Voit-on tout le problème de pastorale que cela pose ? Ces fiancés viennent à lui, souvent pour la première fois de leur vie, plus ou moins ignorants de leur religion, qu'ils n'ont parfois plus pratiquée depuis leur jeunesse. ils viennent pour remplir des formalités juridiques, nullement pour recevoir une formation ni pour s'entendre exposer les principes de l'Église sur la vie conjugale, l'indissolubilité du mariage, le contrôle des naissances, le divorce, etc. A leurs yeux cette démarche équivaut aux formalités civiles du mariage : c'est une corvée à laquelle on ne peut se soustraire. Comme il faudrait pourtant que ce soit tout autre chose et qu'ils sentent qu'on entre ici dans le domaine du sacré, dans le monde sacramentel, où sont engagées non seulement deux vies humaines, mais leur avenir personnel et celui des générations à venir ! Le savent-ils ? Le devinent-ils même ?

Tout le tact et le savoir-faire du curé sont nécessaires pour donner, à cette occasion, quelques directives de vie et faire entrevoir le sens du grand sacrement qu'ils vont recevoir et qui les liera à jamais. On comprend l'angoisse des prêtres, qui se demandent parfois s'il ne vaut pas mieux refuser le mariage religieux à des couples, pour qui il n'est plus qu'une coutume dépourvue de sens et qui, demain, au premier tournant difficile, demanderont le divorce. Un divorce sur quatre mariages en certains grands centres urbains ! Il faut réfléchir à ce chiffre bouleversant. Le mariage, que ces fiancés vont conclure et que l'Église déclare indissoluble, en comprennent-ils la portée naturelle et surnaturelle ? Demain l'atmosphère qu'ils respireront glorifiera « l'amour libre », et favorisera la tentation de l'infidélité. La licence des moeurs, les facilités de déplacement qui soustraient au contrôle, les modes provocantes, les affiches suggestives, les spectacles de théâtre ou de la rue se ligueront pour les séduire. Qu'of­ frons-nous, comme masque à gaz, contre ces miasmes ? Et surtout, où en est l'éducation préventive, continuée, positive, qui pourrait les immuniser ? Le prêtre sent la disproportion humaine des forces du bien et du mal en présence ; cette séance « in extremis » avec ces époux de demain est pour lui une autre raison d'angoisse pastorale.

Cette situation nous contraint à un examen de conscience. Nous avons déjà attiré l'attention sur cette immense lacune à combler qu'est l'impréparation des fidèles au mariage. De toute urgence un grand effort doit être entrepris et organisé dans ce sens.

Dans l'immédiat, et pour parer au plus pressé, on souhaiterait que chaque prêtre puisse remettre aux fian­cés lorsqu'ils se présentent chez lui un livret permettant de continuer le trop bref dialogue... ou monologue, et qui leur donnerait une vue succincte mais suffisamment nette des principaux problèmes que posera demain la vie conjugale. Il existe quelques essais de ce genre : il y aurait lieu de s'en inspirer pour élaborer un livret officiel obligatoire, à adapter aux divers niveaux intellectuels.

Tant pis si cela coûte de l'argent. Nous sacrifions à bon droit des millions à construire des églises, et nous lésinerions lorsqu'il s'agit de donner à notre apostolat son débouché final ! Nous avons, dans le domaine spirituel, de puissantes installations électriques, mais au moment où le courant doit passer, nous ne songeons peut-être pas assez à la fiche à enfoncer dans la prise, au tract, à la brochure, au livret, au journal, qui individualisent notre message et le portent jusqu'au destinataire.

Mais le livret n'est qu'un palliatif. Son rôle sera précieux, surtout s'il est bien présenté et s'il accroche l'attention. Mais il ne remédie pas suffisamment à la carence que nous déplorons.

Le contraste est par trop flagrant, nous l'avons dit, entre le soin mis par nous à préparer les candidats au sacerdoce et l'abandon quasi complet, dans lequel est laissé le candidat au mariage, c'est-à-dire l'immense masse des baptisés. Sans doute, ce n'est pas uniquement notre faute : pour tant de baptisés, la pratique religieuse cesse au lendemain de la confirmation, et le contact ne sera repris avec l'Église qu'à la veille du mariage. Comment, dans ces conditions, le prêtre pourrait-il remplir son rôle, s'il est laissé seul en face de cette mission, s'il ne peut s'appuyer sur le concours organisé des auxiliaires du clergé et du laïcat chrétien ? Mais avant de préciser cette collaboration indispensable, restons-en encore au domaine propre du prêtre et voyons si le sacrement du mariage lui-même est pleinement valorisé

Le prêtre et la liturgie nuptiale

.Cette valorisation du mariage est à faire également sur le plan liturgique. La liturgie a une valeur inégalée pour inculquer un enseignement et transmettre une grâce. Elle s'adresse à tout l'homme et le conduit, comme par la main, à travers rites et symboles, au centre du mystère religieux. De là l'importance du rituel du mariage. Trop souvent encore ce rituel est réduit à sa plus simple expression. Le renouveau liturgique, en certains pays du moins, opère un redressement salutaire, que l'on salue avec joie. L'épiscopat belge a adopté très heureusement un nouveau rituel, qui fait une large place à la langue vivante, prévoit l'accueil des fiancés, au porche de l'église, par le prêtre et ses ministres, associe l'assemblée des fidèles à ce qui va s'accomplir, souligne le rôle ministériel des conjoints eux- mêmes et introduit la bénédiction des deux anneaux, que les époux se passent eux-mêmes en signe de fidélité « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Les spectateurs, qui ont suivi à la télévision les cérémonies du mariage religieux du couple princier de Belgique, ont été vivement frappés par cette valorisation liturgique. On ne peut que se réjouir de cet incontestable progrès. Mais on aurait tort, croyons-nous, d'y voir un point final. Il reste encore du chemin à parcourir pour mettre en plein relief l'engagement des conjoints. Les laïcs seront reconnaissants pour tout effort en ce sens. Il faut se rendre compte que les futurs époux accomplissent, au pied de l'autel, l'acte majeur de leur vie. Pour eux c'est l'équivalent de l'ordination sacerdotale. C'est un passé qui s'achève et l'avenir qui s'ébauche. Le moindre mot, le moindre geste les trouve éveillés, attentifs, ouverts. Ces mots et ces rites sont chargés de grâce ; le prêtre agit au nom du Seigneur ; il a mission de dire aux conjoints, à ce moment, le sens de leur vie et de leur destinée, et de traduire en symboles ces enseignements. Le « oui » échangé par les conjoints au pied de l'autel est si riche de sens qu'il mériterait d'être explicité davantage. C'est là de beau travail pour mie Commission de pastorale liturgique, qui soumettrait ensuite ses projets à l'agrément de la Hiérarchie.

On songe, avec quelque nostalgie, à la formule d'engagement, telle qu'on la trouve dans le Rituel anglais.

I, N., take thee, N., to my wedded wife, to have and to hold from this day forward, for better for worse, for richer for poorer, in sickness and in health, to love and to cherish, till death us do part, according to God's holy ordinance ; and thereto I plight thee my troth .
i. Moi, N., je vous prends, N., pour mon épouse légitime, afin de vous garder à partir de ce jour, pour le meilleur et pour le pire, à travers richesse et pauvreté, maladie et santé, pour vous aimer et vous chérir, jusqu'à ce que la mort nous sépare, conformément à la sainte volonté de Dieu, et c'est pourquoi je vous jure fidélité.

On songe au serment d'allégeance marxiste intro­ duit en l'Allemagne de l'Est, au sein du contrat civil. Malgré sa gaucherie, sa pauvreté et sa lourdeur, nous le reproduisons ici, uniquement pour montrer que les chefs communistes, dépourvus de tout sens religieux, connaissent l'art d'influencer les hommes à un moment capital de leur vie et sentent d'instinct qu'il y a lieu de capter, au profit de l'État, cet engagement de stabilité. « A tous les travailleurs... nous jurons de faire de notre mariage conclu ici aujourd'hui une communauté pour toute la vie. Nous jurons d'unir nos forces actives pour qu'augmentent les conquêtes socialistes ainsi que la puissance des ouvriers et des paysans. Nous jurons de nous respecter réciproquement ; de nous accorder toute la sollicitude, toute l'assistance, et tous les sacrifices qui peuvent être nécessaires ; de nous aider mutuellement dans l'intérêt de notre développement professionnel et culturel ; d'être conformes à cet idéal dans nos décisions et d'être indéfectiblement fidèles l'un à l'autre. » Fas est ab hoste doceri.

Une fois la liturgie nuptiale pleinement déployée, pour­ quoi n'organiserait-on pas, chaque année, le renouvellement solennel de cette promesse, comme l'Église le prévoit, généralement, pour ses prêtres, à l'occasion des retraites ? On n'accentuera jamais trop le caractère sacré du sacrement de mariage et ses richesses latentes de vie. Ce serait une manière pratique et positive de lutter contre le chancre du divorce et de mettre en relief la stabilité conjugale et le sens du sacrement. Ce serait par ailleurs une occasion d'apostolat permettant de multiples contacts à nos militants d'Action catholique et à tous ceux qui se consacrent à l'action familiale.

Le prédicateur

Le prêtre a mission d'enseigner la loi du Seigneur, toute la loi. Il a le devoir de faire connaître aux fidèles la doctrine conjugale de l'Église, au même titre que sa doctrine sociale, dont elle est une partie. Mais comment faire ? Le curé en chaire, le dimanche, a devant lui un public mêlé d'adultes et d'enfants : comment aborder ces problèmes ? Or c'est précisément ce public de nos messes dominicales, ce public que le prêtre n'atteint que là et qui ne suivra pas une récollection ou une retraite, c'est le large public chrétien, qui a besoin d'être instruit, guidé, soutenu. Faut-il donc attendre que tous les cinq ou dix ans une mission paroissiale s'organise, où le prédicateur abordera les sujets nécessaires en convoquant les adultes à des conférences spéciales ? Et, dans l'intervalle, faut-il laisser dans l'ignorance, non pas du mal, qu'ils ne connaissent que trop, mais du remède à ce mal, tous les adultes qui ont tant besoin d'être aidés ? Sans doute chaque prêtre n'est-il pas un spécialiste en ces problèmes, pas plus que chaque médecin ne l'est, mais il doit être suffisamment équipé pour transmettre un enseignement conçu par des moralistes de profession et reconnu par l'autorité religieuse. Rien n'empêche d'ailleurs que des prêtres plus spécialisés offrent leurs services aux paroisses pour cette catéchèse-là. Cela suppose sans doute quelques bouleversements dans les habitudes et l'organisation de sermons à l'usage exclusif des adultes. Mais qui veut la fin doit vouloir les moyens. Ces adultes, que les conférences n'atteignent pas en dehors de l'église, il faut les atteindre par les sermons. Il faut que les « pauvres soient évangélisés ». Ces pauvres, démunis de vie chrétienne forte, ont un droit particulier à notre prédication pastorale.

Certaines initiatives, telle l'organisation annuelle d'une semaine familiale dans la paroisse, avec conférences adé­quates, marquent la bonne route. Toutefois, pour atteindre leur pleine efficacité, ces conférences devraient être multipliées et organisées par des prêtres et des laïcs : médecins, pédagogues, voire foyers chrétiens eux-mêmes, et permettre des échanges de vues et prévoir une continuité.

Le moraliste
Si tout prêtre a une mission d'enseignement à remplir en ce domaine, il appartient aux professeurs de morale de repenser les problèmes que pose l'éducation sexuelle en fonction des réalités d'aujourd'hui. La loi naturelle ne change pas, mais l'application d'un principe à la réalité vivante, concrète et mieux connue, impose des révisions, non de la doctrine, redisons-le, mais de son adaptation au réel.
Révision des traités

Une tâche très importante est réservée aux moralistes de profession : celle de repenser et de refaire les traités classiques De Sexto. Certains renouvellements sont en cours, mais ils n'ont pas encore pénétré partout ni surtout dans les couches profondes de la population chrétienne ; la vulgarisation n'est pas faite. On a voulu construire des traités de ce genre, en partant d'un catalogue pré­ établi de gestes pris dans leur matérialité, coupés de leur signification d'amour et de leur intention fondamentale, vus avant tout sous l'aspect « péché et tentation », car c'était sous ce jour qu'ils se présentaient au moraliste et au confesseur. C'était d'avance se vouer à l'échec. On écrit un traité sur la modestie vestimentaire non pas en commençant par mesurer en centimètres, mais en situant le problème dans un ensemble, où interviennent le climat, les habitudes et les circonstances de temps et de lieu. Il en va de même ici : on n'élabore pas ainsi un catalogue de péchés, une liste de gestes, isolés de leur substrat psychologique.

Ce qui, par ailleurs, rend certains de ces traités pénibles, c'est qu'ils semblent sous-entendre que la moralité requise consiste avant tout à se garder du péché mortel. Comme si le péché, même véniel, ne devait pas être exclu, lui aussi, de la conscience chrétienne, comme s'il ne fallait pas avant tout éclairer, dans la grâce et l'amitié plénière de Dieu, les troubles de conscience. Ce qui déforme ces traités, c'est leur présentation négative. Comme l'écrivait justement un théologien, le chanoine Eug. Masure, dans Recherches de la famille: « La présentation de la morale sexuelle dans nos catéchismes et nos manuels... apparaît franchement négative : elle parle uniquement de mauvaises pensées, de mauvais regards, de mauvaises actions. Elle ne laisse guère soupçonner qu'il pourrait y avoir de bonnes pensées, de bons regards, de bonnes actions. Encore moins permet-elle de deviner que le mal n'est pas nécessairement dans la pensée, dans le regard, dans l'action, mais plutôt dans celui qui pense, qui regarde, ou qui accomplit un geste suivant une direction d'intention ou de volonté qui n'est pas la bonne ; bref, que le même acte matériel, au sens du mot matière chez Aristote, change complètement de valeur suivant la forme intellectuelle ou spirituelle qui s'y ajoute pour constituer avec cet élément indéterminé un seul tout justiciable cette fois de la règle des moeurs » (1. c. 269).

A l'écoute des laïcs

Cette tâche, les moralistes ne pourront la mener à bien que s'ils s'ouvrent, eux aussi, à une large collaboration avec les laïcs. Médecins, psychologues, psychiatres et les époux eux-mêmes ont un rôle capital d'information à jouer. Les moralistes ont à appliquer des principes immuables à une réalité parfois mouvante, de mieux en mieux connue. L'échange de vues, le dialogue ne peut être que fructueux, non pour introduire de nouveaux principes, mais pour que ceux-ci collent au réel. L enjeu, la grâce dans les âmes, est trop grave pour qu'on ne distingue pas avec un soin extrême le bien du mal et pour qu'on ne tente pas tous les efforts en vue d'établir une ligne doctrinale ferme et commune. On rencontre encore aujourd'hui trop de divergences entre les moralistes, et la liste, hélas ! est longue de leurs fluctuations à travers les âges. Un contact étroit avec des laïcs à la conscience droite et éclairée sera une pierre de touche pour juger de la viabilité morale et psychologique de telle ou telle solution. Il les aidera à étudier davantage les actes humains dans le dynamisme de la vie. Car isoler un acte de l'ensemble d'une vie, c'est risquer d'en méconnaître l'intention profonde. Comme l'écrivait le Père A. Plé, « La plupart des traités de morale chrétienne et les catéchismes limitent leur matière à l'étude de la conscience morale du Décalogue ; de là vient qu'ils laissent dans l'oubli le dynamisme du sujet. Ils sont l'expression d'une mentalité juridique fort légitime, mais incomplète, et qui doit être mise en place par une théologie authentique, science et sagesse de Dieu. A la lumière de cet « esprit théologique », la morale est essentiellement l'étude de l'acheminement de l'homme vers Dieu. Elle étudie le dynamisme et les actes par lesquels l'homme trouve son achèvement et son bonheur dans cette approche vers Dieu. » (La vertu de chasteté, in suppl. Vie Spirituelle, n. 36, 1956, p. 6.)

La tâche des moralistes est belle et leur rôle irremplaçable. Une comparaison peut l'éclairer. Quand, à Lourdes, Bernadette vient dire « que la Dame veut une chapelle et qu'on y vienne en procession », elle met en branle une longue chaîne de collaborateurs : on voit surgir des hommes qui amassent les matériaux, tracent des routes, élèvent des hôtels, jettent des ponts. Tout cela comme conséquence d'une parole toute simple, qu'un enfant peut transmettre. Il en va de même pour les moralistes, qui édictent les lois de la moralité conjugale. On attend d'eux la définition de la loi, mais ils ont aussi à tracer la route qui permet de s'y conformer, à indiquer le cheminement qui y conduit, dans la pleine fidélité à Dieu. Ils ont le grave et noble devoir de déblayer les voies d'accès vers le sanctuaire et de jeter des ponts entre la fragilité humaine et la loi du Seigneur, qui se confond finalement avec la loi du vrai bonheur humain.

Le prêtre animateur du laïcat

La mission du prêtre ne se borne pas à transmettre les enseignements de la morale et à prêcher. Il a aussi le devoir de parler et d'entraîner les autres à l'action. Il est tellement important de mettre la vérité à la portée des hommes ! Il ne suffit pas de leur dire des vérités générales et universelles, il faut les guider pour qu'ils apprennent comment les appliquer dans leur propre cas et les mettre en oeuvre. Il faut que le prêtre, lui aussi, parle, et qu'il parle à chaque foyer et qu'il apprenne aux hommes, en étant près d'eux, le sens de la vie et de l'amour. Le prêtre aura ainsi une occasion très propice d'aborder ces problèmes de la pastorale au cours de ses visites. C'est là que la nécessaire individualisation de l'enseignement peut se faire, là que le climat naturel du foyer s'ouvre aux confidences et aux échanges de vue, où les époux peuvent aborder ensemble leurs problèmes et les éclairer du dedans. L'éducation au foyer, sur place, fait partie des devoirs majeurs d'une pastorale adaptée à la vie. Mais qui ne se rend compte combien cette présence pose un problème complexe et délicat? On l'a vu encore par la pièce de Gabriel Marcel : Croissez et multipliez-vous, qui en a saisi le grand public. Si la note est forcée, du fait que le prêtre mis en scène est fort mal préparé à sa tâche, le problème lui-même n'est pas fictif. Il se double par ailleurs d'un problème de disproportion et de temps : comment le prêtre peut-il atteindre chacun des foyers confiés à ses soins ?

Combien de visites de ce genre sont possibles dans nos paroisses de ville ? Les groupes de foyers, que nous voyons se multiplier, et où l'on réclame la présence du prêtre, accentuent encore la nécessité de repenser la pastorale familiale à l'échelle voulue. Le prêtre ne peut se laisser absorber par quelques foyers : il doit être hanté par la masse, qui le réclame confusément. Il n'y a pour lui qu'une issue : c'est qu'il transforme quelques foyers d'élite en foyers-pilotes, qu'il leur donne le sens du rayonnement chrétien, qu'il leur donne un feu qui se transmette de proche en proche. Nous revenons par ce biais-là encore à la collaboration avec le laïcat et avec les auxiliaires du clergé. La tâche est vaste : elle embrasse de multiples secteurs. Il est essentiel que les efforts soient coordonnés et d'abord pensés en fonction de l'étendue même des problèmes qui se posent. De cette angoisse pastorale, une importante initiative a surgi. L'épiscopat belge vient de décider la création d'un Centre national de pastorale familiale. Dans la pensée de ceux qui l'ont conçu, il se présente avec un triple objectif. Le premier but de ce Centre national est d'ordre doc­ trinal, tant au point de vue théorique que méthodologique. En raison de la situation actuelle, il a semblé indispensable de susciter des recherches et des études en vue d'arriver à une meilleure compréhension et à une présentation adéquate de la doctrine traditionnelle de l'Église sur la morale conjugale et familiale. Au lieu de se faire de façon dispersée, l'étude doctrinale sera ainsi concertée et entreprise de façon systématique. Ce Centre fonctionnera comme une commission consultative, à laquelle seront soumis les principaux textes destinés à être publiés dans le domaine de la morale conjugale ou de la pastorale familiale. Cette commission aura ainsi le même rôle que la commission nationale de liturgie.

En second lieu le Centre, sans constituer un nouvel organisme ou mouvement d'action familiale, aura comme tâche de veiller à la formation doctrinale et méthodologique des conférenciers et conseillers, appelés à exposer la doctrine chrétienne dans les nombreuses sessions de préparation au mariage ou à guider les fiancés et les époux dans les bureaux de consultation. Le Centre se chargera également d'étudier les principes qui doivent être à la base de la préparation au mariage et les possibilités d'une catéchèse adaptée aux fiancés, en vue de les préparer à l'examen canonique chez le curé. En troisième lieu vient le souci d'une certaine coordination des nombreuses initiatives dans le domaine de la pastorale familiale, telles que groupes de foyers, bureaux de consultation, etc. Cette coordination se fera princi­ palement par l'intermédiaire des prêtres, choisis comme aumôniers responsables ou comme conseillers dans l'un ou l'autre de ces organismes ou mouvements. Le Centre veillera ainsi à ce que ces nombreuses initiatives, très heureuses d'ailleurs et indispensables à l'heure actuelle, loin de vivre et de se développer en marge du reste, trouvent de mieux en mieux la place qu'elles doivent oc­ cuper dans l'ensemble de l'apostolat. Telles sont les grandes avenues qui ont été tracées et qui, croyons-nous, couvrent déjà une large part du champ à défricher. Ce Centre aidera efficacement, nous l'espérons, à sou­tenir le rôle familial du prêtre comme entraîneur et ani­ mateur du laïcat. Ce rôle revêt de multiples aspects, mais il en est un qui doit être souligné avant tout autre : il concerne la mission du prêtre auprès du monde médical. C'est là que le prêtre doit pouvoir trouver ses premiers collaborateurs. C'est vers eux qu'il doit aller d'abord pour leur demander leur concours, pour susciter parmi eux des « vocations familiales ». Nous préciserons ultérieurement et le mot et la chose. Il faut, au départ, une action conjointe du prêtre et du médecin. On ne dissocie pas l'âme du corps, dans le domaine qui nous occupe moins qu'ailleurs. Il est faux de dire que la partie spirituelle concerne le prêtre et la partie corporelle
le médecin : ce serait du dualisme, de l'irréalisme. Prêtre et médecin ont à prendre en charge, sous des aspects différents mais complémentaires, la même totalité humaine. Dans cette équipe, le prêtre est l'animateur et le guide au point de vue doctrinal ; le médecin, éclairé et instruit par l'Église, prolonge la pensée de l'Église et l'insère dans le concret. Ensemble ils constituent en quelque sorte, aux regards du peuple fidèle, l'Église enseignante dans ce domaine déterminé. Leur langage est différent, mais leur pensée et la conclusion finale de leur action sont identiques.

Il reste à décrire à présent, dans le détail, la vocation « familiale » du médecin.

Références

I. L'Anneau d'or, mai-août 1959, p. 214 .

 
 
1
8
Cardinal-Leon-Joseph-Suenens-
2
Cardinal-Leon-Joseph-Suenens-
9
Cardinal-Leon-Joseph-Suenens-
3
Cardinal-Leon-Joseph-Suenens-
10
Cardinal-Leon-Joseph-Suenens-
4
Cardinal-Leon-Joseph-Suenens-
11
Cardinal-Leon-Joseph-Suenens-
5
Cardinal-Leon-Joseph-Suenens-
12
Cardinal-Leon-Joseph-Suenens-
6
Cardinal-Leon-Joseph-Suenens-
13
Cardinal-Leon-Joseph-Suenens-
7
Cardinal-Leon-Joseph-Suenens-
14
Cardinal-Leon-Joseph-Suenens-