Gaudeamus et exultemus, et demus gloriam ei, quia venerunt nuptie
Agni, et uxor ejus prcaeparavit se.
Réjouissons-nous, tressaillons d'allégresse et rendons gloire à Dieu :
voici les noces de l'Agneau, et son épouse est prête. APOC., xix, 7.
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Notre-Seigneur a épousé la nature humaine dans l'Incarnation ; il a pris une nature identique à la nôtre, mais pure et sans péché. La nature humaine a célébré dans le sein de Marie ses premières noces avec le Verbe. Avec cette nature, JÉSUS-CHRIST a sauvé le monde. Il aimait l'humanité parce qu'il l'avait épousée, et c'est pourquoi il s'est livré pour elle, c'est pour cela aussi qu'il aimait tant à s'appeler le Fils de l'homme, Filius Hominis.
Mais JÉSUS-CHRIST veut épouser chacune de nos âmes, et c'est pour cela qu'il a institué l'Eucharistie. Là, chaque jour, se célèbrent les noces de JÉSUS-CHRIST avec l'âme chrétienne. Et ce sont nos âmes qui sont invitées non pas seulement à assister à la fête, mais à devenir épouses. Quelle surprise qu'une pareille invitation, que le Verbe Dieu nous dise : « Veni, sponsa, vent, coronaberis : Viens, ô mon âme, mon épouse,, viens recevoir de ma main la couronne nuptiale ! » Notre-Seigneur ne nous demande que la seule volonté de venir. Il nous donne lui-même dans la pénitence notre robe nuptiale. Pauvres, boiteux, estropiés, errants et mendiants, il nous dit : « Venite, inebriamini..., posui mensam : Venez, venez vous enivrer chaque jour de chastes délices à mon festin nuptial. » Notre-Seigneur ne pouvait pas nous honorer davantage. Je sais que tous ne viennent pas, et plusieurs par leur faute ; cependant l'invitation s'adresse à tous. Pour ceux que des raisons légitimes empêchent de s'approcher chaque jour, qu'ils soient heureux de voir leurs frères plus favorisés communier plus souvent ; heureux de voir que Notre-Seigneur ne demeure pas stérile dans son ciboire. En voyant la fête des autres, pensez à la vôtre qui viendra quand vous en serez plus dignes.
Jésus épouse donc l'âme qui communie : se l'unit d'une alliance divine. C'est un contrat fait librement entre l'âme et JÉsus ; ils s'unissent pour ne faire qu'une seule personne morale : contrat que Jésus ne brisera jamais ; à nous de ne pas Y être infidèles, mais de le faire vivre dans l'amour, la fidélité de la conscience, la volonté inébranlable d'en préférer les obligations à tout.
Ne l'avez-vous pas promise, cette fidélité ? JÉSUS vous appelait à vous unir à lui ; votre pauvreté vous inclinait à ne pas avancer ; Jésus VOUS a dit : « Venez malgré tout, je vous serai tout. » A la vue de tant d'amour, dans le feu de la reconnaissance vous avez promis d'être tout à Dieu, vous vous êtes lié à lui pour toujours. Car qui oserait dire à Notre-Seigneur : « Je vous serai fidèle aujourd'hui ; mais, pour après, je ne promets rien » ? Non, l'on se donne pour toujours, et c'est sincère au moins dans le désir et la volonté actuelle. Voilà le contrat ; Jésus y sera fidèle ne le brisez pas de votre côté.
L'épouse, en s'alliant, perd sa personnalité elle entre sous la puissance de l'homme ; elle lui doit obéissance : à lui de commander et de diriger la famille ; il en est le chef et la tête.
Dans cette alliance sacramentelle, l'âme ne s'unit pas non plus à Jésus pour rester maîtresse d'elle- même. Elle vient se soumettre, se donner à lui. Elle devra faire son soin d'étudier sa volonté, de l'aider, de le suivre partout. Elle n'est que l'épouse : Jésus est l'époux. Pensez aux obligations de ce titre magnifique ; acceptez-en les charges, puisque vous en prenez l'honneur. Plusieurs bonnes âmes disent : « Être épouse, c'est trop haut pour moi, j'aime mieux rester la servante du Seigneur. » Mais, leur répond-on, la servante ne mange pas à la table du maître. Restez aux Pieds de Notre-Seigneur, si vous ne voulez être que sa servante. Il y a là-dessous, bien souvent, un peu de lâcheté. Noblesse oblige. Laissez-vous élever et grandir par Notre-Seigneur ; soyez sans crainte, cet honneur ne vient pas de vous c'est Notre-Seigneur qui vous y fait monter ; il vous donnera la dot de grâces et de vertus nécessaire pour en porter les obligations. Ame chrétienne, prenez avec confiance ce beau titre d'épouse de JÉSUS-CHRIST, et honorez Notre-Seigneur avec l'amour et la délicatesse d'une épouse fidèle. De grâce, ne dites pas à Notre-Seigneur qu'il s'est trompé en vous adoptant !
L'union entre l'âme et JÉSUS-CHRIST est plus étroite que toute autre union. Aucune union naturelle ne peut se comparer à celle-là, quelles que soient les personnes qui contractent, leurs qualités, leur mutuelle affection. Elle se fait entre JÉSUS- CHRIST et l'âme d'une manière spirituelle et plus intime que le changement même de la nourriture en la substance de celui qui la prend. L'âme s'unit tellement à JÉSUS-CHRIST qu'elle perd en quelque sorte son être propre pour laisser vivre en elle Jésus seul : Vivit vero in me Christus.
Cette union a des degrés d'intimité : plus l'amour est fort, plus elle est étroite et resserrée ; de même que deux cires s'unissent d'autant mieux qu'elles sont plus liquides.
L'âme se fond en JÉSUS-CHRIST comme une goutte d'eau se perd dans l'Océan et devient partie de l'Océan : Divine consortes nature.
Certes, JÉSUS-CHRIST pouvait se contenter de nous donner seulement les grâces de salut. Mais il a vu des âmes généreuses qui l'aimeraient avec le dévouement de vraies épouses, et pour elles il dit : Je vous épouserai pour l'éternité : Sponasabo te mihi in sempiternum.
Mais si JÉSUS-CHRIST nous épouse à la Communion , une seule Communion consommera l'union ; à quoi bon communier si souvent ?
Certainement que de sa part JÉSUS-CHRIST pourrait en une seule fois nous consommer et nous perdre en lui. Il le désire, et ne nous mesure pas l'abondance du don de lui-même. Mais nous sommes si peu débarrassés de nos scories, si peu propres à nous fondre en lui, que JÉSUS doit venir souvent renouveler l'union pour fortifier, achever notre première Communion ; chaque fois il confirme la première alliance, la rend plus pure et plus étroite ; Jésus ne se donne pas avec parcimonie, et il ne dépend pas de lui que l'union ne soit parfaite ; c'est nous qui ne sommes pas prêts et qui hésitons à nous perdre en lui.
Honorons donc JÉSUS comme notre Époux divin.
Aimons-le avec tout le dévouement dont nous sommes capables. Quoi ! épouses infidèles, nous avons péché, manqué à nos engagements ; Jésus nous a aimées malgré nos fautes, il nous invite de nouveau à nous unir à lui, il oublie tous nos torts, et nous ne l'aimerions pas ! Et nous ne lui promettrions pas du fond du coeur une fidélité inviolable ? Ferons-nous comme d'indignes femmes qui, associées au trône par des princes trop bons, sont devenues arrogantes, pour le malheur des peuples ? élevées sans les vertus propres à un si haut rang, elles n'y ont mené qu'une vie honteuse et infidèle.
En userons-nous ainsi à l'égard de JÉSUS-CHRIST
Nous n'avions rien, nous n'étions rien, Jésus-Christ nous a aimés, a partagé avec nous sa gloire et ses richesses : répondons à cet amour en lui rendant tout, comme venant de lui sans aucun mérite de notre part, et en nous donnant nous- mêmes à lui comme lui appartenant à tant de titres. Si nous réfléchissions à l'amour de JÉSUS- CHRIST pour nous dans le Saint-Sacrement, notre vie ne serait qu'un long acte d'amour et de reconnaissance.
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Il est à moi ; je suis à lui !
Dilectus meus mihi, et ego illi.
Mon Bien-Aimé est à moi, et moi je suis à lui.CANT., II, 16.
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Être possédé par JÉsus et le posséder, voilà le souverain règne de l'amour ; voilà la vie d'union entre Jésus et l'âme, alimentée par le don réciproque de soi-même. Le Bien-Aimé est au Saint- Sacrement tout à moi d'un don entier et parfait, personnel et perpétuel : je dois être à lui de la même manière. |
I |
Dilectus meus mihi. — Dans tous les autres mystères, par toutes ses grâces, Jésus nous donne quelque chose ; sa grâce, ses mérites, ses exemples. Dans la sainte Communion, il se donne tout entier. Il se donne avec ses deux natures, avec la grâce et le mérite de tous les états par où il a passé. Quel don ! « Totum tibi dedit qui ttihil Bibi reliquit Celui-là donne tout qui ne retient rien pour lui ; » n'est-ce pas le don eucharistique ? D'où a pu venir à Notre-Seigneur la pensée de se donner ainsi, puissance et d'amour infinis qui s'opère au saint autel ; car il se termine à moi, se consomme en vient pour moi seul. Je suis la fin de ce mystère de se donne à moi : voilà le triomphe de son amour. Car JÉSUS vient pour moi ; je pourrais dire qu'il qu'il me le dise, et que pour m'en convaincre il le monde, c'est bien beau ; mais qu'il m'aime, moi, ment, nous n'y résistons pas. Que Dieu ait aimé Mais l'amour qu'on nous témoigne personnelle donne à chacun. L'amour général touche peu. niment libéral, soyez loué et béni à jamais ! amour sans bornes ? O Coeur de JÉsus, Cœur infisinon de son Coeur embrasé pour l'homme d'un Jésus, nous aimant chacun, en particulier, se moi ! O amour, que vous rendrai-je ? Moi, pauvre créature, occuper ainsi la pensée de JésusChrist ; moi, devenir la fin de son amour ! Oh ! vivez et régnez en moi, ô mon Dieu : je ne veux pas que vous m'ayez aimé en vain !
Ce don magnifique est sans repentance : il est perpétuel. Tout bonheur qui doit finir un jour n'est pas sans crainte ni tristesse. Et le ciel, s'il devait finir, ne serait plus le ciel ! Son bonheur ne serait plus sans mélange. Mais l'Eucharistie est un don perpétuel qui durera autant que l'amour qui l'a inspiré. J'en ai la promesse formelle Jésus-Hostie fermera la série des temps, et, quels que soient les bouleversements, Jésus sera avec son Église jusqu'à la fin du monde.
Quel bonheur ! j'ai en ma compagnie, en ma possession, en ma propriété Jésus ! Personne ne uni peut me le ravir. Semblable au soleil, je le trouve partout : il éclaire et vivifie tout ! Compagnon de mon exil, pain de mon voyage, il me suivra et me soutiendra jusqu'au port du salut. Oh ! doux exil, aimable voyage fait avec JÉSUS en moi ! II Et ego illi. — Je dois être à Jésus-Christ comme il est à moi ; sans cela il n'y aurait pas de vraie société.
Or comme Jésus ne pense, ne travaille que pour moi, je ne dois vivre que pour lui. Il doit donc être l'inspiration de mes pensées, l'objet de ma science sans cela mon esprit ne serait pas à lui), le Dieu de mon coeur, la loi, le centre de ses affections : tout amour qui n'est pas selon lui, toute affection qui ne vient pas de lui, qui ne demeure pas en lui et qui ne l'a pas pour fin, empêche la parfaite donne pas mon coeur si j'en réserve quelque chaforsaci union de mon coeur avec le sien. Je ne lui donne pas mon coeur, si j'en réserve quelques chose.
Jésus doit être la règle souveraine de ma volonté et de mes désirs. Ce qu'il veut, je le veux ; et je ne formerai de désirs que les siens. Sa pensée doit régler tous les mouvements de mon corps, commander à mes sens la modestie, le respect de sa présence. C'est le premier commandement en action : Diliges, vous aimerez Dieu de tout votre coeur, de tout votre esprit, de toutes vos forces.
L'amour est un dans son affection, universel dans ses opérations ; il conduit tout par un seul principe ; il l'applique à tous les devoirs si variés et si nombreux soient-ils.
Suis-je tout à Jésus ? Je le dois à la justice encore plus à l'amour et à la parole que j'en ai donnée, que Jésus a reçue, qu'il a sanctionnée de ses grâces et de ses faveurs. JÉSUS me donne sa personne entière ; je lui dois tout moi-même, ma personne, mon individualité, le moi. Pour faire ce don, il faut que je renonce à être ma fin en quoi que ce soit ; que je renonce à toute estime propre et finale, c'est-à- dire à une estime qui ne s'adresserait qu'à moi sans aller plus loin, à cause de mes qualités, de mes talents, ou des services que j'aurais pu rendre. Il faut que je renonce à toute affection que l'on n'aurait que pour moi, avec la délicatesse d'une épouse qui ne veut fixer que le coeur, qui n'admet que les attentions de son époux. Je ne veux de l'affection des autres que pour les mener à JÉsus, qui seul mérite d'être la fin du coeur. Donner ma personnalité, c'est renoncer au moi dans mes plaisirs, les offrir à Jésus ; dans mes peines, c'est lui en garder pour lui seul le secret. C'est alors seulement que JÉSUS vit en moi, quand il est la personnalité, le moi qui reçoit l'estime, l'affection qu'on me porte ; autrement c'est encore moi qui vis, et non pas lui seul.
Enfin pour correspondre au don perpétuel que Jésus me fait de son Eucharistie, je dois être toujours à lui. Les motifs de continuer à l'aimer sont les mêmes que ceux qui m'ont fait commencer : ils vont toujours croissant ; ils deviennent chaque jour plus pressants, parce que chaque jour Jésus renouvelle pour moi ses prodiges d'amour.
Je dois donc être à lui avec un égal abandon dans toute vocation, dans tout état intérieur, dans les larmes et dans la joie, dans la ferveur et dans la sécheresse, dans la paix et dans les tentations, dans la santé et dans la souffrance ; Jésus se donne à moi parmi tous ces états ; je dois être à lui dans les uns comme dans les autresA lui encore dans tout emploi : les divers travaux auxquels m'attache sa providence ne sont que des apparences extérieures, des formes de vie différentes ; Jésus se donne en toutes, me demandant en toutes un égal don de moi-même.
Qui me séparera de la charité de JÉsus qui est en moi, qui vit en moi, qui me presse et me pousse à l'aimer ? Ni la tribulation, ni les angoisses, ni la faim, ni la nudité, ni le péril, ni la persécution, ni le glaive ; nous surmonterons tout cela pour l'amour de Celui qui nous a tant aimés le premier I
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II |
.Mais on peut être à Jésus de trois manières.
Il y a l'amour de la loi, qui accomplit le devoir et s'en contente : cet amour est nécessaire à tous, c'est l'amour de la conscience ; ne pas offenser Dieu. Cet amour a des degrés, et il peut arriver à une grande perfection. Quand on pense à ce que Dieu serait en droit de nous demander à titre de Créateur, de Rédempteur, de Sanctificateur, on s'étonne qu'il veuille bien récompenser ce premier amour. Son immense bonté le fait cependant, et celui qui n'aurait pratiqué que cette fidélité au devoir gagnerait le ciel. Et, il est triste de le dire, beaucoup, même à ce prix, n'en veulent pas !...
Il y a ensuite l'amour de dévouement. C'est l'amour de tant de saintes âmes dans le monde, qui y pratiquent les vertus de la vie cénobitique, vierges fidèles, vrais lis au milieu des épines, épouses dévouées qui gouvernent leur famille sous la pensée de Dieu, et n'élèvent leurs enfants que pour sa gloire, veuves consacrées à le servir dans les oeuvres de prière et d'assistance du prochain ; c'est cet amour aussi qui conduit les religieux dans les monastères. Cet amour est grand, il est libre et tendre : il pousse l'âme à se mettre à la disposition du bon plaisir divin. Il est bien glorieux à Dieu : c'est l'apostolat de sa bonté.
Mais par-dessus tout domine l'amour royal du coeur. C'est l'amour du chrétien qui ne donne pas seulement à Dieu sa fidélité, sa piété, sa liberté, mais encore le plaisir de sa vie. Oui, le plaisir, la jouissance légitime du plaisir de la piété, de la vie chrétienne, de ses bonnes oeuvres, de la prière et de la Communion. Offrir à Dieu en sacrifice, à son bon plaisir, ses joies et ses plaisirs spirituels, qui le fait ? Renoncer à ses joies, à ses plaisirs intimes et personnels, qui y pense ? Souffrir aimablement, silencieusement pour Jésus, seul confident, seul consolateur, seul proteur.
Mais, est-ce possible ? — Oui, à l'amour véritable. C'est en cela que consiste la vraie délicatesse de l'amour, sa vraie puissance, je dirai même son ineffable bonheur : Superabundo gaudio in omni tribulatione nostra : Mon coeur déborde de joie au milieu de mes tribulations, » s'écriait ce grand amant de JÉSUS.
Puissions-nous dire aussi : JÉSUS me suffit ; je lui suis fidèle : son amour est toute ma vie .
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La Communion , sacrement d'unité
Sicut tu, Pater, in me, et ego in te, ut et ipsi in nobis unum sint.
Comme vous êtes en moi et moi en vous, ô Père, qu'ils soient tous un en nous ! JOAN., XVII, 21. |
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L'union de Dieu avec nous est le couronnement de Pauvre de réhabilitation divine opérée par la Communion. Communion ! que ce nom seul est significatif ! Ce n'est pas une union morale, union de sentiments, d'amitié ; non, c'est une union de substances, plus approchante, plus voisine de l'union hypostatique que toute autre union, la maternité divine exceptée.
Par l'Incarnation, la nature humaine s'unissait a la nature divine en l'unité de personne, et en voyant le corps de Notre-Seigneur on voyait Dieu. Or JÉSUS-CHRIST, Dieu et homme, vient en nous, et opère un mystère analogue à celui qui s'opéra dans le sein de Marie. Saint Augustin disait, en parlant de la dignité du prêtre : O dignitas venerabilis sacerdotum, in quorum manibus velut in utero Virginis de novo incarnatur. Des mains du prêtre l'Eucharistie vient en nos corps, et, s'unissant à nous, prolonge, étend l'Incarnation à chaque homme en particulier. En s'incarnant en Marie, le Verbe avait en vue cette incarnation en chacun de nous, et cette union particulière de la Communion a été une des fins de sa venue en ce monde ; la communion est le complet développement, l'épanouissement de l'Incarnation ; de même qu'elle est le complément du sacrifice auguste du Calvaire, renouvelé chaque matin à la Messe. C'est pour s'unir à son prêtre et à ses fidèles que JÉSUS- CHRIST descend à la consécration, et un sacrifice sans la Communion serait incomplet.
Le corps de JÉSUS-CHRIST s'unit donc à notre corps, son âme à notre âme, et sa divinité plane sur l'un et l'autre. Notre corps est, pour ainsi dire, enchâssé au corps de Notre-Seigneur. Étant le plus digne et le plus noble, il nous enveloppe et nous domine : nous en sommes revêtus, il est le corps de notre corps ; son sang coule dans nos veines ; nous nous fondons en lui dans une union ineffable. Quelle chose magnifique que cette union d'un corps glorieux, ressuscité, avec notre misérable nature ! Et ce spectacle est visible à Dieu et aux Anges ; nos yeux terrestres ne le voient pas : c'est un spectacle du ciel. Quand on fond ensemble deux cires sous l'action du feu, elles se mélangent et n'en font plus qu'une : les éléments de chacune sont pourtant là, et on pourrait les séparer. L'union est la même dans la Communion. Nous perdons cette présence corporelle quand les espèces sont consumées ; mais si le péché ne chasse pas.
Notre-Seigneur, notre corps reste participant de la vertu du corps de JÉSUS ; il en prend la force, la grâce, l'intégrité, les moeurs ; il végète de la sève de Notre-Seigneur ; il se spiritualise. Ne sentez-vous pas après la Communion vos passions amorties, la paix régner dans vos membres ? Il est des fièvres chaudes qu'on guérit par la glace. Jésus guérit l'ardeur de notre concupiscence par la pureté de son corps virginal. Saint Cyrille dit que nous devenons par la Communion les consanguins de JÉSUS-CHRIST, consanguinei et concorporei. Le sang de JÉSUS-CHRIST coule dans nos veines. Nous sommes changés en lui : Non ego mutabor in te : red tu mutaberis in me. Immiscemur, nous sommes mélangés avec Jésus, dit saint Chrysostome. Laissons donc notre corps se reformer dans ce moule divin et germer en lui pour la gloire.
Mais l'âme ? JÉSUS-CHRIST va droit à notre âme. Il lui dit : Je veux t'épouser pour toujours : » Sponsabo te in sempiternum. L'âme est surtout le but que Jésus vise en nous. Le corps n'est qu'une antichambre : il est le premier honoré, mais Notre- Seigneur ne fait qu'y passer. L'âme reçoit Jésus, et communique à sa vie divine : elle est comme perdue en Notre-Seigneur. Jésus commence par lui donner un sentiment de sa bonté qui la pénètre, sans rien encore lui demander en retour. Ce sentiment de bonheur est immédiat si l'on se met bien dans la bonté de Notre-Seigneur, si on ne voit qu'elle : JÉsus est semblable au soleil du matin, au lever duquel tout revit et s'épanouit.
Notre-Seigneur veut se communiquer le plus abondamment possible ; car chacun le reçoit selon sa capacité et ses dispositions. Il donne à l'âme bien disposée une vie forte, une résolution généreuse qui pousse l'âme à jurer une fidélité éternelle à son Époux. Dès lors, elle cherche ce qu'il aime, ce qui pourrait lui plaire : elle reçoit le sens de Notre-Seigneur, ce sens si délicat avec lequel JÉSUS discerne les choses qui regardent la gloire de son Père ; sens qui apprécie tout au point de vue divin : une âme qui n'a pas ce sentiment délicat se recherche en tout, et ne pense, même en communiant, qu'aux douceurs qu'elle pourra tirer de Notre-Seigneur. La délicatesse est la fleur de l'amour.
JÉSUS-CHRIST communique en outre à l'âme délicate la grâce de l'oubli de soi, l'entier abandon du Moi. Il faut qu'une âme qui communie en vienne à aimer Notre-Seigneur pour lui-même ; il faut savoir se donner sans dire : Qu'aurai-je en retour ? N'aime guère celui qui demande la récompense de tout ce qu'il fait. Vivre de JÉSUS pour soi, c'est bien ; mais vivre de lui pour lui, c'est mieux. Voyez ce que JÉSUS-CHRIST demande à saint Pierre : M'aimes-tu ? — Oui, Seigneur : je vous aime. — M'aimes-tu plus que tous les autres ? » Saint Pierre hésite ; il pleure, et ses larmes sont un aveu de son grand désir d'aimer plus que tous les autres. Notre-Seigneur est content alors : il lui donne ses agneaux et ses brebis à paître ; il le charge du plus lourd fardeau qu'ait jamais porté un homme, et ne lui promet rien en récompense.
Notre-Seigneur veut que l'on s'oublie. Il demande à ceux qui l'aiment véritablement de se perdre eux-mêmes, de s'en remettre généreusement à lui, et sans compter, de tous leurs intérêts tant pour l'âme que pour le corps, pour le temps comme pour l'éternité. Se défier, demander des gages, faire des réserves, c'est ordinairement un signe de paresse. Dire à Dieu qu'on l'aime quand il nous comble de tendresse, c'est peu de chose ; c'est dans la tempête qu'il faut lui crier avec Job : Etiam si occideris me, in te sperabo I Ici on donne de soi ; là on ne donne que de sa surabondance. Notre-Seigneur, certes, ne recherche pas son intérêt dans l'amour qu'il nous témoigne ; il n'a pas besoin de nous ; il ne nous aime que pour notre bien, que pour nous rendre heureux. Il nous demande tout ; ne nous arrêtons pas tant à penser à ce que nous recevrons, si nous voulons l'aimer véritablement comme il nous a aimés. Est-ce à dire que nous ne serons pas récompensés, que nous ne retrouverons rien en échange de ce don absolu ? Non, certes ! Notre-Seigneur nous demande tout pour nous rendre encore davantage ; semblable à la mère qui, pour éprouver l'affection de son enfant, lui demande ses petits jouets et les lui rend ensuite avec d'autres plus beaux, contente de voir que son enfant l'aime plus que tout.
Allons ! donnez donc tout à Notre-Seigneur, âmes qui vivez de la vie de Communion : oeuvres, mérites, coeur et toutes ses attaches, même les plus permises, les plus légitimes. C'est difficile, c'est l'agonie du pauvre coeur humain ; mais quand on pense à qui l'on donne, oh ! que le parti en est vite pris !
La Communion est encore le moyen par lequel Notre-Seigneur lie son Père envers nous. Si le Père céleste ne nous récompensait que sur nos mérites personnels et comme créatures, nous ne pourrions attendre jamais qu'un bonheur naturel. Mais Notre-Seigneur a fait société avec notre nature, il renouvelle et resserre cette société par la Communion : il atteste par là à son Père combien il nous aime, combien il veut que nous lui soyons unis ; et le Père est obligé de nous couronner avec son Fils. Il ne peut séparer la tête et le coeur des autres membres ; et la Communion nous donne au ciel un accès si facile, qu'on oserait presque dire que JÉSUS-CHRIST nous introduit dans la gloire par surprise.
Mais voici le plus sublime de l'Eucharistie : JÉSUS n'a vécu sur terre que pour la gloire de son Père. Ayant quitté la terre, il n'a pas voulu que son Père cessât de recevoir l'hommage de ses actions théandriques, et se continuant et se multipliant dans les bons communiants, il les présente à son Père, disant : Je suis venu jouir de ma gloire à votre droite ; mais je m'incarne de nouveau dans tous ces chrétiens pour vous honorer encore par eux et en eux : d'eux et de moi, je ne veux faire qu'un seul religieux de votre gloire. »
Oh ! qui n'admirera comment Notre-Seigneur sait allier la gloire de son Père à notre bonheur ! Qui comprendra cette merveille de l'amour du Fils pour son Père et pour nous ? Quelle divine industrie pour nous rendre participants de la gloire et nous faire mériter une plus abondante récompense !
Que la Communion soit donc le centre de notre vie et de nos actions. Vivez pour communier, et communiez pour vivre saintement et glorifier Dieu en vous : il vous glorifiera un jour magnifiquement dans son éternité bienheureuse. |
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La vie d'amour Nos ergo diligamus Deum, quoniam Deus prior dilexil nos. Aimons donc Dieu à notre tour, puisque Dieu nous a aimés le premier. I JoAN., iv, 19. |
I |
L'âme qui veut atteindre le sommet de la perfection évangélique et arriver jusqu'à la vie de Dieu, doit se bien fonder en l'amour dès le commencement, parce que c'est une vérité certaine que l'amour fait la vie : tel amour, telle vie. Rien ne coûte à l'amour qui veut se satisfaire. C'est dans la nature de l'homme : pour qu'il se dévoue, qu'il se donne, il faut que son coeur ait été gagné : le coeur étant pris, la vie est prise.
L'amour est la première de nos passions et celle qui entraîne toutes les autres. Nous aimons un bien, et nous nous y portons ; nous craignons ou haïssons un mal, et nous le fuyons ; si nous espérons obtenir le bien ou que nous tremblions de ne pouvoir fuir le malheur, la joie ou la tristesse affecte notre coeur : toujours l'amour précède les mouvements de nos passions et les entraîneLa nature nous l'enseigne aussi : pour élever son enfant et se faire obéir, la mère commence par se faire aimer de lui ; et pour obtenir son amour, elle lui prodigue le sien : pour se faire aimer, elle aime la première. .
C'est ainsi que Dieu se conduit envers l'homme, sa créature.
Il a mis la force de l'homme dans son coeur, et non dans son esprit ni dans son corps ; Dieu agit envers lui comme la mère envers son enfant. Il se montre à l'homme par ses dons, par ses bienfaits : il a tout créé pour son service.
Plus tard, il se rend visible à l'homme déchu en l'Incarnation du Verbe. JÉSUS-CHRIST aime l'homme ; il lui révèle qu'il n'est descendu du ciel que par amour, pour être son compagnon, son frère, vivre avec lui, partager ses travaux et ses peines, et lui acheter les richesses de la grâce et de la gloire. JÉSUS-CHRIST, c'est donc la manifestation, pour l'homme, du Dieu de toute bonté, de toute charité.
Par amour pour lui, il meurt à sa place, se faisant caution et victime de ses fautes.
Pour ne pas se séparer de lui, même dans sa gloire, après que son oeuvre de rédemption est achevée, il institue le Sacrement de l'Eucharistie, qui perpétue sa présence sur la terre et atteste d'une manière sensible la vitalité de son amour.
Quand le pécheur l'offense, JÉSUS-CHRIST est le premier à aller au-devant de lui, lui offrant son pardon. Sans ce sentiment d'amour qu'il met au coeur du pécheur, jamais il ne se repentirait. Et quand, par une malice diabolique, le pécheur refuse la grâce du pardon, pour ne pas être obligé de se corriger, JÉSUS-CHRIST le couvre du manteau de sa miséricorde et le dérobe aux coups de la justice de son Père, implorant grâce et patience pour lui ; et sa bonté ne se lasse pas ; elle attend des années et des années : et quand le coeur s'ouvre au repentir, semblable au père du prodigue, Jésus n'a pour le pécheur pénitent que des paroles d'amour ! Qu'il est donc bon JÉSUS- CHRIST ! Et comment peut-on l'offenser, lui faire de la peine, refuser de correspondre à son amour ?
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| II |
Mais ce qui rend l'amour de Dieu plus fort et plus puissant, c'est qu'il est personnel, limité à chacun de nous, comme si nous étions seuls au monde
Un homme bien pénétré de cette divine vérité, que Dieu l'aime personnellement, que c'est par amour pour lui seul qu'il a créé le monde et ses merveilles ;
Par amour pour lui seul qu'il s'est fait homme, qu'il a voulu être son guide, son serviteur et son ami, son défenseur, son compagnon dans le voyage du temps à l'éternité ;
Que c'est pour lui seul qu'il a institué le Baptême, où il devient, par la grâce et les mérites de JÉSUS-CHRIST, l'enfant de Dieu, l'héritier du royaume éternel ;
Qu'il lui donne pour lui seul le Saint-Esprit, sa Personne et ses dons ;
Qu'il reçoit pour lui seul en l'Eucharistie la Personne du Fils de Dieu, les deux natures de JÉSUS-CHRIST, ses gloires et ses grâces ;
Qu'il a pour ses propres péchés une Victime de propitiation toute-puissante, toujours immolée ;
Que Dieu lui a préparé pour lui, dans la Pénitence, un remède efficace à toutes ses maladies, un baume de résurrection de la mort même ;
Qu'il a établi pour le sanctifier son Sacerdoce, arrivant jusqu'à lui par une succession ininterrompue ;
Qu'il a voulu sanctifier et diviniser l'état de Mariage, et en faire le symbole de son union avec l'Église ;
Qu'il lui a préparé un Viatique plein de force et de douceur pour son heure suprême ;
Qu'il a mis à sa disposition ses Anges, ses Saints, son auguste Mère elle-même, pour le garder, l'aider, le consoler et le soutenir ;
Qu'il lui a préparé un trône magnifique au ciel, où il se dispose à le combler d'honneur et de gloire, où il aura pour nourriture la vue, la jouissance de la sainte Trinité contemplée, embrassée sans voile et sans intermédiaire : Cet homme devrait éclater d'amour, vivre d'amour, se consumer d'amour.
Oh ! mon Dieu ! comment se fait-il qu'il y ait un seul pécheur sur la terre, un seul ingrat ?
Ah ! c'est que l'on ne connaît pas votre amour, c'est que l'on a peur de le trop connaître : on le fuit, parce qu'on est esclave d'une créature ou de son amour-propre. On fait de son corps un dieu ; on veut être aimé du monde ; on veut partager ses plaisirs, recevoir ses louanges et sa gloire ; on veut, en un mot, vivre pour soi !
O adorateurs ! laissez les esclaves du monde servilement enchaînés à son char de triomphe, déclarez la guerre à l'ennemi de votre Dieu, sacrifiez-lui votre amour-propre, mettez-vous sous la loi de son amour, et vous n'aurez jamais goûté de bonheur plus grand ! La vertu vous deviendra comme nécessaire, comme toute naturelle : vous aimerez ses combats ; ses sacrifices vous paraîtront aimables. L'amour est le triomphe de Dieu en l'homme, et de l'homme en Dieu.
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III |
Toute la perfection d'un adorateur consiste à se donner continuellement à Notre-Seigneur par amour, puisque sa vie n'est qu'une création continuelle de sa bonté, un tissu de ses bienfaits. Plus votre don sera pur, plus il sera parfait. Plus donc de réserve, plus de conditions au royal service de JÉSUS ! Aimer purement, c'est aimer JÉSUS-CHRIST pour lui-même, pour ce qu'il est, parce qu'il mérite notre amour à tous les titres. Ne puis-je pas, dit saint François de Sales, m'approcher de quelqu'un pour lui parler, pour le mieux voir, pour obtenir quelque chose de lui, pour odorer les parfums qu'il porte, pour m'appuyer sur lui ? Et lors, je m'approche voirement de lui et me joins à lui ; mais l'approchement et union n'est pas ma principale prétention : je m'en sers seulement comme d'un moyen et d'une disposition pour obtenir une autre chose. Que si je m'approche de lui et me joins à lui, non pour aucune autre fin que pour être proche de lui et jouir de cette prochaineté et union, c'est alors une union pure et simple. »
« Jacob, dit saint Bernard, tenant Dieu bien serré, le veut bien quitter pourvu qu'il reçoive sa bénédiction ; mais l'épouse des Cantiques ne le quittera point, quelque bénédiction qu'il lui donne : Tenui eum, nec dimittam ; car elle ne veut pas les bénédictions de Dieu, mais le Dieu des bénédictions, disant à Dieu avec David : « Qu'y a-t-il « au ciel pour moi et que veux-je sur la terre, « sinon vous ? Vous êtes le Dieu de mon coeur « et mon partage à tout jamais ! »
Mais comment arriver à cette vie, à cet état d'amour ? C'est très facile. L'homme est amour ; il n'apprend pas à aimer : il aime et se donne. Mais le réveil de l'amour, ce qui le nourrit et l'élève jusqu'à en faire la plus noble passion de sa vie, c'est la vue, la contemplation de l'objet aimé ; c'est la vérité connue dans sa bonté et dans sa beauté, dans une bonté toute personnelle à chacun de nous. Considérez saint Paul. Il a v Jésus-Christ ; il l'a entendu ; il a compris l'amour de la Croix, et il s'écrit : Jésus m'a aimé, et il s'est livré à la mort pour moi ! » Christus dilexit me et tradidit semetipsuni pro me ! Cette pensée le fait pleurer d'attendrissement ; son coeur se dilate sous l'action puissante de ce feu de l'amour de JÉsus. Il veut, lui aussi, faire quelque chose de grand pour l'amour de Celui qui l'a tant aimé, et il appelle à son secours les sacrifices les plus pénibles ; il défie tous les tourments, toutes les morts, toutes les puissances de le séparer jamais de l'amour du Seigneur JÉSUS.
Caritas Christi urget nos. La charité de JÉSUS le presse, l'étreint. Le monde est trop petit pour l'ardeur de son amour : il aurait voulu aimer avec le coeur de tous les Anges et de toutes les créatures. Aussi se dévoue-t-il à convertir les âmes et à les attacher toutes à JÉSUS-CHRIST. C'est là le fruit tout naturel, tout simple, du véritable amant, qui voudrait aimer Dieu autant qu'il est aimé de lui, aimer JÉSUS autant que ce divin Maître le mérite.
Voulez-vous donc vivre d'amour, être heureux dans cette vie d'amour ? demeurez continuellement dans la pensée de la bonté de Dieu toujours nouvelle pour vous, suivez en Jésus le travail de son amour pour vous. Commencez toutes vos actions par un acte d'amour. Vos adorations, commencez-les par un acte d'amour, et vous ouvrirez délicieusement votre âme à l'action de Jésus.
C'est parce que vous commencez par vous-même que vous vous arrêtez en chemin ; et si vous commencez par un acte d'une autre vertu, vous faites fausse route. Est-ce que l'enfant n'embrasse pas sa mère avant de lui obéir ? L'amour est la seule porte du coeur.
Quand vous aurez quelque devoir pénible à remplir, faites d'abord un bon acte d'amour. Dites : « Mon Dieu, je vous aime plus que moi- même, et pour vous le prouver, je vais faire de bon coeur cet acte de charité, d'abnégation, de patience. Or, quand votre coeur aura produit cet acte d'amour, l'action difficile est comme faite devant Dieu ; et elle aura changé de nature pour vous. Ce qui nous cause de la peine, alimente notre répugnance à nos devoirs, à la pratique de la vertu, c'est notre amour-propre : or le premier effet de l'amour de Dieu qui règne dans une âme est de faire une guerre continuelle à l'amour-propre, c'est-à-dire à la sensualité de la vie, à l'ambition du coeur, à l'orgueil de l'esprit ; à l'esprit du monde, qui n'est que mensonge et égoïsme.
Plus l'amour divin est grand dans un coeur, plus il est militant. Il ne se contente pas de repousser le mal, il va plus loin : il met sa vertu dans la mortification, dans l'immolation, qui est le parfait affranchissement et le dégagement complet de soi-même.
Le second effet de l'amour, c'est d'être l'inspirateur habituel de la vie et la règle inflexible et invariable de toutes les actions.
Que veut Jésus-Christ en ce moment ? Y a-t-il quelque chose pour son service et pour sa gloire dans telle pensée, dans tel désir, dans telle action ?
Voilà la loi de l'amour véritable. Il ne regarde pas ce qu'il donne, mais ce que mérite le Bien-Aimé. |
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