Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL


AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
La divine Eucharistie
Titre de la page:

La vie d'union au Saint-Esprit

Nom de l'auteur:
St Julien -Eymard.s.s

                                        Si Spiritu vivimus, Spiritu et ambulemus.

Si le Saint-Esprit est le principe de notre vie,  qu'il le soit aussi de toute notre conduite. GALAT., V, 25


Le Saint-Esprit, l'Esprit de Jésus, cet Esprit divin qu'il est venu apporter au monde, est le principe de notre sainteté. La vie intérieure est l'union au Saint-Esprit, l'obéissance à ses mouvements. Étudions ses opérations en nous.

Remarquez d'abord que c'est le Saint-Esprit qui nous communique à chacun en particulier les fruits de l'Incarnation et de la Rédemption. Le Père nous a donné son Fils ; le Verbe se donne à nous et nous rachète sur la croix : voilà les effets généraux de son amour. Qui est-ce qui nous fait participer à ces effets divins ? C'est le Saint-Esprit. Il forme en nous Jésus-Christ, il le complète. C'est donc maintenant, et depuis l'Ascension de Notre-Seigneur, le temps propre de la mission du Saint-Esprit. Le Sauveur nous indique cette vérité, quand il dit : Il vous importe que je m'enaille, autrement le Saint-Esprit ne viendra pas. »

JÉSUS nous a acquis les grâces ; il a ramassé le trésor, déposé dans son Église le germe de la sainteté : c'est la mission du Saint-Esprit de cultiver ce germe, de le conduire à son terme ; il achève et perfectionne l'oeuvre du Sauveur ; aussi Notre-Seigneur disait : « Je vous enverrai mon Esprit, il vous enseignera toutes choses ; il vous expliquera et vous fera comprendre toutes les paroles que je vous ai dites ; s'il ne vient pas, vous demeurerez faibles et ignorants. » Au commencement, l'Esprit planait sur les eaux pour les féconder. Il fait de même sur les grâces que nous a laissées JÉSUS-CHRIST : il les féconde en nous les appliquant ; car il habite en nous : il y travaille. L'âme juste est la demeure et le temple de l'Esprit-Saint : il n'y est pas seulement par sa grâce, mais par lui-même ; sa personne adorable habite en nous, et, plus l'âme est pure d'obstacles, plus elle laisse de place au Saint-Esprit, plus il y est puissant.

Il ne peut agir ni habiter où il y a péché, parce que nous sommes morts alors, que nos membres sont paralysés et ne peuvent coopérer à son action, coopération toujours nécessaire. Il ne peut agir non plus avec une volonté paresseuse ou des affections déréglées : bien qu'alors il habite en nous, il y est impuissant. L'Esprit-Saint est une flamme qui monte toujours et qui veut nous faire monter avec elle. On veut l'arrêter, elle s'éteint ; ou plutôt le Saint-Esprit finit par disparaître de l'âme paralysée ainsi et attachée à la terre ; car elle ne tarde pas à tomber dans le péché mortel. La pureté est nécessaire pour que le Saint-Esprit habite en nous. « Il ne souffrira dans le coeur qu'il possède aucune paille, mais il la brûlera aussitôt, » dit saint Bernard : Qui nec minimam paleam intra tordis quod possidet habitaculum residere patitur, sed exurit.

La mission du Saint-Esprit, avons-nous dit, est de former JÉsus en nous. Il a bien dans l'Église une mission générale consistant à diriger et à garder l'infaillibilité de l'Église ; mais sa mission spéciale dans les âmes est de former Jésus-Christ. Cette recréation, cette transformation, il la fait par trois opérations qui exigent absolument notre concours assidu.

II

D'abord il nous inspire des pensées et des sentiments conformes à ceux de JÉSUS-CHRIST. Il est en nous personnellement ; il meut nos sentiments, remue notre âme, nous présente Notre-Seigneur à la pensée. Il est de foi que nous ne pouvons avoir sans le Saint-Esprit une seule pensée surnaturelle. De bonnes pensées naturelles, raisonnables, honnêtes, nous le pouvons sans lui ; mais qu'est-ce que cela ? La pensée que le Saint-Esprit met en nous est faible, petite d'abord ; elle grandit et s'épanouit dans l'acte et le sacrifice. Que faut-il faire quand ces pensées surnaturelles se présentent ? Y consentir sans hésiter. Nous devons même être attentifs à la grâce, recueillis en notre intérieur, pour voir si le Saint-Esprit ne nous inspire pas ses pensées divines. Il faut écouter le Saint-Esprit, être recueilli dans ses opérations. On pourrait objecter à cela que si toutes nos pensées surnaturelles viennent du Saint-Esprit, nous som­mes infaillibles. A cela je réponds : De notre fonds nous sommes menteurs, c'est-à-dire sujets à errer ; mais quand nous sommes dans notre grâce, et que nous suivons la lumière que nous offre le Saint-Esprit, oui, alors certainement nous sommes dans la vérité et la vérité divine. Voilà pourquoi l'âme recueillie en Dieu est toujours dans la vérité, pourquoi le sage surnaturel ne fait pas de faux pas. Cela ne peut lui être attribué à lui-même, cela ne vient pas de lui ; il ne s'appuie pas sur ses lumières, mais sur celles de l'Esprit de Dieu, qui est en lui et qui l'éclaire. Si nous sommes matériels et grossiers, perdus dans les choses extérieures, nous ne comprendrons pas ces paroles ; mais si déjà nous savons entendre la voix du Saint-Esprit au dedans de nous, nous les comprendrons facilement. Comment distingue-t-on la bonne de la mauvaise nourriture ? En la goûtant. Dans la grâce, il en est de même, et l'âme qui veut juger sainement n'a qu'à sentir en elle ces effets de la grâce qui ne trompent pas. Qu'elle entre dans la grâce, elle en comprendra la puissance, comme elle connaît la lumière, parce que la lumière l'environne : ce sont des choses qui ne se démontrent pas à ceux qui ne les ont pas éprouvées.

Nous sommes peut-être humiliés de ne pas comprendre, parce que c'est une preuve que nous ne sentons guère souvent les opérations du Saint-Esprit, tandis que l'âme intérieure et bien pure est constamment dirigée par le Saint-Esprit, qui lui révèle ses voies directement par une inspiration intérieure et immédiate.

J'insiste sur ce point. Le Saint-Esprit guide lui-même l'âme intérieure et pure : il est son maître, son directeur. Sans doute, elle doit toujours obéir aux lois de l'Église, et se soumettre aux ordres de son confesseur pour tout ce qui regarde ses pratiques de piété et ses exercices spirituels ; mais quant à la marche intérieure et intime, c'est le Saint-Esprit qui la guide, qui dirige ses affections et ses pensées, et personne ne pourra, quand même il l'oserait, y mettre des entraves. Qui voudrait se mêler au colloque de l'Esprit divin avec sa bien- aimée ? Du reste, à quoi bon ?

Celui qui aperçoit un bel arbre ne cherche pas à voir si ses racines sont bien saines : la beauté de l'arbre, sa vigueur, le lui disent assez. Ainsi, quand une personne avance dans le bien, ses racines , toutes cachées qu'elles soient, sont saines, et plus elles sont cachées, plus elles sont vives.

Mais, hélas ! que souvent le Saint-Esprit nous demande de consentir à ses inspirations et nous ne voulons pas ! Nous ne sommes que des machines extérieures, et nous aurons la confusion des Juifs à propos de Notre-Seigneur : le Saint-Esprit est au milieu de nous, et nous ne le connaissons pas.

III

L'Esprit-Saint prie en nous et pour nous. La prière est toute la sainteté, au moins en principe, puisqu'elle est le canal de toutes les grâces. Or le Saint-Esprit est en l'âme qui prie : ipse postulat pro nobis gemitibus inenarrabilibus. Il a élevé notre âme à l'union à Notre-Seigneur. Il est encore le prêtre offrant à Dieu le Père sur l'autel de notre oceur le sacrifice de nos pensées et de nos louanges. Il présente à Dieu nos besoins, nos faiblesses, nos misères, et cette prière, qui est celle de JÉSUS en nous, unie à la nôtre, la rend toute-puissante.

Vous êtes le vrai temple du Saint-Esprit ; mais un temple n'est qu'une maison de prière. Priez donc sans cesse ; mais en union avec le divin Prêtre de ce temple. On pourra vous donner des méthodes de prière ; le Saint-Esprit seul vous donnera l'onction et le bonheur de la prière. Les directeurs ne sont que des chambellans qui se tiennent à la porte de notre coeur ; le Saint-Esprit seul y habite. Il faut qu'il le pénètre de toutes parts pour le rendre heureux. Priez donc avec lui, il vous enseignera toute vérité.

IV

La troisième opération du Saint-Esprit est de nous former aux vertus de JÉSUS-CHRIST. Pour cela, il nous en donne l'intelligence. C'est une grande grâce que de comprendre les vertus de JÉsus ; car elles ont une double face. La première repousse et scandalise : c'est leur côté crucifiant. Le monde, au point de vue naturel, a raison de ne pas les aimer. Les vertus, même les plus aimables, comme la douceur et l'humilité, sont très dures à pratiquer pour la nature. Il n'est pas facile de rester doux quand on nous insulte, et sans la foi, je comprends très bien que le monde trouve rebutantes les vertus du christianisme. Mais le Saint-Esprit nous découvre l'autre face des vertus de Jésus. Sa grâce, sa suavité, son onction, nous ouvrent l'écorce amère de la vertu et nous y font trouver la douceur du miel, la gloire même la plus pure. On s'étonne alors que la croix soit si douce. C'est qu'au lieu de l'humiliation, au lieu de la croix, on ne voit dans les sacrifices que l'amour de Dieu, sa gloire et la nôtre.

Par suite du péché, les vertus nous sont devenues pénibles ; nous y répugnons ; car toutes sont humiliantes et crucifiantes. Mais le Saint-Esprit nous montre que JÉSUS-CHRIST en les pratiquant le premier leur a communiqué la noblesse et la gloire. Il nous dit : Vous ne voulez pas vous humilier ? Eh bien, soit ; mais ressemblez à Jésus. Ce n'est pas descendre, c'est monter, c'est s'ennoblir que de lui ressembler. Et alors la pauvreté et les haillons sont un vêtement royal, parce que JÉSUS- CHRIST y a mis la vraie gloire et le vrai bonheur.

Mais il n'y a que le Saint-Esprit qui nous fasse comprendre ainsi les vertus et qui nous montre leur pur or enfermé dans sa mine rocheuse et boueuse. C'est le défaut de cette lumière qui arrête tant d'hommes sur le chemin de la perfection : ils ne voient que la petite apparence des vertus de JÉSUS, et n'en pénètrent pas les secrètes grandeurs.

A cette connaissance intime et surnaturelle des vertus, le Saint-Esprit ajoute une aptitude spéciale à les pratiquer. Il nous y rend propres et aptes, au point que nous pourrions nous croire nés uniquement pour elles. Elles nous deviennent comme naturelles : il nous en donne l'instinct divin. Chaque âme reçoit une aptitude conforme à sa vocation. Pour nous, adorateurs, le Saint-Esprit nous fait adorer en esprit et en vérité. Il prie en nous, et nous prions en lui : il est par-dessus tout le Maître de l'adoration. C'est lui qui a donné aux Apôtres la force et l'esprit de la prière : il s'appelle Esprit de prière et d'oraison : Spiritorationis et precum. Unissons-nous donc à lui. Depuis la Pentecôte , il plane sur l'Église et habite en chacun de nous pour nous apprendre à prier, pour nous former sur le modèle de JÉSUS-CHRIST, pour nous rendre en tout semblable à lui, afin que nous puissions lui être unis un jour sans voile dans la gloire.

La vie du vrai serviteur

Servus tuus sum ego : da mihi intellectum, ut discam justificationes tuas.

Je suis votre serviteur : ouvrez mon intelligence à vos divins préceptes. PSALM. CXVIII, 125.

1

Notre-Seigneur m'a aimé et s'est donné à moi. Je dois être à lui ; c'est de toute justice. Mais je dois être à lui comme il est à son divin Père ; car c'est pour être notre modèle, nous communiquer ses vertus et nous faire vivre de la même vie que lui, que le Verbe s'est fait chair, qu'il a vécu sous nos yeux et qu'il vient en nous par la Communion.

Or le Père céleste a donné à JÉSUS le titre de serviteur : Justificabit ipse serves meus multos :

Mon serviteur sera la source de la justification d'un grand nombre. » Dans les psaumes, David parle en la personne de Notre-Seigneur, et dit à Dieu : Je suis votre serviteur et le fils de votre servante. » Servus tutu sum ego.

Mais, que fait un bon serviteur ? Trois choses :

1° Il se tient toujours auprès de son maître et à sa disposition ;

2° Il obéit promptement et affectueusement à toutes ses volontés ;

3° Il ne travaille que pour la gloire de son maître.

Or Notre-Seigneur a porté à leur plus haute perfection ces trois qualités du bon serviteur pendant sa vie.

11

Il était toujours près de son Père, avec son Père. Son esprit le contemplait sans interruption et adorait sa vérité ; il contemplait sa beauté ; son âme, jouissant de la vision béatifique, ne pouvait se détacher de la vue de Dieu.

Aussi Notre-Seigneur dans le saint Évangile s'adresse à son Père, comme le regardant sans cesse ; et il a dit deux paroles qui révèlent ce mystère : « Filius hominis non potest a seipso facere quidquam nisi Arius viderit Patrem facientem : Le Fils de l'homme ne peut rien faire qu'il n'ait d'abord vu son Père le faisant ; » il regardait donc toujours son Père, afin de penser, de dire, d'agir comme lui-même.

La deuxième parole est celle-ci : « Le Père qui demeure en moi opère lui-même les oeuvres que je fais. Pater in me manens, ipse facit opera. » Il y avait donc société habituelle de chaque instant entre le Père céleste et Notre-Seigneur.

Ailleurs encore : « Jésus fut conduit par l'Esprit dans le désert. » II était donc attentif et obéissant à la direction du Saint-Esprit.

Eh bien, notre place est à côté de Notre-Seigneur : nous devons comme lui attendre les ordres de Dieu, avoir les yeux sur lui pour partir au premier signe : Sicut oculi servorum in maniées dominorum suorum, ita oculi nostri ad Dominum nostrum.

C'est ce qu'ont fait tous les saints dans l'ancienne loi comme dans la nouvelle. Noé marcha avec Dieu, ambulavit cum Deo ; donc c'est possible, et de plus, c'est nécessaire. « Marche devant moi si tu veux être parfait, » dit Dieu à Abraham : Ambula coram me, et esto perfecius.

On dira peut-être : Mais il n'en coûtait rien à l'âme de Notre-Seigneur, de Marie ; il n'en coûte rien aux Anges d'être toujours en la présence de Dieu ; pour nous, c'est une lutte, c'est pénible. Il est vrai que pour Jésus, sa Mère et les Anges, la vue de Dieu n'est que délices et que rien ne tente de les en détacher. Mais n'avons-nous pas la grâce de Dieu ? En outre, c'est par le coeur qu'on demeure près de Notre-Seigneur, et le coeur ne souffre pas, quand il aime, d'être avec la personne aimée : c'est son plus grand bonheur. Il faut donc, aimée l es difficultés, arriver à demeurer habituellement, et par toutes nos facultés auprès de Notre-Seigneur.

111

Notre-Seigneur ne faisait que reproduire les actions que le Père lui désignait, lui montrait à faire, accomplissant en tout sa volonté : il n'était que l'écho de la pensée du Père, la reproduction sensible et humaine de la pensée, de la parole et de l'action divine du Père.

Pour moi, j'ai à reproduire Notre-Seigneur, à lui obéir, à faire ce qu'il veut dans le moment présent, dans l'exercice de telle ou telle vertu ; j'ai à me tenir dans la disposition de lui obéir dans mon âme et par les actes extérieurs, s'il les demande ; à m'inspirer de sa pensée et de son désir : il faut m'y prêter avec amour et fidélité.

Mais rappelons-nous que c'est en nous surtout que Notre-Seigneur veut travailler, en notre âme, bien plus que dans les oeuvres extérieures ; c'est en nous et sur nous : Pater in me manens, ipse facit opera.

IV

JÉSUS-CHRIST ne travaille que pour la gloire de son Père, et refuse toute louange, tout honneur qu'on lui rend comme homme : Ouid me dicis bonum ? Pourquoi m'appelez-vous bon ? » — « Gloriam meam non quaro : Je ne cherche pas ma propre gloire. »

Le bon serviteur ne cherche que le bien de son maître, ses intérêts, bien plus que les siens propres : c'est la délicatesse du service. Je ne dois donc chercher que les intérêts de. Notre-Seigneur, mon Maître ; je ne dois donc travailler qu'à faire fructifier sa grâce et ses dons pour sa plus grande gloire.

V

Mais cette vie tout intérieure, tout en soi, qui ne fait rien, ne dit rien que Dieu ne l'y pousse, peut paraître inutile. Cependant, qui n'admirerait Notre-Seigneur à Nazareth dans sa vie inutile pour le monde, cachée aux hommes, si simple en elle-même ? Le Père la préfère à toute autre vie. Il préfère son divin Fils et notre Sauveur le glorifiant et nous sanctifiant, caché, n'ayant que lui pour témoin, travaillant de son pauvre état à des choses de si peu de valeur ! C'est ainsi qu'il nous préfère, nous aussi.

C'est que cette vie cachée est toute à Dieu par le sacrifice de soi : elle glorifie Dieu plus qu'on ne le ferait par tous les dévouements. C'est le règne de Dieu en nous. C'est la mort et le tombeau de l'amour-propre.

Quand donc Notre-Seigneur nous attire à l'intérieur pour y demeurer avec lui, uniquement occupés de lui, c'est une bien grande grâce. Il nous appelle alors à travailler secrètement dans son cabinet ; il fait de nous ses confidents ; nous recevons directement ses ordres ; il veut que nous redisions ses paroles, que nous ne fassions que les actions qu'il nous montre à l'intérieur, que nous n'exécutions de plans que ceux qu'il aura faits lui-même ; il veut que nous soyons lui en répétition, le corps de son âme, la libre exprestion de son désir, l'exécution humaine de ses pensées, rendue ivine et d'un prix quasi infini par l'union à ses mérites.

VI

Pour en arriver là, il faut travailler en mon intérieur, sur moi d'abord : Christus in me manens; il faut donc demeurer en moi. Mais pour demeurer en moi avec fruit, il faut demeurer en Notre-Seigneur en moi. Or Notre-Seigneur sera en moi selon que je serai en lui : c'est réciproque ; cette demeure en Notre-Seigneur se fait par le don, l'hommage de soi, rendu actuel par les actes des vertus que réclame le moment présent, fortifié et soutenu par l'amour vif, qui cherche moins à jouir qu'à se dépenser, qu'à s'immoler à la volonté de Notre-Seigneur.

Hélas ! depuis longtemps peut-être Notre-Seigneur nous attire à cette vie cachée en lui, et toujours nous fuyons vers le dehors, nous imaginant grossièrement qu'il n'y a que le mouvement, le travail extérieur, le dévouement qui soient de grand prix. Au fond, c'est qu'on n'aime pas rester toujours dans une maison où la misère, l'infirmité et les douleurs habitent : on sort, poussé par l'ennui ou attiré par un amour étranger ; ou bien c'est le gaz de la vanité qui s'échappe.

O mon Dieu, vivez, régnez et commandez en moi : ln me vive, regna et impera. J'écouterai ce que vous me dites en moi : Audiam in me quid loquatur Dominus Deus et je vous tiendrai fidè­lement compagnie en mon coeur

Le recueillement, voie des oeuvres divines

Ecce enim regnum Dei infra vos est.

Le royaume de Dieu est en vous-mêmes. Luc., xvu, 21.

I

Dieu, en créant l'homme, s'était réservé d'être le roi de son âme, de recevoir seul l'hommage de sa vie, et d'en être la fin et la gloire.

Dieu devait, par des grâces nouvelles, perfectionner son image et sa ressemblance en l'homme, en travaillant de concert avec lui.

Mais le péché a tout renversé. L'homme pécheur n'a plus voulu demeurer avec Dieu en lui-même : il est devenu tout extérieur, esclave des objets extérieurs.

Pour le faire rentrer dans son intérieur, Dieu le prend par les yeux, en son Incarnation. Puis, s'étant montré bon et puissant, s'étant fait aimer de lui, lui ayant permis de le toucher de ses mains, JÉSUS-CHRIST se voile, se cache en notre intérieur par l'Eucharistie et la grâce sanctifiante. C'est là qu'il nous parle, qu'il nous donne ses conseils, nous console, nous sanctifie. C'est en notre intérieur qu'il veut établir son royaume, et nous forcer ainsi à demeurer avec lui en nous, à faire ce que fit la sainte Vierge en l'Incarnation, qui vivait toute attentive au divin Fruit qu'elle portait.

Si nous sommes fidèles à cette grâce, il nous console, nous donne la paix, nous fait goûter la douceur de cette parole : « Qu'il est bon d'habiter avec vous !

Ce désir qu'a Notre-Seigneur de nous faire rentrer en notre intérieur, nous fait mieux comprendre ces paroles de l'Écriture : « Pécheurs, retournez à votre coeur : Redite ad cor. — Mon fils, donnez-moi votre coeur : Fili, prabe cor tuum mihi. — Vous aimerez le Seigneur de tout votre coeur : Diliges Dominum Deum tuum ex loto corde tuo. » Le coeur, c'est la vie ; et là où est votre trésor, là aussi est votre coeur.

II
Quand Dieu veut sanctifier une âme, il la sépare du monde par les épreuves, les persécutions ; ou par sa grâce, en lui donnant l'horreur du monde, l'amour de la solitude, du silence, de la prière. Le plus grand don que Dieu fasse à une âme, c'est le don d'oraison, par lequel l'âme est comme forcée de s'isoler, de se recueillir, de se spiritualiser, et, pour y arriver, de se mortifier. Et quand l'âme ne le fait pas assez, Dieu lui envoie l'infirmité, la maladie, les peines inté­ rieures, qui la dégagent, l'épurent d'elle-même, comme les tempêtes purifient l'atmosphère.
III

« Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Comme la branche ne saurait porter de fruit si elle ne demeure unie au tronc, ainsi vous ne pouvez rien si vous ne me demeurez unis. » Notre union avec Notre-Seigneur doit donc être aussi grande que celle de la branche avec le tronc et la racine : ce doit donc être une union de vie.

Or comme cette sève divine de la vraie vigne est très puissante et très féconde, selon cette parole : « Celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruit, » il suit que si l'on est uni à JÉSUS-CHRIST, non seulement par l'état de grâce et la fidélité à la grâce, mais encore par l'union à ses paroles, qui sont esprit et vie, on sera tout- puissant pour le bien. « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, tout ce que vous voudrez, demandez-le, et il vous sera accordé. »

Enfin, l'union d'amour pratique, uniquement occupée à plaire à Dieu, ravit la Sainte Trinité : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera ; et nous viendrons en lui, et nous y ferons notre demeure. »

Le Sauveur n'a demandé pour nous, dans sa dernière prière, que cette union avec lui : « Je leur ai donné, ô Père ! la lumière que j'avais reçue de vous, afin qu'ils soient un, comme nous sommes un. Moi en eux, et vous en moi, afin qu'ils soient consommés dans l'unité, et que le monde sache que vous m'avez envoyé, et que vous les avez aimés comme vous m'avez aimé moi- même. »

Saint Paul , comme son Maître, nous prêche l'union à JÉSUS-CHRIST : « Vous êtes ses membres, et il est votre tête. Vous êtes le corps de JÉSUS-CHRIST ; il est l'âme de ce corps mystique. » Il vit en nous, il nous fait vivre.

Nous communions au Corps et au Sang de Jésus, afin de nous unir plus étroitement à son âme, à son esprit, à ses opérations intérieures, à ses vertus, à ses mérites, en un mot, à sa vie divine.

C'est là l'union de société, où Jésus fait tout en nous, parce que nous sacrifions notre personnalité à la sienne, afin qu'elle pense et qu'elle agisse pour nous, afin qu'elle devienne notre moi. Et l'Eucharistie a été surtout, pour ne pas dire seulement, établie pour nous aider à pratiquer et à entretenir cette union admirable : elle est le Sacrement de l'union avec Dieu.

IV

Il est bien certain que, sans cette union intime à Notre-Seigneur, j'aurai beau prendre de bonnes résolutions, bien me connaître et connaître Dieu, tout cela sera de peu d'efficacité, parce que, n'agis-sant pas en union avec JÉSUS, ne pensant pas à lui, je me laisserai captiver par les actes extérieurs, ou par les entraînements de mon goût personnel.

II faut donc l'union actuelle, vivante, de tou­jours ; il faut que l'oeil de mon âme soit toujours ouvert sur JÉSUS en moi. Comment arriver là ? C'est bien simple !... par l'union même ! Qu'ai-je besoin de tant courir après les moyens ? pourquoi tant de résolutions, de recherches spirituelles ? Tout cela ne sert qu'à amuser l'esprit. Il faut se mettre en Notre-Seigneur, sans examiner le mode : se mettre en sa divine volonté du moment ; ne vouloir que cette divine volonté, l'accomplir selon son désir et être tout à elle, par amour, pour plaire à Notre-Seigneur ; être tout à elle par la grâce et la vertu du moment présent : oui, voilà tout le secret du memete in me, demeurez en moi.

Quand on demeure chez quelqu'un de plus grand que soi, on l'honore : chez un souverain, on lui obéit ; chez un ami, on cherche à lui plaire. Chez Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST, on fait tout cela.

V

Mais comment penser à l'union ? En y pensant, en voulant y penser, en dirigeant bien son intention, en offrant et réoffrant son action, en examinant après les défauts qui auraient pu s'y rencontrer.

Pour cela, il faut penser à Dieu, et le moyen mécanique de l'union est la pratique de la présence de Dieu habituelle. Elle est le seul moyen de tenir l'esprit en arrêt, en conseil avec Dieu ; de retenir le coeur en la bonté de son amour, la volonté à sa disposition, le corps dans le respect et la soumission.

La présence d'un homme grave, sage, aimé, fait naturellement cela : or ce doit être l'effet aussi de la présence de Dieu, respecté et aimé, qui nous soutient en cet état par la douce onction de sa grâce.

Sans la présence de Dieu, la vanité entraîne l'esprit : il se dissipe et court ça et là comme la mouche et le papillon. Sans elle, le coeur recherche les consolations pieuses, mais humaines ; la volonté se laisse aller à la paresse et à ses antipathies naturelles.

Elle nous est surtout nécessaire contre l'irritation qui résulte du combat des vertus, des antipathies. On ne peut toujours être sur le champ de bataille : il faut se reposer en Dieu.

On arrive à l'habitude de la présence de Dieu graduellement, en commençant par le plus facile : l'offrande de ses actions, quelques sentences faciles et souvent répétées, des aspirations, des traits d'amour. Il faut y mettre un certain mécanisme : à certains signes, à tels et tels moments fixés, dans tels lieux, se recueillir et regarder Dieu en soi ; après ses actions, en rendre compte à Dieu, comme un enfant à sa mère. Mais pour que tout ne s'en aille pas en fumée, il faut établir et observer strictement une sanction extérieure et corporelle contre ses manquements. En nous unissant ainsi, nous donnons toute notre vie à Dieu ; nous lui donnons tout nous-mêmes.

Quelle plus grande grâce pouvons-nous souhaiter, et quelle vertu nous serait plus avantageuse et plus glorieuse à Dieu ? C'est l'egredere, le sors de toi-même, et l'écoulement de tout notre être en Notre-Seigneur.


Le recueillement, loi de la sainteté

Viam justificationum tuarum instrue me.

Apprenez-moi, ô mon Dieu, la voie de la sainteté. PSALM. cxvni, 27.

La loi de la sainteté est dans le recueillement. Dieu, appelant une âme à lui, ne la fait sortir du péché que par un recueillement en sa conscience ; pour nous introduire à une plus haute vertu, Dieu se sert encore du recueillement ; enfin, c'est le moyen qu'il emploie pour unir l'âme à lui dans la vie d'amour. De sorte que, pour les pénitents, pour ceux qui progressent, et pour ceux qui approchent du terme, la loi de la sainteté est le recueillement
1
L'homme dégradé, avili, corrompu dans sa nature par le péché originel, a honte d'être avec lui-même. La pensée de Dieu lui est difficile : il aime à vivre au milieu des folies de son imagination, qui l'amuse et le trompe presque toute sa vie ; il demeure avec la vanité et la curiosité de son esprit ; son coeur cherche quelque sympathie dans les créatures, pour jouir avec elles de la vie. Il finit bientôt par être l'esclave d'une idée fixe, d'un désir qui l'agite, d'une passion qui le dévore, d'un vice qui le consume ; la sensualité est au fond de toutes ses actions. C'est pour jouir aujourd'hui, ou pour se préparer les joies du lendemain, qu'il travaille, qu'il étudie, qu'il se dévoue.

Voilà l'homme terrestre. Il passera la plus grande partie de sa vie sans jamais penser à Dieu son Créateur, son Sauveur, son souverain Juge. Il y a beaucoup d'hommes qui n'ont jamais su trouver le temps de penser à Dieu !

Corriment Dieu, dans sa miséricorde, va-t-il recréer cet homme matériel et vicieux ?

En le changeant en un homme spirituel et intérieur, en le forçant à rentrer en lui-même : soit qu'il le frappe d'une maladie qui l'isole, d'un malheur qui lui montre la vanité des choses de ce monde ; soit que l'infidélité, l'iniquité des hommes lui fassent sentir ce qu'ils peuvent pour son bonheur. Quand un pécheur sent ces misères, qui l'attris­tent et l'accablent, Dieu l'appelle comme autrefois Adam tombé : il l'appelle dans sa conscience, qui lui fait sentir l'aiguillon du remords ; il lui montre la cause de son malheur ; il lui donne la pensée d'un Dieu bon, miséricordieux, qu'il a aimé dans sa jeunesse, d'un Dieu Sauveur, prêt à recevoir avec bonté le pécheur repentant. Cette pensée fait déjà du bien à son âme : il s'attendrit, il se surprend à pleurer de douces larmes. Son coeur, jusqu'ici si dur, s'amollit ; il lui semble entendre d'en haut cette parole : Viens à moi, et je te soulagerai, et je te pardonnerai, et tu retrouveras la paix. »

Heureux le pécheur qui se rend à cette voix intérieure : il a retrouvé son âme et son Dieu.

Toute conversion est donc le fruit d'une grâce intérieure : du recueillement de l'homme en sa propre conscience, en la pénitence de son coeur, en la bonté de Dieu.

Ce vague, ce vide, cette tristesse au milieu de ses égarements est déjà la voix de Dieu qui dit au pécheur comme autrefois à Israël : Malheur à l'homme qui trouve son bonheur dans le mal, qui se repose dans le péché, qui se complaît dans la jouissance de ses passions assouvies ! » Hélas ! il est bien loin de Dieu, bien loin de lui-même ! La fièvre du vice lui donne une vie artificielle : c'est un fou qui se dit et se croit savant, riche et heureux, alors qu'il est ignorant, dénué et malheureux !

II

Quand Dieu veut faire à une âme une très grande grâce et la conduire à une haute vertu, il lui accorde la grâce d'un plus grand recueillement. Cette vérité incontestable n'est guère connue ni appréciée, même des personnes pieuses, qui trop souvent font consister le progrès de la sainteté dans les actes extérieurs de la vie chrétienne ou dans une plus grande jouissance de Dieu.

Cependant il est certain qu'une grâce de recueil. lement nous rapprochant davantage de Dieu, nous obtient plus de lumière et plus de chaleur, parce que nous sommes plus près de ce foyer divin. Voilà pourquoi, dans un état de recueillement plus profond, on comprend si bien certaines vérités. C'est qu'on les pénètre dans la lumière même de Dieu. On sent alors une paix inconnue jusque-là, une force qui nous étonne : on se sent avec Dieu.

Étant plus présent à Dieu, on entend cette douce parole qu'il ne dit qu'à ceux qui, comme saint Jean à la Cène , reposent sur son Coeur, avec la voix secrète, basse et mystérieuse de l'amour :

Écoute, ô âme recueillie, et regarde : incline l'oreille à ma voix : oublie ton peuple et la maison de ton père, tu seras l'objet de l'amour du roi :

Audi, filia, et vide : inclina aurem tuam, et obliviscere domum tuam et domum patris tui, et concupiscet Rex decorem tuum. »

De ce principe il suit que ce qui fait la valeur et le prix d'une grâce, c'est son onction intérieure, qui nous recueille en Dieu ; il suit encore qu'une grâce intérieure vaut mieux que mille grâces extérieures ; que nos vertus et notre piété n'ont de vie que par le recueillement qui les anime et les unit à Dieu.

Dans la vie naturelle, l'homme le plus habile, le plus puissant, n'est pas celui qui est le plus robuste, le plus ardent au travail : c'est le penseur profond, l'homme réfléchi, patient, qui sait examiner une affaire sous toutes ses faces, qui en pèse la puissance, en prévoit les obstacles, en combine les divers moyens. Cet homme-là est un maître : il ne sera surpassé que par un rival qui possédera ces mêmes qualités à un plus haut degré.

Dans le monde spirituel, le chrétien le plus recueilli, le plus dégagé des sens, de la matière, du monde, est le plus éclairé dans les choses de Dieu. Ses yeux sont plus purs : ils pénètrent, par delà les brouillards de l'atmosphère naturelle, jusqu'à la lumière de Dieu. Il est le plus puissant dans sa prière, qui est faite en Dieu ; dans sa parole, qui ne fait que répéter, comme Jésus­Christ, la parole de Dieu. Il est le plus puissant dans ses oeuvres, en apparence simples et inutiles, mais qui convertissent et qui sauvent le monde. Moïse sur la montagne, seul et recueilli devant Dieu, était plus fort que toute l'armée d'Israël.

Aussi la vie adoratrice, la vie contemplative, est, de soi, plus parfaite que la vie la plus dévouée et la plus laborieuse : les trente ans que JÉSUS passa à Nazareth ; sa vie anéantie dans l'Eucharistie, qu'il continue à travers les siècles, sont là pour nous le dire. Car s'il y avait un état plus saint, plus glorieux à Dieu, sans nul doute JÉSUS-CHRIST l'eût choisi.

III

La perfection de la vie chrétienne en ce monde est encore dans une union plus intime de l'âme avec Dieu. C'est une merveille vraiment étonnante de voir comme Dieu rend parfaite, s'attache à embellir une âme qui se donne entièrement à lui dans le recueillement.

Il commence par l'isoler du monde, afin de la posséder seul plus entièrement : semblable à l'époux jaloux qui veut jouir seul de son épouse. Dieu rend cette âme inhabile, incapable et presque stupide pour les choses de ce monde elle n'y entend plus rien. Ah ! Dieu veut l'affranchir de la servitude du succès !

Puis il change sa prière. La prière vocale la fatigue ; elle n'y trouve plus l'onction, le goût divin d'autrefois : elle prie vocalement par devoir, et non plus par attrait. Les livres l'ennuient : elle n'y trouve plus un aliment suffisant à son coeur ; ou bien elle ne les comprend plus, parce qu'ils ne disent pas sa pensée. Mais elle se sent suavement et fortement attirée à une prière intérieure, à une oraison de silence, de calme, de paix auprès de Dieu. Son âme s'y nourrit divinement. En cet état, elle ne s'aperçoit pas de son opération propre, et ne sent que celle de Dieu. Elle ne cherche plus tel ou tel moyen : elle est dans sa fin, en Dieu. Elle se perd même totalement de vue : elle est plus en Dieu qu'en elle-même ; elle est dominée par le charme et par la beauté de sa vérité, parla bonté de son amour.

Oh ! heureux moment que celui où Dieu nous attire ainsi à lui ! Et il le ferait plus souvent si nous étions plus dégagés des affections terrestres, plus purs en nos actions, plus simples dans notre amour. Dieu ne désire que se communiquer à nous ; mais il veut être le Roi de notre coeur et le Maître de notre vie ; il veut être tout en nous.

Le recueillement, âme de la vie d'adoration

Maria, sedens secus pedes Domini, audiebat verbum illius.
Unum est necessarium (ait Dominus) : Maria optimam partem elegit.

Marie, assise aux pieds du Sauveur, écoutait sa parole.
Une seule chose est nécessaire (dit le Seigneur), et Marie a choisi la meilleure part. Luc., x, 39, 42.

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La vertu caractéristique et dominante d'un adorateur doit être la vertu de recueillement, par laquelle il domine et gouverne, sous l'oeil de Dieu et par le mouvement de sa grâce, ses sens et son âme.

L'âme recueillie est comme le pilote qui, avec son petit gouvernail, dirige un très grand vaisseau comme il veut ; elle est comme le miroir d'une eau calme et pure, où Dieu se mire avec délices ; elle est comme le miroir d'argent où Dieu se photographie en quelque sorte dans l'éclat de sa lumière, que réfléchit si bien une âme recueillie à ses pieds. Qu'elle est heureuse, cette âme bien-aimée ! Elle ne perd pas un mot de Dieu, pas un souffle de sa voix, pas un regard de ses yeux.

Travaillez donc à acquérir ce précieux état sans lequel vos travaux et vos vertus seraient comme un arbre sans racines et une terre sans eau. Chaque état de vie a sa mesure et sa condition de bonheur. Celui-ci le trouve dans la pénitence, celui-là dans le silence, un autre dans le zèle. — Pour les adorateurs, il n'est que dans le saint recueillement en Dieu : comme l'enfant n'est heureux que dans le sein de sa famille chérie, comme l'élu l'est au ciel dans le sein de Dieu.

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Mais comment acquérir et conserver le saint recueillement ? Commencez par fermer les portes et les fenêtres de votre âme : se recueillir, c'est se ramasser du dehors au dedans en Dieu ; faire un acte de recueillement, c'est se mettre tout entier à la disposition de Dieu ; avoir l'esprit de recueillement, c'est y vivre avec plaisir.

Mais le recueillement n'a pas seulement besoin de vivre par la grâce, il demande encore à avoir un centre divin. L'homme n'est pas fait pour demeurer dans le bien qu'il fait : ce serait une idolâtrie de ses oeuvres ; les vertus ne doivent pas faire sa fin principale non plus ; elles sont un chemin : on le suit, mais on n'y fait pas sa demeure. L'amour lui-même ne peut être centre qu'autant qu'il unit à l'objet bien-aimé ; autrement il languit et souffre comme l'épouse des Cantiques qui cherchait, désolée, le Bien-Aimé de son coeur. C'est donc en Jésus, et en Jésus tout bon et tout aimable, que vous devez placer le centre de vie de votre recueillement parce qu'en lui seul vous trouverez la liberté sans entraves, la vérité sans nuage, la sainteté dans sa source : c'est bien à vous surtout, qui voulez vivre de l'Eucharistie, que JÉSUS-CHRIST a dit : Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui. » Remarquez que Jésus demeure en nous à raison de ce que nous demeurons en lui, bien que ce soit lui qui nous attire à cette union, qui nous en donne le désir, qui nous saisisse et nous attire, se contentant que nous l'aidions par nos faibles efforts. Voilà donc la puissance et la force du saint recueillement c'est une demeure mutuelle, une société divine et humaine qui s'établit dans notre âme, dans notre intérieur, avec JÉSUS- CHRIST présent en nous par son Esprit.

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Car quel est le lieu de l'union de JÉsus avec nous ? — C'est en nous que s'opère cette mystique alliance. L'union se fait, elle s'exerce en JÉsus présent en moi. Rien de plus certain : Si quel­qu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure. » Et l'Esprit de Jésus habite en nous comme dans son temple ; il nous a été donné pour demeurer toujours avec nous. Aussi l'Imitation dit-elle : Eia, anima fidelis, prapara huic Sponso cor ilium quatenus ad te venire et in te hahitare dignetur ; « Allons, âme fidèle, préparez votre coeur afin que votre époux vienne en vous et y établisse sa demeure. »

Pourquoi Notre-Seigneur a-t-il choisi l'intérieur de l'homme comme centre de son union avec lui ?

Afin de forcer l'homme à rentrer chez lui. L'homme se fuyait comme on fuit un coupable, comme on craint une prison, car l'homme est tout cela ; il a honte et horreur de lui-même ; voilà pourquoi il s'attache à tout ce qui est extérieur. Mais par cette fuite loin de son coeur, Dieu se trouve abandonné de sa créature, qu'il n'a faite que pour être son temple et le trône de son amour. Dans cette condition, Dieu ne peut travailler en l'homme ni avec l'homme. Afin donc de l'obliger à rentrer dans son âme, Dieu vient en lui, parle à son coeur et non à ses oreilles ; il vient à nous sacramentellement pour vivre en nous spirituellement ; le Sacrement est l'enveloppe qui le renferme : elle se déchire et donne à notre âme la très sainte Trinité : comme l'éther renfermé dans un globule se répand dans l'estomac après avoir brisé son enveloppe sous l'action de la chaleur naturelle. JÉSUS-CHRIST veut donc faire de l'intérieur de l'homme son vrai temple, afin que l'homme n'ait pas un long chemin à parcourir

pour aller chez son Seigneur, mais qu'il le trouve facilement et toujours à sa disposition, comme son maître, son modèle et sa grâce ; afin qu'il n'ait qu'à se recueillir en lui-même en JÉSUS : de sorte qu'à tout instant l'homme recueilli peut lui offrir l'hommage de ses actes, le sentiment d'amour de son coeur, le regarder de ce regard qui dit tout et donne tout. Car ces paroles de l'Imitation sont la parfaite expression de cette vie de recueillement intérieur : Frequens illi visitatio cum homine interno dulcis sermocinatio, grata consolatio, malta pax et familiaritas stupenda nimis : JÉSUS visite souvent l'homme intérieur ; il lui parle fréquemment, le console amoureusement, entretient avec lui une familiarité inconcevable. »

Est-il possible que Dieu poursuive ainsi une âme ! qU'il se mette ainsi à sa disposition, qu'il demeure dans un corps si vil, dans une âme si terrestre, si misérable, si ingrate ! Et cependant c'est divinement vrai !

IV

Mais comment alimenter et perfectionner le saint recueillement ? Comment vivre d'amour ? De la même manière qu'on conserve le feu, la vie du corps, la lumière : en leur donnant toujours un aliment nouveau.

Il faut fortifier l'homme intérieur qui est JÉSUS-CHRIST en nous, le concevoir, le faire naître et grandir par toutes les actions, les lectures, les oraisons, les travaux, par tous les actes de la vie ; niais pour cela, il faut renoncer entièrement à la personnalité d'Adam, à ses vues, à ses désirs, et vivre sous la dépendance de Jésus présent en notre intérieur : il faut que l'ceil de notre amour soit toujours ouvert sur Dieu en nous : que nous fassions à Jésus l'hommage affectueux de chaque plaisir comme de chaque souffrance, que nous ayons dans le cœur le doux sentiment de sa présence comme de celle d'un ami que l'on ne voit pas, mais que l'on sent près de soi. Contentez- vous de ces moyens pour l'ordinaire ; ils sont les plus simples ; ils vous laisseront votre liberté d'action et l'attention à vos devoirs ; ils formeront comme une douce atmosphère dans laquelle vous vivrez et travaillerez avec Dieu : que la fréquence des élans d'amour, des oraisons jaculatoires, des cris de votre coeur vers Dieu présent en vous, finisse par vous rendre la pensée et le sentiment de sa présence comme tout naturels.

V

Mais d'où vient que le recueillement est si difficile à acquérir et si pénible à conserver ? Un acte d'union est très facile, mais une vie continuelle d'union très difficile. Hélas ! notre esprit a souvent la fièvre et il divague ; notre imagination nous échappe, nous amuse et nous égare ; nous ne sommes pas avec nous-mêmes ; les travaux de l'esprit et du corps nous réduisent à un état d'esclavage ; la vie extérieure nous entraîne ; nous sommes si impressionnables à la moindre occasion ! Et alors c'est une déroute ! Voilà pourquoi nous avons tant de peine à nous ramasser autour de Dieu.

Pour assurer donc la paix de votre recueillement, nourrissez votre esprit d'une vérité qu'il aime, qu'il désire connaître, et vous l'occuperez ainsi comme un écolier ; donnez à votre imagination un aliment saint et en rapport avec ce à quoi vous vous occupez, et vous la fixerez : si cependant le simple sentiment du coeur vous suffisait pour tenir en paix votre esprit et votre imagination, laissez-les tranquilles et ne les réveillez pas.

Souvent aussi Dieu nous donne une onction de grâce, un recueillement si suave, qu'il déborde et se répand jusque sur les sens : c'est comme un charme divin ; faites bien attention alors de ne pas sortir de cette contemplation, de cette douce paix : restez dans votre coeur, car c'est là seulement que Dieu réside et fait entendre sa voix. Quand vous sentirez cette grâce sensible tomber, disparaître peu à peu, retenez-la par des actes positifs de recueillement : appelez votre esprit à votre secours, nourrissez votre pensée de quelque vérité divine, afin d'achever par la vertu de recueillement ce que Dieu avait commencé en vous par la suavité de sa grâce.

N'oubliez jamais que la mesure de votre recueillement sera la mesure de votre vertu, et la mesure de la vie de Dieu en vous.

L’ordre des pages sont placées l’une derrière l'autre ;
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