Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
La divine Eucharistie
Titre de la page:

La vie de prière

Nom de l'auteur:
St Julien -Eymard.s.s

 

Nous avons un pain et un breuvage invisibles aux hommes. Ton. XII, 19.

       Ego cibo invisibili et potu qui ab hominibus vicier non potest, utor.

1

Il y a dans l'homme deux vies : celle du corps et celle de l'âme. Chacune, dans son ordre, suit les mêmes lois.

La vie du corps dépend de l'alimentation d'abord : telle nourriture, telle santé ; ensuite de l'exercice, qui le développe, lui donne des forces ; enfin du repos, où il refait ses forces fatiguées par l'exercice. Tout excès à l'une de ces lois, en plus ou en moins, est un principe de maladie et de mort.

L'âme a les mêmes lois dans l'ordre surnaturel : elle ne doit pas plus s'en écarter que le corps.

Or l'alimentation, la nourriture de l'âme, sa vie, c'est Dieu. Ici-bas, Dieu connu, aimé, servi par la foi ; au ciel, Dieu vu, possédé, aimé sans nuage. Toujours Dieu. Mais l'âme se nourrit de Dieu par la méditation de sa parole, par sa grâce, par la prière, qui est le fond de l'oraison et l'unique moyen d'obtenir la grâce divine.

Et de même que dans la nature chaque tempérament a besoin d'une alimentation différente, suivant l'âge, les travaux, la dépense de force, de même chaque âme a besoin d'une dose particulière de prière. Remarquez : ce n'est pas de vertu que se soutient la vie divine, mais de prière : car la vertu est un sacrifice, une dépense et non une nourriture. Mais qui sait prier selon ses besoins a sa loi de vie. Elle n'est pas la même pour tous : les uns ont besoin de moins de prière pour se tenir dans l'état de grâce, les autres de beaucoup. Cette remarque est absolument sûre : c'est un fait.

Voici une âme qui se conserve bien dans l'état de grâce avec peu de prière ; elle n'en a pas besoin de plus : seulement elle ne volera pas bien haut.

Une autre, au contraire, a beaucoup de peine à s'y maintenir avec beaucoup de prière : elle sent le besoin de s'y adonner. Qu'elle prie, cette âme, qu'elle prie toujours ! Elle ressemble à ces natures faibles qui ont besoin de manger très fréquemment, sous peine de tomber malades.

Mais il y a des prières d'état auxquelles on est obligé. Le prêtre a son office, le religieux ses prières de règle. Celles-là, il n'est jamais permis de les omettre, ni de les diminuer de soi-même.

Or la piété fait des religieux au milieu du monde. A ces âmes, la grâce de Dieu demande plus de prières que celles du matin et du soir. Pour se maintenir dans la piété, la condition essentielle est de prier davantage. C'est impossible autrement.

Mais vous savez qu'il y a deux sortes de prières :

la prière vocale, dont nous venons de parler, et la prière mentale, qui est l'âme de la première. Si l'âme ne prie pas, si l'intention ne s'applique pas à Dieu quand vous priez verbalement, les mots ne produisent rien ; c'est l'intention, le coeur, qui leur donnent leur vertu.

La prière mentale, considérée dans le sens plus restreint de méditation, d'oraison, est-elle nécessaire ? Elle est au moins très utile, puisque tous les saints l'ont pratiquée et recommandée ; elle est très utile, parce qu'il est difficile d'arriver à la sainteté sans elle.

Cela m'amène à dire qu'il y a une prière de nécessité, une prière de conseil, et une prière de perfection.

Oui, vous êtes strictement obligé de prier, sous peine de damnation ! Ouvrez l'Évangile, vous y lirez le précepte de la prière. La mesure n'y est pas marquée, parce que la prière se mesure au besoin de chacun. Vous en devez pourtant faire assez pour vous maintenir en état de grâce, assez pour vous tenir à la hauteur de vos devoirs.

Sinon vous ressemblez au nageur qui n'agite plus assez les bras : il va certainement se perdre. Qu'il redouble d'efforts, ou son poids l'entraînera dans le gouffre.

Si vous vous sentez trop pressé du flot des tentations, doublez vos prières. Vous le faites en toutes choses : on se règle d'après ses besoins. Oh ! c'est une chose très sérieuse que cette nécessité de proportionner notre prière à nos besoins ! Il y va de notre salut ! — Manquez-vous facilement à vos devoirs d'état ? Vous ne priez pas assez : vous vous damnez ! Criez vers Dieu, agi­tez-vous ! La misère humaine a ralenti votre marche : elle vous jettera complètement à terre si vous ne résistez fortement. Priez donc autant qu'il vous faut pour être un vrai chrétien.

La seconde prière, de conseil, est celle de l'âme qui veut s'unir à Dieu, entrer dans son cénacle. Ici, il faut prier beaucoup plus, parce que les obligations de cet état sont plus étroites. De même que l'amitié plus intime rend les visites et les entretiens plus fréquents, de même quiconque veut vivre de l'intimité de JÉSUS doit le visiter plus souvent, prier davantage. Vous voulez suivre le Sauveur ? — Vous aurez de plus grands combats à soutenir ; il vous faut de plus grandes grâces : priez donc davantage pour les obtenir.

La troisième prière, de perfection, est celle de l'âme qui veut vivre de Jésus, qui prend pour règle unique de sa conduite la volonté de Dieu en toutes choses. Elle entre dans la familiarité de Notre-Seigneur : elle aura à vivre en Dieu et par Dieu. Telle est la vie religieuse : vie de perfection pour ceux qui la comprennent, vie dans laquelle on se donne à Dieu pour qu'il soit notre unique loi, notre fin, notre centre, notre bonheur ! Toute la jouissance d'une pareille âme consiste dans la prière. Et quoi d'étonnant à cela ? Car si elle terrasse son imagination, assujettit son esprit, Dieu, en revanche, répand dans son coeur l'abondance de ses plus douces consolations. Elles sont rares, ces belles âmes ! On en trouve cependant. Et dans cet état, que ne peuvent-elles pas faire ? Les saints convertissaient des pays entiers en priant. Priaient-ils plus que personne au monde ? Pas toujours. Mais ils priaient mieux ; ils priaient par toutes leurs puissances. Oui, oui ! tout le pouvoir des saints était dans leur prière. Et qu'il était grand, ô mon Dieu !

Mais, en pratique, comment saurai-je que je prie assez pour mon état ? Votre prière est suffisante si vous profitez dans la vertu. On connaît que la nourriture a été prise dans de bonnes proportions quand elle se digère facilement et qu'elle entretient une santé ferme et robuste.

Votre prière vous soutient-elle dans la grâce de votre état, vous fait-elle croître ? Si oui, vous digérez bien. Si les ailes de la prière vous emportent bien haut, votre alimentation est suffisante : vous monterez toujours de plus en plus.

Au contraire, vos prières vocales et votre oraison vous font-elles voler à ras de terre, menaçant de vous laisser tomber à chaque instant ? elles ne vous font pas dominer la misère du vieil homme. C'est preuve que vous priez mal et pas assez. Vous méritez ce reproche du Sauveur : « Ce peuple m'honore des lèvres, mais son coeur est loin de moi. »

Qu'arrivera-t-il ? Un grand malheur ! Nous mourrons de faim à la Table royale du Sauveur! Nous sommes déjà bien malades, bien près de la mort. Le pain de vie s'est changé en aliment de mort pour nous, le bon vin en poison mortel ! Que reste-t-il alors pour nous ramener ? Rien. Otez au corps sa nourriture, il meurt. Otez à une âme sa prière, à un adorateur son adoration, c'est fini : il tombe pour l'éternité !

Est-ce bien possible ? Oui, c'est certain ! La confession ne sera pas capable de vous relever. Car à quoi sert une confession sans contrition ? et qu'est-ce que la contrition, sinon une prière plus parfaite ?

La Communion sera aussi impuissante. Que peut produire la Communion sur un cadavre qui ne sait rien faire qu'ouvrir des yeux hébétés ?

Et si Dieu veut faire un miracle de miséricorde, tout ce qu'il pourra faire sera de vous rendre l'amour de la prière.

Celui qui a perdu sa vocation, qui a abandonné la vie pieuse, a commencé par abandonner la prière. Les tentations sont venues plus violentes, les ennemis l'ont attaqué avec plus de fureur : il s'était séparé de ses armes, il a été vaincu. Faites-y bien attention, c'est de la dernière importance. C'est pourquoi l'Église nous conjure de prendre garde au relâchement dans la prière, et nous pousse à prier le plus souvent que nous pourrons. La prière nous guide, elle est notre vie spirituelle, sans elle nous ne saurions que nous heurter à chaque pas.

Donc, sentez-vous le besoin de prier ? Allez- vous à la prière, à l'adoration, comme à la table ? Alors, c'est bien ! Travaillez-vous à mieux faire, à vous corriger de vos défauts ? C'est un bon signe. Cela prouve que vous vous sentez la force de travailler.

Mais vous vous ennuyez à l'adoration, vous voyez avec bonheur venir le moment de quitter l'église : oh ! alors vous êtes malade, et je vous plains !

On dit qu'à force d'être bien nourri on finit par s'affadir sur les meilleures choses, qui ne vous inspirent plus que du dégoût et soulèvent des nausées.

Voilà ce à quoi il faut prendre garde dans le service de Dieu, à la Table du Roi des rois. Ne nous laissons jamais engourdir par l'habitude ; ayons toujours quelque nouveau sentiment qui nous touche, nous recueille, nous échauffe et nous fasse prier. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice ! Il faut toujours avoir faim, s'exciter même à cette faim, prendre garde de perdre le goût spirituel. Car, je le répète, Dieu ne pourra nous sauver sans nous faire prier.

Veillons donc sur nos prières.

L'esprit de prière

Effundam super domum David spiritum gratta et precum.

En ces jours-là je répandrai sur tous l'esprit de grâce et de prière. ZACH., XII, 10.

Dieu, promettant le Messie au peuple juif, caractérise sa mission par ces paroles : Je répandrai sur la maison de David et sur tous les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de prière. » Avant la venue de JÉSUS-CHRIST on priait cependant, et Dieu donnait sa grâce, sans laquelle les justes n'auraient pu se sanctifier : mais cette grâce de la prière on ne la recherchait pas avec ardeur, elle n'était pas appréciée. Jésus vint comme une rosée couvrant toute la terre, et répandit partout l'esprit de prière.

La prière est le caractère de la religion catholique ; elle est le signe de la sainteté d'une âme, elle est sa sainteté même ; elle fait les saints, et elle est le premier signe de leur sainteté. Quand vous voyez quelqu'un vivre de prière, dites : Voilà un saint ! »

Saint Paul a senti l'appel de Dieu : aussitôt il se met en prière. Que fait-il pendant trois jours à Damas ? Il prie. Le prêtre Ananie est envoyé du Seigneur pour le baptiser. Il avait résisté un instant à l'ordre de Dieu : il craignait d'aborder ce persécuteur des chrétiens. « Va, va, lui répond le Seigneur, tu le trouveras en prière. Ecce enim oral. C'est un saint déjà : il prie. Le Seigneur ne dit pas : « Il se mortifie, il jeûne, » mais : « il prie. » Toute âme qui prie arrivera à la sainteté.

La prière est une lumière, une puissance ; elle est l'action même de Dieu : celui qui prie dispose de la puissance de Dieu.

Vous ne verrez jamais celui qui ne prie pas devenir un saint. Ne vous laissez pas prendre aux belles paroles ou aux apparénces. Le démon aussi peut beaucoup ; il est très savant : il se change en ange de lumière. Ne vous fiez pas à la science : elle ne fait pas le saint. La seule connaissance de la vérité est impuissante à sanctifier : il y faut l'amour. Que dis-je ? entre la vue de la vérité et la sainteté il y a un abîme ! Que de grands génies se sont damnés !

Je vais plus loin, et je dis que les bonnes oeuvres de zèle, de charité, ne sanctifient pas toutes seules. Dieu n'a pas donné ce caractère à la sainteté. Les Pharisiens observaient la loi, faisaient l'aumône, consacraient la dîme au Seigneur : le Sauveur les appelle cependant des « sépulcres blanchis ». L'Évangile nous montre que la prudence, la tempérance, le dévouement, peuvent s'allier à des consciences vicieuses témoin les Pharisiens : ils travaillaient beaucoup, mais leurs oeuvres ne priaient point.

Les bonnes oeuvres extérieures ne font donc pas la sainteté d'une âme, ni la pénitence, ni la mortification. Que d'hypocrisie et d'orgueil peuvent recouvrir un habit pauvre et une mine exténuée par les privations !

Mais une âme vit de prière. Oh ! on ne se trompe jamais à ce caractère ! On prie : dès lors on a toutes les vertus, on est un saint. Qu'est-ce que la prière, sinon la sainteté en pratique ? Toutes les vertus y trouvent leur exercice. L'humilité, qui vous fait avouer à Dieu que vous manquez de tout, que vous ne pouvez rien ; qui vous fait avouer vos péchés, lever les yeux vers Dieu et confesser que Dieu seul est saint et bon.

Il y a là aussi l'exercice de la foi, de l'espérance et de l'amour. Quoi encore ? En priant, nous exerçons toutes les vertus morales et évangéliques.

Quand on prie, on fait pénitence, on se mortifie : on domine l'imagination, on cloue la volonté, on enchaîne le coeur, on s'humilie. La prière est donc la sainteté même, puisqu'elle renferme l'exercice de toutes les vertus.

Il en est qui disent : « La prière, ce n'est que de la paresse ! » — Eh bien ! qu'on prenne ceux qui travaillent le plus, qui se dépensent toujours avec ardeur, ils auront bien plus de peine à prier qu'ils n'en avaient à se dévouer, à se sacrifier aux oeuvres de zèle. Ah ! c'est qu'il est plus doux, plus consolant pour la nature, plus facile de donner que de demander à Dieu !

Oui, la prière est à elle seule la pratique de toutes les vertus ; sans elle, rien ne vaut ni ne dure. La charité même, sans la prière qui la féconde et la rafraîchit, la charité se dessèche comme une plante sans racine .

Quoi donc ? La prière n'est autre chose, dans l'ordre de Dieu, que la grâce elle-même.

N'avez-vous pas remarqué que les plus violentes tentations sont contre la prière ? Le démon redoute tant la prière, qu'il nous laisserait faire toutes les bonnes oeuvres possibles, ne s'appliquant qu'à nous empêcher de prier, ou au moins à vicier notre prière. Aussi devons-nous être sans cesse sur nos gardes, toujours alimenter l'esprit de prière, faire de la prière le premier de nos devoirs. Il n'est pas dit, dans l'Évangile, de préférer le salut du prochain à son propre salut ; bien au contraire : « Que servirait à l'homme de convertir l'univers, s'il venait à perdre son âme ? » La première loi c'est de se sauver ; et on ne se sauve que par la prière. Cette loi, hélas ! on la viole tous les jours ! On se néglige volontiers pour les autres : on se livre aux oeuvres de charité ; certes, la charité est facile et consolante, elle nous élève, nous honore : mais on fuit la prière, parce que roll est paresseux ;Yon n'ose pas se livrer à cette pratique de la prière, humiliante pour la nature parce qu'elle ne fait aucun bruit au dehors.

Si la condition de la vie naturelle est l'alimentation, la condition absolue de la vie surnaturelle est la prière. Et dussiez-vous tout laisser, pénitence, oeuvres de zèle, communions même, n'abandonnez jamais la prière ! elle est de tous les états, elle les sanctifie tous. Mais, quoi ! laisser la Com ­munion, qui nous donne JÉsus même, plutôt que la prière ? — Oui, car si vous ne priez pas, ce JÉSUS que vous recevez, ce sera comme si vous preniez un remède enfermé dans une enveloppe qui vous empêcherait d'en ressentir les salutaires effets. On ne fait rien de grand pour JÉSUS sans la prière : la prière vous revêt de ses vertus ; et si vous ne priez pas, ni les saints ni Dieu lui-même ne vous feront avancer dans la voie de la sainteté.

La prière est tellement la loi de la sainteté, que quand Dieu veut élever une âme, il n'augmente pas ses vertus, mais son esprit de prière, c'est-à-dire sa somme de puissance. Il la rapproche davantage de lui-même, et voilà tout le secret de la sainteté.

Consultez votre propre expérience : toutes les fois que vous vous êtes senti porté à Dieu, vous avez eu recours à plus de prières et de retraite. Et les saints, qui connaissaient l'importance de la prière, l'aimaient plus que tout : ils soupiraient continuellement après le moment où ils seraient libres de prier ; ils étaient attirés vers la prière comme le fer vers l'aimant. Aussi la prière a été

leur récompense ; et au ciel ils prient continuellement.

Ah ! oui, les saints priaient toujours, partout ! C'était la grâce de leur sainteté : c'est la grâce de tous ceux qui veulent se sanctifier. Bien mieux, ils savaient faire prier tout ce qui les entourait. Écoutez David : Benedicite, omnia opera Domini, Domino. — Omnia, toutes choses. David donne à tous les êtres, même inanimés, un chant d'amour pour Dieu. — Qu'est-ce à dire ? — Ah les créatures louent Dieu si nous savons être leur voix : nous devons louer Dieu par elles. Nous pouvons animer toute la nature de ce souffle divin de la prière, et faire avec tous les êtres créés un magnifique concert de prières à Dieu.

Prions donc, aimons la prière, augmentons de jour en jour notre esprit de prière. Si vous ne priez pas, vous vous perdez : et quand vous êtes abandonné de Dieu, soyez sûr que c'est parce que vous ne priez pas. Vous ressemblez au malheureux noyé qui refuse la corde qu'on lui tend pour l'arracher à la mort. Que faire alors ? Il est perdu !

Oh ! je vous le répète, laissez tout, ne laissez jamais la prière : elle seule vous ramènera toujours, quelque loin que vous soyez de Dieu mais elle seule !

Si vous vous y attachez dans la vie chrétienne, elle vous conduira à la sainteté et au bonheur dans ce monde et dans l'autre.

Le sens de JÉSUS-CHRIST

Sicut ergo accepistis Iesum Christum Dominum, in ipso ambulate, radicati et supercedificati in ipso...

Comme donc vous avez reçu JÉSUS-CHRIST le Seigneur,marchez selon lui, enracinés et fondés en lui. CoLoss., II, 6 et 7.

I

La vie intérieure est à la sainteté ce qu'est à l'arbre la sève, et à la sève la racine .

C'est une vérité certaine que le degré de la vie intérieure fait le degré de la vertu et de la perfection, et que plus une âme est intérieure, plus elle est éclairée des lumières divines, forte dans le devoir, heureuse au service de Dieu : tout la recueille, tout lui profite, tout l'unit intimement à Dieu.

On peut définir la vie intérieure : la vie de famille de l'âme avec Dieu et les saints ; et être intérieur, c'est aimer assez pour causer et vivre avec JÉSUS.

O vous qui voulez vivre avec l'Eucharistie, vous devez plus que personne vous appliquer à la vie intérieure de JÉsus. C'est votre fin, c'est votre grâce. Vous devez être des adorateurs en esprit et en vérité. Vous êtes la garde d'honneur du Dieu caché. n l'Eucharistie, sa vie est tout intérieure. Il y voile son corps pour que vous vous mettiez en rapport avec son esprit et son coeur : sa parole est tout intérieure, ses vertus même sont voilées, afin de vous faire pénétrer jusqu'à leur principe, son amour divin et infini.

Mais comment arriver à cet état de vie intérieure, principe et perfection de la vie extérieure ? Il n'y a qu'une seule voie : c'est le recueillement.

Se recueillir, c'est se ramasser du dehors au dedans. Il y a trois degrés de recueillement : le recueillement en la pensée du devoir :Le recueillement en la grâce de la vertu ; le recueillement en l'amour.

II

Dans le premier degré de recueillement nous nous mettons dans la conscience du devoir, de la loi de Dieu.

Qu'ordonne, que défend la loi ? Suis-je bien selon la loi divine dans cette pensée, dans ce désir, dans cette action ? La conscience recueillie se pose ces questions, et sa réponse nous dirige.

L'homme recueilli en son devoir a sans cesse les yeux fixés sur sa conscience pour observer sa sympathie ou sa peine, son affirmation ou sa négation, comme le pilote a toujours les yeux sur la boussole pour diriger son gouvernail.

Le recueillement en la loi est facile, parce que la moindre infraction est suivie d'un malaise, d'un trouble, d'une réclamation de la conscience, qui nous crie : Vous avez mal fait ! Il n'y a guère que l'homme esclave de ses passions, coupable volontaire, qui pour fuir ce reproche intérieur, se fuit lui-même, court et s'étourdit afin de ne pas se voir ; il n'y a guère que lui qui n'entende pas cette voix. Le démon le pousse, le lie à une vie toute naturelle, le jette dans la fièvre des affaires, du bruit, du changement, des nouvelles ; en cet état, on n'entend ni Dieu ni sa conscience.

Il n'y a de remède que dans une grâce de maladie, d'infirmité qui vous cloue sur un lit en face de vous-même ; ou dans l'humiliation, les malheurs qui vous ouvrent les yeux en vous faisant toucher du doigt, pour ainsi dire, la vérité de cette parole du Sage : Tout n'est que vanité, excepté Dieu et le servir seul ! »

Vivez donc au moins dans la pensée de la loi ; recueillez-vous en votre conscience, obéissant à sa première parole ; ne vous habituez pas à dédaigner sa voix, et à l'obliger de répéter ses reproches : soyez attentif à son premier éveil. Liez la loi du Seigneur à votre bras, et qu'elle soit toujjours devant vos yeux et dans votre coeur.

111

Le second degré du recueillement nous recueille en l'esprit intérieur de la grâce divine.

Il est certain que, par notre qualité d'enfants de Dieu, le Saint-Esprit habite et demeure en nous, avec la mission divine d'y former le nouvel homme, JÉSUS-CHRIST, en nous inculquant ses vertus, son esprit, sa vie, en un mot, de faire de nouveaux JÉSUS-CHRIST.

Mais si le Saint-Esprit est en nous notre maître, notre éducateur, notre sanctificateur, il faut l'écouter, nous tenir à sa disposition, l'aider dans son travail de transformation d'Adam en Jésus-Christ: d'où il résulte que le recueillement en Dieu présent dans notre âme nous est de toute nécessité. Car cette transformation en Jésus se fait graduellement ; elle veut être soutenue, suivie. On accomplit facilement un acte de vertu ; mais pour acquérir l'habitude d'une vertu, il faut un travail continu de naturalisation.

Vous voulez par exemple devenir humble comme JÉsus, ou mieux, reproduire en vous Jésus humble. Pour cela, déclarez une guerre incessante à l'amour-propre, à la vanité, à l'orgueil sous toutes ses formes, et comme il vous attaque continuellement, qu'il a des communications dans la place, qu'une partie de vous-même lui est vendue, vous devez user d'une vigilance incessante, surveiller toutes vos démarches pour déjouer ses ruses, avoir toujours les armes à la main pour repousser ses assauts.

Mais combattre le mal n'est pas toute la vertu. Ce n'est que le travail de déblaiement, de préparation : c'est une condition de fidélité que Dieu vous demande tout d'abord et qui vous affranchit de l'habitude vicieuse. Mais la vertu elle-même ne s'acquiert que par l'amour et l'estime qu'elle vous inspire, considérée en Notre-Seigneur. La vertu n'est aimable que vue en lui et pratiquée pour lui : nous la considérons comme une de ses qualités vers lesquelles nous nous sentons portés par une sympathie d'amour ; car on hait ce qu'un ami déteste, on aime ce qu'il aime, on imite ce qu'il fait. Aimer la vertu dans ses divers actes, c'est donc l'acquérir véritablement. Cet amour d'une vertu nous devient une règle de vie ; il nous la fait chercher, il la fait naître en nous ; il nous en donne un continuel besoin ; nous ne sommes heureux que quand nous rencontrons une occasion de la pratiquer. Mais comme les occasions, surtout les grandes occasions de pratiquer extérieurement la vertu sont rares, l'amour de la vertu s'éteindrait bien vite en l'âme s'il n'avait d'autre aliment que les actes extérieurs ; aussi l'amour fait vivre la vertu dans l'intime de l'âme ; l'esprit contemple sans cesse sa beauté et sa bonté en JÉSUS-CHRIST ; le coeur en fait un être divin avec lequel il converse habituellement. Pour l'âme aimante et recueillie, l'humilité, c'est Jésus doux et humble de coeur ; elle le voit, elle le contemple, elle l'admire, elle l'exalte, elle l'aime, elle le suit dans toutes ses diverses actions d'humilité ; elle s'offre à l'imiter quand il le voudra, comme il le voudra, laissant à sa bonté de lui en faire naître les occasions ; aussi tranquille si elles sont fréquentes ou rares, cachées ou éclatantes ; la vertu est dans son amour qui dure toujours, qui renferme en lui seul toutes les vertus et tous leurs différents actes. Tel est le second degré de recueillement, recueillement en la grâce de l'Esprit-Saint, en l'amour de la vertu qu'il inspire à l'âme.

IV

Le troisième degré constitue le recueillement d'amour. Jusqu'ici l'âme s'était recueillie en elle-même pour y consulter sa conscience, ou la grâce, la voix de l'Esprit-Saint. Maintenant l'âme sort d'elle-même pour se mettre en Dieu, pour vivre en Dieu. C'est là le fruit naturel de l'amour de transporter en la personne aimée, de vivre en elle, pour elle ; de ne travailler que pour lui faire plaisir et lui être agréable, et par conséquent de consulter avant tout sa pensée, son impression, son désir ; de le deviner même quand il ne se manifeste pas, de le pénétrer.

Quand on propose à l'âme recueillie en l'amour de son Dieu quelque chose à faire, sa première pensée n'est pas de voir si cela lui convient personnellement, ou lui sera avantageux, mais de consulter JÉSUS-CHRIST, de savoir de lui si la chose lui plaît, si elle procurera sa gloire : heureuse si, pour lui faire plaisir, elle doit se renoncer elle-même, se sacrifier en quelque chose.

Ce recueillement n'est pas comme les autres dans un acte ou une vertu à pratiquer, mais dans la personne même de JÉsus-CHRIST, dans un amour dévoué pour lui-même. Cet amour étant le centre de sa vie, en devient la loi : tout ce que veut Jésus, tout ce qu'il désire, tout ce qui peut lui être agréable, devient la noble et trop heureuse passion du coeur. Ainsi vit un enfant bien né pour un père chéri, pour une mère tendrement aimée : ainsi une épouse fidèle, toute à son époux : Et ego illi !

En ce recueillement, l'âme jouit d'une liberté entière, parce qu'elle vit de l'esprit d'amour : elle est à tout et à rien, tout alimente son recueillement, parce qu'elle voit tout dans la volonté de son Dieu. C'est de ce recueillement que parle Notre-Seigneur, à la Cène , quand il dit : Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruits. Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, tout ce que vous demanderez vous sera accordé. Si vous observez mes préceptes, vous demeurerez dans mon amour comme j'observe les préceptes de mon Père et comme je demeure dans son amour.

Ainsi le recueillement parfait consiste à demeurer dans l'amour de Notre-Seigneur.Est-ce bien difficile, faut-il longtemps pour y arriver ? Tout dépend de l'amour qui est dans le coeur. Quand l'amour de JÉSUS-CHRIST est devenu une pensée habituelle, douce et forte, quand il est la divine passion de nos désirs, quand le coeur est triste sans Jésus, malheureux en son absence, heureux à sa pensée seule, alors on demeure en l'amour de JÉsus

L'essentiel est alors de l'entretenir par tout ce qui compose la vie, de rendre l'affection habituelle, le regard sur lui constant.

Enfin, la facilité de se recueillir, la paix et la suavité goûtées dans le recueillement sont la preuve divine que nous le possédons, que nous demeurons dans son amour : Manéte in dilectione mea. Que Notre-Seigneur nous accorde cet amour, qui fera notre sainteté et notre bonheur en cette vie et en l'autre.

La rosée de la grâce

Ego quasi ros, Israël germinabit sicut 'ilium et erumpet radix ejus ut Libani.

Je serai pour vous comme une rosée bienfaisante :
Israël fleurira comme le lis,  et ses racines s'étendront comme celles du cèdre du Liban. Os., xiv, 6.


Nous avons à cultiver dans le jardin de notre âme, dans ce paradis de Dieu, la graine divine semée en nous par la Communion , JÉSUS-CHRIST, qui germera et produira les fleurs de sainteté. Or la condition essentielle de la culture des fleurs, dans la nature, c'est de les tenir fraîches et leur racine humide. Si la racine sèche, la plante meurt. Par l'humidité vient la fécondité. Le soleil seul ne fait pas épanouir les fleurs : seule sa chaleur les dessécherait ; mais il féconde l'humidité, il la rend active. Ce que vous avez donc à faire pour cultiver la fleur de votre sainteté, Jésus en vous, c'est d'entretenir l'humidité, la fraîcheur à la racine, et ce n'est autre chose que de vivre de la vie intérieure. La nature donne à la terre la rosée et la pluie. La grâce de Dieu est la rosée de votre âme, et quand elle est surabondante, c'est une pluie qui l'inonde et la fertilise. La culture de votre âme consiste donc dans la vie de recueillement.

Il est certain que la vie extérieure, quelque sainte, quelque apostolique qu'elle soit, nous fait perdre toujours un peu de notre recueillement, et que si l'on ne se renouvelle pas à l'intérieur, on finit par perdre toute grâce et toute vie surnaturelle.

Mais il semble au contraire, à première vue, que la vertu étant méritoire, son exercice extérieur devrait nous acquérir chaque jour un accroissement de grâces au lieu de nous en retirer. En soi, cela est vrai ; la vertu d'elle-même tend à cela, mais nous agissons sur un faible fonds de vie intérieure, que l'exercice épuise promptement. J'en trouve la preuve dans les faits. Demandez aux missionnaires si la vie de zèle rend intérieur. Tous répondent que non.

Dans l'Évangile, une femme s'approche à la dérobée et touche le vêtement du Sauveur ; elle est guérie, mais Jésus dit : « Une vertu est sortie de moi ; je l'ai senti. » Cependant cette force Jésus ne l'avait pas perdue : elle ne diminuait pas son océan de puissance divine ; le soleil darde ses rayons et répand sa chaleur sans s'épuiser ; Dieu aussi donne sans s'appauvrir. Mais il n'en est pas ainsi de nous, et quand nous donnons du nôtre au prochain, dans les oeuvres de zèle, nous appauvrissons notre fonds de vie surnaturelle. Cela, encore une fois, n'est pas dans la nature de la vertu ; mais notre état affaibli et dégradé, notre tendance à descendre toujours, fait que nous n'exerçons jamais la vertu au dehors sans perdre de nos forces intérieures, et sans avoir besoin ensuite de rentrer dans le repos et de nous refaire.

Et je ne parle pas seulement des oeuvres éclatantes ou ardues, telles que la prédication, les confessions, les études, la direction des oeuvres charitables ; non, les simples occupations journalières, auxquelles nous lient les obligations de notre état ou l'obéissance, usent notre vie intérieure, et si nous ne renouvelons souvent notre intention, elles nous perdront : nous deviendrons des machines, moins parfaites même que les machines à vapeur qui donnent toujours et régulièrement la force dont elles sont capables, tandis que nous, nous n'irons pas longtemps du même pas. Nous deviendrons une machine monstrueuse ! Nous portons le monde en nous, et, quelque retirée que soit notre vie, il se glissse en nos coeurs par quelque côté. Il est si facile de laisser entrer l'amour-propre là où l'amour de Dieu devrait seul exister !

Ce que je dis des emplois extérieurs et manuels, je le dis de l'étude. L'étude de Dieu même, de la sainte Écriture et de la Théologie , ces reines des sciences, vous enfleront et vous dessécheront le coeur, si vous ne pratiquez assidûment la vie intérieure. L'esprit prendra le dessus sur le coeur : il le desséchera, si vous ne l'arrosez avec soin ; d'aspirations, d'intentions, d'élans vers Dieu. La science aide la piété ; mais la piété sanctifie la science.

Mais c'est bien autre chose quand il s'agit d'oeuvres de zèle qui exigent de grands soins, telles que la prédication, la confession, la direction d'oeuvres charitables ! Vous dépensez alors davantage, vous avez un besoin plus grand de vous refaire. L'eau du baptême, disait saint Chrysostome, qui rend le chrétien si pur, est pourtant très sale quand elle sort de la piscine après que vous y avez été plongés. » Et moi je vous dirai : Voulez-vous vous perdre pour sauver les autres ? Quel malheur !

Plus on monte en dignité, plus on perd de sa vie intérieure, plus on perd de ses forces divines, parce que tout le monde vous en prend ; aussi y a-t-il alors nécessité de prier davantage. Les saints travaillaient le jour et priaient la nuit ! Le soldat victorieux doit rentrer dans ses campements pour se reposer ; sinon son drapeau de victoire sera son linceul. Plus vous travaillez, plus vous avez besoin de retraite.

On se trompe étrangement à ce sujet dans le monde. Voyez, dit-on, quelle belle vie ! Cette personne n'a pas un moment à elle : elle se dépense tout entière au service du prochain. — C'est bien, mais en examinant plus attentivement, je remarque au milieu de tout ce bien quelques défauts qui me rendent suspect ce grand zèle : il me semble que les feuilles de ce bel arbre commencent à jaunir avant le temps. Il doit y avoir un vice intérieur ; peu à peu vous le voyez dépérir : il lui manque la vraie sève, la vie intérieure. Il faut être autant uni intérieurement à Dieu qu'on l'est extérieurement aux bonnes oeuvres que l'on exerce. Le démon sait bien profiter de l'ignorance ou de l'inattention à ce principe pour nous perdre. Il voit une âme généreuse et zélée. Il la lance, l'absorbe, l'empêche de se voir, lui procure mille occasions de se dépenser, jusqu'à ce qu'elle soit épuisée ; pendant qu'elle est toute aux misères des autres, il mine la place et finit par s'en rendre maître.

Oh ! qu'on est vite desséché sous un soleil d'action brûlant, quand les racines ne trempent pas profondément dans une terre bien humide !

Mais, dit-on, il faut bien que je travaille : il y a tant à faire, les oeuvres de Dieu m'appellent de toutes parts ! C'est vrai. Mais prenez le temps de manger et de dormir, sous peine de devenir fou ! Oui, il y a un grand danger à se trop livrer aux bonnes oeuvres extérieures, à moins que comme le Prophète, nous ne tenions toujours notre âme dans nos mains pour voir si nous sommes toujours bien dans la loi, si nous marchons toujours dans la voie. Il est si facile de se laisser entraîner à droite ou à gauche, et c'est quelquefois si brillant ! Les tirailleurs, dans une armée, rendent des services ; mais ce ne sont pas eux qui remportent la victoire. Ainsi vous ne devez pas toujours courir en avant, mais vous replier souvent en vous-même pour demander des forces à Dieu, et méditer sur le meilleur moyen de vous en servir. Voici la règle pratique : Votre position vous domine-t-elle, au lieu que vous la dominiez ? Vous êtes perdu ! Qu'est- ce que devient un navire, malgré toute l'habileté du pilote, quand la tempête a emporté le gouver­nail ? Votre gouvernail est le recueillement : c'est lui qui vous dirige et vous meut ; faites tout pour le conserver, sans lui vous irez à la dérive.

Qu'on ne dise donc plus : Oh ! que cette âme est sainte, voyez comme elle est zélée ! Est­elle intérieure ? Si oui, vous pouvez tout en attendre ; si non, elle n'aboutira à rien de saint ni de grand devant Dieu. Dominez donc votre vie extérieure : si elle vous domine, elle vous entraînera à votre perte. Si vos occupations vous laissent le moyen de considérer intérieurement Notre-Seigneur, vous êtes dans le bon chemin, continuez. Si vos pensées, au milieu de l'action, se portent vers Dieu, si vous savez empêcher la sécheresse, le vide du coeur, si vos travaux extérieurs vous laissent toujours fatigué, ennuyé, bien que vous sentiez au fond de vous une grande paix, oh ! c'est parfait, vous êtes libre, vous êtes le maître chez vous sous l'ceil de Dieu.

Quand les Apôtres reviennent triomphants après avoir prêché, guéri, fait des miracles de tout genre, voyez quelle récompense leur donne JÉSUS-CHRIST : Venez et reposez-vous à l'écart : Venite et requiescite seorsum : » c'est-à-dire : « Vous avez beaucoup dépensé, venez réparer vospertes. »

Et après la Pentecôte , les Apôtres, remplis de l'Esprit-Saint, ont un zèle immense ; ils veulent tout faire. C'est le signe des grandes âmes. Quand elles sont à la tête d'une oeuvre, elles veulent tout embrasser et ne trouvent jamais qu'elles aient assez fait, parce qu'il y a encore à faire. Ainsi Moïse réunissait en lui les fonctions de chef d'Israël, de juge et de délégué du peuple vers Dieu. Le Seigneur lui donna l'ordre de partager ses occupations avec d'autres vieillards. Ainsi encore les Apôtres servaient les pauvres, jugeaient les différends, prêchaient et baptisaient les multitudes. L'idée ne leur venait pas que, donnant une partie de leur temps à la prédication et l'autre au service du prochain, il ne leur en restait plus pour prier. Cela nous arrive à tous : on est surchargé d'occupations, on pourrait bien se faire aider, mais on y pense à peine. On a besoin de faire par soi-même ! C'est imprudent, on se tue, et les choses ne vont pas mieux : mais le besoin d'agir, de se dévouer nous emporte !

Mais Pierre, qui avait par-dessus tous les Apôtres, une lumière spéciale, dit un jour : Il ne convient pas que nous fassions tout : il ne nous reste plus de temps pour prier. Choisissons des diacres qui servent les pauvres : pour nous, nous partagerons notre temps entre la prédication et la prière : Nos autem orationi et ministerio verbi instantes erimus. » Eh bien, qui peut se dire plus saint et plus rempli de l'Esprit de Dieu que les Apôtres ? Pauvres pygmées en fait de vie spirituelle, nous devrions passer en prière les jours et les nuits.

La vertu qui ne va pas de l'intérieur à l'extérieur, n'est pas une vraie vertu. La vertu se commence dans les pensées, les affections, l'oraison. Où est l'épi pendant l'hiver ? Dans le grain de froment, sous terre. Les forces combinées de la chaleur et de l'humidité le feront germer et mûrir. Eh bien, la vertu est un grain semé en vous ; vous ne la ferez germer que par la prière, la vie intérieure et les sacrifices. Le royaume de Dieu est au dedans de vous. Vous n'aurez jamais une vraie vertu extérieure, solide, si elle n'est d'abord une vertu intérieure.

Mais ne voyez-vous pas que Dieu commence toujours son oeuvre en vous par l'intérieur ? N'avez-vous pas des tentations intérieures ? c'est Dieu qui laboure votre coeur et y sème. Les tempêtes violentes agiteront la tige fragile de votre vertu naissante, afin de lui faire étendre ses racines . Voilà le travail de Dieu. Et quand quelque chose vous coûte à faire, ce n'est ni votre main ni notre corps qui regimbent, mais votre coeur et votre volonté qui sont trop faibles.

Ainsi vous n'aurez pas de vertus qui ne soient d'abord intérieures, qui ne reçoivent leur vie de l'intérieur. Et pour connaître le degré de la vertu d'une âme, connaissez le degré de sa vie intérieure.

Cette pensée devrait vous guider dans la pratique. Quand vous formerez la résolution de pratiquer une vertu, prenez la résolution de la pratiquer à l'intérieur. Qu'est-ce à dire ? Commencez à pratiquer cette vertu dans la prière, dans l'habitude de la pensée, dans l'oraison. Vous viendrez plus tard aux actes extérieurs.

C'est la marche que suit Notre-Seigneur dans l'Eucharistie. Pourquoi par la Communion vient-il au dedans de nous ? Pour nous visiter, sans doute ; mais puisqu'il demeure en nous, il doit y faire encore autre chose. Il vient pour semer et cultiver ses vertus en notre âme, pour se former en nous, nous façonner en lui-même. Il vient faire notre éducation de vie divine en nous-mêmes, de sorte qu'il croît en nous en même temps que nous croissions en lui, jusqu'à ce que nous arrivions à la plénitude de l'homme parfait, qui est JÉSUS-CHRIST lui-même.

Considérez l'état de Jésus au très saint Sacrement. L'y voyez-vous ? Il y est cependant ; mais sa vie extérieure n'est vue que des Anges. Nous ne voyons rien, et cependant nous croyons qu'il y vit, comme nous croyons au soleil, même quand les nuages nous le dérobent, comme nous croyons au travail de la nature, qui nous échappe cependant entièrement. Tout cela nous prouve que la vie extérieure n'est pas tout, et qu'il y a aussi une vie invisible, tout intérieure, mais très réelle.

Quand vous communiez, demandez donc à Notre-Seigneur de vivre en lui, et qu'il vive en vous. Tout cela est intérieur. Ce n'est pas là ce que demandent la plupart des chrétiens. Ils communient ; mais leur esprit, leur intention, leur volonté, tout est dans les ,oeuvres extérieures, et Jésus en eux ne trouve personne avec qui converser.

En résumé, la puissance de la vertu est dans la vie intérieure ; pas de vie intérieure, pas de vertu, à moins que Dieu ne fasse pour vous un miracle.

Mais, direz-vous, avec ce principe, le salut est bien difficile. Je ne parle pas à des gens qui ne suivent que strictement les préceptes : ceux-là connaissent leurs devoirs, et la droiture de leur conscience leur montre où est le bien, où est le mal ; et le petit nombre de leurs obligations les sauve.

Mais vous voulez mener la vie pieuse, vous voulez vivre dans les faveurs du divin Maître, et d'une vie supérieure au commun, vous aurez plus à faire. Vous montez en dignité, montez aussi en vertu : vos obligations sont plus nombreuses ; le Sauveur, qui vous aime davantage et vous fait plus de grâces, exige davantage de vous.

Prenez donc garde à la routine. Elle est si facile, quand le train de vie est régulier, quand les œuvres extérieures sont bonnes ; renouvelez souvent votre intention ; maintenez l'humidité à l a racine de l'arbre, si vous voulez qu'il produise des fruits de salut.

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