Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
La divine Eucharistie
Titre de la page:

La perfection de L'amour

Nom de l'auteur:
St Julien -Eymard.s.s
         IL'amour m'est suspect qui espère obtenir quelque autre récompense que lui-  même : la récompense de l'amour, c'est l'objet aimé. L'amour n'a besoin d'aucune autre cause, d'aucun autre fruit que lui-même :  j'aime parce que j'aime, j'aime pour aimer S. BERN . Serm. LXXXXV in Cant.

Suspectus est mihi amor cui aliud quid adipiscendi spes suffragari videtur.
Amor habet prcemium, sed id quod amatur.
Prceter se non requirit causam, non fructum : amo quia amo ; amo ut amern.

l y a deux amours de Dieu : le premier aime Dieu pour soi, à cause de ses bienfaits et de la récompense qu'il nous a préparée au ciel. On s'aime soi-même en Dieu : c'est l'amour de la loi. Il est bon, très bon ; c'est le seul demandé à tous par le premier commandement. On ne peut strictement exiger davantage ; le possédant, on est sauvé. Cet amour glorifie la bonté, la libéralité, la munificence de Dieu à notre égard ; c'est très bien.

Mais la reconnaissance des bienfaits privilégiés que Dieu accorde à certaines âmes, leur ordonne de faire plus. Vous avez été comblés des grâces de Dieu ; il ne vous a pas donné seulement le suffisant, mais l'excès. A votre tour, ne vous contentez pas d'être comme le journalier, le domestique, le mercenaire, puisque vos grâces vous donnent le droit d'être enfants de la famille. Or l'enfant ne travaille pas seulement pour l'appât du salaire, mais par amour. Sa loi est l'amour ; or l'amour n'a pas de limites. « La mesure d'aimer est d'aimer sans mesure, » dit saint Bernard. Modus diligendi Deum est diligere sine modo. Dieu, sans doute, ne nous a pas obligés à cela ; mais c'est pour nous laisser le bonheur de l'aimer au delà de ce qu'il demande. Et quand Dieu est obligé de nous ordonner de l'aimer, mais il nous fait honte ! Quoi ! il faut qu'il nous dise, à nous, créatures raisonnables, comblés de ses dons, qui avons vu son immense amour pour nous, il faut qu'il nous dise : « Vous m'aimerez plus que les créatures, que l'or et que le plaisir, et en échange de cet amour je vous donnerai mon paradis ! » Hélas ! l'homme ne donne même pas à Dieu cet amour-là !

Mais nous, que le bon Dieu appelle à lui comme ses amis, nous contenterons-nous de cela ? Non ! non ! Dieu est large à notre égard pour que nous le soyons envers lui. Il nous laisse le champ libre, aimons-le tant que nous pouvons ; cette liberté pousse à l'héroïsme de l'amour ; on veut faire plaisir, on veut surprendre, et l'on fait bien plus que si l'on était à la tâche. Or, à nous Dieu a dit : « Sponsabo te mibi in sempiternum : Je t'épouserai pour jamais. » Et l'épouse doit se donner toute à son époux, tout perdre, tout quitter pour lui : patrie, parents, famille, son nom même et sa personnalité. Erunt duo in carne una.

Or l'amour pur de Dieu est tel : « Mon Dieu, je vous aime pour vous, et rien que pour vous ! » On n'exclut pas le ciel ni l'espérance, mais on n'en fait pas son motif habituel et dominant. On sait que Dieu sera bon et généreux pour nous si nous le sommes pour lui. Seulement on dit : « Quand même, ce qui est impossible, il n'y aurait pas de paradis pour mes bonnes oeuvres, pour récompenser mon amour, ô mon Dieu, je vous aimerais tout de même, parce que par vous-même vous méritez tout mon amour. Ma récompense est de vous aimer : Fructus amoris, usus ejus est. Quoi que je fasse, je le ferai pour vous aimer, pour vous témoingner mon amour."

Et qu'est-ce que cela pour un Dieu qui nous aime tant? Pas grand'chose ! On le fait dans la vie naturelle. Voyez les pauvres enfants de Paris qui travaillent tout le jour dans les fabriques, dès l'âge le plus tendre, pour leurs parents pauvres : ils se sacrifient pour eux. Cela leur semble tout simple regardent l'amour, et ne s'occupent pas de ce qu'il leur en coûte. Leur amour est leur récompense : Amor habet prœmium, sed id quod amatur. Pour Dieu ne ferons-nous pas cela ? Un père de la terre sera donc traité avec plus de dévouement que notre Père qui est dans les cieux ? Mais, pères et mères, vous l'avez fait pour vos enfants : vous vous êtes sacrifiés à leur bien, uniquement pour eux ! Mais tout le monde le fait.! Il arrive un malheur à un passant, dans la rue ; vous courez à son secours, bien que vous ne le connaissiez pas et que vous n'en attendiez aucun salaire. Eh bien ! Dieu est blasphémé ; JÉSUS- CHRIST souffre de nouveau sa Passion ; pourquoi ne souffrez-vous pas pour lui ? pourquoi ne vous dévouez-vous pas à sa gloire ?

Qu'on ne dise pas : « C'est trop haut pour moi. » — Le premier besoin du coeur est de donner plus qu'on ne doit. Le démon nous souffle souvent ce conseil : « N'essayez pas de pratiquer cet amour dévoué ; c'est bon pour les grands saints : n'ayez pas l'orgueil de vous croire du nombre. »

Mais il n'y a pas d'orgueil à cela ! Aimez sans compter ; et soyez sûr que plus vous aimerez ainsi, plus vous comprendrez votre néant, et la sainteté et la majesté de Dieu.

Que l'on est inconséquent ! On dit toujours : « Je ne veux rester qu'aux pieds de Notre-Seigneur ; je suis indigne de monter plus haut ! » Quoi ! aux pieds de Notre-Seigneur ? Mais c'est la place de la sainte Vierge ! Vous en croyez-vous digne ?

Ne regardez pas tant ce à quoi vous avez droit, ce que vous méritez ; mais dites toujours : « Je n'ai pas fait assez ; je dois aimer encore, toujours davantage. » Ici-bas, personne ne mérite d'être aimé par lui-même et pour lui-même, mais à cause du reflet divin qu'il porte en lui. Mais Dieu est notre fin suprême ; il mérite qu'on l'aime pour lui : il est la sainteté, l'amour incréé et infini. Connaissez-le de plus en plus, aimez-le toujours plus, vous n'arriverez jamais à l'aimer comme il le mérite. Une âme d'oraison grandit toujours en amour, parce qu'elle comprend mieux ce que c'est que Dieu : elle arrive à l'aimer par Jésus-Christ lui-même, qui inspire son amour et le revêt de ses mérites infinis ; à l'aimer d'un amour, en quelque sorte infini, qui ne pourra être dignement récompensé que un prix infini et éternel ; c'est Jésus qui aime en elle.

Aimez donc ; donnez toujours, sans craindre jamais de donner assez. Notre-Seigneur ne met pas de limites à l'amour qu'il conseille à ses amis :

Aimez-moi comme mon Père m'a aimé et comme je vous aime ; demeurez et vivez dans l'amour infini dont j'aime mon Père. » Aimons donc Dieu pour lui-même, à cause de son excellence et parce qu'il le mérite, et que ce soit là le motif dirigeant et dominant de notre vie.


II

Pour cela, en premier lieu, faites tout pour sa gloire ; renvoyez-lui l'hommage de tout le bien qui est en vous et que vous procurez par vos actes. Pourquoi ce sacrifice ? Pour remercier la divine Bonté, pour glorifier l'amour de Dieu. Faites souvent ce retour de reconnaissance sur sa bonté : remerciez-le souvent, louez-le ; exaltez-le, non pas tant de ce qu'il doit vous donner un jour, mais parce qu'il est bon, saint et heureux en lui-même, et parce qu'il vous fait connaître sa bonté et son bonheur, et qu'il veut bien se manifester à vous.

En second lieu, que sa volonté soit la règle souveraine de toutes vos actions. Dans tout ce qui arrive, dites, sans hésiter, sans regret : « Dieu le veut ainsi, moi aussi. Sa volonté est l'expression de la bonté qu'il a pour moi. » Que tous vos devoirs soient accomplis dans cette pensée.

Pourquoi Dieu veut-il ceci plutôt que cela ? Je ne m'en inquiète pas ; ce serait lui manquer de respect et de confiance que de le lui demander. N'est-il pas la Bonté et la Sagesse mêmes ? Ne veut-il pas mon bien et sa gloire ? Y a-t-il de l'imprévu pour lui ?

Vouloir connaître les motifs de la volonté divine, c'est, en résultat, n'obéir qu'à sa volonté propre.

Vous connaissez que Dieu veut une chose, cela suffit ; le reste ne vous regarde pas. Mais c'est difficile. Qu'importe ? c'est l'affaire du bon Dieu. « Vous voulez, ô mon Dieu ! c'est assez ; le reste va de soi. »

C'est l'obéissance aveugle et passive : on obéit uniquement parce que Dieu est notre Maître. Notre-Seigneur ne fit qu'ainsi toute sa vie. « L'oeuvre que vous m'avez donnée à faire est achevée. Je ne puis rien faire ni rien dire que par l'ordre de mon Père. » Il n'était descendu qu'envoyé par son Père, et pour faire en tout, librement et par amour, sa sainte volonté.

Comment connaître la volonté de Dieu ? D'abord vous avez vos devoirs, tous vos devoirs d'état, quels qu'ils soient. Lorsque le devoir se tait dans vos temps libres, si vous aimez, vous ferez même le bon plaisir de Dieu. « Je veux aimer Dieu plus que moi, dit l'âme aimante. Deux choses me mènent à Dieu ; mais l'une me coûte davantage et plaît plus à Notre-Seigneur, je ferai celle-là. » Et il n'y a pas de tiraillement, pas d'hésitation ; elle veut en tout, et d'avance, ce qui plaira le plus à Dieu. Celui-là n'a pas l'esprit de famille, qui regarde à ce qu'il donne : Hilarem datorem diligit Deus. C'est de l'amour-propre si vous faites ce qui vous plaît davantage et vous coûte le moins ; c'est vous que vous satisfaites. Rien ne coûte au coeur qui aime. Si telle chose vous coûte à donner à Dieu, ne la donnez pas ; cela vaut mieux que de la donner à contre-coeur. Je ne parle pas de l'homme charnel, qui se plaint toujours et qui doit se plaindre ; vous lui enlevez tout, vous le crucifiez, il faut bien qu'il crie : laissez-le crier. Mais la volonté supérieure, l'homme spirituel, doit donner sans regret. Certes, dans la vie naturelle, que de sacrifices on fait qui coûtent ! et on les fait sans les reprocher à ceux qui nous les demandent : Dieu mérite que vous agissiez pour lui avec la même générosité.

Enfin, et c'est ici la perfection de l'amour, l'âme aimante arrive à mettre les actes de son amour seulement dans ce qui coûte. Jusqu'ici l'âme se retrouvait toujours, quoique sans se chercher, il est vrai. Ainsi, travailler pour la gloire de Dieu, c'est encourageant, c'est consolant : mettre sa volonté dans celle de Dieu, c'est béatifiant : on sent qu'on marche en sûreté ; on ne s'inquiète plus de rien, quoi qu'il arrive. On se trouve dans une paix divine. La volonté de Dieu bien suivie apaise les curiosités de l'esprit, l'affection du coeur, les sens eux-mêmes. On peut, en passant, souffrir de ceci ou de cela ; mais, au fond, il y a une paix souveraine : car la guerre n'est que là où Dieu ne commande pas en maître.

Mais ici, c'est dans ce qui immole que l'amour pur trouve son exercice. On part de ce principe, qu'il n'y a de véritable amour que celui qui naît du sacrifice de tout soi-même en tout : sacrifices et souffrances choisis, voilà l'essence de l'amour pur. C'est ce que Notre-Seigneur exprimait par ces paroles : « Il n'y a pas d'amour plus grand que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. »

Quand l'âme s'est ainsi livrée à Dieu, il la fait souffrir, il la fera souffrir sans cesse. Ce sera rude ! Pour prendre pleine possession de cette âme, Dieu l'anéantit, et il prend sa place. Et comme la tentation de redevenir soi-même renaît sans cesse, Dieu la combat, la fait souffrir ; il annule l'esprit, il étouffe le coeur.

Il plonge l'esprit qui ne veut pas se rendre à discrétion, dans les ténèbres, dans les tentations contre la foi, l'espérance et la confiance en Dieu, dans le désespoir. Plus de paix jusqu'à ce que l'esprit, se rendant tout à fait, ait renoncé totalement à ses propres lumières. Les directeurs ne peuvent rien contre un pareil état. Ils raisonnent ; ils parlent de la bonté de Dieu ; on ne la voit plus : le passé épouvante, on tremble pour le présent ! Que faire ? Accepter tout. Dieu vous veut dans cet état et ne vous en rend pas compte : il attend que vous lui disiez : « Je ne suis que péché, je me soumets ; faites tout ce que vous voudrez. Vous voulez que je sois soulevé, tourmenté ? Je le veux aussi. Tout va bien. Au lieu de vous offrir de bonnes actions que je vois, je vous porterai ma misère que vous me montrez. Je n'aimerai pas ma misère, mais je vous glorifierai même par elle. Et le bon Dieu alors est encore avec vous. Dieu vous veut ainsi ; que vous importe tout le reste ? Surtout, ne cherchez pas à examiner de trop près. Si vous dites : « Mon Dieu m'abandonne ; que vais-je devenir ? » vous deviendrez fou ! Dieu veut savoir si vous l'aimez plus que votre volonté, même surnaturelle : soyez tranquille, vous le glorifiez encore dans l'enfer.

Voulez-vous quelque chose de plus que sa gloire ?...

Et le coeur ! Ah ! le coeur est tendre de sa nature ; il était tout à l'heure en paradis, le voilà dans les glaces et dans les déchirements ! Dire : « J'aime ! » vous paraîtra un blasphème. Que faire ? Voulez-vous raisonner votre coeur, vous élever contre lui ? Cela ne servira qu'à aggraver votre peine. Dites donc à Dieu : « Quand je vous aimais dans la douceur, ô mon Dieu ! j'étais bien heureux : maintenant je suis dans une terre désolée et sans eau ; eh bien ! je vous aimerai plus que la douceur de votre amour ! Mon coeur me dit que je ne vous aime pas. Je vous aimerai malgré mon coeur, par ma volonté ! »

Ces assauts terribles, Dieu les livre à toute âme qu'il veut transposer en lui : non pas pour se satisfaire, mais pour nous faire mériter davantage : Dieu aime à vous tourmenter, pour vous faire grandir en mérites et en gloire. Vous connaîtrez que cet état vient de Dieu, s'il dure malgré tous les moyens que vous prenez pour en sortir. Il faut dire alors à Dieu : « Vous voulez que je vous aime plus que toute ma vie spirituelle ? Je le veux aussi. Je me mets au tombeau tout vivant ! » Il faut en venir là si l'on veut s'unir à Dieu. Il veut de l'or ; pas de terre, pas d'alliage ; l'union avec Dieu se soude au feu. Quand Dieu met l'âme dans cette voie, elle prend une liberté intérieure incroyable : liberté indépendante de toute pratique, de tout état particulier. Son état est sa vie. C'est Dieu qui l'y a mise ; qui la fera sortir de là ?

« Mais, direz-vous, cela rend stupide ! Quoi ! se priver de toute action, de toute initiative ? » Oui ; et c'est la voie de Dieu sur ces âmes de choix. Ne les aime-t-il pas autant qu'on peut les aimer ? Contentez-vous de vous aimer comme Dieu vous aime, et remettez-vous-en à lui.

Dites à Dieu, avec saint Bonaventure : « Je sais que vous m'aimez plus que je ne puis m'aimer moi-même ; je ne m'occuperai donc plus de moi : je vous remets ce soin ; je ne veux m'occuper que de vous : Scio quia plus quam ego me diligis. De me igitur amplius non curabo, sed solum tufs deliciis inharebo : et tu mei curam habeto. » (Stim. Am., p. 2, c. H.)

La grâce de vie

Ait illis (Jetas) :Venite post me. At illi continuo, relictis retibus, secuti sunt eum.

Jésus dit à Pierre et à André : Suivez-moi. Eux aussitôt, laissant là leurs filets, le suivirent. MATTH., IV, 19.

I

Il y a dans ces paroles un grand mystère de la vie spirituelle ; elles nous indiquent qu'il y a dans la vie surnaturelle deux sortes de grâces : l'une ordinaire et commune à tous, qui met à notre disposition les sacrements, la prière et les autres moyens du salut. Tels étaient Pierre et André quand JÉsus les appela ; ils étaient dans la grâce ordinaire, pratiquaient la voie de pénitence prê­chée par saint Jean-Baptiste, accomplissaient la loi : cela suffisait à leur salut.

Notre-Seigneur les appelle cependant à sa suite ; pourquoi ? Pour les mettre dans la grâce de per­fection, dans la grâce de leur sanctification. Tout le monde peut se sauver en correspondant à la grâce commune ; tous ne reçoivent pas cette grâce

spéciale, de faveur : elle n'est accordée qu'aux âmes que Notre-Seigneur aime d'un amour privilégié.

C'est une grâce de perfection qui demande plus que l'accomplissement de la loi. Mais elle fait la vie, la sainteté d'une âme. Tous, je le répète, ne l'ont pas. Oh ! non. Tous sont appelés au salut par la loi ; quelques-uns seulement sont appelés à la perfection par l'amour.

Heureux ceux qui possèdent cette grâce royale ! Toute âme vraiment pieuse, on peut le dire, a reçu cette grâce : à elle de la connaître et de la suivre ; de la correspondance à cette grâce dépendent son avancement et sa perfection.

Voici une comparaison qui fera comprendre ce principe. Dans la nature, les êtres moins parfaits dépendent des plus parfaits, certains êtres complètent les autres : ils se réunissent à des êtres supérieurs qui les absorbent, s'en nourrissent et ne forment avec eux qu'un seul tout.

Dans l'ordre moral de même ; la société est une hiérarchie : il y a les gouvernants et les gouvernés ; l'autorité et l'obéissance ; sans ces conditions il n'y aurait pas de société.

Eh bien, dans l'ordre surnaturel, il y a aussi les grâces souveraines, les grâces accessoires et les grâces complémentaires. Les grâces souveraines suffisent chacune pour conduire à la perfection ; par elles, toutes les autres grâces reçoivent le mouvement, la vie : elles sont le cachet, le caractère d'une vie. Les apôtres ont eu la grâce souveraine de suivre JÉSUS par amour. S'ils n'y avaient pas répondu, ils auraient pu peut-être se sauver ; mais ils n'auraient pas atteint à la perfection évangélique. Ils vont : c'est leur grâce de sainteté, la loi de leur vie, la condition de leur bonheur.


II

La grâce souveraine d'une âme a deux effets : d'abord elle lui trace la voie qu'elle doit suivre dans sa conduite intérieure ; ensuite elle la mène à une vocation spéciale.

Cette grâce des grâces formera le caractère de la piété, de la vertu, de la vie ; elle sera le moteur de toutes les actions, de telle sorte que l'âme ira à tout, fera tout par un mouvement unique.

Une âme, par exemple, a une grâce souveraine, un attrait dominant à la Passion : les souffrances de JÉSUS-CHRIST seront sa pensée dominante, habituelle ; ses vertus, son amour, sa vie, s'inspireront de la passion du Sauveur.

- Une autre a une grâce souveraine pour la péni­tence. Cette grâce d'attrait formera sa sainteté : tout ira pour elle à la pénitence ; elle vivra là ; toutes ses vertus auront un caractère pénitent, convergeront à son attrait de vie.

Mais pourquoi Dieu donne-t-il des grâces de caractère, d'attrait ? Il le fait pour une raison divine. L'esprit humain est trop borné pour embrasser l'ensemble des vertus : il ne peut les regarder fixement toutes d'un seul coup d'oeil ; son regard serait trop tendu ; il manquerait de simplicité et serait dans la souffrance. Le mouvement de la vie ne serait pas unique, central. Il y aurait des lignes parallèles, mais pas de rayons convergents vers un même centre. En donnant une grâce dominante, Dieu veut faire une perfection avec son caractère propre, et cette grâce simplifie la vie, les actes, abrège le chemin.

A chacun de connaître sa grâce dominante ; c'est là le travail intérieur : c'est de la correspondance à cette grâce que dépend toute la vie spirituelle.


III

La plus grande, la plus excellente en elle-même de toutes les grâces d'attrait, est la grâce d'attrait au Saint-Sacrement. Je ne dis pas cela parce que Dieu nous y a appelés. Non ; mais je sens que c'est la vérité. Considérée en elle-même, cette grâce l'emporte sur l'attrait à la Passion, ou à tout autre mystère, même sur la grâce d'attrait au ciel, à la pensée de la béatitude. Pourquoi ? Parce que son objet est plus parfait, plus capable de nous sanctifier et de nous rendre heureux. En effet, JÉsus est plus voisin de nous par cette grâce que par celle des autres mystères. L'union avec lui est plus intime ; la flamme de son amour nous environne de toutes parts : reste à coopérer et à unir notre petite flamme à ce foyer, afin qu'ils brûlent l'un par l'autre.

La grâce d'attrait au Saint-Sacrement est la grâce des grâces : elle donne un caractère de vie plus parfait. Non seulement elle nous trace vers les autres mystères une voie plus facile, mais tous les mystères trouvent en elle leur vie, leur glorification ; elle renferme la glorification de toutes les vertus, de toutes les perfections.

Memoriam fecit mirabilium suorum, le Seigneur en a fait l'abrégé de toutes ses merveilles de gloire, de vertu et de sainteté ; elle les renferme donc toutes.

Cette grâce eucharistique est très commune. Elle est même plus commune dans la piété que les autres attraits, et parmi les âmes qui se sentent appelées à la perfection, il y en a un plus grand nombre d'appelées par la grâce eucharistique que par toute autre grâce.

Pourquoi cela ? Parce que cette grâce est plus facile, plus à notre portée : ses moyens sont plus doux, plus attrayants. Pour vous diriger, par exemple, par la pensée de la Passion, il faut que vous la fassiez revivre par une grande foi, par un grand amour : c'est un mystère passé et loin de nous. Et, séparé de la communion, l'attrait à la Passion est immolant et crucifiant.

La grâce d'attrait à l'Eucharistie, au contraire, est une grâce de douceur, d'expansion de notre amour en JÉSUS-CHRIST ; or il est plus facile de s'épancher que de se crucifier. De l'Eucharistie vous irez au Calvaire, à Nazareth, à Bethléem mais ces mystères séparés de l'Eucharistie sont sans vie actuelle et présente.


IV

Mais comment se fait cet appel, si puissant qu'il nous entraîne tout entiers ? Ici je pourrais vous renvoyer à votre intérieur. Il se fait comme une éducation.

JÉSUS-CHRIST, qui veut amener une âme à la grâce souveraine de l'Eucharistie, la prépare d'abord par une grâce de sentiment, qui sera peut-être dans l'origine peu appréciée. Le jour de la première communion, le sentiment du bonheur causé par la présence de JÉsus a été pour nous un premier attrait ; à notre insu, et de même que le germe se développe insensiblement sous terre, il s'est développé, et plus tard, par les soins qu'on lui a donnés, cet attrait est devenu un besoin, une aptitude, un esprit, un instinct : tout alors nous porte à l'Eucharistie ; si elle nous manque, tout nous manque en même temps. L'âme possédée par cet attrait, tourne sa piété, ses vertus vers le Très-Saint-Sacrement : elle éprouve le besoin de la sainte Messe, de la Communion ; elle se sent portée à entrer dans les églises, à voir le tabernacle ; quelque chose la pousse sans cesse de ce côté. Qu'est-ce donc ? Sa grâce souve­raine, qui a fait son éducation, qui est devenue la mère de toutes ses autres grâces, le principe et le moteur de toutes ses actions. Vous l'entendez dire : Je me sens pleine de dévotion pour le Saint Sacrement, je ne suis bien qu'en sa présence : cela ne me coûte pas d'efforts. Je crois bien, vous êtes dans votre grâce !

Cette grâce devient notre esprit, elle s'imprime sur toutes nos pensées, nos paroles, nos actions ; tout ce qui regarde l'Eucharistie nous est plus facile, plus agréable à exécuter : nous le faisons plus cordialement.

Elle devient un instinct, une loi du coeur, qui influe sur notre vie, nous guide, sans que nous y réfléchissions, tout spontanément, vers l'Eucharistie.

Certes, l'esprit de famille ne se raisonne pas : on l'a sucé avec le lait ; on en a la science infuse ; ainsi de la grâce eucharistique, lorsqu'elle est notre attrait dominant.

Quand on a le bonheur de posséder une telle grâce, il faut y coopérer en faisant l'unité dans sa piété, dans ses vertus ; il faut que l'oraison, la contemplation fassent agir en nous cette force, la développent ; il faut la nourrir par la lecture, la prière. Pour entretenir un foyer, on y jette sans cesse du bois ; si vous voulez obtenir la plus grande puissance de votre grâce de vie, augmentez sans cesse ses forces, suivez-la toujours : la grande tentation du démon consiste à nous faire oublier et perdre de vue notre grâce souveraine pour des riens.

Je dis une chose ici que je ne crains pas de voir démentir. Toute personne qui fait la Communion plusieurs fois la semaine a une grâce d'attrait, une grâce souveraine pour l'Eucharistie : elle doit tourner vers elle toutes ses autres dévotions, comme vers leur mère et leur reine ; les nourrir de l'Eucharistie, les inspirer de l'esprit eucharistique.

Il faut correspondre à cette grâce par une grande fidélité ; parce que si nous sommes infidèles à notre grâce mère, nous le serons à toutes les autres.

De plus, il faut être reconnaissant ; et si la gra­titude se mesure à la grandeur du bienfait, quelle est celle que nous devons à JÉSUS pour une pareille grâce ?

Il faut encore un travail persévérant et uniforme, dans lequel le coeur, l'esprit, la vie, travaillent avec harmonie sous l'influence unique de la grâce souveraine.

Dans un arbre, la sève est au coeur même : elle est protégée par le bois et l'écorce ; tout tend à la conserver pendant les froids de l'hiver, parce qu'elle est la vie.

Eh bien, votre sève, c'est votre grâce souveraine ; c'est elle qui donnera la fécondité à toutes les branches de votre vie : conservez-la bien, défendez-la comme le coeur, comme l'âme de votre vie surnaturelle.

La vie de Jésus en nous

Christus vita vestra. JÉSUS-CHRIST votre vie. COLOSS., ni, 4. é

1

Il faut que nous vivions de l'Eucharistie. L'Eucharistie est amour, rien qu'amour ; il faut donc perfectionner en nous l'amour. Il faut chaque jour renouveler son foyer afin de s'enflammer soi- même. Il faut fortifier l'amour en soi avant de le vouloir répandre au dehors par les oeuvres extérieures. Toute notre vie, puisque nous recevons si souvent l'Amour incarné, ne devrait être que le développement, l'épanouissement de cet amour. Toute personne qui ne s'efforce pas de le perfectionner dans son coeur n'avancera jamais. Soyez vraiment disciples de Jésus-Christ, vivez d'amour. Le Saint-Esprit a mis dans vos coeurs cet esprit d'amour : il faut donc aimer grandement, généreusement, souverainement.

Dieu diversifie ses dons à l'infini ; cependant il est certains attraits qui se retrouvent dans beaucoup d'âmes qu'il veut sanctifier par une voie identique. De là naissent les sociétés religieuses, où s'assemblent de partout des coeurs à qui Dieu a fait le même attrait. Pour vous qui voulez vous sanctifier par l'Eucharistie, vous devez vivre de la vie intérieure et toute cachée que Jésus mène dans le saint Sacrement. L'Eucharistie est le fruit de l'amour de Jésus-Christ , et l'amour gît dans le coeur. Pour nous faire sentir cette vérité, Jésus­Christ ne se montre pas à nous : nous ne percevons pas son corps, ni ne goûtons son sang ; il n'y a rien de sensible dans l'Eucharistie. Jésus veut que nous allions jusqu'à son amour, au fond de son coeur.

JÉSUS pratique au saint Sacrement les vertus de sa vie mortelle, mais d'une manière invisible et tout intérieure. Il est dans une oraison continuelle, contemplant sans cesse la gloire de son Père et le suppliant pour nous, afin de nous apprendre que dans l'oraison est le secret de la vie intérieure ; qu'il faut soigner la racine de l'arbre pour en recueillir de bons fruits ; que la vie extérieure, si estimée du monde, n'est qu'une fleur stérile si on n'alimente la charité qui produit les fruits. Soyez donc contemplateurs de JÉSUS, si vous voulez réussir dans vos oeuvres. Les Apôtres se plaignent de n'avoir pas assez de temps pour prier, et créent des diacres qui les soulagent dans le ministère :extérieur. JÉSUS-CHRIST pendant sa vie se dérobe à la foule, se retire, se cache pour prier et contempler, et nous voudrions mener une vie purement extérieure. Avons-nous donc un fonds plus riche de grâces, des forces plus solides pour le bien que les Apôtres ? Et l'exemple de Notre-Seigneur n'est-il pas pour nous ? Non, toute piété qui ne se nourrit pas de prière, qui ne se recueille pas en son centre, en JÉSUS-CHRIST, pour réparer ses pertes et renouveler sa vie, s'étiole et finit par mourir.

C'est en vain que les prédicateurs s'étudient à prêcher ; si leur parole ne s'alimente de l'oraison, elle demeurera stérile. Disons-le, c'est de cette absence de vie de prière qu'est né ce proverbe, répété par ceux qui vont au sermon : Allons cueillir des fleurs. » Et cependant ce ne sont pas des fleurs que vous devez emporter de nos prédications, ce sont des fruits de vertu, de bons désirs. Mais les fruits ne mûrissent que dans l'oraison : on ne les cueille que dans la prière. Aussi, priez beaucoup pour les ministres de la parole de Dieu, mais ne demandez pour eux qu'une chose : c'est qu'ils soient des hommes de prière. Une âme priante sauve le monde, unie qu'elle est à JÉSUS-CHRIST priant au fond de son Tabernacle.

Toutes les vertus viennent de Dieu, et c'est de l'Eucharistie surtout que Jésus se plaît à les faire découler dans nos âmes comme des flots de grâces, par les exemples qu'il nous en donne. Mais ces exemples, il faut les voir, y être attentif, les étudier, s'en pénétrer. Où puiser un plus grand amour de l'humilité qu'aux pieds de l'Hostie sainte ? Où trouver de plus beaux exemples de silence, de patience, de douceur ?

Au très saint Sacrement Notre-Seigneur ne pratique plus extérieurement les grandes vertus de sa vie mortelle ; sa sagesse ne proclame plus ses sentences divines ; plus rien ne paraît de sa puissance, de sa gloire ; être pauvre, petit, simple telle est sa vie eucharistique. La pauvreté, la mansuétude, la patience, voilà ce qu'il nous montre ; et que c'est une délicate attention de sa part ! Les grandes occasions de vertus héroïques sont rares dans la vie, et nous n'avons guère le courage d'y correspondre : nous désespérerons-nous, et sous prétexte de ne rien pouvoir faire pour Dieu, abandonnerons-nous la vie pieuse ? Jésus a mis le remède contre cette tentation dans sa vie eucharistique ; là il nous apprend que c'est dans les petites occasions que s'exerce surtout la sainteté. Son anéantissement et cette absence de vie extérieure nous enseignent que la vie intérieure, toute composée des actes du coeur, des élans de l'amour, de l'union à ses intentions, est ce qu'il y a de plus parfait. Oh ! Dieu aime avec prédilection les humbles, les petits qui vivent à ses pieds, sous l'influence céleste de son coeur. Du reste, la vie de prière n'exclut pas le zèle du salut des âmes. L'âme intérieure sait travailler tout en étant recueillie ; elle n'en agit pas moins à l'extérieur, comme Jésus qui, sans se montrer aux yeux, se fait sentir. Le pécheur qui le prie sent la douceur de son cœur : il s'établit de Jésus à l'âme un courant que personne ne voit, un dialogue que personne n'entend ; personne ne distingue ce travail de JÉSUS au fond de l'âme : mais qu'il est réel ! Oh ! rendons notre amour, notre zèle semblable à celui de Jésus : tout caché, tout intérieur.

Ne regardez jamais comme perdus pour le bien , les moments que vous passez au pied de l'autel : c'est quand le grain est enseveli dans le sillon que sa fécondité se déclare ; l'entretien eucharistique, voilà la semence des vertus. Il ne manque pas d'âmes dévouées de nos jours à toutes les oeuvres de zèle : on les loue beaucoup, quelquefois trop ; priez que le fond du coeur soit en rapport avec le zèle extérieur ; demandez que ces âmes s'alimentent de prière.

Allons, que vos vertus deviennent aimables et attrayantes pour le prochain ; pour cela, revêtez-les de la douceur de JÉSUS-CHRIST : rien n'est aimable comme la simplicité, l'absence de prétention ; la vertu qui se cache, qui va sans bruit, est bénie de tous ; la patience qui part du coeur sans montrer de violence, la charité toute simple et comme toute naturelle, voilà les fruits de la vie cachée, nourrie de la réception de JÉsus-CHRIST et de la contemplation des exemples de sa vie eucharistique.

Le don de la personnalité

Qui manducat me, ipse civet propter me.

Celui qui me mange vivra par moi. JOAN., VI, 58.

I

JÉSUS vient prendre possession de nous par la Communion , faire de nous sa chose ; pour entrer dans ses desseins, nous devons nous dépouiller entre ses mains de tout droit, de toute propriété sur nous-mêmes ; lui laisser la direction et l'initiative de tous nos actes ; ne rien faire par nous ni pour nous, mais tout par lui et pour lui.

Par là se réalise la nouvelle incarnation du Verbe en nous ; il continue alors pour la gloire du Père ce qu'il fit en la nature humaine de JÉSUS. — Or, dans le mystère de l'Incarnation, l'humanité de JÉSUS-CHRIST a été privée de ce dernier élément qui rend une nature maîtresse d'elle-même et incommunicable à tout autre être. Elle ne reçut pas de subsistance ou de personnalité connaturelle ; mais la Personne du Verbe remplaça la personnalité que la nature humaine de JÉSUS- CHRIST aurait dû naturellement recevoir. Or, comme c'est la personne qui, dans un être parfait, agit par la nature, par ses facultés ; comme elle est ce qu'il y a de plus noble, et que c'est ellequi nous rend êtres parfaits et complets, c'est à elle aussi que se rapportent tous les actes naturels : elle en est le principe premier, et c'est d'elle qu'ils reçoivent leur valeur. Je commande aux facultés de mon âme ; mes membres m'obéissent ; c'est moi, homme complet, qui agis, qui fais agir, et de tous les mouvements, ainsi que de toutes les actions de mon être, c'est moi qui suis responsable : mes puissances me servent à l'aveugle ; le principe qui les fait agir est seul responsable de ce qu'elles font, parce que c'est par lui et pour lui seul qu'elles travaillent et non pour elles-mêmes.

Cela étant posé, il suit qu'en Notre-Seigneur, qui avait deux natures, mais une seule personne, celle du Verbe, ces deux natures agissaient par le Verbe, et la moindre action humaine de Notre- Seigneur était une action divine aussi, une action du Verbe, qui seul avait pu l'inspirer, et seul lui donnait sa valeur : valeur infinie qu'elle recevait en tant que se terminant à une Personne divine. Il suit de là aussi que la nature humaine n'était plus le principe premier de rien, qu'elle n'avait aucun intérêt propre, qu'elle n'agissait plus pour elle, qu'elle n'était que la servante du Verbe, seul moteur de tous ses actes : le Verbe voulait divi­nement et il voulait humainement : il agissait par chacune de ses natures.

Ainsi doit-il en être de nous ; ou du moins, devons-nous, par tous nos efforts, approcher de cet idéal divin où l'homme n'agit que comme un instrument passif, conduit, guidé par un moteur divin, l'Esprit de JÉSUS-CHRIST dans le seul but que puisse se proposer un Dieu qui agit, c'est-à-dire, lui-même, sa propre gloire. Nous devons donc être anéantis à tout propre désir, à tout propre intérêt, et n'avoir plus en vue que ceux de Jésus en nous, qui n'y est que pour y vivre encore à la gloire de son Père ; qui se donne dans la sainte Communion pour alimenter e resserrer cette union ineffable.

Quand le Verbe dans l'Évangile dit : Sicut misit me vivens Pater, et ego vivo propter Patrem ; et qui manancat me, et ipse vivez propter me, c'est comme s'il disait : En m'envoyant dans le monde par l'Incarnation pour être la personnalité divine d'une nature qui n'en aurait point d'autre, le Père lui a coupé toute racine de recherche de soi-même, afin qu'elle ne vécût que pour lui : ainsi par la Communion je m'unis à vous, afin de vivre en vous et que vous ne viviez que pour moi ; je serai vivant en vous, je remplirai votre âme de mes désirs ; je consumerai et anéantirai en vous tout intérêt propre ; je désirerai, je voudrai en vous, je me mettrai à votre place : vos facultés seront mes facultés, c'est moi qui vivrai et agirai par votre coeur, votre intelligence et vos sens : je serai votre personnalité divine ; par elle vos actions participeront à une dignité surhumaine, elles auront un mérite divin, elles seront des actions dignes de Dieu, méritant la béatitude, la vision intuitive de Dieu. Vous serez par grâce ce que je suis par nature, des fils de Dieu, héritiers en toute justice de son royaume, de ses richesses et de sa gloire.

Quand Notre-Seigneur vit en nous par son Esprit, nous sommes ses membres, nous sommes : le Père céleste a pour agréables nos actions ; les voyant, il voit les propres actions de son divin Fils, il y trouve ses complaisances ; le Père, inséparablement uni à son Verbe, vit en nous aussi, il y règne ; et cette vie et ce règne divins paralysent et détruisent le règne de Satan : alors les créatures rendent à Dieu le fruit d'honneur et de gloire qu'il a le droit d'en attendre.

Ainsi la gloire de son Père dans ses membres, voilà le premier motif pour lequel Notre-Seigneur désire que nous lui soyons unis surnaturellement par la vie de la charité parfaite : voilà pourquoi saint Paul nous appelle si souvent : Membra CHRISTI, les membres, le corps de JÉSUS-CHRIST ; voilà pourquoi Notre-Seigneur répète plusieurs fois à la Cène cette parole : Demeurez en moi. — C'est le don de soi, puisqu'on ne demeure plus chez soi, qu'on travaille pour celui chez qui on demeure, qu'on est tout à sa disposition.


II

Notre-Seigneur désire encore cette union par amour pour nous, afin de nous ennoblir par lui-même, afin de nous communiquer sa gloire céleste, un jour, avec tout ce qui la compose : la puissance, la beauté, le bonheur parfait. — Et comme Notre-Seigneur ne peut nous communiquer sa gloire qu'en tant que nous serons ses membres, et que ses membres à lui sont saints, il veut donc nous sanctifier pour nous unir à lui et nous faire partager sa vie glorieuse.

Nos actions dès ici-bas deviennent les actions de Notre-Seigneur, et elles en prennent plus ou moins la valeur, selon leur degré d'union à celles de Notre-Seigneur : or cette union est en rapport avec les moeurs, les vertus, avec l'Esprit de Jésus qui est en nous. De là ces belles paroles : Christianus alter CHRISTUS ; vivit veto in me CHRISTUS ; non ego solus, sed gratia Dei mecum : « Le chrétien est un autre CHRIST ; JÉSUS vit en moi ; ce n'est pas moi seul qui agis, mais sa grâce avecmoi. »

Cette union est le fruit de l'amour de JÉSUS- CHRIST ; elle est la fin de toute l'économie divine dans l'ordre naturel et surnaturel : tout ce que la Providence a établi tend à amener et consommer l'union du chrétien avec Jésus-Christ, à alimenter et à perfectionner cette union : car elle est toute la gloire de Dieu dans sa créature, et toute la sanctification des âmes, en un mot, tout le fruit de la Rédemption.


III

L'union de JÉSUS-CHRIST avec nous sera en raison de notre union avec lui : Demeurez en moi, et moi en vous. Celui qui demeure en moi, je demeure en lui. » Je suis donc sûr que Jésus demeurera en moi si je veux demeurer en lui. Comme le vent se précipite dans le vide, l'eau dans un bas-fond, ainsi l'Esprit de Jésus remplit aussitôt le vide que l'âme fait en elle-même.

Cette union de l'homme avec Notre-Seigneur fait sa dignité. Je ne deviens pas une portion de la Divinité, quelque chose qui mérite l'adoration, mais quelque chose de sacré, de saint ; ma nature reste toujours un néant devant Dieu, et d'elle- même elle peut retomber dans l'abîme ; mais - Dieu l'élève jusqu'à se l'unir par sa grâce, par sa présence en moi ; cette union me fait le parent de Notre-Seigneur : parenté d'autant plus étroite que mon union est plus resserrée, ma pureté, nia sainteté plus grandes ; la parenté avec Notre- Seigneur n'est, en effet, que la participation à sa sainteté, suivant sa parole même : Celui qui garde ma parole, celui-là est mon frère, ma soeur, mon père et ma mère. »

De cette union vient la puissance de l'homme : Sicut palmes non potest ferre fructum a semetipso nisi manserit in vite, ita et vos nisi in me manseritis. — Sans moi vous ne pouvez rien faire. Voilà qui est clair, nihil, rien. Or, comme la fécondité de la branche vient de son union avec le tronc et la sève, ainsi la fécondité spirituelle vient de notre union avec JÉSUS-CHRIST ; de l'union de nos pensées avec ses pensées, de nos paroles avec ses paroles, de nos actions avec ses actions. La vie des membres vient du sang du cœur, et le sang est produit par la nourriture ; mais notre nourriture c'est JÉSUS, le pain de vie, et celui-là seul qui le mange a la vie en lui. Voilà donc le principe de notre puissance de sainteté : l'union avec Notre-Seigneur. La nullité, le vide, l'inutilité des oeuvres, viennent de l'absence de cette union : la branche desséchée qui ne communique plus à la vie de l'arbre ne saurait porter de fruit.

De cette union naît le mérite de nos œuvres. C'est un mérite de société. Notre-Seigneur prend notre action et la rend sienne, il la rend méritoire d'un prix infini, d'une récompense éternelle : et cette action qui, venant de nous, n'était presque rien, revêtue des mérites de Jésus, devient digne de Dieu ; et plus grande est l'union avec JÉsus, plus grande aussi sera la gloire de nos oeuvres saintes.

Oh ! comment se fait-il que nous négligions tant cette union divine ? Que de mérites perdus, que d'actions stériles pour n'avoir pas été faites en union avec JÉSUS-CHRIST ; que de grâces sans fruit ! Quoi ! avec tant de moyens, un négoce si facile, avoir si peu gagné !

Soyons donc unis à Notre-Seigneur Jésus­Christ, soyons dociles à sa direction, soumis à sa volonté, guidés par sa pensée, agissant d'après son inspiration, lui offrant toutes nos actions, comme la nature humaine était soumise, unie, obéissante à la Personne du Verbe, qui la gouvernait ; comme JÉSUS-CHRIST tout entier l'était à son Père. Mais pour cela, il faut être uni d'une union de vie, reçue, renouvelée, entretenue par une communication continuelle avec JÉSUS : il faut que, comme la branche de l'arbre, nous soyons dilatés, échauffés par le soleil, pour que la sève divine nous pénètre pleinement ; or le soleil préparateur qui attire la sève divine, nous dispose à la recevoir, l'entretient, c'est le recueillement, c'est le désir, la prière; c'est le don de soi de tous les instants ; c'est l'amour soupirant sans cesse après Jésus, s'élançant à tout moment vers lui : Veni, Domine JESU, veni ! Et la sève n'est elle-même que le sang de Jésus, qui nous donne sa vie, sa force et sa fécondité divines. La vie de communion peut donc se réduire à ces deux termes : communier sacramentellement et vivre de recueillement.

L’ordre des pages sont placées l’une derrière l'autre ;
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