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Semper mortificationem Jesu in corpore nostro circumferentes,
ut et vita Jesu manifestetur in carne nostra mortali.
Portons toujours la mortification de Jésus en notre corps,
afin que sa vie se manifeste dans notre mortalité. II COR., PI, 10. |
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Notre-Seigneur est venu pour nous guérir et pour nous communiquer une vie plus abondante. Nous sommes malades par nature ; nous avons en nous le germe de toutes les maladies spirituelles ; et pour tomber dans le péché nous n'avons pas besoin du démon ; nous avons de par nous la puissance de nous damner. Le démon nous tente, je le sais ; mais le plus souvent il nous tente par nous-mêmes : il a une connivence avec nos ennemis intérieurs ; il a des intelligences dans la place ; il y trouve un écho. Le péché originel nous laisse ses tendances mauvaises, et elles s'exercent avec plus ou moins de puissance selon que nous sommes plus purs et plus forts ; mais les tentations ne dépendent pas toujours absolument de nous.
À ces tentations dont nous fournissons les moyens, s'ajoutent celles qui viennent des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons, du démon, de la permission positive de Dieu quelquefois. Il ne dépend pas de nous de ne pas être tentés. D'où ce principe, qu'il faut se guérir et se remplir d'une vie surabondante qui puisse résister et combattre sans s'épuiser ; et le plus grand mal consiste à être tranquille et sûr de soi. Au moment où l'on dit : Je suis pardonné, je vis, on retombe.
Or pour se guérir et vivre véritablement, il faut prendre l'esprit de Notre-Seigneur et vivre de son amour ; l'amour fait la vie, l'esprit devient la loi des actions et des sentiments. Or cet esprit est la mortification, mortification de pénitence ou mortification d'amour. Tout le reste est mensonge ou flatterie. Compulsez la vie de Notre-Seigneur ; à chaque page vous rencontrez la mortification ; mortification des membres, dépouillement, peines intérieures, délaissement, contradictions ; la mortification est l'essence de la vie de Notre-Seigneur, et par suite, du christianisme. Aimer est bien ; mais l'amour se prouve par le sacrifice et la souffrance.
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La mortification guérira mon corps malade, qui charrie toutes les maladies. Le corps est profondément blessé, il n'a plus sa force première ; chacun de ses mouvements est un pas vers la mort et la décomposition : le sang lui-même n'est que corruption.
Comment rendre la santé et la force à cette pourriture ? — Les anciens disaient : par la sobriété ; l'Évangile dit : par la mortification ; et la vie du corps est là. Ceux qui n'ont pas la foi, mais veulent prolonger leur vie, se raisonnent et sont sobres. Si nous n'avions pas la force de faire par la foi et la grâce ce qu'ils font par amour de la vie, que nous serions lâches !
Pour ceux-mêmes qui mènent une vie sobre par état, comme les religieux, il leur est encore très facile de mêler l'esprit de pénitence à leurs pauvres mets. Et c'est nécessaire à tous ; nous ne sommes pas exempts de fautes journalières, et puis nous avons à faire réparation pour les autres. Mortifions-nous donc, pas tant sur la quantité que sur la qualité, sur le goût. Nous ne sommes pas à l'abri des tentations de gourmandise. Si nous ne savions pas trouver les occasions de nous mortifier, nous n'aurions pas l'esprit de pénitence, partant, celui de Notre-Seigneur non plus.
Notre corps est enfiévré ; ce n'est pas un ennemi si faible ; il communique la fièvre à notre âme : il faut couper cette fièvre par les contraires ; et la vraie quinine, c'est la mortification, qui rend le calme à nos humeurs et régularise leurs mouvements. Le corps ne se dompte que par la chaîne ; il grogne pour se laisser attacher, mais on y arrive. L'âme, hélas ! est livrée au corps qui l'attire par les appétits sensuels : le mal de l'âme vient surtout des objets extérieurs avec lesquels elle n'est en contact que par le corps ; ces distractions ennemies de toute paix et de toute réflexion ne viennent que de ce que l'on a vu ; et l'imagination, organe corporel, n'est qu'un peintre misérable et félon. Plus vous êtes dans une action sainte, plus ce traître vendu à Satan vous peint des choses abominables. Chez soi on est moins tenté par son imagination que devant Dieu : c'est que l'esprit n'y est pas si recueilli et n'y torture pas tant les sens pour les dominer. Aussi en est-il qui se plaignent, et non sans quelque raison, qu'il suffit de se mettre en prière pour être tenté : il est bien évident que la nature mauvaise combat dans ces moments solennels avec plus d'acharnement pour conserver son empire.
Il faut donc veiller sur nos sens extérieurs : la pensée ou l'image mauvaise qui ne s'appuient pas sur la vue précédente d'un objet déshonnête dureront peu ; mais si l'ceil s'est plu à considérer cet objet, l'imagination le produira sans cesse jusqu'à ce que le souvenir en soit entièrement perdu ; il y en a pour des mois, peut-être pour des années : témoin saint Jérôme, que le souvenir des fêtes de Rome païenne venait troubler après des années passées dans les pénitences les plus austères.
Rappelons-nous que n'étant pas maîtres de nos yeux, nous ne le serons pas de nos pensées. L'âme toute seule n'est guère tentée par elle-même ; elle a bien le foyer du péché originel en elle, mais les moyens du mal sont dans les sens ; le corps est son artisan docile pour le mal : la preuve en est dans le petit enfant, qui n'éprouve pas encore nos tentations, parce que ses sens ne sont pas encore ouverts au mal. Que faut-il donc faire ? Voir sans voir ; regarder sans regarder, et si l'on a gravé un portrait dans son imagination, il le faut effacer par un oubli complet. Le coeur peut être bon ; mais les sens le font tourner où ils veulent : l'enfant lui-même qui voit sans comprendre, s'il fixe une image mauvaise, sentira plus tard tous ses souvenirs se réveiller et tous ses regards mauvais d'autrefois reparaître dans son imagination pour le tourmenter. Bouchons donc nos yeux et nos oreilles avec des épines qui nous fassent sentir leur pointe aiguë, et nous empêchent de sentir les flammes de l'impure fournaise ; s'il en est ainsi, les tentations ne feront que nous rendre plus purs. Le coeur de l'homme suit sa pensée ; si l'on est à Dieu ou au monde par l'esprit, lequel puise la matière de tous ses concepts dans l'imagination, le coeur aimera Dieu ou le monde
Cette mortification pour éviter le péché est quelque chose : la justice et le salut nous la demandent ; mais s'y reposer avec sécurité, c'est se préparer une défaite ; nous avons promis plus, c'est d'atteindre à la mortification de Notre-Seigneur. Nous devons nous mortifier pour lui plaire, alors même que toute raison de justice nous manquerait : nous mortifier, parce que lui- même l'a fait pour plaire à son Père. C'est la mortification positive, qui doit inspirer toute une vie, devenir une loi de vie. Cherchez en Notre- Seigneur telle vertu que vous voudrez, elle est empreinte de pénitence ; et si vous ne voulez pas arriver jusque-là, vous laissez le coeur même de la vertu, ce qui fait toute sa force. Essayez d'être humble, ou recueilli ou pieux sans la mortification, vous perdez votre temps. Dieu permet que toute vertu nous coûte. Aujourd'hui vous en sentez peut-être peu le sacrifice ; le bon Dieu veut vous attirer par la douceur, comme les enfants ; mais attendez le lendemain ! C'est la nature même de la grâce de crucifier. Vous ne souffrez point ? vous ne prenez donc pas vos grâces au Calvaire, leur vraie et unique source ? L'amour de Dieu n'est que sacrifice. Oh ! que cela va loin ! Mortifier ses sens est quelque chose ; mais se mortifier intérieurement est le couronnement de l'esprit de pénitence de Jésus en nous.
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| II |
Si notre couronne ne devait se composer que de nos sacrifices extérieurs, elle serait bien pauvre ; la vie est si courte ! Mais l'âme travaille bien plus activement que le corps, et le bon Dieu, qui veut nous faire acquérir des sommes immenses de mérites pour nous couronner plus glorieusement, nous donne le moven de nous sacrifier dans chacune de nos pensées, de nos affections : c'est un mouvement perpétuel vers Dieu, et si nous étions bien fidèles à son inspiration et à son appel, nous verrions que les sacrifices qu'il nous demande sont infiniment nombreux et changent à chaque instant du jour. Il ne demande pas que toutes les inspirations qu'il nous fait de nous sacrifier soient traduites en actes extérieurs, mais que nous les acceptions dans notre volonté, et que nous soyons prêts à les mettre en pratique, s'il l'exigeait. Pour cela, il ne faut s'attacher à aucun état d'âme particulier plutôt qu'à tel autre, mais placer sa volonté dans celle de Dieu, et ne vouloir que ce qu'il veut et tout ce qu'il veut.
Celui qui jouit voudrait toujours jouir : ce n'est pas le plan du bon Dieu ; il faut alors savoir abandonner la jouissance et prendre sa croix : souvenez-vous de la leçon du Thabor. Il en est beaucoup qui voudraient uniquement servir Dieu pour jouir du bonheur attaché à son service ; s'ils ne passent pas le temps de leur adoration dans la jouissance, ils se plaignent et disent : Je ne sais pas prier ! — C'est faux, vous êtes sensuel, et voilà tout ! Et c'est le grand défaut des âmes pieuses d'être sensuelles en Dieu. Quand il vous donne la joie, profitez-en, rien de mieux, mais ne vous y attachez pas ; s'il se montre dur, humiliez-vous, ne vous découragez pas ; il faut aimer Dieu plus que ses dons : il faut prendre cette maxime pour votre règle et votre principe de conduite. Quand saint Paul, fatigué de la vie à cause des tentations infernales qui l'assaillent, demande à Dieu de l'en délivrer : « Non, répond le Seigneur, ma grâce te suffit, et la vertu se perfectionne dans la faiblesse. » Cette parole console et fortifie l'Apôtre, et elle lui fera dire plus tard : « Je surabonde de joie dans les tribulations qui m'environnent de toutes parts. »
C'est donc dans la tribulation et dans la mortification intérieure, qu'est la joie durable, et non dans les consolations même spirituelles. La loi est que l'âme pénitente seule jouisse de Dieu ; car l'âme soumise en tout à Dieu se soumet le corps, seul moyen pour elle d'avoir la paix. A peine a-t-on fait un acte de pénitence, un sacrifice, qu'on sent la paix en son coeur : Dieu la mesure à notre mortification. La mortification de pénitence, de justice pour le péché, rend la paix à la conscience : c'est l'effet de la justice divine apaisée : la mortification de pénitence et d'amour donne la joie, la paix divine, la suavité, l'onction, un je ne sais quoi qui transporte et entraîne l'âme hors d'elle-même, qui spiritualise même le corps au point que l'âme va à Dieu par l'extase, sans se souvenir qu'elle est renfermée dans un corps, comme on le voit par les saints. Faites l'expérience de ce que je vous dis, à savoir : que la paix de l'âme est en raison de la mortification ; et si vous arrivez à pratiquer la vertu dans la jouissance et par la jouissance, vous pourrez dire que j'ai menti ! Voyez donc les martyrs qui jubilaient et chantaient des cantiques de joie au milieu des tourments les plus atroces. Ne sentaient-ils pas la souffrance ? Si, certes ; mais le feu de leur amour intérieur surpassait les flammes qui consumaient leur corps.
Rappelez-vous que le vrai chemin de la sainteté est la mortification. Dieu ne demande autre chose, sinon que nous fassions le vide en nous ; il se réserve de le remplir : Dilata cor tuum et implebo illud ; or l'amour-propre n'est que la concentration sur nous, le plein de nous-mêmes. La sainteté n'est qu'une affaire de mortification.
Mais cela coûte ? — Oui, sans doute ; la paix est le prix de cette guerre à la nature. Dieu ne peut nous donner sa paix sans cela ; il nous jetterait dans l'illusion ; il nous la donnera quand l'esprit de pénitence nous aura rendus un peu plus forts et que nous l'aimerons plus pour lui- même que pour ses dons.
Acceptez donc la voie de Dieu : Notre-Seigneur voudrait entrer en nous par son véritable esprit qui est la mortification ; il se présente sans cesse et attend avec une patience divine ; il trouve tout plein chez nous ; toutes nos portes lui sont fermées ; il nous abandonne, ne pouvant rien faire avec nous si pleins de nous-mêmes, et si sensuels dans notre vie extérieure et spirituelle.
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La vie de nature et la vie de grâce
Hoc sentite in vobis quod et in Christo Jesu.
Ayez les mêmes sentiments que le CHRIST JÉSUS. PHILIP., 11, 5.
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La vie d'amour n'est autre chose que la vie de Jésus en nous. Son grand ennemi, c'est l'amour-propre. De sorte que nous avons en nous deux vies, l'une naturelle, l'autre surnaturelle. Si nous voulons être à Notre-Seigneur, il faut que celle-ci triomphe et que la première soit vaincue, ij changée, transformée en une vie divine, cette vie de foi qui anime le juste : Justus meus ex fldevivit. Voyons ce qu'est la vie naturelle. Nous la comparerons ensuite à la vie de Jésus en nous, et nous verrons la nécessité où nous sommes de vivre avec Jésus pour vivre de lui.
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I |
La loi de la vie naturelle, c'est l'esprit propre, l'esprit personnel : sa devise est : « Tout pour moi ; » ses moyens sont ceux que lui fournit la sagesse humaine ; ses lumières, celles de la raison naturelle ; sa fin, tout pour moi, tout pour le présent.
La loi de la vie surnaturelle, au contraire, est l'esprit de foi : ses moyens, la grâce de JÉSUS- CHRIST et sa loi ; sa fin, la gloire de Dieu. C'est ce que disait saint Augustin : La cité du monde commence par l'amour de soi et va jusqu'à la haine de Dieu ; la cité de Dieu commence par l'amour de Dieu et va jusqu'à la haine de soi. »
La vie naturelle se glisse dans la piété, dans le cloître : elle est partout. Voici les caractères auxquels on la reconnaît :
1° Elle naturalise autant qu'elle peut les actions surnaturelles. Commencées pour Dieu, nous les finissons pour nous ; nous avons laissé fléchir notre regard et vicier notre intention, et nos actions ne sont pas pleines, pas achevées aux yeux de Dieu : Non invenio opera tua plena. De sorte que la différence entre deux actions est dans l'intention : faite pour Dieu, cette action est sainte, divine ; faite pour nous, elle est inutile pour le ciel et finit avec nous.
2° Naturalisation des vertus chrétiennes et religieuses. — On peut faire des actes de toutes les vertus morales et n'en avoir aucune qui nous compte devant Dieu. C'est une vérité d'expérience. Quel malheur ! Le manque de surnaturel vicie nos vertus et les rend stériles : il leur a manqué d'êtres unies à la vigne divine, sans la sève de laquelle nous ne pouvons rien faire pour le ciel.
3° Nous sommes naturels dans nos grâces de piété, de vocation, si nous n'en cherchons que l'honneur, que la douceur, que la gloire, en refusant le sacrifice qu'elles nous présentent et nous demandent.
4° Nous naturalisons l'amour de JÉSUS-CHRIST, si nous l'aimons pour nous ; dans ce qui nous flatte, nous glorifie, et non dans ce qui nous humilie et nous tient dans l'ombre ; si nous nous aimons nous-mêmes en JÉSUS-CHRIST.
5° Nous glissons le naturel jusque dans la Communion , si au lieu de chercher dans ce Pain céleste la force, la vertu qu'il contient, nous n'en voulons goûter que la douceur, le repos, la jouissance.
« Natura callida semper se pro fine habet : La nature rusée n'a toujours pour fin qu'elle-même. »
Quelle épouvantable puissance est la nôtre, de diminuer, de rabaisser ainsi les dons de Dieu ! de rendre naturelles et inutiles, ou de peu de fruit, ses grâces naturelles et divines !
Comment reconnaître en soi cette vie naturelle ? A ses principes, à ses motifs déterminants. — Pour qui, pourquoi agissez-vous ?
Mais j'avoue que c'est difficile : Natura callida est : la nature ou l'amour-propre est rusé et cache son jeu : il se voile, se déguise sous de bonnes apparences, ne nous montre que le bon côté de son action, car dans tout ce que nous faisons, il y a ordinairement du bon et du mauvais, un bon et un mauvais côté : Zelum putamus, et passione movemur : Nous croyons agir par un zèle pur et désintéressé, et c'est la passion de l'amour-propre qui nous pousse.
Dans la pratique, c'est la règle de la nature de se rechercher en tout, de tendre à la jouissance. Vous la reconnaîtrez à cette marque. Vous la reconnaîtrez aussi dans sa fin : elle veut se reposer, ne dépendre de personne ; elle fait vite, pour se débarrasser ; elle ne fait avec goût que ce qui lui plaît.
Un saint, un homme surnaturel est austère dans le devoir, pas toujours sympathique : la lutte qu'il se fait sans cesse le rend dur pour lui-même et quelquefois pour les autres.
Un chrétien naturel est aimable, honnête, empressé : il a naturalisé ses vertus ; il en jouit ; il n'en prend que ce qui le rend aimable aux autres.
Le naturel, voilà donc notre ennemi : c'est un voleur, une Dalila, le démon ; il trouve le moyen de rendre humaine une vie divine, naturelle une vie de foi ; de substituer l'amour-propre à l'amour de Dieu, de remplacer le ciel par la terre ! |
II |
Il faut donc nous revêtir de la vie surnaturelle de Jésus, dans le jugement, dans l'action, dans l'affection, dans tous les états de l'âme.
1° Les pensées de l'homme naturel sont inspirées par le moi, ordonnées pour le moi; car toute pensée naturelle procède de l'amour propre, qui ne se meut que dans l'intérêt de ses passions.
L'homme. surnaturel, au contraire, pense en Dieu : que pense JÉSUS-CHRIST de ceci ou de cela ? Et il conforme sa pensée à celle de son Maître. Il pense selon la grâce de Dieu : il a un instinct divin qui lui fait discerner les pensées naturelles et terrestres ; il les pénètre et les déjoue ; s'il les suit un instant, il en éprouve une peine et un désordre intérieurs qui l'avertissent de relever son coeur, en haut : Qua sursum sunt sapite.
2° L'homme naturel juge sous l'impression de ses intérêts, de l'amour-propre, du bien-être et de la sensualité ; il rejette ou combat tout ce qui lui coûterait, ou s'y montre indifférent.
L'homme spirituel prend son jugement en JÉSUS-CHRIST, en sa parole quand elle est exprimée, ou dans les exemples qu'il nous a laissés et quand ces deux voix se taisent, il consulte la grâce du moment : Sicut audio judico : Comme me le dicte mon Père, ainsi je juge, » disait Notre- Seigneur ; c'est la règle des jugements de l'homme surnaturel. Or il juge bien : JÉSUS-CHRIST est sa lumière ; et il ne veut que la gloire de Dieu et son service en toutes choses : Et judicium meum justum est, quia non qucero voluntatem meam, sed ejus qui misit me.
3° Dans sa conduite, l'homme naturel ne se prête qu'à ce qui lui est sympathique. Qu'ai-je à gagner en ceci ou en cela ? Il veut jouir du présent. Il veut jouir même en travaillant.
L'homme surnaturel fait ses actions non pour soi, mais pour Dieu. Il ne se renferme pas dans l'acte même, mais regarde Dieu, s'attache seulement à la fin supérieure et divine qui le fait agir. Il ne demeure pas dans l'action, mais dans la fin de l'action qui est Dieu. Aussi est-il toujours libre dans ses actions. Il les prend, il les laisse ; seule la volonté divine du moment décide de ce qu'il doit faire. Il ne tient qu'à Dieu, et il le trouve en tout, aussi bien en ceci qu'en cela.
De plus, il a l'instinct de ce qui plaît davantage à Dieu. Si deux actions se présentent à faire, et qu'il soit libre de choisir l'une ou l'autre, oh ! il a vite discerné la meilleure, la plus agréable à Dieu.
4° Enfin l'homme naturel s'attache servilement aux états intérieurs qui lui sont sympathiques : s'il trouve de la paix dans la prière, il ne la voudra pas quitter même pour satisfaire à l'obéissance ou à la charité ; ainsi pour les autres états d'âme ou de vie dans lesquels il se rencontre : il repousse, pour rester en repos, les états contraires à son bien naturel. Mais, quoi qu'il fasse, et malgré lui, il est toujours en guerre, parce que Dieu ne permet pas qu'il puisse jouir paisiblement de sa fin naturelle.
L'homme surnaturel aime tous les états dans lesquels Dieu le met : il tire le bien de tous les états ; il sait y trouver la grâce de Dieu, sa vertu,n sa gloire. En un mot, il vit de JÉSUS-CHRIST : JÉSUS-CHRIST est son moyen divin. |
III |
De plus, et c'est mieux, il vit avec JÉSUS- CHRIST, en JÉSUS-CHRIST : il est en société de vie avec lui. Société parfaite où se retrouvent les conditions de toute société honorable.
1° L'honorabilité des sociétaires. — JÉSUS- CHRIST, certes, est honorable, disons mieux, adorable. — Mais nous, oh ! quel titre avons-nous ? JÉSUS-CHRIST se contentera de l'état de grâce ; pourvu que nous soyons purs et délicats, il nous tiendra lieu de tout le reste, car cet état de grâce, en nous faisant enfants de Dieu, en nous rendant les temples de l'Esprit-Saint, nous unit à JÉSUS-CHRIST comme ses membres, et lui permet de travailler en nous et de nous employer à sa grande oeuvre, comme ses propres membres. Mais si le péché mortel nous souillait, quel malheur ! La société est brisée ; il nous manque l'honorabilité : JÉSUS ne peut faire société avec nous !
Le péché véniel rend cette société imparfaite et languissante, sans la briser entièrement : il gêne JÉSUS-CHRIST, affaiblit le lien de l'union mutuelle. Oh ! soyons donc toujours purs, même des fautes vénielles ; et c'est facile, puisque nous pouvons nous-mêmes nous en purifier par des actes d'amour ou l'usage des sacramentaux. Plus on est pur, plus l'honorabilité est grande, et plus sont étroits nos rapports de société avec JÉSUS : c'est le degré de pureté qui fait le degré d'union à Notre-Seigneur.
2° La seconde condition d'une société est l'apport de fonds de chacun de ses membres pour constituer un fonds commun. JÉSUS-CHRIST apporte tout ce qu'il a et tout ce qu'il est : tous les trésors de la grâce et de la gloire : Dieu, en un mot.
Nous devons apporter tout ce que nous avons reçu par le Baptême, toutes les richesses de la grâce sanctifiante et les dons gratuits et magnifiques que nous fait le Saint-Esprit en prenant possession de notre âme ; de plus, tout ce que nous avons acquis de science, de vertus, de mérites : tout !
Mais la garantie de la durée de notre société est que nous ne toucherons jamais au capital ni aux profits jusqu'à la dissolution de la société, à la mort ; que nous n'en reprendrons jamais rien. Examinons-nous souvent là-dessus. Il y en a qui donnent plus, d'autres moins : le religieux donne sa liberté, il renonce à posséder aucun bien temporel, il renonce à aimer finalement aucune créature, même pour Dieu ; il y trouve aussi une plus grande part de gain ; quoi que nous ayons apporté, soyons fidèles à ne pas le reprendre, même en petit.
3° Enfin chaque sociétaire doit son concours personnel à l'oeuvre commune : un concours dévoué et désintéressé. Nous donnons donc notre travail, notre peine. JÉSUS-CHRIST travaille aussi en nous et par nous : c'est lui qui nous soutient, nous dirige ; sans lui nous ne pourrions rien faire ; soyons aussi fidèles et aussi empressés que lui à travailler à l'oeuvre commune, la gloire de son Père ; ne lui faisons jamais défaut, lui ne nous manquera jamais. Voyez comment il décrit son action en nous : il se dit la sève de la vigne : il donne à chacun de nous, qui sommes les branches, la vigueur et la fécondité.
Bien plus, il nous assure que si nous voulons faire société avec lui, tout ce que nous voudrons, tout ce que nous demanderons à son Père, lui JÉSUS, le fera : Si manseritis in me, quodcumque petieritis, hoc faciam, ut glorificetur Pater in Filio.
Enfin, il nous conjure de demeurer dans son amour comme il demeure dans l'amour de son Père, où il opère toutes les oeuvres qu'il lui voit faire : demeurer dans son amour, c'est donc participer à sa puissance d'opération, agir par lui et en lui, et dès lors, que ne ferons-nous pas ? Omnia possum in eo qui me confortat : Nous pourrons tout en ce centre divin qui nous communiquera sa puissance infinie. |
Règle pratique pratique de la vie surnaturelle
Non progredi, regredi est.
Ne pas avancer, c'est reculer. |
I |
C'est une loi, dans l'ordre de la nature, que la vie se manifeste par le mouvement : c'est devenu un axiome. Et pour définir la matière inerte et sans vie, le règne minéral, par exemple, on dit : c'est ce qui n'a point de mouvement. Tout ce qui a vie se meut : les plantes, les arbres, se meuvent dans un continuel mouvement d'ascension et d'expansion ; les eaux elles-mêmes, qui pourtant ne sont pas vivantes, sans le mouvement, deviennent d'infects marais ; et le feu ne saurait durer sans le courant d'air qui fait monter ses flammes vers les cieux.
Il en est de même dans l'ordre intellectuel. Celui qui n'apprend plus, qui ne fait pas chaque jour comme un flux et reflux de son intelligence aux connaissances à acquérir et de ces connaissances à son intelligence, celui-là deviendra un ignorant : la mémoire ne se fortifie que par l'exercice ; il y a longtemps qu'on l'a dit très véritablement.
N'en sera-t-il pas de même dans l'ordre surnaturel ? Assurément, si : Dieu est un, et toutes les lois générales qu'il a établies suivent une même marche , présentent les mêmes caractères ; il les modifie seulement selon l'ordre dans lequel elles ont à agir. Le signe de notre vie surnaturelle sera donc le mouvement en avant, le progrès.
Ce progrès doit tendre à la perfection ; et comme nous n'y serons jamais arrivés, il ne doit jamais cesser. Les instructions que donne JÉSUS-CHRIST sur la perfection prouvent que le progrès, le mouvement en avant est nécessaire ; ses expressions l'attestent : « Venez, suivez-moi ; marchez tant que vous avez la lumière. » Et, dans l'ancienne loi, Dieu disait à Abraham : « Marche devant moi, et sois parfait. »
Notre marche spirituelle se dirigera donc vers la perfection de JÉSUS-CHRIST, qui n'est que la copie parfaite et achevée de la perfection de Dieu lui-même : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » — Comme il est impossible d'atteindre jamais la consommation de cette perfection, nous sommes obligés de marcher toujours : nous ne pouvons jamais nous croire arrivés et cesser le travail.
Or les moyens de la perfection que JÉSUS- CHRIST nous propose consistent dans l'observance de la loi et des conseils.
Tous sont tenus à la loi ; les religieux sont de plus, par obligation de vocation, tenus aux conseils.
Les personnes pieuses du monde ne doivent donc pas s'y appliquer ? Il n'y a pas pour elles nécessité absolue de le faire, non sans doute ; mais voici le danger qu'il y a pour ces personnes à ne pas les pratiquer et à vouloir s'en tenir à la loi : Si vous vous contentez de la loi, leur dirai-je, on n'a rien à vous reprocher : le péché ne vient que de l'infraction à cette loi, et non d'ailleurs ; les conseils n'étant pas une loi, comme leur nom l'indique, ne sauraient vous obliger sous peine de péché. C'est très bien. Mais voici venir une violente tempête : le démon lance contre vous ses armées, les tentations deviennent plus fréquentes et plus impérieuses. Combien de temps votre âme, entourée du seul rempart de la loi, soutiendra-t-elle le siège ? Pas longtemps assurément. La première brèche ouverte sera décisive et livrera la place ; au lieu que si vous étiez entouré du triple rempart de la dévotion, de la prière habituelle et de la loi, avant que l'ennemi les ait renversés tous les trois vous auriez le temps de recourir à Notre-Seigneur et de l'appeler à votre secours : Domine, .calva nos, perimus !
Pour le religieux, il est tenu aux conseils évangéliques par ses vœux et sa règle, qui en sont l'expression. Mais sa règle elle-même ne prescrit pas explicitement toute la perfection possible. S'il s'en tient à la lettre et ne se pénètre pas de son esprit ; s'il ne cherche pas sans cesse à l'étendre à toute la perfection qu'elle renferme implicitement, c'est-à-dire à la perfection même de Notre-Seigneur, il lui arrivera un malheur analogue à celui que j'ai annoncé aux personnes pieuses du monde qui veulent s'en tenir juste à la loi : il ne sera qu'un cadavre de religieux !
Il faut donc ne jamais se contenter de ce que l'on a, dans quelque condition que l'on se trouve, et toujours progresser ; la cessation de progrès serait la marque d'une décadence certaine et le signe d'une mort prochaine, comme le trait qui ne monte plus descend infailliblement et tombe dans la poussière.
Vous direz peut-être : « Mais cette doctrine est effrayante ! Si je ne marche pas, je suis mort ! Mais je ne sais pas si je marche. A quels signes le reconnaître ? » — En voici quelques-uns : |
11 |
1° Avez-vous à défricher quelque portion bien déterminée du champ de la perfection ? Vous êtes-vous fixé d'une manière bien précise le défaut que vous voulez combattre, ou la vertu à acquérir ? Si oui, vous progressez ; si, dès que vous avez fini d'un côté, vous reprenez d'un autre, je suis tranquille sur votre sort : c'est le signe certain que vous avancez. La preuve de ceci, c'est que quand vous êtes fervent vous savez bien dire : « Ah ! c'est évident, telle vertu me manque ; c'est ce vice qui me dépare comme une ronce dépare un champ. » Et aussitôt vous vous mettez en devoir de l'extirper, et vous ne cessez de travailler que quand vous avez triomphé. C'est certain et d'expérience : consultez votre propre vie.
Mais, au contraire, si vous dites : « Je ne cherche à pratiquer aucune vertu en particulier, j'aime mieux me tenir dans une bonne disposition d'union générale à Notre-Seigneur ; je ne sens pas le besoin de fixer tel ou tel acte de vertu à faire, je me contenterai de les pratiquer toutes à mesure que l'occasion s'en présentera, » oh ! c'est le langage de la paresse ! Jamais vous ne voudrez voir l'occasion. C'est le langage que l'on tient quand, la tiédeur nous dominant, on n'a pas le courage d'employer la hache et la cognée.
« J'aime bien le bon Dieu. » Si vous en restez là, vous n'êtes que paresseux ; et vos bons sentiments, ces désirs vagues vous perdront. Ce sont les désirs qui damnent le paresseux, et l'enfer est pavé de bons désirs restés inefficaces par lâcheté : fleurs d'automne qui ne portent pas de fruit, parce que la chaleur vivifiante du soleil d'amour leur manque. Outre que cette conduite est lâche, elle est, au fond, une moquerie. La perfection ne se prend pas dans un coup de filet : c'est une mine qui ne montre que de loin en loin un petit filon, et cela après qu'on a longtemps et profondément creusé. Que diriez-vous d'un enfant qui assurerait sa mère de son amour, tout en refusant de lui en donner des preuves par sa conduite et son empressement à prévenir ses désirs ? Vous trouveriez qu'il n'aime pas véritablement sa mère, ou bien qu'il ne l'aime que pour son avantage personnel, que c'est un égoïste ; et vous auriez raison. — Oh ! que d'âmes sont dans l'illusion sur ce point ! « J'aime le bon Dieu, je veux faire tout ce qu'il me dira. » — Oui, à condition qu'il ne vous demandera rien, pensez-vous au fond du coeur sans vous l'avouer. Quand une âme qui avait autrefois de bonnes résolutions bien suivies tombe dans la tiédeur, elle se trouve précisément dans cet état vague et indéfinissable. Comptant sur la force de ses anciennes résolutions, elle ne se donne plus la peine de les renouveler ou d'en former de nouvelles pour ses nouveaux besoins, et elle se tient dans cette vague disposition de tout faire suivant les occasions, sans cependant jamais se mettre à l'oeuvre. Regardez-vous intérieurement, rappelez-vous du doigt la vérité de ce que je viens de dire.
Saint Bernard disait à ses religieux : « Non est perfectum nisi particulare : On n'arrive à la perfection qu'en particularisant, et détail par détail. » Et cependant ils étaient dans toute la ferveur d'une réforme récente. Ce grand saint savait bien que, après que la ferveur nous a fait combattre un ennemi précis et particulier, la tiédeur, sous prétexte de nous les faire tous combattre à la fois, nous fait en définitive, et à notre insu, pactiser avec tous.
Pour échapper à ce piège, le seul moyen est de revenir à notre première résolution particuière. Le Seigneur, après avoir reproché à l'un des sept évêques de l'Apocalypse qu'il commençait à se relâcher, lui dit : « Reprends tes premières oeuvres, reviens à ce que tu faisais d'abord, prima opera fac ; car, bien que tu paraisses encore bon aux yeux du monde, tu n'es plus dans ta première ferveur : sinon, je viendrai et je te renverserai. » Oui, j'aime mieux vous voir essuyer des défaites, mais combattre un vice particulier et précis, que de vous voir combattre tout à la fois, c'est-à-dire au fond rien du tout, et ne jamais être vaincu.
2° Le second signe n'exclut pas le précédent, bien qu'il s'étende davantage : c'est un désir sincère et efficace de toujours mieux faire, une crainte efficace d'offenser Dieu qui nous porte véritablement à éviter les moindres fautes avec le plus grand soin. C'est ce que Notre-Seigneur exprimait par ces paroles : « Beati qui esuriunt et sitiunt justitiam : Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice. » Cette seconde marque indique un progrès plus rapide que la première ; nous devons tendre à cette faim divine. — Nous n'y sommes pas tenus, me direz-vous peut-être. Mais si vous croyez avoir assez fait, ou faire assez, vous êtes indigne des faveurs de Dieu, indigne de vous agenouiller sur ce prie-Dieu à ses pieds. Quoi ! vous croyez avoir rempli la mesure en face d'un Dieu qui a poussé pour vous l'amour jusqu'à la folie ! Mais peut-être que ce que vous faites ne suffit pas même à payer vos dettes de justice : qu'en sera-t-il de vos dettes d'amour ?
Oh ! malheur à celui qui croirait avoir fait assez Celui-là est arrêté ; il ne marche plus, donc il recule !
Remarquez la différence de cette faim de la justice, de ce désir vif de la sainteté, avec le désir dont nous parlions plus haut : le premier est une espèce de satisfaction, de contentement, de confiance en soi qui dédaigne de prendre des moyens particuliers et attend les occasions, espérant y correspondre ; celui-ci les recherche et les fait naître : les industries de l'amour sont innombrables.
3° Enfin, ces deux signes ne seront peut-être pas toujours visibles au premier coup d'oeil ; quelquefois le ciel est si chargé, la tempête si violente, qu'il est difficile de rien distinguer clairement en son âme. Comment savoir alors si 'l'on est en progrès ?
Je réponds d'abord que ces états ne sont que passagers : ils ne viennent que pour nous purifier. Il est bon de temps en temps de croire que l'on ne fait rien : cette pensée est un aiguillon qui nous fait doubler le pas. En tout cas, même dans ces ténèbres, quelque sombre qu'il fasse sur notre conscience, il reste toujours au fond une certaine assurance qu'on n'a pas reculé ; et cette assurance, qui nous tient en paix dans le fond de notre âme, est le troisième signe qu'on est en progrès : car il est facile de concevoir que si, tout attaqué, tout bouleversé que vous soyez, vous avez encore la certitude intime que vous n'avez pas reculé, cette certitude est solidement appuyée. Soyez alors sans inquiétude sur l'issue de ces tentations et sur l'état de votre progrès ; car ce troisième signe est le plus assuré et presque infaillible.
Ainsi ne pas avancer, c'est reculer ; reculer, c'est déjà être mort et avoir perdu tout ce qu'auparavant on avait eu tant de peine à acquérir.
Examinons donc si nous avançons ou si nous restons stationnaires : appliquons-nous à rechercher si notre vie présente un des signes indiqués plus haut. Prenons des résolutions bien précises, bien déterminées de correction de nos défauts ou d'acquisition des vertus qui nous manquent ; ajoutons à ce premier fondement un désir ardent d'aimer toujours davantage, d'éviter jusqu'aux moindres apparences du péché : nous progresserons alors, sans nous arrêter jamais, jusqu'au seuil de la céleste Patrie, où le progrès cessera, parce que nous serons absorbés en Dieu, au delà duquel on ne saurait avançer davantage. |
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