Directoire pour l'action de grâces
Grattas Deo super inenarrabili dono ejus.
Grâces soient rendues à Dieu pour son don ineffable. II CoR., Ix, 15.
Le moment le plus solennel de la vie, c'est celui de l'action de grâces. Vous avez alors à votre disposition le Roi du ciel et de la terre, votre Sauveur et votre Juge, tout disposé à vous accorder tout ce que vous lui demanderez.
Consacrez, si vous le pouvez, une demi-heure à l'action de grâces, ou au moins, en toute rigueur, un quart d'heure. Il vaudrait mieux, dans la nécessité, diminuer le temps de la préparation au profit de l'action de grâces. Car pourrez-vous trouver un moment plus saint, plus salutaire pour vous, que celui où vous possédez Jésus en corps et en âme ?
C'est une tentation ordinaire que celle d'abréger son action de grâces. Le démon en sait le prix ; et l'amour-propre, la nature, en redoutent les effets. Fixez-vous donc le temps de votre action de grâces, et n'en retranchez jamais une minute sans une raison pressante.
L'action de grâces est absolument nécessaire si l'on ne veut pas que la Communion , cette action si sainte, dégénère en une simple habitude pieuse.
Soyez convaincus, disait Saint Jean-Baptiste de la Salle à ses religieux, qu'il n'y a point de meilleur temps dans toute la vie que le temps de la communion et le temps qui la suit, pendant lequel vous avez le bonheur de traiter bouche à bouche et coeur à coeur avec Jésus. »
Le temps de l'action de grâces, c'est donc le moment pour notre âme de jouir de Celui qu'elle a reçu et qu'elle possède, de lui rendre hommage pour son amour, et, en même temps, de goûter les douceurs réconfortantes de cette heureuse possession. Ce n'est pas là, comprenez-le bien, une recherche d'égoïsme spirituel, ni une satisfaction de sensualité plus ou moins mystique ; c'est l'accomplissement d'un double devoir, et envers l'Hôte divin de la Communion qui mérite certes qu'on l'apprécie et qu'on se complaise en Lui, et pour l'âme qui se doit à elle-même de se réconforter, de jouir et de se réjouir saintement des délices qui lui sont offertes à cette table si richement servie par le Roi des Cieux.
Vous n'avez pas de coeur, vous n'appréciez nullement ce que vous faites en communiant, si, après avoir reçu Notre-Seigneur, vous ne sentez rien et n'avez rien à lui dire pour le remercier. Mais, direz-vous, je ne suis pas contemplatif, je suis incapable de converser intérieurement. Il faut s'entendre. La conversation intérieure après la Communion ne demande pas un état de vie spirituelle bien relevé. Avez-vous de la bonne volonté ? Jésus vous parlera et vous comprendrez son langage, c'est le langage du coeur que tous entendent.
Soyez donc très fidèles, scrupuleux même sur le chapitre de l'action de grâces.
Voici quelques conseils pour tirer le meilleur parti de ce temps si précieux.
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I |
Or, lorsque vous avez introduit JÉSUS dans votre poitrine, sur le trône de votre coeur, restez un moment tranquille, sans prières vocales ; adorez dans le silence ; prosternez-vous en esprit, comme Zachée, comme Madeleine, avec la très sainte Vierge, aux pieds de Jésus : regardez-le, saisi d'admiration pour son amour.
Proclamez-le roi de votre coeur, époux de votre âme, et écoutez-le... Dites-lui : Parlez, Seigneur, car votre serviteur écoute... »
Mettez votre coeur aux pieds du divin Roi... Offrez votre volonté à exécuter ses ordres, consacrez tous vos sens à son divin service.
Enchaînez votre esprit à son trône, afin qu'il ne s'égare plus ; ou plutôt mettez-le sous ses pieds, afin que JÉsus le pressure et en fasse sortir l'orgueil et la légèreté. Tant que vous sentirez votre âme recueillie ou «ans le calme de la présence de Notre-Seigneur, laissez-l'y. C'est le doux sommeil de l'âme sur le' sein de JÉSUS : elle profite bien plus en cette grâce, qui la nourrit, qui l'unit si suavement à son Bien-Aimé, que par tout autre exercice
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II |
Ce premier état passé, il faut en venir aux actes de l'action de grâces. Vous vous servirez avec fruit des quatre fins du Sacrifice.
Adorez JÉsus sur le trône de votre coeur ; baisez avec respect ses pieds divins, ses mains augustes ; appuyez-vous sur son coeur brûlant d'amour ; exaltez sa puissance ; offrez-lui, en hommage d'adoration et de soumission absolue, les clefs de votre demeure ; déclarez-le votre maître, et vous son heureux serviteur, prêt à tout pour lui plaire.
Remerciez-le de vous avoir tant honoré, tant aimé ; de vous avoir tant donné en cette Communion ! Louez sa bonté, son amour pour vous, si pauvre, si imparfait, si infidèle. Invitez les anges, les saints, sa divine Mère, à louer, à bénir, à remercier JÉSUS pour vous. Remerciez ce bon Sauveur par les actions de grâces de la très sainte Vierge, si aimantes, si parfaites !
Pleurez encore vos péchés à ses pieds, comme la Madeleine : l'amour pénitent a toujours besoin de pleurer, et ne se croit jamais quitte de ses dettes de reconnaissance. Protestez-lui de votre fidélité, de votre amour ; faites-lui le sacrifice de vos affections déréglées, de votre lâcheté, de votre paresse à entreprendre ce qui vous coûte.
Demandez-lui la grâce de ne plus l'offenser, et protestez que vous préférez cent fois la mort au péché.
Demande: tout ce que vous voudrez, c'est le moment des grâces : Jésus est prêt à vous donner son royaume même. C'est lui faire plaisir que de lui donner l'occasion de répandre ses bienfaits. Demandez le règne de sa sainteté en vous, en vos frères ; demandez que sa charité soit en tous les coeurs.
Priez pour vos besoins de la journée.
Priez pour les vôtres, pour vos pasteurs, pour le Saint-Père, pour toute l'Église.
Demandez le triomphe de la foi,
L'exaltation de l'Église romaine,
La paix sur la terre.
Demandez de saints prêtres pour les peuples. isDtiee.
De fervents religieux dans l'Église.
De bons adorateurs de Notre-Seigneur Eucharistie
Demandez l'extension du règne eucharistique de Jésus
Priez pour la conversion des pécheurs, et spéciaIement pour tous ceuxqui intéressent d'avantage votre charité ; pour tous ceux qui se sont recommandés à vos prières.
Enfin, demandez que Jésus soit connu, aimé et servi de tous les hommes.
Avant de vous retirer, offrez un bouquet d'amour, c'est-à-dire quelque sacrifice que vous ferez dans la journée.
Enfin, dites quelques prières selon les intentions du Souverain Pontife, pour gagner les indulgences de la journée qui peuvent exiger la Communion comme condition ; appliquez-les de bon coeur aux âmes du purgatoire, surtout à celles que JÉsus aime Je plus.
Dans la fournée, soyez comme un vase qui aurait reçu un parfum précieux, comme un saint qui aurait passé une heure dans le ciel : n'oubliez pas la visite royale de JÉsus...
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III
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Marie recevant le Verbe dans son sein est le meilleur modèle d'action de grâces. Adorer JÉSUS présent dans notre coeur en s'unissant à Marie, c'est le meilleur moyen de lui faire une réception qui lui soit agréable, et bonne et riche en grâces pour nous.
L'adoration de Marie, en ce moment solennel; commença sans doute par un acte d'humilité, d'anéantissement de tout son être, devant la souveraine majesté du Verbe, à la vue du choix qu'il avait voulu faire de son humble servante, sous le poids de tant de bonté et d'amour pour elle et pour tous les hommes.
Tel doit être le premier acte, le premier sentiment de mon adoration après la sainte Communion. Tel fut le sentiment d'Élisabeth recevant la Mère de Dieu, qui lui portait le Sauveur caché encore dans son sein : Unde hoc nzihi ? D'où peut me venir ce bonheur, que je mérite si peu ?
Le second acte de Marie dut être un acte de joyeuse reconnaissance envers son ineffable et infinie bonté pour les hommes ; un acte d'humble reconnaissance de ce qu'il avait choisi son indigne mais trop heureuse servante pour lui faire cette grâce insigne. La reconnaissance de Marie s'exhale en actes d'amour, de louanges, de bénédictions : elle exalte la divine bonté. Car la reconnaissance est tout cela ; elle est l'expansion en la personne bienfaitrice ; expansion grande, aimante. C'est le coeur de l'amour que la reconnaissance.
Le troisième acte de la sainte Vierge dut être un acte de dévouement ; l'offrande, le don d'elle- même, de toute sa vie au service de Dieu : Ecce ancilla Domini ; un acte de regret d'être si peu, d'avoir manière digne de lui
Elle s'offre à le servir tout comme il le voudra, par tous les sacrifices qu'il lui plaira d'exiger : trop heureuse de lui plaire à ce prix et de correspondre ainsi à son amour pour les hommes en son Incarnation.
Le dernier acte de Marie fut sans doute un acte de compassion pour les pauvres pécheurs, Pour le salut desquels le Verbe s'incarnait. Elle sut intéresser son infinie miséricorde en leur faveur ; elle s'offrit à réparer à leur place, à faire pénitence pour eux, afin d'obtenir leur pardon, leur retour à Dieu.
Oh ! que je voudrais adorer le Seigneur comme l'adorait cette bonne Mère ! Comme elle, je le possède à la Communion. — O mon Dieu ! donnez-moi cette bonne adoratrice pour ma vraie mère ; faites-moi part de sa grâce, de cet état d'adoration continuelle envers le Dieu qu'elle avait reçu dans son sein si pur, vrai ciel des vertus et de l'amour.
Je veux passer ma journée en union avec Marie, et, comme elle, ne vivre que pour JÉsus présent en mon coeur.
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L'Extension de l'Incarnation
Verbum caro factum est. Le Verbe s'est fait chair. JOAN., I, 14. |
1
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L'Incarnation du Verbe dans le sein de Marie nous annonce l'Eucharistie. Ce beau soleil des âmes, qui doit les vivifier et les régénérer, se lève à Nazareth : il atteindra son plein midi dans l'Eucharistie, qui sera le terme de l'amour de Dieu ici-bas. Le grain de froment divin est semé aujourd'hui dans les chastes entrailles de Marie. Il germera, il mûrira : on le broiera pour en faire le pain eucharistique. L'Incarnation est tellement liée dans le plan divin à l'Eucharistie, que la parole de saint Jean se peut traduire ainsi : Le Verbe s'est fait pain : Verbum caro, Verbum papis. Toutes les circonstances du mystère de l'Incarnation furent glorieuses pour Marie : tout est glorieux pour nous dans la Communion ; elle nous fait participant de la gloire et de l'honneur de la très sainte Vierge.
Le prologue du mystère de l'Incarnation se passe entre l'Ange et la sainte Vierge. L'Ange annonce le mystère et appelle le consentement de Marie.
L'Ange qui nous appelle à la Communion, c'est le prêtre, c'est l'Église par son organe : quel honneur pour nous ! L'Église est reine, les Anges la servent ; elle est l'Épouse : aussi, non seulement elle nous annonce le Verbe-Eucharistie, mais elle le porte, elle nous le donne. Marie ne crut à la parole de l'Ange, que sur le prodige qu'il lui annonça. Pour nous, nous pouvons croire l'Église sur sa parole. Elle est notre mère, nous sommes ses enfants, et l'on ne dit pas à une mère : Ce pain est-il un vrai pain ? Ne me donnez-vous pas une pierre pour du pain ? L'Église parle : nous la croyons sur sa parole. Du reste, elle peut donner comme l'Ange des preuves de sa:mission.
L'annonce de la Communion est donc glorieuse pour nous, comme celle de l'Incarnation le fut pour Marie. |
II
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La condition de l'Incarnation a été la virginité de Marie. Dieu ne voulait qu'une Mère vierge, et il attendit quatre mille ans que ce pur tabernacle lui fût préparé. Voilà donc que le Saintll Esprit descend en Marie. Il préserve sa virginité tout en la rendant féconde : le mystère s'opère. Dieu veut tellement la virginité dans ce plan divin, que la première prédiction qui en fut fa' s'adressait à Ève encore vierge.
A nous, Dieu nous demande la pureté de coeur : la pureté, qui est la vie de l'âme. Il veut de plus, puisque nous, n'avons pas de vertus dignes de lui, au moins un respect profond, une humilité sincère. Seigneur, je ne suis pas digne de vous recevoir : éloignez-vous plutôt de moi, qui suis un pauvre pécheur. Ce sentiment remplace tout ce qui nous manque ; Notre-Seigneur s'en contente : ce que nous n'avons pas, il nous le donnera en venant en nous ; ayons foi seulement, humilité et confiance. Notre-Seigneur fera le reste.
L'Ange pour prouver sa mission, avait annoncé à Marie le prodige de la fécondité d'Élisabeth : Car toutes choses sont possibles à Dieu, avait-il ajouté. Et l'âme, qui était stérile comme Élisabeth, deviendra féconde comme elle. Seulement croyez et recevez cette nourriture qui donne la fécondité : en un jour l'Eucharistie vous fera plus produire pour la gloire de Dieu que toute une vie sans elle Mais, au milieu de toutes les grandeurs dont l'Ange lui déroule le tableau, Marie ne voit que sa
faiblesse, son néant. Voilà notre modèle : nous que de pauvres créatures, d'indignes serviteurs, indignes du regard de Dieu... Mais puisqu'il daigne nous appeler, nous choisir, disons avec Marie . Fiai ! Qu'il me soit fait selon votre Parole.
Et le mystère qui s'opéra en Marie, s'opère alors en nous : au moment de la Communion, l'Eucharistie devient vraiment l'extension de l'Incarnation, la dilatation de cet incendie d'amour, dont le foyer est en la très sainte Trinité ; qui embrase la nature humaine, en général, dans le sein de Marie, mais n'a toute sa puissance d'extension qu'en s'unissant à chacun des enfants de l'humanité : en Marie, le Verbe s'unit à la nature humaine, par l'Eucharistie, il s'unit à tous les hommes.
Il suffisait au Verbe, pour nous racheter, de ne s'unir numériquement qu'une seule créature humaine : il voulait être seul à souffrir, à expier en son corps et en son âme, et à mourir, au nom de tous, sous l'excès des tourments.
Mais quand cette humanité eut été broyée, qu'elle fut devenue la source de toute justification, JÉSUS-CHRIST l'a changée en son Sacrement, qu'il offre à tous pour que tous puissent participer aux mérites et à la gloire du corps qu'il avait pris en Marie. Et maintenant il nous suffit de le recevoir, et en le recevant, nous avons plus que Marie : nous avons le corps glorieux et ressuscité du Sauveur, marqué encore de ses stigmates d'amour, signe de sa victoire sur les puissances de ce monde.
O merveille ! nous recevons en communiant plus que Marie ne reçut en l'Incarnation ! Marie ne portait dans son sein que le corps passible du Verbe ; nous recevons son corps impassible et céleste. Marie portait l'homme de douleurs ; nous possédons le Fils de Dieu couronné de gloire. Et nous le recevons d'une manière plus consolante : Marie voyait chaque jour s'écouler et diminuer le temps de le posséder dans ses chastes flancs. Au bout de neuf mois, elle fut séparée de ce fardeau divin : tandis que nous pouvons renouveler notre bonheur tous les jours, et jusqu'à la fin de notre vie recevoir et porter le Verbe-Eucharistie.
En formant en Marie l'humanité sainte du Verbe, le Saint-Esprit dota son auguste Épouse des dons les plus précieux : le Verbe lui apporta sa gloire et toutes les vertus réunies, à un degré inouï jusqu'alors. Et si Marie eût vu s'opérer en elle plusieurs fois ce mystère, elle eût reçu chaque fois une nouvelle dotation aussi magnifique.
C'est ce qui arrive pour nous. Chaque fois Notre-Seigneur revient avec toutes ses grâces, tous ses dons ; nous enrichit sans cesse et ne se lasse pas : semblable au soleil qui renaît chaque jour avec un éclat aussi beau, il revient chaque jour en nous aussi beau, aussi glorieux que s'il n'eût dû y venir qu'une fois.
Verbum caro factum est : Le Verbe s'est fait chair, voilà la gloire de Marie. Le Verbe s'est fait le pain de l'homme, voilà notre gloire. Notre-Seigneur s'est donné une fois pour satisfaire son amour ; il se donne sans cesse pour rassasier ses ardeurs nouvelles et infinies. Une aumône de grâces, c'est trop peu pour son Coeur ! Il se fait don, il se fait pain, et l'Église nous le distribue. Pouvait-il faire plus, aller plus loin ? Pouvait-il nous rapprocher davantage de sa Mère, non pas en dignité, non pas en vertus, mais dans l'effusion de son amour, plus grand, ce semble, dans le don qu'il nous fait, que dans celui qu'il fit à Marie ? Mais la sainte Vierge sut reconnaître les grâces de Dieu ; participant à l'honneur de Marie, oh ! aimons comme elle. |
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Le Pain de vie
Ego sum panic Je suis le pain de vie. J0AN., VI, 35.
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C'est JÉsus lui-même qui s'est donné ce nom de Pain de vie. — Quel nom ! Lui seul pouvait se l'imposer. Un ange chargé de nommer Notre- Seigneur, lui aurait donné un nom conforme à ses attributs : Verbe, Seigneur, etc. ; mais Pain, il n'eût jamais osé appeler ainsi son Dieu. Oh ! Pain de vie, voilà le vrai nom de JÉSUS : en ce nom est tout JÉSUS-CHRIST, dans sa vie, dans sa mort et après sa résurrection ; sur la croix il sera broyé, bluté comme la farine ; après sa résurrection, il aura pour nos âmes les mêmes propriétés qu'a le pain matériel pour nos corps : il sera vraiment notre pain de vie. |
I
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| Or le pain matériel alimente et soutient la vie. Sous peine de défaillir, nous devons nous soutenir Par l'alimentation : et le pain en fait la base. Le Pain est plus substantiel à notre corps que tous les autres aliments, il suffit à la vie. L'âme, physiquement parlant, a reçu de Dieu une vie qui ne peut
s'éteindre : elle est immortelle. Mais la vie de la grâce, reçue au baptême, reprise et réparée dans la pénitence, la vie de la sainteté, mille fois plus noble que la vie naturelle, ne se soutiendra pas sans nourriture ; et son aliment principal, c'est JÉsus dans l'Eucharistie. La vie retrouvée dans la pénitence se complétera en quelque sorte par l'Eucharistie qui nous purifiera des affections au péché, effacera nos fautes journalières, nous donnera des forces pour être fidèles à nos bonnes résolutions, et éloignera de nous les occasions de chute.
Le Seigneur l'a dit : « Celui qui mange ma chair a la vie. » — Quelle vie ? la propre vie de JÉsus : « Comme le Père qui est vivant m'a envoyé et que moi je vis par mon Père, ainsi, celui qui mange ma chair vivra par moi. » L'aliment communique, en effet, à celui qui s'en nourrit, sa propre substance. JÉSUS ne se changera pas en nous : il nous changera en un autre lui-même.
Notre corps même recevra dans la Communion un gage de résurrection ; et dès cette vie il sera plus tempérant, plus soumis à l'âme. Il ne fera que reposer dans la tombe, conservant le germe eucharistique, source pour lui d'une gloire plus éclatante au jour des récompense |
II
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Mais on nc mange pas seulement pour soutenir sa vie : on mange pour prendre des forces autant qu'en exigent les travaux de la vie ; manger pour ne pas mourir c'est à peine de la prudence, et c'est insuffisant. Le corps doit travailler, et dans son travail il devra dépenser non de sa substance, ce qui l'anéantirait bientôt, mais de son superflu qu'il trouvera dans la nourriture ; c'est une loi, qu'on ne donne pas ce que l'on n'a pas : et l'homme condamné à un travail pénible qui ne trouve le soir qu'une nourriture insuffisante, tombe bientôt sans vigueur.
Or plus nous voulons nous approcher de Dieu et pratiquer la vertu, plus nous devons nous attendre aux combats ; par conséquent aussi devons-nous prendre plus de forces pour n'être point vaincus. Eh bien ! pour toutes ces luttes de lavie chrétienne, l'Eucharistie seule vous donnera des forces suffisantes. La prière, la piété, languissent bientôt sans l'Eucharistie. La vie pieuse n'est qu'un crucifiement continuel de notre nature, et, prise en elle-même, elle n'a rien d'attrayant : on ne va pas au-devant de la croix si l'on ne sent doucement soutenu. — Règle générale : la piété sans la Communion est une piété morotertm et morte.
Du reste, consultez-vous. — Quand vous avez abandonné vos communions, comment avez-vous rempli vos autres devoirs ? Ni le Baptême, qui donne la vie ; ni la Confirmation , qui l'augmente ; ni la Pénitence , qui la répare, ne suffisent tous ces sacrements ne sont qu'une préparation à l'Eucharistie, qui les complète et les couronne.
Jésus a dit : Suivez-moi. — Mais c'est difficile, cela demande des efforts : cela exige la pratique des vertus chrétiennes ; or celui-là seul qui demeure en Notre-Seigneur porte beaucoup de fruits ; et comment demeure-t-on en Notre- Seigneur, si ce n'est en mangeant sa Chair et en buvant son Sang ? Qui manducat meam Camer et bibit meum Sanguinem, in me manet, et ego in ego Quand nous avons Jésus en nous, nous sommes deux, et le fardeau ainsi partagé est léger. Aussi saint Paul disait : Je puis tout en Celui qui me fortifie ; et Celui qui le fortifie ainsi, est Celui qui vit en lui comme en nous, le CHRIST-JÉSUS. |
III
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De plus, et quoi qu'il en paraisse, le pain renferme certaines délices. La preuve, c'est qu'on ne s'en fatigue jamais. Qui s'est jamais dégoûté du pain, alors même que toute nourriture lui paraissait insipide ? Et bien, où se trouve la douceur substantielle, sinon dans ce rayon de miel qui s'appelle l'Eucharistie ? Aussi ces piétés qui ne se nourrissent pas fréquemment de l'Eucharistie ne sont-elles pas suaves ; elles ne sont pas transparentes de l'amour de JÉSUS-CHRIST. Elles sont dures, austères, sauvages, on ne les aime pas, elles n'attirent pas ; elles ne sont pas semées en l'amour de JÉSUS. Elles ne veulent aller à Dieu que par le sacrifice. C'est une bonne voie : mais qu'il est à craindre que cet arc trop tendu ne se brise dans le découragement ! Ceux qui vont par cette voie ont sans doute bien du mérite ; mais ils n'ont pas le coeur, les tendresses de la sainteté, qui ne se trouvent qu'en JÉSUS.
Vous voulez marcher sans la communion ? Mais, mon pauvre frère, la tradition chrétienne vous condamne ! Ne dites plus le Pater, puisque vous demandez dans cette prière votre pain de chaque jour, dont vous voulez vous passer !
Non, sans la Communion on est toujours dans le pénible du combat ; on ne connaît les vertus que par ce qu'elles coûtent à acquérir ; on ignore le côté le plus attrayant des vertus à savoir : la joie de travailler non seulement pour soi, mais pour la pure gloire de Dieu, par amour pour lui, par amitié, comme des enfants, sans y être poussé uniquement u ement par l'espoir de la récompense.
Celui qui communie comprend facilement que, recevant beaucoup, il doit rendre beaucoup : c'est la piété intelligente,la piété filiale et aimante.
Aussi la Communion rend heureux dans les plus grandes épreuves, heureux d'un bonheur aimable et doux. — C'est le comble de la perfection, de se maintenir uni à Dieu au milieu des tentations intérieurs les plus violentes : et c'est quand vous êtes le plus tenté, que Dieu vous aime le plus ; seulement, pour que ces tempêtes ne vous brisent point, sachez : ez revenir souvent à la source de l'amour prendre de nouvelles forces, et vous purifier davantage dans ce torrent de grâce et d'amour.
Communiez donc ; mangez le pain de vie, si vous voulez avoir une vie saine, des forces suffisantes pour le combat chrétien du bonheur au sein même de l'adversité.
L'Eucharistie est le pain des faibles et des forts : elle est nécessaire à ceux qui sont faibles, c'est évident ; et à ceux qui sont forts, parce qu'ils portent leur trésor dans des vases d'argile, entourés de toutes parts d'ennemis acharnés.
Assurons-nous donc une garde, une escorte sûre, un viatique fortifiant : ce sera Jésus, notre Pain de vie. |
Communion
La Communion, manne des élus
Panem de calo prastitisti eis, omne delectamentum in se habentem.
Vous nous avez donné, ô mon Dieu, un pain céleste qui renferme toute saveur. SAP., XVI, 20.
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La manne que Dieu faisait descendre chaque matin dans le camp des Israélites avait toutes sortes de goûts et de vertus : elle réparait les forces défaillantes, donnait de la vigueur au corps, et c'était un pain de suavité.
L'Eucharistie, qu'elle figurait, contient aussi toute vertu : elle est un remède pour nos infirmités spirituelles; une force pour nos défaillances journalières ; une source de paix, de joie et de bonheur. |
I
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L'Eucharistie, selon le concile de Trente, est un antidote divin qui nous délivre des fautes quotidiennes et nous préserve des mortelles : c'est un feu qui consume en un instant la paille de nos infirmités spirituelles.
La sainte Communion, c'est le combat. de Dieu en nous contre notre concupiscence ; contre le démon que nos passions mauvaises appellent sans cesse, et qui possède une partie de nous-mêmes par la connivence qu'il a avec nos appétits déréglés. Jésus n'a-t-il pas dit : Vous tous qui gémissez sous le poids de l'esclavage de vos anciens péchés, venez à moi, et je vous soulagerai, et je vous délivrerai ? »
La Pénitence nous lave de la tache de la faute ; mais, tout purifiés que nous soyons, il nous reste des marques de nos chaînes, une pente à retomber : le démon, chassé, conserve des intelligences dans la place. JÉsus vient en nous pour détruire les restes de nos péchés, contrebalancer notre pente mauvaise, et empêcher le démon de nous réduire de nouveau en sa puissance. |
II
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La sainte Communion est plus qu'un remède ; elle est une force : elle nous aide puissamment à devenir bons, vertueux et saints.
Certes, il est difficile d'acquérir une vertu chrétienne. Une vertu est une qualité de Jésus dont nous devons nous revêtir ; c'est une éducation divine, ce sont les moeurs de Jésus en nous. Or dans la sainte Communion, JÉsus se forme lui-même en nous : il devient notre propre Maître. Il éveille par les inspirations de son amour la reconnaissance que nous lui devons comme à notre bienfaiteur, le désir de lui ressembler, le pressentiment du bonheur qu'il y a à l'imiter et à vivre de sa rropre vie. Que la vertu a de charmes à l'école de la Communion ! Comme l'humilité est facile quand on a communié, qu'on a vu le Dieu de gloire s'humilier jusqu'à venir dans un coeur si pauvre, dans un esprit si ignorant, dans un corps si misérable !
Comme la douceur est facile sous l'action de la bonté si tendre de JÉSUS se donnant à nous dans la douceur de son Coeur !
Comme le cher prochain est beau quand on le voit nourri du même pain de vie, assis à la même Table divine, aimé avec tant d'effusion par Jésus-Christ
Comme la pénitence, la mortification, le sacrifice perdent leur amertume quand on a reçu Jésus crucifié!
Comme le communiant sent en lui l'impérieux besoin d'embrasser la vie de Celui qui l'a sauvé, qui lui a donné l'Eucharistie !
Le chrétien est bien plus vite formé au cénacle qu toute autre école. — C'est que dans la Communion toutes les grâces agissent à. la fois ; toutes les vertus du Sauveur se réfléchissent en notre âme sous l'action, puissante de ce Soleil divin qui est en nous, qui nous pénètre de sa lumière et de ses feux.
C'est que la Communion est le moule de Jésus en nos âmes et en nos corps. Entendez, en effet, cette parole de Jésus : Celui qui mange mon Corps et mon Sang demeure en moi, et je demeure en lui. » C'est donc une cohabitation de Jésus dans le communiant, du communiant en Jésus ; une société de deux vies, une union ineffable d'amour, une même vie en deux personnes.
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III
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La sainte Communion est encore le bonheur. Qu'est-ce que le bonheur, sinon la possession d'un bien infini, la possession réelle et permanente de Dieu ? Or, voilà le fruit divin de la sainte Communion.
Elle est encore la paix. JÉSUS est le Dieu de la paix. « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix, dit-il à ses Apôtres après les avoir communiés ; non pas comme le monde la donne, avec des troubles et des tempêtes, mais la paix de Dieu, si suave qu'elle dépasse tout sentiment. » D'un mot JÉsus apaise les tempêtes, d'un regard il dissipe et terrasse nos ennemis.
Elle est encore la douceur, la Communion. C'est la vraie manne qui satisfait tous nos désirs, parce qu'elle contient toute suavité ; c'est le parfum céleste du beau lis de la vallée, qui nous ravit en Dieu.
L'âme humble et recueillie sent en son âme un certain tressaillement causé par la présence de JÉSUS-CHRIST ; elle se sent dilatée sous l'action de ce Soleil d'amour ; elle éprouve un bien-être, une agilité, une suavité, une force d'union, d'adhésion à Dieu qui ne vient pas d'elle-même ; elle sent Jésus en tout son être ; elle se voit comme un paradis habité par Dieu, dont elle veut être la cour, répétant toutes les louanges, les actions de grâces, les bénédictions que les Anges et les Saints chantent à Dieu dans la gloire.
Heureux moment de la Communion, qui nous fait oublier l'exil et ses misères
O doux repos de l'âme sur le Coeur même de Jésus !
Il le savait bien, ce bon Maître, que nous avions besoin de temps en temps de goûter la douceur de l'amour !
On ne peut pas toujours être sur le Calvaire de la douleur, ouleur, ni dans la mêlée du champ de bataille. L'enfant a besoin du sein de sa mère ; le chrétien, du sein de JÉSUS.
La vertu donc, sans la Communion, est comme la force du lion : elle est le résultat du combat, de la violence ; elle est dure. Pour qu'elle ait la douceur de l'agneau, il faut boire le Sang de l'Agneau sans tache, manger ce miel du désert.
Après tout, le bonheur fait l'amour : on n'aime que ce qui rend heureux. — Ne cherchez donc pas ailleurs. Le Sauveur n'a pas mis ce bonheur divin dans les vertus, ni dans ses autres mystères ; Il ne l'a mis qu'en lui-même : il faut le manger lui-même pour goûter pleinement son bonheur. — « Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux, » a dit le prophète. Et Notre-Seigneur a dit aussi :
Celui qui mange ma Chair et boit mon Sang à la vie éternelle. » Mais la vie éternelle, c'est le ciel, la sainteté béatifiée en JÉSUS-CHRIST.
Les vertus du Sauveur ne sont donc que le chemin ; les divers mystères de sa vie, de sa Passion même, ne sont que les voies diverses qui doivent aboutir au Cénacle eucharistique ; c'est là seulement que Jésus a établi sa demeure permanente ici-bas ; c'est là qu'il faut demeurer, vivre et mourir.
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La Communion , joie de l'esprit
Et exultavit spiritus meus in Deo salutari meo.
Mon esprit s'est réjoui en Dieu mon Sauveur. Luc., i, 47
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I
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Dieu a voulu nourrir notre esprit, et il lui a donné son pain. C'est l'Eucharistie annoncée par les Saintes Lettres: Je les nourrirai du pain de vie et de l'intelligence.
Or il n'y a pas sur terre de plus grandes joies que les joies de l'esprit. Le contentement du coeur dure moins, parce qu'il s'appuie sur le sentiment, qui est sujet à changer facilement. La vraie joieest celle de l'esprit consiste dans la connaissance paisible de la vérité.
Les âmes groissières, les esprit légers, ne se réjouissent spirituellement de rien. Les âmes pieuses qui ne se recueillent pas n'éprouveront jamais de vraies jouissances spirituelles ; et la légèreté d' esprit est le plus grand obstacle au règne de Dieu dans une âme. Si vous voulez goûter Dieu et jouir de sa présence, il faut vous recueillir et faire oraison. Mais toutes vos méditations, si elles ne prennent pour base la Communion , seront encore sans vrai bonheur, et vous n'en sentirez que les perpétuels sacrifices. JÉSUS-CHRIST s'est réservé de nous faire goûter par lui-même les vraies joies. L'âme qui ne communie que rarement ne donne pas à Dieu le moyen de demeurer dans son coeur d'une manière assez efficace ; celle , au contraire, qui le reçoit souvent, se trouve plus souvent et plus longtemps en sa présence : elle le voit, le contemple à loisir ; elle finit par le bien connaître, et dès lors elle jouit de lui.
Dans la Communion , nous jouissons de Notre- Seigneur en Notre-Seigneur lui-même : c'est là que nous avons avec lui les rapports les plus intimes, rapports qui produisent la connaissance vraie et profonde de ce qu'il est ; c'est là que JÉSUS se manifeste le plus complètement à nous. La foi est une lumière : la Communion est une lumière et un sentiment |
II
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Cette manifestation de Jésus par la Communion ouvre notre esprit et lui donne une aptitude particulière à connaître toujours davantage les choses de Dieu. De même que les élus reçoivent la puissance de contempler l'essence et la majesté de Dieu sans en être éblouis ; de même JÉSUS, dans la Communion , augmente notre puissance de connaître : au point que, dans une même personne, la différence est immense, selon que vous la considérez avant ou après la Communion. Voyez l'enfant avant sa première Communion : il comprend le mot à mot, le sens littéral des paroles de son catéchisme. Après la Communion , son esprit est comme transformé : il comprend et il sent : il est avide d'une plus grande connaissance de JÉSUS- CHRIST. Dites-lui toutes les vérités, il est fortifié et disposé à les entendre.
Pourriez-vous expliquer ce phénomène ? Avant la Communion , vous entendez parler de JÉSUS- CHRIST, vous le connaissez : on vous parle de sa croix, de ses douleurs; cela vous émeut sans doute; vous vous attendrissez même. Mais qu'on vous expose ces mêmes vérités après que vous avez communié, oh ! combien votre âme est plus émue ! Elle ne peut se rassasier, elle comprend bien plus parfaitement. Avant la Communion , vous contempliez Jésus hors de vous ; maintenant, vous le contemplez en vous, avec ses propres yeux !
C'est le mystère d'Emmaüs renouvelé. JÉsusCHRIST instruisait les deux disciples en chemin ; il leur expliquait les Écritures. Leur foi demeurait chancelante, bien qu'ils sentissent en eux quelque secrète émotion. Mais ils participent à la Fraction du pain : aussitôt leurs yeux s'ouvrent, leur coeur se dilate. La voix de JÉSUS n'avait pas suffi à leur manifester sa présence : il fallait qu'ils sentissent son Coeur, qu'ils se nourrissent du vrai Pain de l'intelligence!
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III
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En second lieu, cette joie de l'esprit, cette manifestation que Jésus nous fait de lui-même par la Communion, produit en nous le goût de Dieu. Ce goût de Dieu est un sentiment qui nous introduit dans les douceurs de son Coeur, dans le sanctuaire de son Esprit ; ce goût nous le fait connaître plus par impression que par raisonnement. Il nous donne un attrait puissant pour l'Eucharistie et pour toutes les choses qui regardent le saint Sacrement ; il nous fait pénétrer sans peine en Jésus-Christ. C'est presque un mystère que cette facilité, que cet attrait ; c'est la grâce spéciale de la Communion. C'est l'esprit de famille avec Dieu. D'où vient, dans une famille, l'unité de sentiments, de moeurs, de manières d'agir ? De l'esprit de famille, de cet amour de la famille qui porte tous ses membres à s'aimer les uns les autres. C'est là le lien de la famille naturelle.
Dans la Communion, nous entrons dans l'amour, dans le Cœur de Notre-Seigneur : nous prenons l'esprit de son amour, son propre sens, son propre jugement. La première grâce de la Communion n'est-elle pas, en effet, une grâce de recueillement qui nous fait pénétrer en Jésus-CHRIST et cornant." niquer avec lui d'une manière intime ? d' intime. Celui qui ne communie pas, ne connaît par la foi que le vêtement, que l'extérieur de Notre-Seigneur. On ne connaît bien Jésus-Christ qu'en le prenant, comme on ne sent bien la douceur du miel qu'en le goûtant. Alors on peut dire avec un grand saint : Je connais davantage la vérité de JÉSUS-CHRIST, son existence, ses perfections, par une seule Communion, que par tous les raisonnements possibles. »
Sachez bien ceci : la vie est si courte, que si nous ne devions arriver à la connaissance de la vérité en général, et à celle de Dieu en particulier, que par les démonstrations de la raison, nous ne connaîtrions jamais que quelques vérités. Mais Dieu a voulu que nous connussions beaucoup par impression : il a mis en nous un instinct non raisonné qui nous fait distinguer le bien du mal, le vrai du faux ; il a mis en nous la sympathie et l'antipathie. Or, dans le travail de la connaissance de Notre-Seigneur, nous sentons d'abord sa bonté ; et de là, nous allons à ses autres qualités, plus par contemplation, par vue, par instinct, que par raisonnement.
Et c'est un défaut de beaucoup de personnes de vouloir toujours raisonner dans l'action de grâces, qui est l'oraison par excellence : en parlant trop, elles paralysent l'effet de leur Communion.
Écoutez donc un peu Notre-Seigneur après la Communion. Ce n'est pas le moment de chercher, mais de goûter. C'est le moment où Dieu s'enseigne par lui même. Et erunt docibiles Dei-
Comment une mère enseigne-t-elle à son petit enfant l'amour et la bonté sans limites qu'elle de lui ? Elle se contente, par son dévouement, de lui montrer qu'elle l'aime. Ainsi fait Dieu dans la Communion. Rappelez-vous bien que celui qui ne communie pas ne connaîtra jamais le Coeur de Notre-Seigneur, ni l'étendue de son amour. Le cœur ne se fait connaître que par lui-même : il faut le sentir, sentir ses battements.
Quelquefois vous n'éprouvez aucun sentiment de joie spirituelle à la Communion. Attendez. Le Soleil se cache, mais il est en vous ; vous le sentirez quand il faudra, soyez-en sûr. — Que dis-je ? vous le sentez déjà ! N'avez-vous pas la paix, un désir de glorifier Dieu davantage ? Et qu'est-ce, sinon le battement du Coeur de Notre-Seigneur en vous ? |
IV |
Enfin, la manifestation de Notre-Seigneur dans la Communion laisse à l'âme le besoin de sa présence et de ses entretiens. L'âme qui a connu Notre-Seigneur, qui a joui de lui, ne se réjouit plus de rien ; et les créatures la laissent froide et indifférente, par la comparaison qu'elle en fait avec JÉSUS. Dieu a déposé en elle un besoin que personne, que rien de créé ne pourra satisfaire.
Elle éprouve, en outre, un désir continuel de Jésus et de sa gloire. Marcher toujours, sans s'arrêter pour jouir du repos ici-bas, telle est sa devise. Elle ne soupire qu'après Jésus, qui la mène de clarté en clarté. JÉSUS est inépuisable, et celui qui le mange ne saurait être rassasié ni l'épuiseril veut pénétrer toujours plus avant dans les abîmesde son ! amour.
A donc jouir souvent de Notre-Seigneur dans la Communion , si vous voulez le comprendre véritablement !
Craignez l'abus, dira-t-on. — Est-ce que les élus abusent, en jouissant de Dieu ? Non, non, ils ne jouissent jamais trop ! — Gustate ! Goûtez le Seigneur, et vous verrez ; après avoir communié, vous comprendrez !
Quel malheur que nous ne soyons pas cru ! On veut juger Dieu par la foi seulement. Mais goûtez donc, vous jugerez après ! Et si les incrédules voulaient se mettre dans la disposition de bien recevoir JÉSUS-CHRIST, ils comprendraient bien plus tôt et bien mieux que par toutes les paroles et tous les raisonnements. L'ignorant, du reste, qui communie bien, en sait plus que le savant plein d'érudition qui ne communie pas.
Je me résume, et je dis que le bonheur de l'intelligence se trouve au suprême degré dans la Communion, et qu'on est d'autant plus heureux spirituellement que l'on communie plus souvent. Dieu est leseul principe du bonheur ; le bonheur n'est qu'en lui, et il s'est réservé de le donner par lui-même. Et c'est fort heureux qu'il faille aller jus- qu'a Dieu lui-même pour trouver le bonheur ! De cette façon nous ne nous livrons pas aux hommes, nous ne mettons pas en eux notre fin. Le prêtre même ne saurait vous donner le bonheur. Il vous fait participer aux fruits de la Rédemption , vous purifie de vos péchés, et vous donne la paix d'une conscience pure ; il ne saurait vous donner le bonheur et la joie.
Marie elle-même, qui est la Mère des miséricordes, vous ramènera dans la voie, apaisera la colère de son Fils irrité contre vous : Dieu seul vous donnera la joie et le bonheur. Les Anges l'ont dit aux bergers : Je vous annonce une grande joie : celui qui en est la cause et la source, le Sauveur-Dieu, vous est né.
Réjouissons-nous ! Ce Sauveur est encore sur l'autel pour verser dans nos coeurs, en y venant, autant de joie et de bonheur que nous en pourrons porter, en attendant les joies inénarrables qui ne finiront jamais dans la Patrie ! |
La Communion et la loi d'amour
Dabo legem meam in visceribus eorum, et in corde eorum scribam eam.
Je graverai ma loi au plus intime de leur coeur. JEREM., xxxi, 33.
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Non seulement la Communion éclaire notre esprit par une grâce spéciale, et nous révèle par impression plutôt que par raisonnement tout ce qu'est Notre-Seigneur, elle est encore et surtout la révélation pour notre cœur de la loi d'amour.
L'Eucharistie est le Sacrement de l'amour par excellence. Les autres Sacrements sont bien des Preuves que Dieu nous aime : ce ne sont que des dons de Dieu. En l'Eucharistie, nous recevons l'Auteur de tout don : Dieu lui-même.
Aussi est-ce en la Communion surtout que nous apprenons à connaître la loi de l'amour qu'est venu révéler Notre-Seigneur ; là que nous recevons ide a grâce toute te spéciale de l'amour ; là, enfin, que nous trouvons plus qu'ailleurs l'exercice, la vertu de l'amour. |
I
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Et d'abord, qu'est-ce que l'amour ? C'est le don. C'est pour cela que dans la très sainte Trinité le Saint-Esprit, qui procède comme amour, est pro. prement le Don.
A quoi reconnaît-on l'amour ? — A ce qu'il donne.
Or voyez ce que Notre-Seigneur nous donne en l'Eucharistie : toutes ses grâces et tous ses biens sont pour nous ; il se donne lui-même, la source de tout don. Dans la Communion nous participons aux mérites de toute sa vie : là nous sommes obligés de reconnaître l'amour de Dieu pour nous, parce que nous y recevons le don total et parfait.
Comment avez-vous commencé à aimer votre mère ? Il y avait en vous un germe, un instinct d'amour ; mais il dormait sans signe de vie. L'amour de votre mère l'a réveillé : elle vous a donné ses soins, ses souffrances : elle vous a nourri de sa substance : à ce don généreux vous avez reconnu son amour.
Eh bien ! Notre-Seigneur se donnant à vote tout entier, à vous en particulier, vous prouve invinciblement qu'il vous aime personnellement d'une manière infinie. Car il est dans l'Eucharistie pour vous et tout entier pour vous. Les autres en jouissent aussi, c'est vrai ; mais comme ils profitent du soleil sans vous empêcher de jouir de ses rayons autant que vous pouvez le désirer.
Ah ! que voilà bien cette loi d'amour gravée dans nos cœurs par Dieu lui-même dans la Com munion ! Dieu avait dit autrefois : « Je n'écrirai plus ma loi sur des tables de pierre, mais dans vos coeurs, avec des caractères de feu. » Ah ! celui qui ne connaît pas l'Eucharistie ne connaît pas l'amour de Dieu ! Tout au plus en sait-il quelques effets, comme le mendiant reconnaît la liberté du riche aux quelques pièces de monnaie qu'il en reçoit. Mais dans la Communion le chrétien se voit aimé par tout ce que Dieu a de puissance d'aimer, par tout lui-même. Si donc vous voulez vraiment connaître l'amour de Dieu pour vous, recevez l'Eucharistie, et puis regardez en vous : vous n'avez pas besoin de chercher ailleurs d'autres témoignages. |
Il
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La Communion nous donne la grâce de l'amour.
Pour aimer Notre-Seigneur d'un amour d'amitié, il faut une grâce spéciale : JÉSUS, en venant en nous, apporte cette grâce en même temps qu'il en met l'objet en notre âme, c'est-à-dire lui-même. Notre-Seigneur ne demande pas avant la Cène à ses disciples d'aimer comme il les avait aimés ; il ne leur dit pas encore : « Demeurez dans mon amour. » C'était trop fort pour eux ; ils n'auraient pas compris. Mais après la Cène il ne dit plus seulement : « Aimez Dieu, aimez votre prochain : » mais : « Aimez-moi d'un amour de frère, de familiarité ; d'un amour qui soit votre vie et la loi de votre vie. » Non jam dicam vos servos, sed amicos meos.
Non, si vous ne communiez pas, vous ne pourrez aimer Notre-Seigneur comme votre créateur, votre rédempteur, votre rémunérateur : vous ne verrez jamais en JÉSUS votre ami ! L'amitié est basée sur l'union, sur une certaine égalité : ces deux choses ne se trouvent avec Dieu que dans l'Eucharistie. Qui donc oserait s'appeler l'ami de Dieu et se croire digne de son affection particulière ? Le domestique qui traiterait son maître en ami l'insulterait : il faut que son maître lui en donne le droit en l'appelant le premier de ce nom. Mais quand Dieu lui-même est venu s'asseoir à notre foyer ; quand il est venu nouer avec nous société de vie, de biens, de mérites ; quand il a ainsi fait les avances, je ne suis plus trop osé, et je l'appelle avec raison mon ami. Aussi après la Cène Notre-Seigneur le dit à ses Apôtres : « Je ne vous appellerai plus mes serviteurs. — Comment donc les appellerez-vous, Seigneur ? Gloire de Dieu, Force de Dieu, Médecine de Dieu, comme les Archanges ? — Non, plus que tout cela : je vous appellerai mes amis. Vous êtes mes amis, parce que tout ce que j'ai reçu de mon Père je vous l'ai donné ; vous êtes mes amis, parce que je vous ai confié mon secret royal.
II fera plus encore : il apparaîtra à Madeleine, et lui dira : Va annoncer à mes frères ce que tu as vu. » Quoi ! à ses frères ? Se peut-il quelque chose de plus ? Et les Apôtres n'avaient communié qu'une fois ! Qu'en sera-t-il de ceux qui, comme nous, l'ont reçu si souvent ?
Qui craindra maintenant d'aimer Notre-Seigneur de l'affection la plus tendre ? Que vous trembliez avant la Communion , en pensant à ce que vous êtes et à Celui que vous allez recevoir, c'est bien ; vous avez alors besoin de sa miséricorde.
Mais, après, réjouissez-vous ! Il n'y a plus de place pour la crainte : l'humilité doit même céder à la joie. Voyez Zachée, quelle joie il témoigne quand Notre-Seigneur accepte son hospitalité ! — Mais voyez aussi comme cette réception l'embrase :il est prêt à tout sacrifier, à réparer dix fois tous ses torts.
Plus vous communierez, plus votre amour s'enflammera, , plus vous aurez le coeur large, plus votre affection deviendra tendre et brûlante parce que son foyer sera plus intense. JÉSUS dépose en nous sa grâce d'amour : il vient lui-même allumer en nos coeurs le foyer de l'incendie, il l'entretient par ses fréquentes visites, il fait l'expansion de cette flamme dévorante ; c'est vraiment le charbon ardent qui nous embrase : carbo qui nos inflammat (1) . Et ce feu ne s'éteindra pas si nous le voulons ; car son foyer ce n'est pas nous qui l'entretenons, c est Jésus-Christ lui-même qui lui donne Sa force et son action : ne l'étouffez pas volontairement par le péché, il brûlera sans s'éteindre jamais.
Pauvres chrétiens qui communiez une fois par an, qu'attendez-vous de là ? Mettez donc plus souvent votre petite flamme en contact avec cette fournaise ; faites-le tous les jours s'il le faut. Croyez-vous pouvoir brûler si vous n'entretenez votre foyer ?
III
La Communion nous fait exercer la vertu de l'amour. — L'amour vrai et parfait n'a son plein exercice que dans la Communion. Le feu qui n'a pas d'expansion s'éteint. Or Notre-Seigneur voulant être aimé de nous, et voyant combien nous sommes incapables de le faire, met en nous son propre amour, vient aimer en nous. Alors nous travaillons sur un objet divin. — Il n'y a pas de passage, pas de transition. — Nous sommes immédiatement dans la grâce et dans l'objet de l'amour. C'est pourquoi nos mouvements d'amour pendant l'action de grâces sont meilleurs ou plus ardents : nous sommes plus près de celui qui les forme. Épanchez-vous alors en Notre-Seigneur, aimez-le tendrement.
Ne cherchez pas tant les actes de telle ou telle vertu. Faites croître Notre-Seigneur en vous, dilatez-vous, faites société avec lui ; qu'il soit votre fonds de négoce spirituel ; vos gains doubleront, parce que votre fonds aura doublé. En travaillant avec et sur Notre-Seigneur, vous ferez un bénéfice bien plus avantageux qu'en travaillant uniquement à augmenter vos vertus par des actes multipliés.
Recevez Notre-Seigneur et gardez-le le plus longtemps possible, en lui faisant une large place en vous. Dilater Notre-Seigneur en soi, voilà le plus parfait exercice de l'amour ; sans doute l'amour pénitent et souffrant est bon et méritoire, mais il rétrécit le coeur et l'accable sous la pensée des sacrifices à supporter sans cesse. Ici, au contraire, le coeur se dilate dans l'expansion la plus franche et la plus entière : il s'épanouit.
Celui qui ne communie pas ne comprend pas ce langage : qu'il se jette un peu dans ce feu divin, et il le comprendra.
Non, il ne suffit pas de croire à l'Eucharistie ; il faut encore agir d'après les lois qu'elle impose. Or elle est par-dessus tout le Sacrement d'amour. La volonté de Notre-Seigneur est que nous participions à cet amour, et que nous nous en inspirions. Venez donc à JÉSUS par affection. Humilions-nous, c'est vrai ; mais que l'amour, le désir an moins d'aimer véritablement nous domine. Désirons-nous épancher en son Coeur, témoignons- lui tendresse et notre affection : nous saurons alors tout ce qu'il y a d'amour dans l'adorable Eucharistie
1. Saint Jean Chrysostome. |
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