XIII
SAINT JEAN, MODÈLE DE CHARITÉ |
« Dieu a tellement aimé le monde, dit l'Apôtre de la charité, qu'il a donné son Fils unique » (Jean, in, 16). Jamais personne n'a peut-être aussi bien éprouvé la vérité de cette parole que saint Jean lui-même. |
| 1. La croissance de sa charité. |
Le Fils de Dieu, en son amour infini, vient au monde dans la solitude et l'abandon, entouré de l'affection d'un très petit nombre. Pénétré de cette pensée, le coeur brûlant d'amour, Jean la rappellera plus tard dès le début de son évangile : « Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas reçu! » (I,II). Avec quelle tristesse dut-il tracer ces mots ! Comme il brûlait du désir de trans former le monde entier à l'image de son propre coeur!
Saint Jean nous est un modèle. Son exemple nous montre comment croît dans une âme la charité, le principe de vie. Il nous a livré le secret de sa propre expérience.
Il se souvient du jour de sa première rencontre avec le Sauveur, vers la quatrième heure après midi
« Maître, où habitez-vous ? » lui demanda-t-il. Jésus, s'adressant à lui et à son frère, répondit : « Venez et voyez ! » (Jean, I, 38-39). Et tous deux le suivirent. C'es t ainsi que l'apôtre vint pour la première fois à l'école du Sauveur.
En suite, que se passa-t-il dans son coeur ? Nous sommes au moins certains d'une chose : c'est que toute parole qui tombait des lèvres divines et toute la charité du Sauveur pénétraient dans l'âme du disciple bien- aimé. Et de même qu'un lac alpestre reflète les plantes et les arbres qui croissent sur ses rives, la lumière et le scintillement des étoiles, de même se reflétait dans son âme la charité du Sauveur : elle y grandit, et c'est ainsi qu'il en devint l'apôtre.
Et quelle fut sa récompense ? Le Seigneur en fit le confident de ses mystères, de ceux-là mêmes qu'il cacha aux autres. Jean le voit transfiguré sur le Thabor. A la dernière Cène, il a le privilège d'appuyer sa tête sur la poitrine du Maître et d'entendre les battements de son divin Coeur. A l'heure suprême, au pied de la Croix , Jean le contemple agonisant. Nous le retrouvons au Sépulcre. Il est toujours près du Sauveur. |
2. Immortalité de sa charité. |
Au dernier chapitre de son Évangile, saint Jean nous rapporte le remarquable épisode que voici.
Le Sauveur a réuni ses apôtres pour les informer de son prochain départ. Après leur avoir donné tout pouvoir pour propager son royaume, il prédit à chacun son avenir. « Quand tu étais jeune, dit-il à Pierre, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas ». « II dit , cela, ajoute saint Jean, pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu ». Pierre demanda alors : « Et celui-ci, Seigneur, que deviendra-t-il ? » Jésus lui répondit : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que j e vienne, que t'importe ? » (Jean, xxi, 18-23).
Paroles mystérieuses ! C'est pourquoi le bruit se répandit dans la primitive Église que Jean ne devait pas mourir. Jean mourut cependant, mais non son ardent amour du Sauveur, et jusqu'à la fin du monde le disciple de l'amour en restera le vivant modèle.
Son exemple nous touche plus particulièrement. Chacun dans la vie religieuse n'aspire-t-il pas à une pareille charité ? Une religieuse, un prêtre ne peut vivre sans l'amour de Dieu; sans cet amour, il n'est qu'un mercenaire, qui abandonne les brebis à elles-mêmes, sans pâture.
Mais, Seigneur, dites-nous, d'où vient que malgré notre vif désir de vous aimer et malgré nos prières nous ne sommes pas exaucées ?
La faute en est à nous. Jésus, en effet, s'est engagé à exaucer les âmes qui lui demandent la grâce de l'amour de Dieu; mais il se trouve en notre coeur des défauts qui font obstacle à cet amour vivant, véritable et profond.
Certains de ces défauts proviennent, pour notre profit et notre plus grand bien, de la vie commune. C'est ainsi, par exemple, qu'il nous arrive facilement de ressentir un désir désordonné d'attirer sur nous l'attention, ou de nous représenter quelque mode d'ambition sous le voile du zèle. Or, ce n'est pourtant que pour Dieu seul que nous devons travailler et souffrir.
Nous n'agissons d'une manière profitable que là où Dieu nous place, où la sainte obéissance nous conduit.
Voyez l'exemple du Sauveur. Pendant quarante jours, il jeûne, il veille et il prie dans le désert, loin des regards du monde. Si les fonctions qui nous ont été attribuées s ont modestes et obscures, sachons nous en contenter et nous y tenir tant qu'il plaira à Dieu. Le zèle n'est souvent qu'un voile à l'ambition et à l'amour-propre. Quelles en sont les tristes conséquences quand on s'y abandonne! Ceux qui ont le coeur rempli d'amour de Dieu évitent cette faute et suivent modestement la voie qui leur est tracée par la Providence. Voilà l'alpha et l'oméga de toute piété. |
Les souffrances et les épreuves
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XIV
1. Dieu veut que nous passions par la voie de la souffrance. |
Le Seigneur se rendait un jour à Emmaüs avec deux disciples. Les voyant si défiants et si incapables de comprendre le mystère de la Croix malgré tout ce qu'il leur avait précédemment enseigné, Jésus leur dit avant de se faire reconnaître : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît toutes ces choses pour entrer dans sa gloire ? » (Luc, xxiv, z6).
Telle était, en effet, la volonté du Père. La voie de la souffrance devait précéder la gloire de la Résurrection et de l'Ascension. Le croyons-nous aussi ? C'est une vérité fondamentale. L'admettons-nous bien d'esprit et de coeur ? Nous sommes comme les disciples d'Emmaüs. Qu'il faille descendre pour monter, nous avons de la peine à nous en convaincre. Et pourtant, il nous faut suivre la voie qui nous a été marquée par la Providence , celle qu'a suivie le Seigneur. Il n'en est pas d'autres pour nous que la sienne, celle par laquelle il est allé vers le père. Or, quelque répugnance que nous ayons à l' a dmettre, c'est la voie de la souffrance !
La souffrance est une marque d'amour.
Nous sommes plutôt portées à y voir un châtiment. « Quelle faute ai-je donc commise ? » N'est-ce pas notre première pensée lorsque Dieu nous envoie une épreve, tant la douleur nous est en aversion ?
La souffrance est une grâce!
L'aurions-nous jamais cru sans la parole du Sauveur ? Mais c'est lui qui l'affirme : « Heureux les affligés ! dit-il dans le Sermon sur la Montagne. Heureux ceux qui sont persécutés ! Heureux serez-vous lorsqu'on vous persécutera et qu'on dira faussement de vous toute sorte de mal » (Matth., v, 1). « Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jean, xv, 2o).
Le Seigneur sait ce qu'il veut dire. Nous autres humains, nous exagérons facilement; quoi qu'il affirme, lui, c'est vrai. Malgré la difficulté que nous éprouvons à admettre l'obligation de souffrir, les épreuves sont véritablement pour nous des preuves de son amour.
Sans la foi, le contraire nous semblerait assurément plus juste. C'est la foi seule qui nous permet d'admettre cette vérité. Sans elle quel serait le philosophe capable d'y parvenir ?
Et c'est le Seigneur qui le déclare encore : « Je ne vous appelle plus mes serviteurs, mais mes amis (Jean, xv, 15). Sans cette affirmation nous ne pourrions imaginer qu'il ait voulu faire ses amis de mortels misérables et coupables comme nous. Parce qu'ils s ous ses amis, le monde se lèvera contre eux : « Vous Pleurerez et vous vous lamenterez, tandis que le monde se réjouira... Ils porteront la main contre vous... Ils vous chasseront des synagogues. Et même l'heure vient où quiconque vous fera mourir, croira faire à Dieu un sacrifice agréable ». (Jean, xvi).
Prédictions épouvantables si nous n'avions foi en la sagesse et la puissance divines!
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2. Les souffrances, signes de prédilection. |
Si nous n'avions pas à souffrir, nous aurions grandement lieu de craindre pour notre salut.
Montrez-moi un homme qui ne s'inquiète aucunement de Dieu, qui ne met jamais les pieds à l'église, qui ne prie pas. Dites-moi qu'il est heureux, en parfaite santé, que tout lui réussit. Malheur à lui! vous répondrai-je : il a déjà sa récompense. Il est déjà payé du peu de bien qu'il accomplit.
C'est pourquoi tous les saints se demandaient avec angoisse dès que la souffrance leur manquait : « Seigneur, ne vous êtes-vous pas éloigné de moi ? »
La tribulation est une preuve rassurante que Dieu nous aime : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce à lui-même et porte sa croix chaque jour et me suive » (Luc, ix, 23). Principe fondamental dans le royaume du Christ et qui vaut pour tous, pour les petits comme pour les grands, pour tous les âges, pour les riches et pour les pauvres, pour les gen s du monde et pour les prêtres.
Se renoncer, c'est tuer son amour-propre. Or, peut-on mourir sans souffrir ?
Tous les jours, tant qu'il plaira à la Providence, il nous faut supporter avec patience et résignation les petites contrariétés que Dieu, dans son amour miséricordieux, nous impose. Soyons satisfaites de nos faiblesses et de nos misères corporelles, des humiliations inhérentes à notre vocation et à notre charge, et dans toutes les circonstances et dans tous les événements de notre vie, quoi qu'il en coûte à la nature, reconnaissons la volonté ou la permission de Dieu.
Nous devons suivre notre Sauveur. Qu'est-ce à dire ?
Il a pratiqué toutes les vertus, mais il en est deux qu'il nous invite particulièrement à imiter : « Apprenez de moi, car je suis doux et humble de coeur » (Matth., xi, 29). Deux vertus directement opposées à l'amour- propre. Dieu nous demande, pour son amour, de dominer notre nature et notre chair.
Nous ne pouvons aller à lui sans passer par la voie de la souffrance. C'est la grande loi de l'Évangile. Dieu nous en a enseigné, de sa propre bouche, la nécessité indispensable pour parvenir à la gloire : « Ne fallait-il pas, dit-il aux disciples d'Emmatis, que le Christ souffrît toutes choses pour entrer dans sa gloire ? » Ce que son Père lui a imposé, le Fils nous l'impose à son tour si nous voulons être de ses disciples : pour nous, il n'y a pas d'autre voie.
Cette vérité, que de fois vous l'avez entendue, lue et méditée! A-t-elle jamais véritablement pénétré au fond de votre cœur ? La conviction que vous en avez acquise à l'oraison, la bonne intention que vous avez formulée de vous y conformer, dès l'apparition de la moindre difficulté qu'en reste-t-il ?
C'est si dur à admettre! Notre esprit se révolte : (Pourquoi, moi, subirais-je cette injustice ? Si encore je savais que Dieu l'a jugée ugee bonne et que c'est sa Providence qui me l'envoie! Mais non, c'est le résultat de la malice humaine ! Pourquoi toujours souffrir ? Suis-j e donc la plus misérable des créatures ? »
Ainsi se plaint la nature ! Quand commencerons .. nous à croire réellement, et à vivre d'après la foi ?
Au jour du jugement ? Ce sera trop tard !
Quand donc alors ?
Nous n'ignorons pas que Dieu n'épargne la souffrance à personne. Chacun sans exception en a sa part. Ceux qui refusent de lui faire bon accueil la doivent admettre de force; au lieu de la supporter avec mérite, ils la subissent à leur désavantage, et ce qui devait contribuer à leur salut s'ajoute au compte de leurs fautes.
Dieu n'a pas exempté les saints de cette loi fondamentale. Voyez quelle fut la part de tribulations de sa très sainte Mère ! Elle était la toute pure, et plus il l'exalta, plus il l'abîma profondément dans la souffrance.
Après elle, ce fut l'apôtre Paul le plus parfait disciple du Christ. Or, que n'a-t-il pas enduré ! Les tribulations surgissent partout devant lui. Comment fut-il possible d'avoir tant à souffrir ? On se le demande en lisant les Actes des Apôtres. « J'ai été accablé au delà de toute mesure, au delà de mes forces, à tel point que j'étais las de vivre » (II Cor., 1, 8). On ne saurait trouver trace d'exagération ou d'illusion en ces paroles : pareil aveu ne peut rendre que l'exacte vérité. |
3. La souffrance, élément réel de notre vie. |
Examinons maintenant notre propre vie. N'est-ce pas déjà une souffrance que les perpétuelles fluctuations de notre vie spirituelle ? Un jour, c'est la joie impétueuse et l'enthousiasme; le lendemain, les ailes nousmanquent. Un moment, notre âme est toute remplie de suavité, puis le Seigneur étend sur elle un voile et la voici pleine d e sécheresse, de froideur et d'obscurité ! Et nous avons beau assaillir le ciel de nos prières, nous perdons notre peine; le Seigneur semble ne point nous entendre et nous abandonne à notre désolation. Nous voudrions nous s entir l'âme débordante de tendresse et d'amour en sa sainte présence, surtout après la Consécration , et nous ne pouvons y réussir N'est-ce pas une grande souffrance ? Oui, certes, et si encore c'était tout!...
Que de fois, dans ces moments d'épreuves, une autre terrible angoisse nous étreint le coeur. Nous ne voyons plus le Sauveur que sous les traits de l'implacable Juge en présence de l'effroyable spectacle de nos péchés. Nous tremblons de n'être pas pardonnées, nous tremblons d'être damnées ! N'est-ce pas une souffrance encore, et quand finira-t-elle ? Devrons-nous l'endurer jusqu'à notre dernier soupir ? Si Dieu apparemment s'éloigne de nous définitivement et nous abandonne aux ténèbres jusqu'à la mort, sachons en soutenir l'épreuve. Mais est-ce tout enfin ?
Ah! si nous n'avions à souffrir que de l'inflexible monotonie de la vie! Mais non, il y a encore les contrariétés auxquelles s'ajoutent tant de marques d'incompréhension, de dureté de coeur, d'indifférence de la part d'autrui ! Que de sacrifices et de croix tous les jours ! Notre bonne volonté est méconnue; on nous mésestime; on nous adresse des reproches pour des choses qui se réduisent dans notre esprit à de simples erreurs, tandis que les autres ne jugent que l'évidence des faits. Malgré tout leur mérite, certaines personnes ne peuvent Jamais obtenir un mot de félicitation; d'autres, au contraire, moins estimables mais habiles à se faire valoir, s'attirent aisément la reconnaissance. Ce qu' on vante chez celle-ci, on le blâme chez celle-là. Il nous faut supporter l'injustice, la sévérité et la malice des jugements d'autrui, et vivre sans cesse parmi des gens qui vous lancent au visage tout ce qui leur vient à l'esprit, le vrai comme le faux... Et si, par surcroît, nous avons une pauvre santé, si la maladie vient nous visiter, nous retenir sur le lit, et qu'alors on ne prenne pas le temps de s'occuper de nous, n'est-ce pas encore une souffrance ? L'abandon dans la maladie, rude épreuve pour la vertu! Il faut en avoir fait l'expérience soi-même pour en connaître l'amertume, pour comprendre combien l'indifférence des siens peut être pénible à un infirme! Et lorsque les crises se multiplient, que le mal persévère pendant des années sans amélioration, oh! si méritoire que ce soit, quelle dure situation !
Seigneur, échapperai-je jamais à la souffrance ? Mon sort est entre vos mains, et si vous m'éprouvez, c'est pour mon bien !
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4. La souffrance, échelle graduée de la charité. |
C'est dans l'épreuve et la souffrance que se manifeste la force ou la faiblesse de notre charité.
Dieu sait la valeur des prestations d'amour et de soumission que nous lui adressons dans l'allégresse. Il nous laisse les lui exprimer en paix, mais non sans quelque réserve en sa pensée.
Affirmer, c'est bien rapide et facile! Mille fois nous avons redit à Dieu que nous l'aimons; lui en avons-nous jamais donné la preuve ? A quoi reconnaît-il notre jamais sincérité? A la façon dont nous acceptons les souffrances qu'il nous envoie.
De même que l'or s'épure par le feu, de même l'âme s 'éprouve dans la tribulation et les peines. Si vous su pportez non seulement avec patience, mais avec joie et r econnaissance, les adversités qui vous viennent de la Providence , c'est alors que vous savez avoir soutenu ' l'épreuve.
Dieu, remarquez-le, d'ailleurs, ne vous charge pas les épaules outre mesure, ne vous donne pas une once de plus à porter que vous ne le pouvez. De toute éternité il sait tout et a tout calculé.
« Dieu châtie celui qu'il aime », écrit saint Paul (Hébr., XII, 6). Lorsque nous lui disons, les yeux remplis de larmes : « Seigneur, je vous aime! » ce ne peut être un simple mot; c'est, nous le savons, la vérité.
La souffrance est l'épreuve capitale de l'amour. L'acceptation docile de la pauvreté et de la douleur nous permet d'offrir à Dieu quelque chose qui compte véritablement à ses yeux.
Si Dieu ne nous éprouve pas comme l'or, si nous sommes à son égard comme du fer, savez-vous comment il agit ? Il enlève la rouille et la jette au feu. Peut-être sommes-nous sur le point de nous perdre ici-bas, quand Dieu nous envoie soudain souffrances sur souffrances. « Seigneur, nous écrions-nous alors, quand viendrez- vous me prendre ? » Si le médecin nous annonce : « Dans vingt-quatre heures, vous mourrez », nous répondons : « Dans vingt-quatre heures je vous verrai, mon Dieu! »
Le Seigneur conduit ceux qui lui sont chers par le dur et pénible chemin de la souffrance, jusqu'au sang.
Il ne peut agir autrement; c'est la voie qu'il a lui-même suivie. S'il nous traite ainsi, c'est parce que c'est la voie que, dans ses desseins, il nous a destinée et qu'il a reconnue nécessaire pour nous. C'est la seule qui conduise à la gloire. Sans exagération, nous devrions bien méditer sur cette vérité tous les jours !
Au cours d'un de ses voyages, il arriva une fois à sainte Thérèse de s'égarer, un soir d'hiver, dans un bois. Après avoir longtemps erré à l'aventure, elle finit par arriver au monastère qu'elle allait visiter. Elle se mit à sonner, mais personne ne l'entendit. Comme elle insistait, elle glissa et se brisa un pied. Une soeur vint enfin lui ouvrir. « Seigneur, dit la sainte, que m'avez- vous fait ? Me voici maintenant retenue en cet endroit, loin de tout médecin! Il va falloir que je m'y attarde de longues semaines, alors que, vous le savez, j'ai tant de travail ailleurs ! » — « C'est ainsi, lui répondit Dieu, que je traite tous ceux qui me sont chers ». Et la sainte de répliquer : « Ah! je comprends alors pourquoi vous avez si peu d'amis sur la terre! »
Profonde vérité ! Oui, si nous pouvions les compter, de véritables amis, Seigneur, combien en avez-vous parmi les hommes ?
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