Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

 

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 

DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?



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Titre de la série :
Religieuse de toute son âme
Titre de la page:

Le secret du progrès dans l'amour de Dieu

Nom de l'auteur:
Mgr Joseph Gross Tarduit   par l' abbé-L. Brevet
XVI I

1. La charité envers Dieu se manifeste par la charité envers le prochain.

Le secret du progrès dans l'amour de Dieu

Qui de nous ici ne voudrait se rapprocher du Sauveur et croître un peu plus en son amour tous les jours ? C'est le but de toute vie sacerdotale ou religieuse. Or, si nous considérons les sacrifices quotidiens qu'elle nous coûte, n'est-il pas désespérant de constater qu'après dix ans, vingt ans ou cinquante ans de cette existence, nous en sommes toujours au même point ? Comment sortir de cet état ? Comment progresser ? Pour cela, un seul moyen, mais accessible à tous. Le voici : aimez vos semblables, aimez-vous les unes les autres.

Au moment où il s'apprêtait à quitter la terre, après avoir institué la sainte Eucharistie, Notre-Seigneur adressa à ses apôtres un grand discours que je vous exhorte vivement à étudier et à méditer.

« Mes petits enfants », commença-t-il. Dès ces mots, nous pourrions déjà nous arrêter à verser des larmes d'émotion. Les expressions dont Dieu se sert ne sont jamais vides ou recherchées : c'est la vérité. « Mes petits enfants! » Combien ce simple terme exprime l'ardent amour du Sauveur pour ses apôtres, et c'est à nous aussi qu'il s'adresse.

Puis Jésus, continuant de leur ouvrir les trésors de son coeur, leur donna son dernier commandement : « Je vous donne ce commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean, 34)

Un commandement nouveau. Règle de conduite toute nouvelle, en effet. Jusqu'ici la maxime était : « Œil pour oeil, dent pour dent », comme le rappelle saint Matthieu (y. 38).

« Je vous donne un commandement nouveau ». C'est le thème de tout le discours. Vers la fin Jésus le répète encore : « Ce que je vous ordonne, c'est de vous aimer les uns les autres ». C'est son dernier commande­ ment, son mot d'adieu avant de mourir. Et afin que nous ne l'oubliions jamais, il ajoute : « C'est en cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous de l'amour les uns pour les autres s (Jean,xIII,35 )

Qu'est-ce que le Sauveur aurait pu dire de plus pour mieux graver ce précepte en notre coeur ? Je me le demande.

Nous sommes au moment de la dernière Cène. Dans un précédent discours, nous l'avons entendu annoncer comment il procédera au Jugement du monde. « Venez, dira-t-il alors aux bons, possédez le Royaume du Père; car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger... » Et les justes s'écrieront : « Quand est-ce que nous vous avons rendu ce service ?... » Et il leur répondra : « En vérité, je vous dis : Ce que vous avez fait à l'un de ce s plus petits d'entre mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ! (Matth., xxv, 35-41).

Quel éloge pour tous ceux qui exercent la charité, et donc pour vous !

Oui, sera-ce l'unique question qui nous sera posée ? Ne s'inquiètera-t-il pas de savoir si nous avons jeûné, si nous nous sommes donné la discipline ? S e contentera-t-il de nous juger sur notre amour ?

La vérité est que si toutes ces choses ne sont pas sans importance, celui qui aime accomplit tout le reste. Celui qui multiplie ses prières et ses jeûnes sans tenir compte de ce précepte n'a qu'une fausse piété. La vraie piété, la vraie sainteté consiste à désirer connaître et faire la volonté de Dieu.

Il se trouve pourtant de pieuses personnes insensibles et dures jusqu'à la cruauté, froides comme glace à l'égard des autres. « Les personnes dévotes, disait un psychologue, ne sont pas bien notées dans le monde ». La remarque a du bon. N'en serions-nous pas cause plus ou moins par notre manque d'affabilité ? A chacune ici de se le demander!

2. L'amour du prochain comme expression de notre amour
pour Dieu prouvée par la sainte Écriture.

Avant de nous donner la formule du précepte de la charité, le Sauveur y subordonne déjà sa conduite envers nous. Pardonne, dit-il, et je te pardonnerai. Pardonne beaucoup, et je te pardonnerai beaucoup: Pardonne peu, et je te pardonnerai peu également; si enfin tu ne pardonnes pas du tout, moi non plus je n e le ferai pas. Si tu veux que je sois miséricordieux et indulgent pour toi, sois-le aussi pour les autres. « Si donc tu présentes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; puis, viens présenter ton offrande » (Matth., v, 23-24).

Ces paroles sont déjà suffisamment claires par elles-mêmes. Mais nous avons en outre l'absolue certitude que le Sauveur nous a constitués ses frères dès l'instant de son Incarnation. Nous ne songeons pas assez à cette vérité. Ouvrez donc les épîtres de saint Paul, celle aux Corinthiens par exemple, et voyez comment la doctrine du corps mystique du Christ y est exposée. Apprenez-la si vous l'ignorez.

Le Christ est la tête, et nous sommes les membres. Nous formons un corps dans le Christ, et nous sommes frères entre nous. La vie du corps disparaît lorsque la tête vient à manquer. Le Christ est la tête du corps mystique; et tous les hommes qui vivent en état de grâce et croient en lui appartiennent à son corps. Les autres n'y appartiennent que de droit.

Efforçons-nous donc de nous former une mentalité vraiment chrétienne, et de nous imprégner l'esprit et le coeur de ce mystère.

Que nous le comprenions ou non, d'ailleurs, nous n'y pouvons rien changer. Paul, ou plutôt Saul comme il se nomme encore, se dirige en persécuteur de l'Église vers Damas, lieu de sa conversion. « Saul, Saul, lui dit le Sauveur, pourquoi me persécutes-tu ? » (Act., Ix, 4). Le Sauveur, remarquez-le, ne lui demande pas : « Pourquoi persécutes-tu mes disciples ? » Paul interroge à son tour : « Qui êtes-vous, Seigneur ? » Et voici la réponse : « Je suis Jésus que tu persécutes ! »

Nous voyons par là à quel point le Seigneur s'identifie avec ses disciples. « C'est moi que tu persécutes ! » Et ceci ne vous explique-t-il pas maintenant l'autre parole du Sauveur : « Ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits d'entre mes frères... » (Matth., xxv, 40).

Comprenez-vous bien maintenant pourquoi vos soeurs appartiennent au corps mystique du Christ ?

3. Jésus et l'apôtre Saint Paul, modèles de charité.

Comment le Christ lui-même a-t-il pratiqué la charité pendant sa vie ?

Il n'eut d'autre souci que de manifester à tous sa bonté, et de nous en donner l'exemple. Quelque récit que vous preniez dans l'Évangile, celui des noces de Cana ou un autre, c'est toujours la charité du Sauveur que vous y voyez resplendir. « J'ai pitié de cette multitude » (Marc, VIII, 2). Cette pitié qui est la plus profonde pensée de son coeur nous la retrouvons à toutes les pages du récit sacré. « Descends vite, ordonne-t-il à Zachée, parce qu'aujourd'hui il faut que je loge en ta maison » (Luc, xix, 5). Relisez encore la scène si touchante de Lazare et de ses soeurs

Sachez-le bien : celui qui n'a pas le désir et la volonté d'être agréable à son prochain pour l'amour du Sauveur n'a pas une vraie piété. La vraie piété consiste à pratiquer la charité du Sauveur; sans cela il n'a point l'esprit de Jésus.

Si vous connaissiez la Sainte Écriture, quel changement dans votre vie ! Faites-en votre livre de lecture et de méditation. Relisez, par exemple, la petite épître à Philémon, ce chef-d'oeuvre de tendresse chrétienne. Paul y fait appel à la charité et non à la puissance; ce n'est pas par la violence, mais par l'amour qu'il résout la question sociale, et il renvoie Onésime à son maître. Quoi de plus touchant : « Et s'il t'a fait tort, ou s'il te doit quelque chose, impute-le moi » (18-19). Voilà la vraie charité! Comme nous en sommes loin !

Il n'y a pas de commandement plus grand. « Celui qui aime son prochain a accompli toute la loi », dit saint Paul (Rom., mu, 8).

Prenons un exemple bien concret. Voici une religieuse. Elle a son tempérament, vous avez le vôtre; son caractère, vous avez le vôtre; ses manières de voir, et vous les vôtres, absolument contraires; bref, vous différez totalement l'une de l'autre. Vous ne pouvez supporter la présence de cette soeur; sa simple vue vous agace et vous irrite! Souvenez-vous donc de la parole du Sauveur : « Je vous donne un commandement nouveau... » Lequel ? « Que vous vous aimiez les uns les autres! » Celui qui remplit ce précepte prie, jeûne, accomplit tout son devoir.

Si une personne vous est antipathique, aimez-la quand même, et Dieu vous comblera l'âme de joie. Mais, remarquez-le, tant que vous gardez au coeur un peu de froideur à l'égard de vos soeurs, Dieu vous tient aussi à distance. Si vous vous laissez toujours aller a la critique et à l'emportement, vous ne pouvez monter vers lui. Et voilà le grand secret de notre inertie spirituelle malgré toutes nos prières, nos peines et nos sacrifices. Nous ne nous rapprochons pas de Dieu, et c'est le châtiment de notre indifférence, de nos sentiments d'aversion et d'hostilité à l'égard du prochain.

4. Le cantique de la charité.

Prenez les plus beaux passages de saint Paul. La littérature profane passera, son oeuvre à lui rester a jusqu'à la fin du monde et les incroyants eux-mêmes reliront toujours avec admiration le chapitre treizième en particulier de l'épître aux Corinthiens. On ne trouve rien d'aussi touchant, d'aussi sublime chez aucun poète que ce cantique de la charité.

•  La charité est patiente; elle est bienveillante... » C'est sa caractéristique essentielle : elle est aimable. On peut faire preuve d'un dévouement absolu, distribuer tous ses biens aux pauvres sans savoir être aimable.

•  La charité est patiente. Elle n'agit pas témérairement, elle ne s'enfle point, elle n'est pas ambitieuse, elle ne cherche pas son intérêt, elle ne s'irrite point ». Remarquez comment saint Paul proscrit la colère du vocabulaire chrétien. Ne vous fâchez pas !

•  La charité ne tient pas compte du mal; elle ne se réjouit pas de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité. Elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout ». Encore une fois, jamais poète a-t-il égalé saint Paul ?

Et je vous le dis : voulez-vous savoir si vous possédez l'amitié de Dieu, si vous vivez de la vie de la grâce, si en vérité vous pouvez compter parmi les disciples du Christ, si vous avez son esprit, demandez -vous si vous aimez vos frères et vos soeurs, et si vous les aimez tous. La réponse ne peut être trompeuse. Posez-vous cette question après la sainte communion .

Le mystère de l'habitation du Christ en nous

XVIII

1. Une simple connaissance du Sauveur est insuffisante.

Un évêque missionnaire parlait un jour au saint pape Pie X des merveilles opérées dans sa chrétienté des Indes par l'introduction de la communion quotidienne. « Je ne m'en étonne pas, répondit le Saint-Père, les chrétiens ont trop longtemps, hélas ! été privés du Christ ».

N'aurions-nous pas nous-mêmes quelques préjugés à rectifier en notre esprit ? Je me le demande. Connaissons-nous Jésus, et le connaissons-nous entièrement ?

Nous le savons, le Christ est la base indispensable. Sans lui nul ne peut se sauver. Mais si nous ne considérons en sa personne que l'Homme-Dieu qui vécut en Palestine il y a 1900 ans, si nous ne connaissons, hors du temps de ses miracles, que l'Enfant reposant dans la Crèche, en fuite vers l'Égypte ou à son atelier de Nazareth, si nous ne voyons en lui que l'homme de douleurs qui nous a rachetés sur la Croix et qui est ressuscité du tombeau, cette connaissance est simplement historique.

Si nous l'admettons comme le Maître qui se proclamait « la Vérité » (Jean, xiv, 6), nous ne le connaissons pas entièrement non plus. Si nous ne voyons en lui que le Sauveur réellement et véritablement présent dans l'Eucharistie, nous ne le connaissons pas complètement.

Que nous reste-t-il donc à apprendre ?

L'essentiel, dont je vais précisément vous parler.

2. Le mystère de l'habitation du Christ en nous.

C'est un grand mystère. Pendant tout son ministère public le Sauveur n'en parla jamais à ses apôtres. Comment aurait-il pu proposer à leur faible raison un mystère aussi étonnant ? Il ne le leur révéla qu'à la fin de sa vie, quand il voulut leur livrer tous les trésors de son cœur.

Comme il traversait un jour avec eux un champ de vigne : « Vous voyez ces ceps, leur fit-il remarquer. Vous avez là l'image de la réalité spirituelle qui existe entre vous et moi... Je suis la vigne, vous êtes les sarments, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui ne porte pas de fruit, il le retranche; et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde pour qu'il en porte davantage encore. Celui qui demeure en moi portera beaucoup de fruit. S'il ne demeure uni à la vigne, le sarment ne peut porter de fruit; il se dessèche, il n'est bon qu'à être jeté au feu. Sans moi vous ne pouvez rien faire. Celui qui demeure en moi portera beaucoup de fruit » (Jean, xv, 5).

Simple allégorie, croirait-on, mais qui demande à être prise à la lettre.

3. Explication de ce mystère d'après Saint Paul.

L'explication de ce mystère nous est donnée en termes très clairs par saint Paul. Saint Paul ne l'a pas appris directement de la bouche du Sauveur, mais par révélation. Mystère toujours « caché » malheureusement à un trop grand nombre de prêtres et de religieux. Si tous le connaissaient, quelle différence de vie!

Jésus-Christ, enseigne donc saint Paul, n'est pas seulement le Sauveur qui est monté au ciel, le Sauveur présent dans l'Eucharistie : il est vivant en chacun de nous. Jésus-Christ vit et agit continuellement en chacun de nous. A quel sommet nous trouvons-nous ainsi transportés ! Jésus vit sa propre vie en chacun de nous !

Ce n'est pas une illusion; c'est un article de foi. Vous en trouvez le développement dans la première épître aux Corinthiens. Saint Paul se sert d'une comparaison. Tant que les membres sont unis au corps, le corps les nourrit. De même que le moindre membre est uni au corps et est nourri par lui, de même chacun de nous est incorporé au Christ. Chacun est donc incorporé vivant au Christ, chacun est un membre du corps de Jésus-Christ, comme chaque membre est uni à notre corps. Nous formons tous le corps mystique du Christ.

Méconnaître cet article de foi, c'est ignorer le mystère du christianisme : l'élévation de l'homme à l'état de grâce pour l'union vivante avec le Christ. Par la vie de la grâce que nous recevons seulement en Jésus- Christ nous sommes transportés dans le divin et intime­ ment unis à lui. Jésus-Christ communique la grâce à la créature qui lui est unie. Celle-ci lui appartient aussi vivement que la branche de l'arbre, et comme le sarment se nourrit de la vigne, elle se nourrit de Jésus-Christ.

Notre élévation dans le Christ, le Christ vivant en nous ! Comment concevoir pareil prodige ! Toute chétive que je suis, malgré les limites de ma raison, l'indigence de mes prières, l'étroitesse de mon amour, l'insuffisance de mes sacrifices, l'insignifiance de mes actes, suis-je donc un membre du Christ ? Et Jésus vit en moi ? — Oui !

Ah! je comprends dès lors comment une pauvre créature telle que moi peut être agréable au Seigneur. Le Père voit en moi Jésus-Christ, son Fils unique, et en lui et par lui je plais à Dieu.

Je comprends dès lors pourquoi, si je vis dans la grâce, ma vie, mon renoncement, mon travail, mes privations, mes souffrances et ma mort en Jésus-Christ prennent une telle valeur, une telle importance.

Je comprends pourquoi le Seigneur demandait à Saul en le précipitant de cheval et en le frappant de cécité : « Pourquoi me persécutes-tu ? » Saul ne persécutait pourtant que ses disciples, mais Jésus l'affirme lui-même « Celui qui persécute ceux qui sont dans la grâce me persécute ».

Je comprends maintenant pourquoi les services rendus aux malades vivant dans la grâce sont si agréables au Sauveur et au Père céleste. Jusqu'ici je me contentais de le croire sans en comprendre la raison. Ce pauvre malade, c'est d'une certaine manière Jésus-Christ lui- même. Le bien que je lui procure, c'est au Sauveur lui-même que je le fais. « Celui qui reçoit un de ces enfants, c'est moi qu'il teçoit » (Matth., xvitt, 5)•

On ne peut ignorer cette vérité et comprendre intégralement le Christianisme. Sans doute Jésus-Christ est au ciel, mais il est aussi en nous, il agit en nous tant que nous demeurons dans la grâce.

Pourquoi les saints avaient-ils si grand souci d'éviter non seulement le péché, mais même les imperfections ? Maintenant j'en comprends également la raison. Si je songe à ce que je suis, je ne puis me contenter de fuir le péché. « Je ne suis pas obligé à cela! » Il faut, pour parler ainsi, n'avoir jamais médité sur sa vraie dignité, ne point se connaître, et ignorer quel est celui qui vit et agit en nous.

De quels reproches Notre-Seigneur n'accablait-il pas sainte Marguerite-Marie pour la moindre négligence jusqu'à ce qu'elle s'en fût repentie ! Il n'y a pas de tâche légère. Ne dédaignez rien. En classe ou au service des malades, ne vous permettez aucune négligence. Quand on comprend le mystère de l'habitation du Christ dans l'âme du prochain, on ne le traite plus du tout de la même manière.

Dans la vie de certains saints, d'un Charles Borromée par exemple, les austérités et les mortifications se succèdent avec une telle rigueur qu'ils nous semblent toujours aspirer vers les plus hauts sommets. Jamais de répit, jamais de défaillance ! — L'omission d'une chose que nous savons agréable à Dieu, et d'ailleurs facile, ne doit pas nous laisser la conscience en paix : C'est un manque d'égard envers le Sauveur.

Que ne nous sommes-nous rendu compte de cela plus tôt ! Combien de fautes nous aurions évitées ! Fautes par la langue, fautes dans l'accomplissement de notre devoir, fautes contre le prochain. Comment aurionsnous pu agir ainsi envers le Sauveur ? Aurions-nous osé lui faire la plus légère offense ?

Mais puisque c'est encore ce même Sauveur qui vit en nous, que nous portons constamment en nous, q u i nous a élevés jusqu'à lui et en qui nous vivons, quelle est, par suite, la valeur de nos prières, si misérables soient-elles, si nous sommes de bonne volonté ! C'est son Fils unique en prière que le Père voit en nous. Nous comprenons; ainsi pourquoi nos souffrances peuvent lui être si agréables et pourquoi nous pouvons être si utiles à l'Église. C'est parce que Jésus-Christ souffre en nous, et nous avec lui.

Approchons-nous avec respect du chevet d'un malade: c'est Jésus-Christ qui souffre ici devant nos yeux. Les malades ont tort de se plaindre de leur inaction forcée : ils ignorent leur vraie situation. Leurs souffrances sont infiniment précieuses. Il ne sont pas seuls : le Sauveur souffre en eux et avec eux. Incapables de toute autre chose, ils peuvent pourtant travailler beaucoup pour l'Église dans leur douloureuse immobilité qui se prolonge peut-être depuis des mois et des années.

Toute retraite comporte inévitablement une instruction sur le péché. Vous y entendez toujours répéter que le péché est un acte d'insoumission et de révolte contre Dieu, mais on omet trop de vous parler, comme je viens de le faire, des conséquences pratiques de la présence du Christ en nous, du fait que nous lui sommes vitalement unis, incorporés.

Lisez donc la première épître aux Corinthiens. L'intimité de notre union au Christ est telle que saint Paul la compare à celle qui existe dans le mariage. Aussi appelle-t-il logiquement adultère celui qui brise cette union par le péché.

4. Le mystère de l'habitation du Christ en nous aboutit à l'esprit d'expiation.

Nous trouvons dans saint Paul une autre citation bien étrange : « J'accomplis dans ma chair, dit-il, ce qui manque aux souffrances du Christ » (Col., i, 24).

Comment cela se peut-il ? pensera-t-on si on n'a pas compris ce qui précède. Les mérites du Christ sont suffisants, ils forment un tout complet; on ne peut ajouter à l'infini. Rien ne manque aux souffrances du Christ.

Le complément dont il est ici question est destiné à tous ceux qui ne s'approprient les mérites du Sauveur ni par les sacrements ni par le saint sacrifice de la messe.

Nous sommes unis comme les membres d'un même corps. Si je guéris un de mes membres, tout mon corps en est soulagé. Si j'ai mal à un oeil ou à un pied, tout mon corps en souffre. Aussi faut-il que les membres du corps mystique s'entr'aident mutuellement, non pour multiplier les mérites du Christ, mais afin d'appli­ quer les fruits de ses souffrances à ceux qui ne se donnent pas la peine de se les approprier.

Il se trouve, en effet, des fidèles qui n'ont qu'un quart de foi. Qui leur portera secours ? — Nous : vous et moi.

Lorsque je dis mon bréviaire de mon mieux, lorsque je m'efforce de bien faire ma méditation, lorsque je supporte patiemment un manque d'amabilité ou subis en silence une injustice, je mérite des grâces. Jésus-Christ les agrée en bon pasteur pour en faire bénéficier des âmes qui sans elles ne seraient pas sauvées.

Il se trouve parmi nous des personnes extérieurement correctes, mais qui manquent d'esprit de prière, d'obéissance, de ponctualité, qui se livrent tranquillement au danger, qui commettent des imprudences dans leurs relations avec les personnes de l'autre sexe tout en sachant par expérience à quoi elles s'exposent. Le Sauveur veut que nous les aidions.

Offrons-lui dans cette intention nos peines, nos sacrifices, nos travaux. Le Seigneur en agréera l'hommage et donnera à telle ou telle âme la grâce de surmonter une tentation, à telle autre peut-être celle de reconnaître sa chute et de s'en relever par le repentir.

5. Le mystère de l'habitation du Christ en nous nous préserve de nombreux péchés d'omission

Nous voici tout naturellement amenés à parler des péchés d'omission.

J'aurais pu, par exemple, entendre la sainte messe, bien réciter cette prière, faire preuve d'amabilité et de complaisance en telle occasion : autant de grâces perdues par ma faute. Avec plus de zèle j'en aurais acquis un grand nombre dont auraient profité certaines âmes en danger. Une personne est à l'agonie; elle n'a pas encore la grâce du repentir. Cette grâce le Sauveur l'attend de moi. Quelle est la conséquence de mon apathie et de mon indifférence ? J'ai trompé l'attente de Dieu, je n'ai pas rempli son grand espoir. Dieu avait prévu telle grâce pour une âme; comme je ne l'ai point méritée, l'âme à laquelle elle était destinée est peut-être tombée. Un désordre éclate dans la communauté; cela ne serait pas arrivé si j'avais mieux répondu au désir de Dieu. Nous ne pensons pas suffisamment à ce que peut être notre responsabilité en pareils cas. Ce sont des fautes d'omission. Ces petites négligences sont incalculables dans notre vie; qui songe à tout ce qu'il perd par amour de ses aises ?

Ne nous en torturons pas l'esprit; restons calmes. Nous ferions bien toutefois de mesurer l'importance réelle de ces choses : nous y gagnerions en humilité et en repentir. A l'heure de notre mort nous verrons se dérouler devant nos yeux non seulement les fautes que nous aurons commises, mais aussi tout ce que nous aurions dû faire.

Que de grâces nous gaspillons non seulement pour nous, mais pour beaucoup d'autres ! Il y a une grâce particulière pour les mourants; Dieu n'est pas obligé de la leur accorder, mais il le peut. Si j'avais fait ce qu'il me demandait, telle âme, il l'aurait sauvée.

Une fois cette vérité comprise, il est impossible qu'on s'abandonne si facilement à la nonchalance, à l'amour-propre, à l'irritation, à la susceptibilité.

Que de choses nous aurions pu éviter avec un peu plus de zèle !

Combien de prêtres et de religieux se seraient orientés sur une voie meilleure!

Quels scandales nous aurions pu épargner au diocèse !

Pensées trop accablantes quand on s'y arrête !Pourtant il n'y a pas lieu de perdre courage. Mon Sauveur, à partir de ce jour, je vais vraiment vous servir avec ardeur. Ma vue s'est éclairée d'une nouvelle lumière. Connaissant désormais ma grandeur en Jésus-Christ, je saurai mieux me garder du péché. A l'appel du mal, je me souviendrai de la noblesse de mon âme et je ne s uccomberai plus si facilement.

Encore un mot de saint Paul : « Je vis, non plus moi, mais le Christ en moi » (Gal., II, 20).

Le Christ vit véritablement en nous parce que nous sommes incorporés à lui. Aussi devons-nous penser comme lui, voir, entendre comme lui, souffrir et mourir comme lui.

Vous avez en cette pensée un magnifique sujet pour vous occuper l'esprit pendant la méditation, la visite au Saint-Sacrement, et l'action de grâces après la communion. Même après la disparition des saintes espèces, le Sauveur continue de demeurer en votre âme.

Mon Sauveur, parlez-moi donc ! Que dois-je dire au Père ? Et ce que je dis au Père le Sauveur le lui dit avec moi, donnant à ma parole la valeur de la sienne. Mes pensées et mes affections sont bien pauvres en elles-mêmes, mais le Sauveur qui les accompagne leur donne un prix immense.

Apprenons donc à prier et à souffrir ainsi. Abandonnons-nous entièrement à Dieu. Si un ange venait nous dire : « En quelques heures, à telle minute, telle seconde, vous allez rendre l'âme ». « Qu'il en soit ainsi ! » devrions- nous lui répondre. Souffrons et mourons avec Jésus!

Le Resto de mon fils
François Christiaenssens

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