Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

 

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 

DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?



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Titre de la série :
Religieuse de toute son âme
Titre de la page:

Troisième méditation devant la crêche La mystique accessible à tous

Nom de l'auteur:
Mgr Joseph Gross Tarduit   par l' abbé-L. Brevet
Troisième méditation devant la crêche La mystique accessible à tous

V

LA MYSTIQUE ACCESSIBLE A TOU
S

Mes chères soeurs, le sujet que j'aborde aujourd'hui nous transporte vers les sommets. Dieu veuille que je ne le traite pas à la manière d'un aveugle discourant sur les couleurs, et que je ne justifie pas en ce moment par ma prétention le mot de la Sainte Écriture : « Si un aveugle conduit un aveugle, ils tombent tous deux dans une fosse s (Matth., xv, 14). Je voudrais vous expliquer ce que je sais par expérience de la mystique, et pourquoi je vous en parle.

I. Nature et phénomènes extraordinaires de la mystique.

Qu'est-ce que la mystique (1) ?

On a vu surgir depuis quelque temps chez un grand nombre d'ordres religieux quantité de personnes qui prétendent avoir reçu de Dieu des révélations particulières, des gens qui sont peut-être des saints et dont les écrits révèlent en tout cas une connaissance très profonde et très éclairée de la vie intérieure. C'est un trait de notre époque, oserait-on dire en considérant une telle abondance. Tout le monde aujourd'hui est à la mystique. Mais comprenez-vous bien la nature de la mystique ? Les quelques lectures que vous avez faites sur le sujet vous en ont-elles donné une idée bien précise ? La plupart des théologiens la définissent ainsi : La mystique est une vie de grâce extraordinaire à laquelle un petit nombre seulement d'âmes privilégiées sont appelées par une emprise divine dont elles prennent conscience.

Dieu veut ainsi amener ces âmes à une union plus intime avec lui. C'est une emprise, une grâce extra­ordinaire réservée non pas à tous, mais seulement à certaines âmes privilégiées pour leur permettre de s'élever plus haut vers Dieu.

Voilà donc ce qu'est la mystique dans le sens que lui donne la théologie catholique. La contemplation en est le début, suivi par l'oraison de quiétude et diverses autres phases correspondant chacune à un degré de grâce particulier. Souvent, mais pas toujours, elle est accompagnée de phénomènes extraordinaires, visions, révélations, extases, ravissements. Ces différents charismes étiaient déjà connus de la primitive Église. Certains chrétiens, par exemple, avaient le don de discerner les esprit et de lire les secrets des coeurs.

2. La mystique de l'union intime et constante avec Dieu.

Nous ne nous occuperons pas ici du plus haut degré de la mystique, qui n'appartient pas à proprement parler à son essence. Contentons-nous modestement d'étudier la mystique du recueillement constant et conscient, de l'union constante et consciente à Dieu.

Les âmes qui se donnent sérieusement à la tâche de leur sanctification, qui goûtent, qui sentent Dieu tous les jours, éprouvent par elles-mêmes toute la vérité de ces mots du Psalmiste : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux! » (Ps. xxxiii, 9). — « Pour moi, mon bonheur est de m'attacher à Dieu » (Ps. Lxxii, 28). Pour nous, la mystique est donc une vie d'union intime et consciente à Dieu. S'appliquer à lui plaire et penser à lui, est ce que j'appelle « union constante ». La mystique commence avec la contemplation. La méditation diffère de la contemplation, distinction importante sur laquelle il est bon d'insister un peu. Nous visitons un musée. Nous pouvons, en présence d'un tableau, nous arrêter à en examiner un à un chacun des détails, en nous demandant pourquoi l'artiste a choisi tel procédé, telle couleur, adopté tel arrière-plan. Nous observons tout minutieusement : nous examinons. Que faut-il maintenant pour contempler ? Nous voici en face d'une toile de Rubens. Au lieu de fixer notre attention tour à tour sur une foule de détails, costumes, couleurs, dimensions des personnages, etc., nous embrassons le tout d'un seul regard, calme et prolongé, qui nous enchante. Nous contemplons.Ceci dit, passons au domaine spirituel. Nous considérons, par exemple, la Crèche du Sauveur. Il nous revient à l'esprit, en lisant, tout ce qu'en dit la Sainte Écriture. Notre imagination entre en oeuvre. Nous nous représentons la vraie Crèche. Nous regardons le divin Enfant, et, intérieurement, nous songeons : A quelles fins ? Pourquoi ? Quand ?... Nous regardons la douce Mère de Dieu : quelle était son attitude ? Quelles étaient ses pensées ? Comment priait-elle ?... Et saint Joseph, comment avait-il tout préparé ? Comment parla-t-il aux bergers et les amena- t-il devant le berceau pour s'y prosterner ?... Ce travail de l'imagination achevé, nous commençons à nous demander : « Divin Enfant, à quoi avez-vous songé pour venir de si haut jusqu'ici ! Fils de Dieu, quel abaissement si vous aviez seulement pris une nature d'ange ! Et voici que vous vous êtes fait bien moindre encore! Prodige à peine concevable! » Nous faisons alors appel à notre sensibilité qui exulte de joie ou s'attendrit sur l'amer abandon du Sauveur : Il est venu chez lui, et ceux qui devaient le servir ne l'ont pas même reçu. Que de fois l'ai-je aussi éconduit, chassé de mon coeur par le péché! Intervention de la volonté. C'est le moment des résolutions. Si c'est la joie qui domine en nous à la pensée de l'immense condescendance de Dieu, nous prendrons la résolution de l'imiter dans l'allégresse; si, au contraire, nous avons l'âme remplie de douleur en songeant à l'immense ingratitude des hommes, nous prendrons celle de pleurer nos égarements et de cesser d'offenser Dieu par le péché. Tout autre est l'attitude de l'âme qui contemple.

Elle voit, elle sait ce qu'elle a devant elle. En un seul instant, elle a une connaissance très précise de ce qu'elle cherche, et elle en exulte. Inutile de se tourmenter elle embrasse tout d'un seul coup d'oeil. Pour elle, entendre et comprendre ne font qu'un; toute la différence est là. Cette aptitude à la contemplation, nullement extra­ ordinaire, il nous est permis de la demander. Tous ceux qui cultivent sérieusement la vie spirituelle peuvent en mériter la grâce. Mais écoutez ce que je constatai dernièrement encore. Une vieille dame s'imaginait douée de grâces extra­ordinaires, et favorisée de révélations directes de Dieu. Comme je traitais tout cela d'illusions, elle en pleura toute une demi-journée. Comment une âme qui n'est pas encore débarrassée du péché peut-elle se croire l'objet de si insignes faveurs ? Ne demandons rien d'extraordinaire à Dieu. Des grâces extraordinaires, il en donne à qui il veut, où, quand et comme il lui plaît. Les saints s'efforçaient, par humilité, de cacher celles qu'ils recevaient; ils ne pouvaient comprendre que Dieu daignât les accorder à de grands pécheurs comme eux. Ils en étaient confus. Saint François d'Assise, ayant reçu vers la fin de sa vie les stigmates du Sauveur, voulut cacher ce miracle le plus longtemps possible, tant une telle marque de prédilection à son égard lui semblait inconcevable. Pourquoi ai-je voulu vous parler aujourd'hui de cet important sujet ? Parce que nous avons actuellement la Crèche devant les yeux, et que la fête de Noël nous invite spécialement à tendre à l'union mystique avec Notre-Seigneur Jésus-Christ. Voici, en effet, ce que chante aujourd'hui l'Église s ous l'inspiration de l'Esprit-Saint : « Apparuit beni­gnitas et humanitas Salvatoris nostri Dei. — La bonté e t l'amour de notre Sauveur Dieu pour les hommes se sont manifestés » (Tit., HI, 4). Efforçons-nous d'approfondir ces vertus par la m éditation. Mais pour l'âme contemplative c'est chose parfaitement simple comme l'est pour un savant m athématicien la solution d'un problème compliqué : quelle qu'en soit la difficulté, il en a immédiatement le résultat présent à l'esprit. « La bonté et l'amour de notre Sauveur se sont manifestés ». Nous ne pouvons oublier que nous sommes en présence du Fils de Dieu. « Seigneur, vous avez vécu de toute éternité dans le sein du Père, c'est-à-dire que vous étiez une des trois personnes divines, essentiellement égales, de la Sainte Trinité ». Pensons aux milliers de Chérubins et de Séraphins qui le servent, à ce qu'était son infini bonheur, et il a tout abandonné pour descendre jusqu'à nous, pour nous apporter la bonté et l'amour! Le monde n'a jamais rien connu de semblable : il est devenu la bonté et l'amour personnifiés ! Oui, tel je le vois, comme s'il était là gisant devant moi, lui l'Incommensurable, lui l'Éternel, devenu, oui, lui le Dieu infini, ce petit Sauveur grelottant! Il est pauvre, et pourtant il est toujours le Dieu infiniment puissant, le Seigneur du ciel et de la terre. Il tend la main, il semble m'appeler, moi, comme une mère attire à elle son enfant.

C'est alors que s'empare de moi le souffle mystique, l'ardent désir qui me porte vers lui.

3. La mystique de l'union intime avec Jésus.

L'intimité avec Jésus est un sujet dont j'ai déjà eu l'occasion de vous entretenir. Cette union, y sommes- nous suffisamment parvenus ? Ah! nous en sommes bien loin ! Jésus nous la demande. Nous aussi, nous la voulons. Pourquoi n'y réussissons-nous pas ?

On parle beaucoup d'amitié dans le monde, et particulièrement dans l'histoire des âmes. Même si nous l'ignorons pratiquement, nous nous représentons très bien ce que c'est que d'avoir un vrai, sincère et fidèle ami. L'amitié dont il s'agit en mystique surpasse de beaucoup les plus belles réalités humaines. Nous connaissons de magnifiques exemples d'amour maternel et filial : l'amour mystique les dépasse incomparablement par sa constance et sa beauté. Les hommes le désirent, mais c'est le petit nombre qui y parvient. Je crois reconnaître en Dieu celui qui réellement veut être mon ami. J'éprouve en pensant à lui quelque chose que je ne saurais décrire : c'est un sentiment d'absolue confiance. Réservé avec tout le monde, je ne me lie jamais, mais, en présence d'un ami, je n'ai plus aucun secret, je lui découvre tout. Mon coeur est pour lui un livre ouvert; absolument rien ne me retient. Voilà l'amitié! L'amitié, qu'est-ce donc ? Pas autre chose que la confiance totale et sans borne. Les tempéraments peuvent différer absolument : l'un est la force personnifiée, l'autre la faiblesse même. L'un est un puissant cerveau, l'autre n'a peut-être que des moyens très médiocres. L'un est une nature de feu, l'autre la paix par excellence, et pourtant on se comprend à merveille. J'ai connu bien des illusions dans ma vie; vous aussi sans doute. L'ayant enfin trouvé, notre ami, nous avions toute confiance en lui, nous prenions toujours fait et cause pour lui, nous fermions les yeux sur ses défauts, il était notre idole. Puis, un beau jour, nous avons découvert notre erreur. Nous qui comptions tant sur lui, il nous a laissé dans la peine; il lui en aurait s i peu coûté de nous aider, mais il ne nous en a pas jugé digne. Si nous avons vraiment la foi, nous nous contentons alors de penser : « J'ai payé mon apprentissage! » Sinon, c'est la haine. Expliquons cela. Il n'est, nous le savons, qu'un seul ami véritable au monde, celui dont l'Apôtre a écrit : « Ce n'est pas le Dieu éternel qui vous a apparu, celui qui s'élève sur les Chérubins; non, mais la bonté et l'amour de Dieu » (Ps. xvii, I i et Tit., HI, 4). Il nous demande plus qu'un culte loyal, il veut notre amitié. Nous le savons, mais comment répondons-nous à ce désir ? Ne vous êtes-vous jamais plaintes de la solitude ? Je suis si délaissée ! Personne ne se soucie de moi !­ Laquelle de vous n'a jamais eu semblable pensée ? Chose étrange! Nous qui nous unissons si souvent au Sauveur par la communion, prodige que nulle parole humaine ne saurait exprimer, nous nous sentons abandonnées, solitaires et étrangères dans ce monde ? Pourquoi ? Jésus n'a pas encore pénétré dans notre coeur; malgré son ardent désir, il n'est pas encore devenu notre ami; nous ne nous sommes pas encore livrées à lui. Nous sommes ponctuelles à nos prières, nous les faisons régulièrement sans en omettre aucune. Nous sommes fidèles à notre méditation..., mais à chaque instant nous avons les yeux sur la pendule pour voir si la demi-heure n'est pas passée. Nous nous acquittons de tous nos devoirs, de toutes nos visites à la chapelle, oui, bien sûr ! Et cependant nous ne sommes pas plus intimes avec le Sauveur. Pourquoi ?

Nous nous levons avec des dispositions quelconques. Évidemment nous allons à la chapelle, mais d'une humeur aussi maussade que le ciel dehors. Nous prions, c'est vrai, mais sans coeur, sans flamme. Le jour des confessions, nous accusons nos péchés, mais sans attaquer notre amour-propre. Nous obéissons, parce que c'est chose convenue. Tout est fait, mais sans plus. Si nous faisons tout ainsi uniquement par devoir, si nous accomplissons tout loyalement seulement, correctement peut-être, disons courtoisement pour mettre les choses au mieux, nous ne faisons que servir Dieu comme un valet sert son maître : nous ne le traitons pas en ami. Manque d'équité de notre part. Quelle en est la cause ? Le savons-nous bien ? Nous voyons en lui le grand Dieu puissant, notre futur juge; nous oublions qu'il est la bonté, qu'il eut un corps sujet à la faim, à la soif, à la fatigue, une âme qui fut torturée de souffrances et de peines, de soucis et de douleurs. Il voulut même connaître la tentation. Tout cela nous l'oublions.

Il nous offre sa bonté; nous devons l'accepter. Il nous demande de le traiter, de le servir en ami, et c'est ce qui nous manque. Nous voudrions nous persuader que nous sommes généreuses; nous sommes correctes, tout au plus polies, mais ce n'est pas suffisant. Comment pourrions-nous nous contenter de telles relations avec le Sauveur ?

Nous ne voulons pas renoncer à nos fautes, à notre pr opre volonté. N'avons-nous pas honte de ne le servir qu' en esclaves ? Il ne nous reste pas autre chose à faire qu'à le traiter véritablement en ami Dès lors, nous cessons notre action de grâces non parce que le quart d'heure est passé, mais par devoir. Comme nous lui demeurons toujours unies, nous ne sommes plus de mauvaise humeur, par exemple, parce qu e le temps se couvre. Nous prions non plus seulement par obéissance : c'est un besoin de notre coeur. Durant la méditation nous nous entretenons avec le Sauveur de notre mieux, coeur à coeur, lui confiant nos difficultés, lui offrant nos petites peines et nos joies, lui parlant de nos fautes et lui demandant conseil et assistance pour le reste de la journée. Croyons-le : le Sauveur nous traite en amies, et son amitié est inépuisable. Les amitiés de la terre sont toujours fragiles et caduques; l'amitié du Sauveur est sans limite et inaltérable. A certaines heures bénies, elle s'exprime par des caresses, puis elle se fait plus austère; parfois le Sauveur nous met à l'épreuve pour constater quelle est la constance de notre amour. Ainsi fait-il. Il nous accorde une douceur, puis il adopte une attitude rigide et réservée : malgré notre privation d'attrait sensible, il ne cesse de nous aimer. Mais voici qu'il veut nous faire éprouver de nouveau nos dispositions. Il nous ravit tout; c'est le temps de la sécheresse ey de l'aridité complètes. Si nous l'aimons, nous persévérons; sinon, c'est la lassituder et l'abandon:«C'en est trop; je n'y tiens plus! »

Mon Sauveur, depuis si longtemps que je porte le voile, où en suis-je ? Quelle est mon intimité avec vous ?

Laissez libre champ à son amour et à sa bonté, établissant ainsi la vie religieuse sur une base nouvelle. Comme sainte Thérèse. Ah! si nous aussi, nous le prenions pour ami, et si ses intérêts étaient les nôtres! Que nous soyons intelligentes ou non, bien portantes ou malades, que nous vivions longtemps ou peu d'années, toujours lui avant tout ! Voici ce que j'avais à vous dire de la mystique chrétienne. Je ne vous parle pas de l'extraordinaire, mais de celle qui est accessible à tous : de l'union continuelle et consciente au Sauveur. Cette grâce Dieu l'infuse aux saints, mais nous devons tâcher de l'acquérir. Chacune de nous doit devenir amie, disciple et apôtre du Christ, vivre en lui et chercher à répandre son amour dans le coeur des hommes.

Quand on aime quelqu'un, on le défend s'il est attaqué. Saint Paul aurait donné cent fois sa vie pour la gloire de Dieu. Prenons modèle sur lui. C'est lui qui a prononcé la fameuse parole : « Si quelqu'un n'aime pas Jésus-Christ, qu'il soit anathème (banni de l'Église) ! » (I Cor., xvI, 22).

Références

(1) La mystique consiste essentiellement dans la contemplation, fruit d'une ardente charité. Toutefois la nature de la contemplation est encore objet de controverse parmi les théologiens, et les avis demeurent partagés. Mgr Gross s'en tient à une théorie assez généralement admise sans prendre partie dans la discusion. Son but ici n'en demande pas davantage.

JÉSUS-CHRIST, NOTRE FRÈRE, NOTRE VIE, NOTRE MODÈLE, NOTRE VOIE

VI
I. Il est difficile de parler de la grandeur du Sauveur.

Paul est en plein labeur apostolique. On lui rapporte que des dissensions partagent les chrétiens de Corinthe. Certains lui jalousent ses succès, prétendent le surpasser en éloquence et prêchent le Christ par ambition.

Paul écoute ces nouvelles et s'en réjouit. Qu'importe l'homme, qu'importe la manière, qu'importe même les motifs pourvu que le but soit atteint, pourvu que le Christ soit annoncé ! Voilà le véritable apôtre, plein de l'esprit du Sauveur. Le Sauveur, personne n'en a jamais parlé comme lui. « Je sais à qui je me suis confié » (I Tim., I, r2), écrivait-il vers la fin de sa vie. Il en avait eu la preuve. Il était bien ce Saul qui avait brandi le fer et le feu contre l'Église de Dieu, qui s'était souillé la conscience de meurtres et de sang; mais ce que le Christ lui avait fait contempler et éprouver directement était devenu pour lui la plus grande certitude : « Je sais, pouvait-il affirmer, à qui je me suis confié! » Pareille conviction ne pouvai être une illusion.

Il me faudrait en ce moment pour vous parler moi aussi de Jésus-Christ la foi du grand Apôtre, la sagesse d'un Chérubin et l'ardeur d'un Séraphin. Encore ne pourraient-ils eux-mêmes que balbutier pour en célébrer la grandeur.

2. Notre devoir, comme enfants de Dieu et frères du Christ, de connaître le Sauveur.

« Noblesse oblige », dit aune devise. Que ce soit la nôtre !

Saint Paul écrit dans son épître aux Éphésiens : « Soyez des imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-aimés ». « Enfants de Dieu »personne aurait-il jamais songé à revendiquer pareil titre ? Et pourtant il n'est pas vain de le faire. Saint Jean l'affirme en ces touchantes paroles: « Voyez quel amour le Père nous a témoigné, que nous soyons appelés enfants de Dieu, et que nous le soyons en effet ! » (I, ni, i). Par conséquent nous ne pouvons pas agir en mercenaires; la morale de « honnête homme » ne saurait nous suffire. Je connais d'excellents pères de famille, économes et laborieux, fidèles à leurs devoirs envers leur épouse et leurs enfants; il ne leur manque qu'une chose, Jésus-Christ, ou, s'ils croient en lui, il leur manque de l'aimer, et c'est là leur grand malheur. Rien de plus lamentable, en effet, que de voir de braves gens refuser d'admettre le Christ. S'ils font preuve de tant de qualités sans lui, que seraient-ils s'ils le connaissaient et l'imitaient ! Si nous étions libres de choisir, le cas serait tout autre. Chacun pourrait penser à son gré : « Contempler Dieu dans l'éternité, je n'y tiens pas.

Il me suffit de pouvoir trouver, après une vie bien remplie, un lieu où il me sera loisible de couler, sans douleur, sans tristesse et sans larmes, une agréable et paisible existence ». Mais cette hypothèse est purement imaginaire. Le bonheur de la vision béatifique ou l'éternelle damnation, je n'ai pas d'autre choix depuis que le Christ est venu sur la terre. Je suis son frère. Pour plus de clarté, servons-nous d'une comparaison. Un homme distingué a un fils. Parvenu par le travail à une honorable situation, la grande joie de sa vie est de pouvoir assurer à son fils une existence encore meilleure. Ce fils étant en âge de s'établir et de fixer son avenir, son père lui dit : « Avec le bénéfice des avantages que je te lègue, j'espère que je verrai en toi l'héritier d'un grand nom ». Or, le fils répond : « Mon père, je suis trop flatté de votre proposition, mais je suis démocrate. La distinction du rang ne m'intéresse aucunement. Je veux être cocher! » Alors, le père de répliquer : « Il n'y a rien de déshonorant à être cocher ou mercenaire, du moment qu'on gagne convenablement son pain. Si telle est ta volonté, je ne puis m'y opposer, mais, sache-le pourtant, je t'avais préparé quelque chose de meilleur. Puisque tu n'en veux rien savoir, tout est rompu entre nous. Va donc et agis à ta guise! »

Comprenez-vous mes soeurs ? Appelés par la volonté divine à l' éminente dignité et à la récompense suprême d'enfants de Dieu, nous ne pouvons nous contenter d'être honnêtes gens, comme on dit vulgairement. Nous devons être chrétiens, et entièrement chrétien.

3. Le Christ est notre vie avec lui nous possédons tout.

« Le Christ, de par Dieu, nous dit saint Paul, a été fait pour nous sagesse, et justice, et mortification, et rédemption » (I Cor., I, 3o). Cherchez la sagesse, vous ne pouvez la trouver qu'en lui; la justice, que par lui. La sanctification, vous ne la trouverez pas sans lui. Le salut, vous ne l'obtenez que par lui. Tous les trésors de la sagesse et de la science, il les possède, et il les possède pour nous les donner. C'est là la différence qui le distingue de tous les sages, humainement parlant.

Saint Paul ne veut rien connaître autre chose que Jésus-Christ, et Jésus crucifié. Il possède toute la science de son temps. Ainsi armé, il se présente devant l'Aréopage d'Athènes : il ne prêche pas les philosophes grecs, mais seulement Jésus-Christ. Il écrit aux Colossiens : « Le Christ est notre vie » (III, 4). Le Christ est aussi la nôtre. Sans cette vie nous allons vers la mort. Le Christ est notre vie; sinon, nous nous égarons. S'il est le point central et le soleil de notre vie, c'est bien; sinon, nous possédons de faux reflets, nous n'avons pas la lumière. Il est le seul immortel et le seul nécessaire. Nous pouvons nous passer de tout dans la vie, richesses, beauté, santé, réputation; mais de lui, non. D'après ce principe, jugez de ce qu'est votre vie spirituelle. J'admire de voir la piété compliquée de certaines âmes, avec la multiplicité de leurs dévotions particulières. Libre à elles ! Quant à moi, c'est le Christ qui doit être le soleil de ma vie. Avec lui, je possède tout. Au culte que je lui rends, j'associe celui de sa sainte Mère en raison de la place qu'elle occupe près de lui. Aussi ma piété est-elle très simple. Je tiens pour Naaman le Syrien. Naaman arrive de loin, et Élisée ne daigne même pas se lever pour venir à sa rencontre. Naaman s'indigne: eh quoi ! le prophète se contente de lui envoyer un messager au lieu de se présenter lui-même ! Furieux, il va s'en aller quand ses serviteurs le retiennent : « Seigneur, puisque le voyage est fait, essayez toujours ! Si le prophète vous avait demandé quelque chose de plus malaisé, ne l'auriez-vous pas fait, et vous ne tenterez pas le remède facile qu'il vous prescrit ? » L'avis était raisonnable. Naaman le suivit et fut guéri. Excellente leçon de simplicité. Non, point de complication dans notre piété. Jésus-Christ, et avec lui nous avons tout.

Le Sauveur, qu'est-il donc pour nous ?

4. Jésus, notre suprême modèle.

Saint Jean nous raconte avec quelle simplicité touchante le Sauveur s'adressa à ses disciples dans son dernier discours avant la Passion. « Mes petits enfants, je ne suis plus avec vous que pour un peu de temps » (xIII, 33).

Dieu n'exagère rien dans ses paroles; or, quoi de plus tendre que ce mot : « Mes petits enfants ! » Ces gens simples, appelés à affronter toute leur vie les périls de la mer, en devaient être touchés, et ils le furent en effet. « Seigneur, interrogea Philippe, montrez-nous le Père », et Jésus répondit : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas ? Philippe, qui me voit, voit aussi le Père. Comment dis-tu, toi : Montrez-nous le Père ? Ne croyez-vous point que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? » (Jean, xiv, 8, 9). Jésus est le Fils unique du Père, vrai Dieu de vrai Dieu; mais il est aussi le Fils de l'homme, ayant eu un corps, un véritable corps humain formé dans le sein de la Vierge. Son âme, créée entièrement libre, eut une intelligence et une libre volonté comme nous, et, comme nous, une imagination et une mémoire. Il eut aussi des passions, non désordonnées, il est vrai, comme les nôtres; des passions dans le sens le meilleur et le plus noble du mot.

C'est ainsi, par exemple, qu'à la vue du temple profané, un véhément désir d'accroître la gloire de son Père s'empara de lui. Il nous faut aussi exclure de la nature humaine du Christ tout ce qui a rapport au péché. « Il a dû être en tout semblable à ses frères, hormis le péché », écrit saint Paul (Héb. u , 174 tv, 15). Il n'y a eu en lui aucune ignorance, aucune erreur. Il ne fut affligé d'aucune maladie, parce que la maladie est une des suites du péché originel. Observons le Seigneur discutant avec les Pharisiens. Il n'a jamais besoin de se reprendre. Une phrase prononcée, il n'a rien à y rectifier, à y atténuer. Quelest pourtant celui qui au cours d'une controverse n'outrepasse jamais sa pensée, n'éprouve jamais la nécessité d'y corriger quelque chose ? Comme nous il connut la fatigue; comme nous il dut boire et manger. Il s'assied de lassitude au puits de Jacob en attendant la Samaritaine. 'Tout ce qu'un homme peut souffrir, il l'a souffert; et toutes les vertus possibles à l'homme, il les a pratiquées. Évidemment il ne pouvait croire, car son âme voyait sans cesse les mystères : la foi consiste à tenir pour vrai ce qu'on ne peut directement constater. Naturellement il ne pouvait espérer non plus dans le sens rigoureux du mot, puisqu'il possédait tout : le Père et la félicité parfaite dans la Très-Sainte Trinité. Il ne pouvait espérer que la glorification de sa nature humaine. Il aima véritablement, à la manière du coeur humain.

Le mystère de son amour consistait dans l'accomplissement de la volonté de son Père : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jean, tv, 34). 11 aimait aussi les hommes; oui, et quelle pureté et quelle tendresse en cette affection ! Rappelez-vous l'histoire de Lazare et de ses deux soeurs. Il pleura sur son tombeau comme seul un homme peut pleurer; et ses larmes n'étaient pas de simple convenance : elles jaillissaient point des profondeurs de son humaine sensibilité. Et lorsqu'il dit à Madeleine : « Ne me (Jean, xx, 17), sa pensée était : « Vous croyez que vous pouvez dès maintenant goûter la béatitude céleste; c'est, au contraire, le temps de vous sacrifier, de lutter et de vivre de la foi. Ensuite vous viendrez où je vais actuellement ». « Je vous précède, vous me suivrez », dit-il aux apôtres (Matth., xxvi, 3z).Quelle fut encore sa douceur et son humilité! Et son obéissance! Jamais il ne se place au-dessus de la loi. Il verse son tribut au Temple. N'ayant rien un jour pour le payer : « Va à la mer, commande-t-il à Simon, jette un hameçon; le premier poisson qui montera, prends-le; puis, ouvrant sa bouche, tu y trouveras un statère » (Matth., xvii, 26). Pour nous donner l'exemple, il se rend régulièrement au Temple aux jours prescrits. Quant à sa miséricorde, il est vraiment superflu d'en parler.

5. Il nous est possible, comme enfants adoptifs de Dieu,
de suivre le Sauveur  et de contempler le Dieu éternellement avec lui.

Pouvons-nous prétendre l'imiter, lui, le Fils de Dieu ?

Oui. Lui-même l'affirme « Je vous ai donné l'exemple, afin que, comme je vous ai fait, vous fassiez aussi vous-mêmes » (Jean, mn, 15). « Soyez parfaits, dit-il ailleurs, comme votre Père céleste est parfait » (Matth., V, 48). Il est évident que nous ne parviendrons jamais à sa sainteté; mais nous avons l'obligation de viser sans cesse plus haut, d'aspirer à un peu plus de perfection tous les jours. Ainsi l'exige notre sublime idéal de catholiques. Jésus-Christ est le Fils de Dieu par nature; nous sommes enfants de Dieu par la grâce. Enfants de Dieu! c'est en cela que consiste précisé­ ment tout le christianisme. Notre adoption divine, véritable et réelle, voilà le christianisme. Le baptême, en nous procurant ce privilège, opère en nous un véritable changement de condition. Nous sommes, relativement à Dieu, de véritables enfants. Aussi doit-il nous en donner la capacité. Nous restons les êtres que nous étions avant le baptême avec les mêmes tendances héréditaires. Le privilège d e notre adoption divine ne supprime pas l'ardeur ou l'apathie de nos dispositions naturelles. La grâce ne fait que construire sur la nature. Si nous avons le tempérament bilieux, comme enfants de Dieu nous l'utiliserons entièrement au service de Dieu, dans l' acc omplissement de nos devoirs d'état. Si nous sommes des flegmatiques, nous deviendrons d'autant plus doux.

Personne n'aurait jamais conçu d'enseigner une pareille doctrine. Dieu nous élève véritablement à cet état par la grâce sanctifiante qu'il répand en nous par le baptême; dès lors, nous sommes réellement et en vérité ses enfants. Si nous vivons en enfants de Dieu, nous n'avons aucune raison de redouter la mort. Pourquoi pourrions-nous la craindre ? Notre seul et unique malheur possible, c'est la perte du privilège de notre adoption divine. Puisque nous sommes enfants de Dieu, nous devons vivre entièrement selon la volonté de notre Père des cieux. Or, la grâce sanctifiante est non seulement la cause de notre ressemblance avec le Christ; parce que nous lui sommes dès ici-bas pleinement semblables comme si nous étions ses frères et ses soeurs, la grâce est en outre pour nous la cause de la vision béatifique du ciel. Saint Paul en parlant du Christ l'appelle « le Premier-né d'un grand nombre de frères » (Rom., VIII, 2 9). La grâce sanctifiante nous donne droit à l'héritage du Christ. De même que si nous étions enfants d'un roi nous aurions libre accès dans son palais, de même, comme enfants de Dieu, l'entrée du ciel est ouverte.

La grâce sanctifiante est encore cause du mérite de nos actes. Question décisive dans notre vie. Dieu reste juste; il ne peut nous récompenser que rigoureusement selon nos mérites. Il ne peut nous introduire au ciel comme un paysan entre ses bottes de foin dans son grenier, sans qu'elles sachent comment elles s' y trouvent. En êtres conscients nous devons mériter le ciel. Or, si nous considérons comment nous vivons en réalité, que constatons-nous ? Combien d'heures appartiennent à Dieu ? Et si nous en comparons le nombre à la multitude de celles que nous abandonnons complètement au monde! Une existence aussi longue que celle de Mathusalem, entièrement passée dans la prière et le jeûne, suffirait-elle à mériter une éternité ? Le croyez-vous ? Si, pour 7o ans d'une vie honnête et sans péché, totalement consacrée à son service, Dieu nous en accordait 700 de bonheur naturel, nous serions muets de reconnaissance pour une telle bonté.

Et si, au lieu de 700, il nous en donnait 7000 : « Seigneur, que vous êtes donc bon ! » nous écrierions-nous en tombant à genoux devant lui. Or, voici ce qu'il nous dit : « C'est toute l'éternité, que vous devez jouir de ma présence et contempler mon visage ! » Il est pourtant nécessaire qu'il y ait correspondance entre le mérite et la récompense. Telle est la raison pour laquelle le privilège de l'adoption divine nous a été accordé. L'amour de Dieu, en union avec sa Sagesse, ne nous a pas seulement révélé ce mystère : il l'a réalisé en nous. Nous n'agissons plus simplement en hommes, mais en enfants de Dieu. Grâce en outre à la part immense de ses actes et de ses mérites qui nous est attribuée par le Christ, nous avons droit à le contempler éternellement. Sans doute, il y a des degrés dans la félicité du ciel, mais nous serons sauvés! N'eussions- no us servi Dieu qu'une seconde, nous serions sauvés pour l'éternité ! Cette éternelle félicité, nous devons la mériter. Que nous croyions ici-bas et que, lé-haut, nous le contemplions et jouissions éternellement de lui, telle est la très sainte volonté de Dieu. Tout ce dont un homme est capable pour son Dieu et son Sauveur en vertu de l'adoption divine, saint Paul nous l'apprend dans la seconde épître aux Corinthiens. Au cours d'une discussion avec ses ennemis, un peu trop fiers d'eux-mêmes peut-être, saint Paul, malgré sa modestie, raconte tout ce qu'il a accompli. Magnifique témoignage de tout ce qu'on peut dire, accomplir et endurer pour le Sauveur. La lecture de ce passage nous fait aussi constater l'insignifiance de ce que nous, nous faisons pour lui.

Voyez comment le monde se détourne aujourd'hui avec insouciance de notre Seigneur et Sauveur, bien plus, concerte ses assauts contre lui. Pour lui, le Christ n'existe plus. On voudrait le bannir de l'histoire! Entreprise infernale, où se reconnaît l'intervention directe du démon ! Le temps de l'antéchrist approche : on est vraiment tenté de le croire en lisant la presse communiste. Il ne pourra guère être pire!

Le Resto de mon fils
François Christiaenssens

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