Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de  Mgr Pierre André Fournier  et ami de ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

 

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 

DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?



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Titre de la série :
Religieuse de toute son âme
Titre de la page:

PREMIÈRE MÉDITATION DEVANT LA CRÈCHE :
LE MYSTÈRE DE NOTRE ADOPTION DIVINE

Nom de l'auteur:
Mgr Joseph Gross Tarduit   par l' abbé-L. Brevet

PREMIÈRE MÉDITATION DEVANT LA CRÈCHE :
LE MYSTÈRE DE NOTRE ADOPTION DIVINE

1. La pensée de notre adoption divine nous fait
triompher de toutes les tentations.

Mes chères soeurs, posons-nous aujourd'hui cette nouvelle question : « Comment expliquer notre peu d'abnégation alors que nous faisons oraison et assistons à la sainte messe tous les jours, que nous allons à confesse chaque semaine, et communions chaque matin ? »

Lorsque surgissent les tentations, certaines plus particulièrement, notre âme en est bouleversée jusque' dans ses plus intimes profondeurs; des tentations fort légères suffisent elles-mêmes à révéler notre lamentable faiblesse.

Nous avons médité le matin sur la douceur. Notre petit déjeuner est à peine terminé, que nous nous emportons pour la moindre contrariété!...

Nous avons médité sur la bonté et la miséricorde du Sauveur; nous avons contemplé les admirables exemples de sa mansuétude et de sa tendresse, et flous voici incapables de surmonter un petit accès de mauvaise humeur!...

Pourquoi ? Pour plusieurs raisons, mais, à mon avis, la principale est que nous méditons tout simplement comme on examine un herbier. On admire une plante, puis une autre. On referme la collection, et voilà tout. La vie spirituelle n'est qu'un combat. La Crèche v a nous montrer comment nous pouvons le conduire.

Qui voyons-nous dans la Crèche ? — Le Fils de Dieu!

Le Fils de Dieu descendu jusque dans une crèche! Qu'est-ce que cela veut dire ? Le comprenons-nous bien ? Saint Paul nous l'explique et nous fait très éloquemment sentir la grandeur de cet adorable mystère.

Qui sommes-nous pour que Dieu se soit occupé de nous, qu'il nous ait envoyé son Fils unique et l'ait revêtu de notre chair ? Pourquoi Dieu a-t-il agi ainsi ? C'est afin que nous puissions parvenir par lui au salut. N'en saurions-nous pas davantage que ce serait assez, tant cette sublime pensée dépasse les bornes de l'intelligence humaine.

Un psychologue faisait un jour cette profonde remarque : « Rendez-vous compte de votre grandeur, et vous ne tomberez pas dans le vulgaire ».

Pensons à notre dignité d'enfants de Dieu, et nous ne nous abaisserons pas si facilement vers ce qui est vil et misérable. Pensons-y à l'heure de la tentation, et nous saurons résister.

2. Le Sauveur nous a mérité le privilège de l'adoption
divine par sa Crèche et ses souffrances.

Qu'est-ce qui fait pour nous la grandeur de la Crèche ?

La plupart des gens n'y découvrent qu'un spectacle touchant : on se retrouve enfant en sa présence. Ce que nous y devons voir avant tout, c'est la Croix qui se dresse derrière elle.

Le Fils de Dieu s'étant fait homme, nous comprenons qu'il ait pleuré. Ainsi font tous les enfants; c'est si naturel et si humain ! Nous comprenons encore qu'il ait rencontré la contradiction : c'est inévitable. Mais n'est-il pas concevable qu'il soit devenu l'Homme de douleurs ? — Non.

Voyez-le pourtant parmi les valets du grand-prêtre, à la colonne de la flagellation, la tête couronnée d'épines, raillé, insulté, et sans personne pour s'apitoyer sur lui!... Tout cela n'est-il pas indigne de Dieu ? On en comprend la raison quand on a connu la misère. Que de gens ils ne sont pas rares amenés un jour ou l'autre jusqu'au pied du calvaire ! Que de mères contraintes d'en gravir la pente jusqu'à la croix! Choses que nous nous imaginons à peine dans la vie religieuse. Nous nous laissons pour ainsi dire porter à travers l'existence. Le couvert nous est assuré tous les jours. Nous n'avons jamais éprouvé ce que c'est, littéralement, « ignorer où on reposera sa tête le soir, ou avec quoi on apaisera sa faim demain ». Nous n'avons jamais senti ce que c'est qu'être malade ou abandonné, privé de tout appui et de toute consolation. Tout cela, nous ne le savons guère qu'en théorie et par ouï-dire. Si j'allais chercher des pauvres et m'adressais à eux en ce moment, ils seraient plus à même ait monté sur la Croix , nous ne saurions donc nous en étonner. Ce que Dieu fait, il le Que e de e n e Sauveur comprendre. ve rafait entièrement. Nous, nous n'achevons qu'à demi. Qu'il crée les étoiles ou les moucherons, qu'il parsème les arbres de fleurs au printemps, il va jusqu'au bout de son oeuvre. Il ne lésine pas comme nous. A sa place, nous aurions songé à l'économie. Nous pensons facilement comme Judas, voyant Madeleine briser un vase d'albâtre pour en répandre le parfum sur la tête de Jésus : « A quoi bon ce gaspillage ! » (Matth. xxvi, 8). Nous n'aimons point constater qu'un autre vaille mieux et travaille plus que nous. « Je ne suis pas obligé d'en faire autant! » pensons-nous. Nous n'admettons pas volontiers la supériorité des autres. Telle est notre humaine façon de penser. Dieu, au contraire, va jusqu'au bout de ses entreprises et ne fait rien à demi. Il a monté sur la Croix pour bien achever son oeuvre. La Croix , nous arrivons à nous l'expliquer humainement, mais la Crèche comment ? Nous ne trouvons rien en nous, rien dans la nature humaine qui nous permette d'en sonder le mystère. Où découvrir un semblable exemple d'abaissement ? Saint Wenceslas allant visiter, nu-pieds et sans se faire connaître, des prisonniers dans leurs cachots ? La chose est admirable, mais qu'un prince descende de son palais dans une misérable hutte, il n'y a rien là cependant qui nous fournisse un élément de comparaison, d'analogie, de Commune mesure avec l'abaissement du Fils de Dieu dans une étable. Avouons-le : c'est une pensée qu Dieu seul pouvait concevoir. Nous sommes en face d'un insondable abîme. Nous comprenons la fuite en Égypte, la sueur de sang au jardin des Olives, la flagellation, le couronnement d'épines, le crucifiement, mais la Crèche, non.

Mon Sauveur, pourquoi avez-vous voulu descendr jusqu'à cet abîme d'anéantissement ? « Il s'est anéanti lui-même », dit saint Paul (Phil., if, 7). Jusqu'au péché ! « Il l'a chargé de tous les péchés » (II, Cor., V, 21). Mon Sauveur, pourquoi ? Ah! je le sais, saint Paul nous en donne la raison : « L'adoption divine nous a été procurée ». Mais, à quel prix ! Soyons donc remplis d'une sainte fierté pour le sublime privilège qui nous a été ainsi donné « que nous soyons non seulement appelés, mais que nous soyons réellement enfants de Dieu » (I Jean, III, 1). 3. L 'adoption divine et notre coopération à la grâce.

« Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas reçu » (Jean, I, i f). Parole la plus amère qui ait jamais été écrite! « Mais quant à ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jean, I, 2). Être enfants de Dieu! Tant que nous ne comprenons pas le sens de ce mot, nous ne pouvons avoir la sainte fierté à laquelle il nous donne droit. Cette filiation divine est la conséquence essentielle de la grâce. Qu'est-ce donc que la grâce ? Quelque chose de bien grand, sans doute, puisqu'il en a tant coûté au Sauveur de nous la procurer. Puisque vous avez dû vous abaisser si profondément pour me la mériter, il faut que je sois infiniment précieux à votre regard, ô mon Dieu! Anges du ciel, serais-je tenté de /n'écrier, accourez me le dire! Oui, Chérubins et Séraphins, dites-le moi, qu'est-ce que la grâce ? La grâce étant un si grand bien, qu'arrive-t-il quand on la perd en commettant une faute grave ? C'est la perte de tout ce que nous contemplons dans la Crèche ; nous n'y avons plus aucunement part. Mais, humblement nous osons l'espérer, nous sommes, malgré toutes nos chutes et toutes nos faiblesses, nous sommes en état de grâce. Comment traitons-nous ce bien précieux ? Mon Dieu, que de fois il nous arrive de n'y prendre point garde du tout ! Vous me dites : « Tais-toi. Qu'importe que la chose se passe ainsi ou autrement ». Et je vous réplique : « Non, pourquoi cette soeur aurait-elle raison ? » Dieu nous demande d'accepter une petite mortification au souvenir de tout ce qu'il a fait pour nous. Nous refusons. Il nous rappelle ses souffrances : « Allons, un peu de pitié ! » — « Je n'y suis pas obligée! » — Jésus insiste encore : « Allons! Abandonne ce ressentiment! » — « Non, je ne puis oublier ! » Pareil langage est-il indifférent à Dieu ? L'obéissance docile à chacune de ses inspirations nous ferait gravir peu à peu les échelons de la charité, mais nous ne le voulons pas. « Votre amour, mon Dieu, est trop pénible. Offrez-le à d'autres ! » Nous est-il vraiment égal de jouir de Dieu et de le connaître plus ou moins dans l'éternité ?

C'est ainsi que nous faisons tout à demi, encore une fois, alors que Dieu aime ce qui est achevé. Nous marchandons toujours. Comprenons-nous maintenant pourquoi nous en sommes toujours au même point, pourquoi nous n'avançons pas ?

4. L 'adoption divine et l'esprit de sacrifice.

Ce que nous savons désormais du surnaturel et de la grâce nous permet de comprendre le sens de ce mot : Dieu nous aime!

Imaginez que la Crèche et la Croix n'aient pas existé, que Dieu ait envoyé un ange proclamer à toute la terre : Dieu est amour! Le message se serait transmis de génération en génération. L'aurions-nous admis ? L'aurions-nous tant soit peu compris, le croyez-vous ? Non, et c'est en vain que des philosophes eussent entrepris de volumineux traités pour prouver cette vérité. Nous sommes en présence de la Crèche, et, derrière, nous apercevons la Croix. La Crèche et la Croix nous prouvent l'amour infini de notre Dieu. A ce spectacle nous comprenons tout ce que Dieu a fait, tout ce qu'il a enduré et souffert pour nous. L'amour s'apprécie à la mesure du sacrifice. « Mon enfant, que je t'aime! » me disait ma mère quand j'étais tout petit; mais il me fallut attendre l'âge de raison pour m'en rendre compte. C'est lorsque je fus en état de constater le dévouement de ma mère pour ses enfants, toute la peine qu'elle se donnait pour nous rendre heureux et apaiser notre faim, c'est lorsque je la vis se priver d'une robe neuve pour nous vêtir, oui, c'est alors que je compris vraiment combien elle nous aimait. Telle est notre dureté naturelle que nous ne pouvons croire sans la preuve du sacrifice. L'amour vit de sacrifices et d'amour; quand il ne peut plus s'immoler, il meurt. « Dieu est amour! » Nous le comprenons, parce que nous avons le témoignage de ses souffrances. Nous, qui portons l'habit religieux, arrêtons-nous devant la Crèche , et, en nous comparant à ce spectacle, a pprenons à nous connaître. Faites-vous beaucoup de sacrifices ? Des sacrifices extérieurs, oui certainement. La vie de communauté, c'en est déjà un. Votre présence continuelle au milieu d'enfants ignares et grossiers, c'en est un autre. L'absence de distractions, la privation de cinéma, sacrifices encore que cela! Sacrifices que vous ne ressentez pourtant pas rigoureusement comme tels. La seule chose qui compte réellement, c'est le renoncement à sa propre volonté; voilà ce qui coûte, ce qui est un véritable sacrifice. Comment est-il possible que, dans une communauté, certaines religieuses se dévorent entre elles ! Ne voyant qu'une direction, tout ce qui s'en écarte leur est insupportable. Elles renoncent à tout, elles font fi de leur entourage, elles ne veulent être aimées ou estimées de personne, et elles se croient humbles! Elles s'estiment parfaites parce qu'elles coupent court à toute affection, excepté pourtant à l'amour d'elles-mêmes. Et c'est ainsi qu'elles prétendent n'avoir au coeur d'autre amour que l'amour du Sauveur. Il leur manque évidemment d'avoir lu la parole de saint Jean : « Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas.? » (I Jean, iv , zo). Sans la Crèche , les petits, les faibles, les humbles, ceux que le Seigneur appelle les pauvres en esprit, devraient perdre courage.

De toutes les croix, la pauvreté est la plus grande, dit-on généralement. On demandait un jour à un religieux, aumônier militaire pendant la guerre, quelle était la fête de Noël dont il avait gardé la plus profonde impression. Ce n'était pas celle qu'il avait passée en captivité en Russie, mais au Danemark, dans une modeste église parmi un très petit nombre de fidèles. En voyant la pauvreté du lieu, combien tout y était misérable, jusqu'au tabernacle, quand surtout il avait aperçu la chétive crèche dans un coin, il s'était senti heureux, heureux de sa propre misère.

Dans une certaine mesure, c'est la même impression de bonheur que nous procure toujours la Crèche. Sans elles, où les malades, les. pauvres et les infirmes trouveraient-ils un peu de consolation ? Que devien­ draient tous les déshérités de la nature à qui personne n'accorde jamais un regard de sympathie ? Que deviendraient les orphelins abandonnés depuis leur plus tendre enfance, et qui n'ont jamais fréquenté que les tribunaux et les prisons ? Sans la Crèche , il ne leur resterait que le désespoir.

5. L 'adoption divine nous donne droit à une sainte fierté.

Réfléchissons un peu. Ne nous arrive-t-il pas souvent de nous estimer pieuses et très correctes parce que nous ne croyons avoir aucune faute grave contre la pureté à nous reprocher ?

Il y a quelques années, je rencontrai une ancienne religieuse. Modèle de régularité dans sa communauté, elle y avait fait preuve en tout des plus grandes qualités, et personne ne pouvait l'approcher sans l'aimer. Il l u i arriva pourtant de commettre une faute grave qui motiva son renvoi, ce dont après plusieurs années elle garde encore rancune à Dieu. Oh! cette piété artificielle! Je lui demandai en lui parlant si elle avait jamais contemplé la Crèche du Sauveur. Elle ne me répondit pas un mot, et je la laissai s'éloigner. Notre faiblesse est vraiment tragique souvent ! Si nous prenions mieux conscience de notre dignité, nous ne tomberions pas si facilement.

Cett edignité, d'où nous vient-elle ? De notre titre d'enfants de Dieu, et nous devons en éprouver une nsaeinstaeinfiteert fierté. L'idée n'est pas de moi. Je la trouve dans une lettre de saint Jérôme à la fille de sainte Paule : « Que ce soit, lui écrivait-il, l'étoile de votre vie! Concevez un saint orgueil! »

Si nous pouvons être fiers de porter l'habit religieux, nous devons l'être beaucoup plus de posséder l'Esprit.. Saint vivant en nous, tant que nous demeurons en état de grâce. Nous sommes véritablement membres de Jésus-Christ, nous sommes incorporés à lui et nous vivons par la vertu de l'Esprit-Saint en Jésus-Christ : « Votre vie est cachée avec le Christ » (Col., III, 3).

Le spectacle de la Crèche nous fait comprendre ce que nous avons coûté au Sauveur. Au moment de la tentation, il nous faut quelque chose pour résister. N'est-il pas terrible de se trouver aux prises avec les tentations contre la foi, contre l'espérance, sans parler de celles contre la pureté ? Comment résister au démon ? En Balbutiant un « non exsangue » ? A quoi faire appel dans notre désarroi ? C'est notre saint orgueil d'enfants de Dieu qui nous permettra de fouler aux pieds cette honteuse passion. Dur combat, sans doute, mais le souvenir de ce que nous sommes, de l'abîme où Dieu s'est abaissé pour nous, en nous rendant conscience de notre grandeur nous assurera la victoire! Notre sainte fierté est notre unique force. La tentation arrive : « Non, mon Dieu, je ne ferai pas cela! » Elle est pourtant si séduisante cette passion... Faible plaisir d'un instant, et après, quelle amertume ! L'enchantement du mal n'est qu'un éclat éphémère; quelle cruelle désillusion ensuite !

Désormais sachons revenir sans cesse à cette sainte réserve. Pour nous, par amour pour nous, Jésus-Christ, le Fils de Dieu, s'est chargé de tout, a descendu dans la Crèche et monté sur la Croix. Plus qu'enfants royaux, enfants de Dieu, nous ne pouvons, nous ne voulons plus continuer à l'offenser, nous ne voulons plus désormais l'affliger encore délibérément par nos fautes. Nous ne voulons plus être aussi pusillanimes, aussi misérables et infidèles.

Aimez, mes soeurs, à méditer sur cette pensée pou en pénétrer, pour en imbiber votre coeur comme on charge, pour ainsi dire, un accumulateur électrique. « Je suis un pauvre être, mais, quelle que soit ma misère, vous m'avez constituée votre enfant, vous m'avez donné l'Esprit-Saint. Objet de tant d'estime de votre part, je ne veux plus déchoir désormais si profondément! Plus de cette incohérence capricieuse qui me fait vous embrasser un jour et vous trahir le lendemain ».

Gardez-vous humblement des occasions du mal. Soyez modestes et servez-vous de cette grande vérité comme d'une arme : Je suis enfant de Dieu. Cette sainte fierté vous préservera de tomber.

Seigneur, j'ai assez péché; désormais, je ne le ferai plus !

IV SECONDE MÉDITATION DEVANT LA CRÈCHE :
LA CRÈCHE, ÉCOLE DE PAUVRETÉ,
1. Pourquoi le Fils de Dieu a voulu naître dans la pauvreté, l'oubli et l'abandon.

Mes chères sœurs, le Fils de Dieu est venu parmi nous. Que la Très Sainte Trinité en soit à jamais louée ! Sans cette consolante vérité, que serions-nous devenus ?

Considérons d'abord les circonstances extérieures qui accompagnèrent la naissance du Sauveur. En Dieu tout est prévu et voulu; aussi devons-nous retrouver en tout la marque de ses intentions profondes. Voyons donc ce qu'il nous enseigne par la Crèche.

Les circonstances qui entourèrent le berceau du Fils de Dieu tiennent en peu de mots. Il vient sur la terre exactement au temps et au lieu prédits. Il apparaît non sous les traits d'un Dieu terrible, mais d'un enfant aimable.

S'il se soucie si peu apparemment de nos péchés et de ce que nos péchés lui ont préparé, qu'est-ce qui rend si pénible sa venue en ce monde ? Sa pauvreté, sa pauvreté voulue. C'est elle qui l'accueille dans la Crèche, et, chose plus significative encore, l'oubli et l'abandon.

Pensons, en effet, à la grandeur de celui qui s'abaisse ainsi ! Il est l'auteur de l'univers, et c'est pour lui que le monde a été créé. Sans le décret de la sainte Trinité, l'univers n'existerait pas. Pour lui encore Dieu se choisit un peuple, un peuple dont toute l'histoire remarquable est orientée vers lui, vers son avènement. Or, voici l'instant où il va paraître, et personne pour le recevoir. Ni foule, ni rois, ni saints... Des saints, il y en a pourtant alors parmi les Juifs, mais aucun n'est là. Deux personnes, Marie et Joseph, forment sa cour. Bientôt quelques pasteurs... Chose étrange, étonnante. Des bergers, pourquoi ? Pourquoi pas des monarques et des ministres ? Ainsi en a-t-il été décidé dans les plans divins. Pourquoi ces simples bergers, mais candides et bons ? Précisément pour cela, sans doute. Je ne vois pas d'autre explication : parce que ce sont des pauvres, et parce que Dieu l'a voulu. Parce que ce sont des humbles aussi. Des riches, qu'auraient-ils fait ? Secoué la tête de mépris probablement. Pourquoi le Sauveur est-il né dans la pauvreté, l'oubli et l'abandon ?

Il aurait pu venir dans la majesté et la puissance. N'est-ce pas ce que nous désirons toujours, la considération et la gloire ? « Quittez ces préoccupations; n'y cherchez pas le bonheur », dira-t-il plus tard. L'aurions-nous cru ? Non. Il nous fallait la preuve de son exemple.

De même pour la pénitence, toujours pénible et rebutante. Si le Sauveur s'était contenté de la prêcher, n ous ne l'aurions pas écouté. Il était nécessaire qu'il nous en donnât lui-même le modèle.

Pourquoi notre Sauveur a-t-il agi ainsi ? Une seule réponse toujours : parce que c'était le meilleur et le plus sûr moyen, parce qu'il l'a voulu.

Précisons un peu pourtant : pourquoi Dieu, en sa sagesse et sa bonté, en a-t-il décidé ainsi ?

Pour montrer au monde sa Toute-Puissance. Sans ressources et sans forces, que peut l'homme ? Par sa pauvreté, par sa faiblesse et son extrême abandon, le Sauveur nous prouva qu'il est Celui dont l'Esprit remplit l'univers.

Ah! si nous voulions seulement penser au rôle de la Crèche dans l'histoire ! C'est avec elle qu'a commencé la christianisation du monde. C'est en elle que l'Église a trouvé la greffe des vertus de la vie religieuse, obéissance volontaire, pauvreté et chasteté : elle en est véritablement l'origine. Sans elle personne aurait-il pratiqué la vie intérieure ? Ce qui force tant notre admiration dans les premiers siècles du Christianisme, l'amour de la pauvreté et de la solitude, quelle en est la source ? Que de malheureux ont trouvé la consolation en contemplant sa Crèche ! Sans elle, quel désespoir! Des riches quittent leurs palais pour revêtir l'habit religieux; comment l'expliquer ? Et depuis quand a-t-on reconnu les droits de l'enfance ? Depuis le temps où Dieu s'est fait enfant. Jusque-là l'enfant n'était qu'un petit être négligeable à l'entière merci de son père.

2. La Crèche , école de simplicité et d'humilité

La simplicité, la pauvreté, l'obscurité et la solitude, voilà tout ce qu'on découvre dans la Crèche. Autant de leçons que nous donne le Sauveur. Notre devoir est, en effet, de l'imiter.

La simplicité, non pas la simplicité artificielle et superficielle, la vraie simplicité est une disposition de coeur extrêmement agréable au Sauveur, car c'est lui qui l'a apportée au monde.

Considérez une personne véritablement simple. Tout n'est en elle que joie et allégresse jaillissant directement vers Dieu. Un enfant bien pieux ne se recherche pas lui-même, ne songe pas à sa satisfaction personnelle lorsqu'il fait sa prière : il ne pense qu'à Dieu. Voilà la simplicité.

Cette simplicité, si nous l'analysons, au fond qu'est-elle ?

Son vrai nom est l'humilité.

Mais alors, l'humilité, qu'est-elle à son tour ?

« L'humilité, c'est la vérité », dirons-nous avec sainte Thérèse. C'est l'aveu par lequel nous reconnaissons que sans Dieu nous ne sommes rien, que nous ne sommes que faiblesse et péché, et que Dieu est tout.

Tel est le premier degré de l'humilité. Notion bien insuffisante pourtant, et déjà connue des philosophes païens. Jusque-là l'humilité n'est pas encore une vertu chrétienne. La vertu d'humilité consiste non seulement à reconnaître son propre néant et l'infinie grandeur de Dieu, mais à agir en conséquence. Le second degré consiste à supporter avec patience, le cas échéant, le dédain d'autrui. Le troisième enfin, à rechercher le mépris et à s'en réjouir.

En quoi consiste essentiellement l'humilité ? A admettre l'autorité absolue de Dieu sur nous. Ce qui est pratiquement bien difficile.

Pourquoi suis-je venue au monde à telle date ? En tel endroit plutôt qu'ailleurs ? Pourquoi ai-je actuel­ lement tel âge ? Pourquoi cette constitution physique, ces défauts, ces infirmités ?

— Parce que Dieu l'a voulu ainsi.

Pourquoi suis-je entrée en religion ? Pourquoi moi plutôt que tant de milliers d'autres ? Pourquoi ai-je de si médiocres qualités ? Pourquoi certaines soeurs sont-elles beaucoup mieux douées ? Je me donne bien du mal; je ne puis rien savoir sans apprendre par coeur, alors que j'en vois si bien réussir sans efforts! Pourquoi ?

Oh! ce pourquoi de révolte! Tout simplement parce que Dieu en a ainsi décidé de toute éternité. C'est lui qui a voulu me faire naître en tel pays, en telle année, c'est lui qui a fixé ma condition et mon âge actuels. L'essentiel est que je me soumette entièrement à sa volonté et m'abandonne toute à lui.

L'insubordination est le grand mal de notre époque, un mal qui déteint malheureusement sur nous et s'infiltre jusque dans les communautés. « Je suis la Voie », dit le Sauveur (Jean, xiv, 6). Pourquoi avons- nous la tête s tant depeine à bien nous mettre cette pensée dans

Au lieu de nous jeter dans les bras de la Providence, nous nous tourmentons. Que nous le voulions ou non, Dieu parvient toujours à ses fins. S'il a décidé de me donner la place la plus modeste, à moi de m'en accommoder. En l'acceptant, j'acquiers un mérite, autrement je commets une faute.

Demander à quelqu'un de ses nouvelles, c'est presque toujours provoquer ses doléances. Une brave et bonne religieuse, elle, ne se plaint jamais. Quand une religieuse se répand en amertumes sur ses malheurs, sur l'incompréhension dont elle est victime, sur tout ce qu'on lui fait souffrir, il ne saurait être question alors de véritable humilité.

Notre attitude envers l'Église et tout ce qu'elle ordonne doit être la même qu'envers Dieu. Que de critiques pourtant dans nos conversations ! Gardons- nous de ce péché !

3. Plaintes contraires à l'humilité.

Vous entendez parfois des religieuses gémir : « Ah! si vous connaissiez toutes mes difficultés, la pénible existence qui m'est faite! Si j'avais pu prévoir toutes les croix de la vie de communauté, je ne serais pas ici! »

Qu'est-ce que cela veut dire ? On ne peut que déplorer le peu de jugement de ces religieuses. Que ne sont-elles restées dans le monde! Personne n'est allé les chercher. C'est dommage qu'elles n'aient pas eu l'occasion d'aller visiter les régions dévastées par la guerre, où tant de gens n'avaient rien à manger et n'osaient même pas mettre le pied dans la rue faute de vêtements et de souliers !

Mieux vaut se dire : « Dieu, qui sait tout de toute éternité, m'a parfaitement pourvue sans se faire illusion, en plus ou en moins, sur mes forces. Il savait ce que je pouvais et ce que je ne pouvais pas supporter ».

Dieu a fixé par les lois de l'Église les limites au delà desquelles personne ne peut rien nous imposer. Ce qui dépasse nos forces, nous n'avons pas à le faire; mais laissons à autrui le soin de distinguer et de déterminer ce dont nous sommes et ce dont nous ne sommes pas capables : chacun est mauvais juge de sa propre cause. Voilà la plus élémentaire humilité.

D'autres religieuses vous disent : « Je ne suis point à ma vraie place. On m'oublie dans un coin. Pourquoi me laisse-t-on à la buanderie au lieu de me confier une classe ? »

Pourquoi Dieu permet-il cela ? Mais, pour que vous ayez quelque sacrifice à lui offrir. Si vous avez des aptitudes inutiles ou inutilisables dans la communauté, sacrifiez-les de bon coeur aux pieds du Sauveur. Réjouissez-vous de pouvoir immoler quelque chose à Dieu pour vos péchés.

Voici encore une chose fréquente dans les communautés : une soeur est très considérée, toutes les faveurs et toutes les sympathies vont à elle, tandis qu'une autre est toujours tenue à l'écart, et la malheureuse s'en désole, se prétend méprisée... Une autre a toutes les bonnes grâces de la supérieure; au contraire, je sens que de plus en plus on me néglige... Si Dieu veut qu'elle grandisse, et que, moi, je diminue, qu'importe ?

Une religieuse d'une quarantaine d'années se plaignait un jour du succès d'une plus jeune, uniquement à cause de ses charmes extérieurs. Qu'y pouvait-elle ? Et l'envie rendait-elle la mécontente plus avenante ? Pareille jalousie dénote une grande sottise, puisque personne n'y gagne et n'y perd, et qu'elle n'aboutit qu'au dépit. Voici, au contraire, ce que pense l'humilité : Que celle-ci s'élève et que je m'abaisse, la belle affaire! Dieu le veut; par conséquent, c'est très bien. L'honneur qu'on lui fait l'expose à des risques dont je n'ai point à me préoccuper. Si je n'ai pas d'avancement, c'est que cela n'est pas bon pour moi, et que le Bon Dieu ne le veut pas. J'en vois certaines qui sont savantes comme des livres et artistes comme des poètes. Dieu leur a donné ces talents, tant mieux. Il n'a pas voulu m'en accorder autant parce que ce ne serait pas mon avantage.

Si vous n'êtes pas capables de raisonner ainsi, c'est infiniment regrettable. Vous n'en êtes pas encore aux premiers éléments de l'humilité, à la prelère étape de la vie spirituelle. La vie spirituelle consiste à ressembler au Sauveur.

Un défaut très commun chez les religieuses, c'est la jalousie spirituelle. J'en ai connu une qui avait une très grande dévotion au Très Saint Sacrement. Il lui était arrivé trois ou quatre fois de se lever en secret pour venir l'adorer la nuit à la chapelle. La soeur de garde s'en aperçut, et, naturellement, ne manqua pas d'en parler. Là-dessus une ancienne, se jugeant suffisamment autorisée par l'âge pour le faire, s'en vint chapitrer la première qui en fut toute bouleversée : « C'est à vous dégoûter de la piété! » se disait-elle. Je lui demandai : « Cette religieuse est-elle votre supérieure ? Mais, après tout, votre supérieure pourrait bien être du même avis. Cessez donc de vous lever la nuit, soyez obéissante, et votre mérite sera double. Contentez-vous de prier Notre-Seigneur de votre lit : cela, personne ne peut vous l'interdire. La jalousie spirituelle est un véritable péché. Dieu a déterminé pour chacun la mesure de ses grâces. Si la vôtre est moins abondante que pour d'autres, ne vous en tourmentez pas. Réjouissez-vous plutôt qu'il y ait des religieuses qui pratiquent l'adoration nocturne ».

Comme tout cela est éloigné et à l'encontre de l'humilité!

Vous entendez dire encore : « Le rapport de ma supérieure à la supérieure générale n'est pas juste. C'est révoltant! »

Dieu a mille moyens de rétablir la vérité. S'il ne le fait pas, acceptons cette croix en disant : « Seigneur, je m'en réjouis; voici que je vous ressemble! Bénissez ce sacrifice ». Si Dieu juge bon de nous rendre notre réputation, il y pourvoira; sinon, acceptons notre croix de bon coeur. Les paroles humaines sont sans importance.

4. Le souvenir de nos fautes nous rend humbles.

« Ah! mes péchés ! » en entendez-vous souvent répéter. Certaines religieuses, en effet, arrivent difficilement à refouler le souvenir de leurs fautes, et s'en font un tourment.

Je connais un bon chrétien qui reste à l'église des heures entières à gémir ainsi sur son passé. Les péchés qui l'obsèdent ne sont pas précisément bien graves; il ne cesse pourtant de se répéter : « Comment pareil malheur a-t-il pu m'arriver ? Pourquoi Dieu l'a-t-il permis ? »

« Dieu ne tente personne pour le mal » (Jac., I, 13). La tentation est la pierre de touche dont il se sert pour nous éprouver. Dieu avait permis que cet homme n'y résistât pas parce qu'il avait une forte dose d'orgueil. Peut-être s'indignait-il trop facilement des défaillances des autres, et Dieu voulut lui faire connaître de quelles chutes il était capable sans le secours immédiat de sa main.

« Heureux péché qui m'a appris l'humilité. Si, grâce à vous, mes fautes, je puis devenir un peu plus humble, soyez les bienvenues. Je vous fais meilleur accueil qu'aux vertus dont je pourrais m'enorgueillir », disait le Père de la Colombière.

Dieu n'a pas d'autre moyen de nous donner un peu de modestie. Que vous fassiez votre coulpe chaque semaine, qu'on vous mette à prendre votre repas dans un coin, procédés utiles pour entretenir en vous l'esprit de pénitence, mais sans effet pour l'humilité. De même, les vertes réprimandes et les destitutions infamantes. L'abaissement auquel on vous condamne ne vous rend pas plus humbles, et la maladie n'y réussit pas toujours mieux. Il ne reste à Dieu qu'un moyen : nous faire sentir notre malice. C'est en prenant conscience des mauvais instincts qui s'agitent en nous, en constatant combien nous sommes mesquins et méprisables, enclins à la jalousie, à l'ambition et à la sensualité, c'est alors que nous éprouvons un peu de modestie.

C'est seulement, lorsque nous reconnaissons nos fautes devant Dieu, que nous sommes sincères; tout au plus le sommes-nous aussi au: saint tribunal. Nous laissons entrevoir cà et là quelque chose de notre malice à notre confesseur. Beaucoup de prêtres et de religieux énumèrent bien quelques-uns de leurs péchés, mais n'abordent que superficiellement ce qui fermente et s'agite dans le secret de leur coeur. Confessons-nous à fond! Quiconque refuse de se connaître à fond et d'avouer ses faiblesses les plus cachées à son confesseur en est encore à franchir les premiers éléments de l'humilité.

Pour une fois qu'il nous arrive de supporter une parole un peu amère nous nous croyons parvenues à l'humilité. Patience!... et constatez : un peu de succès, un mot de félicitation, quel bonheur!

Le plaisir de recevoir des compliments ! Quelle pitié de voir des religieuses s'évertuer à conquérir l'affection de leurs enfants et de leurs malades en se jalousant entre elles ! Pensez ! une autre soeur a reçu un bouquet!... Si nous n'avouons pas les faiblesses de ce genre à notre confesseur, qui nous en guérira ? Pas nous. Il faut les lui faire connaître pour qu'il nous en délivre.

Vous comprenez maintenant ce que signifie le mot : être de bonne volonté. J'avance paisiblement dans la voie qui m'a été tracée par Dieu. Puisqu'il est mon Père, il ne peut rien m'imposer de plus que ce qu'il juge bon pour moi. S'il m'en coûte parfois des larmes, cela ne fait rien. Ma prière alors, la voici : « Mon Sauveur, c'est dur, c'est bien dur; mais je veux me dominer, je veux faire comme vous ». — « Ecce venio ! Me voici! » (Zach., II, Io).

Le Resto de mon fils
François Christiaenssens

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