Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

 


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Titre de la série :
St-Benoit-Labre-ofm.
Titre de la page:

Voyages-fausses-accusations-Propheties-Guerisons

Nom de l'auteur:
Jean-Mantenay
CHAPITRE III

— Benoît Labre parcourt l'Italie, la Suisse, l'Allemagne, la France, l'Espagne.
— Ses séjours à Lorette et dans diverses villes.
— Il est accusé de vol et d'assassinat. Prophéties, Guérisons merveilleuses.

Ainsi, c'est en vain qu'il a tout sacrifié, c'est en vain qu'il a résisté à ses parents et remporté sur leur tendresse de si douloureuses victoires !... Que va-t-il devenir?... Était-ce donc là que devaient aboutir tant de voyages, de fatigues, de supplications?... Sa santé était ébranlée, son tempérament affaibli. Sans état, sans soutien, sans consolation humaine, ne va-t-il pas sombrer dans le désespoir? Non!... Comme l'a dit le Père Marconi, c'est du sein même de l'agitation que Dieu fera naître la paix et sortir un rayon consolateur qui ne cessera plus de diriger Benoît-Joseph et de fixer ses incertitudes.

Il avait toute sa vie cherché sincèrement la volonté de Dieu, et on peut dire qu'il l'avait cherchée uniquement. Il commence, dès ce moment, à la connaître avec évidence, et, dès ce moment aussi, il va commmer à être heureux. Deux choses lui paraissent certane, la première que sa vocation à la vie monastique n'est qu'apparente ; il est bien éloigné cependant de se plaindre de sa prétendue erreur, elle était dans l'ordre même des desseins de Dieu sur lui. Pour le mettre en état de suivre la vocation extraordinaire à laquelle Dieu l'appelait, il lui avait fallu des instructions, des exemples, des modèles et d'habiles maîtres. Dieu, pour lui procurer ces avantages, avait dû le con­duire dans le désert. Benoît-Joseph les ayant, en effet, trouvés réunis dans les divers monastères où il avait demeuré, regardait cette faveur du ciel comme une grâce singulière qui méritait toute sa reconnaissance.

Il ne paraît pas moins évident à Benoît-Joseph que si Dieu ne le veut pas dans la solitude, il' veut qu'il pratique dans le monde même les vertus des solitaires : le renoncement au monde, la fuite, la retraite intérieure, l'abnégation de soi-même, des plaisirs, la vie cachée, la vie d'oraison, les humiliations de la pauvreté et les rigueurs de la pénitence ».Dès que Benoît-Joseph est assuré des desseins de Dieu sur lui, il ne se met plus en peine des moyens dont la Providence se servira pour les accomplir. Désormais, il va entreprendre la vie définitive de pèlerin et promener par tout l'univers le spectacle de ses vertus. Son âme était en paix, il communia avant de partir. Déjà, il est résolu à se rendre à Rome. Le voilà donc sur les routes, seul, en conversation avec Dieu, courant vers les pèlerinages, sans s'inquiéter de son corps, vivant uniquement d'aumônes.

Il se dirigea d'abord vers Paray. En y arrivant, il voulut, avant toutes choses, visiter le sanctuaire témoin des grandes manifestations du Sacré-Coeur. Ii entendit la messe et communia. Sa prière et sa contemplation se prolongèrent bien avant dans le jour, sans qu'il songeât à sortir de ce lieu béni pour prendre quelque nourriture ; l'une des tourières fut Prise de compassion pour ce pieux pèlerin. Elle avertit la supérieure qui lui ordonna de faire servir un repas au parloir pour ce voyageur qui paraissait si doux et si humble. Benoît-Joseph, épuisé par sa maladie récente et les fatigues de la route, fut admis à l'hôpital de Paray fondé sous les auspices de la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque. Il y passa une vingtaine de jours, édifiant tout le monde par sa piété, sa modestie et sa charité. Quand il n'était pas en adoration devant le Très Saint-Sacrement, il s'occupait des pauvres malades, s'efforçant de les soulager et de les réconforter.

En quittant Paray, le saint se dirigea vers Rome. Il passa par Tarare où les capucins, le prenant pour un espion lyonnais, refusèrent de lui donner l'hospitalité. Après avoir visité Notre-Dame-de-Bel-Air, il gagna Dorvilly dans la banlieue de Lyon où il fut accueilli par M. Vianney, le père du saint curé d'Ars. Chose curieuse : l'illustre curé racontait plus tard qu'il était né dans la chambre où le grand pèlerin avait été reçu.... En quittant Lyon, Chambéry Benoît-Joseph prit la route de y et il arriva à Chieti en Piémont à la fin d'août 1770 C'est de cette ville qu'il écrivit pour la dernière à ses parents. Nos lecteurs liront avec intérêt cette touchante  page :

Mon très cher père, ma très chère mère.

« Vous aurez appris que je suis sorti de l'abbaye de Sept-Fonds, et vous êtes sans doute en peine de savoir quelle route j'ai prise depuis, et quel état de vie j'ai envie d'embrasser. C'est pour m'acquitter de mon devoir et vous tirer d'inquiétude que je vous écris cette présente.... Je vous dirai donc que je suis sorti de Sept-Fonds le 2 juillet. J'avais encore la fièvre quand j'ai quitté le monastère ; elle ne m'a abandonné que le quatrième jour de marche. J'ai pris la route de Rome ; je suis à présent bientôt à moitié chemin. Je n'ai guère avancé depuis que je suis sorti de Sept-Fonts, parce que pendant le mois d'août, il fait de grandes chaleurs dans le Piémont où je suis, et que j'ai été retenu pendant trois semaines dans un hôpital (où j'ai été assez bien) par une petite maladie que j'ai eue. Au reste, je me suis bien porté depuis que j'en suis sorti.

« Il y a en Italie plusieurs monastères, où la vie est fort régulière et fort austère . J'ai dessein d'entrer dans quelqu'un et j'espère que Dieu m'en fera la grâce. Je sais même un de ces monastères de l'ordre de la Trappe dont le supérieur a écrit à un abbé de France, que s'il se présentait des Français dans son abbaye, il les recevrait avec plaisir, parce qu'il manquait de sujets. J'ai tiré de bons certificats de l'abbaye de Sept-Fonds. Ne vous inquiétez pas à mon égard; je ne manquerai pas de vous envoyer de mes nouvelles. Je voudrais bien en avoir des vôtres et de mes frères et soeurs; mais ce n'est pas possible à présent, parce que je ne suis pas arrêté dans un lieu fixe.

« Je ne manque pas de prier Dieu pour vous tous les jours. Je vous demande pardon de toutes les peines que je peux vous avoir causées, et vous prie de m'accorder votre bénédiction, afin que Dieu bénisse mes desseins. C'est par l'ordre de sa Providence que j'ai entrepris le voyage que je fais. Ayez soin surtout de votre salut et de l'éducation de mes frères et soeurs. Veillez sur leur conduite. Pensez aux flammes éternelles de l'enfer et au petit nombre des élus. Je suis bien content d'avoir entrepris le voyage que je fais. Je vous prie de faire mes compliments à nia grand'mère et à mon grand'père, à mes tantes, à mon frère Jacques, à tous mes frères et soeurs et à mon oncle Chois (François). Je vais entrer dans un pays où il fait bon pour les voyageurs. Il m'a fallu affranchir ma lettre pour sortir des États du roi de Sardaigne, tant qu'elle fût arrivée en France. Je finis en vous demandant de rechef vos bénédictions, et pardon des chagrins que je vous ai occasionnés.

« Fait en la ville de Quiers en Piémont (le 31 août 1770).

« Votre très affectionné fils « (Benoît-Joseph Labre). »

M. l'abbé Audiger a décrit le costume que le Saint portait à cette époque : il se composait d'une tunique et d'un scapulaire de novice dont on l'avait gratifié à sa sortie de Sept-Fonts. A ses épaules était suspendu un sac qui contenait toutes ses richesses : l'Imitation de Jésus-Christ, le Nouveau Testament, le Bréviaire qu'il récitait chaque jour, sans jamais y manquer. Il avait sur sa poitrine un crucifix, à son cou un chapelet, dans ses mains un rosaire. Du Piémont , il prit la route de Lorette dont il voulait visiter la Santa-Casa. Il y resta huit jours. Au pénitencier français, un religieux de la Vie de Jésus, le Père Bodotty, touché de l'extrême dénuement du pèlerin, dont il avait entendu la confession, voulut lui offrir quelques secours. Il insista pour que le Saint dont les vêtements étaient eu lambeaux et les pieds en sang, acceptât des chaussures et un manteau de la Pénitencerie ,disposait, en effet, de quelques revenus provenant d'une fondation du cardinal de Joyeuse, mais les offres du Père Bodotty furent repoussées avec autant de respect que de fermeté. Le bienheureux avait résolu de ne rien accepter de ses confesseurs; et, pendant toute sa vie, il maintint sa décision.

En quittant Lorette, Benoît-Joseph prit le chemin d'Assises. Il désirait prier sur le tombeau de saint François et il vénéra ses précieuses cendres. Voulant qu'un lien perpétuel l'unît à l'illustre saint, il s'enrôla parmi les Cordeliers dont il observa la règle jusqu'à ses derniers jours. M. l'abbé F. Audiger  affirme qu'à la mort du bienheureux, on retrouvva sur lui le cordon d'Assises Huit jours plus tard, le 3 décembre 1770, le pauvre de Jésus-Christ entrait enfin dans la Ville Éternelle.

Sa joie fut profonde.

Il oubliait ses fatigues, il ne sentait plus la brû­lure de ses pieds, il était à Rome !... Usant de son privilège de Français , il demanda asile à l'hôpital de Saint-Louis qui était destiné à héberger les pauvres pèlerins de notre nation. Il y resta trois jours; puis, se mêlant Aia la foule des pauvres, il visita pieusement les basiliques célèbres de la cité sainte, dont il vénéra les madones. La nuit, il couchait sous un portique. La semaine sainte étant venue, il en suivit les exercices avec une ferveur extrême, suffoqué souvent par les larmes, quand il méditait sur les tortures de la passion. Après la fêtes de Pâques, il voulut retourner à Lorette, dont il avait conservé un souvenir profond. Avant de s'y rendre, fit un pèlerinage à Fabiano, pour visiter le tombeau de Saint Romuald, fondateur des Camaldules qui pratiquent de si terribles austérités. Il passa quinze jours dans ce lieu de dévotion, où il s'affermit de plus en plus dans sa résolution de consacrer ses jours aux rigueurs de la pauvreté et de la pénitence, et c'est dans ce dessein et pour se purifier d'une façon absolue, qu'il voulut faire, pour la troisième fois, une confession générale. Le curé de Fabriano, M. Paggetti, auquel il ,eut recours en cette circonstance, raconte ainsi cette particularité de sa vie : Le pieux pèlerin m'étant venu trouver après la sainte Messe dans la sacristie, me demanda avec instance la grâce d'entendre sa confession générale, lorsque j'en aurais le loisir, de ne pas lui refuser cette consolation.

« D'après le vif désir qu'il me montrait, étant retourné à l'église deux ou trois jours après et ayant trouvé Benoît-Joseph disposé, je reçus la confession qu'il ne fit de toute sa vie, à commencer du jour où je l'entendis, et en remontant d'époque en époque jusqu'à sa plus tendre jeunesse ; j'y admirai la bonté de Dieu et les grâces dont il l'avait prévenu dans ainsi que sa fidélité constante à y répondre , tous les âges de sa vie, malgré les embûches du démon et les tentations auxquelles il avait été exposé. Son humilité était telle, qu'il regardait comme de simples effets de son imagination les grâces qu'il recevait du ciel. Le serviteur de Dieu me fit part du dessein dans lequel il était d'aller à Compostelle, pour y visiter le corps de Saint Jacques, en qui il avait une confiance particulière. J'ai remarqué en lui une fervente dévotion à l'adorable humanité de Notre-Seigneur, ainsi qu'à sa Très Sainte Mère et une grande compassion pour les âmes du Purgatoire ; il joignait à une grande humilité et à un mépris singulier de son corps, qu'il appelait son cadavre, une charité sans bornes pour le prochain, il l'aidait de tout son pouvoir dans le spirituel, en adressant sans cesse à Dieu les plus ferventes prières pour le salut de tous les pécheurs ; et pour lui-même ; il donnait aux pauvres en aumônes tout ce qu'il avait, ne s'attribuant sur ce qu'on lui donnait que la plus petite portion, laquelle suffisait à peine pour sa nourriture du jour, et ne réservait rien pour le lendemain.

M. Paggetti avait été si profondément édifié du recueillement du pèlerin qu'il l'autorisa à servir la Messe, bien qu'il fût revêtu de haillons. Les fidèles, eux aussi, avaient remarqué ce pieux servant. L'un d'eux, un infirme, lui ayant demande comment il fallait aimer Dieu, Benoît lui répondit : « Il faut, pour cela, trois coeurs réunis en un seul : un coeur qui ne soit qu'amour et tendresse pour Dieu ; un coeur de charité et de zèle pour le prochain et un coeur de pénitence et de haine pour soi-même. Bientôt la population de Fabriano s'attacha à ce pèlerin français si doux, si modeste, si dévoué. ; Voilà le saint ! » disait-on quand il passait dans les rues. Il n'en fallut pas davantage pour que Benoît- Joseph s'éloignât, ou plutôt prît la fuite. Il quitta la ville, sans parler à qui que que ce fût, mais il avait laissé des traces de son passage. C'est ainsi que visitant une infirme, Virginia Fiardi, sur la demande de ses il s'efforça de la consoler, lui re- présentant, tant, en termes touchants, les souffrances du Rédempteur, puis il ajouta d'un ton inspiré : Vous ne recouvrerez jamais la santé, mais vous passerez de votre lit en Paradis ».

La pauvre infirme devait souffrir encore plus de vingt ans, mais, pendant cette longue période, elle parla sans cesse de la prédiction du saint pauvre qui semblait alléger ses douleurs et elle mourut paisiblement, certaine qu'elle allait jouir du repos éternel. Pendant que Benoît-Joseph parlait à la malade, une petite fille de six ans lui demanda de lui expliquer un texte de l'Évangile ; le saint donna à l'en­fant l'explication qu'elle souhaitait, et lui annonça qu'elle se ferait religieuse-capucine et aurait à subir de cruelles épreuves, ce qui fut plus tard exactement vérifié. Quelques années après le départ du Bienheureux, un tremblement de terre détruisit tout un quartier de Fabriano. Seules, furent épargéné la maison de Virginie Fiardi et celle d'une pauvre veuve qui avait donné asile au pauvre de Jésus-Christ.

Nous l'avons dit : Benoît-Joseph avait quitté subitement Fabriano pour se soustraire aux hommages enthousiastes dont il était l'objet. A partir de cette époque, commence sa vie errante. Il visite tous les sanctuaires illustres, il prie devant les tombeaux des saints. Il parcourt l'Italie, la Suisse, l'Allemagne, la France, l'Espagne. Un jour qu'il passait devant la prison de Bari , il est ému de compassion, en entendant les prières et les plaintes des captifs qui, à travers les grilles, tendaient les mains vers les passants et imploraient leur charité. Le pèlerin s'arrête, il s'agenouille, puis déposant son crucifix sur le bord de son chapeau qu'il vient de mettre à terre, il regarde avec adoration l'image du Divin Crucifié et se met à chanter les litanies de la Sainte Vierge. Les passants s'arrêtent, attendris par l'attitude de ce pauvre, émus de sa voix touchante. Chacun lui donne son obole. Le saint réunit ces aumônes dans son chapeau et les donne aux prisonniers.

Dans cette même ville de Bari , un fait se pr­duisit qui frappa vivement les habitants. Un individu mal famé, nommé Michel, raillait grossièrement le pèlerin, quand celui-ci se rendait à l'église. Il le contrefaisait et l'accablait de moqueries ; le saint ne paraissait même pas entendre ces sarcasmes. Irrité de cette indifférence, Michel se mit à lancer des cailloux au Bienheureux. Une de ces pierres atteignit le pèlerin au pied droit et fit jaillir le sang. Blessé, chancelant, mais sans se plaindre, sans même chercher où était son lâche agresseur, Benoît-Joseph pria pour celui-ci en pressant son crucifix sur sa poitrine. Indigné, un enfant, témoin de cette scène, jeta à Michel une pierre qui l'atteignit au pied droit; la blessure s'envenima très vite, la gangrène parut et le blessé expira peu de jours après. Dans la petite ville de Cossignano, où le Bienheureux s'était rendu pour prier devant la statue d'une madone très vénérée dans la région, un jeune prêtre, Dom Michel-Ange Santucci, réussit à retenir quelque temps le pieux pèlerin.

Cet ecclésiastique venait de dire sa messe lorsqu'il remarqua, appuyé contre la porte de l'église, le pauvre de Jésus-Christ. Ému de respect devant cet homme en haillons qui priait avec tant de ferveur, il l'interrogea, le questionnant sur son nom, sa famille, sa patrie. En constatant que l'étranger était français, Dom Santucci, qui étudiait notre langue, le pria de lui donner des leçons et lui offrit l'hospitalité. Le saint accéda à la proposition, parce que le solliciteur était un prêtre, et il passa quelque temps à Cossignano. Tout en instruisant son hôte, il n'avait modifié en rien ses pieuses pratiques. Le matin, dès l'aube, on le voyait en adoration devant le Saint-Sacrement, immobile comme une statue et le regard toujours fixé sur le taberna bcle. Un jour, Dom Santucci qui célébrait la messe, jeta les yeux par hasard sur le pèlerin agenouillé. Il le vit plongé dans la prière et comme ravi en Dieu : cette vue l'édifia profondément, mais le remplit de confusion, car, selon son expression « il rougit de voir ce pauvre avoir plus de ferveur que lui, ministre du Christ ».

Telle était, du reste, l'estime que le saint inspirait au prêtre, que celui-ci n'hésitait jamais à sortir avec lui dans la rue, si déguenillé qu'il fût. Dom Santucci introduisit même Benoît Labre chez des malades quise trouvèrent soulagés et réconfortés, en recevant les consolations du pieux visiteur. L'abbé Santucci avait exigé que son humble professeur prit un repas le matin après la leçon, mais Benoît était d'une telle sobriété qu'il touchait à peine aux aliments qu'on lui donnait: « Ce pauvre vit de l'air, car il ne mange rien, » disait la servante de la maison. :Bientôt Benoît-Joseph annonça son départ, et malgré la peine que cette résolution faisait éprouver au prêtre qui s'était singulièrement attaché au pauvre pèlerin, Dom Santucci n'insista pas pour le retenir. Une dernière fois, le Saint servit la Messe de l'abbé et se remit vaillamment en route. Dom Santucci l'accompagna pendant quelques lieues et prit enfin congé de lui avec une véritable douleur. Il voulut absolument lui remettre une petite somme, mais le pauvre de Jésus-Christ n'accepta que quelques bajoques.

Benoît-Joseph alla de Cossignano à Lorette, puis il retourna à Assise où il vénéra encore le tombeau du Séraphique ami des pauvres. On le vit ensuite à Tolentino, à Civita-Nova, à Subiaco où il prédit à une femme, — vivante encore en 1839, — les tribulations dont sa vie devait être remplie. A Turin , où il fut accueilli à l'hospice de la Très-Sainte­Trinité, l'aumônier de la maison, l'abbé Grimaldi, traversant une nuit le dortoir, vit le saint étendu par terre. Il l'engagea à se couvrir et à se coucher, car le froid était rigoureux, mais Benoît-Joseph refusa avec douceur de suivre ce conseil. A Vérone, il se présenta au couvent de Sainte­Claire ; une soeur lui donna un morceau de pain. Comme elle l'interrogeait, lui demandant quelle était sa patrie, le Bienheureux lui avoua qu'il sou­haitait ardemment que Dieu le rappelât à lui. « Ainsi, dit-il, je ne serais pas témoin des malheurs qui vont bientôt fondre sur l'Église ». On a vu dans ces paroles l'annonce prophétique de la révolution de 1789. De fait, il les prononça avec une telle gravité que la soeur en conserva l'impression la plus vive. Remontant de l'Italie en France, Benoît passa quelques jours à Reims, puis il se rendit à Moulins.

Avait-il le secret désir de revoir le monastère de Sept-Fonts qui n'est qu'à cinq ou six lieues de cette ville ? Quoi qu'il en soit, il arriva dans la capitale du Bourbonnais en 1773, à l'époque de la fête de l'Épiphanie, et prit gîte chez un pieux chrétien, un maçon, nommé François Moret, qui lui avait généreusement ouvert sa porte. Le pauvre de Jésus-Christ était, d'ailleurs, un hôte peu gênant! Il couchait au grenier sur une botte de paille. Dès la pointe du jour il se rendait à la Collégiale, il en sortait vers midi, et quand il se trouvait trop engourdi par le froid, il entrait, pour se réchauffer, dans quelque boutique du voisinage. Il retournait ensuite à l'église et ne la quittait plus qu'à la fermeture des portes. Il prenait alors son unique repas composé de pain et d'eau. Le dimanche seulement il se permettait deux réfections, et ajoutait à son pain quelques noix ou des pois cuits à l'eau et au sel. En revenant chez ses hôtes, il s'offrait volontiers le soir à faire une lecture à laquelle plusieurs personnes du voisinage assistaient avec empressement, curieuses, disaient-elles, « de voir un saint ».

La nuit, retiré dans son grenier, Benoît-Joseph priait, méditait et se flagellait durement. Sa discipline en cordes était garnie de petits clous. Il por­tait, en outre, une ceinture de fer. Cependant, comme l'a dit M. Léon Aubineau, notre pays de France, malgré la piété et la foi du peuple, n'avait pas les condescendances et les bonnes grâces de la foi italienne. Le saint allait subir la plus cruelle des épreuves : sa vie, qui était un sujet d'édification à Rome , devint une cause de scandale à Moulins. Le vicaire du Chapitre s'inquiéta de la présence persistante de ce pauvre à l'église. Un vol ayant été commis, Benoît-Joseph fut soupçonné et surveillé. On l'accusa d'hypocrisie et on lui interdit l'accès de l'église. La douleur du grand pénitent fut profonde. Toutefois, il se soumit et ne murmura point. Il sollicita, et il obtint de l'un des curés l'autorisation de fréquenter son église. Mais le vicaire du Chapitre, convaincu que le pèlerin était un fripon et un hypocrite, poussa les autorités de Moulins à le bannir de la ville. On menaça même le saint pauvre de le mettre en prison. Toujours résigné et ne voulant pas, d'ailleurs, que le brave François Moret souffrît de sa présence, Benoît-Joseph se disposa à quitter Moulins; mais une tertiaire de saint François nommée Rivelle, sachant le pèlerin agrégé comme elle en Tiers-Ordre et s'étant rendu compte de sa haute piété, se crut obligée à des devoirs particuliers envers le saint, et elle obtint pour lui un asile dans la maison d'un tailleur nommé Faujon. Celui-ci reçut Benoît-Joseph dans son grenier et lui donna un peu de paille. Dans ce galetas, le pèlerin mena la même vie que chez le maçon.

Déux événements extraordinaires se produisirent pendant ce séjour. Le Jeudi saint, jour où Benoît- Joseph n'avait besoin de rien, disait-il, il réunit douze pauvres auxquels il distribua toutes ses provisions. Elles consistaient en un peu de pain et une petite quantité de pois estimée deux sous par un témoin. Or, les douze pauvres, après avoir mangé, emportèrent leurs écuelles pleines et les témoins crurent à une multiplication merveilleuse. Quelques jours après, l'hôte du Bienheureux, le tailleur Faujon, eut un accès de violentes douleurs auxquelles il était sujet depuis plus de vingt ans, mais qui, cette fois, paraissaient s'aggraver. Benoît le visita et, à la vue des souffrances du patient qui, disait-il, se voyait perdu, le saint se mit à prier avec sa ferveur ordinaire. Puis se relevant, il dit à Faujon d'un ton inspiré : Rassurez-vous, ce ne sera rien. Soudainement, en effet, le malade se sentit soulagé. Le lendemain, il était rétabli et il vécut encore dix ans sans se ressentir de cette infirmité.

Cependant, les calomnies n'avaient pas cessé contre Benoît-Joseph ; elles prirent même une certaine recrudescence; on blâmait les honnêtes gens qui le logeaient. Le saint, craignant donc d'occasionner des désagréments à son hôte, prit le parti de s'éloigner de Moulins. En quittant le Bourbonnais , il se dirigea vers l'Espagne pour accomplir un pèlerinage:àSaint Jacques-de-Compostelle. Un soir qu'il en Gascogne, l'esprit absorbé contemplation selon son habitude, il entendit à l'orée d'un bois des cris lamentables et il vit un homme qui gisait à terre, grièvement blessé. Il se hâta de le secourir, mais pendant qu'il lui donnait des soins survinrent deux cavaliers qui, prenant le Bienheureux pour l'agresseur, l'arrêtèrent et le conduisirent au bourg voisin, après lui avoir lié les bras. Benoît-Joseph fut jeté en prison, mais la victime elle-même ayant proclamé son innocence, il fut élargi dès le lendemain, et le bailli du village lui offrit l'abri de l'hospice pour qu'il pût rétablir sa santé altérée. Le saint y demeura quelques jours, occupé plutôt à soulager les malades qu'à reposer son propre corps. Puis, il reprit le chemin des Pyrénées et, détail touchant, le malheureux blessé, dont la guérison avait été rapide, voulut l'accompagner pour faire un pèlerinage d'actions de grâce à Barcelone. Quant au pèlerin, il vint s'agenouiller devant Notre-Dame du Pilier, à Saragosse.

De Saragosse, le saint alla se prosterner au pied du Crucifix miraculeux de Burgos , et après avoir traversé ainsi la péninsule il arriva à Saint-Jacques en Galice. Là, il honora la Sainte-Trinité, puis il passa par Bilbao et revint en France. Bien des cités du Midi, Montpellier, Carpentras, Arles, Aix, Marseille, Fréjus, Nice se souviennent de son passage.... Ainsi, à Carpentras, il laissa une impression si profonde que le quartier de Saint-Jacques devint le quartier de Saint-Labre. Dans le même département, à l'Isle-sur-Sorgues, on conserve un banc de pierre sur lequel le pèlerin s'est assis. A Fréjus, Benoît-Joseph fut accueilli par un barbier qui soigna ses plaies, car le long voyage accompli par le saint en Espagne l'avait épuisé. Ses jambes étaient endolories et entourées de ban­delettes. En quittant le barbier, Benoît lui dit : « Dieu vous le rendra. » Et, de fait, à partir de ce jour, la prospélité entra, avec la bénédiction du ciel, dans la maison du chrétien hospitalier; sa famille, depuis lors, eut toujours une grande dévotion envers le pauvre et, par son intercession, elle obtint en 1785 (deux ans après la mort du Bienheureux) la guérison d'un de ses membres.

A Arles , une famille de Guilleu-Clermont ayant reçu la visite du saint, vendit son château et ses terres pour en distribuer le prix aux bonnes oeuvres. De là, Benoît-Joseph se rendit à Aix en Pro­vence et il y passa quelque temps ; la nuit il se retirait dans une caverne recouverte de ronces. Des gens pieux du voisinage lui donnaient le soir une écuelle de soupe qu'il allait manger dans sa retraite d'élection. Un soir, dit M.» l'abbé F. Au­diger, que le saint regagnait sa grotte, il aperçut plusieurs jeunes filles qui jouaient sur le seuil d'une porte et l'appelaient en plaisantant. Le pèlerin, s'adressant à la plus rieuse : « Jeune fille, lui dit-il, avec une gravité douce, je prierai Dieu pour vous; vous irez à Rome un jour et vous deviendrez la fondatrice d'un établissement religieux. » Cette jeune personne entra, en effet, en religion et elle rétablit à Aix le monastère des Filles du Saint-Sacrement.

On vit ensuite le saint à Nancy , puis au calvaire du Mont-Valérien, près Paris. Il repartit pour Rome par Gray et Besançon. C'est à Gray qu'il sauva un enfant qui était tombé dans la Saône. Benoît-Joseph ne savait pas nager. Il n'hésita pas cependant à se jeter à l'eau et put ramener le petit garçon à demi-mort. On a constaté que le saint, lorsqu'il traversait un pays appartenant à la Réforme pour se rendre à un sanctuaire de la catholicité, marchait precipitamment comme un voyageur menacé qui fuit un ennemi dangereux. Extrêmement défiant de lui-même, il avait peur que l'hérésie ne parvînt à l'atteindre. Il avait, a écrit M. Léon Aubineau, cette horreur salutaire de l'hérésie et de l'hérétique que notre siècle ne comprend plus, que saint Louis recommandait si énergiquement et qui reste un témoignage véritable du dévouement et de l'amour à la vérité. Après ces nouvelles pérégrinations, le glorieux Pauvre revint définitivement dans la Ville éternelle par Quargnento, Lucques et le littoral.

A Quargnento, il lui arriva dans l'église d'élever la voix en priant, ce qui attira l'attention du prieur du Chapitre. Reconnaissant un Français, ce religieux offrit ses services au pèlerin. Il le confessa sur sa demande, et s'entretint avec lui pendant plusieurs heures. Benoît-Joseph accepta un peu de riz et se remit en route après avoir remis au prieur un petit livret d'une « association pour bien mourir ». Profondément édifié par les vertus et l'extrême modestie du pauvre, le prieur ne l'oublia jamais. Quelques années après, étant tombé gravement malade d'une affection cardiaque, il appliqua sur son coeur le livret que lui avait donné Benoît-Joseph et fut soudainement guéri. La soeur du prieur, ayant eu des convulsions, fut guérie par le même procédé.

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Le Resto de mon fils
François Christiaenssens

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