Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

 


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Titre de la série :
St-Benoit-Labre-ofm.
Titre de la page:

Rome-Amis-Peuple-Pénitence-Tentations

Nom de l'auteur:
Jean-Mantenay
CHAPITRE IV

— Second séjour à Rome .
— Les amis de Benoît Labre.
Le peuple le vénère.
— Rigueurs de sa pénitence.
— Ressemblance divine.
— Tentations violentes.

C'est le jour de Pâques, en 174, que le pèlerin arrive à Rome pour la seconde fois. Après avoir passé quelques jours à Saint-Louis des Français, où il est hospitalisé, il s'établit dans les ruines du Colisée, où il trouve encore, avec la solitude, l'occasion d'un perpétuel sacrifice. Sa seule ambition est de prier loin des hommes, de prier sans cesse avec une ardeur indéfectible. En ces lieux où les martyrs ont été immolés, le souvenir du sang semble augmenter sa ferveur.

Le jour, il fréquentait les églises de Rome ; il se plaçait aussi près que possible de l'autel, toujours couvert des mêmes haillons, les jambes cachées sous de grossières ligatures qui comprimaient ses plaies; son aspect inspirait le dégoût. Un jour, on le relégua à la porte, parce qu'une petite fille, en le voyant, n'avait pas osé s'approcher du confessionnal. Dès lors, il se tint debout au fond de l'église, malgré son épuisement; mais il opérait toujours quelque prodige de conversion ou sanctifiait par la seule pénétration de son regard. Ainsi, un jour, une jeune fille qui se trouvait à l'église près du pèlerin, remarqua qu'il la regardait avec sévérité; elle fut prise de frayeur, mais surtout éclairée sur son état d'âme. Ce muet reproche toucha son coeur et fit couler ses larmes. Elle confia cette impression à son confesseur et mena, depuis lors, une vie édifiante. La santé du saint s'altérait de plus en plus. Il ne prenait à son repas qu'un peu de soupe qu'on lui donnait chaque jour à midi dans quelqu'une des communautés où l'on en distribuait aux pauvres. Cette soupe, il l'allait chercher dans un vase de bois que M. Marconi, son dernier confesseur, a obtenu comme une grâce après la mort de son saint pénitent. Il était rompu et écorné d'un côté, de telle sorte qu'on ne pouvait le remplir, et comme il s'était fendu par le milieu, Benoît Labre l'avait fait rejoindre en trois endroits avec du fil de fer. Cette tasse et un petit panier, qui contenait un bréviaire et quelques autres livres de dévotion, tel était l'humble bagage du pauvre de Jésus-Christ.

Dans cette vie de silence perpétuel et inimitable, le Bienheureux ne parlait qu'à Dieu et n'avait aucune conversation avec les hommes. A peine si, dans un mois entier, on l'entendait proférer de lui- même quelques paroles. Il se bornait à répondre aux questions, et très brièvement, attentif à ne se dispenser de la loi du silence que par humilité ou par charité. Ce grand solitaire n'avait que Dieu pour société, ne vivait en société qu'avec Dieu, évitant le tumulte des places, la dissipation des promenades, le spectacle des fêtes si fréquentes à home, vivant comme dans la profondeur d'un désert au milieu d'une ville habitée par un grand nombre d'étrangers et qui offre le tableau le plus mobile, le plus chan­geant, le plus varié. Son abnégation était absolue : privé de tout, détaché de ttut, ignoré de tous les hommes, il ne voulait de richesses que le bien de la pauvreté évangélique, de plaisirs que les exercices de pénitence, de distractions que le rebut et le mépris. Et de quelle rigueur était cette pauvreté ! Benoît- Joseph ne possédait rien, ne tirait aucun secours de sa famille, à laquelle son existence était ignorée, ne demandait rien, recevant seulement avec humilité ce qu'on lui donnait, distribuant aux autres pauvres avec une charité généreuse tout ce qui n'était pas strictement nécessaire aux besoins du moment; exposé aux vicissitudes des saisons, sans défense contre les froids de l'hiver et les chaleurs de l'été, car ses vêtements étaient en lambeaux, n'ayant pour gîte qu'un réduit incommode et malsain.

Le saint ne reculait devant aucune austérité. A ces privations, ces rigueurs, ce détiennent de toutes choses, Benoît-Joseph joignait les jeûnes fréquents; la nuit il se flagellait cruellement. Lorsqu'il s'étendait sur la terre pour prendre quelque repos, il se relevait fréquemment pour se mettre en prière, malgré les vives douleurs que lui causait cette attitude dans l'état de faiblesse et de fatigue où il était tombé. Le saint ne recherchait pas seulement les souffrances physiques, il acceptait de plein coeur les humiliations de la pauvreté et de la pénitence ; son humilité l'avait placé dans la classe des grands pécheurs. Voilà pourquoi il avait choisi l'opprobre et le mépris pour son partage, voilà le principe des austérités d'une pénitence extraordinaire qu'il continua jusqu'à la mort, voilà pourquoi il s'est caché dans la foule anonyme des mendiants, pourquoi il a voulu être, selon la parole de saint Paul, « le rebut et la balayure du monde », pourquoi des haillons, qui le couvraient à peine, lui tenaient lieu de vêtements, pourquoi il semblait avoir voulu mettre entre lui et les autres hommes une barrière repoussante, pourquoi il défigurait les traits d'une figure naturellement attirante, sympathique et douce sous un extérieur abject et répugnant, pourquoi enfin, avide de pénitence et d'ignominie, il abandonnait à la piqûre d'insectes répugnants son corps humilié.

S'il s'était borné à faire usage d'un rude cilice, son mérite eût été assurément fort grand par cet exercice de pénitence, mais s'étant revêtu jour et nuit de cette espèce de cilice vivant, animé par la multitude d'insectes dont il était couvert, il a souffert une bien plus grande et plus cruelle pénitence par le tourment continuel de leurs piqûres, en même temps qu'il pratiquait l'humilité la plus profonde ; car quoiqu'il fût d'une naissance honnête et qu'il eût reçu une éducation soignée, il ne rougit point de paraître le plus malpropre parmi la troupe des mendiants et de s'exposer au mépris du monde. On objectera sans cloute que la sainteté doit être accompagnée de l'arrangement et de la propreté tant intérieure qu'extérieure et qu'on ne doit pas approuver la négligence du Bienheureux. On dira encore qu'un extérieur si rebutant ne peut que rendre odieuse la dévotion même, on ne manquera pas de citer l'exemple de nombre de saints qui ont eu la propreté en partage. Tout cela est vrai, mais il n'en est pas moins vrai, comme l'a observé Alegiani, que plusieurs saints illustres en ont agi différemment. Saint Hila­rion ne quitta jamais le sac de toile dont il s'était couvert dès le commencement de sa vie de péni­tence. Odéar rapporte de saint Thomas de Cantorbéry qu'on lui trouva une telle quantité de vermine sur le corps qu'il dut en souffrir un martyre plus insupportable que celui qu'il endura. Ne vit-on pas saint François-Xavier lécher les plaies des pestiférés? Et l'Église n'a-t-elle pas admiré comme des actes héroïques de telles victoires remportées sur soi-même ?

Ainsi que l'a dit le P. Marconi, la sagesse de la croix paraîtra toujours folie à la sagesse mondaine ; peut-être aussi la pénitence de saint Benoi t-Joseph Labre ne nous paraît-elle si extraordinaire que parce que, placés à une époque de relâchement et de corruption, nous ne sommes guère en état de connaître les besoins de notre siècle et le genre d'instruction qui lui convient. Dans sa retraite du Colisée, Benoît-Joseph fut un jour remarqué par l'abbé F. Stuter, fils d'un officier de la garde suisse, qui se rendait du Quirinal à l'amphithéâtre Flavien. Ce prêtre était attaché à une œuvre évangélique qui poursuivait comme but le soulagement spirituel et corporel des pauvres de la ville. Il avait pour collaborateurs dans cette sainte besogne plusieurs ecclésiastiques qui réunissaient, à certains jours, le plus grand nombre possible de pauvres, soit dans une chapelle, soit, le plus souvent, dans l'arène du Colisée; là, on récitait le chapelet, on faisait le chemin de la Croix. Les prières terminées, le pauvre recevait une aumône.

Or, l'abbé Stuter vit Benoît couché sur un peu de paille dans son étroit réduit; il lui proposa de l'inscrire au nombre des pauvres de l'Œuvre. Le saint accepta la proposition. Il assista dévotement aux exercices religieux, mais comme il se tenait à l'écart des autres pauvres, l'abbé Stuter lui ordonna de se joindre à eux. Le saint obéit, mais il refusa de recevoir une aumône. On le soupçonna d'orgueil. Comment pouvait- il, si déguenillé, repousser un secours ? On ignorait qu'il avait résolu de ne jamais accepter un bien matériel lors de l'accomplissement d'un devoir pieux. Bientôt, les prêtres attachés à l'OEuvre ayant causé avec Benoît-Joseph, constatèrent qu'il possédait remarquablement la science de la religion et que ses lumières mêmes dépassaient les leurs sur une foule de points. « Je le trouvais parfaitement instruit sur ce que l'on doit savoir, dit l'abbé Stuter, car à mes demandes, il donnait sans hésitation des réponses exactes, quoiqu'il s'exprimât difficilement en italien. Il n'en était pas moins attentif aux explications qui se donnaient aux autres, même sur les premiers éléments qu'il connaissait si bien.... Quand on récitait les actes:de vertus théologales. son ton de voix donnait à connaître qu'ils émanaient du fond de l'âme et que les affections de son coeur correspondaient aux paroles que prononçaient ses lèvres. Pendant les exhortations, il se tenait les yeux baissés et les bras croisés ; je croyais voir un extatique, et on eût dit que son esprit était loin de la terre Le mêmre abbé Stuter a révélé des faits qui indivent jusqu'où, à cette époque, Benoît-Joseph poussait l'esprit de sacrifice. Souvent, en effet, il le rencontra au coin des rues ou près des égouts, mangeant, vers l'heure de midi, quelques épluchures ou des débris d'écorces.... Il le vit à la porte d'un couvent de Visitandines distribuer aux pauvres la plus grande partie des aliments qu'il venait de recevoir pour lui.

Ces exercices journaliers de pénitence, ces actes extraordinaires d'humilité attirèrent sur Benoît- Joseph l'attention générale. Au milieu des mendiants, malgré la sordidité de son extérieur, il semblait revêtu d'une telle majesté, rempli d'une telle vertu que chacun le respectait et l'aimait. Voyez ce pauvre, s'écria un jour une femme, en désignant le saint aux passants, « comme il est beau! comme il est bon! Il semble vraiment un Jésus!» Ce n'était pas une impression particulière. L'union de l'âme du Bienheureux avec son Dieu illuminait ses traits et transpirait en quelque sorte à travers sa physionomie. Un peintre français, nommé Bley, qui méditait un tableau du Sauveur, rencontrant un jour Benoît- Joseph dans une rue, pensa qu'il pourrait servir de modèle pour une figure du Christ. Ce n'était pas assurément les lignes du visage qui devaient accuser cette ressemblance; le nez camus et fort, le front proéminent, le visage large du Bienheureux n'ont rien du type connu et consacré du Christ, mais, comme l'a dit M. Léon Aubineau, le rayonnement 'intérieur transforme les traits, et le peintre, abordant le pauvre, lui demande de poser pour lui. A son grand étonnement il essuya un refus formel, quoique poliment exprimé. Sans se décourager, l'artiste insista, expliquant qu'il s'agis­sait d'un tableau de piété et qu'il demandait ce service au pèlerin à titre de compatriote.

Benoît-Joseph, cédant à ses instances, alla dans l'atelier et consentit à poser, mais refusa toute rémunération. Qu'est devenue cette esquisse ? L'abbé Des-noyer croit qu'elle fut acquise par Madame Louise de France, mais ne dit pas à qui elle fut donnée après la mort de la pieuse fille de Louis XV. D'autres que le peintre Bley ont, d'ailleurs, été frappés de cette ressemblance divine. Un jésuite espagnol, don Joseph Harra, fixé à. Rome depuis la suppression de la Compagnie, a dit que le Bienheureux, avec ses mains croisées sur la poitrine, avec l'attitude de la pensée la plus grave, lui représentait un Ecce Homo. Une vieille et pieuse fille, Dominica Bravi, qui avait éprouvé en la présence du saint un grand sentiment de piété, manifestait pour le glorieux pauvre, une compassion et un respect profonds. E n le voyant si exténué, a-t-elle dit, je pensais bien qu'il faisait de grandes pénitences et manquait du nécessaire. Un jour donc, elle lui offrit deux oeufs frais et du pain qu'il refusa. Elle insista doucement : « Je ne puis rien vous ordonner, lui dit-elle, faites comme si Dieu vous le commandait. » A ces mots de Diet et d'obéissance, le saint lève les, yeux au ciel. « Le bon Dieu! dit-il, le bon Dieu! et faisant taire sa répugnance, il prit un des deux oeufs.— Ce sera assez, dit-il. » Mais Dominica voulut alors que Benoît-Joseph acceptât le pain, et elle finit, non sans peine, par obtenir gain de cause.

Quelques jours plus tard, elle lui donna des oranges; voyant qu'il les mangeait avec l'écorce, elle voulut l'en empêcher, mais il répondit que son estomac s'accommodait de l'amertume. La pieuse fille ne se bornait pas à apporter; à son pauvre, ainsi qu'elle appelait Benoît-Joseph, quelques soulagements corporels, elle voulut, ayant deviné les ardeurs de son âme, lui procurer des consolations spirituelles et, dans son ingénieux dévouement, elle réussit à lui donner la plus grande des joies. Un soir d'hiver, dans les premiers jours de l'Avent, Dominica, qui rentrait à sa maison, ayant aperçu le saint qui se dirigeait du côté de Saint­Jean-de-Latran où était exposé le Saint-Sacrement, pensa que « son pauvre » serait sans doute très heureux de passer la nuit en adoration. Elle l'aborda et lui dit sa pensée. En vain Benoît-Joseph objecte qu'il n'est pas digne d'une telle faveur et que la règle ne peut fléchir pour lui, Dominica l'invite à la suivre. Elle se rend à la basilique ; là elle demande au sonneur de laisser un pénitent passer la nuit dans une tribune de l'Église. Cet homme refuse d'abord, mais la bonne Dominica insiste tant et si bien qu'elle obtient enfin la permission qu'elle sollicite. Toute joyeuse, elle fait signe au pauvre d'approcher. Non sans confusion, Benoît-Joseph monte à la tribune qu'on lui indique. Cette nuit-là fut la plus douce de sa vie. Dominica le consultait sur ses propres affaires et recommandait à ses prières ceux qui l'intéressaient. Elle avait un neveu qui était étudiant à Rome et dont la conduite un peu légère la préoccupait. Elle confia ses inquiétudes à « son pauvre » et celui-ci lui conseilla, après réflexion, de réciter le Credo toutes les fois que le jeune homme sortirait de la maison.

Cette pratique, à laquelle la pieuse fille fut fidèle, dit excellemment M. Aubineau, devrait être suivie par toutes les mères jalouses du salut de leurs fils. Plus tard, le jeune homme en question entra dans les ordres, et sa tante rapportait à Benoît- Joseph et à son conseil la préservation et le succès de sa vocation. Souvent , Dominica était frappée de l'expression du visage du Bienheureux, même quand il ne répondait pas à ses questions. C'est ainsi qu'elle lui demanda, le jour de la mort de Clément XIV, de prier pour que Dieu donnât un grand pontife à son Eglise. Le saint garda le silence, mais son geste et son regard furent si expressifs, sa physionomie révéla une si douloureuse inquiétude qu'elle en fut péniblement émue, et lorsque, plus tard, la Révolution éclata, elle fut convaincue que le Bienheureux avait eu quelque vue particulière. Bien d'autres personnes, du reste, attribuèrent à Benoît-Joseph des lumières privilégiées. Une femme qui le contemplait avec un respect Craintif pendant qu'il était en oraison, s'écria : « Heureux mortel ! Qui sait ce que tu vois ?... » Et comme, sa prière terminée, le saint distribuait aux pauvres, selon sa pieuse coutume, les aumônes qu'il avait reçues :« Quelle merveille ! s'écria un mendiant, voilà un pauvre qui donne aux pauvres ! »

Toutefois, ces refus et cette charité n'étaient pas toujours interprétés aussi chrétiennement et aussi judicieusement. Un jour, sur la place Saint-Marc, un passant remit au Bienheureux une piécette et la lui vit transmettre à un autre pauvre. Croyant que le saint dédaignait son aumône, cet homme donna un coup de canne à Benoît-Joseph dont toute la physionomie s'éclaira d'une pieuse joie. Un fait analogue se produisit quelques jours plus tard. Un serviteur du couvent des R. P. Rochettins, qui était chargé de distribuer des aliments aux pauvres, fut irrité de voir que le Bienheureux donnait à ses compagnons la plus grande part de sa portion, et il le malmena grossièrement. Le saint garda le silence, mais un ancien soldat de la garde suisse, nommé Nick, qui avait été touché de l'attitude du saint, reprocha durement au distributeur sa dureté. Depuis lors, Nick témoigna une affectueuse compassion au Bienheureux. Il ne pouvait s'expliquer que Benoît-Joseph restât de longues heures immobile devant l'image de la Madone, perdu dans ses contemplations sans paraître ressentir les atteintes du froid, alors qu'il était à peine vêtu. Il faut, disait le brave homme, une assistance parti- culière de la saison rester ainsi insensible à l'âpreté de la saison La femme de Nick partageait ses sentiments. Un jour, se trouvant dans une grande affliction, elle se recommanda aux prières du saint et reçut de lui un signe affirmatif. Peu de jours après, en effet, la cause de son chagrin cessa.

Un ancien frère coadjuteur de la Compagnie de Jésus, Joseph Locaja, qui, depuis la suppression de la Compagnie, passait la plupart de ses matinées à l'église de Notre-Dame-des-Monts, où il entendait plusieurs messes, était placé un matin derrière le Bienheureux et l'entendait répéter avec un accent extraordinaire: Miserere mei! Miserere nei! Touché d'une telle ferveur, le frère voulut entrer en relation avec Benoît-Joseph, mais celui-ci se déroba : tout témoignage de sympathie blessait en effet l'humilité de son âme. Au contraire, lorsque des enfants dans la rue lui jetaient des ordures et le traitaient de fou, il ralentissait le pas et même s'arrêtait pour savourer cette mortification. Mais, parfois, certains mauvais sujets ne s'en tenaient pas aux injures. Il arriva un jour que de jeunes drôles le jetèrent sur le pavé, après lui avoir tiré la barbe et les cheveux. Ses persécuteurs le foulèrent aux pieds, en crachant sur ses yeux et sur sa bouche. Le saint ne cherchant ni à se défendre, ni même à se délivrer, des passants indignés dispersèrent les jeunes malfaiteurs. « C'est un fou, disaient-ils en s'éloignant, ne peut-on s'en amuser? — C'est vous qui êtes des fous ! s'écria une courageuse femme qui s'était interposée la première, c'est vous qui êtes des fous et lui est un saint !... »  Un fou! tel était le mot qui s'échappait de bien des lèvres. Des chrétiens même le prononçaient....« Oui, comme l'a écrit l'abbé Audiger, folie devint les hommes, mais sagesse devant Dieu, c'est un état que le Bienheureux tenait embrassé dans une étreinte éternelle. »

Beaucoup de gens, d'ailleurs, manifestaient leur affectueux respect pour un pauvre si rebuté dont le visage était radieux et qui semblait recevoir avec joie les outrages et parfois les mauvais traitements. Un ecclésiastique, l'abbé Rossi, disait à ses élèves, lorsqu'il rencontrait le Bienheureux : « Voulez-vous voir un saint ? considérez ce pauvre. » Un jour une mère de famille, qui avait été profondément édifiée du recueillement du pèlerin, se trouva à ses côtés à la sainte Table : « Oh ! dit-elle à une de ses amies en sortant de l'église, oh ! je n'étais pas digne d'être à sa droite ; puissé-je en paradis être à sa gauche !... » Il n'y a point de sainteté sans combats. Des prêtres qui ont connu et par conséquent aimé Benoît-Joseph ont raconté que l'esprit des ténèbres lui livrait les plus terribles assauts. Oui, bien que le saint pauvre mortifiât son corps de toutes les manières et que ses jeûnes l'eussent conduit au dernier degré de l'épuisement, il était en butte aux tentatives les plus violentes, parfois les plus insidieuses.

Il éprouvait en pareil cas d'affreuses angoisses. Dans la lutte qui s'engageait alors, il se roulait par terre, se signant, implorant le secours de la Sainte Vierge, suppliant Dieu de venir à son aide pour mettre en fuite le Très Bas. Gémissant, éperdu, il protestait qu'il aimerait mieux mourir que de tomber dans les pièges du démon, et se rappelant la Passion du Sauveur, il se frappait la poitrine et redoublait ses austérités. Toujours inquiet sur sa faiblesse, tremblant de succomber aux sollicitations démoniaques, il luttait sans relâche contre les tentations qui l'assaillaient. Il ne voulait rien entendre, il ne voulait rien voir. Voilà pourquoi il baissait obstinément les yeux et fermait les oreilles, voilà pourquoi il ne quittait jamais ses vêtements; voilà pourquoi sa vie était un sacrifice sans relâche. Toutefois, malgré sa vigilance constante, souvent sa conscience s'inquiétait. Son âme scrupuleuse et si facilement alarmée éprouvait une telle crainte d'offenser Dieu qu'il ne pouvait résister à ce supplice. Il essayait alors de formuler des actes d'adoration et d'amour, mais c'était en vain, et le désespoir s'emparait de lui. Il s'écriait alors : « Seigneur, daignez jusqu'à mon dernier soupir accroître et fortifier mon espérance ! » Cette redoutable épreuve eut une fin. Un religieux, auquel il eut recours, réussit à lui rendre la paix, c'était le P. Thomas Gabrini.

Un matin de 1772, raconte Le P. Gabrini, je vis à mon confessionnal un pénitent qui avait toute l'apparence d'un mendiant et qui annonçait à peu près vingt-cinq à vingt-six ans. Comme je l'interrogeais sur sa profession, il répondit qu'il était pèlerin. Par son accent, je pus juger qu'il était Français de nation, et il le confirma lorsque je le lui demandai. Il me souvient même qu'il me demanda plusieurs fois, en se confessant, s'il s'exprimait de manière à se faire comprendre, et il s'en montrait tellement préoccupé que je dus, pour le tranquilliser, lui assurer à plusieurs reprises que je l'avais très bien compris. Il avait débuté en disant : « Mon père, je suis un grand pécheur, aidez-moi à faire une bonne confession. Ne le connaissant pas, je pris ses paroles à la lettre et il me vint à l'esprit que c'était quelque enfant prodigue qui, touché de la grâce, avait résolu d'abandonner la voie de l'iniquité, et qu'il était venu à Rome pour se faire absoudre de censures réservées, tant était grande l'emphase de ses premières paroles ! Je cherchai alors à l'encourager. Mais ce que j'entendis par la suite était autre chose que des péchés. « Vous ne savez pas vous confesser, lui dis-je, je vais vous interroger. Ce que je fis aussitôt. Par cet interrogatoire et ses réponses toutes pleines d'un grand sens, je connus quelle était la pureté de sa conscience et je compris que c'était une de ces âmes privilégiées de Dieu qui craignent jusqu'à l'ombre du mal, ce qui me causa la surprise agréable de voir une belle âme cachée. »

Le P. Gabrini s'attacha profondément au Pauvre de Jésus-Christ. Il voulut éprouver son esprit de soumission. Il savait à quel point Benoît-Joseph tenait à sa chère et misérable vie de pèlerin; il lui recommanda de la quitter et de prendre un emploi. Le pénitent objecta qu'il n'était propre à rien, n'ayant fait l'apprentissage d'aucun métier. Le confesseur lui conseilla alors de se mettre en service et l'engagea à faire certaines démarches dans ce but. Le Bienheureux obéit, mais ses tentatives furent vaines, personne ne voulut l'employer; on le jugeait trop malpropre et trop faible. Le P. Gabrini jugea l'épreuve suffisante et n'insista plus, son saint pénitent à modérer ses austérités.

« Je l'exhortais, dit le directeur, à changer son habitude de coucher à ciel ouvert et de dormir sur la terre nue, en lui indiquant l'hospice de Saint-Galle, où se retirent les pauvres sans asile ; il me rappela alors ce qui est écrit : « Le Fils de l'Homme n'a pas où reposer sa tête... » Comme je savais par nos Conférences qu'il distribuait aux pauvres tout ce qui lui restait à la fin du jour, je lui conseillai de se réserver quelque ressource pour le lendemain, afin de se nourrir et de se vêtir. Sur-le-champ, mais en toute modestie, il me parla alors comme Jésus- Christ : « Gardez-vous de penser au lendemain. Ne soyez pas inquiet de ce qui vous manque, car le Père céleste sait ce qu'il vous faut ; voyez comme il nourrit les oiseaux qui ne sèment pas et comme il revêt les lys des champs qui ne filent point.

« Celui qui ne renonce pas à tout, ne peut être mon disciple. » Lui, il ne doutait pas de l'infaillibilité de ses promesses, et pour moi en l'entendant, je voyais combien il avait à coeur la perfection évangélique, et je me disais : Oh ! comme les apparences sont trompeuses, puisqu'il y a tant de vertus sous un extérieur si misérable. » Le P. Gabrini ayant, au nom de l'obéissance, interrogé Benoît-Joseph sur les persécutions auxquelles l'exposait son genre de vie et ayant appris les avanies que lui faisaient subir les enfants et les mauvais sujets, l'engagea à porter plainte contre les plus méchants. Le saint s'y refusa. « Cela n'en vaut pas la peine », dit-il avec douceur, et il exposa à son directeur la joie qu'il ressentait à être bafoué et insulté, et combien les pires humiliations lui étaient douces. Le P. Gabrini fut surpris et touché.

« Je ne puis sans émotion, a-t-il écrit, rappeler cette surprise. Je confesse la vérité. A. ce coup, je perdis toute mon assurance, je m'intimidai extrêmement, et je découvris la grandeur de cette âme dans un état si sublime que cette direction me parut au-dessus de mes forces. Sur le désir du religieux, Benoît-Joseph s'adressa donc à un autre directeur, mais il devait se confesser une dernière fois à lui trois jours avant sa mort, et le P. Gabrini, qui n'avait jamais interrogé le saint sur son histoire et qui ne savait même pas comment il se nommait, apprit ce nom glorieux par la voix publique, lorsque Dieu rappela à lui son fidèle serviteur.

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Le Resto de mon fils
François Christiaenssens

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