Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

 


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Titre de la série :
St-Benoit-Labre-ofm.
Titre de la page:

Pelerinage-document-Pere-Temple

Nom de l'auteur:
Jean-Mantenay
CHAPITRE V
Les onze pèlerinages de saint Benoît Labre à Lorette.
— Un document irréfutable.
—Les annotations du P. Temple inscrites sur le registre des pèlerins.

Chaque année, Benoît-Joseph quittait Rome pour se rendre à Lorette. Il accomplit onze fois ce pénible trajet à travers la chaîne des Apennins. Nous consacrons ce chapitre et le suivant à ces onze pèlerinages pour ne pas couper notre récit. Lorsque le Bienheureux, son rude voyage achevé, arrivait au sanctuaire de Marie, il déposait sa sacoche à la porte de la basilique, et, sans prendre aucune nourriture, sans s'accorder le moindre repos, il se mettait en oraison jusqu'à la fermeture des portes. A son second voyage, il fut remarqué par un clerc sacriste, dom Gaspard Valeri, qui, frappé de sa misère, lui demanda s'il avait l'habitude de demander l'aumône : « Je la reçois quand on veut bien me la donner, » répondit le saint avec douceur.

Dom Valeri adressa quelques autres questions au pèlerin sur sa famille. Benoît-Joseph répondit poliment mais brièvement. Le lendemain, en se rendant de bon matin à l'église, l'abbé trouva le Pauvre étendu sur les degrés de la basilique. Ému de pitié, car malgré la rigueur du froid le saint était à peine vêtu, le prêtre lui conseilla de se re­tirer sous les galeries, ou de chercher quelque réduit dans la compagne.Un pauvre comme moi, répondit Benoît-Joseph, se repose où il se trouve et ne doit pas chercher un lit bien commode. J'aime, d'ailleurs, à être seul et à me tenir en paix. » Qu'était-ce donc que cet homme si jeune et qui supportait allègrement de telles austérités ? Un fou ou un saint ? Telle était la question que se posait dom Valeri, mais, plus confiant que certains personnages de Rome , il ne douta pas de la sincérité du mystérieux pénitent. Des relations affectueuses s'établirent entre eux, et l'abbé obtint, non sans peine, que Benoît-Joseph, au lieu de passer la nuit sur les marches de la basilique, exposé à toutes les intempéries, cherchât un gîte dans les chambres à four et dans les étables des paysans.

Souvent l'abbé accompagnait son cher Pauvre dans la campagne et constatait avec surprise, en causant avec lui, que ce pèlerin d'aspect misérable était un homme instruit et poli. Bientôt ce fut le prêtre qui se confia au Pauvre et lui demanda conseil. Ainsi, à l'époque de son ordination, car lorsque dom Gaspard connut Benoît-Joseph, il n'était encore que clerc, ainsi, disons-nous, à l'époque de son ordination, le jeune sacriste craignait de rencontrer quelques difficultés de la part de l'autorité ecclésiastique en raison de la situation de sa famille. Il s'en ouvrit au Pauvre et lui exposa le sujet de ses appréhensions. Benoît-Joseph l'écouta attentivement, puis ayant levé les yeux au ciel comme il avait coutume de le faire avant de répondre, il répliqua avec assurance. « Tranquillisez-vous, tout ira bien. » Tout alla bien, en effet. Dom Valeri ne rencontra aucune difficulté, aucun obstacle, et il attribua cet heureux résultat aux prières de son humble ami. Il l'avait si souvent vu à l'église, quand le pénitent restait de longues heures à genoux devant le tabernacle, il avait si souvent vu son visage amaigri et pâli s'allumer soudain et s'illuminer de joie ! « Ah! s'écriait alors le jeune prêtre, c'est vraiment une âme sainte et tout embrasée de l'amour de Dieu!... »

Et dom Valeri rendait discrètement à son cher Pauvre les services qui pouvaient être agréables à celui-ci, sans être de nature à alarmer son ombrageuse modestie. C'e'st ainsi qu'il avait donné l'ordre aux gardes corses, qui veillaient à l'entrée de la Santa Casa , de laisser toujours ce pèlerin, si déguenillé qu'il fût, entrer librement dans le sanctuaire. Parfois, cependant, dom Valeri, voulant arracher le pèlerin à l'horrible vie qu'il menait, essayait de le conduire dans une voie moins rude. « Au lieu de courir le monde exposé à toutes les intempéries, lui dit-il un jour, pourquoi ne pas rester à Lorette? vous pourriez y servir la messe. — Vêtu comme je le suis? objecta Benoît-Joseph. — Ce n'est pas là une difficulté, répondit le prêtre, on vous procurerait aisément une soutane et un habit propre. — Mais personne ne me connaît, » répliqua le pèlerin. Et comme l'abbé insistait affectueusement « J'y penserai, » dit-il. Le lendemain, dom Valeri ayant demandé au Bienheureux de lui faire connaître sa décision : « Dieu ne me veut pas clans cette voie, prononça gravement Benoît-Joseph. Il fit la même réponse à dom Valeri lorsque celui-ci lui offrit de le faire entrer chez les Camaldules. C'était à l'époque de son cinquième pèlerinage à Lorette, en 1766, que Benoît-Joseph avait reçu et repoussé ces propositions. Dans ce même temps, le pèlerin entra en relation avec le P. Temple, pénitencier français à la basilique de Lorette.

Or, c'est entre les mains de ce religieux que Benoît-Joseph Labre laissa le monument précieux de sa doctrine et de ses lumières surnaturelles ; c'est là le document le plus beau et le plus authentique de la vie du pèlerin, car il se compose de notes certifiées exactes et incontestables par le P. Temple. Au-dessous des annotations tracées par le péni­tencier sur le registre des pèlerins, on lit cette note écrite et signée de sa main : « Le pénitencier français actuel fait connaître à ses successeurs, en cas d'infirmité mortelle, que les notes inscrites au registre des pèlerins, en février 1776, sont bien de son écriture :et de son caractère propre, et ils peuvent y ajouter toute foi après la mort du si grand et si admirable saint français Benoît-Joseph Labre. » Il convient donc d'examiner ce document en détail et c'est pourquoi nous consacrons un chapitre spécial aux relations qui existèrent entre le P. Temple et le saint. C'est, nous l'avons dit, en 1776 que Benoît- Joseph vit pour la première fois le P. Temple. Il aborda le religieux, lorsque celui-ci se rendait à son confessionnal, lui déclara sa nationalité, et exprima le désir de se soumettre à son obédience. Le P. Temple, prêtre d'une haute piété, était d'un naturel assez défiant et il accueillit l'humble pèlerin avec une certaine froideur : « Tout ce que je sollicite pour le moment, avait dit le saint, c'est que vous me donniez, si vous le jugez bon, la permission de suivre mon régime habituel.

— Mais quel est votre régime ? interrogea le religieux.— J'ai coutume, dit Benoît, de me contenter de ce qui m'est offert spontanément, par charité.— Et si l'on ne vous offre rien?— Il y a la porte des couvents.— Mais si l'on n'y fait pas de distribution de vivres?— Il y a les épluchures que l'on jette par les fenêtres, et où je trouve quelques écorces de légumes et des fruits gâtés, dont je mange assez pour me sustenter jusqu'au lendemain.— Mais enfin si vous ne trouvez pas de ces débris, voulez-vous tenter Dieu et l'obliger au miracle ?— Je vais alors, continua le Bienheureux, le long des haies et des chemins, où je trouve des racines, des herbes et l'eau des fossés.— Un tel genre d'existence a-t-il été approuvé par vos directeurs ? Oui et non, répondit Benoît, selon l'inspiration de Dieu, et je leur ai toujours obéi. — Alors, répliqua sèchement le pénitencier, en vertu de la sainte obéissance que vous professez, je vous enjoins maintenant d'aller de compagnie avec ce pèlerin que voici et de prendre vos repas avec lui. »

Le P. Temple ordonna , en outre, au saint de revenir le soir pour se préparer à la confession et lui remettre ses papiers. Avec empressement, Benoît accompagna le pèlerin que le Père lui avait désigné et, dans l'après-midi, il apporta ses passeports. A ce moment, le pénitencier examinait les certificats de deux pèlerins dont l'attitude était fort équivoque ; il les soupçonnait de ne venir se confesser que pour obtenir des aumônes. Cette circonstance le disposait ainsi à croire que Benoît, dont il jugeait l'existence fort singulière , pourrait bien être un trompeur. Il prit alors ses certificats et lui demanda les attestations de ses confessions et de ses communions. Le pèlerin garda le silence, il baissa les yeux et croisa les mains sur sa poitrine. Le P. Temple crut un instant qu'il se trouvait en présence d'un hypocrite et lui adressa de sévères reproches. Benoît subit sans protester cette humiliation. N'avez-vous pas compris? insista le pénitencier, êtes-vous sourd ou muet? » Or, il l'avoua plus tard, le saint ne pouvait parler devant les autres pèlerins de peur que ses aveux ne lui attirassent de l'estime. Le prêtre ne laissa pas que d'être troublé. Ce Pauvre avait certainement quelque chose d'extraordinaire, d'indéfinissable ; il paraissait très humble et cependant sa manière de parler et de vivre semblait tout d'abord annoncer une étrange opiniâtreté. Aussi, k pénitencier, ne sachant trop comment définir Benoît-Joseph, le nota sur son registre comme soupçonné d'un grand mépris de soi-mêne. Puis, tout préoccupé, il congédia les pèlerins pour les revoir le lendemain. Mais après leur dé­part, le P. Temple se représenta encore l'attitude si modeste, la physionomie si sereine, le regard si plein de bonté de cet étrange Pauvre, et devant Dieu, dans la prière, il se demanda si vraiment le ciel ne lui avait pas envoyé un grand saint. Il n'oubliait pas non plus ses passeports, uniques parmi ceux qu'il voyait, où on louait son esprit de pénitence et son esprit de foi. Le lendemain, le pénitencier était à son confes­sionnal et il vit tout à côté, le premier arrivé, son pèlerin de la veille. Benoît préparait sa confession.

Selon la coutume, le Père l'interrogea d'abord sur ses usages pieux, sur le pays où il avait vécu et reçu les sacrements. Il n'obtint aucune réponse. Il ordonna enfin au pèlerin, au nom de l'obéissance, de s'expliquer et de parler publiquement. A ce mot d'obéissance, Benoît-Joseph s'émeut subitement; son visage pâlit et se contracte ; les larmes roulent de ses paupières et il s'approche du Père en lui disant à mi-voix : « C'est à cause de ces Français qui sont ici.... Mais je parlerai puisque vous me l'ordonnez en vertu de l'obéissance.... Je me suis confessé et j'ai communié, il y a huit jours, à Assise; j'ai cornmunié de nouveau dans un village détourné de la route.... » Le confesseur, enfin éclairé, commença à interroger son pénitent sur la doctrine évangélique et reconnut que ses connaissances étaient étendues et ses maximes d'une haute spiritualité. Dès lors, ce Pauvre ne pouvait plus devenir l'objet de soupçons malveillants ; et, en effet, dans l'esprit du confesseur, les défiances peu à peu s'effacèrent. La confession ainsi préparée, le religieux demanda à Benoît-Joseph de réciter encore les actes de foi, d'espérance et de charité. Le saint le fit avec une ferveur et une dévotion admirables. « Il amplifiait même la formule, a écrit le P. Temple, ajoutant certaines expressions d'une énergie incroyable; il se disait résolu à mourir dans la foi catholique et s'avouait tout prêt à répandre son sang, s'il le fallait, pour en rendre témoignage, et je voyais qu'en accentuant comme il le faisait, il était tout pénétré et convaincu. » Benoît-Joseph récita ensuite le Confiteor, mais avec l'humilité d'un criminel chargé de fautes; si bien que le Père, croyant qu'il avait la fièvre, voulut remettre la confession. « Je ne suis pas malade, dit le pénitent, mais comment voulez-vous que je ne tremble pas ? J'ai tant offensé Dieu!... » Et il se déclara coupable d'une noire ingratitude envers Dieu, reprenant toujours cette accusation, sans préciser sur aucun point des préceptes divins ou ecclésiastiques. Le pénitencier commença par le presser un peu et lui déclara enfin qu'il ne savait pas s'examiner.

« Je vais moi-même faire votre examen, dit-il; répondez-moi avec sincérité par oui ou par non. »

Il l'interrogea alors et constata que ce jeune homme, qui se disait un grand pécheur, n'avait pas même commis un péché véniel. « Mon admiration, ma stupeur, dit le P. Temple, augmentaient à mesure que je constatais la souveraine délicatesse de cette âme et cet incomparable assemblage des vertus les plus extraordinaires. Toutefois, je ne voulais pas encore asseoir mon jugement et, pour aller plus avant, tout en mêlant les paroles d'encouragement aux réprimandes et aux rudesses, je lui demandai s'il avait jamais fait de confession générale; sur sa réponse affirmative, j'ajoutai que sans doute il l'avait fait un peu à la grosse et sans bien distinguer et préciser les choses, ainsi qu'il convient à un bon catholique. Je lui dis donc .que j'allais essayer de le faire pénétrer en arrière dans les replis de sa conscience afin de voir s'il avait bien marché dans la voie du Seigneur et dans l'exacte et parfaite observation de la loi divine. » Ils entrèrent alors dans un examen raisonné et minutieux de toute la vie du pèlerin depuis sa plus tendre enfance, et le confesseur fut profondément touché d'une si grande merveille de la grâce, dans un homme aussi jeune, isolé, loin de sa famille et de sa patrie, pauvre, mendiant, plein de misère, exposé à toutes les tentations. « Je louais, je bénissais Dieu, écrit le pénitencier, et, en entendant cette confession admirable, je ne pouvais retenir mes larmes. » Ne trouvant pas matière à absolution dans cette revue de toute une vie, le confesseur renvoya le pénitent avec la bénédiction, lui ordonnant de s'approcher le matin même de la Sainte Table. Il l'invita, en outre, à revenir quelques heures plus tard et lui enjoignit de ne pas quitter Lorette sans son assentiment

Le Père Temple désirait, en effet, avoir avec son pénitent des conférences spirituelles sur la manière dont il se comportait dans la pratique des vertus chrétiennes. Ces conférences, qui durèrent plusieurs jours, furent un véritable supplice pour le Bienheureux, qui craignait de faire connaître ses hautes vertus. Le pénitencier dut recourir, pour atteindre son but, à toutes les industries. Tantôt, il formulait ses questions d'une manière détournée, tantôt il les revêtait d'une apparence de sévérité et d'accusation. Finalement, il imposait à son pénitent, au nom de l'obéissance, l'obligation de répondre. Au sortir de ces pieux entretiens, le P. Temple ne pouvait cacher son admiration. Il nommait Benoît-Joseph un « ange terrestre » et un « homme du ciel »; il l'appelait tour à tour un saint Alexis et un saint Louis de Gonzague. « Pour exprimer, a-t-il écrit, de quelle ferveur de charité j'ai vu brûler ce serviteur de Dieu, je ne puis trouver d'autres termes que ceux-là mêmes de saint Bonaventure à propos de notre séraphique Père saint François d'Assise. « Au seul nom du divin amour, il se dressait, s'animait et s'enflammait, et toutes les fibres de ssoouns la coeurc résonnaient comme les cordes de la lyre sous l'archet.

Fait merveilleux et qui devait profondément toucher le P. Temple : cet accord d'une âme parfaitement unie à son Dieu s'exprimait dans les propres paroles que saint Bonaventure a mises dans la bouche de saint François. C'est ainsi que le P. Temple lui ayant parlé des plaies du Sauveur, Benoît-Joseph s'écria, comme emporté par un transport subit :« O plaies capables de blesser des coeurs de pierre et d'enflammer infailliblement des âmes de glace!... » Et le P. Temple , en rapportant cette parole, ajoute que le saint gardait constamment la présence de Dieu et ne cessait de prier. La prière était à ses yeux la grâce la plus désirable et sans laquelle on ne pouvait s'avancer au service de Dieu. Aussi, quoi qu'il fît, priait-il sans cesse. La prière était son occupation, son passe-temps ; il lui donnait son coeur, ses forces, toutes ses actions. Ce qui abrégeait son sommeil, c'était la douleur de ne plus savourer par la prière la présence de Dieu. La confiance du saint en ce Dieu de miséricorde et de bonté était inexplicable. « Dieu est si bon, avait- il coutume de dire, que pour obtenir de lui le bien de notre âme et même toute espèce de bien terrestre, pourvu qu'il puisse servir à notre avantage spirituel, il suffit de le lui demander. »

« Et que feriez-vous, lui demanda le P.Temple, si un ange vous annonçait que votre nom a été rayé ou n'est pas inscrit au livre de Vie ?— Je garderais la confiance, répondit le saint, espérant immuablement que rien de ce qui est nécessaire à mon salut ne peut m'être refusé par Celui qui a tant fait et tant souffert pour mon salut. » Ainsi, il possédait à fond la science des saints que le monde ne peut révéler, le pauvre mendiant !... Dieu lui avait donné lui-même ce haut enseignement et avait illuminé cette âme. Et n'est- ce pas le langage des saints que tenait Benoît-Joseph Labre, quand il répondait au P. Temple, lequel lui demandait quels étaient ses sentiments à l'égard de ceux qui le maltraitaient :« Je les regarde comme des amis ; j'en remercie Dieu et je demande grâce pour eux, puisque Jésus- Christ l'a ordonné. » Sa patience fut merveilleuse, déclare le pénitencier; j'ai appris qu'il souffrait, avec un air de contentement, les injures, les calomnies et toutes sortes d'atrocités, jusqu'à prier instamment ceux qui avaient des égards envers lui pour qu'ils ne s'opposassent pas à ceux qui le calomniaient ou le frappaient....« Pour moi, dit encore le pénitencier, quand je considérais attentivement ce grand serviteur de Dieu, si pauvre, si exténué et tout à la fois si joyeux, mais d'une joie toute céleste, après avoir été prévenu et informé de son esprit au moyen de nos conférences, il me parut reconnaître en lui le portrait le plus parfait :du Crucifié, provenant d'avoir constamment eu dans l'esprit ce divin exemplaire, dont le Père éternel a daigné nous inculquer l'imitation. » Cependant, tandis que le confesseur admirait ces clartés surnaturelles, le pénitent songeait à protester contre lui-même et contre les conclusions avantageuses qu'on pouvait tirer de ses révélations. Il s'efforçait de ramener son abnégation, son esprit de prière à une inclination toute naturelle.

Enfin, le P. Temple fut mystérieusement éclairé sur la vocation de son pénitent lorsque, l'entendant un jour l'informer de son dessein de se faire religieux camaldule au mont Conaro, il lui dit dans un mouvement soudain et en quelque sorte irrésistible : « Non, mon fils, Dieu ne vous appelle pas dans cette voie. » En effet, comme l'a dit M. l'abbé Audiger, la voie de Benoît, c'est la voie de la pénitence et de la prière au grand jour : la voie où, le voyant s'avancer dans son appareil souverainement misérable, le monde sentit la vertu de la Croix et fut éclairé des éblouissantes clartés de l'Évangile. En deux mots, Benoît avait pour mission de donner à l'Europe une leçon de prière et de pénitence, et tous ses directeurs, une fois qu'ils le connurent, le comprirent ainsi et eurent grand soin de le mentionner dans leurs dépositions. Certes, le P. Temple a apporté un témoignage irrécusable dans l'étude de la grande âme qu'il connut; il n'a jamais manqué de tout apprécier avec sa sûreté de jugement théologique. Et cependant, en face d'une telle élévation de doctrine, il a confessé plus d'une fois qu'il était impuissant à exprimer ce qu'il avait vu et constaté. Il aurait fallu, avouait-il, pour comprendre les mystères de la vie de ce pauvre, une âme aussi humble, aussi détachée que la sienne, aussi sensible aux inspirations et aux mouvements de l'Esprit-Saint.

Citons encore ce fait touchant, parmi tous ceux qu'a relatés le P. Temple : au sortir de la confession générale, il entendit son pénitent rappeler son indignité, sa froideur à l'égard du banquet eucharistique ; et, aveu d'âme sincère, tout en croyant à l'insuffisance de ses dispositions, il ne pouvait contenir les transports de joie, où se trahissait l'intensité de son amour. Toutefois, l'humilité semblait avoir triomphé de la charité. Après avoir fait deux ou trois pas vers la table sainte, Benoît revint exposer ses craintes et avouer sa misère : Allez, dit le confesseur, allez communier sans vous occuper de quoi que ce soit. » Le pauvre de Jésus-Christ voulut obéir ; ses craintes l'arrêtèrent de nouveau, et il s'en vint encore essayer de prouver son indignité. Il fallut enfin un ordre du Père Temple ; triomphant de ses hésitations, Benoît communia au nom de l'obéissance.

Or, un jour, le saint quittait le confessionnal du pénitencier, lorsque des pèlerins qui se trouvaient là le reconnurent et s'écrièrent presque à haute voix : « Mon père, quel grand saint vous avez confessé. C'est un nouvel Alexis ! C'est un saint Louis de Gonzague ! » Puis, ils exaltèrent ses vertus, son humilité, se pénitence, son édifiante piété. En entendant ce langage, Benoît fut soudain pris de peur comme si la foudre eût éclaté à ses côtés. Il commença contre son habitude, d'accélérer le pas dans l'église et il sortit précipitamment. Bientôt, il quitta Lorette, et jamais plus le Père Temple ne le vit à son confessionnal. Après cet événement, le Pèlerin, raconte le Père Temple, fut assailli par des malfaiteurs en sortant de Lorette. Ces misérables blasphémaient en jouant, quand Benoît passa ; il voulut les réprimander, mais ses réprimandes furent mal acceptées et les blasphémateurs lui répondirent par des injures et des coups. Heureusement, des voyageurs le délivrèrent, mais Benoît fit remarquer à ses libérateurs qu'il méritait bien de pareils traitements et que si on le connaissait bien, on ne l'aurait jamais délivré. Il parla avec tant de douceur que les blasphémateurs se convertirent et, le même jour, se confessèrent à Lorette.

Les années suivantes, Benoît évita toujours le pénitencier, dont il appréhendait l'estime et les compliments. Il ne pouvait continuer ses entretiens avec un directeur qui était capable de dire du bien de lui. Tel fut le fait singulier qui les sépara pour toujours au grand regret du confesseur. Lorsque, plus tard, on vint à lui parler de Benoît, le Père Temple répétait sans cesse avec une conviction profonde : C'est un saint et un grand saint ! » Le religieux cherchait les occasions de parler à son ancien pénitent. Il eût voulu renouer avec lui quelques relations. Plusieurs fois, dans les rues, il l'appela pour lui faire l'aumône ; tout fut inutile, Benoît-Joseph s'obstinait à fuir le pénitencier.

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Le Resto de mon fils
François Christiaenssens

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