Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
L-Ombrie
Titre de la page

Sisto et Sesto-1

Nom de l'auteur:
H-Federer-M-Grandclaudon

CHAPITRE VII

Sisto et Sesto. 1

Au pied des monts sibyllins, dans le coin le plus solitaire des Abruzzes, la veille d'une excursion au mont Priore, éclata une tempête de pluie si glaciale et si pénible que mon guide et moi nous dûmes passer plusieurs jours dans un petit trou sans église ni auberge, entre quatre murs sombres et enfumés à l'âtre de la maison d'un chevrier et il nous fallut passer le temps à écouter les légendes sauvages racontées par la douzaine de personnes composant l'agglomération, tout en buvant leur vin aussi âpre que leurs histoires. Ces vieux récits, moitié historiques et moitié légendaires, ressemblaient à la fumée de la chambre obscure ou au nuage devant les grilles des fenêtres aux couleurs embrouillées. Elles se glissaient lourdes et fantomatiques le long des murs du passé vers le plafond et se condensaient en figures grotesques et menaçantes, pour ne se dissiper que lentement et pour ainsi dire contre leur volonté en une légère fumée bleue. Dans ces légendes montagnardes, l'élément indompté et sauvage soit dans l'eau ou le feu, l'animal ou l'être humain jouait le premier rôle. Des morts circulaient et hurlaient comme des loups, le diable venait dans un éclair ou un rayon de soleil, le ciel parlait, les cimes de la montagne fumaient comme le mont Sinaï, une musique tantôt souterraine tantôt supraterrestre se faisait entendre, tandis qu'un tremblement de terre ou un tonnerre persistant faisait entendre ses roulements de tambour. Mais on aimait surtout raconter des histoires sur les brigands de cette solitude sauvage, sur leurs exploits et sur leur disparition subite. Et, au milieu de ces légendes nébuleuses relatives au banditisme, émergeait la figure imposante du pape Sixte-Quint qui, autrefois, avait traqué les bandits à travers les bois et la contrée sauvage, figure semblable à un bloc de pierre et inexorable comme le monte Priore.

La plus belle de ces histoires est celle de Sisto et Sesto. Car, ici et pour une seule fois, la légende a adouci la dureté de l'histoire et a fait glisser le rocher dans la vie humaine. Bien des fois déjà je l'ai racontée. Mais jamais je n'ai eu le courage de la mettre par écrit. En effet, dans une telle aventure, il faut intervenir avec les deux mains, il faut faire alterner des mots doux et rudes, il faut se baisser et tout à coup se redresser, bref, il faut pouvoir vivre et montrer l'histoire, telle qu'elle m'a été révélée face à face, dans la fumée et près du feu dans cette cabane des Abruzzes. Si je la détaille sur ce papier sans vie, c'est parce qu'elle ne me laisse jamais en repos. Elle me presse et me tenaille comme une fièvre et me brûle les doigts. Elle veut absolument être mise par écrit. Je vais donc essayer de le faire, aujourd'hui même où un vent humide frappe à ma fenêtre et que dans le coin de ma chambre les bûches craquent dans le feu, si bien que je crois être encore dans cette cabane italienne de montagne et écouter moi-même ce récit.


Verset I

Il y a quatre cents ans habitaient dans les monts sibyllins des bandes de brigands aux nombreuses rami­fications. Routes et sentiers étaient peu sûrs. Ni la loi ni la force n'avaient de prise sur ces bandits. Car les petits princes de Spolète, de Foligno et de Nursie utilisaient les brigands tantôt pour des affaires privées clandestines tantôt pour leur politique officielle. Et même des voyageurs respectables, commes des ambassadeurs et des nonces, qui voulaient se rendre par le plus court chemin d'une mer à l'autre étaient obligés bon gré mal gré de prendre pour guides de tels individus. Mais qui le croirait ? les bandists les plus sanguinaires habitaient au milieu de leurs familles dans leur village et, quand ils n'avaient ni à tuer ni à voler, ils s'étendaient aussi doucement et aussi flegmatiquement que l'homme le plus pacifique, sur le gazon au milieu de leurs enfants en mâchonnant un fétu de paille ou bien tondaient leurs moutons ou encore jouaient un air jovial sur leur accordéon. Dans le village de Paritondo qui relevait du comte de Spenchi, on comptait parmi quatre-vingt-cinq âmes une bonne douzaine de ces inoffensifs musiciens étendus dans l'herbe. Entre-temps, ils berçaient sur leurs bras leurs enfants malpropres, cuisaient leur polenta en plein air, ou quand ils étaient de bonne humeur, balayaient la chambre de leur femme malade; le dimanche, ils s'agenouillaient dans la vieille église et dormaient durant le long sermon du curé Donaldi da Dia de Surigno, comme des justes. Mais ils se réveillaient ponctuellement pour l' Ainsi soit-il et chan­taient les cantiques aussi fort et aussi bien que s'ils étaient les meilleurs chrétiens. La basse la plus profonde et la plus harmonieuse était chantée par Sesto Peretti qui, durant la journée, réunissait en sa personne les fonctions de sacristain, de secrétaire de la commune et de berger, mais durant la nuit était un bandit de la plus belle eau. Le jour aussi innocent et doux que du lait, la nuit rouge et dangereux comme du sang.

Son père, après la mort de sa première femme et l'entrée en religion de son fils unique Felice, de santé maladive, mais de nature ambitieuse, avait épousé une robuste fille des Romagnes. Elle était devenue la mère de Sesto et, comme toutes ces natures sauvages et enflammées, s'était éteinte au bout de quelques années. Alors, le père qui avait aimé sa seconde femme trois fois plus ardemment que la calme et sévère épouse de son premier mariage avait vécu en sauvage. Durant longtemps, le vieillard vagabonda avec son fils dans les provinces des alentours et s'établit finalement, fatigué de ses courses errantes, dans les montagnes ombriennes. C'est là qu'il mourut, plus qu'octogénaire, au moment où son petit-fils Pozdo venait déposer à ses pieds le fruit de son premier vol et en même temps lui annonçait que Felice Peretti était devenu cardinal de l'Église romaine et faisait rechercher dans toutes les directions son père disparu ou d'autres parents proches. L'écharpe rouge brodée d'or et le gros anneau orné d'une escarboucle que le petit-fils apportait, provenaient des dépouilles d'un ambassadeur romain. Peut-être le vieillard n'entendit-il plus cette nouvelle. Car lorsqu'on voulut le féliciter de la haute situation de son fils et aussi de l'habileté de son petit-fils, il ne rendit pas la poignée de main, mais laissa tomber son bras comme une bûche sur la couverture. Depuis des jours, il agonisait sans mot dire. A présent qu'il avait vu non seulement son fils, mais encore le fils de son fils tout à fait à la hauteur de leur profession, il pouvait rendre paisiblement son âme de brigand. Comme pour une mèche qui jette encore à peine une faible lueur, personne ne remarqua le moment exact où il s'éteignit. Mais lorsqu'on se rendit compte qu'il était raide et froid comme la glace, donc qu'il était certainement mort, Sesto descendit trouver Dia à Surigno; le vieux prêtre à demi-aveugle n'y disait plus que la messe matinale, mais en tant que curé de Paritondo, c'est lui qui devait inscrire les naissances et les décès dans les registres paroissiaux. Il lui apporta le gros livre relié de cuir et lui annonça la mort de son père. Tandis que l'ecclésiastique griffonnait méthodiquement les renseignements sur la page 19, en traçant des lettres gigantesques, Sesto aussi, répétant à demi-voix les mots latins de da Dia, écrivit sur une feuille l'acte de décès de son père et demanda au prêtre d'y apposer sa signature. En réalité, il avait écrit que le vieux Peretti était mort et que personne ne savait où Sesto, le beau. frère du cardinal, circulait à travers le monde, pas même si, depuis longtemps déjà, il reposait sous terre. Il avait écrit avec des caractères si fins que da Dia ne put en lire une syllabe et en toute bonne foi y apposa son nom et le sceau de la paroisse. C'est ainsi que le document partit trouver le cardinal. Et depuis ce fut le silence entre Rome et Paritondo.

Mais, au bout d'un certain nombre d'années, arriva la fâcheuse nouvelle que le nouveau pape, rigide comme l'acier, Sixte-Quint, poursuivait les brigands comme des rats, fouillait leurs trous les plus dissimulés et partout où il les trouvait en chargeait les branches des arbres. Il avait juré dans sa barbe : Je ne veux pas de souris dans ma maison, de façon que mes hôtes puissent dormir tranquillement la nuit et que, rentrés chez eux, le Bavarois et l'Anglais ne puissent se plaindre que dans les États de l'Église on n'est jamais en sécurité pour sa poche ou sa vie. Ce fut d'abord autour de Rome et en Campanie, dans la direction de Naples où le désordre sautait le plus aux yeux des visiteurs étrangers, que l'on procéda aux opérations de nettoyage. Ensuite, les fonctionnaires pontificaux traversèrent les monts Sabins et Aquila pour monter dans la sainte Ombrie. Mais là on eut tant à combattre et à pendre que deux années encore se passèrent tranquillement avant qu'une avant-garde de ces limiers ne fut en vue de Paritondo, si enfoncé dans les monts Sibyllins. On avait encore eu le temps, en attendant, de soulager le noble Chilien Carlos des los Herreras d'une robe de soie avec dix livres de piastres en or dans la doublure, de ravir au baron Albert von Schreck qui se rendait du Tyrol à Rome, tente, équipage et domestiques et même de soulager à la fois de la bourse et de la vie sept fiers sénateurs vénitiens qui apportaient au Vatican un riche denier de Saint- Pierre et de leur donner entre un buisson et un rocher un prompt enterrement civil.

Mais un jour, Pozdo, le jeune fils de Sesto, à la tignasse rousse, avait vu, au cours d'une tournée d'espionnage en bas dans la vallée, non loin de Spello, un long cortège de prisonniers. La colère l'empêchait presque de raconter toute la honte de ce spectacle. De nobles brigands à la belle prestance s'avançaient, attachés par des cordes allant du cou de l'un au cou de l'autre, exactement comme on fait pour le bétail de boucherie. Et tout autour trottaient à cheval des soldats indif­férents qui poussaient en avant avec leurs lances tantôt leurs montures tantôt leurs prisonniers. Le jeune garçon, souple comme une anguille, s'était glissé, en serrant les dents, derrière ce triste cortège jusque dans la petite ville. Il se sentait contraint de goûter jusqu'au bout ce malheur. Mais le plus infâme ce fut lorsque, sans interrogatoire ni jugement, comme si la chose allait de soi, les captifs furent poussés, deux par deux, sur la place jusqu'à la grande fontaine où saint Michel se dresse tout en haut du bassin. Avec un noeud solide, on attachait l'un à droite, l'autre à gauche après la balance en fer que l'archange soulève bien haut au-dessus de la fontaine. Des gens distingués regardaient assis sur des chaises apportées exprès et prenaient plaisir à voir le fléau de la balance monter et descendre comiquement, jusqu'à ce que les pauvres diables eussent fini de se débattre. Aussitôt après, on en amenait deux autres, toujours deux maigres ou deux gros, afin que le plus lourd n'abaissât pas assez le plateau pour pouvoir se tenir du bout des pieds sur le rebord de la fontaine. Les enfants riches de Spello riaient, les pauvres pleuraient presque. Mais ils n'osaient pas crier : « Arrêtez, c'est mon frère... arrêtez, c'est mon père! >> Alors Pozdo, frissonnant et malade jusqu'au fond de l'âme, s'arracha à ce spectacle et franchit en courant, de jour et de nuit, les trois chaînes de montagnes pour rapporter, après trente heures de course effrénée, aux braves compagnons dans la chambre du sacristain, ces émouvants tableaux de martyre. Là- dessus, ils burent un coup de vin rouge, engloutirent un bon morceau de fromage de chèvre et finalement dirent lentement : « Il faut le raconter à da Dia. Est-ce qu'il vient samedi, Peretti ? — Attendez, nous sommes le trois, non le quatre août. Naturellement da Dia doit venir faire l'office le premier dimanche du mois. Au reste, combien avons-nous encore d'argent ? » La caisse des compagnons fut vidée sur la table. Quinze pièces d'argent et quatre livres de cuivre. « Cela suffira pour plus de quinze jours, affirma tranquillement Sultigni, l'intendant de Paritondo, en crachant majestueusement par-delà la porte . D'ici là le danger sera passé. »