Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
L-Ombrie
Titre de la page

La-chevres-ombrienne

Nom de l'auteur:
H-Federer-M-Grandclaudon

CHAPITRE V

La chèvre ombrienne.

A vous aussi, les chèvres d'Ombrie je veux chanter un hymne. Durant des jours vous avez remplacé les hommes auprès de moi. Mais il n'y a rien non plus d'aussi indépendant que vous. Vous arrachez l'herbe d'un marbre grec et vous ne vous souciez pas si un César dort par dessous et si un autre César y a inscrit en un latin concis un distique. Je vous ai vu à Orvieto faire vos cabrioles jusque dans la plus belle cathédrale d'Italie. Oh! vous n'avez aucun respect. Mais cela vous va bien. Plus d'une créature à deux pieds voudrait se conduire aussi librement. Mais vous êtes aussi les quadrupèdes les plus sociables et les plus humains. Vous fraternisez avec nous immé­diatement et vous bavardez si naïvement et si spirituellement les secrets de votre âme caprine que nous ne pouvons pas faire autrement que d'épancher aussi notre coeur devant vous. Vous répondez aussitôt et votre réponse exerce sur nous un effet encourageant. Elle semble nous dire « Ne prends pas tout si vite au sérieux, petit homme. Cela ira, cela ira. — Ne t'abandonne pas. Tiens toujours la tête droite. — Et puis montre un peu les cornes. Et ensuite recommence à bêler joyeusement. » Voilà à peu près la belle et saine philosophie qui se trouve dans votre réponse.

Souvent, j'ai parcouru durant des heures et tout seul, les vallées solitaires de l'Ombrie. Il n'y avait plus de chemin et tout, autour de moi, devenait de plus en plus silencieux. Et l'avertissement des guides de voyage revenait à mes oreilles : Attention, les Abruzzes, les brigands, assassinat... Alors j'éprouvais un sentiment d'angoisse, surtout parce que, à droite et à gauche, sur les hauteurs, tout était désert comme si la mort attendait assise sur une pierre . Et parce que, en bas, tout est si resserré et plongé dans l'ombre, parfois j'entendais derrière moi un bruissement, comme celui d'un bandit caché ou d'un reptile venimeux. Dans une telle circonstance, saint François d'Assise avec une sainte légèreté aurait chantonné un cantique. J'assaye aussi de siffler_ mais par peur. — Tout à coup, surgissant, je ne sais d'où, une chèvre se dresse devant moi avec son front robuste, droit et loyal, ses cornes vaillantes, ses yeux rieurs et elle m'adresse un bêlement affable. Une véritable montagne tombe de ma poitrine et je lui adresse la parole dans mon meilleur italien : « Je te salue, chère jolie petite chèvre ». Je caresse son échine rugueuse et elle me suit en bavardant, mais toujours à ma gauche, par pure politesse italienne. « D'où viens-tu, bella mia ? demandè-je. — De là-haut, signor, j'habite au refuge San Carlo. — N'as-tu pas peur des étrangers ? poursuivis-je. Alors elle me regarde d'un air moqueur et répond : — Mais tout à l'heure ne viens- tu pas de sifflotter ? Tu es donc un être complètement inoffensif. — En effet, tu as raison, chère petite chèvre. Et je t'en prie, reste gentiment près de moi. Je ne suis pas à mon aise tout seul dans cette contrée. — C'est bon, je vais rester. N'aie pas peur, pellegrino. J'aime bien, quand des hommes parlent avec moi comme avec leurs semblables. Tu parles un italien assez raboteux. Mais je te comprends quand même. Continue ». Je regarde alors attentivement ma compagne et je vois qu'elle me porte un regard humain, qu'elle met de l'expression dans son bêlement, qu'elle accentue bien les substantifs, qu'elle module fameusement les verbes et qu'elle termine sa phrase sur une cadence si agréable qu'elle sonne presque comme une stance du Tasse.

« Mais, cher petit animal aux jolies cornes, où trouverai-je ce soir un abri ? où rencontrerai-je de braves gens ? — Suis-moi, amico, je retourne près de mes bergers; ils sont un peu méfiants, moitié phlegmatiques, moitié mélancoliques, comme tous les montagnards. Mais cela ne fait rien. Quand ils verront que je suis avec toi et que je te parle si joyeusement, alors ils penseront que nous sommes frère et soeur et t'accueilleront comme mes pareilles. — Mille fois merci, signorina — ou bien dois-je dire : signora ? — Signora, répondit la chèvre avec une fierté de mère de famille — Donc signora; mais vois-tu, j'ai encore un peu peur. Dans les livres on raconte toutes sortes de choses affreuses sur vos Abruzzes. — Laisse tout cela et confie-toi à moi, pellegrino. Les livres ? des sottises ». Et pleine de mépris la chèvre redressa un peu sa queue. Elle continue à trottiner à côté de moi, toujours à gauche, essuye de temps en temps sa barbiche après moi et me dérobe aussi quelque chose dans la poche, comme une véritable et honnête Italienne et elle dit : Merci bien! » elle continue à quémander et à voler, tout en racontant force histoires sur cette montagneuse région de bergers. L'hiver est humide et froid et on se blottit les uns contre les autres. Mais au premier vent chaud, on s'en va vers les cimes. D'un seul coup, toute la végétation sort de terre. On ne sait ni où com­mencer ni où s'arrêter. Les jeunes chevrettes se gavent régulièrement, on peut bien leur adresser tous les avertissements. Plus loin, on rencontre encore parfois un loup. Nous marchons toujours à quatre ou à cinq bien serrées et nous pointons nos cornes en avant, si bien que le bandit n'ose rien nous faire. Ah! Signor, il s'est passée jadis là-haut à Benozzio une scène délicieuse. Nous étions trois, moi, alors jeune chevrette, une de mes tantes et mon oncle. Nous ne l'appellions que Barbone, parce que sa barbe traînait jusqu'au sol. Lorsque nous sentîmes le loup, le vieux bouc nous fit signe de demeurer tranquilles et, quand le gaillard attaquerait d'observer la neutralité. Il voulait s'en tirer tout seul. Car il aurait une honte éternelle d'utiliser comme auxiliaires une honorable dame et un enfant. Le grand loup d'un gris de cendre arriva réellement. Toutes tremblantes nous regardions notre vaillant oncle baisser la tête et se jeter droit sur la gueule du bandit, le terrasser, l'encorner, reculer, se jeter de nouveau en avant, l'encorner encore, le larder de coups, si bien que le loup n'arrivait pas à reprendre haleine et s'enfuit précipitamment, dès la première pause que lui accorda Barbone. — C'était là-haut, sur le monte Benozzio, signor. On en parle encore aujourd'hui. Une histoire magnifique, n'est-ce pas ? Barbone aurait sa place dans les livres scolaires aussi bien que Garibaldi.

— Magnifique, en effet; mais, s'il vous plaît, n'y a-t-il pas d'eau par ici ? J'ai terriblement soif. — Ah! vous les hommes, povera gente ! — vous avez toujours faim ou soif. Sans doute êtes-vous tous malades de l'estomac. Ah! si vous aviez un estomac aussi solide qu'un estomac de chèvre; vous donneriez bien, je crois, la lecture, l'écriture et le calcul en échange. — Oh oui, je donnerais bien tout cela, ma soeur, si je pouvais avoir à présent une gorgée d'eau. — Patience, dans un quart d'heure, nous serons à la rivola Mazza; c'est une goutte, sais-tu, qui suffira pour nous deux. — Merci, merci! cela me fait plaisir. Mais continue ton récit. J'en oublierai ma soif. Qu'as-tu encore comme amis, ici ? — Hum! il y a encore des marmottes, des porcelets, des moutons, des lièvres et des renards. — Parle-moi d'eux, signora. — Nous nous entendons bien avec les marmottes. Seulement, elles sont trop craintives et ne se fient à personne qui les approche de trois pas. Elles n'ont plus aucun savoir-vivre et nous ne pourrions réellement pas courir le risque de les introduire dans la bonne société. C'est dommage, car ce sont de braves petites bêtes.

— Et les moutons, signora ? — Ce sont naturellement nos plus proches cousins. Mais ces moutons, per bacco, que vous chantez comme d'innocents et patients agneaux, merci bien, ce sont aussi nos plus grands rivaux. Et idiots comme la polenta. Ils veulent toujours être mieux que nous et leur dernière prétention est cette maxime : le rôti de mouton est meilleur que le rôti de chèvre. — Ils n'ont aucun sentiment de l'honneur. Qu'est-ce qui parle de son propre rôti ? En ce qui concerne les lièvres, ce sont d'aimables fous, mais de vrais fous. Nous avons beau les avertir : restez chez vous, il y a un fusil en route. — Dès qu'ils sentent le chou ou la betterave, ils accourrent. Mais qu'au milieu de leur festin tombe une feuille sur le sol, ils pâlissent et demeurent paralysés, comme s'ils avaient déjà une livre de plombs dans le dos. Tu vois, ami aux longues oreilles, ce n'était qu'une feuille d'olivier. Mais cela aurait pu aussi bien être une balle. —Ah! soupire le lièvre. Nous sommes ainsi faits. Pleins de vie et de frayeur mortelle à la fois. Mais ce n'était qu'une feuille d'olivier. Continuons donc de manger. — Et de fait, il dévore à la fois plus de chou, de salade et d'épinard que nous deux ensemble. Voilà le lièvre. — Tu es extraordinairement amusante, signora, dis-je soulagé, tes récits sont presque aussi savoureux que ceux de Bocace. Et on remarque immédiatement que tu sais observer. Continue, je te prie, et les renards, qu'est-ce que tu en dis ? — Puis, nous ne voulons rien avoir à faire avec ces animaux. Ils sont plus faux que des chats. Mais nous avons notre règlement. Nous prenons du renard exacte­ment le contraire de ce qu'il nous dit. Il s'en aperçoit et change. Alors le lendemain, nous croyons le contraire du contraire. Et après-demain, le contraire du contraire du contraire.

— Mazette, signora, vous êtes de grandes philosophes. —Pas de danger, signor. Mais on ne peut pas toujours faire des cabrioles. Il y a aussi des temps difficiles. On est content du moindre chardon. On se couche dans les pierres et on rumine. Alors, on se met à réfléchir sur toutes sortes de choses. On étudie et on philosophe sur ce qu'est, par exemple au fond et en réalité, la faim. Est-ce quelque chose de réel et de positif ou quelque chose de négatif ou même rien du tout ? — Et qu'est-ce que avoir sa suffisance ? Et pourquoi ce changement perpétuel, assez — faim — assez — faim ? Et où finit un enchaînement logique : dans la faim ou dans la satiété ? Pellegrino, j'ai déjà philosophé sur ce sujet bien des après-midi entiers sur le monte Benozzio. — J'ai entendu dire que vos philosophes... c'est-à-dire ceux qui ont l'esprit clair... croient à un ciel pour les animaux. Corpo di bacco, y arriverons-nous, nous avec nos cornes ? L'oncle Barbone y est-il déjà. Attenzione! si ce bouc y est entré et si vous autres hommes y entrez malgré vos guerres, vos mensonges, alors nous irons aussi, nous autres chèvres, tout au moins dans le ciel des animaux. Qu'en dis-tu, signor ? Je pense tout bas : non, c'est une folie. Mais je dis tout haut : — En tout cas, il pourrait bien y avoir un ciel pour les chèvres.

— Zitto, zitto, signore, je vois que tu n'y crois pas. Alors ne dis pas de mensonge! — Caprina! fis-je pour l'apaiser. — C'est bien là les hommes. Sur la terre tout le monde doit vous servir et vous plaire. Et vous voulez aussi avoir le ciel pour vous tout seul. Ce n'est pas chevaleresque. Quel mal nous avons-vous fait ? — Caprinellina! Je serai vraiment très content de te rencontrer quelque part dans le ciel ou au moins dans le vestibule du ciel, ainsi que ton brave oncle Barbone et ta tante et.... — Basta, signore, basta! Mais il y a encore autre chose. Parfois, quand je trottine à travers nos rues, au moment de Pâques, alors une odeur me vient au nez. Chose abominable! vous autres hommes avez encore commis un meurtre. Non contents de vous tuer les uns les autres, vous assassinez encore des innocents. Vous parlez du fumet d'un rôti. Pour moi, c'est une infection et un crime. Je me précipite dans la montagne et je grimpe jusqu'à ce que je sois tout en haut dans les rochers. Alors, je me remets à philosopher. Je pense au couteau. Tu vois comme je tremble. Il se prépare aussi pour moi — oui, oui, je le sais bien. Mais pourquoi ? pourquoi ? Quel mal vous avons-nous fait, pour que vous nous traitiez ainsi ? Nous avons donné du lait et des petits. Ne pouvez-vous pas attendre, jusqu'à ce que nous mourrions de notre belle mort ? Alors dépouillez-nous de notre peau et de nos cornes, soit. Mais pourquoi nous tuer, à la fleur de l'âge ? Sachez-le bien, lorsque je remarquerai qu'il y va de ma vie, alors je me précipiterai à bas d'un rocher ou dans un torrent. Je veux mourir convenablement. »

La jolie bête qui trottinait si légère à ma gauche me jeta un regard de reproche infini ? Je voulus la consoler. Mais comment ? Que de fois ai-je moi-même mangé du rôti de chèvre et comme je l'aime bien! même à présent, à cette minute même. « Caprina, dis-je en caressant son échine rugueuse, il nous faut tous suivre un jour le chemin de toute chair... — Taisez-vous, signor, maintenant vous manquez de tact. C'est encore un lieu commun, comme on en trouve chez vous à vingt pour un sol. — Mais, écoutez, la rivola Mazza — de l'eau — viens vite. » Nous bûmes tous les deux au mince filet d'eau qui coulait d'une pierre calcaire et nous en oubliâmes la mort et la philosophie. Puis nous reprîmes notre route tous les deux. Telles sont les chèvres des Apennins, un petit peuple plein de malice et de sérieux, de racontars et de philosophie, pareillement grand par l'intelligence et le coeur. Le soir, je ne trouvai dans le village de montagne d'Osterur, aucune auberge; je me rendis chez le curé et lui demandai s'il pouvait me donner un peu de soupe et de vin et ensuite un matelas pour me coucher.

Alors mon hôte me dit : « Vuole capra ? Voulez-vous du rôti de chèvre ? — Chut! chut! fis-je rapidement, pas si fort... là en bas, et je montrai dans le jardin sauvage les quelques chèvres qui y broûtaient. Il me semblait qu'elles pouvaient entendre. Ensuite... être inhumain... je mangeai de la chèvre. La chair était très bonne. Mais ma conscience était très mauvaise. A chaque morceau, j'entendais cette douce plainte : « Signore, quel mal t'ai-je fait ? »