Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
Les Prêtres- la vie au quotidien
Titre de la page:

La présidence

Nom de l'auteur:
Mgr Georgres Gilson Évêque du Mans

La présidence

III- Lecture d'un agenda

LE CHRIST, LUMIÈRE...

Si ce n'était pas indiscret, je vous conseillerais d'avoir l'audace de regarder l'agenda de votre curé ou d'un ami prêtre... Le prêtre est un homme pris par le temps, mieux, par les gens. Il a aujourd'hui une existence dispersée. Un « homme mangé ». Je rappelle souvent aux chrétiens qui le sollicitent que, par obligation personnelle et professionnelle, le prêtre, comme l'évêque, doit se réserver deux heures par jour pour son rendez-vous avec Dieu. La méditation des Ecritures, l'oraison personnelle, la prière liturgique, la eucharistique, la préparation de 1 homélie dominicale, etc., sont autant de moments n écessaires.

La vie quotidienne se déroule selon un rythme quaternaire. Il « roule à quatre temps » ! Il est a u service d'une communauté chrétienne. Il donne de son temps pour la mission d'évangélisation et du dialogue avec les incroyants. Il prend obligatoirement des moments de vacances, de repos, et de rencontres familiales. Enfin, il vit en presbyterium, entre prêtres, nous l'avons dit précédemment. Vie éparpillée trop souvent comme un puzzle. L'unité se fait dans la rencontre avec son Maître et Seigneur. Son secret, c'est d'avoir été saisi par le Christ (cf. Ph 3,7-14).

Pour parler des pôles essentiels de la vie du prêtre, pour évoquer les diverses dimensions de sa mission, il pourrait être tentant de partir d'une approche fonctionnaliste ou utilitariste du ministère lui-même. Au début des années soixante-dix, un livre d'Hans Küng au titre significatif se situait dans cette perspective : Prêtres pour quoi faire?1 Or, une telle approche ne me semble pas exacte. S'il constitue un service offert à la communauté pour sa croissance spirituelle, le ministère presbytéral ne se définit pas par un ensemble de tâches. Il n'appartient pas d'abord à l'ordre du « faire » et ne représente pas une simple réponse à des besoins. En revanche, il s'inscrit davantage dans une dynamique sacramentelle ; il est de l'ordre de la signification. J'ose écrire que le ministère presbytéral est au service du « miracle » de Dieu. Il manifeste l'invisible.

Le miracle n'est pas d'abord un événement extraordinaire qui déroute la conscience personnelle, il est un signe qui ouvre une route nouvelle, celle de Dieu. L'apôtre saint Jean, dans son évangile, exprime cette ligne de pensée. Tout geste du Seigneur est miracle », signe, appel, libération. Lui, le Christ, est le chemin, la vérité et la vie (cf. Jn 14,6). L'évangéliste conclut son message, par ces mots : « Jésus a accompli en présence des disciples encore bien d'autres signes, qui ne sont pas relatés dans ce livre. Ceux-là l'ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom » (Jn 20,30-31).

Toute la mission de l'Église est résumée en ces quelques lignes johanniques. En ce sens, l'Église est depuis vingt siècles un « miracle permanent »... et souvent une « cour des miracles » ! Le concile Vatican II en expose la théologie : « Le Christ est la lumière des peuples : réuni dans l'Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes créatures la bonne nouvelle de l'Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l'Église (cf. Mc 16,15). L'Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain, elle se propose de préciser davantage, pour ses fidèles et pour le monde entier, en se rattachant à l'enseignement des précédents conciles, sa propre nature et sa mission universelle. A ce devoir qui est celui de l'Église, les conditions présentes ajoutent une nouvelle urgence : il faut en effet que tous les hommes, désormais plus étroitement unis entre eux par les liens sociaux, techniques, culturels, réalisent leurpleine unité dans le Christ »(Lumen Gentium no 11)

Le prêtre s'inscrit nécessairement dans ce message. Il signifie la présence actuelle du Christ-tête de l'Église. Il montre le chemin qu'est le Ressuscité. E n lien existentiel avec l'épiscopat, il rappelle à l'ensemble de l'Église qu'elle ne se rassemble pas par sa volonté propre mais en réponse à l'appel du Seigneur.

Cette dimension sacramentelle apparaît d'ailleur s tout à fait clairement exprimée dans la Constitution conciliaire Lumen Gentium dont je viens de citer le magnifique prologue. Et lorsqu'elle évoque la place des prêtres et leurs fonctions, le texte ajoute « par la vertu du sacrement de l'ordre, à l'image du Christ prêtre suprême et éternel, les prêtres sont consacrés pour prêcher l'Évangile, pour être les pasteurs des fidèles et pour célébrer le culte divin en vrais prêtres du Nouveau Testament 2 ». Les trois fonctions (prophétique, sacerdotale et pastorale) ne prennent leur sens qu'en relation avec le Christ prophète, prêtre et pasteur, ce dont est informé et investi tout le Peuple de Dieu. Une fois rappelée cette dimension sacramentelle, il devient possible d'aborder les trois pôles de la vie des prêtres que sont la présidence des communautés, l'annonce de la parole et la célébration du Seigneur


IL IMPORTE QUE LE PRÊTRE PRÉSIDE

Les anciens qui ont été ordonnés prêtres avant le Concile se souviennent de ce rappel énoncé par l'évêque qui a fait d'eux des prêtres de Jésus-Christ . Il importe que le prêtre préside. C'est son premier service. Il me semble qu'il nous faut valoriser davantage cette première fonction du ministère. Non dans le sens d'un gouvernement autoritaire, mais d'un service des baptisés, au nom du Christ qui porte attention à chacun. Car si l'autorité se fonde sur le Christ-Tête, « chef » de l'Église, elle doit s'exercer sans volonté de puissance aucune, mais pour promouvoir la communion ecclésiale. A sa manière, le prêtre est sans doute le plus à même d'être le grand témoin, le rappel de l'exigence de solidarité et de c ommunion. Et cette réalité de l'amour, de la proximité fraternelle entre les chrétiens, n'est pas une formule creuse : le « Voyez comme ils s'aiment » (cf. Ac 3,42 ; 4,32), n'est-ce pas le meilleur témoignage de notre foi ?

Il me semble qu'il faut donc reconnaître au prêtre la joie de servir les communautés, la joie de convoquer pour l'écoute de la Parole et la célébration de l'Eucharistie, ce Peuple de Dieu dispersé parmi les hommes de son temps. En la matière, il n'est pas bon d'être timoré ! Car celui qui est appelé à présider la communauté n'a rien du président potiche de la IVe République, qui se bornait à inaugurer les chrysanthèmes : il lui revient vraiment de convoquer les chrétiens pour l'expression liturgique et l'écoute de la Parole , tout en « tirant » la communauté pour la « pousser » vers la mission et vivre le témoignage dans le monde. Ite missa est !

Bien sûr, il n'est pas le président-directeur général d'une entreprise, ni le censeur qui va donner le nihil obstat à la lecture des oeuvres des uns et des autres...

Mais il se voit chargé d'authentifier la démarche de foi au sein de la communauté, en exerçant son autorité comme un service. A l'image du pasteur do nt Parle l'Évangile, qui se distingue du mercenaire intéresse , il rassemble le troupeau. Il se préoccupe des brebis éloignées (Jn 10). Il donne sa vie Pour le brebis (He 13,20). Je crois que si nous voulons redonner vigueur... restructurer la vie des prêtres aujourd'hui, il faut dire aux prêtres, sans complexe « N'ayez pas peur d'être "curés", d'avoir charie d'âmes, de présider les communautés dont vous ave z la charge ». Pour ma part, je ne me prive p as d'exprimer cette conviction. Ce qui rejoint d'ailleurs les formulations du code de droit canonique sur le sujet (cf. DC 771, 1001, 515, etc.).

Le service de la présidence est une tâche difficile en elle-même. Il demande ascèse et dévouement, humilité et courage. Car, aujourd'hui, il ne peut s'exercer d'une manière solitaire et purement hiérarchique. Il appelle un savoir-faire démocratique. Certes, l'Église n'est pas une démocratie. Car elle est une fraternité. C'est mieux. C'est aussi plus exigeant pour tous. Et d'abord pour le pasteur. Il doit « veiller à... ». A vrai dire, il participe au ministère de « l'épiscopè » de son évêque. Mieux que de la surveillance, c'est de la bienveillance qu'il s'agit. Le pasteur doit veiller à ce que le dernier, le pauvre, le petit, l'absent, le laissé pour compte soient, d'une manière ou d'une autre, présents et puissent prendre la parole, participer aux interpellations, proposer leurs choix. Le pasteur doit veiller à ce que chacun puisse donner le meilleur de lui-même et confier à la communauté ce que « l'Esprit lui fait dire à l'Église ». Le pasteur doit veiller à mener le chemin et à entraîner l'assemblée vers un consensus qui est grâce de Dieu et obéissance à ses commandements. Le pasteur doit veiller à ce que l'Évangile soit toujours le livre ouvert sur la table de la rencontre. Il doit veiller à ce qu e ses propres pensées et projets soient ouverts à tous... mais que tous puissent les entendre, les comprendre, les critiquer, les transformer en vue du bien commun. I l doit veiller à l'unité de la foi et à la communion dans la charité. Il doit conduire... et respecter les orientations prises. Il doit conduire... et être pédagogue.

C'est une rude tâche. Elle ne demande pas des qualités exceptionnelles. Mais il faut tout de même e n avoir quelques-unes. Il revient à ceux qui forment des futurs prêtres de s'en préoccuper. Cette mission pastorale s'apprend. Elle demande beaucoup de renoncement et une réelle maîtrise de son affectivité et de sa sensibilité. Elle demande de la patience, et de l'impatience. Par passion de l'Évangile et par amour de celles et de ceux que l'on veut servir. Le prêtre, ici, n'est plus un artisan solitaire qui laboure son champ ; il n'est pas non plus un leader qui lance à la cantonade « Qui m'aime, me suive. » Le prêtre ne dirige pas des agneaux bêlants ! Il est un pasteur d'hommes. Cela s'apprend. Les séminaristes doivent se former pour cela. Les prêtres aussi. Les évêques aussi.


LA PAROISSE NOUVELLE

Il est certain que, dans notre pays, toute la génération de prêtres à laquelle j'appartiens a été littéralement tirée hors de la paroisse. Pour être réellement missionnaire, il fallait « sortir de la boutique » comme on disait alors, et ainsi rejoindre les masses déchristianisées. Et rien ne symbolisait mieux la « boutique Église » que la paroisse, lieu d'une religiosité populaire qu'il fallait proscrire ou purifier, résidu d'un christianisme rural en voie d'extinction. La paroisse n'était plus un espace structurant pour la vie presbytérale. Mais, en même temps, il fallait bien continuer de la prendre en charge, d'être présent dans les presbytères pour accueillir les personnes avec leurs demandes et leurs besoins religieux, célébrer les mariages et assurer les sépultures, faire le catéchisme et s'occupe r des jeunes... Et, tout en invitant l'Église à se livrer à la mission, tout en tenant ferme sur les orientations de l'Action catholique, les évêques continuaient pourtant à nommer les prêtres curés ou vicaires de paroisses, dans une très large mesure ! Il est bon sans doute de reconnaître à. présent que nous avons vécu alors dans une sorte de contradiction interne. On insistait sur la mission, on éveillait la volonté de présence au monde et on avait raison mais l'on demeurait en même temps dans les paroisses pour assurer « le courant » de la vie religieuse du grand nombre des Français.

Devant le regain d'intérêt actuel pour la paroisse, devant cette urgence de revaloriser la dimension de présidence, certains craignent le retour d'une sorte de pouvoir clérical. Toute une génération de prêtres, formés par la spiritualité missionnaire, estime là qu'on revient à un modèle classique, voire anteconciliaire , qui serait conforté selon eux par la mentalité plus traditionnelle de certains jeunes prêtres. S'ils ont raison de rappeler l'importance de la dimension missionnaire, s'il n'est pas question de revenir au schéma du curé « sous-préfet de l'évêque » ou « pape dans son église », il me semble que cette crainte n'est pas vraiment justifiée.

Il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu'en trente ans les paroisses, les communautés chrétiennes, ont beaucoup changé. Nous avons assisté en leur sein à une véritable accession des laïcs aux responsabilités pastorales. Humblement mais effectivement. Dans les services catéchétiques, liturgiques ou caritatifs, les aumôneries et les mouvements, les baptisés ont pris leur part de la mission de l'Église. Peu à peu, ils ont intériorisé et mis en oeuvre ce renversement copernicien qu'a opéré Vatican II, en insistant sur la dignité de la vocation baptismale et en replaçant à leur bonne place les divers ministères au service du peuple de Dieu tout entier. J'en veux pour preuve les travaux du synode du Mans ou ceux effectués par le conseil diocésain de pastorale. Je suis admiratif de voir tous les laïcs travailler sur des sujets qui, au premier abord, leur sont étrangers et s'investir dans des élaborations d'orientations diocésaines. La grande expérience du synode a été justement de leur donner la parole, dans une instance où ces laïcs étaient majoritaires en voix. Nous vivons là une réalité d'Église tout à fait inédite. C'est heureux !

Il ne serait pas honnête cependant de cacher que cette mutation s'est accomplie avec difficulté. Ainsi que je l'annonçais déjà plus haut, la promotion du laïcat, toute positive qu'elle soit, a contribué aussi à troubler dans l'opinion l'image du prêtre diocésain, peut-être à déstabiliser les prêtres eux-mêmes. Dans la société, les prêtres ont connu une perte sensible de leur statut. Et corrélativement, dans l'Église, ils ont dû se départir d'un certain nombre de tâches qui leur étaient traditionnellement dévolues ; ils ont voulu partager le souci pastoral avec d'autres. Eux aussi ont vécu une sorte de renversement, qui a parfois bouleverse' leur être sacerdotal lui-même. Un tel sentiment de souffrance ou de dépossession, qui a atteint le corps presbytéral comme être collectif ressortait d'ailleurs tout à fait clairement de l'enquêt publiée voici quelques années sous le titre Les vol ets du presbytère sont ouverts 3. Cette dépossession beaucoup l'ont vécue et la vivent encore dans la f o i et la disponibilité, comme une expérience spirituelle et une offrande généreuse. Plusieurs ont voulu et même désiré ce changement ; leur vie sacerdotale s'est épanouie grâce à des laïcs qui dans l'Église ont pris leur vraie place. Ce qui ne veut pas dire pour autant que cette nouvelle manière d'exercer le ministère se soit révélée facile pour tous. Mais, pour ma part, je suis témoin de cette conversion. Aujourd'hui, le passage est accompli. Les statuts des EAP (équipes d'animation pastorale paroissiales) en témoignent.


ÉQUIPE D'ANIMATON PASTORALE

« Ainsi, au nom de leur baptême, de leur confirmation, de leur participation à l'Eucharistie, quelques- uns (parmi les chrétiens) sont appelés pour un temps à coopérer à la charge pastorale du curé au sein de ces équipes d'animation pastorale. Ils y sont appelés en tant que laïcs insérés dans des réalités quotidiennes. C'est par cette qualité de présence que toute la dimension humaine est prise en compte dans la réflexion et les orientations de l'EAP. Jusqu'alors , le curé portait souvent seul la charge pastorale de la paroisse. Aujourd'hui, une communauté qui se veut fidèle à l'esprit du Concile voit donc quelques-uns de ses membres coopérer à cette charge pastorale du curé sur le territoire dont il a la responsabilité 4 . »


DES LAÏCS À PART ENTIÈRE

Si le curé préside la communauté chrétienne, c'est l'éq uipe tout entière qui l'anime et lui assure tous les services et compétences dont elle a besoin. Inévitablement, la prise de responsabilité des baptisés confirmés dans l'Église invite à vivre autrement le ministère de prêtre et à retrouver sa spécificité propre. Valoriser le laïcat ne doit pas conduire à dévaloriser l'originalité du prêtre diocésain. D'autant qu'actuel­lement, le laïcat n'échappe pas à une tension qui est sans doute nouvelle pour lui.

D'une part, comme l'ont souligné au cours du synode diocésain nombre de laïcs militants ou de prêtres, les laïcs ne sont pas faits d'emblée pour s'engager totalement dans la paroisse, ils sont appelés à travailler au coeur du monde, dans la société. Une affirmation que le pape Jean-Paul II a réitérée d'ailleurs vigoureusement dans sa lettre apostolique Christi fideles sur la vocation des fidèles laïcs, rédigée à la suite du synode romain de 1987. Il insiste justement sur l'engagement dans la cités.

Mais, d'autre part, par le fait de la diminution du nombre de prêtres, des nouvelles responsabilités prises par les baptisés ou de la manière différente de vivre le ministère, ces laïcs se voient conduits à s'engager davantage dans les paroisses. Il nous faut prendre bien garde à nos affirmations de principe ou à nos généralités ! Comment peut-on demander à un curé de campagne chargé de dix communes dans sa Paroisse nouvelle et de huit mille habitants, et qui s'échine à trouver des catéchistes pour une centaine d'enfants de dire à ces mêmes catéchistes qu'elles n'ont pas à rester « dans la boutique » et qu'elles doivent plutôt être syndicalistes ou devenir conseillères municipales. On se trouve là devant un illogisme pastoral et un manque de réalisme profond sur lesquels, à mon sens, notre Église n'a pas assez réfléchi. D'où la nécessité pour le laïcat de retrouver un équilibre nouveau entre engagement dans le monde et responsabilités dans l'Église, tout en comprenant aussi que nombre de tâches ecclésiales ont une dimension missionnaire, comme la catéchèse ou l'animation d'une aumônerie scolaire, ou plus encore la préparation à la célébration des sacrements et des sépultures. Faire vivre l'Église dans une paroisse nouvelle, c'est un engagement missionnaire.

En retrouvant l'enracinement théologal du prêtre, qui convoque la communauté parce qu'il la préside à la place du Christ, qui ordonne la communauté autour de l'Eucharistie célébrée ensemble, les chrétiens comprendront davantage que cette fonction de présidence n'est pas de l'ordre du pouvoir imposé. Le prêtre ne préside pas parce qu'il sait tout ou parce qu'il se montre plus compétent que les autres ; il n'a rien d'un organisateur omnipotent. Il vit au milieu de ses frères, il est donné à l'Église pour être « celui qui sert », comme dit l'Évangile (Mt 20,24-28). Cela implique tout un mode de relation aux hommes et aux femmes qu'il rencontre, un état de vie qui engage aux femmes dans sa totalité et une qualité de vie relationnelle. Président de la communauté, président de l 'équipe d'animation pastorale, le prêtre n'est pas seulement le modérateur qui dirige les débats 6 : il doit exercer un rôle d'animation spirituelle, de coordination pastorale. Il est apôtre. Il bouscule. Il est initiateur. Il est fondateur. Caritas urget nos (2 Co5,14).

L'autre manière de revaloriser cette dimension de présidence est liée aussi à la visibilité de la commu­ nauté elle-même. Et cette communauté doit avoir une cohérence territoriale et humaine ! Elle n'est pas une simple association telle que l'entend la loi de 1901, avec une personnalité juridique souvent fictive ! Lors du synode, nous avons beaucoup insisté sur ces caractères pour redéfinir les paroisses nouvelles. Nous avons en particulier retenu trois critères. Pour constituer une communauté, il nous a semblé d'abord indispensable que la paroisse regroupe sur le terrain au moins une cinquantaine de foyers, de familles, qui acceptent de vivre l'Évangile ensemble, de s'en nourrir et d'en témoigner. Ensuite, que le diocèse puisse donner un prêtre à cette communauté ; il ne doit pas y avoir de communauté sans un vrai pasteur. Et enfin, que cette communauté soit en mesure d'assumer ce que j'appelle le « christianisme populaire », la demande religieuse du tout venant autour des grands moments de l'existence humaine : baptêmes, mariages et sépultures... Tout ceci implique, bien sûr, que prêtre, diacre et laïcs puissent collaborer, travailler ensemble. Cela suppose des qualités de relation éprouvées de la part du prêtre et du diacre, il ne fau t pas se le cacher. Et parfois, si certains prêtres o nt des capacités réelles de leader ou de fondateurs de communautés, ils ne se révèlent pas nécessairement capable de prendre part à un travail en coresponsabilité. La prise en charge d'une communauté appelle donc à un véritable apprentissage de la communion et du soutien des laïcs qui se sont formés et engagés pour le service de l'Évangile.

La communauté doit aussi retrouver davantage une visibilité sociale. La communauté d'Église ne peut se fondre dans le moule des associations déjà existantes, à la manière d'un club de boulistes ou d'une société philanthropique. Elle dispose, en effet, d'une stabilité originale, d'une longue tradition, d'une cohésion propre qui se trouve engagée dans la vie sociale ; elle doit pouvoir négocier avec les autres instances de la collectivité et être représentée. La remise en valeur du rôle de la présidence est fortement liée à cette visibilité communautaire.

Références

1. Hans KUNG, Prêtres pour quoi faire?, Le Cerf, 19 71.

2. Constitution dogmatique Lumen Gentium n° 28

3. G. BESSIÈRE; J. PIQUET; J. POTEL; H. VULLIEZ, L es volets du presbytère sont ouverts, Desclée de Brouwer, 1 985 '

4 • Synode diocésain du Mans : statuts des EAP, préambule. Église du Mans, n ° 3, février 1990.

5. Exhortation apostolique Christi fidelis la ci, Jean-Paul II, Publiée le 30 décembre 1988. Cf. n"s 26 et 27, nc's 15 et 36-37.

6. Modérateur, ce qui ne veut pas dire qu'il doit toujours assumer les fonctions d'animateur de groupe ou diriger la réunion. Confier cette tâche à un membre de l'équipe est souvent Préférable.