Conclusion hommes institués par l'Esprit |
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Une reconnaissance statutaire |
TENIR DEBOUT |
Par respect pour son identité et pour conforter sa place de président de communauté, le prêtre ne peut se passer d'une forme de reconnaissance statutaire. Avec un ensemble de droits et de devoirs, de libertés et de solidarités. Non pour enfermer sa personne et son ministère dans un carcan juridique, mais pour mieux lui permettre d'assurer son service de pasteur auprès des chrétiens 1. En dessinant un l'intérêt cadre plus précis, le statut offre au ministère une visibilité meilleure et redonne une stabilité indispensable, dans une société secouée par une mutation permanente et une Église encore traversée par les changements et le renouvellement conciliaire.
Il paraît d'abord difficile de proposer l'exigence statutaire sans rappeler que nous vivons dans un monde où les situations de chacun se transforment à une rapidité vertigineuse. A travers cette « instabilité permanente » de nos sociétés 2, nous touchons là l'un des traits majeurs de ce que philosophes et sociologues appellent la modernité. Peu ou prou, chacun éprouve dans son propre statut les changements qui caractérisent toute la vie sociale. Le fait démocratique, l'émergence de l'autonomie individuelle, l'absence d'instance de régulation des comportements plongent nos contemporains dans une sorte de mouvement perpétuel. Et ce mouvement se voit renforcé, stimulé par l'extraordinaire poussée du progrès technique, la concurrence économique internationale, la confrontation avec des pays étrangers parfois plus jeunes ou compétitifs.
Même la famille, dont on aurait pu croire qu'elle constituerait un lieu effectif de stabilité, n'a pu résister à cette vague de mobilité. Elle se voit elle aussi mise à l'épreuve des idéaux modernes d'égalité et d'individualisme 3 et connaît des changements inédits de son statut juridique, un véritable éclatement : songeons qu'un tiers de la population des générations nouvelles se refuse à s'insérer dans le contrat de mariage, que les divorces sont monnaie courante ! La famille subit aussi les effets du progrès scientifique, comme le montrent aujourd'hui toutes ces nouvelles techniques de procréation assistée, qui viennent transformer pour certains les relations de paternité ou de maternité. Elle est également concernée par les nécessités économiques : lorsqu'on dit à des jeunes qu'ils doivent se préparer à changer trois ou quatre fois de métier au cours de leur existence, cela ne peut pas ne pas avoir de répercussions sur les choix personnels à faire, sur l'avenir d'une vie familiale.
Il faut redéfinir le statut du prêtre diocésain dans tout ce contexte de mobilité, rechercher comment est possible une forme minimale d'enracinement pour ce dernier.
Ensuite, il ne faut pas oublier combien l'Église elle- même a connu une évolution à la suite de Vatican II. Le concile de Trente avait su tout à la fois imposer une reconnaissance statutaire au prêtre diocésain, faire de lui un notable, et lui fournir une mystique propre, dont l'École française a constitué la plus belle illustration. Lorsqu'on était curé de campagne durant cinquante ans dans le même village, la stabilité, excessive sans doute, allait de soi. Aujourd'hui, même si le prêtre était un homme marié avec une famille, avec un métier précis et des responsabilités politiques, comme le revendiquaient des militants du mouvement Échange et dialogue dans les années soixante-dix, il ne résisterait pas forcément mieux à la tempête sociale que nous venons d'évoquer ! Et l'Église a beaucoup Ch ange, avec les enseignements du Concile, l'engagement du laïcat, le choc de la sécularisation, le nouveau visage des communautés, les appels nouveaux de la mission.
Or les prêtres ont besoin d'une forme de stabilité ; cela ne signifie pas bien sûr un refus de vivre l'Évangile ou une volonté de se sécuriser à bon compte ! On ne mène pas constamment sa vie humaine sans un certain nombre d'ancrages et d'arrimages qui font qu'on tient debout. Pour vivre et annoncer l'Évangile à temps et à contretemps, pour ne pas être « ballottés à tous vents de doctrine », comme dit saint Paul, il faut que les prêtres soient vraiment des hommes debout !
Et l'exigence n'est pas inconciliable avec l'audace apostolique. On peut tout à fait imaginer le paradoxe vivant d'une certaine stabilité dans la mobilité. Au Moyen Age, les grands ordres mendiants ont su vivre dans une tension originale. Le cadre assez rigide d'une communauté religieuse avec ces liens d'obéissance et de fraternité offrait un support solide, un tremplin pour le travail d'évangélisation. Pour prêcher, pour mendier, pour s'en aller sans crainte sur les routes d'Europe et ainsi participer à la mobilité de leur temps, les dominicains ou les franciscains des premières heures s'ancraient ainsi sur une assise forte.
Aujourd'hui les temps sont autres.
Les éléments de réflexion que nous venons de proposer dans ce livre veulent attirer l'attention sur des lieux et des temps essentiels à toute vie presby térale « dans le siècle ». Toute vie sacerdotale est liée à l'histoire de l'Église ; l'on est toujours fils de quelqu'un. Cependant elle doit se recentrer sur quelques missions propres et fondamentales et demande le respect inaliénable de certaines conditions d' existence. Tout cela définit un statut.
Si nous voulons décrire le statut des prêtres, il couvient de le rapporter à trois dimensions fondatrices, trois points d'ancrage. La dimension mystique qui se traduit par le lien d'incardination. La dimension fonctionnelle, ou pour parler plus justement ministérielle, qui évoque le service rendu en Église. La dimension sociale, qui prend en compte la reconnaissance du prêtre par l'ensemble de ses contemporains. Aucun de ces points n'est accessoire. Cependant, il en est un dernier ; mais il n'est pas un point d'ancrage ; c'est un « point d'eau », mieux une source : la Foi selon les Apôtres (cf. 2 Tim 4,1-8 ; Jn 4,1-30 ; Mt 17,1-9).
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L'INCARDINATION, UN LIEN MYSTIQUE
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Un prêtre séculier est ordonné pour le service d'une église particulière, bien déterminée ; l'incardination fonde véritablement en grande partie l'identité et le statut du pasteur diocésain. Or il me semble qu'actuellement, on observe encore une carence dans la réflexion comme dans la vie concrète des prêtres et des évêques sur cette dimension spirituelle de l'incardination 4. Le mouvement des synodes diocé sains actuellement en cours peut, il est vrai, renverser un peu cette tendance. Personnellement, je crois que l'incardination institue un lien étroit entre l'incarnation et la manifestation de la présence vivante du Christ par le ministère et la vie des prêtres.
Incarnation, car le prêtre est d'abord issu d'une terre particulière et va s'enraciner pour la vie dans une église locale, le diocèse. Même s'il n'est pas forcément originaire de ce lieu-là, même s'il peut venir d'ailleurs, il reste que va s'établir un lien profond, étroit et durable avec le peuple qu'il va servir. Une certaine connivence existe entre le fait d'être originaire d'un terroir, d'un groupe ou d'un milieu, et le fait de s'y engager comme prêtre diocésain.
En même temps, nous percevons combien cette première dimension écarte un danger. On pourrait, en effet, croire qu'il suffirait d'ordonner des prêtres issus du monde ouvrier pour le service des ouvriers, des prêtres du monde rural pour les campagnes... Or une telle problématique risquerait de réduire le ministère presbytéral au seul service d'une communauté ou d'une mission déterminée. Je me refuse à ordonner un prêtre dans son lieu d'origine, qui souhaiterait se mettre à la disposition de son village. Car si le prêtre se trouve effectivement envoyé en mission dans telle paroisse, tel endroit, tel milieu, il est d'abord ordonné pour être signe du Christ dans une Église universelle faite d'une communion étroite d'églises particulières. « N'importe quel ministère sacerdotalparticipe aux dimensions universelles de la mission confiée par le Christ aux apôtres... Les prêtres se souviendront qu'ils doivent avoir au coeur le souci de toutes les Églises 5. »
Les prêtres ne peuvent donc se voir définis en fonction de besoins pastoraux ou d'une mission déterminée. D'où cette seconde dimension : les prêtres sont « institués par l'esprit » et sont envoyés au nom du Christ pour signifier et attester la radicalité et l'altérité de son message. Les prêtres ne sont pas les produits de la communauté, les serviteurs que celle-ci va se donner pour répondre à des besoins précis ou effectuer certaines tâches. En revanche, ils sont donnés aux chrétiens par l'Église pour leur rappeler que c'est d'abord le Christ qui convoque le peuple de Dieu. Chrétien avec eux, il est prêtre pour eux, pour reprendre la formule de saint Augustin 6, il se trouve lié à un peuple qui a un visage particulier. On perçoit là une résolution très forte d'engager sa personnalité et sa foi au service d'un peuple par une alliance. Regardant un prêtre séculier, les gens d'un diocèse doivent se dire entre eux : « Il nous est donné, il ne nous abandonnera pas. » Ce lien d'essence mystique n'est d'ailleurs pas sans nourrir une analogie avec le mystère de l'incarnation du Seigneur : le Christ lui aussi avait des racines culturelles, humaines, familiales, qui s'ancraient dans la tradition juive. Il ne provenait pas d'un ailleurs mythique.
Il n'y a pas de prêtre abstrait : tout pasteur a des racines propres, avec une culture, une langue et des manières de se situer dans l'existence. A travers son comportement et son enracinement particulier, il témoigne vraiment de la présence de l'Église universelle. Et ceci vaut également, de manière réciproque et complémentaire, pour les prêtres Fidei donum que nous recevons, comme celui qui vient d'arriver de Corée du Sud dans notre diocèse, ou ceux qui de chez nous sont envoyés pour servir des églises particulières, en Afrique ou en Amérique latine. Pour ma part, je ne sais pas ce que veut dire « le prêtre », perçu de manière intemporelle : je vois simplement autour de moi des hommes qui ont reçu la grâce du Seigneur pour être prêtre. Et c'est un peu leur manière de vivre le particulier, le spécifique d'un diocèse, qui leur permet d'être universels. Comme je l'ai dit plus haut cette dimension est importante pour distinguer les prêtres, des religieux de vie apostolique. Librement, le prêtre s'engage à demeurer dans le monde séculier pour permettre à un peuple de rencontrer le Christ en vérité ; il reçoit la grâce du Seigneur pour vivre cette mission concrète et localisée. Il est dommage que le Concile n'ait pas parlé de la dimension mystique de l'incardination 7.
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ENVOYÉ PAR L'ÉVÊQUE EN MISSION
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A la différence des religieux, les prêtres diocésains ne prononcent pas de voeux. En revanche, ils font une promesse d'obéissance entre les mains de l'évêque. Ils la prononcent pour le service de la mission selon l'Évangile. Ainsi se crée un lien original et personnel entre le prêtre et l'évêque, au sein du presbyterium diocésain. Et ce caractère constitue la deuxième source d'enracinement. Par la lettre de mission qui les envoie comme pasteur dans un lieu ou un secteur donné, ils accueillent cet envoi pour accomplir le ministère reçu par l'ordination.
La sécurité du prêtre séculier s'inscrit dans ce droit reconnu par le Code de droit canonique à recevo!r mais de son évêque, non pas seulement la subsistance, d'abord une mission déterminée. Tout prêtre a droit à recevoir un ministère, une tâche, une charge. Si, par impossible, un prêtre venait me trouver pour demander une fonction ou une nomination pastorale, je ne pourrais pas lui répondre : « Notre ministère est au fond une profession libérale, installez-vous où vous le souhaitez ! » ; je ne pourrais pas lui dire non plus : « Voici la spiritualité de saint Benoît ou de saint Dominique et c'est elle qu'il convient de vivre. » D'une certaine manière, le statut du prêtre est alors plus proche de celui du fonctionnaire dans le sens le plus noble du terme, que de celui de l'avocat ou du médecin. Il constitue un indéniable facteur de stabilité.
Il faut d'ailleurs noter combien cette notion d'envoi et d'obéissance ne doit pas s'entendre comme un lien de servilité aveugle ! La démarche doit nécessairement supporter une part de négociation, de dialogue et d'écoute réciproque. Un prêtre a tout à fait le droit d'aller voir son évêque et lui exposer les raisons pour lesquelles il ne peut pas assurer telle ou telle mission. Cela ouvre une discussion en collégialité et permet aussi un examen avec ceux qui autour de l'évêque sont chargés avec lui des procédures de la nomination, comme les vicaires généraux ou épiscopaux.
Pourtant, toute nomination est un envoi en mission. Notamment il est essentiel pour un évêque de ne pas négocier la première nomination, la première mission d'un jeune prêtre. Ce dernier doit faire cette expérience spirituelle, incontournable pour un pasteur, d'une mission qui lui vient de l'évêque qui l'envoie. De plus, si le jeune prêtre s'envoie lui-même et fait fausse route, il portera longtemps ce premier échec comme une blessure personnelle. D'une certaine manière, la liberté de ce dernier est préservée et l'évêque prend lui aussi ses responsabilités en cas d'erreur. Et cela, malheureusement, m'arrive. Cette double exigence de disponibilité et de responsabilité permet un exercice de l'autorité épiscopale dans la liberté et le respect des personnes. Il ne serait pas honnête ou humain de laisser un prêtre décider de sa propre mission sans le discernement de l'Église, pour après le voir se désespérer dans un lieu donné, sans recours. La décision de l'évêque et l'obéissance qui en découle constituent d'indéniables garanties pour le prêtre diocésain.
Au rebours de tout autoritarisme, il est bon de rappeler ici que l'évêque a une responsabilité de gouvernement, pour montrer la route à la suite du Christ pasteur ! De même que j'aime dire aux prêtres qu'ils ne doivent pas avoir peur d'être « curés », j'insiste pour qu'on reconnaisse à un évêque sa charge : il doit savoir décider, tenir les options du diocèse et ne pas changer sans cesse de perspectives. Cela aussi constitue un facteur de stabilité. A première vue, cette conviction ne semble ni très moderne, ni très démocratique. Il est vrai que la mission du prêtre n'est pas déterminée par la communauté qui l'accueille, que ce ministre n'est pas l'élu d'un peuple au sens où l'entend la mentalité courante. L'autorité épiscopale clairement située, identifiable, visible par tous, représente une indéniable garantie. En ce sens, je suis frappé de voir que des prêtres les plus engagés dans la coresponsabilité avec les laïcs, voire ceux qui sont critiques à l'égard de l'Église dite « officielle » ou « hiérarchique », viennent bien trouver l'évêque lorsqu'il y a un problème avec un mouvement ou une communauté. C'est d'abord à l'évêque qu'ils s'adressent pour négocier un changement, et décider. Cette autorité offre donc un lieu de liberté et de recours indispensable.
D'où l'importance d'éléments de garantie objectifs comme les procédures de discussion et la lettre de mission canonique. Ainsi le vicaire général entame-t-il un dialogue avec le prêtre qui est appelé à recevoir une autre mission pastorale, ainsi qu'avec le secteur ou l'équipe pastorale concernée. Le dialogue avec ce collaborateur de l'évêque aide à faire mûrir la décision, pour une nomination que j'aimerais être de six ans, renouvelable une fois. Ce qui n'est pas encore le cas, chez nous. Avant l'ultime conclusion de la procédure, le prêtre me rencontre. Ma préoccupation principale est de vérifier s'il est bien libre en acceptant la mission qui lui est confiée, s'il dit oui et s'engage sans contrainte, s'il a bien la capacité effective et affective d'exercer la tâche qui lui est demandée. De même, l'intervention préalable du vicaire général est- elle importante pour l'évêque, qui doit laisser fonctionner les diverses médiations, prendre de la distance afin de mieux déterminer les options pastorales générales.
La seconde garantie, la lettre de mission canonique qui nomme le pasteur à tel endroit ou tel secteur, ne répond pas seulement à une nécessité juridique ou formelle. Elle contribue elle aussi à offrir un statut, une stabilité effective au prêtre diocésain. L'écrit laisse trace de la décision. L'évêque ne peut changer d'avis quand bon lui semble ! Il ne peut pas déplacer un curé selon son bon plaisir, sans des garanties données et le respect des règles canoniques. Référence précise, le document préserve lui-même la liberté et la responsabilité de chacun. Il prend de plus une dimension publique. Les membres de la communauté chrétienne, comme les hommes et les femmes éloignés de l'Église ont le droit de savoir qui est responsable de la communauté locale.
La missio canonica comprend deux volets dans mon diocèse. Un document officiel de l'évêque, lettre de nomination qui donne les pouvoirs spirituels nécessaires et détermine les lieux et les charges. Le deuxième volet est une lettre de mission. Elle est composée à la suite d'un dialogue et dans une commune recherche. Elle est rédigée par le vicaire général. Elle ouvre un chemin pastoral de la mission et précise les priorités, sans enfermer l'action. Elle peut être relue régulièrement... Faut-il aller plus avant sur le chemin de la définition des droits et des devoirs ? Il est un droit que tout évêque devrait reconnaître. C'est celui-ci : tout prêtre, pasteur d'un peuple, a droit à vivre dans une communauté de croyants en Christ qui l'accueille pour ce qu'il est en vérité : lui-même est un chrétien vivant de l'Évangile et de l'Eucharistie. Beaucoup sont attirés vers des groupes, des mouvements ou des communautés nouvelles ; ils disent que la paroisse ne les nourrit pas ! C'est un besoin vital. La communauté chrétienne, au sein de la paroisse nouvelle dont le prêtre est le pasteur, doit être, elle-même, le premier lieu d'épanouissement de sa vie selon l'Esprit. C'est un droit.
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LE STATUT SOCIAL, UNE EXIGENCE NÉCESSAIRE
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La troisième dimension, si elle se révèle indispensable à la vie du prêtre, à sa reconnaissance et à son équilibre, ne va pourtant pas de soi. L'histoire récente, déjà évoquée, a vu se dérouler une chute brutale du statut social du prêtre au moment même où des groupes entiers de la société, les classes moyennes en particulier, connaissaient une ascension professionnelle et une promotion hors du commun.
Aujourd'hui, force est de constater que le statut public du prêtre, comme celui de l'évêque d'ailleurs, n'a plus l a même consistance qu'autrefois. Dans une ville comme Le Mans, l'évêque n'est pas associé aux grandes décisions économiques qui conditionnent l'avenir de la ville, il n'est pas davantage consulté pour les transformations d'urbanisme qui pourtant établissent une relation avec la présence de la cathédrale. Plus important encore, il n'est pas appelé alors que se produisent des drames humains ou lors de problèmes sociaux. Il doit parfois s'affirmer vigoureusement face à des media qui ne rendent pas toujours compte de la vitalité réelle de l'église locale.
Cette absence de reconnaissance au sein de la collectivité est liée au manque de visibilité actuel des communautés chrétiennes. Tant qu'il existait une adéquation entre le village et la paroisse, entre la communauté villageoise et la paroisse, le statut du prêtre allait de soi. Actuellement, où nous avons constitué des ensembles paroissiaux avec plusieurs clochers et donc plusieurs communes, il faut bien redéfinir et réinventer cette présence visible de l'assemblée des chrétiens. Car c'est par le biais de la présidence de la communauté que le prêtre pourra retrouver une nouvelle forme de reconnaissance. La question n'est sans doute pas de traiter du statut des prêtres dans l'abstrait, comme on peut le faire au plan d'un État Pour un corps de fonctionnaires particulier, ni directement de se soucier de l'image donnée par ce corps dans sa globalité. Il faut d'abord que les communautés soient perceptibles face au corps social tout entier. Il ne s'agit pas pour la communauté ecclésiale de développer une volonté corporatiste, afin de défendre quelques privilèges, mais de
s'inscrire dans le tissu social. Elle le fera dans la fidélité à l'Évangile qui la fait être ce qu'elle est : témoin du bonheur de Dieu elle sera engagée dans le combat des hommes pour un monde plus juste, un monde plus fraternel. Je cite une fois encore notre synode diocésain : « Par des prises de position réalistes, l'Église en Sarthe assumera l'option préférentielle pour les pauvres, les exclus de la culture et de l'économie. Elle incitera les chrétiens à avoir un regard plus fraternel » (Lois synodales n° 22).
C'est d'ailleurs la même exigence qui s'exprime actuellement dans les communautés musulmanes de notre pays, qui souhaitent acquérir des instances de représentation, ne serait-ce que pour pouvoir dialoguer avec les pouvoirs publics ou construire leurs propres mosquées. Voilà pourquoi j'ai tant insisté auparavant sur la maison des chrétiens pour que nos communautés ne soient pas des réalités abstraites et discrètes ! Je crois qu'à travers la mission de présidence de la communauté des chrétiens le prêtre retrouvera un enracinement dans la vie humaine,collective.
Le second aspect du statut réside à mon sens dans l'utilité sociale que peut revêtir la mission presbytérale . Pour qu'une profession, qu'un état de vie soit reconnu comme tel, avec ses devoirs et ses droits afférents, l a collectivité lui reconnaisse une il est nécessaire que la collectivité lui reconnaisse une certaine utilité. Il faut que la personne qui remplit une telle fonction ait l'impression, la conscience d'eue indispensable pour le bien de tous. A sa manière, le prêtre est utile lui aussi à la vie humaine dans son ensemble, comme être collectif. Il exerce une sorte de mission de « service public »...
On le mesure en particulier à travers les demandes de sacrement ou de célébration. Certes, on ne vient plus faire appel au prêtre au moment de la mort, comme cela avait cours dans la société traditionnelle, où ce passage était d'ailleurs vécu de manière différente. En revanche, même dans des milieux loin de l'Église, on sent bien qu'on ne peut pas se passer vraiment de lui pour une sépulture. On pressent également qu'il saura être là, accueillir, écouter et recevoir au moment d'un coup dur ou d'une diffi culté que l'on veut confier. A travers cette présence et cette disponibilité, le prêtre assure aussi une sorte de service public de la gratuité.
On lui demande d'être disponible pour l'engagement sacramentel des fiancés et pour la célébration des baptêmes. Et on imagine mal sa totale absence au catéchisme des enfants. Les membres de la communauté situent le prêtre mieux et autrement. Il est leur pasteur, leur père, leur prêtre. Il serait heureux qu'aujourd'hui le grand public sache que le prêtre n'est jamais seul, que toujours il travaille avec une équipe, que chaque jour il vit avec une communauté chrétienne.
Et puis, comment ne pas percevoir aussi combien cette utilité, au sens le plus noble du terme, s'inscrit à travers les actes liturgiques qui fondent aussi l'autorité ministérielle des prêtres ? Il n'est pas vain de célébrer l'Eucharistie au nom du Christ avec toute une communauté ! Il n'est pas anodin de préparer et d 'accueillir au baptême, au nom de tous les chrétiens !
n'est pas indifférent de redonner la confiance et l'amour de Dieu à travers le sacrement de réconciliation, à l'image du Christ qui pardonne. Refuser de reconnaître au ministère du prêtre des tâches et des signes liturgiques spécifiques ne revient pas seulement à verser dans une ecclésiologie indifférenciée, mais conduit aussi à saper son statut social et ecclésial, à détruire son originalité propre.
Pour être crédible dans sa fonction, pour que la société le juge indispensable là où il se trouve, il est nécessaire aussi que le prêtre jouisse d'une vraie compétence humaine, professionnelle. Cette troisième dimension vient aussi conforter la qualité du statut social. D'une certaine manière, cette exigence était d'ailleurs déjà en jeu. La compétence professionnelle, dans une société aussi technicisée et industrielle que la nôtre, demeure une valeur forte et très prisée par nos contemporains. Pour être reconnu, le ministère doit donner l'occasion de déployer une réelle compé tence, surtout à travers la qualité des relations humaines. Car la tâche première du ministre est bien d'être président, animateur. Au sein de l'équipe d'animation pastorale, il porte la responsabilité de l'ordre du jour et des décisions. Pour risquer une comparaison, il se montre plus proche du maire d'une commune, que du médecin ou de l'entrepreneur ou de l'instituteur ! Le prêtre doit faire face à l'urgence de faire vivre une communauté, un peu comme le maire aide une commune à vivre, la représente, gère les affaires avec un conseil élu. Et l'analogie n'est pas complètement absurde lorsqu'on se rappelle que le maire préside des cérémonies, a en charge la maison commune, prononce des discours...
Pour achever cette évocation du statut social, il faut encore rappeler combien joue là aussi la dimension du presbyterium comme lieu d'enracinement, comme lien de corps social. Les media perçoivent d'ailleurs assez fortement cette dimension, même si cette perception demeure imparfaite. Il n'est pas indifférent d'appartenir à un corps particulier, avec une histoire et des liens spécifiques, pour se voir reconnu un statut par l'ensemble de la société. La promotion du ministère comme tâche humanisante et valorisante exige aussi cette forme de reconnaissance.
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2 - Pour que se lèvent des prêtres spirituels
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Est-ce un hasard si cet ouvrage, amorcé avec l'évocation personnelle des séminaires français au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, s'achève en proposant quelques points d'attention pour la formation des futurs prêtres ? Non pour clore un débat en le ramenant à ce point de départ, mais bien pour prendre en compte l'avenir de l'Église et de l'annonce de l'Évangile aux hommes d'aujourd'hui. Sans prétendre à une réflexion exhaustive ou arrêtée sur le sujet, ces quelques lignes entendent seulement rappeler des accents à ne pas perdre de vue. La tenue à Rome, durant l'automne 1990, d'un synode des évêques consacré à la question montre que celle-ci est à nouveau d'actualité. Souhaitons que ces propos enrichiront un peu la discussion en cours sur le sujet 8.
Osons dire d'abord combien cette exigence de la qualité de la formation est liée à la naissance des voca tions particulières dans l'Église ! Car l'Église ne peut exprimer sa vitalité et son audace évangélique que si elle éveille et accompagne des vocations en son sein. Pour servir aujourd'hui la vocation de tout baptisé, pour permettre à chaque chrétien de suivre davantage le Christ, pour que l'Église soit un signe évangélique adressé à l'humanité tout entière, il est urgent que se lèvent des ministres ordonnés au nom du Seigneur.
Mais cet ardent appel à la mission, cet appel au Christ toujours à entendre ne doit pas faire oublier cependant à l'Église qu'elle se doit de vérifier et de discerner la réalité d'une vocation.
Aussi, même si les vocations au ministère presbytéral sont moins nombreuses qu'autrefois, même si le vieillissement se fait cruellement sentir dans le corps clérical, il ne faut pas perdre de vue l'exigence essentielle du discernement et de l'authentification ecclésiale.
Il est toujours difficile pour un évêque, qui procède à bien peu d'ordinations au cours de son temps de service épiscopal et qui mesure l'appel des nécessités pastorales, de devoir refuser des candidats au ministère. Cette fermeté pourtant n'est pas négative et traduit le souci d'honorer d'abord la qualité du ministère lui-même. Devant le manque actuel de prêtres, il serait facile de « recruter » et d'accueillir n'importe qui en écoutant les sirènes de la peur et de la panique ! Or la peur est mauvaise conseillère et la naissance des vocations doit demeurer au rebours de toute problématique de recrutement.
En effet, le mot de vocation renvoie d'abord à une réalité spirituelle. Dieu appelle... La personne est toujours libre de répondre oui ou non à l'appel que Dieu lui lance. Et cette réalité fait toujours intervenir la médiation de l'Église, garante d'authenticité et témoin de l'Incarnation.
Voilà pourquoi, même si nous devons reconnaître à tout baptisé, habité par l'Esprit de la confirmation, le droit de trouver sa place dans l'Église, le droit de vivre pleinement sa vocation chrétienne dans la louange, le service, les responsabilités du monde ou des communautés, nous ne pouvons pas pour autant appeler n'importe qui pour devenir prêtre ! D'abord parce qu'il n'existe pas de droit personnel à être pasteur et que l'ordination n'est pas la reconnaissance d'un désir individuel préexistant.
Ensuite parce que ce ministère exige des qualités objectives que toute personne ne remplit pas nécessairement ! Il reste du devoir de l'Église de discerner si ces qualités se rencon trent chez un jeune qui se prépare à devenir prêtre. Un homme qui souffrirait de la peur des autres, d'une impossibilité relationnelle ne pourrait pas, à l'évi dence, s'engager sur un tel chemin tant le ministère invite à vivre tout entier avec un peuple. Le ministère n'est pas d'abord une occasion privilégiée de sancti fication personnelle, mais bien avant tout un service rendu à la communauté au nom du Christ. Comme un service ou une profession effectués dans la vie sociale nécessitent la possession de qualités particulières, le ministère des prêtres diocésains doit être proposé en fonction d'une exigence minimale. Il serait malhonnête vis-à-vis des personnes ou des communautés de procéder autrement.
Une fois posée cette exigence du discernement de toute vocation, l'Église doit permettre que ces futurs prêtres soient des hommes de foi, équilibrés et spirituels.
Hommes de foi, les prêtres des années à venir devront être capables de rendre compte de l'espérance qui est en eux. Ils seront les hommes du parler vrai. Non seulement du parler vrai, du refus obstiné des mensonges, mais de la recherche passionnée de la vérité de l'homme, grâce à la lumière de la vérité de Dieu. Satan est le grand menteur. Le Christ est « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14,6). Cela suppose une réelle force de caractère. Cela suppose, comme nous avons pu déjà le souligner, une formation intellectuelle solide et bien actualisée. Si les prêtres n'ont pas d'abord à être de purs intellectuels, ils doivent pouvoir néanmoins formuler de manière cohérente et synthétique l'essentiel du kérygme, les données fondatrices du mystère chrétien. Sans être des croisés bardés de certitudes fixistes, ni de doux éducateurs flous ou impressionnistes. Cette exigence de culture théologique doit aussi permettre une confrontation frater nelle avec l'incroyance, une expérience charnelle de l'annonce de la Parole auprès de ceux qui sont loin de nos communautés ecclésiales.
Hommes de foi, les prêtres le seront aussi comme hommes d'Église : Jeanne d'Arc ne disait-elle pas : « Le Christ et l'Église, ce m'est tout un » ? Soucieux du rassemblement de l'Église, il est bon qu'ils appréhendent celle-ci au cours de leur formation comme un corps vivant, en pleine mutation, au coeur d'une histoire. Une Église où existent des vocations et des services divers, une Église qui vit de son Seigneur.
Porter la foi que Dieu nous donne, offrir à tous la grâce qu'il propose en son nom implique aussi que les prêtres soient des hommes équilibrés, debout. Les Timothée de l'an 2000. Nous avons insisté déjà sur l'importance d'éduquer les jeunes prêtres à l'autonomie personnelle, à une vie de célibat indépendante et responsable. Cette remarque doit être complétée par l'exigence du sens des relations humaines, afin de présider avec tact, respect, souci des autres, au destin des communautés. La tâche pastorale nécessite aussi de pouvoir porter le poids des jours, la souf france des hommes, sans être démoli soi-même ou trop fragilisé, ce qui appelle une distance affective minimale, une humilité. Il m'arrive parfois de dire à des pasteurs qu'ils ne sont pas eux-mêmes le Christ ; ils n'ont pas à prendre à eux seuls tous les péchés du monde. Ils ont à porter leur croix comme tout disciple (Mt 16,24) et avec l'apôtre Paul, ils se glorifient dans la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ils s'appuient sur la foi et ils le reconnaissent, lui le Christ, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances. Hommes du pardon et de la réconciliation, ils ne sont pas « écrasés et anéantis ». Il y a là une véritable expérience mystique que font très tôt les jeunes prêtres alors qu'ils donnent le sacrement de réconciliation : le prêtre entend tous les péchés du monde sans être « écrasé et anéanti », mais heureux... Il vit Pâques et sa libération. Il célèbre l'eucharistie. Il est témoin de la tendresse de Dieu. Il accomplit la parole du prophète : « Ce que le Seigneur demande de toi, c'est d'accomplir la justice, d'aimer avec tendresse et de marcher humblement avec ton Dieu » (Mi 6,8).
La disponibilité pastorale se fonde donc sur l'équilibre personnel. Elle exige de plus que le prêtre sache gérer son temps, ordonner autant que possible ses heures autour du Christ à servir, équilibrer son existence là aussi. Dans notre monde si changeant, si éloigné du village traditionnel, la disponibilité qu'offrent les prêtres à leurs contemporains est un précieux trésor. A nous de le faire fructifier.
Hommes de foi et d'équilibre, les prêtres ne seront d'authentiques pasteurs de l'Évangile qu'en se laissant travailler par l'Esprit, à la manière de ces vases d'argile dont parlent les Écritures. Fidèles à une spiritualité de l'incarnation. Présents aux hommes de ce temps. Spirituels à leur manière, qui n'est pas celle de la vie religieuse, mais celle du service d'un diocèse. Dans un lien mystique avec un peuple déterminé. Irrigués par la force de l'Esprit pour fonder le service pastoral, hommes de discernement et de compassion auprès de leurs frères. Envoyés pour que ce monde accueille davantage la Bonne Nouvelle de Dieu.
Ils seront des missionnaires moissonneurs. « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le maître de moisson d'envoyer des ouvriers à la moisson » (Mt 10,37-38). C'est donc l'été. Le temps des blés mûrs.
16 juillet 1990.
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Bibliographie
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Sans prétendre à l'exhaustivité, cette courte bibliographie indique les quelques ouvrages récents relatifs aux prêtres et susceptibles d'enrichir la réflexion de ce livre, en proposant des opinions parfois différentes.
BESSIÈRE G., PIQUET J., POTEL J., VULLIEZ H., Les volets du presbytère sont ouverts. Deux mille prêtres racontent, Desclée de Brouwer, La Vie , 1985.
CHALENDAR Xavier (de), Le prêtre. Hier, aujourd'hui et pour demain, Desclée/Novalis, 1989.
COFFY Robert, L'Église, Desclée, 1984.
DEVILLE Raymond, L'École française de spiritualité, Desclée, 1987.
LEGRAND Hervé, « L'Église se réalise en un lieu », inInitiation à la pratique de la théologie, Le Cerf, 1983, t. III, p. 143 et ss.
MANARANCHE André, Le prêtre, ce prophète, Fayard, 1982. MARCUS Émile, Les prêtres, Desclée, 1984.« Le ministère des prêtres diocésains, une brève exploration théologique », in revue Jeunes et Vocations, juillet 1987.
MARTELET Gustave, Les idées-maîtresses de Vatican II. Initiation à l'esprit du Concile, Le Cerf, 1985, 2 e éd.
Deux mille ans d'Église en questions, Le Cerf, 1984 et 1990, t. I et III.
PIERRARD Pierre, Le prêtre français du concile de Trente à nos jours, Desclée, 1986.
À signaler aussi les deux ensembles spéciaux de la revue Prêtres diocésains :
Spiritualité des prêtres diocésains, Numéro spécial, mars-avril 1987.
Les ministères dans l'Église, Numéro spécial, mars 1990.
Les textes conciliaires : Presbyterorum ordinis; Ad gentes; Christus Dominus; Lumen gentium; et le document de la Conférence épiscopale publié en 1988 : Des prêtres diocésains aujourd'hui.
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Annexes
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La Constitution Lumen Gentium (1964) est l'un des textes fondamentaux du concile Vatican II. Consacré à la définition théologale de l'Église, elle insiste d'emblée sur la dimension sacramentelle de cette dernière. A travers l'évocation de diffé rentes images prises à la tradition, le Concile souligne aussi l'exigence d'unité de l'Église prise comme corps.
1. Le Christ est la lumière des peuples : réuni dans l'Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes les créatures la bonne nouvelle de l'Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l'Église (cf. Mc 16,15). L'Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain, elle se propose de préciser davantage, pour ses fidèles et pour le monde entier, en se rattachant à l'enseignement des précédents conciles, sa propre nature et sa mission universelle. A ce devoir qui est celui de l'Église, les conditions présentes ajoutent une nouvelle urgence : il faut en effet que tous les hommes, désormais plus étroitement unis entre eux par les liens sociaux, techniques, culturels réalisent également leur pleine unité dans le Christ.
L'Église s'appelle encore « la Jérusalem d'en haut » et « notre mère » (Ga 4,26 ; cf. Ap 12,17) ; elle est décrite comme l'épouse immaculée de l'Agneau immaculé (Ap 19,7 ; 21,2 et 9 ; 22,17) que le Christ a aimé, « pour laquelle il s'est livré afin de la sanctifier » (Ép 5,26), qu'il s'est associée par un pacte indissoluble, qu'il ne cesse de « nourrir et d'entourer de soins » (Ép 5,29) ; l'ayant purifiée, il a voulu qu'elle lui soit unie et qu'elle lui soit soumise dans l'amour et la fidélité (cf. Ép 5,24), la comblant enfin et pour l'éternité des biens célestes, pour que nous puissions comprendre l'amour envers nous de Dieu et du Christ, amour qui défie toute connaissance (cf. Ép 3,19). Tant qu'elle chemine sur cette terre, loin du Seigneur (cf. 2 Co 5,6), l'Église se considère comme exilée, en sorte qu'elle est en quête des choses d'en haut dont elle garde le goût, tournée là où le Christ se trouve, assis à la droite de Dieu, là où la vie de l'Église est cachée avec le Christ en Dieu, attendant l'heure où, avec son Époux, elle apparaîtra dans la gloire (cf. Col 3,1-4).
Le Décret « Presbyterorum ordinis » 1965, est consacré au ministère et à la vie des prêtres. Reprenant les trois dimensions traditionnelles du ministère des pasteurs annonce de la Parole, sacrements et Eucharistie, présidence des communautés il rappelle dès les premières lignes cependant combien les prêtres sont incarnés, partagent la vie concrète des hommes leurs frères. Le n° 8 souligne l'exigence d'une mission, la construction du Corps du Christ, qui peut s'exercer de différentes manières : en paroisse, mais aussi dans le monde du travail ouvrier ou la recherche.
Pris du milieu des hommes et établis en faveur des hommes, dans leurs relations avec Dieu, afin d'offrir des dons et des sacrifices pour les péchés, les prêtres vivent avec les autres hommes comme des frères. C'est ce qu'a fait le Seigneur Jésus : Fils de Dieu, Homme envoyé aux hommes par le Père il a demeuré parmi nous et il a voulu devenir en tout semblable à ses frères, à l'exception cependant du péché. Et déjà, il a été imité par les saints apôtres : saint Paul, docteur des nations, « mis à part pour l'Évangile de Dieu » (Rm 1,1) atteste qu'il s'est fait tout à tous afin de les sauver tous. Par leur vocation et leur ordination, les prêtres de la Nouvelle Alliance sont, d'une certaine manière, mis à part du sein du peuple de Dieu ; mais ce n'est pas pour être séparés de ce peuple, ni d'aucun homme quel qu'il soit ; c'est pour être totalement consacrés à l'oeuvre à laquelle le Seigneur les appelle. Ils ne pourraient être ministres du Christ s'ils n'étaient témoins et dispensateurs d'une vie autre que la vie terrestre, mais ils ne seraient pas non plus capables de servir les hommes s'ils restaient étrangers à leur existence et à leurs conditions de vie. Leur ministère même exige, à un titre particulier, qu'ils ne prennent pas modèle sur le monde présent, et, en même temps, il réclame qu'ils vivent dans ce monde au milieu des hommes, que, tels de bons pasteurs, ils connaissent leurs brebis et cherchent à amener celles qui ne sont pas de ce bercail, pour qu'elles aussi écoutent la voix du Christ, afin qu'il y ait un seul troupeau, un seul pasteur.
Pour y parvenir, certaines qualités jouent un grand rôle, celles qu'on apprécie à juste titre dans les relations humaines, comme la bonté, la sincérité, la force morale, la persévérance, la passion pour la justice, la délicatesse, et d'autres qualités encore, celles que l'apôtre Paul recommande quand il dit : « Tout ce qu'il y a de vrai, d'honorable, tout ce qui est juste, pur, digne d'être aimé, tout ce qui est vertueux et digne d'éloges, faites-en l'objet de vos pensées » (Ph 4,8).
Le peuple de Dieu est rassemblé d'abord par la Parole du Dieu vivant qu'il convient d'attendre tout spécialement de la bouche des prêtres. En effet, nul ne peut être sauvé sans avoir d'abord cru ; les prêtres, comme coopérateurs des évêques, ont donc pour première fonction d'annoncer l'Évangile à tous les hommes ; ainsi, en exécutant l'ordre du Seigneur : « Allez par le monde entier, prêchez l'Évangile à toute la création » (Mc 16,15), ils font naître et grandir le peuple de Dieu. C'est la parole de salut qui éveille la foi dans le coeur des non-chrétiens, et qui la nourrit dans le coeur des chrétiens.
Du fait de leur ordination, qui les fait entrer dans l'ordre du presbytérat, les prêtres sont tous intimement liés entre eux par la fraternité sacramentelle ; mais, du fait de leur affectation au service d'un diocèse en dépendance de l'évêque local, ils forment tout spécialement à ce niveau un presbyterium unique.
Certes, les tâches confiées sont diverses ; il s'agit pourtant d'un ministère sacerdotal unique exercé pour les hommes. C'est pour coopérer à la même oeuvre que tous les prêtres sont envoyés, ceux qui assurent un ministère paroissial ou supra-paroissial comme ceux qui se consacrent à un travail scientifique de recherche ou d'enseignement, ceux-là mêmes qui travaillent manuellement et partagent la condition ouvrière là où, avec l'approbation de l'autorité compétente, ce ministère est jugé opportun comme ceux qui remplissent d'autres tâches apostoliques ou ordonnées à l'apostolat. Finalement, tous visent le même but : construire le Corps du Christ ; de notre temps surtout, cette tâche réclame des fonctions multiples et des adaptations nouvelles. Il est donc essentiel que tous les prêtres, diocésains aussi bien que religieux, s'aident entre eux et travaillent toujours ensemble à l'oeuvre de la vérité. Chaque membre de ce presbyterium noue avec les autres des liens particuliers de charité apostolique, de ministère et de fraternité.
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Références
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1 . Lorsque, en 1983, Jean-Paul II a publié le nouveau code de Droit canonique, beaucoup se sont étonnés en constatant I'Intérêt que lui portaient les prêtres français. J'y ai perçu un appel justifié.
2- Une instabilité permanente dont parle Paul VALADIER dans L'Église en procès, Calmann-Lévy, 1987, p. 33. Voir aussi son interview dans le mensuel Panorama, numéro de février 1990: « Comment être croyant sans être fanatique >>•
3- Voir France QUÉRÉ, La famille, Le Seuil, 1990.
4. Notons cependant que la conférence épiscopale a souligné I I mportance de l'incardination dans un document publié lors de son assemblée plénière d'octobre 1988 : Des prêtres diocé sains aujourd'hui.
5. Concile Vatican II, décret Ministères et vie des prêtres, n° 10.
6 . La citation de saint Augustin est celle-ci : « Avec vous, Je suis chrétien, pour vous, je suis évêque. »
7. Cf. plus haut, p. 11-13.
8. Précisons que ce livre a été rédigé avant que ne soit publié le dossier envoyé par le secrétariat du synode romain sur le sujet.
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