C'est pour Lui avant tout que Jésus s'est fait un ami de son Prêtre. Il ne pouvait confier ses intérêts sacrés qu'à un autre Lui-même, en qui 11 aurait confiance et sur qui 11 pourrait se reposer pour les gérer fidèlement ; et Il a eu recours à l'amitié qui est le plus sûr garant de la fidélité.
De plus, en se donnant à son Prêtre, comme Il le fait, Jésus lui livre son Coeur avec tout ce qu'il contient : c'est-à-dire ses immenses désirs de la gloire de son Père, sa soif du salut et de la sanctification des âmes, les peines qu'Il endure pour arriver à cette double fin, et les joies non moins grandes du succès de sa divine mission de Rédempteur.
Il veut que son Prêtre sache tout et 11 lui prépare un coeur à l'unisson du sien, capable de prendre sa part des tristesses et des joies qui remplissent le coeur de son Maitre, de se dévouer à la même mission, d'éprouver les mêmes senti ments, de s'enflammer de la même charité, de vivre de la même vie.
De même que le Sacerdoce du Prêtre est tout entier contenu en celui de Jésus, son coeur sacerdotal est façonné sur le modèle de celui de Jésus. Dès lors, le cœur du Prêtre ne doit plus vibrer qu'aux accents de l'amour de Jésus. Sa grande préoccupation, c'est Jésus. Son bonheur, c'est de traiter avec Jésus. Sa mission, c'est de porter la responsabilité de Jésus. Sa gloire, c'est d'être pour Jésus un point d'appui, un confident, un consolateur, un ami de coeur.
C'est ainsi qu'il vole au-devant de tous les sacrifices, qu'il ne néglige aucun effort, qu'il ne refuse aucun labeur, qu'il se montre généreux et constant dans son amitié, emportant dans son coeur le souvenir de Jésus, consultant en tout Jésus, s'inspirant toujours des vues, des désirs, des volontés de Jésus, puisant sans cesse en son Coeur l'esprit, les grâces, la vie de sa propre sanctification et de son apostolat.
Jésus est pour le Prêtre un tout qui suffit. Comme il est important de le bien comprendre, de s'en pénétrer et d'en vivre ! O Jésus, accordez cette grâce à tous ceux qui liront ces pages.
Formes et devoirs de l'amitié divine que le Prêtre a contractée avec Jésus
PREMIÈRE MÉDITATION
I. — Nous considérer comme Ies amis de Jésus et traiter avec Lui comme teIs (suite)
6. -- S'intéresser à Jésus et à tout ce qui Le touche.
Le coeur qui aime prend plus d'intérêt à ce qui regarde son ami qu'à ce qui le touche lui-même.
C'est pourquoi le Prêtre doit s'oublier pour penser à Jésus-1-
Les intérêts de Jésus sont grands comme l'éternité. — Quel immense champ d'action pour son amitié
Les intérêts de Jésus sont des intérêts tout divins. — Le Prêtre est dans son élément essentiel, en s'en occupant.
Les intérêts de Jésus sont la continuation de l'accomplissement de sa divine mission, et, dès lors, sont essentiellement liés à son Sacerdoce. — Ils sont, au même titre, les intérêts du Prêtre, qui participe au Sacerdoce de Jésus.
D'où, les intérêts de Jésus, dans sa gloire personnelle ; — dans la connaissance de son adorable Personne, de ses mystères et de ses enseignements ; — dans la glorification de son nom, l'avènement de son règne et l'accomplis sement de ses divines volontés ; — dans la sanctification et le salut des âmes, et particulièrement des âmes sacerdotales ; — dans la prédication de son Évangile et le triomphe de son Église ; — doivent être la grande préoccupation du Prêtre-2
Qu'il s'en entretienne avec Jésus et qu'il étudie, dans sa lumière et sa grâce, les moyens les plus efficaces d'y apporter un concours amical.
7. — Prendre part aux peines et aux joies de Jésus.
La vie de tout homme est une succession de peines et de joies. — Le coeur est ainsi fait, qu'il cherche instinctivement à les partager avec autrui.
Les peines sont moins amères et les joies plus douces, si l'amitié les partage entre deux coeurs qui s'aiment.
L'amitié ne serait qu'un mot vide de sens, si elle ne rendait pas communs les sentiments qui compriment le coeur et ceux qui le dilatent-3
Jésus est l'Ami divin qui est venu apporter la joie du ciel sur la terre. — Il en est le principal foyer, et c'est de la plénitude de sa joie qu'Il remplit les âmes-4
Le Prêtre ne doit connaître que les joies de Jésus.
Ses joies sont les siennes, comme son Sacerdoce est le sien-5
C'est en tant que Prêtre que Jésus est heureux : son Sacerdoce lui permettant, par son Sacrifice, de procurer toute gloire à Dieu et de sauver les
âmes, seule ambition qui mette le couronnement à sa divine mission.
C'est de ce même bonheur que le Prêtre doit être heureux.
Ses joies seront en harmonie avec celles de Jésus, s'il se réjouit avant tout des honneurs rendus à son Maître ; des consolations que Lui donnent les âmes fidèles ; des triomphes de sa miséricorde sur les âmes pécheresses ; de la foi, de l'amour et de la fidélité des hommes à son égard-6
Mais hélas ! Jésus n'a pas que des joies, Il a surtout des peines.
Et des peines, grandes comme son amour méprisé et sa sainteté méconnue.
Des peines, douloureuses comme l'effusion de son Sang, rendue inutile pour un si grand nombre d'âmes.
Des peines, que la multitude des péchés, sur toute la surface du globe, accumule sans cesse.
Des peines, qui Lui sont d'autant plus cuisantes, qu'elles viennent d'outrages directs faits à sa Personne dans l'Eucharistie, de l'indifférence et de l'ingratitude des hommes envers ce Sacrement de vie.
Le coeur du Prêtre pourrait-il rester insensible à la vue de tant de douleurs dont est abreuvé celui de Jésus ? -7
Comme il convient au Prêtre de pleurer et de gémir avec Jésus sur l'aveuglement et l'ingratitude des hommes ! -8
Comme il doit s'appliquer à pénétrer dans le Coeur de son adorable et divin Ami, pour en découvrir les sujets de peine et de tristesse et en faire l'objet de ses condoléances et de ses amoureuses réparations !-9
Comme il doit chercher à consoler Jésus, à Lui faire oublier tant de tristesses, à Lui donner une compensation par sa fidélité plus délicate, son amour plus ardent, sa générosité plus grande à son service !-10
DEUXIÈME MÉDITATION
I. — Nous considérer comme les amis de Jésus et traiter avec Lui comme tels (suite)
8. — Trouver son bonheur à s'occuper de Jésus.
Tout ce qui a trait à Jésus doit être cher au Prêtre.
Tout ce qui regarde son adorable Personne doit lui être profondément à coeur-11
Rien, dans la vie et le ministère du Prêtre, ne doit porter le caractère d'une contrainte, d'un fardeau, d'un devoir pénible à accomplir, d'une nécessité qui s'impose et que l'on subi?-12
Le Prêtre a été élevé à une intimité sublime : il est l'ami d'un Dieu!
Cela doit l'illuminer et l'enflammer.
Il n'a besoin de rien autre. — Son bonheur est complet -13
Travailler pour Jésus, peiner et souffrir pour Lui, se sacrifier et se dépenser sans répit à sa gloire, à son règne dans le monde, à son culte et à tout ce qui touche au ministère sacré que lui a confié la Sainte Église : voilà son unique ambition.14
Il n'a que faire du monde et de toutes les joies terrestres. — Jésus lui suffit.
Il est heureux d'un bonheur que le temps et les événements ne sauraient affaiblir : car il est toujours Prêtre ! Et, dès lors, toujours uni à Jésus, toujours consacré au service de Jésus, toujours l'ami et le confident de Jésus, toujours chargé des intérêts de Jésus, toujours occupé aux affaires. de Jésus.-15
Une amitié qui élève le Prêtre à une dignité quasi divine, et le fait le conseiller et le ministre nécessaire du Sacerdoce de Jésus, suffit à le rendre heureux d'un bonheur qui ressemble plus au bonheur du ciel qu'à celui de la terre.
Oh ! oui, le Prêtre est l'homme du bonheur, lui qui est l'homme de Dieu : Homo De?-16
9. — Emporter partout le souvenir de Jésus et Lui rester uni.
Il n'y a ni séparation ni distance pour l'amitié.
La pensée franchit les distances, la volonté renverse les obstacles, la mémoire fait revivre le passé, le coeur rend présent l'objet de son affection.
Au milieu de ses occupations les plus diverses, l'ami vit spirituellement avec son ami.
Combien vif, dès lors, doit être le souvenir que le Prêtre garde de Jésus !-17
Il connaît son divin Ami ; il a tout reçu de Lui ; il Lui appartient en propre et exclusivement ; il Lui est entièrement consacré ; il n'a qu'une mission, celle de Le connaître et de Le faire connaître, celle de L'aimer et de Le faire aimer, celle d'en vivre et d'en faire vivre les âmes.-18
Une vie qui pivote ainsi tout entière autour de Jésus, qui prend sa source en Lui et ne peut s'alimenter que par Lui, est une vie qui en est radicalement inséparable.
A l'exemple du pendule qui oscille de droite à gauche et de gauche à droite, sans se décrocher de son point de suspension, le Prêtre se livre aux exercices variés de son ministère sans perdre Jésus de vue-19
Il emporte partout son souvenir ; il Le considère en toute occasion ; Il recourt à Lui sans cesse ; Il s'inspire de Lui et rapporte tout à Lui-20
Le souvenir de Jésus l'éclaire, le fortifie, le console, l'encourage, le réjouit et l'enflamme-21
S'il prie, s'il travaille, s'il cause, s'il se dévoue, s'il accomplit un ministère quelconque, il s'habitue à tout faire en union avec Jésus.-22
Il se rappelle sa Messe du matin et il la continue tout le jour en restant en communication intime avec la divine Victime de son Sacrifice-23
Il se reporte constamment auprès du Tabernacle, et il fait du souvenir de la Présence eucharistique de Jésus sa joie la plus douce et son plus puissant encouragement à se sanctifier et à sanctifier les âmes-24
Comment, en effet, avoir un tel Ami, si près, si bon, si aimant, si puissant, si disposé à tout nous donner et à se livrer Lui-même, si nécessaire à notre bonheur comme à notre sainteté ; et ne pas penser à tout instant à Lui, quand nous ne pouvons venir à ses pieds !-25
Si marcher en la présence de Dieu, c'est le moyen de devenir parfait-26 comment le Prêtre négligerait-il de vivre dans le souvenir habituel de Celui qui a imprimé si profondément en son âme le caractère de son Sacerdoce éternel !
Heureux, mille fois heureux le Prêtre qui, fidèle à l'amitié divine, vit partout d'esprit et de coeur en union avec Jésus !
EXAMEN
Jésus ne veut pas que le Prêtre reste à la porte de son Coeur, mais bien qu'il y entre et y demeure. — Me suis-je mis en état de pénétrer dans ce sanctuaire sacro-saint ? Ai-je pris les moyens d'y rester, et ai-je trouvé mon bonheur dans cet asile de l'amitié et de l'amour ? Ai-je laissé à la porte tout ce qui pouvait me distraire de Jésus et nuire à mes divins rapports avec Lui ? Est-ce que je vis vraiment et habituellement dans l'intimité divine de Jésus ?
Jésus n'a point de secret pour son Prêtre, et en se révélant à lui, Il confie ses intérêts à l'ami de son coeur. — Ai-je bien l'intelligence pratique de cet aspect de mon Sacerdoce ? Ne me suis-je pas considéré jusqu'ici comme un simple administrateur des biens de Jésus, sans chercher à mettre mon âme constamment à l'unisson de la sienne ? Est-ce que j'étudie Jésus ? Ai-je bien conscience de tout ce qu'Il m'a confié et en cherché-je l'intelligence dans le secret de son Coeur ? Est-ce pour Lui que je vis, et suis-je attentif à me tenir sans cesse à sa disposition pour voler au secours de ses intérêts sacrés ?
Jésus doit être au ciel la félicité éternelle de son Prêtre ; sur la terre, en tant que Prêtre et en tant qu'ami, Il est son unique bonheur. —
Suis-je heureux avec Jésus ? Me suffit-II ? Me contenté-je d'être aimé de Lui et de L'aimer ? Mon coeur n'est-il pas partagé, et la créature n'en occupe-t-elle pas parfois la meilleure place ? Ne m'arrive-t-il pas de délaisser Jésus, d'espacer mes colloques avec Lui, de Le visiter froidement, de ne savoir plus Lui parler avec mon coeur, et de méconnaître ainsi mes devoirs sacrés d'amitié ?
Le Prêtre est Prêtre partout ; partout aussi il est l'ami de Jésus. — Me considéré-je comme lié à Jésus, sans pouvoir m'en séparer ? Si je ne puis pas ne pas être Prêtre, je ne puis pas davantage ne pas être l'ami de Jésus ; ma vie a-t-elle vraiment ce caractère ? Est-ce que j'emporte Jésus dans mon coeur partout où je vais ? Est-ce que j'exerce mon ministère ou me livre à un travail quelconque, en nie tenant étroitement uni d'esprit et de coeur à Jésus ? En un mot, est-ce l'amour de Jésus qui me meut et me fait vivre ? Tel a été le dessein de Jésus, en me faisant son ami. Puissé- je ne l'oublier jamais !
PRIÈRE
O JÉSUS, dont j'adore les ineffables tendresses dans le dessein que Vous avez eu de me faire votre Prêtre, je comprends votre désir ardent de trouver en mon coeur un écho et une copie du vôtre.
Pour me mettre à l'unisson de vos sentiments et de vos désirs, je prends la résolution de me retirer souvent dans le sanctuaire de votre Coeur sacré, pour m'y entretenir avec Vous, Vous consoler de vos peines, traiter de vos intérêts, m'embraser de votre amour et puiser la vie de mon âme.
O Vous, dont le Coeur contient celui de tous vos Prêtres, embrasez-les tous du feu de votre amour et du zèle de votre gloire. Tournez sans cesse leur regard vers Vous, et faites qu'ils Vous demeurent toujours unis d'esprit et de coeur. Amen.
Pratique.
— Me considérer comme un rayonnement du Sacerdoce de Jésus et me tenir étroitement uni partout et toujours à mon divin principe.
Oraison jaculatoire.
— O Marie, daignez développer en mon dme l'amour de Jésus et le zèle de sa gloire.