Le bonheur comme la sainteté du Prêtre sont attachés à la fidélité à sa mission. Tout est divin en lui, et son caractère, et son ministère, et sa puissance spirituelle, et l'efficacité de sa parole sacramentelle. Sa mission est divine dans son origine, dans son exercice et dans sa fin.
Le Prêtre est un être qui vient directement du ciel, puisqu'il puise son Sacerdoce dans le sein même de Jésus, le souverain Prêtre.I1 n'existe que pour le ciel, puisque son unique raison d'être, c'est d'y monter et d'en descendre sans cesse pour intercéder et pour transmettre des ordres.
I1 retourne au ciel. puisque c'est le terme de sa mission, sa parole et son action sacramentelle devant produire des effets éternels.
Personne ne doit être plus heureux que lui, sa vie tout entière se passant au service de Jésus et des âmes.
Par vocation il vit avec Jésus, il s'occupe des intérêts de Jésus, il étudie et imite Jésus, il parle de Jésus et Le fait connaître, il aime Jésus et Le fait aimer, il s'unit à Jésus et il en fait vivre les âmes. Comment, avec une semblable vocation, n'être pas destiné à la sainteté? Comment s'y garder fidèle, sans aspirer sans cesse à une perfection toujours plus grande? Comment ne pas s'appli quer à devenir tout spirituel, afin de pouvoir parler un langage et mener une vie qui soient un rayonnement de la sainteté infinie de Jésus, le souverain Prêtre?
O Prêtres du Seigneur, soyez heureux et soyez saints !
PREMIÈRE MÉDITATION
IV. — Caractères de la mission du Prêtre
I. - La mission du Prêtre est une mission sacrée.
Tout parle du ciel et des choses du ciel dans la mission du Prêtre, tout comme dans la mission de Jésus son Maître.
H est choisi et il est consacré par vocation pour une oeuvre exclusivement divine 1
Le caractère qu'il reçoit en fait un être à part dans l'humanité et l'établit dans une classe d'hommes chargés officiellement des intérêts de Dieu dans le monde 2
Autant les choses divines sont élevées au-dessus des choses humaines et terrestres, autant la dignité et la mission du Prêtre surpassent toutes les dignités et toutes les fonctions de la terre 3 .
Le Prêtre, à cause du rôle qu'il est destiné à jouer dans la sainte Eglise et du ministère divin qu'il accomplit dans le monde des âmes, est grand de la grandeur même de Jésus.
Le Jésus qu'il représente l'auréole de sa propre dignité et élève sa mission jusqu'à la hauteur de sa mission divine.
Quand on est chargé par Jésus Lui-même de Le remplacer ici-bas, d'agir non seulement en son nom, mais de le faire avec la même puissance, pour les mêmes fins, par les mêmes moyens, avec la même efficacité : on ne peut monter plus haut ni recevoir un honneur plus grand 4
Quand on est tenu d'employer sa vie à parler de Jésus, à redire ses enseignements, à rappeler sans cesse les moindres actes de sa vie, de sa passion et de sa mort, à expliquer ses mystères, à manifester ses perfections infinies, à exprimer les désirs de son Cœur : on ne peut imaginer une vocation plus belle et qui rapproche davantage de Dieu. 5
Quand on a le pouvoir d'user de Jésus comme Jésus usait de sa Divinité ; quand on possède en droit, de par la volonté divine, les trésors infinis que Jésus a mérités pour le salut du monde, afin d'en purifier et sanctifier les âmes : on se trouve en face d'une mission tellement élevée, qu'elle surpasse tous les dons et toutes les prodigalités que Dieu puisse faire aux hommes 6
Quand, devenu le consacré de Jésus, le Prêtre Lui demeure à jamais attaché, dans une union que surpasse seule la maternité divine, au point que le Prêtre devient pour Jésus un instrument dont Il ne peut se passer : sa mission sacerdotale prend l'empreinte de celle du Verbe Incarné qui, sans quitter le sein de son Père, descend dans l'humanité pour parler et agir en son nom 7
Quand, par devoir sacré et par prérogative toute divine, on devient l'ami de Jésus ; quand on vit dans son intimité, qu'on connaît les secrets de son Coeur et qu'on est chargé de les révéler aux âmes ; quand on est ainsi l'homme de l'amour, qu'on devient le héraut de la charité d'un Dieu et qu'on est envoyé par le monde pour prêcher les miséricordes du divin Crucifié et les tendresses du Prisonnier d'amour de l'Eucharistie : l'on remplit moins l'office d'un homme que celui d'un Dieu 8
Que le Prêtre se rappelle sans cesse qu'il appartient au ciel et que sa mission est une mission d'éternité !
2. — La mission du Prêtre est une mission exclusive.
Le Prêtre est appelé à quelque chose de trop grand, sa mission est trop élevée et trop divine, pour qu'il lui soit loisible de se consacrer à quelqu'autre chose sur la terre.
Le Prêtre est trop étroitement uni à Jésus et son ministère Lui est trop indispensable, pour qu'il y ait place dans sa vie à d'autres ambitions et à d'autres désirs que ceux de se consumer à la gloire de Jésus son Maître.
Le Prêtre a un ministère trop nécessaire et trop étendu à accomplir, pour qu'il accepte un mélange quelconque d'occupations et de travaux qui puissent se partager son zèle et sa vie.
Tout ce qu'il est, comme tout ce qu'il a appar tient à Jésus 9 .
Jésus l'a choisi avec ses qualités, ses talents, ses aptitudes, et II se les est attribués en propre.
Tout ce que le Prêtre était avant d'être Prêtre, a passé dans la possession de Jésus, qui seul désormais exerce un droit de propriété sur sa personne tout entière 10
Du jour où le Prêtre a été oint de l'onction sacerdotale, il a perdu la libre disposition de ce qu'il avait et de tout ce qu'il pouvait acquérir dans la suite, et Jésus en est devenu le Maître absolu 11 .
C'est pourquoi son temps, ses travaux, ses forces, sa santé et sa vie appartiennent à Jésus et à Jésus seul. Il n'a pas le droit d'en rien distraire pour d'autres usages que pour l'exercice de son Sacerdoce et de son ministère. 12
D'où, le Prêtre doit rester étranger aux choses de la terre. S'il s'en occupe, ça ne peut être que dans la mesure où l'exigent sa situation et son ministère ; et encore, d'une façon fort restreinte, en subordonnant le terrestre aux exigences et aux multiples devoirs de sa charge 13 .
Sa mission divine lui interdit de se mêler aux affaires du siècle, et de se livrer à des négociations d'intérêt purement temporel. 14
Il n'est pas Prêtre pour acquérir des richesses ni pour les administrer, pas plus que pour vivre au milieu des mille sollicitudes des choses d'ici-bas 15.
Pour être fidèle à sa mission, il a besoin de toute sa liberté d'esprit et de tout l'emploi de son temps.
Le Prêtre n'est point davantage destiné à l'acquisition de sciences qui ne peuvent concourir à l'accomplissement de sa mission.
Si ces sciences profanes sont contraires à sa mission ou à la dignité de son caractère sacerdotal, il doit se les interdire absolument.
Si elles sont indifférentes, il n'en a gue faire. Si elles sont superflues, elles lui sont inutiles. Si elles ne sont qu'un agréable passe-temps, elles doivent être fort restreintes, car il a quelque chose de mieux à faire 16 .
Si enfin, ces sciences profanes, et parfois fort spéciales, semblent s'imposer dans des cas exceptionnels, le Prêtre ne doit ni y attacher son coeur ni négliger ses devoirs et ses travaux sacerdotaux. La mission que lui a confiée Jésus est une mission supérieure à laquelle doivent être subordonnées toutes les autres, de quelque nature qu'elles soient 17 .
Aussi, le Prêtre doit-il être attentif à ne point se laisser surprendre par des occupations, des travaux, des études, des oeuvres quelconques étrangères à son Sacerdoce 18 .
Doit-il se considérer toujours comme la propriété exclusive de Jésus, n'ayant point le droit de disposer de sa personne et de tout ce qu'il a, pour autre chose que pour les intérêts et la gloire de Celui qui l'a fait son Prêtre 19 .
DEUXIÈME MÉDITATION
IV. — Caractères de la mission du Prêtre (suite)
3. - La mission du Prêtre est une mission surnaturelle.
Le Prêtre est au service de Jésus.
C'est Jésus qu'il annonce ; c'est à Jésus qu'il conduit les âmes.
C'est Jésus qu'il fait connaître ; c'est à Jésus seul qu'il cherche à donner une place dans les esprits et dans les coeurs.
C'est Jésus qu'il fait aimer; c'est cet amour unique qu'il s'applique à maintenir et à développer dans les âmes. 20
Sa tâche est immense, car il n'y a pas plus de limites dans l'étude de la connaissance de Jésus que dans son amour 21 .
Quand le Prêtre aurait employé une longue vie à prêcher Jésus et à Lui gagner des coeurs, il n'aurait presque rien fait, eu égard à ce qui lui resterait à faire.
Aussi, le Prêtre doit-il être jaloux de la gloire de son Maître, jusqu'à devenir scrupuleux pour que la moindre parcelle de cette gloire ne Lui soit pas ravie 22
S'il doit veiller à ce que personne ne porte atteinte aux intérêts de la gloire de Jésus, à bien plus forte raison doit-il craindre de le faire lui-même.
Comme il serait coupable d'avoir des intentions personnelles, humaines et terrestres dans l'accomplissement d'un ministère aussi élevé !
Comme il serait malheureux qu'il rabaissât une telle mission à une satisfaction purement humaine, à une activité naturelle, à un zèle de commande ou de routine !
Comme il méconnaîtrait son devoir le plus sacré, s'il faiblissait jusqu'au point de se prêcher lui-même 23 , s'il cherchait la louange des créatures et s'il dérobait à son avantage l'affection des âmes et la moindre partie de la gloire qui revient uniquement à son Maître 24 !
Le Prêtre de Jésus n'a qu'une chose à faire : c'est de disparaître, de se perdre de vue, de se faire oublier des créatures, afin de n'attirer l'attention que sur Jésus, de ne faire aimer que Jésus 25
4. -- La mission du Prêtre est une mission pleine de consolation.
Jésus a déposé dans la mission qu'Il a confiée à son Prêtre des joies incomparables, d'une nature toute divine comme sa mission elle-même 26
Le Prêtre qui comprend sa mission est heureux de l'accomplir, comme l'était Jésus en accomplissant la sienne ici-bas.
C'est la même mission, avec les mêmes grâces, la même excellence, la même souveraine importance, les mêmes résultats pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.
Que faut-il de plus, pour être heureux, que d'avoir été ainsi privilégié, d'être consacré à un ministère aussi sublime, d'avoir à sa disposition des grâces surabondantes comme celles de sa vocation, d'être sans cesse assisté par Celui-là même qui a daigné rendre le Prêtre participant de son Sacerdoce éternel 27 .
Le Prêtre conscient de sa dignité trouve son bonheur à se rappeler qu'il est Prêtre, et le moindre exercice de son Sacerdoce lui est une joie immense 28
Il sait qu'il ne fait rien, en tant que Prêtre, qu'il ne reçoive de Jésus la grâce pour l'accomplir. Cela lui montre l'union intime et nécessaire que Jésus a contractée avec lui, et qui est déjà un avant-goût de l'éternelle union du ciel 29 .
Il comprend que sa manière de répondre aux grâces de Jésus et de Lui être fidèle, c'est de faire produire à son Sacerdoce tout ce qu'il peut donner ; et il se plaît à exprimer sa reconnaissance à Jésus par le zèle ardent qu'il met à son service 30 .
Fait pour aimer Jésus et Le faire aimer, il voit dans tous les actes de sa mission sacerdotale un moyen d'alimenter son amour et d'accroître dans les âmes l'amour de Jésus son Bien-Aimé 31 .
Sa vie sacerdotale devient ainsi comme un acte d'amour perpétuel qui l'inonde de douces joies et lui fait trouver dans son propre Sacerdoce le bonheur intime et divin que goûtait ici-bas l'âme de Jésus, le souverain Prêtre 32 .
5. — La fidélité à sa mission est pour le Prétre une condition essentielle de sa perfection.
Si le Prêtre ne peut goûter un réel bonheur que dans sa fidélité à son Sacerdoce, il ne peut également arriver à la perfection de son état que par l'accomplissement parfait de sa mission sacerdotale.
Le Prêtre est voué à la glorification de Dieu sur la terre'' Il est marqué d'un sceau particulier qui le constitue l'homme de Dieu, « homo Dei »33
Toutes ses grâces sont harmonisées à cette fin.
Toutes les volontés de Jésus sur lui tendent à ce but, qui est la raison d'être de son Sacerdoce.
S'il s'écartait de sa voie, il se priverait des grâces de sa vocation, il tromperait les desseins de Jésus sur lui, il violenterait son âme sacerdotale faite pour la perfection et la sainteté 34 .
Comment pourrait-il jamais devenir parfait, le Prêtre qui n'entendrait plus l'appel de Jésus, qui ne croirait plus à sa mission, ou qui, y croyant, y serait infidèle 35 ?
Comment ressemblerait-il jamais à son Maître, le Prêtre qui ne se soucierait pas de la gloire de Celui à qui seul il appartient, pour qui seul il existe et au service de qui il est tenu de con sacrer son temps, ses forces et sa vie 36 ?
Comment réussirait-il à faire l'union de vie avec Jésus, le Prêtre qui, oubliant l'union de caractère et de mission qu'il a contractée avec Lui, ne se préoccuperait point des intérêts de Jésus, n'aurait point à coeur de Le faire grandir dans les âmes, et n'en ferait point pour lui le centre de toutes ses affections et la passion de sa vie 37 ?
Sous peine d'être un Prêtre tiède, et de s'exposer à devenir un mauvais Prêtre, tout Prêtre est tenu à une fidélité rigoureuse aux grâces de sa vocation et à la mission qu'il est destiné à remplir dans la sainte Eglise 38
Sous peine d'être un Prêtre médiocre au dedans, mal édifiant au dehors, et peut-être hélas scandaleux, le Prêtre doit concentrer sa vie sur les choses de son Sacerdoce ; s'habituer à vivre d'une vie toute de piété, de surnaturel, de détachement et d'amour ; s'efforcer de traduire dans sa vie les vertus du Jésus qu'il prêche et qu'il offre comme modèle à toutes les âmes qui veulent se sanctifier 39 .
Un Prêtre infidèle à sa mission est un Prêtre essentiellement malheureux, exposé aux chutes les plus graves, voué à la perdition 40.
Un Prêtre fidèle à sa mission, un Prêtre selon le Cœur de Jésus, un Prêtre jaloux de la gloire (le son Maître et qui, dans la prière, le sacrifice, le zèle et l'action, cherche à Lui gagner des âmes, est un Prêtre profondément heureux, toujours en progrès, s'élevant d'ascensions en ascensions vers la sainteté du divin exemplaire qu'il a sans cesse devant les yeux 41 .
Pour être saint, le Prêtre n'a qu'à laisser produire à son Sacerdoce les fruits de salut et de sainteté qu'il renferme dans son sein 42.
Etre Prêtre et être saint, c'est tout un ! — C'est ce que Jésus fait entendre à ses Prêtres, quand leur dit : « Exemphim dedi vobis, ut guemad modum Ego léci vobis, ita et vos faciatis 43 . »
EXAMEN
Un Prêtre selon le Coeur de Jésus est un Prêtre qui est détaché du monde, mort à lui-même et entièrement consacré à sa sublime vocation. Suis-je ce Prêtre ? Est-ce que j'appartiens totalement à Jésus, de fait comme de droit ? Est-ce que je me considère en tout et partout comme la propriété exclusive de Jésus ? Est-ce que je ne me préoccupe que de ses intérêts ? Ou ne m'em barrassé-je pas dans les affaires du siècle ? Ne me reposé-je pas dans les affections humaines ? Ne recherché-je pas mes satisfactions naturelles?
Jésus s'unit au Prêtre pour en faire un autre Lui-même. — Est-Il pour moi un sujet constant d'étude et de méditation, un centre d'amour, le terme et la fin de toute nia vie sacerdotale ?
Jésus ne peut faire plus qu'Il ne fait pour son Prêtre. — Trouvé-je dans la pensée de mon Sa cerdoce ma joie la plus pure ? Est-ce que je vis sous l'influence de cette union intime que j'ai contractée avec Jésus ? Suis-je désireux de la rendre plus étroite encore ? Est-ce que j'en prends les moyens ?
Jésus a proclamé ses Prêtres la lumière du inonde, le sel de la terre, et Il en a fait les dis- pensateurs de sa vie divine. — La pureté de la doctrine, voilà la vraie lumière ; suis-je un flambeau divin pour les âmes ? La sainteté de la vie, voilà ce qui conserve l'esprit et la grâce de Jésus dans les âmes ; suis-je un modèle de vertus pour les autres ? Posséder Jésus en soi et Le donner aux âmes, voilà le principe de toute vie divine ; suis-je rempli de Jésus, de son esprit, de son amour, et me dépensé-je à en nourrir les âmes ?
Ou Prêtre fidèle et couronné dans la gloire, ou Prêtre infidèle et réprouvé dans l'enfer. Il n'y a pas de milieu. Que suis-je ? Que serai-je ?
Comme Prêtre ma place est au ciel. J'y parviendrai si j'aime Jésus et ne vis que pour Lui.
PRIÈRE
JÉSUS, Souverain Prêtre, principe, grâce et vie
de mon Sacerdoce, Vous m'avez fait pour Vous, Vous Vous êtes réservé tout ce que j'ai et tout ce que je suis, Vous m'avez consacré uniquement à votre service et Vous m'avez envoyé par le monde comme un autre Vous-même ; je ne veux rien Vous enlever de ce qui Vous appartient à tant de titres ni rien reprendre de ce que je Vous ai librement donné.
Je suis votre Prêtre et j'en fais ma gloire. Je suis destiné à la sainteté et je veux ne rien négliger pour l'acquérir. Je suis le héraut de votre amour et le pourvoyeur de vos infinies bontés ; gardez-moi au coeur le feu sacré de votre divine charité, apprenez-moi à vivre et à faire vivre les âmes de vos miséricordes, afin de chanter éternellement vos louanges dans la patrie de l'éternel amour. Amen.
Pratique. - Faire de Jésus seul le bonheur et l'amour de ma vie, et apporter un zèle inlassable à son divin service.
Oraison jaculatoire. - O Marie, Reine du Clergé, prenez-moi sous votre maternelle protection et gardez-moi délicatement fidèle à ma sainte vocation.