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Les siècles du moyen âge étaient des siècles de foi. La religion imprégnait non seulement la vie individuelle de chaque chrétien, mais encore la vie collective des nations jusqu'à former une grande communauté chrétienne. C'est ce temps de lumière que le monde appelle un temps d'obscurantisme et de ténèbres. Et ce même monde moderne, si fier de ses conquêtes scientifiques, s'éloigne chaque jour de Dieu, il ne veut plus des clartés de l'Evangile, il ne veut plus tourner ses regards vers l'au-delà, il ne veut plus de la religion de Jésus, ni de toute religion. Les âmes errent, désemparées, à la recherche d'un idéal, elles tâtonnent et se perdent dans une nuit où leurs appels demeurent sans écho. Oui, l'incrédulité s'étend, de monstrueuses erreurs se répandent dans le monde. On n'adore plus le Créateur, on adore des mythes : la pureté de la race. On veut établir le paradis sur terre. Jésus est attaqué dans sa doctrine, dans son Eglise, dans sa personne. Plus que jamais il est un signe de contradiction. Ne nous en étonnons pas. Cela doit arriver. « Quand le Fils de l'Homme reviendra, pensez-vous qu'il trouvera encore de la foi sur la terre » ? nous dit le Maître dans l'Evangile. Nous avons mieux à faire qu'à nous en étonner, c'est de nous examiner. Nous croyons, certes ; ce n'est pas seulement des lèvres que nous disons Credo, c'est de toute notre âme. Et ce Credo, au besoin, nous le scellerions de notre sang. Oui, nous croyons. Mais estimons-nous suffisamment notre foi ? Quels soins mettons-nous à en écarter les dangers ?
L'estimons-nous d'abord comme nous le devons ? Estimons-nous que c'est notre trésor le plus précieux ici-bas ? Songeons-nous qu'elle est notre lumière, notre soutien, le fondement de toute vie spirituelle ? Que celui qui la perd a tout perdu ?
La foi nous illumine. C'est par elle que nous sommes des enfants de lumière, c'est par elle que nous évitons ces erreurs où s'embourbe le monde. Si l'âme religieuse est heureuse, parce qu'elle connaît sa destinée, parce qu'elle se sait aimée de Dieu, qui donc lui procure ce bonheur sinon la foi ? Que de gens, même dans nos pays prétendus éclairés, ne se doutent même pas qu'ils ont une âme ! Que de gens bornent leur idéal à une petite vie limitée par le berceau et la tombe, sans échappée vers les splendeurs de l'au-delà ! Que de gens rient, s'amusent, glissent avec une chanson aux lèvres vers l'abîme éternel ! Nous, du moins, nous savons que nous avons une âme et que cette âme est immortelle. Nous savons que si nous la perdons jamais, tout est perdu pour nous, eussions-nous tenu en main le sceptre du monde. La foi nous montre, par-delà la mort, d'un côté l'ineffable splendeur du sort qui attend l'âme juste dans le séjour d'amour et de lumière où Dieu nous attensur nous récompenser ; elle nous montre d'un autre côét le terrifiant abîme de l'enfer où s'engouffeent pour toujours les âmes innombrables de pécheurs et leur désespoir sans fin.
La foi ne se contente pas de nous montrer le ciel, elle nous indique la voie à prendre pour y parvenir. Elle nous guide dans notre vie morale, elle nous aide à discerner le bien du, mal, à découvrir où notre devoir nous engage, elle nous trace une ligne de conduite, elle nous fait connaître les secours à trouver dans les sacrements et elle nous donne un modèle à suivre : Jésus grâce à elle, notre vie prend un sens ; elle tend vers un but, vers un au-delà qui sera son épanouissement merveilleux. Nous allons vers un l'ère qui nous aime, dont elle nous dévoile la pensée. Cette pensée devient nôtre et par elle notre existence revêt une beauté qui l'élève bien ail-dessus d'une vie purement humaine, car notre intelligence s'éclaire au rayonabent de intelligence_divine. Ah ! comme nous devons estimer ce don inappréciable de la foi, que nous avons reçue du ciel, de cette foi par qui nous connaissons notre grandeur d'enfants de Dieu.
La foi ne fait pas que nous éclairer, elle nous soutient. Limitons-nous à notre vie proprement religieuse et voyons quelle force l'âme peut puiser dans sa foi à la poursuite de la perfection. L'oeuvre de sainteté est une oeuvre de longue haleine. l'âme qui l'a entreprise cette âme doit être la nôtre doit se renoncer elle-même, elfe doit renoncer a des satisfactions qui sont naturelles, elle doit s'imposer des sacrifices qui peuvent parfois parfois bien durs. Au moment crucial, la nature suggère insidieusement un « pourquoi » qui démoralise, La foi ardente donne de suite une réponse à ce pourquoi. Elle rappelle les paroles de Jésus sur la nécessité de l'abnégation ; elle fait briller à nos yeux la récompense éternelle qui en sera le prix, elle invoque la personne du Maître qui nous regarde et nous demande un effort témoignage de notre amour pour lui. Elle nous le montre debout a nos côtés ou caché dans notre poitrine, prêt à nous communiquer de sa force, attentif à chacun de nos actes, heureux de nos victoires, attristé de nos chutes. Elle nous rappelle le grand dogme de la communion des saints : ma pauvre petite action obscure, mon sacrifice acconipli dans l'ombre entre l'immense trésor de l'Église et peul et peut concourir à sauver une âme. Et je réjouis par là le coeur de Celüi qui est venu sauver la mienne. Si uen épreuve vient m'assaillir et nous en aurons la foi me dit que cette épreuve est permise par le Père pour purifier mon âme ; que la souffrance merend semblable au Crucifié mon Maître. Les yeux fixés sur lui, j'aurai la force de porter ma croix. La foi nous soutient.
Plus encore, elle est le fondement de toutes les vertus religieuses. Si la charité est la courome la foi en est la base. L'âme consacrée doit aime Jésus jusqu'à la mort d'elle-même.\Mais comment pourrait-elle si son amour ne s'appuie sur la foi qui lui révèle la divinité de ce Jésus auquel elle s'immole et qui l'a aimée le premier ? Comment son élan vers un Dieu invisible pourrait-il naître s'il n'a comme tremplin la foi qui lui ouvre d'immenses perspectives sur le monde surnaturel ? Comment aimerait-elle les autres membres de la communauté avec le dévouement, la patience, le respect qui convient, si cet amour fraternel ne s'étaie pas d'une foi qui lui montre le Christ habitant en eux, malgré leurs imperfections ? Comment verrait-elle dans ses supérieurs les représentants de Dieu ? Comment se soumettrait-elle sans murmure si son obéissance n'a comme base la foi qui lui montre Jésus dans l'autorité ? Comment serait-elle humble devant Dieu si son humilité ne s'éclaire pas aux lumières de la foi qui fui montre son néant en face de l'Infini, sa sou' lure devant la Pureté sans ombre? Sans la foi, pas de piété possible, pas de zèle possible, pas de vie religieuse possible i Tout, absoment tout, dans la vie du cloître, repose sur elle. Et n'est-ce pas elle, la première, qui nous met en communication avec Dieu ? Voilà pourquoi je dois la considérer comme mon bien le plus précieux sur terre. Si je perds l'espérance, la foi peut me la faire retrouver. Si je perds l'amour de Dieu, par la foi je puis le retrouver. Si je perds la foi, c'en est fini, j'ai tout perdu et tout s'écroule.
Aussi, si nous avons à coeur notre salut éternel, avec quel soin jaloux devons-nous veiller sur elle pour la garder pure et la mettre à l'abri de toute atteinte. Hélas ! même dans les couvents, même dans le sanctuaire, elle se trouve exposée à de graves périls. Le cardinal Mercier révélait dans une confidence attristée que plusieurs de ses prêtres avaient perdu la foi parce que poussés par une curiosité malsaine et imprudente, ils avaient écouté les émissions d'une radio antireligieuse. Et qui dira le nombre des désertions amenées par des lectures téméraires et des spéculations dogmatiques hasardées ? Des ministres de l'autel ont laissé s'éteindre en eux le flambeau de lumière, ils se sont enfoncés dans la nuit de l'incroyance. A quel danger pouvons-nous l'exposer, dans la vie religieuse ?
D'abord, la peur du monde. Dans nos relations avec l'extérieur, nous n'osons pas, parfois, être nous-mêmes, c'est-à-dire des religieux. Sous prétexte de largeur d'esprit, pour paraître compréhensifs ou pour ne pas heurter des gens qui ne pensent pas comme nous, nous essayons de nous plier à leur façon de voir purement naturelle ; nous gardons dans l'ombre notre foi, nous la mettons sous le boisseau, nous en dissimulons l'éclat ; notre langage n'a pas cet accent qui révèle l'homme de foi. Cette conduite a pour résultat de l'atténuer, de lui enlever de sa vigueur ; peu à peu elle s'anémie. Elle ne s'éclipse pas, mais elle perd de sa force ; elle n'a plus sur notre vie la répercussion qu'elle devrait avoir. Certes, la prudence et la discrétion sont des vertus. nais poussees trop loin, elles deviennent de la lâcheté. Nous sommes la lumière du monde, et plus la nuit de l'incrédulité s'étend autour de nous, plus nous devons aviver l'éclat de notre foi, Même dans nos conversations entre nous, notre parole n'a pas la résonance religieuse qu'elle devrait avoir ; sommes prisonniers du respect. Nous avons peur de paraître naïfs notre interlocuteur nous ne devons mais oublier que nous sommes des consacrés et que, ,si nous rougissons de l'être, Jésus rougira de nous devant son Père.
Le respect humain anémie la foi, l'orgueil la ronge. L'orgueil qui vient de la science : la science enfle, dit saint Paul. Mais aussi l'orgueil qui prend la forme de l'insubordination et de la susceptibilité. Arrêtons-nous à celui-là, c'est celui qui nous menace le plus. Il est dur de devoir ployer sa volonté sous la volonté d'un supérieur, de soumettre notre jugement au sien, de voir en lui, malgré ses défaillances, le mandataire authentique de Dieu, revêtu de son autorité. Si l'âme n'est pas assez forte pour imposer silence à son orgueil, elle éprouve une irritation croissante à s'incliner toujours. L'obéissance lui pèse de plus en plus ; elle finit par se raidir et ne plus pouvoir supporter une remarque. De là des murmures, des critiques, de la mauvaise humeur, une colère qu'elle refoule d'abord mais qui finalement éclate. Plutôt que d'avouer ses torts qu'elle reconnaît au fond de sa conscience, elle s'obstinedasn uen attitude d'oppositon è l'autorité elle l'accentue et se durcit. La conséquence, c'est qu'elle éprouve un malaise grandissant à prier ; elle ne peut plus s'approcher du Dieu qui aime les humbles, elle se tient comme à l'écart ; elle en vient à bouder Dieu. Et Dieu qui n'aime pas les âmes orgueilleuses arrête le cours de ses grâces, lui retire peu à peu sa lumière et la nuit descend sur cette âme, une nuit dans laquelle la foi se voile. Elle ne voit plus Dieu, elle ne voit plus que la blessure de son orgueil.--La foi n'est pas morte mais elle est prisonnière de l'orgueil et ne peut plus agir.
L'orgueil ne paralyse pas seulement la foi, il l'attaque et la corrode. L'âme qui ne sait pas se soumettre prend l'habitude de mésestimer et de contredire le supérieur. Elle critique ses décisions, fait des remarques désobligeantes sur sa personne, se tient constamment sur la défensive. Quand le supérieur parle sur des sujets intéressant la vie religieuse, on a un petit sourire goguenard. on se moque tout doucement de ce qu'il dit et que peut- il dire, sinon appliquer aux détails de la vie les principes enseignés jadis par le Maître ? L'orgueil ruine ainsi la foi dans son application. Oh ! certes, l'essentiel est sauvegardé, le fond de la croyance demeure. Mais que vaut cette foi rognée, blessée dans la pratique. Ce n'est plus qu'un arbre dépouillé dont on a saccagé les fleurs, coupé les branches et dont il ne reste plus qu'un tronc solitaire.
L'âme religieuse doite être humble pour maintenir rayonnante sa foi. Elle doit être humble et elle doit être pure. Tout ce qui nous rapproche de Dieu augmente notre foi ; tout ce qui nous en éloigne l'affablit. Or, rien n'éloigne de Dieu comme ce qui blesse la pureté. Cette vertu est bien belle, c'est la fleur du christianisme ; mais c'est une vertu bien délicate qu'un rien peut ternir. Peut-être ne la protégeons-nous pas autant que nous le devrions. Et pourtant, toute atteinte que nous lui portons est plus dangereuse pour nous que pour les gens du monde. Une personne du monde qui subit une tentation de ce genre n'a qu'à songer à son foyer actuel ou futur et la tentation se détourne. Le religeux, la religieuse arenoncé à la famille et la tentation vient se heurter contre l'obstacle qui s'opposse à elle, la foi, la foi qui dit que blesser la pureté c'est blesser Dieu et peiner le Maître. Notre nature perverse suscite peu a peu le doute. Pour satisfaire son inclination au mal, elle obscurcit l'esprit, corrode sournoisement l'obstacle et à la tentation contre la pureté s'ajoute une tentation contre la foi. Aussi devons-nous garder notre âme absolument pure. Seule la transparence de l'âme permet à la foi d'y faire rayonner la plénitude de sa lumière. Demeurons purs, fuyons jusqu'à l'ombre même d'une faute n'oublions pas que nous sommes pas des anges et exerçons sur notre coeur une vigilance continue. Notre pureté et notre humilité sont les gardiennes de notre foi.
Il ne suffit pas de préserver la foi, il faut encore l'augmenter et pour cela la nourrir.
Par la prière d'abord. La foi est un don de Dieu, seul Dieu peut la faire grandir ; c'est de lui que nous devons attendre l'accroissement. Deus autem incrementum dedit. Redisons souvent cette prière contenue dans les pages de l'Evangile : « Je crois, Seigneur, mais augmentez ma foi. » Oui, demandons à Dieu de la rendre si grande, si rayonnante que son éclat illumine toutes les parties de notre âme, que notre vie entière baigne dans sa lumière surnaturelle, que chacun de nos actes en soit revêtu, que chacune de nos pensées en émane. Demandons cette foi vive du centurion, de la Chananéenne qui ont mérité d'être loués par le Maître.
Par la pratique ensuite. Dans la prière. Que nous dit saint Jacques ? « Que notre prière monte avec foi, sans ombre d'hésitation. » Pourquoi le Maître a-t-il été ému par le centurion, par la Chananéenne , sinon à cause de la profondeur de leur foi ? Et il se laisse arracher le miracle. Voyez plutôt cette femme païenne. Rien ne peut la rebuter : ni les rebuffades, ni les paroles sévères qui nous semblent dures et mettent sa foi à une rude épreuve, ni les murmures des apôtres contre cette étrangère. Elle murmure, elle insiste, elle supplie sans se décourager et sa foi obtient une guérison qui lui était d'abord refusée. S i tant de nos prières restent vaines, ne serait-ce pas parce que nous manquons de foi ? Pratiquons- la dans nos relations avec Jésus à la chapelle. Que notre altitude recueillie soit vraiment celle d'une âne qui sait que le Maître la regarde. Pratiquons-la en communauté. Que notre supérieur soit vraiment le représentant de Dieu ; que nos frères, nos Soeurs, soient vraiment à nos yeux les amis du Christ, les temples de la divinité. Que l'idée de l'omniprésence divine crée autour de nous une atmosphère surnaturelle où toute notre vie se trouve plongée. Alors nous dirons vraiment le Credo de notre messe.
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XII
Suscipe liane immaculatam Hostiam.
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Il y a un grand jour dans la vie religieuse, jour de ferveur, de recueillement où l'âme ne semble plus appartenir à la terre. Ce jour surgit au premier plan de nos souvenirs, son rayonnement nous inonde encore de sa clarté. Il y a un jour, si grand, si beau, si pur que tous les autres en dépendent : les uns en sont l'enivrante préparation, les autres le reflet et le prolongement. Ce jour, c'est celui de notre profession perpétuelle. C'était un jour du ciel. Nous nous sentions vraiment du Maître à qui nous venions de nous donner, nous nous sentions vraiment les fils aimés du Père. Nous aurions voulu que ce jour n'eût pas de fin. Notre voeu a été réalisé, ce jour n'a pas eu de fin, il continue et nous en vivons. Il continuerainsi jusqu'à l'heure où, libérée par la mort, notre âme ira vers Celui qu'elle a choisi polir unique amour L'offrande que nous lui avons faite de nous-mêmes étend son effet sur tout note vie Chacun de nos actes actuels, chacune de nos pensées en est la prolongation à travers le temps. Nous apportons aujourd'hui au P ère dans le détail, une vie que nous lui avons donnée alors dns son ensemble. Nous lui avons dit alors : « O Père, je ne sut plus à moi, je suis à vous. Disposez de moi comme vous voudrez, ma vie vous appartient. » Et le Père a agréé notre offrande, il a accepté le don sans réserve que nous faisions de notre âme il nous a indiqué la manière dont il voulait que notre vie fut vécue désormais. Il nous a montré la règle de notre Institut et nous a dit : « C'est le livre de mes volontés. Conduis d'après lui une vie que tu m'as consacrée. » L'observance de notre Régle c'est notre offrande de jadis continuée a l'heure actuelle, c'est la mise en pratique de notre oblation, c'est l'offertoire de notre messe.
Si nous considérons la Règle sous cet aspect, nous verrons clairement les qualités que doit revêtir notre observance. Elle doit être totale, surnaturelle, faite avec amour.
Elle doit être totale. Au jour de notre profession, nosu avons tout doné, l',offrande a été sans réserve, sans arrière-pensée, l'oblstion a été loyale. Nous avons consacré au Père notre vie dans sa totalité, nous lui avons confié la direction jusqu'à la mort.
Et le Père qui a agréé notre offrande nous donne ses volontés par la Règle, si, bien que la moindre prescrition de cette Règle devient pour nous un désir au Père. Certe, tout n'y a a pas la même importence, nous ne devons pas tomber dans les anxités du scupule et sin ous avons mangqué lègèrement au silence, et attrivuer àè ce manquemet la même gravité qu'a uen violation de nos voeux, Mais cette distinction nécessaire, une fois que la chute a eu lieu, pour éviter le trouble de l'âme, ne doit pas nous guider avant la chute. Avant d'agir, une sel attitude est possible, une seule considéraiton doit nous importer. 'J'ai consacré ma vie au Père, je m'en suis dépouillé. Il me demande telle dois l'accomplit.pour continuer mon offrande de jadis. » Dès lors, tous les points de la Règle requièrent la même fidélité parce que cette fidélité est l'applicaton de cette vérité, je ne m'arrêterai pas à bavarder dans un corridor au moment du silence. Si je dois demander une permission, j'irai la demander, en toute simplicité, même pour de petits détails ; je ne m'en dispenserai pas sous le fallacieux prétexte qu'il est inutile de déranger mon supérieur. Si j'aperçois en dehors de l'heure du repas un fruit, je me garderai bien de le prendre ; je ne m'autoriserai pas du fait que j'ai faim et qu'il ne s'agit là que d'une cerise, par exemple, c'est-à-dire d'un rien. Cette infraction au silence, cette négligence à demander une permission, cette légère gourmandise, en soi, ne sont rien, mais pour moi, religieux, c'est beaucoup. Je manque à la Règle , ce n'est plus le Père qui dirige une vie que je lui ai consacrée, je reprends une partie de mon offrande, j'interromps mon geste de donation. Je ne puis plus dire comme le prêtre à l'Offertoire : « Recevez, ô Père saint, cette hostie sans tache. » Mon hostie, je viens justement de la profaner.
Pour que l'observance de la Règle soit totale, elle doit se faire selon son esprit, l'accomplirai ce qu'elle m'impose de la mainère dont elle me l'impose.de la manière. Je n'irai pas prier à la chapelle à l'heure de la récréation. La prière est excellente, mais si je m'y livre à ce moment-là, je fais acte de volonté propre, je n'obéis pas au Père qui veut que je sois alors à me distraire avec les autres. Ce temps que je crois lui consacrer, je le lui soustrais en fait parce que je ne l'emploie pas selon la Règle , selon sa volonté. Je suis membre d'une Congrégation enseignante. Si je passe tout mon temps libre au pied du tabernacle, je fais acte de volonté propre, je n'obéis pas au Père parce que l'esprit de mon Institut nie fait un devoir de me sanctifier comme professeur et non comme religieux contemplatif. Je dois étudier toujours pour accroître toujours ma compétence professorale et remplir de mieux en mieux ma fonction. Il m'a appelé au rôle de Marthe et non à celui de Marie.
Totale, mon observance doit être surnaturelle. C'est une condition plus importante encore. Le code mondain a son règlement détaillé, minutieux. Les gens s'astreignent pourtant à lui être fidèles, ils consentent parfois de pénibles sacrifices. Quel mérite leur en revient-il aux yeux de Dieu ? Aucun. Le soldat est soumis à une discipline rigoureuse et cette soumission exige plus d'un renoncement. Quel mérite lui en revient-il aux yeux de Dieu ? Aucun. Pourquoi ? Parce que le mondain est fidèle par un point d'honneur ; le soldat, par crainte du châtiment. Si notre fidélité ressemble à la leur, si nous ne voyons dans notre Règle qu'une institution purement humaine, si nous ne nous y soumettons que par un souci de dignité dans l'ordre, notre fidélité est sans valeur aux yeux du Père et elle nous deviendra vite à charge.
Certes, il y a quelque chose d'humain dans la Règle. Elle ne nous a pas été apportée du ciel par un ange. C'est un esprit humain qui l'a conçue, un esprit humain qui l'a rédigée. Comme tout ce qui sort des mains de l'homme, elle comporte des imperfections que l'expérience révélera et qui nécessiteront des modifications ultérieures Mais au moment que cette Régle a été approuvée par l'Église authentiquée par le Vicaire de Jésus sur terre, elle devient, pour nous l'expression de la volonté du Maître. Son côté humain disparaît.
D'ailleurs, en dehors de cette reconnaissance officielle par l'Eglise, la Règle doit nous être sacrée pour une autre raison. Revenons à ce matin de notre profession perpétuelle. A cette heure décisive, nous nous sommes donnés au Christ. La présence de nos fondateurs, des anges et des élus, invisibles témoins de notre donation, nous lui avons promis de vivre jusqu'à la mort suivant les régles et les constitutions de notre institut. Cette promesse irrévocable engageait notre existence tout entière, elle était libre de toute contrainte, nous l'avions mûrie durant une longue préparation, nous l'avions impatiemment attendue. Nous savions qu'elle était sacrée puisqu'elle s'adressait à Dieu et nous l'avons faite comme telle. La Règle est ainsi devenue une chose sainte parce que son observance a été l'objet d'une promesse faite à Dieu. Et nous lui devons le même culte, le même respect que nous vouons aux vases sacrés de l'autel. Elle n'est plus une simple discipline humaine, elle est l'expression écrite de la volonté de Dieu.
On voit par là le rôle sanctificateur qu'elle peut jouer. Puisqu'elle est l'expression de la volonté divine, plus ie me conforme à la Règle , plus je me conforme à la volonté divine et plus s' 'avance en sainteté. Aussi le Pape Benoit XIV n'hésitait-il pas à déclarer qu'il canoniserait un religieux constamment fidèle à sa Règle sans qu'il soit besoin de citer un miracle à son procès. Dès lors, si j'observe le silence, ce ne sera pas pour suivre un goût particulier, c'est parce que Dieu m'impose le silence. Si je vais en récréation, ce n'est pas uniquement pour m'y délasser, c'est pour obéir au Père qui veut que j'aille en récréation. Si je vais au réfertoire même, ce n'est pas parce qu'un fumet venu des cuisines chatouille agréablement mes papilles nasales, c'est parce que Jésus veut que j'aille au réfectoire. Si je demande une permission, ce n'est pas pour que mon supérieur ait de moi une opinion avantageuse, c'est parce que j'ai promis d'observer la Règle et que la Règle me l'impose. Vraiment l'âme religieuse qui observe tous les points de sa Règle pour ce moitif surnaturel, qui futi une oservance routinière, ne peut pas manquer de se rapprocher de la sainteté.
Faut-il ajouter que c'est la seule manière de rendre l'observance intégralement possible ? La Règle prévoit en effet des détails qui peuvent paraître futiles à qui n'a point l'esprit de foi, et l'âme qui ne sait pas se maintenir dans le surnaturel en viendra fatalement à les négliger. Je viens de lire une anecdote plaisante ; je sors de ma cellule et je rencontre quelqu'un dans le corridor. Si l'esprit de foi ne me domine pas, je ne résisterai pas à la tentation de raconter mon anecdote. Je manquerai au silence, je manquerai à la Règle, je désobéirai à Dieu. Je me justifierai à mes yeux en me disant : « Il n'y a pas de mal à cela ! » Mais si... il y a du mal ! Dieu voulait que vous gardez le silence et vous ne l'avait pas fait.Je converse avec une personne de l'extérieur ; la cloche sonne l'examen particulier. Que vais-je faire ? Interrompre ma conversation ? Me rendre à la chapelle ? « Bah ! dirai-je, si je ne me conduis pas par la foi, je ne puis quitter cette personne ainsi. Que va-t-elle penser ? Un examen particulier de plus ou de moins, quel mal y a-t-il ? » Quel mal ? Mais celui de disposer un moment de votrev ie qui ne vous apparait pas, qui appartient à die, de ne pas accomplir la volonté du Maître contenu dans la Règle.
Je suis surveillant de la cour ; la récréation vient de commencer. Et justement, je suis assis à mon bureau, occupé à un travail qu'il nie coûte d'interrompre ; il ne me faut, au surplus, que cinq minutes pour l'achever. « Oh ! mon Dieu, dirai-je, pour cinq minutes, la belle affaire ! Les enfants ne vont pas se tuer ! » Je reste assis tranquillement à mon bureau et je laisse les enfants livrés à eux-mêmes. Il est possible que pendant ces cinq minutes, il ne se passe rien de fâcheux dans la cour. Encore, n'en savons-nous rien. Mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il se passe quelque chose de fâcheux dans votre âme. Parce que votre esprit de foi a manqué de force, vous avez disposé de cinq minutes qui ne vous appartenaient pas, elles appartenaient au Maître à qui vous les avez reprises en manquant à la Règle. Votre oblation n'est pas parfaite, vous dites mal ll'Offertoire de votre messe.
Seul l'esprit surnaturel rend possible l'observance intégrale de la Règle ; seul il lui donne sa valeur méritoire pour le ciel. Seul aussi, il nous permettra de la pénétrer d'amour. Notre profession a été un acte de foi et d'amour. C'est notre croyance et notre amour qui nous ont poussés à renoncer au monde pour nous donner à Jésus. C'est parce que nous croyons en lui et que nous l'aimons que nous lui avons juré appartenance et fidélité jusqu'à la mort. Nous étions heureux, nous aurions voulu que le jour de notre profession n'eût pas de crépuscule. Il ne tient qu'à nous que cela soit. Il ne tient qu'à nous de continuer dans le temps ce geste de croyance et d'amour. Il nous faut pour cela observer notre Règle dans un sentiment d'amour. Une jeune épousée ne pense qu'à son époux, ne voit que son époux, ne vit que par son époux et pour son époux. Elle tâche de lire dans ses yeux pour en deviner les pensées, elle s'ingénie de mille façons à lui être agréable et la volonté de son époux devient sa règle vivante. Mais il lui arrive de se tromper et de faire de la peine alors qu'elle croyait faire plaisir. Quand elle s'en aperçoit, elle est malheureuse ; elle se demande, désolée : « Comment me suis-je trompée à ce point ? Comment faire pour prévenir ses désirs et connaître exactement ce qu'il veut ? Nous, nous n'avons pas à nous poser cette question. Nous aimons notre Maître nous vouloui lui témoigner notre amour, accomplir sa volonté réaliser ses désirs. Eh bien ! sa volonté, nous la connaissons ; ses désirs, nous les connaissons, et toute erreur est impossible. Sa volonté, ses désirs sont contenus dans notre Règle. lésus nous dit : « Âme religieuse, tu cherches à me complaire, tu veux savoir mes volontés sur toi. Conforme ta vie à la Règle , moule-la sur la Règle. En l'observant, tu es assurée d'être dans la bonne voie. » Voilà pourquoi un saint Louis de Gonzague mettait sa Règle sur le même pied que le saint Evangile et l'avait recopiée entièrement de sa main. Dès lors que la régle est le livre des volontés du Maître, il ne nous reste plus qu'à accomplir chacune de ses prescriptions avec amour. Chaque point observé devient comme une fleur que nous jetons sous ses pas. Chaque défaillance est un manquement à son amour, une infidélité qui lui cause de la peine.
Aimons notre Règle, observons-la avec une véritable ferveur. C'est la meilleure garantie de nôtre perfection religieuse c'est dans notre msse, seule manière de dire notre Offertoire : « Seigneur, recevez cette hostie sans tache... »
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