Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
Ma vie est une messe
Titre de la page:

Pe-ipsum-cum-ipso

Nom de l'auteur:
P. Donatien-Terraz A.A.

XXI

Pe-ipsum-cum-ipso


Le prêtre termine le Nobis quo que peccatoribus par la formule rituelle : per Christum Dominum nostrurn. Pour parvenir au ciel, il nous faut nécessairement passer par Celui qui en est la voie : Jésus. Le prêtre continue, il trace avec l'Hostie des signes de croix sur le calice en disant : « C'est par lui, avec lui, en lui, ô Père tout-puissant que vous revient toute gloire et tout honneur. » Jésus est vraiment le lien qui unit le ciel à la terre et la terre au ciel. C'est par Jésus que les grâces descendent du ciel sur les hommes, c'est par Jésus que les louanges des hommes remontent à Dieu. Rien ne se fait en dehors de lui. Si nous tenons à entrer au ciel, voyons le rôle que Jésus doit jouer dans notre vie spirituelle. Aussi bien est-il essentiel pour la réalisation de notre idéal de sainteté.

Jésus doit être tout pour nous. Il doit être tout non seulement parce que nous lui avons promis solennellement de n'avoir jamais d'autre amour que le sien, il doit l'être parce qu'il est le principe de tout et la fin de tout. Ce n'est plus une obligation dérivant seulement du choix fait par notre âme, c'est une obligation qui découle de la place que Jésus tient dans le monde. Dans l'économie du plan divin, Jésus est la source de tout bien, le centre auquel tout se rattache dans l'ordre naturel comme dans l'ordre surnaturel. Omnia in ipso constant.

Il est d'abord à la source de notre existence, car Dieu a tout créé par son Verbe. « Au commencement était le Verbe, nous dit saint Jean, et le Verbe était Dieu. Tout a été fait par lui et sans lui rien n'a été fait. » Le monde des corps, le monde des âmes, le monde des anges, tous les univers, tout ce qui existe a été créé par le Verbe de Dieu. Sans doute la création est plus spécialement attribuée au Père. Mais la parole créatrice par laquelle Dieu appelle du néant les êtres à l'existence, cette parole quelle est-elle, sinon le Verbe de Dieu ? Qu'on ne dise pas : « C'est le Verbe de Dieu, ce n'est pas Jésus dans son humanité. De par l'union hypostatique, ce qui appartient au Verbe appartient à Jésus. Quand notre Maître, au soir de la Passion, s'adresse à son Père, que lui dit-il ? Glorifiez-moi de cette gloire qui était la mienne auprès de vous avant que le monde n'existât. » Or, c'est bien Jésus qui parle ainsi, Jéus dans son humanité ; c'est Jésus qui dit : « la mienne avant que le monde n'existât ».  Il existait donc avant la création du mande, et c'est par lui que le monde a été créé, c'est par lui que nous possédons l'être, c'est par lui que nous sommes sortis du néant.

NMais l'homme a reçu, au jour de la création, une destinée à laquelle rien ne l'appelait dans sa nature, il a été élevé au-dessus de lui-même et situé sur un plan bien plus haut, le plan surnaturel. Il est devenu fils de Dieu, il participe à la vie même de Dieu. Adam doit transmettre à sa descendance cette vie divine qui lui donnera droit d'entrée dans les demeures éternelles. Mais Adam ne sait pas conserver ce trésor de vie divine, il la perd pour lui et pour son immense postérité, il se ferme les portes du ciel. Par sa seule désobeissance ll s'est réduit à sa pauvreté d'homme, il est redescendu sur le plan naturel, il a détruit son titre de fils adoptif. Mais Dieu ne l'abandonnera pas. Sa gloire et sa bonté s'y opposent.

Dieu a surélevé l'homme à l'ordre surnaturel pour enrecevoIr une louange plus parfaite, une gloire plus grande. Son chef-d'oeuvre créateur, si l'on peut dire, a consisté précisément à insuffler une âme immortelle dans cet être minuscule qui s'appelle l'homme et à faire participer cette âme emprisonnée dans la chair à sa propre vie à lui, Dieu. Il ne peut supporter que ce chef-d'oeuvre soit ainsi annihilé par l'homme. D'autant que l'homme n'est pas le seul artisan de cette ruine. Il y a été précipité par le démon, cet implacable ennemi de Dieu, par le démon jaloux de voir une créature destinée à le remplacer dans ce ciel que lui, esprit pur, a perdu. La chute d'Adam, quel triomphe ça a été pour lui ! quelle revanche inespérée ! quel ricanement immense a dû résonner sous les voûtes de l'enfer ! « Ah ! j'ai été vaincu dans ma révolte, j'ai été chassé du paradis... à mon tour je suis vainqueur, j'ai ruiné l'oeuvre de Dieu. Cet être misérable, cet esprit embarrassé dans un corps qui devait me supplanter dans la lumière éternelle, il est tombé, lui aussi. Non, l'homme n'ira pas au ciel. J'ai vaincu Dieu." dieu ne pouvait accedpter ce triomphe de Satan, il referait le chef-d'oeuvre détruit.

La gloire de Dieu n'était pas seule à s'opposer à ce qu'il abandonnât l'homme à son sort, sa bonté ne s'y opposait pas moins. En accédant à l'ordre surnaturel l'homme était entré dans la famille divine, il était devenu enfant de Dieu, enfant adoptif, il est vrai, mais enfant aimé, objet de la tendresse paternelle. Devant la chute de son enfant Dieu ne pouvait demeurer impassible, son amour le pressait de rendre à cet enfant l'anneau d'or et la robe de lumière. Mais il fallait que l'enfant demandât pardon, qu'il réparât sa faute, qu'il en comprît l'énormité et sût à quel degré de déchéance il était tombé. La justice exigeait que l'offense fût d'abord effacée pour que puisse s'épancher le pardon, que le coupable qui avait ainsi détruit l'oeuvre de Dieu s'humiliât et apportât une réparation. Hélas ! comment l'aurait-il fait puisqu'un abîme désormais le séparait de son Père ? Cet abîme était si profond que jamais il n'arriverair à le comber. Y eût-il jeté pendant des myriades- de siècles mérites sur mérites, souffrances sur souffrances, victimes sur victimes, qu'il fût toujours demeuré béant. Nous étions ainsi condamnés à payer, à payer toujours, sans jamais pouvoir éteindre notre dette. Certes, dans sa miséricorde infinie, notre Père aurait pu l'effacer cette dette, oublier cette offense, nous rendre notre titre d'enfants adoptifs. Il ne l'a pas fait. C'est que l'homme n'eût pas mesuré toute la profondeur de sa chute ni l'énormité de sa faute. Devant un pardon si généreusement accordé, il n'eût pas compris tout ce que ce pardon contenait comme amour, il n'eût pas réalisé le prix de la tendresse paternelle retrouvée. Dieu va adopter une solution qui satisfera également et la justice et la clémence. Il enverra un réarateur remplacer l'homme impuissant. Ce réparateur ne sera pas un surhomme muni de pouvoirs spéciaux, ni même un ange. Ce sera son propre Fils, le Fils éternellement engendré dans les splendeurs des cieux, image parfaite de son essence parfaite, le Fils éternellement aimé. Il envoie ce Fils sur la terre réparer à la place de l'homme et ramener l'égaré à la maison paternelle. Au sein de la Trinité un conseil mystérieux se tient. Le Verbe de Dieu se tourne vers son Père. « Père, dit-il, il faut un sacrifice pour sauver le genre humain, vous ne voulez pas de sacrifice d'animaux, vous voulez que je prenne un corps et ce corps sanctifié par l'union hypostatique vous voulez que je vous l'immole au nom de l'humanité coupable. Mon Père, me voici. » Sur un signe des trois Personnes, un archange s'envole vers la terre, pénètre dans la chambre silencieuse d'une vierge d'Israël, il annonce le grand message. Oh ! qui nous dira la grandeur de cette minute unique dans l'histoire du monde où le ciel tout entier attend la réponse d'une vierge, de cette unique où la Vierge ayant dit flat, le Verbe de Dieu descend dans son sein pour y commencer l'oeuvre de rédemption. Un Sauveur va naître qui nous retirera de l'abîme où nous étions tombés. Le Verbe de Dieu e te de se faire t air, de revêtir no re dépouille mortelle, de se substituer à nous pour offrir au Père la satisfaction que la justice réclame. Le Verbe de Dieu se fait l'un-de nous pour nous rendre nos droits au ciel. Le vrai Fils va payer pour ses frères d'adoption.

Et le voici maintenant sur la croix. Le plus beau des enfants des hommes, qu'une vierge a formé dans son sein immaculé, Celui en qui le Père met toutes ses complaisances n'est plus qu'un cadavre défiguré, un corps meurtri et sanglant, un visage exsangue et douloureux. Il est mort dans la désolation suprême. Il est mort, mais son sang, en touchant la terre, l'a purifiée de sa souillure. Par soIn sacrifice, il a apaisé la colère divine, satisfait la justice divine, il nous a rendu l'adoption divine. L'antique anathème est enlevé, la communication rétablie entre le ciel et la teirre, Dieu peut contempler de nouveau son cherf-d'oeuvre restauté dans sa beauté première moins les dons préternaturels. La gloire de Dieu est vengée, Satan est vaincu, vaincu par le nouvel Adam. Création, rédemption, tout se fait par Jésus.

Et la réparation est non seulement égale à l'offense, elle la dépasse infiniment. Un seul acte de Jésus possède une valeur infinie et suffit pour apaiser le Père. Or, ce n'est pas un acte seulement qu'il pose, c'est toute sa vie, chacun des actes de sa vie, depuis la descente dans le sein de la Vierge jusqu'à la descente dans le tombeau qui revêt une valeur infinie d'expiation, de pacification. Et toute cette existence réparatrice il la consomme par la plus héroïque des immolations, par le sacrifice le plus pur. Saint Paul peut s'écrier avec raison : « Là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé. » Et remarquons le parallélisme merveilleux entre la chute et le relèvement. C'est par une désobéissance qu'Adam porte atteinte à la gloire de Dieu et se ferme les portes du ciel ; c'est par l'obéissance que Jésus rétablit la gloire divine et rouvre les portes du ciel. Une femme, Eve, notre malheureuse première mère, a coopéré à l'oeuvre d'iniquité ; une vierge, Marie, notre Mère immaculé coopère à l'oeuvre du salut. Un arbre a été l'occasion de la faute au paradis terrestre ; un arbre, et quel arbre ! l'arbre de la croix, sera l'instrument de l'expiation. Réparation adéquate qui s'oppose au péché non seulement dans sa nature, mais encore dans sa modalité ; rédemption admirable qui surpasse en beauté l'oeuvre de la création elle-même parce que révélant plus d'amour. « O Dieu ! s'écrie l'Eglise, qui avez créé la dignité humaine d'une manière si merveilleuse et qui l'avez restaurée d'une manière plus merveilleuse encore... » Maintenant le Père peut se pencher de nouveau sur notre planète, il a retrouvé ses enfants, des enfants qui font monter vers lui la louange adoratrice et les prières empreintes de tendresse confiante. Et tout cela est l'oeuvre de Jésus. Per ipsum ornais honor et gloria.

Jésus est à l'origine de notre création, il est l'Auteur de notre rédemption. C'est par lui que nous a été donnée et redonnée la vie surnaturelle. Son rôle ne s'arrête pas là. Cette vie, c'est lui qui continue à l'écouler en nous, à l'augmenter. Dans l'ordre de la nature, la vie ne se donne qu'une fois. Quand l'enfant est né, qu'il a grandi, il constitue désormais une personnalité indépendante, il mène une vie distincte, autonome. S'il vient à mourir, ses parents sont impuissants à lui redonner une deuxième fois la vie. Il n'en va pas de même dans la surnature. Une fois que Jésus nous a donné la vie, nous ne pouvons pas nous séparer de sa personne pour constituer des entités indépendantes ; cette vie, nous ne pouvons la maintenir et la développer que si nous lui restons unis comme le sarment est uni au cep. C'est de lui que nous continuons à recevoir la sève vitale. La Rédemption n'est pas un fait historique isolé dans le passé, sans liaison avec le présent, c'est une action qui s'exerce encore à l'heure actuelle. Nous sommes lavés du péché, surnaturalisés, divinisés, redevenus enfants de Dieu dans la mesure où nous sommes unis à Jésus, c'est par notre union à lui que nous entrons dans la famille divine.

Et ceci est fondamental pour notre vie spiri­tuelle. Nous voici, religieux et religieuses, à la pour suite de la sainteté. Notre âme, nous essayons de la maintenir la plus pure possible, la plus proche de Dieu. Par quel moyen ? La grâce, principe de sainteté et de déification. Mais cette grâce nous vient surtout par les sacrements qui nous relient à Jésus. Le Baptême a effacé en nous la souillure originelle, il nous a constitués enfants de Dieu, rendu les droits aux béatitudes célestes. Mais le Baptême est-il autre chose que le ruissellement sur l'âme du sang purificateur de Jésus ? Est-il autre chose que la soudure de notre âme à sa divine Personne, et, comme dit saint Paul, ne sommes-nous pas alors greffés sur lui ? Cette vie, nous pouvons la perdre de nouveau, nous pouvons mourir spirituellement. Le péché grave vient annuler en nous les effets de la Rédemption, il nous ôte notre titre d'enfant de Dieu, il referme les portes du ciel. Nous recourons alors au sacrement de Pénitence. Mais l'absolution est un deuxième Baptême, un Baptême qui efface non plus un péché de nature, mais les péchés personnels ; un deuxième Baptême qui nous greffe à nouveau sur Jésus, nous redonne la vie en nous reliant de nouveau à Celui qui en est la source, nous rend nos titres d'enfants de Dieu ; un deuxième Baptême que nous pouvons répéter aussi souvent qu'il en est besoin. C'est toujours Jésus qui nous sauve.

Cette vie reçue au Baptême, recouvrée par la Pénitence, nous devons la développer si nous voulons atteindre cette perfection à laquelle Dieu nous a appelés. Comment la nourrirons-nous surtout, sinon par la réception de l'Eucharistie ? « Je suis le Pain vivant, je suis le Pain descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce Pain il vivra pour l'éternité, et le pain que je donne, c'est ma chair. En vérité, en vérité, je vous le déclare, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez de son sang vous n'aurez pas la vie en vous. »

Voilà pourquoi Jésus doit être tout pour nous et pourquoi nous devons l'aimer par-dessus tout. Car il est non seulement notre Créateur, non seulement notre Rédempteur, mais il est la Source de toute vie et de toute sainteté. Jésus Dieu et homme Jésus Verbe de Dieu revêtu de notre chair mortelle, Jésus dans sa sainte humanité. Le Saint-Esprit, principe d'amour et de sanctification, souffle qui féconde les âmes, le Saint-Esprit nous vient par Jésus. Les autres dévotions sont bonnes, mais l'amour de Jésus est essentiel, l'amour de Celui qui nous a tant aimés qu'il en est mort. Nous voulons _rejoindre notre Père, nous voulons aller à Dieu, il n'y a qu'un moyen : Il est la Vie incréée et il est la Voie qui mène au Père.

Per ipsam, et in ipso, et cum ipso.


XXII
Pater noster.


Jésus nous a rendu nos droits à l'héritage éternel, nous sommes devenus ses cohéritiers et les enfants de Dieu. Cette grande vérité, il ne cesse de s'y référer. « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Qu'est-ce que la parabole de l'enfant prodigue sinon l'histoire du pécheur repentant qui revient à Dieu ? Et dans la prière qu'il enseigne à ses disciples, il commence par ces mots : « Notre Père qui êtes aux cieux. » Nous sommes donc les enfants de Dieu et nous devons nous conduire envers lui comme des enfants envers leur Père. C'est un point important du message évangélique. Nous ne sommes pas des serviteurs, nous sommes les enfants, nous devons avoir une âme d'enfant qui attend tout de son Père avec une totale confiance et qui l'aime de toute sa jeune âme. « Si vous ne redevenez semblables à des tout petits, vous n'entrerez pas au royaume des cieux. » Ce n'est pas seulement un conseil que nous donne le Maître, c'est une nécessité sur laquelle il a attiré notre attention.

Or, quels sont les traits qui caractérisent l'enfance, qui en font le charme prenant et que nous devons recouvrer ? Il y a d'abord le sentiment de sa propre faiblesse. L'enfant sait qu'il n'a rien par lui-même, ne peut rien par lui-même, qu'il doit tout attendre de ses parents, habits, nourriture, soins corporels. Il a conscience d'être faible, ses chutes le lui ont suffisamment démontré. Aussi, ne s'éloigne-t-il guère de sa mère, il trottine à ses côtés en lui donnant la main, il s'accroche à sa robe. Dès qu'il est seul et s'en aperçoit, il est inquiet, il prend peur, il a l'impression d'être en danger, il appelle sa mère. Telle doit être notre conduite.

Nous devons nous tenir constamment près de Dieu avec cette conscience que là seulement nous sommes en sécurité et nous devons compter uniquement sur lui. Ce ne doit pas être là seulement 'un aperçu de l'esprit, ce doit être le sentiment pro­fond qui informe notre manière d'agir habituelle. Vraiment, dans l'ordre du salut comme dans celui de la perfection, nous ne pouvons rien par nous mêmes, nous sommes faibles. « Sans moi vous ne pouvez rien faire » nous dit Jésus. L'enfant s'essaie du moins à marcher seul ; il ne va pas loin, c'est vrai, toujours est-il qu'il marche de lui-même, appuyé sur ses seules forces. Nous, nous ne le pouvons pas. C'est notre Père qui nous invite à marcher et qui nous donne la force d'avancer. Par nous-mêmes, nous ne pouvons même pas appeler au secours, c'est l'Esprit-Saint qui nous fait dire : « Abba ! Père ! Père ! » Cela est peut- être dur pour notre orgueil, nous voudrions pouvoir dire que nous sommes capables de quelque chose, eh bien, non, il nous faut renoncer à cette prétention. Cette impuissance ne doit pas nous attrister. L'enfant ne se formalise pas de sa faiblesse, il accepte sa situation, il s'abandonne simplement à ceux qui sont chargés de lui. Mais il faut que nous la recon­naissions et que nous en tirions les conséquences. « Ne soyez pas inquiets, nous dit le Maître, de votre vêtement ; votre Père céleste qui donne aux lis leur parure blanche, vous donnera le nécessaire. Ne soyez pas inquiets sur votre nourriture ; votre Père qui nourrr les oiseaux du ciel, vous donnera le nesssaire. Le Père céleste connaît vos besoins. » Notre Père veut donc que nous nous en remettions totalement à sa bonté.

Cette conscience de notre faiblesse ne doit pas pousser à l'inaction. Il ne s'agit pas pour nous de  demeurer passifs en nous disant que ne pouvant rien faire, nous n'avons rien à faire. Quand l'enfant  apprend à marcher, la mère le soutient sous les  bras pour l'empêcher de tomber, mais c'est l'enfant qui déplace ses petits pieds et s'essaie à former des  pas. Dieu montre à l'âme religieuse l'idéal de .la  sainteté et lui-dit : « Monte jusque-là. Je suis trop  faible dit l'âme, seule, je n'y arriverai pas. Tu  es trop faible, reprend Dieu, si tu veux marcher  seule ; mais je te sontieudrai avec moi tu pourras. » Rien n'émeut autant notre Père que de nous  voir aller à lui, en trébuchant peut-être, mais en lui  tendant les bras avec confiance pour l'appeler à notre secous. Car avoir confiance en quelqu'un, c'est lui dire qu'on l'aime et n'est-ce pas surtout cet amour candide que Dieu attend de nous ? Oh ! n'arguons pas de nos péchés ! ils peuvent être aussi nombreux que le sable de la mer, qu'ils ne doivent en rien diminuer notre confiance en Dieu. Ils doivent plutôt l'augmenter. D'un côté, nous avons vu de quoi nous sommes capables, livrés à nous-mêmes ; d'un autre, nous avons pu voir combien Dieu nous aime puisqu'il nous a relevés chaque fois de notre chute, qu'il nous a purifiés chaque fois de nos souillures, qu'il nous a accordé chaque fois le pardon que nous avons imploré. L'enfant tombe, lui aussi, et combien d'espiègleries il commet ! Il a déjà beaucoup à se faire pardonner. Mais cela n'entame en rien sa confiance. Dès qu'il voit ses parents, il se précipite dans leurs bras, il est sûr du pardon. Une des peines les plus vives de Jésus dans la trahison de Judas a été moins le fait de la trahison elle-même que le manque de confiance du malheureux. Le Maître a souffert de voir cet apôtre qui avait vécu avec lui, qui connaissait son immense amour, douter de cet amour et rouler dans le désespoir. Au bord du gouffre, il essaye encore d'arracher cette âme à son tragique destin : « Mon ami..., que viens-tu faire ?... Eussions-nous sur la conscience les crimes les plus monstrueux que nous ne devons jamais oublier .ue Dieu. est avant tout un Père dont rien ne pourra décourager l'infinie tendresse. A peine a-t-il aperçu au loin son enfant prodigue que le père ne peut plus contenir son émotion, il s'élance à sa rencontre, lui ouvre les bras et se met à pleurer de joie sur son épaule. Le fils coupable n'a pas douté de l'amour paternel. Or, qu'est-ce que l'amour de ce bon vieillard en comparaison de celui de notre Père ! Il sait bien que nous sommes faillibles, il le sait mieux que nous, c'est pour cela qu'il veut que nous nous attachions fermenr à lui, malgré nos défaillances nous ayons en lui une confiance.

La candeur est précisément un autre charme de l'enfant. L'enfant est candide, l'enfant est simple. Il ignore les embarras de notre psychologie, ce labyrinthe de sentiments dans lequel nous nous égarons. Notre orgueil se plaît à tout compliquer, jusqu'à la vie spirituelle. Nous ne savons plus être simple, nous ne savons plus aller droit au but, franchement, avec le sourire, nous ne savons plus aller bonnement à notre Père. Et pourtant lla vie spirituelle est une chose simple, elle consiste à aimer Dieu de tout notre coeur avec la charmante naïveté de l'enfant. Mais on trouve justement cela trop simple, on s'embarrasse d'une foule de petites pratiques qui ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, mais ont le grand tort d'accaparer notre âme au détriment de l'essentiel. On a des scrupules, des inquiétudes, on se torture à examiner la conscience, on s'épouvante de ce qu'on aperçoit au fond de son coeur comme tendances mauvaises et l'on désespère d'arriver jamais à la perfection. On voudrait accomplir des aclions d'écalt comme on en lit dans la vie d'extraordinaire à offrir à DIeu. Dieu ne nous demande pas cela. Il nous le demandera peut-être un jour, mais s'il nous le demande, il nous le dira clairement. Pour l'instant, il nous demande de l'aimer et de nous jeter dans ses bras. Ce sera peu de chose c'est cela qu'il veut. Nous serons pareils au Bamban d'Alphonse Daudet. Il n'est pas bien beau, ce Bamban, ce n'est qu'un disgracié, bancal, petit, mal propre. Il s'est pris pour son surveillant d'une affection humble et fidèle. Lorsque Daudet quitte la surveillance des petits pour assurer celle des moyens, chaque enfant s'ingénie à lui dire un gentil mot d'adieu. Et Bamban ? Bamban s'avance avec gravité, il se dandine jusqu'au bureau, et avec un large sourire dépose une feuille de cahier avec des bâtons. Il a réussi à tracer des bâtons à peu près droits, sans trop de pâtés, et il vient les offrir. Ce geste spontané et si simple alla droit au coeur du surveillant. bien ! la vie spirituelle consiste en cela, à faire des bâtons si nous savons pas faire chose mais à les faire avec amour et à les présenter dans un sourire.

Simplicité dans nos rapports avec Dieu, simplicité dans nos rapports avec le prochain. Le monde nous raillera ? Qu'importe. C'est à Dieu que nous cherchons à plaire et il sera content de nous. La simplicité est un des traits qui nous rapprochent le plus de Dieu. Dieu est en effet la simplicité suprême parce qu'il est l'unité suprême.

La simplicité ne peut aller sans franrhise. L'enfant dit naturellement ce qu'il pense. S'il vient à dire un mensonge, c'est qu'il a vu une grande personne agir ainsi. Mais de lui-même il ne nient pas, il dit candidement ce qu'il éprouve. Nous, nous n'avons plus cette fraîcheur, c'est que nous avons trop de choses à cacher, trop de choses que nous voulons garder secrètes, trop de choses dont la révélation nous couvrirait de honte. Nous voulons bien qu'on nous connaisse, mais qu'on nous connaisse à notre avantage, nous ne laissons apercevoir que les belles parties de notre âme. De là cette prudence dans nos paroles, ces ruses dans nos conversations pour ne rien laisser transparaître de ce qui se passe réellement en nous. Nous avons des attitudes affectées, nous prenons des poses, nous jouons la comédie devant le public, mais le public ne voit que les gestes que nous lui laissons voir, n'entend que les paroles que nous voulons laisser entendre, il ne sait rien de ce qui se passe dans les coulisses. Tous ces petits calculs d'amour-propre, toutes ces arrière-pensées, nous les apportons dans nos rapports avec nos supérieurs, avec Dieu même dans la confession. Qui de nous peut dire qu'il ne cache rien à son supérieur, qu'il est devant lui comme un livre ouvert dont il peut tourner les pages ? Qui de nous peut dire qu'au confessionnal il a toujours avoué ses fautes simplement, avec la volonté que notre confesseur comprenne bien notre état et puisse apporter des remèdes à des maux que nous ne voulons peut-être pas soigner ? Même dans la prière, nous ne savons plus être simples. Là, nous essayons misérablement de poser. Nous faisons des phrases pour traduire notre amour comme si notre Père ne préférait pas à toute cette littérature le candide aveu de notre impuissance et notre abandon confiant en lui. L'enfant ne cherche pas à poser, à tromper, il laisse transparaître son âme naïve. Qu'il ait été sage ou qu'il ait commis une faute, c'est toujours la même ouverture de coeur, le même élan confiant. Il ignore les exigences de notre amour-propre, son regard limpide laisse voir sa pensée, il dit les choses comme il les sent. C'est une corolle qui déploie complètement ses pétales, tandis que nous n'osons pas montrer tous les nôtres.

Pourtant, il est un trait qui le rend plus gracieux encore, c'est son esprit d'imitation. Son âme toute fraîche est sensible à la moindre impression ; les gestes qu'il remarque, les paroles qui le frappent se gravent profondément dans sa mémoire, il essaye de les reproduire. Voyez cette petite fille avec sa poupée. Elle la tient contre sa poitrine, elle la berce, lui parle tout doucement, l'embrasse ou bien elle lève son doigt menaçant, prend un visage sévère, elle la gronde. Son instinct de future mère lui dicte en partie tous ces gestes, mais aussi et surtout esprit d'imitation. Elle se souvient de ce qu'on fait pour elle, se rappelle telle intonation, telle attitude de sa mère, elle les reproduit à son tour, avec un zèle nouveau. C'est cela que Dieu demande de nous. Dans un domaine surnaturel, notre âme est aussi neuve qu'une âme enfant, elle doit tout apprendre, imiter un modèle aimé. Mais qui imitons-nous? Notre Père du ciel ? Il est invisible et trop grand pour notre petitesse.

Mais il nous a envoyé son Fils qui est Dieu mis à notre portée. Il est homme comme nous, il est l'un de nous, il constitue pour nous un modèle accessible et divinement beau pourtant. Notre imitation sera imparfaite, nous ne parviendrons jamais à reproduire l'éclat de sa pureté, du moins nous en reproduirons ce que nous pourrons. Jésus est l'idéla, que nous devons toujours avoir sous les yeux pour en adopter la manière de penser, la manièe de voir, pour mouler notre âme sur la sienne . Aussi biens sans lui  que ferons-nous? Nul ne peut plaire à Dieu s'il ne ressemble au Fils bien-aimé en qui il a mis toutes ses complaisances. Et puis, c'est là une question d'amour. L'enfant imite ceux qu'il admire et qu'il aime. Si nous aimons notre Maître, nous l'imiterons dans un mouvement spontane, attecifteux et pur. Cette imitation s'étendra aussi à notre Mère. Car si par son côté humain Jésus s'est mis à notre niveau, par son côté divin il nous dépasse infiniment. Marie, elle, n'est qu'une créature, c'est la plus haute, la plus belle, la plus parfaite de toutes, elle demeure pourtant une créature. Plus encore que Jésus, elle est à notre portée.

L'enfant imite, imitons l'enfant, redevenons des enfants, reprenons-en les caractères qui en font le charme. Retrouvons sa candeur, sa sijmplicité, sa confiance, son amour innocent. C'est ainsi que Dieu nous veut, que nous deviendrons des saints, que nous nous sauverons. « Si vous ne devenez semblables aux tout petits, vous n'entrerez pas au royaume des cieux. » Toute notre vie se passera à aimer. Nous laisserons le monde à sa vaine agitation pour tourner nos regards vers le Père. Qu'importe à l'enfant ce qui se passe dans l'univers ?

L'univers, pour lui, est constitué par la famille. Le nôtre sera formé par  notre Père du ciel, par notre Frèius et par notre Mère. Redevenons des enfants , nous pourrons alors avec sincérité dans la messe de notre vie Pater Noster parce que vraiment nous seront les enfants aimants et aimés de Dieu