XXIII
Panem-coelestem-accipiam
|
La sainteté consiste dans une union de plus en plus gloire de Dieu notre Père, à vivre de plus en plus de sa vie divine, à voir cette vie nous envahir, nous inonder. Cette vie, reçue au Baptême, doit se développer sans arrêt et jaillir jusque dans l'éternité. Il nous faut donc prendre la nourriture qui l'entretient et l'augmente, l'aliment divin que le Maître a préparé pour notre âme, il faut nous asseoir à la sainte Table et recevoir le Pain eucharistique.
El._d'abord nous devons communier parce que c'est la volonté formelle de Jésus. Pour instituer ce sacrement, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le distribua à ses disciples. « Prenez, dit-il, prenez et mangez, ceci est mon corps. » Il bénit la coupe de vin et dit également : Prenez et buvez- en tous, ceci est le calice de mon sang. » Et il ajouta : « Faites ceci en mémoire de moi. » Il veut donc que ce geste soit renouvelé. Par-delà les siècles il s'adresse à ses disciples futurs, il s'adresse à nous pour nous dire : « Prenez et mangez, ceci est mon corps. Prenez et buvez, ceci est mon sang. » Il veut être mangé par ses disciples. Et pourquoi cette volonté de servir de pâture aux âmes ? Mais justement parce qu'il est la Vie et qu'il veut nous la communiquer. « Je suis la Vie, je suis venu dans ce monde pour que les âmes aient la vie et qu'elles l'aient en surabondance. » En recevant sa sainte humanité unie à la nature divine, nous entrons en contact direct aivec la source même de la vie surnatuiélle. C'est déjà par cette sainte humanité livrée à la mort qu'il a etface le peche,c'est par elle qu'il éîrre trait d'union encre te ciel et la terre, par elle gitè nous viennent toutes lès grâces ; c'est par elle ger va entretenir et alimenter la vie divine qu'il nous a rendue. C'est là que se révèlent une fois de plus son insondable amour, son insondable sagesse.
Pour hausser jusqu'à lui il descend jusqu'à nous. Par l'Incarnation il s'est fait l'un de nous, il s'est mis à notre portée parce que, en même temps que nous sauver il voulait nous servir de guide et de modèle. Dans l'Eucharistie il veut se faire notre nourriture et notre breuvage, mais pour que nous puissions prendre sa chair et son sang il nous les présente sous les apparences des aliments les plus usuels, le pain et le vin. « Prenez et mangez ! Prenez et buvez ! » Il voile non seulement sa divinité mais aussi son humanité pour que nous osions prendre cette nourriture, il se cache sous les voiles du pain. Mais ce pain, mais ce vin, c'est son corps, c'est son sang qu'il nous donne pour que nous ayons la vie. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang porte en lui la vie éternelle. » Voilà pourquoi il insiste : « Prenez et mangez ! Prenez et buvez !
La communion est donc une nécessité, nous seulement parce que c'est un désir du Maître, mais aussi parceque c'est une condition essentielle à réalise r pour être vivant. « En vérité, en vérité je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. » C'est une nourriture aussi nécessaire à l'âme que le pain matériel l'est au corps. C'est là ce qui en fait l'importance. Elle n'est pas un acte facultatif de dévotion, elle s'impose. Nous ne sommes pas libres de nous asseoir à la Table sainte ou non ; si nous voulons vivre, il faut nous en approcher sous de mourir spirituellement. On voit dés lors l'immense profit que nous en pouvons tirer pour notre vie intérieure. Nous devons tendre à la sainteté et recevoir à flots toujours plus abondants la vie divine en nous. Or, dans l'Eucha ristie, Jésus vient à nous pour nous communiquer cette vie 'en se donnant lui-même. « Je suis la Vie:» Plus donc nous le recevrons, plus nous seront vivants.
Nous nous prenons parfois à formuler des regrets, nous disons : « Ah ! si j'avais pu vivre dans l'ombre du Maître, sous son regard ! Si j'avais pu l'entendre parler, si j'avais pu l'accompagner dans ses voyages, si j'avais pu toucher la frange de son vêtement, quelle eût été ma joie I » Nous envions une sainte Madeleine qui peut arroser de ses larmes les pieds divins et les essuyer de sa chevelure, nous envions un saint Jean qui a reposé tendrement son front sur le sein du Maître, mais nous avons bien plus. Le Maître, non seulement nous le touchons, nous le possèdons, nous le portons en nous, il mêle sa chaire à notre chair, son notre âme, sa divinité à notre faiblesse de créature, il descend au fon de notre coeur. Le publicain Zachée désire voirte Maître. Non seulement il le voit, mais encore il le reçoit dans sa maison. Et que dit Jésus : Aujourd'hui, le salut est entré dans cette demeure. »
Qu'en sera-t-il de nous qui recevons ce même Jésus dans notre âme ? Le Fils de Dieu et de l'Immaculée, le Créateur du monde, la Vie incréée est en nous, réellement, physiquement ; il y est plus présent qu'il ne l'était pour Zachée, car il se mêle intimement à notre être, il compénètre notre substance, il se fond en nous pour nous cronner la vie.
Comment se fait-il donc qu'aprés tant de communions, après avoir reçu si souvent Celui qui est la Vie, nous en soyons encore au point où nous en sommes ? Comment se fait-il que nous soyons si languissants, si anémiques, si débiles au point de vue spirituel ? Dirons-nous que la faute en est à l'aliment, que le pain est trop faible, qu'il manque de valeur nutritive ? Ou ne serait-ce pas la réception qui est défectueuse ? Ne seraient-ce pas nos dispositions personnelles qui eà neutraliseraient l'efficacité ? Ne serait-ce pas que nous nous approchons de la sainte Table mal préparés ?
La première condition, bien sûr, est d'abord d'être vivant. On ne donne pas de la nourriture à un cadavre. La lui donnerait-on qu'elle serait absolument inutile. L'Eucharistie est un sacrement des vivants. Elle entretient la vie surnaturelle, elle l'augmente, elle l'intensifie, elle ne la donne pas à celui qui ne l'a pas dejà, de même que le pain matériel est impuissat à redonner la vie à un corps en décompositon.
Si notre âme est morte par un péché grave, la contrion, loin de la ranimer, ne fera qu'accentuer sa mort d'une manière terrible.
Première Condition : être vivant.
Cela ne suffit pas, il faut eliminer tons les obstacles à l'action de l'Hostie. Ces obstacles, ce sont les péchés véniels voulus, acceptés ; ce sont les attaches que nous maintenons avec les créatures ; sont les préoccupérations étrangères qui encombrent notre âme et empêchent, la vie divine de l'emplir. C'est là ce qui explique la stérilité de nos communions. Nous n'arrivons pas à nous déprendre de nous-mêmes, nous n'arrivons pas à nous détacher de la créature. Nous laissons une foule d'affections inutiles dans notre coeur. Notre âme n'est pas morte, mais elle est malade, elle n'est pas en état de s'assimiler la nourriture et d'en profiter. Ah ! qui nous dira les torts du péché véniel, de ce péché que nous commettons si facilement avec cette excuse que ce n'est qu'un péché véniel ! Mais ce péché véniel, tout véniel qu'il soit, ne nous fait pas moins grand mal. Communion veut dire union. Par elle :Jésus s'unit à nous et nous à lui : plus l'union est étroite, plus la vie s'écoule abondamment de lui en nous. Une âme qui a éliminé de son intéreiur tous les sentiments étrangers, toutes les habitudes mauvaises, tout ce qui déplaît au Maître, se sentlibre d'aller à lui, elle se porte à cette rencontre divine de tout son élan, et le Maître se donne à elle dans la plénitude de ses dons, il la vivifie-il la divinise. Mais l'âme qui volontairement conserve au fond d'elle-même une affection étrangère, un ressentiment quelconque, une jalousie quelconque, une passion quelconque, cette âme ne peut pas aller au Maître, elle est retenue dans son élan par la conscience de son péché s'ÿ porte avec mollesse, presque avec honte, elle ne peut pas se livrer entièrement au Maître et le Maître ne peut pas se donner à elle entièrement. Devant cette réserve qui peut aller jusqu'à la froideur, il est contraint dans l'effusion de son amour et la vie ne peut pas s'écouler, comme il le désirerait, de lui dans cette âme. C'est pourquoi une âme tiède profite si peu de la communion, alors que l'âme fervente en sort toute renouvelée, elle s'est vramenti unie à la Vérité, elle a reçu la Vie.
N'avoir ni péché mortel ni péché véniel. Mais ce n'est qu'une dispostion négative, si l'on peut dire, ce n'est là que l'absence d'obstacles. Il faut de plus des dispositions positives. Et d'abord la foi. Avant de donner le Pain sacré aux fidèles, le prêtre élève légèrement l'Hostie au-dessus du ciboire et dit : « Voici l'Agneau de Dieu, voici Celui qui enlève les péchés du monde. » Il nous faut croire que ce Pain qu'on nous montre n'est plus du pain, que sous les voilesd ,l'Hostie se cache l'Agneau de bieu immolé, croire d'une foi vive que Jésus est là dans sa sainte humanité, non plus mortelle, mais glorieuse cette fois ; croire que c'est bien lui, le Maître, qui s'en vient ainsi vers nous. Hélas ! notre foi n'est plus assez vive, la routine s'insinue jusque dans cette rencontre de notre âme et de Jésus. Nous n'avons plus assez le sentiment profond que nous approchons d'un banquet sacré, que nous allons recevoir le Sauveur en personne, le Fils de l'Immaculée à qui nous avons voué notre vie ; que c'est lui, bien lui qui est là, que nous allons l'héberger dans notre coeur, que bientôt il sera en nous, que notre âme sera comme en paradis ; qu'à cette table où nous allons les anges ne peuvent s'asseoir ; que c'est par amour que Jésus se fait notre nourriture et notre breuvage. Non, nous n'avons plus ce sentiment profond, nous nous agenouillons avec trop peu de foi. Parfois même nous sommes distraits, nous pensons à autre chose au moment même où nous le recevons. Ecce Agnus Dei. Ce n'est as seulement Jésus qui vient à nous du fond de son éternité, c'est le ciel qui est descendu sur nous, c'est une splendeur infinie qui illumine notre âme. La Trinité sainte est là et les anges et les élus adorantdans notre âne leur Roi et enclinant devant lui dans un frémissement d'amour..
Cet amour dont tressaillent les élus doit nous soulever aussi. L'Eucharistie est le sacrement de l'amour. L'éternité se passera que nous n'aurons pas compris encore l'immense amour caché dans ce mystère. Qu'un Dieu pousse la condescendance jusqu'à rester parmi les hommes, enfermé dans un tabernacle, exposé aux irrévérences et aux profanations des mauvais, à l'abandon de ceux pour lesquels il est mort, cela déjà dépasse toute mesure ; mais qu'il veuille de plus se faire notre aliment, qu'il veuille être mangé — littéralement pour nous donner la vie, ceci, personne ne le croirait si Jésus lui-même ne nous l'affirmait. Cet amour de Dieu exige en retour l'amour du fidèle. L'âme aimante recherche tous les moyens de se rapprocher de Celui qu'elle aime, de mêler à sa vie à la sienne, de s' épancher en lui. Par la communion, notre âme reçoit Celui qu'elle aime, elle le porte en elle, elle unit son coeur au sien. Par la communion se réalise l'union la plus étroite qui puisse joindre deux êtres. Voilà pourquoi elle devrait soupirer après ce repas sacre comme le cerf altéré après l'eau fraîche des fôntaines. Si elle le pouvait, l'âme aimante communierait dix fois, cent fois par . jour pour posséder en elle la présense physique de son Maître. Comme l'on comprend les saints qui faisaient de cet acte le centre de leur vie ! Pourquoi n'en ferions-nous le centre de la nôtre et ne vivrions-nous pas toute la journée de notre communion ? Comme nous nous sentirions pénétrés de divinité, indissolublement unis au Maître,et quels progrès marquerait notre vie Spirituelle!
Foi, amour. Joignons-y l'humilité. Domine, non sum dignus. Nous devons ressentir notre indignité de pécheurs. Serions-nous sans tache, notre âme eût-elle la transparence du cristal le plus pur que nous ne mériterions pas de recevoir une visite si auguste, celle du Souverain du ciel et de la terre, nous ne mériterions pas de loger dans notre coeur le Verbe de Dieu. Or, nous sommes des pécheurs. Notre âme, nous la souillons par des fautes quotidiennes, et c'est dans un sanctuaire ainsi profané que nous accueillons notre Hôte divin. Domine non sum dignes. Il devrait y avoir une lutte entre le sentiment de notre indignité et la violence de notre amour, notre amour nous poussant à aller au Maître, la conscience de notre indignité nous retenant en arrière devant cette Pureté sans souillure, car il est bien vrai que nous ne sommes pas dignes d'une telle rencontre. Mais nous ajouterons : « Dites seulement une parole et mon âme sera purifiée. » Et confiants dans sa bonté nous nous approcherons.
La communion, source jaillissante, éternellement fraîçhe de la vie divine ! La communion, rencontre de l'âme et du Maître ! La communion, don total et mutuel par lequel Jéstis se donne à nous et nous nous donnons à lui! La communion, illumination intérieure par les rayons de la Lumière incréée. La communion commanderait toute notre vie si nous nous rendions bien compte de ce qu'elle peut représenter pour nous. Ames religieuses qui voulons gravir les cimes escarpées de la perfection, pourrissons-nous un pain qui fait les forts ; âmes religieuses qui poursuivons un idéal de pureté, enivrons-nous du vin qui fait germer les vierges ; âmes religieuses qui voulons entrer plus avant dans la divine intimité, allons à cette rencontre où le Maître se donne à nous. Mais approchons-nous avec foi, avec amour, avec humilité et nous recevrons la Vie en nous Panem coelesterm accipiam
|
XXIV
L'amour de Dieu.
|
Les trois parties essentielles d'un sacrifice étaient l'offrande de la victime, sa destruction et la manducation de la chair immolée.. Par ce dernier point le fidèle semblait s'asseoir à la même table que Dieu et partager avec lui un repas sacré pour sceller leur réconciliation et leur amitié nouvelle. Tout malentendu était dissipé et ils consacraient ainsi leur alliance dans la fraternité d'un banquet commun. Nous retrouvons ces trois points dans la sainte messe. L'officiant présente l'offrande de la Victime à l'Offertoire, il l'immole à la Consécration et en mange la chair par la consommation des Saintes Espèce. eette dernière partie est si importante que le célébrant contraint d'interrompre la messe après la Consécration doit, sous peine de faute grave, consommer les Saintes Espèces. S'il ne le peut lui-nréme, un autre prêtre, même ayant rompu le jeûne, le fera à sa place pour que le sacrifice soit valide
Dans la messe de notre vie nous avons aussi ces trois parties essentielles de tout sacrifice. J'ai présente l'offrande au jour de ma profession religieuse et je continue mon oblation par l'observance scrupuleuse de ma Règle ; je me suis immolé, ce même jour de ma profession, par le voeu d'obéissance qui détruit mon moi. Mais c'est par l'amour que je m'unis à Dieu et que je scelle notre entente parfaite. Une vie religieuse, à supposer la chose possible, qui serait parfaite au point de vue pureté, au point de vue pauvreté, au point de vue obéissance, mais qui serait sans amour, demeurerait un sacrifice inachevé, ce serait une messe sans Communion.
L'amour de Dieu, il faudrait être un saint Paul pour en parler dignement. Malgré notre indignité et notre impuissance, essayons pourtant d'en dire quelques mots sur le rôle qu'il doit jouer dans notre vie intérieure. Et que Dieu vienne suppléer aux défaillances de cet exposé trop imparfait. N ous devons aimer Dieu puisqu'il nous le demande, nous devons aimer Dieu puisqu'il le mérite, nous devons l'aimer pour avancer vers la sainteté. Dieu est amour, enseigne saint Jean. Toute action divine est donc une oeuvre d'amour. Dieu nous tire du néant par amour. En quoi avions-nous mérité de venir à la lumière puisque nous n'existions pas ?
Mais Dieu n'a pas voulu jouir égoïstement d'un bonheur solitaire et éternel. Il appelle des êtres à l'existence pour partager sa félicité et Sa gloire. Dieu nous a donc créés et destinés à vivre dans son intimité parmi les splendeux des cieux. Et pour que nous n'oublions pas notre destinée, il nous entoure d'autres êtres qui tous nous rappellent notre Créateur, les uns par leur grâce, les autres par leur majesté. L'univers est un livre immense dont chaque page évoque le nom de Dieu. Mais l'homme est faible, au lieu de monter par l'échelle des créatures jusqu'à leur Auteur, il s'arrête à elle et en oublie sa destinée. Alors que fait Dieu? Pour aider son enfant il lui donne une loi écrite, une loi qui l'oriente vers son destin merveilleux, une loi qui est sa sauvegarde et son guide.
Or, le premier précepte de cette loi, c'est : « Tu aimeras ton Dieu de toutes tes forces. » Livré à lui seul, l'homme est incapable de lire dans l'univers le grand précepte de l'amour. Dieu intervient directement pour le lui rappeler : « Tu aimeras ton Dieu de toutes tes forces. » Il veut, il demande, il exige que nous l'aimions de toute notre âme, il pousse sla bonté jusqu'à réclamer notre amour parce qu'ainsi seulement sera assuré notre bonheur. Distrait par les créatures, l'homme néglige cet ordre divin. Dieu lui montre l'enfer pour que la menace d'un châtiment terrible le pousse à s'attacher à Dieu et à l'aimer. L'enfer est une oeuvre d'amour pour nous contraindre à l'amour. Il va plus loin. Malgré la menace de l'enfer, l'homme s'obstine à regarder seulement la terre et à oublier le ciel. Dieu s'abaisse pour ainsi dire jusqu'à mendier notre amour : « Mon enfant, donne-moi ton coeur. » Le Père mendie l'amour de son enfant ! L'homme demeure encore dans son indifférence, Dieu lui envoie son Fils unique. Jesus vient sur terre, il y vient pour allumer l'amour. « Je suis venu porter le feu sur la terre, et qu'est-ce que je veux, sinon qu'il y brûle ? » Ce n'est pas là un simple désir, une sorte de souhait, c'est une volonté : « je veux », Jésus veut que le feu de l'amour embrase le monde. Et Jésus ne veut pas autre chose que ce que veut le Père. « Ma volonté n'est pas la mienne, c'est celle de mon Père. » Dieu veut donc que nous l'aimions, et la mission du Fils est de rappeler à la créature que nous sommes le grand précepte méconnu et oublié de l'amour, sa prédication n'est qu'un grand appel à l'amour. Il demande, le renoncement aux biens d'ici-bas, c'est que les biens d'ici-bas nous détournent de l'amour de DIeu. Il demande la pureté du coeur, c'est que le vice contraire nosu ferme à l'amour de Dieu. Justice, simplicité, h untilité, confiance, toutes les vertus qu'il nous demande sont des acheminements vers l'amour de Dieu. Il poursuit de ses de ses anathèmes les pharisiens orgueilleux, c'est que leur coeur desséché ne comprend rien aux délicatesses de l'amour. Il accepte qu'une pécheresse se jette à ses pieds, c'est que cette pécheresse a compris ce que Dieu nous demande : l'amour et la pureté. Il enseigne une prière à ses disciples, et le premier mot de cette prière est un cri d'amour : « Notre Père ». La mission de Jésus a été une mission d'amour qu'il a terminée par deux actes du plus pur amour : la Cène et le calvaire.
Dieu exige donc notre amour. Parce que c'est une chose qui lui est due. Parce qu'aussi il assure notre bonheur. Ce devoir, nous sommes trop portés à l'oublier, il nous le rappelle avec insistance. Et pourtant, de nous-mêmes, spontanément, nous devrions aller à lui. Le coeur humain aime naturellement ce qui est beau, ce qui est grand, ce qui est pur. Où trouverons-nous un être meilleur que Celui qui est l'Amour incréé ? Où trouverons-nous un être plus beau que Celui qui est la Splendeur infinie ? Où trouverons-nous un être plus pur que Celui qui est la Lumière éternelle ? Et qui donc nous a aimés le premier ? Avons-nous compris la plénitude de ces trois mots aime ? Qu'est-ce que Dieu et qu'est-ce que nous ? L'Infini et le néant, l'Etre dans sa perfection absolue et l'atome, et pourtant l'Infini se penche sur l'atome pour lui dire : « Mon enfant !»
Dieu nous aime, et de quel amour ! Déjà, sous l'ancienne Loi une loi de crainte, Dieu laisse entrevoir la profondeur de son amour. « Une mère, demande-t-il par son prophète Isaïe, peut-elle oublier son enfant nouveau-né ? Même si une mère en arrivait là, moi je ne vous oublierais jamais. » Pourtant, quel abîme d'amour est le coeur d'une mère ! Et cet amour, le plus pur, le plus désintéressé ici-bas, n'est rien auprès de l'amour de Dieu. Car Dieu nous aime de toute éternité, nous n'exisfrons pas encore que déjà il nous aimait. Le monde n'était pas encore tiré du chaos, dans un firmament vide les étoiles n'avaient pas encore suspendu leurs lustres d'or, les océans n'avaient pas encore ouvert leurs gouffres vertigineux que déjà Dieu nous aimait.
Amour éternel, amour que rien ne peut rebuter. Le coeur humain s'attache à qui l'aime, il attend la réciprocité, il l'espère ; qu'elle vienne à manquer, il s'en afflige, il s'en irrite, son amour disparaît ou se transforme en haine. Or, entre Dieu et nous aucun équilibre n'est possible dans l'amour, et la réciprocité n'est souvent qu'un vain mot. Non seulement nous ne répondons pas toujours à son amour par le nôtre, mais nous poussons l'inconscience jusqu'à le mépriser, jusqu'à l'offenser, jusqu'à le meurtrir. Il n'en continue pas moins à nous aimer Il nous aime malgr nos oublis, malgré nos infidélités, malgré nos souillures, nous n'arrivons pas à le décourager. L'empereur Auguste a honoré Cinna de son amitié, l'a comblé de faveurs. Cinna pousse l'ingratitude jusqu'à vouloir tuer celui à qui il doit tout. L'empereur l'apprend, fait venir l'ingrat, et, vraiment sublime, lui tient ce langage :
Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie. Je t'ai comblé de biens, je t'en veux accabler.
Or, qu'est-ce que cet empereur païen en comparaison de notre Dieu ?
L'amour humain n'existe souvent qu'en paroles ou n'effleure l'âme que légèrement. Vienne un sacrifice à consentir, il n'en faut pas plus pour qu'il disparaisse. En dirons-nous autant de l'amour de Dieu ? Sentiment de surface que le sien ? Mais Dieu est amour par nature. C'est un océan d'amour sans fond et sans rivage. Amour qui s'arrête au seuil du sacrifice ? Quel blasphème serait de le penser ! Contemplons notre Crucifix, et devant les plaies béantes de ce cadavre défiguré dirons-nous qu'il a reculé devant la souffrance ? Existe-t-il une plus grande preuve d'amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime, et n'est-ce pas là ce qu'a fait notre Dieu? Et au tabernacle, qui donc se trouve prisonnier dans un ciboire? N'est-ce pas lui, mon Maître, qui reste là par amour pour moi, mon Maître
qui saitcombien je suis faible et combien, j'ai besoin de sentir sa presence continuelle à mes côlés, qui demeure là pour me consoler? Il se fait le conpagnon de notre voyage : il est l'Ami tou jours prêt à nous accueillir, que nous pouvons venir trouver à tout heure de la journée ou de la nuit ; il est le Confident sur qui nous pouvons révéler tous les mystères de notre âme sans crainte de nous voir trahir. Dirons-nous que c'est un amour de surface que celui qui lui fait braver toutes les irrévérences, toutes les profanations sacrilèges dont il est victime dans son état d'Hostie ? Et cela parce qu'il ne veut pas nous abandonner seuls dans cette vallée de larmes et de misères. Qui pourra jamais nous dire toute la délicatesse, toute la force, toute l'étendue de cet amour ? Si quelqu'un mérite que nous lui donnions tout notre coeur, qui sera-ce, sinon Dieu ?
Aimons Dieu qui nous demande tout notre amour. Aimons Dieu qui mérite tout notre amour, Aimons Dieu ; sans son amour pas de sainteté possible. La sainteté réside essentiellement dans l'amour. Les autres vertus y conduisent, elles ne la constituent pas : « La plénitude de la loi, dit saint Paul, vient de l'amour. » Est saint celui qui reproduit fidèlement dans son âme l'image de Dieu ; or, Dieu est amour, nous dit saint Jean. Nous ne serons des saints que dans la mesure où nos coeurs seront consumés par l'amour, envahis, inondés, submergés par l'amour, que dans la mesure où nous serons devenus amour. Oh ! non pas n'importe quel amour, non pas une vaine sentimentalité qui n'est qu'une grimace de l'amour, mais un amour total, effectif, qui nous prend tout entiers, corps et âme, qui pousse jusqu'au don de soi, jusqu'à l'immolation de soi, jusqu'au dépuoilllement abosu.
.Aimer, ce n'est pas goûter une consolation sensible ; aimer, ce n'est pas prononcer quelques paroles fades ; aimer, ce n'est pas se faire dorloter ; aimer. c'est se sacrifier dans un immense sentiment d'allégresse ; aimer. C'est s'oublié totalement pour penser qu'a l'Etre aimér, ne plus vivre que pour lui. C'est pourquoi l'amour réel ne peut coexister avec l'égoïsme. Quiconque ne sait pas sortir de soi, mais dont l'âme vit repliée sur elle-même, celui-là ne sait pas aimer. Il pourra emprunter le masque de l'amour pour en jouer la comédie, mais un jour le masque tombera pour laisser apparaître le fond de sécheresse et de stérilité. L'âme égoïste est un désert de sable où la fleur de l'amour ne saurait pousser. L'amour vit de sacrifices. C'est pourquoi Jésus insiste tant sur le renoncement, sur l'abnégation, sur la mort à nous-mêmes. C'est pourquoi saint Paul déclare que qui veut, suivre Jésus doit d'abord crucifier la chair avec ses convoitises et l'esprit avec son orgueil.
L'amour ne peut coexister avec l'égoïsme, il ne peut subsister sans la pratique des vertus. Sans la foi, nous ne pouvons aimer Dieu dont nous ne connaîtrions ni la splendeur ni la bonté ; sans l'espérance nous ne pouvons aimer Dieu puisque nous manquons de confiance en ses promesses ; n ous ne pouvons nous approcher de Celui qui est la sainteté pour lui offrir un coeur rempli d'immondices ; sans humilité, pas d'amour possible, puisque l'orgueil est essentiellement égoïste ; sans obéisaance, nous ne pouvons prétendre aimer Dieu puisque nous refusons de nous soumettre à ses désirs. Et ainsi des autres vertus. C'est ce qui fait que l'amour mène nécessaiement à la perfection puisqu'il exige la pratique de toutes les vertus
L'amour ne peut subsister sans les vertus, mais elles n'atteignent leur plein épanouissement que par amour. Elles écartent de nous-fies obiracles à l'union avec Dieu, mais cette union c'est l'amour qui la réalise. La foi peut subsister malgré le péché mortel ; l'espérance, l'humilité, la chasteté, la justice, toutes les vertus peuvent subsister malgré le péché mortel, l'amour ne le peut pas. Elles peuvent nous laisser loin de Dieu, l'amour ne le peut pas, et elles n'auront de nouveau leur plein effet que lorsque l'amour s'installera de nouveau en vainqueur dans notre âme. Les autres vertus n'auront qu'une existence limitée à la mesure de notre existence sur terre. Au ciel, la foi sera sans objet puisque nous verrons Dieu ; l'espérance sera sans objet puisque nous posséderons Dieu ; les vertus morales seront sans objet puisqu'il n'y aura plus d'obstacle à écarter nous empêchant d'aller à Dieu. Toutes s'évanouiront. Seul subsistera, il vivra sans fin pendant l'éternité. Il nous fait donc déjà vivre ici-bas de la vie du ciel. On voit dès lors la place privilégiée qu'il doit occuper dans notre vie religieuse. Nous nous préparons à la vie éternelle ; or, l'amour est le lien qui unit notre existence terrestre à notre existence dans l'au-delà, c'est la seule vertu que nous emporterons dans notre vie future. Plus donc nous l'augmenterons ici-bas, plus nous resserrons nos liens avec le ciel.
Chrétiens et religieux, nous devons célébrer la messe de notre vie, elle ne sera valide que si elle comprend la Communion, c'est-à-dire l'amour. Certes, elle doit comprendre aussi l'Offertoire et la Consécration sans quoi il n'y aurait pas de messe, mais c'est l'amour qui l'achève et la couronne. « Maître, demande le docteur de la loi, quel est le plus grand commandement ? — Tu aimeras Dieu, répond Jésus, de toutes tes forces. » Après cette déclaration du Maître je n'ai plus rien à dire.
|
|