Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL


AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
Ma vie est une messe
Titre de la page:

Memeto1-Hos-est-Corpus-meum

Nom de l'auteur:
P. Donatien-Terraz A.A.

XVII
Memeto1-Hos-est-Corpus-meum


Lorsque le prêtre arrive au centre de la messe on dirait qu'il éprouve un besoin de s'isoler davantage, il ne s'adresse plus à la foule, il prie seul, à voix basse, comme en secret, et par deux fois, avant et après l'acte solennel de la Consécration, il s'interrompt, fait deux courtes pauses et se concentre dans un silence rempli de pensée de Dieu. LePrêtre se recueille. Il doit en être ainsi pour nous. Nous devons réserver une partie de nos journées pour le silence et le recueillement. Religieux d'une Congrégation active, nous dépensons notre vie au service des âmes, nous essayons de leur parler de Dieu, de leur donner Dieu, et c'est très bien puisque c'est Dieu qui nous appelle à cette tâche. Mais n'oublions pas que notre vie appartient à Dieu d'abord, que c'est à Dieu que nous devons penser quand nous parlons aux créatures, que nous devons lui réserver une partie de notre temps et nous replonger en sa présence. Comme la messe, notre vie doit comporter dès parties silencieusses et secrètes des parties où notre âme rentre en contact plus direct avec Dieu nous devons nous isoler de ce qui nous entoure pour ne plus penser qu'à lui.

Le recueillement nous est d'autant plus nécessaire que nous sommes membres d'une Congrégation active. Si nous n'y prenons pas garde, nous risquons et cette menace n'est pas une chimère de perdre le contact avec Dieu. Notre âme se videra de sa sève surnaturelle et s'éparpillera dans une activité purement humaine. Nous aurons l'illusion de nous dépenser sans mesure, de travailler fiévreusement, mais Dieu sera presque absent de notre travail. Ôr, notre premier devoir c'est de maintenir Ie plus étroite possible notre union avec Dieu ; notre première obligation est de nous sanctifier. C'est la vlolonté de Dieu que votre sanctification. » Quand il nous a appelés à la vie religieuse, c'est nous qu'il voulait, notre amour à nous qu'il demandait d'abord, c'est toute notre âme, toute notre vie jusqu'à son dernier souffle, c'est nous-mêmes dans l'oeuvre de la sainteté. Enseigner c'est bien, prêcher c'est bien, soigner les malades c'est bien, se dévouer mais il y quelque chose de plus essentiel et qui prime tout, c'est d'aimer Dieu jusqu'à l'extinction de nos forces. Saint Paul a prêché plus que quiconque, travaillé plus que quiconque ; il a souffert des persécutions sans nombre, surmonté des obstacles sans nombre, traversé des pays sans nombre et parcouru les mers pour que soit connu et aimé le nom de Celui qui avait pris son âme. Tous ces travaux ne le rassurent pas, il demande avec instance aux fidèles de prier pour lui et il déclare ne pas savoir s'il est digne d'amour ou de haine, il craint la réprobation. Qu'il en soit de même pour nous lorsque notre âme paraîtra devant Dieu, il ne nous demandera pas si nous avons bouleversé le monde, si nous avons converti des peuples entiers, si nous lui avons gagné de nouveaux adorateurs, il nous demandera si nous avons travailloé à notre sanctification. C'est là-dessus que nous serons jugés.

Ne nous abusons pas. Ces travaux extérieurs qu'on nous impose, nous devons les accomplir du mieux que nous pouvons, nous devons avoir le souci du bien des autres, nous devons nous dépenser généreusement puisque c'est Dieu qui nous le demande et que c'est pour lui que nous le faisons. Mais le danger est proche de trouver du goût à ces travaux pour eux-mêmes, de nous y donner non plus pour obéir au Maître, mais parce qu'ils nous plaisent, qu'ils servent d'exutoire à notre fébrilité, que nous trouvons notre satisfaction à nous y consacrer. Nous finirons par remplir notre charge non pour un motif surnaturel, mais à cause du plaisir que nous en éprouvons, un plaisir qui serait légitime dans le monde, qui ne vaut rien pour nous s'il doit nous distraire de Dieu. Là se trouve le péril. C'est dire que plus notre charge est absorbante, plus le recueillement nous est indispensable pour union Maître, ne jamais le perdre du regard, nous rappeler qu'ici-bas une seule chose impote: travailler au salut éternel, le nôtre et celui du prochain, par la sanctification de  notre âme. Or, sans receuillement, pas d'union à Dieu possible, donc pas de sainteté possibIe.

Je suis protesseur, toute la matinée est prise par les classes ; l'après-midi est occupée à des surveillances, à la correction des devoirs, à la préparation des cours du lendemain. Toute la journée, ou presque, mon esprit est plongé dans des sciences profanes ; à peine ai-je le temps de remplir mes exercices de piété. Il m'arrive parfois de les abréger, sinon de les omettre. Non que je me plaigne de ce travail absorbant, j'aime à faire la classe, et je puis, sans fausse modestie, me rendre ce témoignage que, je réussis bien. Attention à moi, le professeur va effacer en mût le religieux.

Je suis économe, sur moi repose le soin d'approvisionner la communauté. Il me faut trouver nourriture, vêtements, chauffage ; les temps sont difficiles, je cours à droite, à gauche, pour trouver l'essentiel. Quand je le trouve, les prix sont élevés, il faut réaliser des tours de force pour atteindre la fin de l'année sans faire trop de mal à la caisse. Que de soucis ! Que de tracas ! C'est une obsession qui vient m'assaillir jusqu'à la chapelle. Attention à toi, l'homme d'affaires va supplanter le religieux

Je suis cuisin er. Me  voici placé devant un délicat problème : contenter tout le monde. Ah ! si j'avais tout à ma disposition, ce serait chose aisée. Si j'avais plus d'huile, plus de beurre, plus de sucre, plus d'épices, ce serait un jeu de satisfaire et les religieux et les pensionnaires. Mais on me donne le tout au compte-goutte et encore on me dit : « Economisez ! J'en suis réduit comme maître Jacques à faire de bonnes choses avec rien. Ma préoccupation est telle que le matin pendant la messe j'en suis distrait, je me demande : « Que vais-je bien pouvoir préparer aujourd'hui ? » Attention à moi, le cuisinier va affadir le religieux.

Professeur, économe, cuisinier, je risque de me laisser prendre par ma charge et de ne plus voir Dieu. Que dois-je faire ? La Règle, très sage, prévoit certaines heures de la journée que je dois cnsacrer à mon âme ce sont les exercices religieux. Soyons-leur rigoureusement fidèles, ils sont notre sauve- garde, notre nourriture morale, notre respiration surnaturelle. Ne les omettons jamais, ou seulement contraints par une nécessité supérieure. C'est par eux que nous reprenons conscience de notre vie religieuse, c'est par eux que nous nous retrempons dans une ambiance spirituelle, par eux que nous nous recueillons pour nous mettre en contact avec Celui qui doit être l'objet unique de notre pensée.

Les exercices doivent nous être sacrés. Ne les omettons jamais si nous voulons resterdans la ligne de notre vocation.

La lecture spirituelle est pour nous une source d'inspiration pieuse indispensable qui nourrit notre intelligence et notre coeur, les tonifie, qui relève notre pensée vers les réalités éternelles. La récitation du rosaire nous jette aux pieds de la Vierge, nous rappelle l'idéal de pureté qui doit être le nôtre, ranime notre courage au souvenir de notre Mère du ciel si puissante sur le Cœur de son Fils. Elle fait renaître en nous le désir de la sainteté, la douceur de l'espérance, la splendeur de la foi, le rayonnement de l'amour. Le rosaire c'est une lumière d'en haut qui tombé sur notre â me et la fait ftarnboyer comme une verrière de cathedrale, c'est l'évocation émue du plus beau modèle de perfection, après le Sauveur, c'est l'appel de l'enfant en dangé Vers sa Mère aimée. Le rosaire c'est nortre cri d'amour envers l'Immaculée.

Et la visite au Saint Sacrement, ne l'omettons jamais, jamais,. N'arions-nous qu'une minite de notre à notre disposition, allons nous jeter aux pieds du Maître, allons trouver Celui à qui  nous nous sommes donnes, à qui nous avons juré fidélité. Prosternons-nous devant la prison d'amour d'où il nous regarde, allons tout près de lui et laissons notre âme s'épancher. Il nous attend, le Maître, c'est pour nous qu'il est là, ne l'oublions pas, renouvelons-lui le don de nous-mêmes, protestons-lui que notre pensée va à lui seul, notre amour à lui seul, toujours, sur cette terre et pendant l'éternité, que c'est pour lui que nous travaillons, que notre seule ambition est de lui plaire, de lui garder intactes toutes les parties de notre âme. Il est impossible qu'une visite fervente à la chapelle, si courte soit- elle, ne durerait-elle que quelques minutes, il est impossible que cet élan vers le Maître ne nous détache pas de la créature et ne crée pas autour de notre âme une zone de recueillement et de silence qui doit être notre climat habituel. Nos préoccupations profanes s'estompent pour ne laisser bien en lumière que ce fait : nous nous sommes consacrés au Maître jusqu'à mort. -Nôtre pensée gravitera autourdu centre de notre vie, notre âme se retrouvera regroupée et unifiée. Tous ces exercices religieux et ceux également dont je ne parle pas nous ramènent aux pieds de Jésus.

Mais l'efficacité de ces exercices risque d'être de bien courte durée si nous n'observons pas une autre condition importante : le silence est absolument indispensable à l'âme religieuse qui veut se sanctifier. Les fondateurs, les auteurs spirituels sont unanimes à le proclamer. Le sitence sert de barème pour juger de la ferveur d'une maison ou d'un religieux. Celui qui le transgresse habituellement ne peut être qu'une âme évaporée, ouverte à tous les bruits du dehors. Comment Dieu pourrait-il se faire entendre à cette âme ? Elle n'a pas le temps de l'écouter, elle n'a pas le temps de rentrer en elle-même, elle est toujours sur le pas de sa porte comme une commère prête à interpeller tous les passants. Or, c'est à l'intime de l'âme que Dieu se fait entendre, c'est au fond du coeur sile ncieux que sa voix résonne. Voyez l'enfant prodigue. Il a gaspille sa fortune et sa santé, il a tout perdu, il ne songe pas encore à son père. On ie garder des pourceaux à la campagm la solitude git sur lui, il réfléchit et rentre en lui-mémé la figure paternelle surgit dans sa mémoire : il reconnaît sa faute, il se décide à revenir au foyer. Son dénuement, les tortures de la faim le poussent au retour ; mais c'est la solitude qui lui a permis de mesurer sa misère et de songer à la maison, à son bonheur de jadis. Le silence seul nous permettra d'entendre la voix de notre Père au fond de nos coeurs. Il est difficile à observer, je sais ; nous avons toujours tendance à nous répandre au dehors. Au sortir d'une classe, au retour d'une mission, si nous rencontrons quelqu'un il est presque fatal que nous parlions de ce que nous avons vu, de confier nos impressions du moment. Il est difficile à observer, mais il nous donnerait une telle force, même pour notre apostolat. Il communiquerait à notre personne un air grave, de la dignité  à notre maintien ; les gens diraient : « Dieu est avec cette âme. » Devant ce silence mystérieux régnant dans notre maison les gens de l'extérieur croiraient entrer dans un sanctuaire et la pensée du ciel frapperait leur esprit, la pensée de ce ciel auquel ils songent si peu.

Gardons le silence extérieur, gardons avec autant de jalousie le silence intérieur. Rien ne nous servirait de garder nos lèvres closes si nous permettons à notre imagination d'évoquer en nous une féerie où notre âme s'absorberait. Fuyons les rêveries prolongées, sans but, qui ne font que dévorer le temps et éloigner notre pensée de Dieu. Fuyons les retours inutiles sur un passé qui n'est plus, les inquiétudes sur un avenir que nous ne connaissons pas. Tournons notre pensée vers le Maître et nous aurons la paix. Notre esprit ne peut adhérer à Dieu tout en courant sur les chemins du vaste univers, il ne pourra la retrouver que dans la solitude et le Silence.

Mais le silence n'est pas toujours possible. Il est des moments où nous devons le rompre, par exemple en classe, avec les malades, avec ceux que nous rencontrons dans notre charge. Et pourtant nous devons toujours être recueillis, toujours unis à Dieu. Nous le serons si nous avons pris l'habitude de vivre en sa présence. Voici ce que le P. d'Alzon écrivait sur le Crucifix :

Avez-vous un Crucifix, et comment vous comportez- vous à son égard ?

Quittez-le le moins possible ; mettez-le sur votre table quand vous écrivez, sur vos genoux quand vous travaillez, afin de le regarder de temps en temps, et quand vous vous endormez, laissez-le entre vos mains.

Certes, rien n'est plus sanctifiant que la communion fréquente et l'adoration du Saint Sacrement ; mais on ne peut toujours avoir Notre-Seigneur Jésus-Christ substantiellement présent dans le coeur, on ne peut être constamment à ses pieds ; on peut toujours avoir son image sur soi, et cette image vous dit bien des choses.

Si, le matin, en vous levant, vous baiser yotre Çrucifix avec amour et vous promettez à Notre-Seigneur jésus-Christ de porter votre croix tout le long du jour ;

Si, pendant votre méditation, vous tenez la croix entre vos mains et vous vous proposez de vous immoler sur l'autel du sacrifice de Jésus-Christ ;

Si, pour réveiller votre ferveur, vous portez de temps en temps la main sur votre Crucifix ;

Si vous le serrez fortement dans les moments d'angoisse, de peines, de luttes, de tentations ;

Si au moment de partir pour quelque bonne oeuvre, vous l'adorez en vous rappelant que c'est encore Jésus- Christ que vous allez secourir dans la personne des pauvres et des petits ;

Si, au moment de pratiquer quelque austérité, vous baisez les plaies divines qui sont les fontaines de la vie de l'Eglise et les sources de notre purification ;

Si, le soir, vous allez à ses pieds rendre compte de votre journée, de votre orgueil devant ses abaissements, de vos vanités devant ses humiliations, de votre lâcheté devant ses angoisses, de votre paresse en présence de la sueur de sang répandue sur ce corps divin, de votre égoïsme en face de son amour infini, de votre impatience, de vos dépits, de votre défaut de charité en face de ces longues attentes de votre coeur ;

Ah I il me paraît bien difficile que votre Crucifix ne devien pas pour vous un ami, un confident.

Notre-Seigneur vous aimera, vous instruira, vous fortifiera à travers son image, et, dans un commerce plus continuel, uni à votre Dieu par cet muet, vous sentirezcommeune transformation de tout votre être; ce ne sera plus seulement le bois, le métal qui reproduira pour vous les traits du Sauveur, ils se graveront d'une manière plus vivante dans votre rentirez l'onction plus immédiate de Celui qui, pour vous, a été attaché à la croix. Vous voudrez vous transformer en lui et dire comme saint Paul : Vivre, pour moi, c'est Jésus-Christ. Et votre vie, prenant un caractère nouveau, vous découvrira de nouveaux horizons dans la science chrétienne, si vous vous laissez emporter par l'amour, et toute vie, toute science, tout bonheur se résumeront pour vous dates ces deux mots :

Et nous vivrons en union avec lui dans un ecueillement continu.

La négligence à remplir les exercices religieux amène rapidement un dessèchement de l'âme et les pensées du monde auront vite succédé à la pensée de Dieu absente.


XVIII
Hoc est Corpus meum.


Voici venu le moment solennel de la messe. Le ciel, une fois de plus, s'entrouvre et Jésus descend sur terre pour s'immoler. Le prêtre se_penche sur l'Hostie_il se penche sur le calice, et sous les voiles mystérieux du pain et du vin le mystère s'accompit Jésus est là dans les mains du sacrificateur ému. Éh bien ! notre vie aeu sa consécration comme elle a eu son offertoire au jour de notre profession religieuse. Nous lui avons offert alors les biens extérieurs par le voeu de pauvreté, notre coeur par le voeu de pureté mais nous nous sommes immolés par le voeu d'obéissance. C'est l'obéissance qui nous consacre religieux, c'est l'obéissance qui donne la mort à notre moi pour nous faire vivre de la vie du Christ, c'est l'obéissance qui nous établit dans l'état de victime par l'annihilation de notre volonté propre devant la volonté de nos supérieurs. Nous n'existons plus comme êtres indépendants, nous sommes entre les mains de nos Supérieurs, c'est- à-dire de Dieu, nous sommes sous la dépendance du Maître, régis par lui. De là le rôle éminemment sanctificateur de l'obéissance, de là sa difficulté et son mérite.

Je dis bien le rôle sanctificateur de l'obéissance. La sainteté consiste à nous unir à Dieu dans une union de plus parfaite, à lui devnir e plusen plus conformes, à n'avoir plus rien dans notre être qui ne soit un reflet de l'infini Modèle. La foi assure la conformité de penséee ; pâr elle, en effet, mon esprit adhère à Dieu et regarde le monde dans le rayonnement de l'intelligence divine. La charité assure la conformité du sentiment ; par elle j'aime Dieu et tout ce qu'il aime. L'obéissance, elle, assure la conformité du vouloir. superieur est le représentant de Dieu, il est chargé de me signifier sa volonté. En me soumettant pleinement je me conforme donc à la volonté de Dieu. Ainsi l'obéissance complète et parachève ma conformité avec le Père. C'est par elle que je lui ressemble et non pas par un mouvement d'indépendance comme l'affirmait le serpent pour tromper Adam et Eve au paradis terrestre. Oui, cette conformité du vouloir au vouloir divin, cet effacement de notre volonté propre, cette disparition du moi subordonnent mon action à l'emprise divine, elles la font participer à l'action divine et la grandissent presque à l'infini. C'est alors vraiment que nous sommes comme des dieux, eritis sicut dii.

L'obéissance ne nous rend pas seulement semblables à Dieu le Père, elle nous rend surtout semblables à Dieu leFils, elle fait de nous des copies du Maître, car jesus a été avant tout un obéissant. Ouvrons l'é vangile. « L'Enfant Jésus, nous dit saint Luc, descendit avec eux à Nazareth et Il leur etait soumis. » Le Fils de Dieu obéit à un cnarpentier, Il execute docilement, avec amour et respect, les moindres ordres de son père adoptif.

Chez lui, aucune velléité d'indépendance, aucun sursaut d'une jeune liberté à son éveil. Il était soumis. Ne disons pas que cela était dû aux conditions de l'enfance, que plus tard il reprendra sa liberté. Plus tard ? Plus tard... Voici ce qu'il en est. « Je ne cherche pas ma volonté, déclare-t-il aux Juifs, mais la volonté de Celui qui m'a envoyé. » « J'ai acievé l'ceuvre que tu m'as donnée à exécuter », dit-il à son Père. « Lorsque vous aurez exalté le Fils de l'homme, déclare-t-il encore aux Juifs, vous saurez que c'est moi qui suis le Fils de l'homme, que je ne fais rien par moi-même, mais que je donne l'enseignement que m'a donné mon Père. » Pourquoi d'ailleurs multiplier des citations que saint Paul a résumées dans une formule lapidaire : « Le Christ s'est fait obéissant jusqu'à la mort, jusqu'à la mort de la croix. » C'est par l'obéissance qu'il a consommé son sacrifice rédempteur. Jésus a donc été avant tout un obéissant et c'est par l'obéissance que nous lui serons semblables et que nous consommerons le sacrifice de notre vie. Elle est vraiment le chemin qui mène à la sainteté. Voilà pourquoi les docteurs de l'Eglise ont insisté sur son rôle fondamental dans la vie religieuse. Voilà pourquoi nous voyons un saint François d'Assise en voyage obéir aveuglément à son compagnon de marche, fût-il un humble novice ou le plus modeste des Frères convers. C'est qu'il avait compris; comme tous les saints ont compris, la valeur sanctificatrice de l'obéissance.

Mais pour que l'obéissance soit telle, elle doit remplir deux conditions au moins. Elle doit être absolue elle doit être surnaturelle.

Elle doit être absolue d'abord. Et la raison en est bien simple-Si la sainteté consiste à se conformer parfaitement à Dieu, la sainteté incréé , ma volonté doit adhérer par toutes ses parties à celle de Dieu. Tout désir propre doit être éliminé pour que l'adhérence soit totale. Si sur un point, tant minime soit-il, je ne me conforme pas à l'ordre reçu, cela fait un point où ma volonté se sépare de la volonté divine pour faire acte d'indépendance, la conformité n'est pas parfaite, il y a au contraire difformité, dissem­blance, séparation. Je dois donc obéir à mon supérieur de telle sorte que l'ordre soit accompli dans sa matérialité et plus encore de la manière dont on veut qu'il soit accompli. Je dois chercher à comprendre ce qu'on veut de moi, à pénétrer la pensée de mon supérieur. C'est dire que mon obéissance doit être intelligënte. Il se peut qu'un ordre ne soit pas clair ; si je ne suis pas sûr d'avoir bien compris, je n'hésiterai pas à demander des explications, au risque de paraître un peu sot, ma foi, tant pis ! Puis j'agirai suivant ce que je croirai être la pensée de sup érieur. Cette obéissance absolue doit s'etendre aux ordres formels qui engagent le voeu, mais aussi aux moindres désirs, aux moindres indications, au moindre signe. C'est en tout et partout que je dois me conformer à la volonté de Dieu. C'est ainsi qu'ont obéi les saints.

Il ne suffit pas à mon obéissance d'être absolue, elle doit être surnaturelle. Si j'obéis à un supérieur en tant que créature, mon obéissance ne vaut rien aux yeux de Dieu. Si je me soumets à lui parce que je le trouve sympathique, je ferai plaisir à mon supérieur peut-être, je ne ferai pas plaisir à Dieu, mon obéissance n'a aucune valeur sanctificatrice. Je dois obéir à mon supérieur parce qu'il est le représentantde Dieu, qu'il a été investi de son autorité sur mot que son autorité émane directement du Maître. C'est là que doit intervenir mon esprit de foi.

Nos supérieurs sont des mortels comme nous, sujets aux défaillances comme nous. Ils ont été tirés de nos rangs, ils ont d'abord été de simples religieux, nos égaux, et nous sommes parfois tentés de continuer à les regarder comme tels. Là est notre erreur. Ils ne sont plus de simples religieux, il est les mandataires du Maître auprès de nos âmes. Fussions-nous plus intelligents qu'eux, plus zèlés, plus saints même qu'eux, il n'en reste pas moins qu'ils sont chargés d'une mission divine, qu'ils sont les messagers, les échos ses porte-parole. Nous devons leur obéir par conséquent comme nous obéirions à Dieu. Leurs erreurs, leurs défauts, leurs défaillances ne doivent pas entrer en ligne de compte, c'est toujours Dieu que nous devons entrevoir et respecter à travers leur personne. Comme les apôtres, ce sont des envoyés ; or, le Maître disait à ses apôtres : « Qui vous aime, m'aime ; qui vous méprise, me méprise. » Et encore : « Qui vous écoute, m'écoute. » Nous l'entendons bien : qui aime son supérieur, écoute son supérieur ou méprise son supérieur, aime Dieu, écoute Dieu ou méprise Dieu. Et cela seul doit nous importer, nous diriger dans notre conduite. Ah ! si nous parvenions à nous conduire toujours d'après l'esprit de foi, l'obéissance nous serait douce et combien salutaire ! Nous aurions conscience d'obéir au Maître que nous aimons, de plier notre volonté devant la sienne, nos désirs aux siens, notre âme à son âme, de réaliser la conformité, d'avancer vers la sainteté. Obéissons donc à nos supérieurs, non parce que l'ordre donné nous plaît, non parce que la personne du supérieur nous plaît, mais parce que Dieu nous demande quelque chose par leur entremise. Alors vraiment notre obéissance sera religieuse ; alors, mais alors seulement, elle sera sanctificatrice.

C'est le caractère surnaturel de notre obéissance qui en fait le mérite, c'est son caractère absolu qui en fait la difficulté. L'obéissance totale est dure parce qu'elle signifie la mort à nous-mêmes et que nous ne voulons pas mourir. Nous frémissons devant ce dépouillement absolu de nous-mêmes. Ah ! le vieil homme en nous est si vivace ! Notre nature ne cède que pied à pied devant l'invasion du surnaturel. Elle se retranche derrière le moindre fossé, elle s'accroche au moindre tertre et de là repart à l'assaut pour regagner le terrain perdu. Nous acceptons volontiers d'être dépouillés des biens matériels, des sages du monde l'ont fait ; nous acceptons encore de dépouiller notre coeur de tout amour humain, mais nous voudrions sauvegarder notre indépendance, car l'indépendance c'est nous dans ce que nous avons de plus intime et de plus précieux et c'est cela qui nous coûte le plus d'immoler.

Et pourtant, il le faut. Il nous faut mourir à nous-mêmes si nous voulons vivre de la vie même du Christ. « Celui qui aime son moi, son âme, se perdra ; mais celui qui hait son propre moi, celui-là se sauvera. » L'obéissance est dure parce que notre amour-propre se refuse à abdiquer, cet amour-propre qui ne mourra qu'un quart d'heure après nous ; l'obéissance est dure parce que notre moi ne veut pas se courber devant une Volonté étrangère, parce que la nature ne veut p as céder, que notre nature ne veut  pas s'effacer èt qu'elle s'obstine  à vouloir teuir un sceptre qu'on lui demande de déposer. Elle est dure surtout parce que notre orgueil a tôt fait d'oublier que celui qui nous commande n'est plus un homme, que son mandat lui confère un rapport spécial avec la divinité. Notre malignité est prompte à découvrir les points faibles du supérieur, et devant un reproche un peu vif, un ordre quelque peu sévère, notre sang ne fait qu'un tour, il bouillonne, nous serions tentés de dire : « Médecin, guéris-toi toi-même. » La soumission nous coûterait moins, nous semble-t-il, si le supérieur avait moins de défauts, si nous sentions en lui un homme éminent par son savoir ou sa vertu. Mais quoi ! il ne présente rien d'extraordinaire pour que je m'incline devant lui. Le supérieur, il est vrai, doit tendre à la sainteté comme les autres puisqu'il doit donner l'exemple, servirde modèle â la communauté, guidé et entraîner les autres vers les sommets.

Pourtant, n'exigeons pas de lui . qu'il soit déjà devenu un saint, sinon qui serait assez téméraire pour accepter cette charge ? Et s'il jouissait d'un tel prestige personnel que nous en soyons subjugués, où serait notre mérite à obéir ? Ne serions-nous pas portés à nous incliner devant l'homme et non pas devant le supérieur ? Et encore est-il bien sûr que nous obéirions toujours ?

L'obéissance nous pèse parce que nous sommes des orgueilleux et que nous manquons d'esprit de foi. Notre orgueil nourrit notre soif d'indépendance, il se refuse à voir dans une simple créature le rayonnement de l'autorité divine. Elle nous serait douce si nous étions humbles et si nous aimions vraiment notre Maître. L'âme aimante se soumet  spontanément à Celui qu'eile aime, elle  est heureuse dans cette soumission, elle ne voudrait jamais reprendre son indépendance, mais toujours Vivre, demeurer toujours jusqu'à la mort et au delà de la mort aux ordres de Celui qui a toutes ses pensées.

Oui, l'obéissance est douce, elle est légère ; ce n'est pas un fardeau qu'on impose sur nos épaules, c'est un poids qu'on nous enlève, le poids de notre vie à diriger. Nous sommes déchargés de la direction de notre vie, nous n'avons plus qu'à avancer allégrement sur le chemin qu'on nous indique en chantant comme un oiseau qu'on vient de délivrer. « L'homme obéissant célébrera ses victoires », nous dit l'Esprit-Saint au livre des Proverbes. Il célébrera sa liberté totale, car l'attache que nous gardons à nous-mêmes est la plus forte de toutes les attaches. Quand l'homme a réussi à briser ce dernier lien, sen âme peut prendre joyeusement l'envol, monter, monter sans fin vers Dieu. Une paix ifféffablè, une joie douce et pure sont le fruit de l'obéissance. Nous n'avons plus à hésiter, nous n'avons plus à nous interroger pour connaître notre devoir et la volonté du Maître, nous le savons, le supérieur nous le dit. Notre âme est assurée d'être dans le bon chemin, elle est certaine que son Maître la regardeavec amour et la bénit.

Même si le supérieur;- qui n'est pas infaillible, se trompe en commandant, l'inférieur ne peut se tromper en obéissant, et quelle sécurité l'âme en retire ! Saint Thomas d'Aquin lisait un jour au réfectoire pendant le repas. Le correcteur de table, probablement distrait, crut avoir entendu le saint docteur mal prononcer une syllabe et lui demanda d'en reprendre la lecture. Docilement le Saint s'exécuta. Au sortir du réfectoire, les autres religieux l'entourèrent : « Vous n'auriez pas dû recommencer, dirent-ils, puisque vous aviez bien prononcé d'abord. Qu'importe, leur répondit-il, qu'on se soit trompé en me reprenant, je ne me suis pas trompé en obéissant. »

Obéissance, pourrions-nous dire, source de paix, créatrice de sainteté ! Rupture du dernier lien qui retient notre âme captive ! Obéissance, vertu aimée du Maître, bénie du Maître, pratiquée par lui ! Obéissance, non, tu n'es pas un fardeau pour l'âme vraiment religieuse, tu es sa liberté, la vraie, la pleine, celle qui détache l'âme de tout lien au créé et lui permet de monter, comme un ballon dont on a rompu les câbles, dans les profondeurs du ciel.

Voyons vraiment en elle l'acte de consécration de notre messe. Elle nous immole entièrement par cette mort qu'elle nous donne à nous-mêmes, par le dépouillement total qu'elle exige, mais par cela même elle nous fait vivre comme le Maître, en lui, par lui, pour lui, avec lui, toujours !

Par elle nous pouvons dire en toute vérité comme saint Paul : « Ce n'est plus moi qui vis, le moi est mort, il n'existe plus. Un seul Etre vit en moi, Jésus, à qui j'ai immolé le moi par mon obéissance. Par elle je suis la copie fidèle de mon Maître de qui il a été dit qu'il s'était fait obéissant jusqu'à la mort de la croix. »

Regardons notre Crucifix. Devant les plaies de ce Jésus que nos prétendons aimer et suivre, devant ce cadavre défiguré, cloué au bois d'infamie par la désobéissance de notre premier père, osons murmurer, érgoter, nous.révolter. Regardons-le, il nous dira; mieux que je ne saurais le dire, combien Dieu aime cette vertu pour la pratiquer à ce point.