Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL


AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
Ma vie est une messe
Titre de la page:

Lavabo-inter-innocentes-manus-meas

Nom de l'auteur:
P. Donatien-Terraz A.A.


XIII

Lavabo-inter-innocentes-manus-meas

Toute âme ases heures e et de défaillance et découragement. La lassitude peut provenir d'une fatigue physique ; il suffit alors d'un peu de repos pour retrouver notre équilibre. Elle  peut êtreune épreuve permise par Dieu ; acceptons-la filialement.

Mais elle a une cause morale. La nature ne peut pas à elle seule soutenir un effort aussi long que l'effort vers la sainteté et parce qu'on a trop compté sur soi et pas assez sur Dieu, on s'est vite essoufflé ; l'effort s'est relâché, on s'est arrêté, on s'abandonne. L'âme s'emplit d'une sorte de rancoeur et d'amertume. Elle succombe alors, très souvent, à la tentation de tout critiquer, de tout dénigrer. Rien ne lui plaît, elle ne voit que des défauts partout, chez les autres.

L'âme a conscience de n'avoir pas progressé beaucoup. Et pourtant, il lui semble qu'elle a fait des efforts, qu'elle a travaillé à se rapprocher de la perfection et elle en est encore si loin... alors, elle s'en irrite. On pourrait peut-être lui faire voir que probablement elle se fait illusion. Combien de gens croient avoir fait un effort prodigieux parce qu'ils en ont rêvé ! Combien de gens se figurent être des héros parce qu'un jour ils ont eu un geste un peu plus courageux ! Nous sommes si facilement dupes de nous-mêmes... Ce n'est pas seulement à Tarascon que l'on rencontre des Tartarins, on en trouve dans les couvents. Il y a les Tartarins de la sainteté. L'âme, donc, dans une heure de clairvoyance, s'aperçoit qu'elle n'est pas allée bien avant dans l'intimité divine ; elle se décourage, elle devient triste, elle cherche la raison de cet état de choses. Mais comme son amour-propre ne lui permet pas de s'attribuer cet échec, qu'elle ne peut tout de même pas en accuser Dieu, elle en vient à rejeter la faute sur le milieu qui l'entoure. « Si j'étais dans une autre communauté plus fervente, si j'avais d'autres exemples sous les yeux, si j'avais un autre supérieur, plus compréhensif, il n'en serait pas ainsi. Mais dans cette maison, que peut-on faire ? » Et ce sont des critiques, des murmures, des paroles acides sur les uns et sur les autres. Tout marche de travers et elle se sent prise de dégoût. Elle demande alors à changer de maison. Mais elle retrouve dans la nouvelle communauté les mêmes misères que dans la première, elle se trouve face aux mêmes difficultés ; elle est témoin des mêmes défaillances inévitables. Elle en vient alors à dénigrer la vie religieuse elle-même, sa Congrégation ; elle raille ceux qui ont encore la puérilité d'y croire, de se soumettre aux mesquines pratiques de la vie du couvent. Quant à elle, elle a compris, elle est au-dessus de toutes ces fadaises.

Pauvre âme religieuse à qui l'on pourrait parler ainsi : « Descendez en vous-même, examinez loyalement votre conduite.. Vous _constaterez que la, médiocrité de votre vie spirituelle ne tient qu'à vous.

Vous n'avez pas fait de progrès sérieux parce que vous n'avez pas fait d'efforts sérieux. Vous avez eu le désir peut-être, mais vous n'avez pas eu la volonté de vous renoncer. En réalité, vous vous recherchiez vous-même. Vos élans vers le bien étaient sporadiques, sans cohésion, sans persévérance. Les quelques mortifications que vous avez consenties si rares, si légères ! vous ont pourtant fait illusion. Pour un peu vous vous mettriez au rang des grands ascètes. Or, vous êtes à peine au seuil de la vraie pénitence. Vous êtes comme ces élèves qui croient avoir sérieusement étudié parce qu'ils ont lu une fois leur leçon et qui, ayant reçu une mauvaise note, en rejettent la faute sur le professeur. Votre orgueil vous aveugle sur votre tiédeur. Plus d'humilité vous rendrait moins injuste envers votre communauté. Elle manque de ferveur, dites-vous. Est-ce bien sûr ? Ne jugez-vous pas plutôt les autres d'après vos propres déficiences et ne leur attribuez-vous pas votre propre manque de piété et le vide de votre âme ? Ne généralisez-vous pas ce qui est le fait de deux ou trois qui vous ressemblent ? La jalousie, la rancoeur ne vous empêchent-elles pas d'apercevoir les qualités réelles, la ferveur réelle, la sainteté réelle de l'ensemble ? Montrez plus d'objectivité et vous constaterez que bien des vertus fleurissent autour de vous qui vous échappaient parce qu'on s'ingéniait à les cacher ou parce que vous ne vouliez pas les voir. Vous ne vous attachez qu'à relever les défauts, mais des êtres humains sans défauts, où donc en trouverez-vous ?

En somme, vous voudriez que les autres soient parfaits pour vous dispenser de l'être vous-même. Vous ne voyez que de mauvais exemples autour de vous ? Admettons-le. Admettons que la communauté est une communauté relâchée, que personne ne s'y préoccupe de discipline, que depuis le supérieur jusqu'au moindre des religieux, tout le monde transgresse la Règle à qui mieux mieux. Admettons-le. En quoi cela vous justifie-t-il ? Avez-vous, vous, donné le bon exemple ? Observez-vous fidèlement chaque point de la Règle ? Vous efforcez-vous d'entraîner les autres vers les hauteurs ? Faites-vous rayonner la ferveur sur votre milieu ? Ou n'avez-vous pas plutôt contribué par votre action à cette défaillance générale ? Si oui comme il est probable, votre premier devoir consiste non à critiquer une maison devenue relâchée en partie par votre faute, mais à donner l'exemple d'une ferveur retrouvée. Votre supérieur n'est pas assez large d'esprit, pas assez compréhensif ; vous le trouvez sévère et dur ? Mais pourquoi cette sévérité ? Apparemment, pour sauvegarder la discipline, maintenir la ferveur, réprimer les abus, assurer le bon ordre. Il est à supposer que ses efforts ne sont pas demeurés vains, qu'il a réussi à imposer le respect de la Règle, que son influence a maintenu l'esprit religieux. Si vous le trouvez sévère, c'est que vous en avez reçu des reproches pour manquement à votre devoir.

Votre orgueil et votre lâcheté ne le lui pardonnent pas. Le relâché, c'est vous. Le mal n'est pas chez les autres, il est en vous. Où que vous alliez, vous le retrou­verez, car vous le portez en vous. Songez donc non pas à critiquer, à dénigrer, à murmurer, à fuir la maison où vous êtes, mais bien à quitter votre attitude de blasé et à changer de vie. Ne dites pas que vos aigres observations ont pour but de corriger les abus et de promouvoir une réforme. Ce n'est là qu'un voile derrière lequel s'abrite votre tiédeur. C'est un piège que vous tend le démon pour vous empêcher de descendre dans votre âme pour en constater le vide. Si vous êtes vraiment animé de bonnes intentions, vous resterez là où vous êtes parce que Dieu vous a mis là et non pas ailleurs. La désaffestion à l"égard la communauté est une preuve de tiédeur et d'orgueil.

L'âme vraiment surnaturelle se comporte d'une tout autre manière. Elle estime et elle aime le milieu dans lequel elle vit. Les faiblesses dont elle est témoin, elle les excuse. Elle se garde bien de juger, de condamner, parce qu'elle a trop conscience de sa propre fragilité. Elle se souvient de la recommandation du Maître : « Ne jugez pas pour ne pas être jugés. » Elle trouve au contraire à s'édifier constamment. Elle admire un tel pour sa ferveur, tel autre pour son dévouement, celui-ci pour son caractère affable, celui-là pour sa patience et sa bonne humeur joyeuse. En tous, elle respecte les élus du Maître. Comme le prêtre à l'autel, elle dit : « Lavabo inter innocentes manus meas. Je me purifierai, je me sanctifierai au milieu d'âmes choisies. » Sa maison lui est chère pour deux raisons : d'abord, elle aime et estime ces âmes religieuses avec lesquelles elle vit et elle se plaît dans leur société. Elle lui est chère surtout parce que c'est la maison où Dieu l'a mise, où il veut qu'elle se sanctifie et fasse son salut. Si elle apprend qu'une autre communauté est plus fervente que la sienne, elle s'en réjouit, mais elle n'en profite pas pour jeter le blâme sur ceux qui l'entourent. Elle s'efforce de provoquer un renouveau de ferveur autour d'elle tout un courant de vie spirituelle intense qui j qui jettera tout le monde aux pieds de Dieu et fera de sa maison une oasis de paix. . Les paroles de l'office de la dédicace d'une église lui montent spontanément aux lèvres : « C'est ici la maison de Dieu et la porte du ciel ». C'est la maison de Dieu puisque c'est la maison où Dieu veut qu'elle soit, qu'elle l'y trouve partout, qu'elle n'y peut faire un pas sans que le sentiment de la présence de Dieu ne l'accompagne, créant autour d'elle une ambiance divine. C'est la maison des élus de Dieu, de ses préférés, de ses privilégiés, dans laquelle elle a déjà reçu des grâces sans nombre, dans laquelle elle gagne les mérites qui lui ouvriront la porte du ciel. Cette maison est réellement pour elle la maison de Dieu. Elle la quittera pourtant si l'obéissance l'appelle à un autre poste, elle la quittera sans murmure, assurée de retrouver ailleurs une autre maison de Dieu. Mais d'elle-même elle ne fera rien pour quitter cette maison. Oui, l'âme surnaturelle est heureuse dans sa communauté, dans toute communauté. Cette âme doit être la nôtre. Aimons nos frères et faisons de notre maison une véritable maison de Dieu. Et pour cela, évitons les défauts qui nuisent à la vie commune.

L'orgueil, d'abord. Nous n'avons ni les mêmes talents, ni les mêmes dons intellectuels, ni les mêmes qualités morales. Nous venons de pays différents, nous avons reçu une éducation première différente, nos goûts nous opposent parfois. Cette variété peut faire le charme d'une maison religieuse, à condition d'être bien comprise, de s'accompagner d'estime et de respect mutuels. Ne méprisons personne, n'ayons de remarques désobligeantes pour personne, ne froissons la dignité de personne. Rien ne décourage autant que de sentir qu'on nous dédaigne ; rien ne démoralise comme de se savoir méprisé à cause de notre nationalité. Aucun de nous n'est parfait : si mon frère a des défauts qui me choquent, j'ai aussi les miens qui choquent non moins les autres. Si je n'aime pas qu'on me les jette à la face, je dois comprendre que les autres ne l'aiment pas plus que moi. L'orgueil rend les caractères anguleux et tranchants. Celui qui en est atteint ne peut se déplacer sans heurter quelqu'un et lui faire mal. Et comme il rend souvent les esprits étroits ! L'orgueilleux ne peut admettre qu'on puisse avoir d'autre goût que les siens, d'autres conceptions que les siennes ; il se croit la norme suprême de tout. De là des sourires méprisants quand on défend une opinion autre ; parfois même des railleries acérées, des paroles à l'emporte-pièce, de l'irritation devant une contradiction imprévue et de sourdes rancunes qui empoisonnent les rapports. L'humilité, au contraire, me permet de mieux comprendre les autres points de vue que le mien, d'en apercevoir le bien-fondé. J'éviterai les aigres disputes, je n'attacherai pas à mes idées la valeur d'un dogme intangible ; au vain renom d'esprit caustique, je préférerai la charité silencieuse qui ne heurte personne et sourit à tout le monde. Mon arrivée dans un groupe n'éveillera aucune appréhension ; l'entretien ne sera pas interrompu par crainte d'un sourire de mépris. L'humilité verse de l'huile dans les rouages de la vie commune, l'orgueil y jette du sable et les fait grincer.

Et ne soyons pas moroses, c'est encore de l'orgueil. Il est des âmes éternellement tristes que rien ne saurait satisfaire. Elles traînent leur universel dégoût de la chapelle au réfectoire, du réfectoire à la salle commune, de la salle commune en récréation ; on dirait que ces âmes ne savent pas sourire. A voir leur visage allongé, la moue qui plisse leurs lèvres, on se demande chaque jour si elles n'ont pas avalé un crapaud le matin. Leur seule apparition inspire la tristesse, répand la nuit ; ce sont de vrais éteignoirs. L'esprit morose est aussi préjudiciable à la vie commune que le dédain.

Fuyons la jalousie qui est un produit de l'orgueil. On ne peut supporter qu'un autre nous soit préféré. On veut être le premier ou du moins un égal. L'âme qui en est atteinte trouve à chaque instant des raisons de se blesser. Si la supérieure appelle chez elle plusieurs fois de suite la même religieuse et que cette religieuse en revienne souriante, la Soeur jalouse la regarde d'un oeil maussade et murmure : « Toujours les mêmes qui ont les faveurs ! » Si une autre religieuse, pour raison de santé, est un peu mieux traitée dans sa nourriture, la Soeur jalouse se met à maugréer : « Ce n'est pas à moi qu'on donnerait de petits plats ! » Pour un peu, elle en perdrait l'appétit. Tout ce qu'elle aperçoit chez les autres et qu'elle n'a pas : un vêtement plus fin, un livre de piété, un ruban même, un rien, tout a le don d'allumer sa jalousie et de provoquer ses réflexions désobligeantes. Si elle désire un poste et qu'une autre y soit nommée, la voilà déchaînée, elle se répand en plaintes acerbes, elle en maigrit, elle ne dort plus. Ses murmures finissent par créer un malaise général dans la communauté. Et la jalousie dégénère souvent en rancune mesquine, la vie au monastère devient un vrai purgatoire. Il suffit d'une ou deux Soeurs qui en soient rongées pour troubler tout un couvent.

Evitons les amitiés particulières. Notre caractère ne s'accorde pas avec la même facilité au caractère de tout le monde. Il est naturel de préférer une Soeur avec qui me lie une conformité de sentiments et de goûts. Mais attention ! c'est naturel et non pas surnaturel. Que cette préférence ne soit pas exclusive, que mon affection religieuse et pure ne se limite pas à une seule personne, qu'elle s'étende à toutes sans distinction, car toutes sont au même titre des âmes consacrées. La fréquentation trop habituelle des mêmes Soeurs finit par former des groupes fermés, les groupes dégénèrent en clans et la division se met dans les coeurs. Aussi bien, s'il est légitime de ressentir plus de sympathie pour une Soeur, il est bien mieux de ne pas aller avec elle plus qu'avec les autres et d'avoir une âme universelle, comme Jésus. Les amitiés particulières désorganisent une communauté.

Aimons donc notre communauté actuelle, aimons- la comme étant la société que Dieu nous a choisie. Rien n'est sanctifiant comme la vie commune si nous nous laissons guider par l'esprit de foi. Le contact des différents caractères polit le nôtre et le détache de sa gangue. Un caillou isolé garde ses arêtes coupantes ; le galet de la rivière, à force de frottement, devient lisse et poli. Aimons donc notre communauté, aimons-en tous les membres. Entourons- les d'estime et de respect. Disons avec le prêtre : « Lavabo inter innocentes manus meas. Je me sanctifierai en compagnie d'âmes innocentes. »


XIV

Meum ac vestrum sacrificium.

Le prêtre est seul à l'autel, il est seul ministre du Sacrifice de la messe. Et pourtant, le Lavabo achevé, il se tourne vers les fidèles et leur dit : « Orate, fratres. Priez, mes frères, pour que mon Sacrifice qui est aussi le vôtre soit agréable aux yeux de Dieu. » Les fidèles ne semblent être que de simples assistants et pourtant il dit : « Mon Sacrifice qui est le vôtre. » Qu'est-ce à dire; sinon que les fidèles, eux aussi, offrent le même Sacrifice en union avec le prêtre, que le célébrant est soutenu dans son oblation par les prières de toute l'assistance ? Prêtres et fidèles formernt un tout et ce tout offre à Dieu le Père la chair et le sang du Fils uimmolé.

Il en est de même dans la messe de notre vie. Chacun semble être seul à la célébrer, chacun semble être seul à accomplir le geste d'oblation et il n'en est rien. Le sacrifice est commun ; je participe à celui de mes frères, les frères participent au mien. La communion des saints se réalise plus étroitement encore dans une communauté religieuse que pour l'ensemble des chrétiens. Non, mon sacrifice n'est pas un sacrifice isolé, les frères qui m'entourent l'offrent avec moi et à mon tour j'offre celui de mes frères. De cette unité dans le sacrifice découlent des obligations graves pour nous.

La première, c'est que nous devons prier les uns pour les autres. « Priez, mes frères », dit le prêtre. « Priez, nous dit chacun des membres de la communauté, pour que mon sacrifice qui est aussi le vôtre soit agréable aux yeux de Dieu. » Je dois donc prier pour eux, je dois prier pour que leur vie soit sainte, pure, immaculée, qu'elle constitue un sacrifice agréable aux yeux de Dieu. Je dois prier pour qu'ils soient vraiment des victimes de lumière et d'amour comme Jésus qui s'immole sur l'autel, pour que Dieu les regarde avec complaisance et se penche sur eux pour les bénir. Je dois prier non seulement parce que l'amour du prochain m'en fait un devoir, mais aussi dans mon intérêt, bien entendu. Je suis directement intéressé à ce qu'ils soient parfaits, je suis directement intéressé à ce que leur vie soit une offrande sans tache parce que leur sacrifice est aussi le mien et que j'aurai part à la satisfaction que Dieu en tirera. De là l'esprit qui doit caractériser ma prière comme membre d'une communauté. Il importe que j'évite ce qui pourrait trop ressembler à de l'égocentrisme spirituel. Certes, j'ai le droit, j'ai même le devoir de prier pour moi, de demander à Dieu de me faire monter Vers, les hauteurs de la sainteté, de solliciter les lumières et la force indispensables, car ma première obligation est de me sauver. Mais je ne suis pas seul, je suis membre d'un tout dont je ne puis ni m'isoler ni nie retrancher sans me retrancher de la vie. Aussi, après les demandes personnelles viendront les demandes pour les autres membres de mon Institut, spécialement pour ceux de ma maison. je ferai mienne la prière de Jésus pour ses apôtres à la veille de sa Passion : « Je vous prie pour eux parce qu'ils sont vôtres. Ils ne sont pas du monde comme je ne suis pas du monde. Sanctifiez-les dans votre vérité. » Ma prière sera de la sorte une prière vraiment chrétienne par le souci manifesté pour le bien des autres ; j'éviterai plus facilement tout égocentrisme spirituel, je ressemblerai davantage au divin Maître qui s'oubliait pour ne voir que son Père et les âmes. Grâce à mes instances auprès de Dieu, mes frères en religion recevront une série de faveurs célestes qui les purifieront, les sanctifieront, perfectionneront leur sacrifice par une grande pureté de vie et un plus grand amour. Ils se rapprocheront chaque jour de la sainteté, Dieu les regardera, et me regardera, avec une tendresse plus grande. Je prierai donc pour que mes frères montent toujours plus haut dans la lumière.

Je participe donc au sacrifice des autres et j'ai  intérêt à ce que ce sacrifice soit le plus saint possible. Mais les autres participent au mien. Plus il sera parfait, plus il attirera sur moi et sur eux le regard complaisant de Dieu. De là une deuxième conséquence d'une grande portée spirituelle. Je dois m'efforcer de devenir un saint. Je dois m'y efforcer déjà parce que Dieu m'appelle inifivuellement à le devenir, parce que personnellement, au jour de ma professin, j'ai tout immoté sans réserve et que je n'ai pas le droit maintenant de reprendre dans le détail une offrande sacrée faite por toujours. Mais un nouveau motif s'ajoute à ces deux premiers et me fait une obligation de me tenir dans la lumière ; c'est que je ne suis pas un être isolé. Le suis le membre d'une communauté, mon sacrifie est lié à celui des autres et se font dans le sacrifice  commun. Si je jette une tache sur ma vie, je profane mon sacrifice. Je ne suis plus qu'une victime souillée dont la souillure éclabousse les autres. Je profane le sacrifice commun, ma faute personnelle va l'amoindrir aux yeux de Dieu qui sera frustré dans son attente et je serai cause qu'il ne bénira pas la maison où je suis et n'y trouvera pas ses délices. Je n'ai pas le droit de m'en excuser en disant : « Après tout, si je ne suis pas un saint, si je ne suis qu'un religieux médiocre, cela ne regarde que moi seul ; seul, j'en porterai les conséquences. » Ce n'est pas vrai. Je ne suis plus un individu isolé, je ne suis pas coupé de l'ensemble, je suis une partie d'un tout. Mon sacrifice se fond dans le sacrifice commun ; une imperfection ans le mien entraîne une imperfection dans l'ensemble comme toute perféction dans le mien fait monter l'ensemble. Dans un concert, taus les musiciens doivent jouer avec une égale maîtrise pour que l'exécution d'ensemble soit parfaite. Il suffit d'un artiste médiocre ou dis­trait pour que le public entende soudain une note fausse et il suffira de cette note fausse pour que soit rompu le charme de l'auditoire.

Jésus nous servira une fois de plus de modèle. Que dit-il à son Père dans cette prière sacerdotale qui précède sa Passion ? « O Père, le me sanctifie pour eux our qu'eux aussi soient sanctifiés. » « Je me sanctifie pou`reux » : il affirme ainsi son union avec ses apôtres. A proprement parler, Jésus ne se sanctifie pas. Saint, il l'est dès le premier jour de son Incarnation. « Le Saint qui naîtra de toi », dit l'ange à Marie. Il est saint par essence, mais cette sainteté, il ne la montre pas du premier coup dans sa plénitude, il ne la révèle que progressivement. Parvenu à la veille du grand sacrifice, il la laisse déborder : « Je me sanctifie. » Et pourquoi ? Pour que les siens soient sanctifiés, que la sainteté découle de son âme unie au Verbe dans la leur unie à la sienne, que le rayonnement de sa propre perfection s'étende sur eux, que Dieu les prenne sous sa garde à cause de sa sainteté à lui, son Fils éternellement aimé. « Je me sanctifie moi-même pour eux. » Il en est de même pour nous dans une mesure, cela se conçoit, infiniment moindre. Nous sommes unis les uns aux autres. Si je me sanctifie, ma sainteté sanc­tifie ceux qui m'entourent ; mon sacrifice attire la bienveillance du Père sur tous ceux qui y prennent part, sur ma communauté, sur ma Congrégation. Admirable interdépendance spirituelle ! La sainteté de mon frère me sanctifie, ma sainteté sanctifie mon frère. Vraiment, une âme religieuse peut dire comme le prêtre à l'autel : « Que mon sacrifice qui est aussi le vôtre soit agréable aux yeux de Dieu. » Et travailler pour que cela soit, car son sacrifice n'est plus un sacrifice particulier, il est lié à celui des autres ; Dieu le reçoit et le bénit comme tel. C'est pourquoi nous devons être doublement fer­vents : fervents pour remplir notre dette de piété personnelle envers Dieu ; fervents pour sanctifier le sacrifice commun. Un religieux médiocre, c'est une note fausse dans un concert ; c'est une souillure qui profane le sacrifice de l'ensemble.

C'est ce qui fait la malice du mauvais exemple dans une maison religieuse. Le Frère, la Soeur qui s'en rendent coupables profanent non seulement leur propre sacrifice, mais ils profanent celui des autres ; ils jettent une tache sur l'ensemble. Je ne parle pas ici d'une faute qui peut nous survenir par surprise et que nous regrettons aussitôt, que nous aurons à coeur de réparer. Nous sommes des créa­tures chancelantes, et Dieu permet ces accidents pour nous rappeler à l'humilité, nous faire souvenir que nous ne sommes que des hommes et que sans lui nous ne pouvons rien. Je parle d'une faute voulue, entretenue, devenue comme naturelle ; une de ces fautes auxquelles on ne prête plus attention tellement elles sont entrées dans les habitudes ; une de ces faites contre lesquelles la consciencene proteste plus parce qu'elle a déjà trop cédé. A voir le calme avec lequel ce Frère ou cette Soeur la commet, les autres sont d'abord choqués, puis la fréquence émousse ce premier sentiment, ils s'y accoutument peu à peu, n'en voient plus la gravité et finissent par y tomber à leur tour.

Voici une religieuse qui a l'habitude de manquer au silence. Le bavardage lui est devenu chose si familière qu'elle ne se rend plus compte qu'elle manque à la Règle et qu'elle y fait manquer les autres. La langue lui démange, la voilà qui arraisonne une Soeur qui passe ; le papotage va son train. La Soeur est gênée, elle a conscience d'être en faute, elle voudrait bien s'en aller, elle ne l'ose pas ; elle reste à écouter jusqu'au bout. Quand le supplice a pris fin, elle est mécontente d'elle-même, mécontente d'avoir manqué au silence, perdu son temps et transgressé la Règle. C'est bien encore qu'elle éprouve ce sentiment et qu'elle se rende compte de sa faute. Mais l'autre ? La religieuse bavarde ? Oh ! elle, elle n'y a vu aucun mal, elle s'en va à la recherche d'une deuxième victime. Cette Soeur au caractère évaporé qui manque au silence et y fait manquer les autres, ne peut que provoquer l'habitude généralisée de violer la Règle, troubler le recueillement de la maison, amener un abaissement dans la ferveur commune. Elle sacaifice particulier et profane celui des autres.

D'autant que par son bavardage elle glissera, c'est inévitable, dans d'autres fautes plus graves. On ne peut pas toujours parler pour ne rien dire, s'entretenir uniquement de choses indifférentes, de la pluie ou du soleil. Ce serait là un moindre mal. Pour donner une saveur plus piquante à la conversation, elle la saupoudrera de petites médisances. Elle relève les imperfections de ses Soeurs, les commente d'un petit ton acide, les contrefait, révèle les faiblesses dont elle a été témoin, rapporte des anecdotes malicieuses, colporte les potins. Elle commet une quadruple faute sans même s'en rendre compte : elle manque elle-même au silence, elle y fait manquer les autres, elle révèle les défauts du prochain et surtout ceci est grave, en faisant connaître une faute qui, sans elle, serait restée ignorée, elle devient une cause de scandale. La faute révélée sera un mauvais exemple dont la divulgation peut amener certaines âmes plus faibles à tomber à leur tour. Au point de vue vie religieuse, l'âme qui a succombé, dans le secret, est moins coupable que celle qui répand la connaissance de cette faute. La première nuit, certes, à la pureté du sacrifice commun, mais elle peut se ressaisir, réparer et par sa pénitence le faire monter plus qu'elle ne l'avait fait descendre. La deuxième, au contraire, y nuit par sa faute personnelle, elle y nuit plus encore en amenant par ses révélations un relâchement dans la ferveur de la maison et elle n'aura même pas l'idée de réparer sa faute. Sans compter que par ses rapports médisants, elle peut susciter des rancunes durables, des animosités, des antipathies et la division. Moins que personne elle ne travaille à hausser le niveau spirituel de l'ensemble.

Nous ne devons jamais oublier que la communauté forme un tout indivisible, que la ferveur de l'un rayonne sur l'ensemble, que la tiédeur de l'autre jette une tache sur l'ensemble, que toute action, quelle qu'elle soit, a sa répercussion sur l'ensemble.

Non, nous ne sommes pas des individus isolés, menant une vie sans contact avec les autres, montant seuls vers les cimes ensoleillées ou descendant seuls vers les régions d'ombre. Nous sommes une communauté et c'est la communauté tout entière qui monte ou descend avec nous. Chaque religieux, chaque religieuse offre le sacrifice de sa vie, célèbre la messe de sa vie, mais ce sacrifice est uni au sacrifice de l'ensemble, cette messe se perd dans la messe commune. Toute souillure dans mon sacrifice particulier est une souillure qui entache le sacrifice commun et nous serons jugés un jour non seulement sur notre manque de ferveur personnelle, mais sur la tiédeur de l'ensemble. Prions les uns pour les autres, aidons-nous les uns les autres dans la célébration fervente de notre messe. « Priez, mes frères, dit le prêtre ; « priez », nous dit chaque religieux. Prions et répondons comme le petit servant à l'autel : « Que le Seigneur agrée le Sacrifice qu'offrent vos mains pour la louange et la gloire de son nom, pour notre utilité et celle de toute l'Eglise. Ainsi soit-il. »