Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
Ma vie est une messe
Titre de la page:

Introibo-ad-altare-Dei

Nom de l'auteur:
P. Donatien-Terraz A.A.

III
Introïbo ad altare Dei.


Le prêtre fait la génuflexion et commence la célébration du Saint Sacrifice : Introïbo, je gravirai les marches de l'autel. Dans la messe de notre vie, disons aussi : Introïbo, j'irai, je monterai les degrés de la sainteté. Le Sacrifice est la chose sainte par excellence ; notre vie doit être une chose sainte, elle doit être une montée continuelle et joyeuse vers les hauteurs. Introïbo : je gravirai.

Rappelons-nous les heures ferventes de notre noviciat. Nous chantions avec le psalmiste : « In domum Domini ibimus, Nous irons dans la maison de Dieu. » Quelle était alors notre ardeur ! Avec quelle allégresse nous nous élancions vers la montée et comme nous entendions bien l'appel exaltant des cimes ! Puis l'accoutumance est venue, l'élan s'est ralenti, l'enthousiasme s'est dissipé et nous sommes bien loin de l'idéal jadis entrevu. Pourtant, que sommes-nous venus chercher dans la vie religieuse ? On rapporte de saint Bernard que chaque jour il se posait la question : « Bernard, pourquoi es-tu entré au monastère ? » Oui, pour quoi ? Si c'est pour mener une vie banale, médiocre, entachée d'imperfections et de fautes vénielles sinon de fautes graves, que ne sommes- nous restés dans le monde ? Cela eût peut-être mieux valu pour nous. Nous n'étions pas obligés de le quitter pour vivre au couvent. Si nous l'avons fait, c'est de notre propre gré, nous l'avons voulu, nous avons voulu répondre à la voix intérieure du Maître qui nous invitait à le suivre : « Si tu veux être parfait, viens et suis-moi ! » la raison d'être comme religieux, c'est de travailler à devenir des saints Peut-être l'oublions-nous trop pour nous contenter d'une vertu quelconque.

Nous devons tendre à la perfection parce que telle est la volonté de Dieu, parce que tel est notre propre engagement, parce que telle est la condition de notre bonheur même ici-bas.

C'est d'abord la volonté de Dieu. Déjà dans l'Ancien Testament nous en trouvons la manifestation dans plus d'une page. C'est Dieu qui s'adresse à Abraham pour lui dire : « Marche en ma présence et sois parfait. » Songe que tu ne peux échapper à mon regard, que je connais mieux que toi tes pensées les plus secrètes et les replis les plus cachés de ton coeur, que je suis chacune de tes actions, que rien ne peut te soustraire à cette vigilance continue sur chacun de tes pas. Souviens-toi de ma présence universelle et sois parfait. Il est vrai que nous pourrions arguer que Dieu s'adresse à un individu, que ce n'est là qu'une vocation strictement personnelle. Mais voici un autre texte qui s'adresse indistinctement à tout homme, auquel nous ne pouvons pas échapper, c'est un ordre que Jésus déclarera être le premier : « Tu aimeras ton Dieu de toute ton âme, de tout ton coeur, de tout ton esprit, de toutes tes forces. » Le texte est clair, l'ordre formel, l'obligation générale et nul ne peut y échapper. Nous devons aimer Dieu de toute notre puissance d'aimer, il ne doif pas demeurer en nous une seule fibre qui ne vibre à son nom. si nous gardons la moindie attache à la ciéâture, si nous maintenons en nous une imperfection volontaire, si nous acceptons sciemment une faute vénielle, à plus forte raison si nous tombons dans une faute grave, nous ne pouvons pas dire que nous aimons Dieu de tout notre être puisque volontairement nous lui soustrayons quelque chose. Or, Dieu ne nous demande pas une partie de notre âme, si grande soit-elle, il n'admet ni division ni partage. Il nous dit : « Tu m'aimeras de toute ton âme. » Il veut tout, il prend tout, il exige tout. Qu'est-ce à dire sinon que Dieu réclame de tout homme l'amour parfait, c'est-à-dire la sainteté.

S'il l'exige de tout homme, il l'exige spécialement du chrétien. Jésus n'est pas seulement le Sauveur du monde, il est encore le chef de l'humanité nouvelle régénérée dans son sang. Greffée sur lui au Baptême, l'immense multitude des élus reçoit de lui la sève nutritive, cette vie divine qu'il est venu rendre aux âmes réconciliées avec Dieu, qui les surnaturalise, par qui nous ne sommes plus de simples créatures, mais les enfants adoptifs d'un Père infiniment bon. C'est par notre union au Fils réel, engendré dans la splendeur des cieux au sein de la Trinité mystère d'amour et de vie ; c'est par notre union au Verbe fait chair que nous retrouvons l'ancienne ressemblance avec Dieu que le péché avait abolie ; c'est par notre union au Fils descendu sur terre que se restaure au fond de nos âmes l'image paternelle. En nous unissant à sa Personne, Jésus nous unit à Dieu avec qui il ne fait qu'un et la grâce qui découle de lui en nous, nous fait entrer de nouveau dans la famille divine.

Mais ne s'unit pas_à Jésus qui veut, faut un appel du Père. C'est le Père qui choisit dans l'innombrable "postérité d'Adam ceux qui seront admi à pénétrer dans  les demeures éternelles comme des enfants qui fanchissent émus le seuil de la maison familiale donc ils étaient partis et qu'ils avaient bien craint de ne plus jamais revoir. Oui c'est le Père qui amène les âmes au Fils et ces âmes qu'il lui amène il veut qu'elles ressemblent à ce Fils. Dieu les a prédestinées nous dit Saint Paul à devenir conformes à l'image de son Fils. » Il ne suffit donc pas au chrétien qui veut remplir sa destinée d'être uni au Christ par le lien de la grâce, il doit travailler à acquérir chaque jour une ressemblance plus grande avec lui, à reproduire avec une fidélité grandissante les traits du divin Modèle ; il doit être une copie de moins en moins imparfaite du Christ. Or, Jésus n'est-il pas l'être saint sanctum dont la naissance a été annoncée à Marie ?

N'est- il pas le reflet incarné de Celui devant lequel les choeurs angéliques se voilent de leurs ailes et chantent : Sanctus ! Sanctus ! Sanctus ! Jésus est le miroir qui réfléchit la sainteté de Dieu ; le chrétien doit être un miroir qui réfléchit la sainteté de Jésus et, par lui, de Dieu. Voilà pourquoi le Maître nous dit dans l'Evangile : « Je vous ai donné !'exemple afin que vous fassiez comme j'ai fait. » Et encore : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Nous sommes indignes de notre vocation de chrétiens si nous acceptons de vivre dans la médiocrité, si nous nous traînons au bas de la montagne au lieu d'en escalader les pentes pour aller respirer l'air immaculé des sommets. D'autant plus que nous ne sommes pas des chrétiens ordinaires. Dieu nous a donné plus qu'aux autres, les comptes en seront pls rigoureux è a rendre.

Nous avons été de sa part l'objet l'objet d'un choix spécial. Il eût pu nous laisser dans le monde, exposés aux périls du monde, empêtrés dans les joies du monde. Tant d'autres, meilleurs que nous, s'y débattent dans des dangers que nous ne connaissons pas. Il nous en a retirés par un choix absolument gratuit , Ego vos elegi. Et pourqoui nous sépare-t-il du monde ? « Ut fructus afferatis : pour que nous produisions des fruits de sainteté. »

Hélas ! n'avons-nous pas à craindre le sort du figuier stérile ? Dieu nous a transplantés dans son jardin, il nous a entourés d'une clôture protectrice, il a écarté de nous les renardeaux dont parle l'Écriture. N'est-il pas en droit d'attendre de nous des fruits et de beaux fruits ? S'il venait en ce moment sous notre arbre pour en chercher, que trouverait- il ? Ne dirait-il pas à son intendant : « Voici dix ans, quinze ans, vingt ans, que j'en attends des fruits et je n'ai rien pu cueillir encore ; enlevez ce figuier stérile qui occupe inutilement la place. »

Chrétiens religieux, plus que les autres, nous devons nous efforcer de ressembler à notre Père du ciel et nous rappeler cette parole de saint Paul : « Dieu veut votre sanctification ; haec est voluntas Dei sanctificatio vestra. » Nous pouvonsd'autan moins l'oublier que nous nous sommes engagés solennellement,

Après nous avoir demandé de le suivre, Jésus a fixé son regard profond sur nous et nous a, comme à Simon-Pierre, posé cette question : « M'aimes-tu plus que les autres ? » Nous avons répondu, comme l'Apôtre, de tout l'élan de notre âme : « Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime ! » Et nous avons ajouté : « Seigneur prenez moi, je vous donne tout. Les biens d'ici-bas, tout ce que la terre peut m'offrir comme trésors, je vous le donne par mon voeu de pauvreté. Mon pauvre coeur humain, si avide d'affection et si vaste qu'aucune créature ne peut l'emplir en entier, je vous le donne par mon voeu de chasteté. Ma volonté si éprise d'indépendance qu'elle s'effarouche de l'ombre d'une servitude, j'y renonce par le voeu d'obéissance. » Nous avons ainsi tout donné, nous nous sommes engagés à ne vivre que pour Dieu jusqu'à la mort. L'Eglise, les anges, le ciel tout entier ont été témoins de cette offrande totale, et le prêtre, au nom de Jésus, l'a reçue et l'a consacrée.

Arrêtons-nous un peu sur la portée de notre oblation. Dans l'ancienne Loi, il y avait deux genres de sacrifices. D'abord la simple offrande. Le fidèle détruisait une part de la victime, mais s'en réservait le reste qu'il partageait ensuite avec le prêtre, ses amis et sa famille. C'est ce que fait le chrétien ordinaire. De sa vie il fait deux parts : l'une, bien petite, qu'il consacre à Dieu ; l'autre qu'il se réserve pour lui-même. Mais dans les grandes occasions l'israélite offrait un holocauste. La victime était entièrement consumée sur l'autel. Ni fidèle, ni prêtre, ni qui que ce soit ne pouvait en distraire une parcelle sans se rendre coupable de sacrilège. Ce sacrifice, c'est le nôtre. Au jour de notre proftession, nous nous avons tout consacré è Dieu, et le geste d'oblation a été loyal., Mais depuis ? Après avoir tout offert en bloc n'avons-nous pas repris furtivement en détail ? N'avons-nous pas grignoté notre holocauste ? Prenons garde. Dieu disait déjà par son prophète au fidèle de la Loi ancienne qu'il haïssait ceux qui commettent des rapines dans l'holocauste. Et il ne s'agissait alors que d'animaux dont il déclarait par le psalmiste : « Ai-je besoin de vos sacrifices ? Que me font vos taureaux et vos brebis ? En mangerai-je la chair ? En boirai-je le sang ? » Dieu ne les exige donc pas ces sacrifices, mais du moment que nous les offrons, il faut que notre geste soit sincère et ne ressemble pas à une comédie., On ne se joue pas de Dieu. Or, si Dieu déclare haïr la rapine dans l'holocauste quand il ne s'agit que d'un animal, quelle sera son indignation pour l'âme religieuse qui en commet dans l'holocauste spirituel d'elle-même ? Pourtant, qui de nous peut assurer qu'il ne s'en rend pas coupable ?

La Règle, me demande le silence, je me permets d'y manquer, je reprends de mon offrande ; la pauvreté me demande de me priver de tel objet, je le garde, je reprends de mon offrande ; la pureté me demande de repousser telle suggestion de la chair,. je ne le fais que mollement, je reprends de mon offrande ; l'obéissance me demande tel sacrifice, je le refuse, je reprends de mon offrande. Chaque fois que volontairement je blesse une vertu, que je me permets une imperfection, je reprends de mon offrande, je...grignote mon holocauste, je m'approche, sournoisement de l'autel et je dérobe quelque chose à Dieu. Songeons-nous alors à la colère de Dieu, du Dieu qui hait la rapine ? Est-ce pour aboutir à ce résultat : nous attirer la colère de Dieu, que nous sommes entrés dans la vie religieuse ? Que nous tombions, cela est inévitable, nous ne sommes pas des anges, mais de pauvres créatures humaines ; que nos fautes du moins soient des fautes de surprise, n'en faisons pas notre climat habituel.

Nous devons tendre à la perfection parce que notre Père nous le demande et parce que nous le lui avons promis au jour de notre profession. Nous devons y tendre encore si nous voulons être heureux. Le bonheur nous le cherchons comme tous les hommes, et c'est pour nous l'assurer éternellement que nous avons franchi le seuil d'une maison religieuse. C'est parce que dans le monde nous risquions de le perdre pour toujours que nous sommes sortis du monde. Oui, nous aussi nous aspirons au bonheur. Mais qu'est-ce que le bonheur ? Il consiste à voir se réaliser nos aspirations. Plus l'aspiration est puissante et la réalisation parfaite, plus grand est le bonheur. Or, l'aspiration fondamentale de tout être créé est d'atteindre le but pour lequel il a été créé et qui lui donnera son plein épanouissement. Et nous sommes créés pour Dieu. Il est à la fois notre Principe et notre Fin. Sortis de sa lumière, nous devons retourner à sa lumière. Plus donc nous nous rapprocherons de lui, plus nous serons près de notre but et plus nous serons heureux. Plus nous nous épanouirons. « Vous nous avez faits pour vous, Seigneur, s'écrie saint Augustin, et notre coeur est agité aussi longtemps qu'il ne se repose pas en vous. » Et qui est plus près de Dieu que l'âme sainte et, par suite, qui connaît un apaisement plus lumi­neux et un bonheur plus intime ? Elle se sent si proche de celui qu'elle aime ! Son intelligence, avide de connaître, plonge dans les clartés divines ; son coeur, avide de tendresse, se dilate dans l'Amour infini. Elle n'a plus qu'un seul désir : voir se dénouer les derniers liens qui la retiennents sur la terre et aborder enfin aux rivages éternels. Et c'est pourquoi un religieux médiocre ne peut pas être heureux. Ne tendant plus vers Dieu, il sort à moitié de sa voie. il n'est plus dans son élément, il lui manque quelque chose d'essentiel. Alors son âme inquiète va mendier auprès des créatures ce que sa lâcheté ne lui permet pas de trouver dans l'union avec Dieu. Et il ne peut pas en être autrement.

La recherche de la perfection s'impose donc à nous. Nous, devons travailler à devenir des saints pour que nous puissions vraiment aimer Dieu toute notre âme comme il le demande,. Nous devons travailler à devenir des saints parce que nous nous y sommes engagés en offrant l'holocauste de nous-mêmes. Nous devons travailler à devenir des saints si nous voulons connaître un bonheur et une paix inconnues aux âmes quelconques. L'âme vraiment religieuse jouit d'une jeunesse d'âme qui ne se fane pas et d'une joie que rien ne peut troubler. Elle dit avec le prêtre : « J'irai vers le Dieu qui réjouit ma jeunesse. » Elle peut le dire parce que pour elle c'est vrai.


IV

Judica me, Deus.


Pour faire de notre vie une messe, il nous faut travailler à devenir des saints. Une pensée peut nous y aider beaucoup. Cette pensée, nous devrions l'avoir toujours présente non pour y trouver l'inquiétude mais comme un aiguillon qui nous pousse toujours de l'avant, toujours plus loin. C'est la pensée du jugement. « Judica me, Deus. Jugez- moi », dit le prêtre au bas de l'autel. « Jugez- moi. » Sur ce point, nous serons exaucés sûrement. Il viendra le jour où notre âme se trouvera nue et tremblante au tribunal de Dieu, projetée en pleine lumière, sans qu'il lui soit possible de découvrir un abri pour se cacher, un protecteur à implorer. L'heure de la miséricorde sera révolue, elle cédera !a place à la justice et l'âme se sentira terriblement seule devant son Juge.

C'était pourtant un saint religieux que Thomas de Celano, c'était un saint religieux dont le corps émacié semblait transparent à force de jeûnes, dont la figure rayonnait d'amour de Dieu. Et pourtant, un frisson d'épouvante secouait son âme quand il songeait à ce jugement final et son effroi soulève encore les strophes du Dies irae. Relisons-les ces strophes pour nous en pénétrer :

Jour de colère que ce jour où le monde prosterné dans la cendre devra rendre ses comptes, au témoignage de David, et de la Sibylle. Quel tremblement secouera tout le monde lorsque le Juge prendra place au tribunal pour le jugement universel !

La trompette lancera l'appel terrible, et faisant sortir les morts des tombeaux, les convoquera devant le trône de l'Eternel. La mort et la nature seront figées d'étonnement de voir les décédés se dresser pour répondre au Juge. On apportera le grand livre où toute action se trouve écrite, d'après lequel le monde sera jugé.

Lorsque donc le Juge se sera assis, toute faute secrète sera révélée, rien ne demeurera sans sanction. Que dirai-je, alors, pauvre malheureux ? Vers quel protecteur me tournerai-je puisque le juste même tremblera ? Souvenez-vous, Jésus si bon, que vous êtes venu me sauver sur la terre, ne me perdez pas en ce jour d'épouvante. Vous vous êtes fatigué à me chercher, vous êtes mort sur la croix pour moi, que tant de souffrances ne soient pas vaines...

Juge si juste en vos sentences, accordez-moi la grâce du pardon avant ce terrible rendement de comptes. Je pleure devant vous comme un coupable, confus au souvenir de mes fautes ; grâce ! mon Dieu, je vous en supplie... Vous avez pardonné à Madeleine, vous avez exaucé le bon larron, votre bonté me donne espoir. Mes prières ne sont pas dignes, mais que votre bienveillance m'accorde d'échapper au feu éternel.

Donnez-moi une place avec vos brebis, séparez-moi des boucs, placez-moi à droite. Quand les maudits s'en iront pleins de honte vers les flammes, appelez-moi avec vos élus. Je vous prie, le front prosterné, le coeur broyé comme de la cendre, prenez en main mon sort éternel.

Ainsi chantait Thomas de Celano. Et nous, qui n'avons pas sa sainteté, quelle ne doit pas être notre crainte à l'idée de ce jugement ? Faisons comme lui, supposons-nous cités au tribunal divin. Que nous dira le souverain Juge à qui rien ne peut échapper ? Si nous avons été des religieux Médiocres, ne nous adressera-t-il pas le reproche qu'il adressait à Israël par son prophète Isaïe : « O vigne préférée que j'avais enclose d'une haie protectrice et de murs, que j'avais plantée de plants choisis, pour laquelle j'avais construit une tour de guet et installé un pressoir, j'attendais de toi des raisins, tu ne m'as donné que des ronces. — Âme religieuse, nous dira-t-il, je t'ai tirée du bourbier du monde, car je te voulais belle, grande, pure. Je t'ai choisie parmi des milliers d'autres sans aucun mérite de ta part. Je t'ai soustraite au souffle du siècle pour que tu n'en sois pas ternie, pour que tu t'épanouisses et montes toute droite dans ma lumière. Je t'ai environnée de tendresse, je t'ai abritée dans les murailles d'une clôture, je t'ai placée dans un milieu protégé avec d'autres âmes que j'avais appelées, comme toi, à devenir mes préférées. Je t'ai nourrie de ma chair, abreuvée de mon sang. Je t'ai pardonné tes faiblesses, tes chutes même, j'ai répandu sur toi le trésor de mes grâces. Dis-moi, qu'as-tu fait ?

Ce que tu as fait, le voici : tu as pratiqué des brèches dans les murailles de clôture, et par ces brèches, tu regardais avec envie le monde et son bourbier ; tu en respirais l'air empoisonné, tu en venais parfois jusqu'à me reprocher de t'avoir élue. Puis-je dire que tu étais vraiment à moi, uniquement à moi ? Dans un de tes journées, que de délicatesses! Le matin, au lieu de te lever pour courir joyeusement à la chapelle où je t'attendais un regard sur le tabernacle, tu ne sortais de ta couche qu'en maugrtéant contre cette cloche qui t'arrachait au repos.

Tu venais enfin à la chapelle à moitié endormie ; combien distraite ! Et pourtant j'étais là, prisonnier d'amour sur l'autel, j'étais là, silencieux, attendent un appel de ton coeur, un appel qui ne venait pas ou que tu étais comme indifférente et désabusée. Je supportais ta désinvolture. Et pendant que par le ministère de mon prêtre, sous tes yeux, se renouvelait la scène du Golgotha, pendant que je m'immolais encore par amour pour toi et pour le salut du monde, où donc étais-tu ?   Ton corps était présent, oui, mais toi, , toi âme religiesue, où donc étais-tu? A vagabonder n'importe où... Ne devais-tu pas à cette heure, au moins à cette heure, laisser toute idée étrangère pour être tout à moi. N'aurais-tu pas dû être brûlante en songeant que moi, ton Dieu moi, ton Maître, moi, ton Epoux, moi, qui suis ton Juge maintenant, n'aurais-tu pas dû être brûlante en songeant que je descendais sur l'autel par amour pour toi ? Et quand venait le moment de la communion, oh ! certes, tu venais t'agenouiller à la Table Sainte, tu recevais l'Hostie, mais même alors tu pensais parfois à autre chose. Revenue à ta place, tu me disais quelques paroles, puis de nouveau tu me délaissais ; je restais seul au fod de toi-même tandis que tu partais auloin vers les créatur. En ai-je eu de la , patience avec toi ! Et tel jour je trouvais une telle couche de poussière accumulée par tes péchés qu'il fallait toute l'immensité de mon amour pour descendre quand même dans ton coeur et tu ne songeais même pas àpurifier ton intérieur par un bon acte de contrition. »

Voilà ce que nous nous entendrons dire. Heureux encore si nous ne nous sommes pas rendus coupables d'une communion douteuse ou sacrilège ! Si semblable malheur nous est survenu, comment supporterons-nous le regard fulgurant de notre Juge irrité ? Mais continuons à écouter le réquisitoire divin.

« Tu t'en allais à ta charge, en classe, auprès des malades, te souvenais-tu que tu m'avais reçu le matin même ? Avais-tu ma patience, ma douceur, mon désintéressement ? A  ton contact les âmes avaient-elles l'impression que c'était une âme consacrée qui leur parlait, une âme tout emplie de ma présence ? Songeais-tu à me gagner ces âmes auxquelles je t'envoyais, à leur faire du ien ? Tu songeais plutôt à parader, à te faire valoir, ou bien tu t'acquittais de tes fonctions vaille que vaille avec la hâte d'en être débarrassée au plus tôt. Et dans tes relations avec les membres de ta communauté, te souvenais-tu que ces âmes sont mes préférées? Les enveloppais-tu du respect et de l'affection pure que l'on doit à des âmes consacrées ? Songeais-tu que ie suis un Dieu jaloux et que  blesser une de ces âmes c'était m'atteindre moi­même dans ce que j'ai de plus cher ? Ne te laissais-tu pas plutôt aller à des impatiences parce qu'elles étaient sujettes à des imperfections comme toi-même avais été parfaite ! Et quels coups d'épingles tu envoyais ! Quelle âpreté dans tes paroles ! Tu laissais le venin de la jalousie envahir ton coeur, tu ajoutais au fardeau de leurs souffrances, tu pesais sur la croix dont saignaient leurs épaules, tu rabaissais leur mérite dans tes entretiens, tu soulignais leurs faiblesses au lieu d'aider ces âmes à se relever et de les soutenir. Plus que cela. Ces âmes pour lesquelles j'ai versé mon sang, que j'ai aimées jusqu'à la mort de moi-même. Les âmes, au lieu de trouver en toi une entraîneuse vers les hauteurs de mon amour,  une semeuse de lumière, de joie, de force, rencontaient de tesl exemples de médiocrité que leur élan en était brisé, qu'elles devenaient incapables d'un effrot, ralentisaient leur ascension et a cause de toi redescendeaient dans la banalité. Maintenant, tous ces fruits de sainteté que j'en attendais et qu'elles n'ont pas donnés à cause de toi, âme religieuse, je te les réclame. Rends compte du scandale quotidien que tu étais pour les témoins de ta vie. Rends-moi compte non seulement de ta stérilité personnelle, mais encore de la stérilité des autres.

Ce n'est pas tout. Que faisais-tu de la Règle ? Elle te faisait une loi du silence pour qui dans le receiliement ta pensee ne s'égarat pas à courir sur les chemins de l'univers mais,conyerge tout entière vers moi ; ce silence, l'as-tu observé ? Incapable de rester en place, toujours hors de ta cellule, tu vaquais dans les escaliers et les corridors à la recherche d'une oreille complaisante, tu aimais à t'entretenir avec des gens de l'extérieur. Dis-mol, était-ce ma volonté que tu bavardes avec des gens du monde, sur des affaires du monde, prenant plaisir à connaître les intrigues du monde dans des conversations parfois dangereuses, d'où tu sortais toute troublée ? Cette Règle, consacrée par mon Vicaire, qu'en faisais-tu sinon la traîner en gémissant ?

Et tes voeux  de tes saints voeux ? Tu m'avais promis  la pauvreté et que fasait-tu? Tu te plaignais des privations qu'elle comportait, ayant peur de la nudité de ta cellule, rougissant d'un habit d'étoffe médiocre, honteuse de te sentir pauvre. En été, il te fallait des vêtements fins, légers, pour ne pas être incommodée ar la chaleur. En hiver il te fallait des vêtements épais, chauds, moelleux, pour mieux échapper aux atteintes du froid. Tu récriminais dans ta chambre contre l'insuffisance du chauffage qui ne te créait pas cette atmosphère tiède et douce que tu eusses voulue. Tu murmurais contre une nourriture que tu eusses désirée plus fine, plus recherchée, moins indigne de ta bouche. Que d'objets mis à ta disposition tu laissais se détériorer par négligence ! Que de services matériels tu as refusé de rendre parce qu'oubliant ton titre de pauvre tu les trouvais trop salissants pour la blancheur de tes mains ! Tu allais jusqu'à garder pour toi les petits cadeaux que l'on t'offrait du dehors, tu les provoquais. Si le voeu n'était pas atteint, comme la vertu, elle, était blessée !

Tu ayais promis la pureté. Etais-tu vraiment pure ? Tu évitais peut-être les lourdes chutes, miais tu laissais ton imagination se perdre dans des rêveries profanes, amollissantes, monter des tableaux lascifs qui te troublaient, qui enveloppaient ton coeur d'un charme malsain indigne d'une âme consactée. Tu te permettais des lectures suspectes, des paroles légères, des allusions voilées, tu n'avais pas cette horreur de la souillure que j'eusse désirée en cette délicatesse de conscience qui s'effarouche de l'ombre même d'une impureté. Tu laissais le souffle du monde flétrir de ses poussières les pétales blancs de ton lys. Ta vertu n'avait pas cet éclat radieux sur lequel s'inclinent les anges et qu'aime tant ma Mère, la Vierge immaculée. Réponds-moi : es-tu digne vraiment de ce cortège virginal qui doit me suivre pendant l'éternité, à travers les splendeurs des cieux où rien de souillé ne saurait être admis ? Tu devais avoir la transparence du cristal, es-tu vraiment une âme lumineuse ? —

Tu m'avais promis l'obéissance. Qu'en a-t-il été ? Dans ton supérieur tu devais voir mon représentant, le dépositaire de mon autorité suprême, mon alter ego chargé de te signifier mon vouloir. Et tu ne voyais en lui qu'une créature imparfaite avec ses faiblesses humaines. Etait-ce à toi à t'en indigner et me croyais-tu aveugle à l'heure où je l'ai élevée à cette dignité ? C'est devant moi seul que cette âme doit répondre de sa conduite. Mais tu avais peur sans doute que je n'aperçoive pas ses déficiences et tu t'arrogeais le droit de redresser ses erreurs. Tu critiquais ses décisions, tu maugréais contre ses mesures, tu blâmais ses initiatives, tu la citais devant le tribunal de ta petite raison. Maintenant que te voici devant mon tribunal à moi, réponds. Lorsque tu l'accusais d'être dure, n'est-ce pas parce que ton orgueil venait se briser contre elle ?

Si tu avais été humble, patiente, maniable, n'aurais-tu pas évité ces heures, ces affrrontements ces qui te laissaient meurtrie et rancuneuse ? Si tu m'avais aimé dans ton supérieur, n'aurais-tu pas accepté ces épreuves douloureuses comme moi- même, au jardin de Gethsémani, j'ai accepté le calice d'amertume que mon Dieu m'offrait à boire ? Si tu avais été plus surnaturelle, n'aurais-tu pas vu à travers la personne humaine défaillante ma Personne divine d'où lui venait son autorité ? Ame médiocre, as-tu rempli ton existence de mon amour, tendu tes efforts vers la sainteté comme c'était ton devoir ? »

Que pourrons-nous répondre pour justifier la banalité stérile de notre vie ? Et que sera-ce si nous sommes mauvais religieux, laissant tomber dans la boue notre anneau spirituel, roulant dans les ordures la robe blanche du Baptême ? Si nous avons trahi Dieu ?

Judica me, Deus. Oui• nous serons jugés. Si nous ne voulons pas avoir à trembler à cette heure d'épouvante, il nous faut mener une vie réellement religieuse, il faut que notre existence s'écoule vraiment sous le regard de Dieu, qu'elle se consume pour sa gloire. Dieu ne nous demande pas l'impossible, il nous demande de faire ce que nous pouvons. C'est aux aux hommes de bonne volonté que les anges, à Noël, ont promis la paix. Nous ne sommes pas des anges, nous ne sommes que des créatures humaines qui tomberont, c'est inévitable. Mais ne nous établissons pas, de parti pris, dans la médiocrité et dans la tiédeur, travaillons dans la mesure de nos forces à devenir de vrais enfants de Dieu en comptant sur son appui. Et si la pensée du jugement nous trouble, néanmoins, continuons à dire avec le psalmiste : Quare tristis es, anima mea et quare conturbas me? Spera in Deo...