Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

Ne laissez pas de message personnel s.v.p. donnez moi votre url et @ pour que je puisse vous répondre

Titre de la série :
Ma vie est une messe
Titre de la page:

Gratias-agamus-Domonio-Deo-nostro

Nom de l'auteur:
P. Donatien-Terraz A.A.

XV
Gratias affluas Domino Deo nostro.


Jésus traversait les bourgs de Galilée, sur les confins de la Samarie. Comme il pénétrait dans un village, nous dit saint Luc, dix lépreux vinrent à sa rencontre et de loin commencèrent à implorer le Maître. « Jésus, ayez pitié de nous ! » Jésus les regarda, fut ému de pitié et leur dit : « Allez, montrez-vous aux prêtres. » Ils partirent et chemin faisant se trouvèrent guéris. Et l'un d'eux, un Samaritain, pénétré de reconnaissance, fit demi-tour, revint vers Jésus, louant Dieu à haute voix, se prosterna la face contre terre pour le remercier. D'un ton attristé, Jésus demanda : « Les dix n'ont-ils pas été également guéris ? Où sont les neuf autres ? Un seul vient exprimer sa gratitude et il faut que ce soit un étranger. » Puis il s'adressa au Samaritain et lui dit avec douceur : « Relève-toi, tu peux partir, ta foi t'a sauvé. Ce récit comporte une grave leçon pour nous.

Il y a dix lépreux ; sur ces dix lépreux, il y a neuf Israélites et un étranger. Tous les dix implorent leur guérison mais dans des sentiments bien différents.

Le Samaritain ne compte ni sur ses propres mérites ni sur un privilège de sa race, il compte uniquement sur la bonte, sur la puissance, sur la pitié de Jésus..Le miracle ayant eu lieu, il revient immédiatement l'en remercier. Les neuf Juifs sentent bien aussi qu'ils ont besoin de l'intervention de Jésus, mais ils ont conscience d'être des Juifs, c'est-à-dire d'appartenir à la race élue , à la nation sainte la descendance  au peuple-préféré de Yaltweh à ce peuple à qui il a donné la Loi et les prophètes, dont il s'est déclaré jaloux, qui  st le dépositaire de ses promesses divindes. Parce qu'ils sont Juifs, qu'ils observent la Loi dans sa pureté et non mêlée d'infiltrations païennes comme les Samaritains, ils considèrent que Jésus leur doit presque la g,uérison ils trouvent naturel qu'il fasse un prodige pour eux. Une fois guéris, ils n'éprouvent aucune reconnaissance particulière, ils négligent de venir dire merci. Cette ingratitude blesse le coeur de Jésus qui ne peut s'empêcher de le souligner : « Les dix n'ont-ils pas été guéris ? Où sont les neuf autres? »

Religieux, ne sommes-nous pas semblables à ces Juifs ? Dieu nous a séparés du monde, ü nous a fait une place de choix parmi la foule des chrétiens, IL s est révélé à nous qu'aux autres ; plus que les autres, nous connaissons son infinie grandeur, son infinie majesté, son infinie miséricorde, la profondeur insondable de son coeur paternel. Plus que les autres, nous sommes l'objet de ses faveurs, de ses attentions ; plus que les autres, il nous protège avec un soin jaloux comme étant sa part spéciale,, la portion de son héritage. Comme les Juifs, nous avons reçu une loi plus pure, plus parfaite, plus sainte. Oui, nous sommes au milieu du peuple chrétien ce que les Juifs étaient au milieu des nations païennes. Cela est vrai, nous ne devons jamais l'oublier. Mais évitons de faire comme eux, n'en tirons pas un sujet d'orgueil. Soyons heureux d'être religieux, soyons fiers d'appartenir à notre Congrégation, n'en soyons pas vains. Que nous servirait de déclarer : « Je suis fils de saint Augustin, de saint Ignace, de saint Dominique », comme les Juifs disaient : « Nous sommes fils d'Abraham »? La sainteté de nos fondateurs ne fait pas la nôtre, elle n'assurera pas notre salut si, personnellement, nous sommes de mauvais religieux. Des étrangers seront admis au banquet divin alors que les fils du royaume en seront exclus. Ne soyons pas des pharisiens de la Règle, ne nous enorgueillissons pas de la pratiquer. Nous avons mieux à faire c'est de Iui être fidèles etde remercier Dieu de nous l'avoir dopuée. ,Et surtout, ne méprisons pas ceux que Dieu n'a pas spécialement appelés, ceux qui sont restés dans le monde, exposés aux errements du monde, qui n'ont pas reçu la loi du Christ dans sa plénitude comme nous pour les diriger dans les actes de leur vie. Peuple élu, ne méprisons pas le Samaritain : peut-être vaut-il mieux que nous. S'il reçoit une grande faveur, il en remerciera Dieu et nous, nous n'y songerons peut-être pas. Jésus dira d'un ton attristé : « Ces âmes religieuses n'ont-elles pas reçu aussi des grâces ? Où sont-elles ? » Et il attendra de notre part un merci qui ne viendra pas. A côté de nous, le simple fidèle à qui nous nous croyons supérieurs s'entendra dire : « Relève-toi, ta foi t'a sauvé. »

La reconnaissance devrait fleurir san cesse dans nos âmes religieuses, chanter sur nos lèvres ; faute notre vie ne devrait être qu'un chant ininterrompu d'amour et eratitude un hymne ému à la bonté divine. Ne serait-ce que du fait de notre vocation.

Cet appel entièrement gratuit à une perfection plus haute est déjà à lui seul une faveur dont au ciel nous comprendrons toute l'étendue et la beauté. Car enfin, quelle a été notre part dans cette orientation définitive de notre vie ? Quelle est l'importance de notre rôle dans le fait de notre vocation ? Nous n'avons même pas pour nous la faculté de dire : « C'est par mon initiative que je suis au monastère, que je me suis donné à Dieu ; personne n'est inter­venu, personne ne m'a influencé. » Eh bien ! non, ce n'est pas vrai. L'initiative n'est pas venue de nous, elle est venuede Dieu.. C'est lui qui m'a appelé et c'est lui qui a donné la grâce de suivre son appel. C'est lui qui a fait les premières avances et et m'a donné la force d'y correspondre. C'est lui ce n'est pas moi. Ma part dans cette belle oeuvre de la vocatron a été de me laisser entraîner par Dieu et d'avoir docilement suivi l'impulsion donnée. Mais l'initiative et la force d'agir, tout vient de Dieu. Jésus peut nous dire ce qu'il disait aux apôtres : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis pour que vous portiez des fruits. » Du moins avons-nous mérité ce choix ?

Même pas cela, il est entièrement gratuit. Quel mérite spécial nous désignait à son attention ?

Qu'avait donc fait notre âme de grand, de méritoire pour être l'objet des préférences du Maître ? Quelle particulière pureté nous a valu de prendre rang parmi ses privilégiés ? Comment cet appel est-il tombé sur moi plutôt que sur un autre ? « O profondeur insondable des mystères divins ! » s'écriait saint Paul. « O amour, incompréhensible amour ! disait saint Jean de la Croix. Dans le monde, il y a tant d'âmes qui sont meilleures que la mienne, plus pures que la mienne ! Tant d'âmes eussent mieux répondu que la mienne à la sublimité de l'état religieux, et seraient plus avancées en sainteté ! Pourtant Dieu ne les a pasa appelées, mais il m'a appelé, moi: elles, elles sont restées dans le monde, à se débattre au milieu des difficultés du monde, exposées à ses périls. Alors, pourquoi ce choix ? Pourquoi a-t-il laissé les autres et nous a-t-il pris, nous ? Mais pourquoi se poser cette question ? Nous n'arriverons jamais à la résoudre. Nous ne pouvons que répéter avec saint Paul : « 0 insondable profondeur des mystères divins »

Reconnaissance donc envers lui pour nous avoir appelés et reconnaissance aussi de nous avoir donné la force de répondre à son appel et de tout quitter pour lui. Combien d'âmes ont entendu comme la nôtre la voix du Père, son invitation intime, mais ont fermé l'oreille de leur coeur pour ne pas obéir, qui ont dédaigné l'immense bonheur qui s'offrait à elles, qui n'ont pas voulu de l'éminente dignité à laquelle il voulait les élever ? Combien ont préféré l'amour d'une créature à l'amour du Maître, sont demeurées dans le siècle où elles sont peut-être en voie de se perdre et que nous ne connaissons pas? Et combien parmi ceux que nous avons connus ont suivi docilement l'appel divin, sont entrés comme nous, peut-être avec nous, au monastère, ont commencé leur postulat, leur noviciat, parfois ont fait profession religieuse, puis ont manqué de courage, ont jeté un regard en arrière, ont regretté leur sacrifice et s'en sont retournés au sein de la mer en tempête? Combien nous ont quittés ainsi ? Dieu nous a accordé la grâce de persévérer. Pourtant, pouvons-nous dire que nous sommes meilleurs que ceux qui ont repassé le seuil du couvent pour s'en aller au loin ? Qui oserait le prétendre ? Peut-être un jour ou l'autre avons-nous eu la même tentation ?

Peut-être avions-nous déjà un pied dehors lorsqu'une grâce de lumière nous a ramenés à l'intérieur ? Nous avons persévéré, mais à qui le devons-nous, sinon à Dieu dont la main a soutenus pour nous empêcher de fléchis ? Tout, absolument tout dans notre vocation, la persévérance aussi bien que l'appel est le fait de notre Père du ciel. Songeons-nous quelquefois à l'en remercier ? N'attristons-nous pas plutôt Dieu par notre ingratitude ? Oh ! ne mettons pas en avant nos pauvres petits efforts et les luttes soutenues ; ne nous attribuons pas le mérite de notre fidélité. Sans le secours de Dieu, où en serions-nous ? Et nos efforts, qui les a bénis ? Qui nous a fait triompher dans la lutte ?

Et que de facilités nous sont offertes pour maintenir notre âme dans une idéale transparence ! Nous sommes faibles, nous péchons, mais à peine avons-nous fait une tache sur notre âme que nous pouvons l'effacer par une bonne confession. La main dg prêtre fait couler sur nous le sang purificateur de Jésus et notre âme retrouve sa pureté première. Comme nous devrions apprécier la douceur de ce pardon, être reconnaissants envers le Père qui nous l'accorde à si bon compte et nous redonne l'innocence perdue ! Aussi souvent que je tombe, aussi souvent je puis recourir au Sauveur qui, par l'entremise du prêtre, me purifiera de ma souillure, guérira mon âme de son mal, la rendra de nouveau radieuse, et cela sur un simple aveu sincère. Si j'ai blessé mon frère par des paroles aigres ou dures, je puis hésiter à solliciter de suite mon pardon, je ne sais pas comment ma démarche sera reçue, peut-être serai-je repoussé avec humeur. Si je renouvelle ma faute une deuxième, une troisième fois, je n'oserai plus me présenter devant lui. Je risque d'avoir suscité une rancune longue à disparaître. Avec Dieu, il n'est est rien. Je puis, de suite après l'offense, solliciter le pardon, je suis assuré d'un accueil paternel. Qu'importe que l'offense soit légère ou grave, qu'importe que je l'aie multipliée autant que les grains de sable sur le rivage, si  je m'approche de Dieu repentant, je suis sûr de réconciliation. Il me sourit de nouveau, l'offense est effacée, oubliée, la tache a disparu et mon âme retrouve son éclat premier. Est-ce que je songe seulement à l'en remercier ? Songeons-nous après nos confessions à remercier Dieu de nous avoir absous ou ne sommes-nous pas pressés d'accomplir notre pénitence au plus vite, et la pénitence achevée, ne nous estimons-nous pas quittes envers lui ? Tandis qu'une personne du monde se répandra en actions de grâces pour ce pardon si paternel, n'avons-nous pas hâte, nous, de nous en aller ?

Grâce de la vocation, grâce de la persévérance, grace de la confession et grâce la communion fréquente. Réalisons-nous bien tout ce qu'il y a d'ineffable dans cette possibilité de nous asseoir chaque jour au banquet sacré ? Avons-nous toujours pleine conscience que c'est notre Maître qui vient à nous, Jésus, Fils éternel du Roi de gloire ; Jésus, Verbe de Dieu ; Jésus, Créateur des mondes à travers les espaces infinis ? Qu'il s'abaisse par amour jusqu'à descendre dans mon âme demander l'hospitalité de mon coeur ? Jésus en moi ! Jésus dans ma poitrine ! Nous ne voyons plus l'incompréhensible amour que ce don révèle. Ne le ferait-il qu'une fois dans notre vie, à nous qui ne sommes en définitive que des créatures pécheresses, que nous devrions déjà laisser notre coeur se fondre de reconnaissance. Or, ce don, c'est chaque jour qu'il le renouvelle ; chaque jour, nous nous agenouillons pour recevoir sa sainte personne, chaque jour il v ient nous réconforter de sa divine présence. Songeons-nous à le remercier comme il se doit ? Ne communions-nous pas parfois par routine, parce que la communauté communie, l'âme distraite, sans recueillement et sans amour ? Notre foi n'est-elle pas émoussée par la fréquence même de la réception ?

Et que d'autres grâces n'avons-nous pas reçues ! Que d'autres faveurs il nous a octroyées ! Notre vie religieuse en est tissée. « Undigue me circumdat amor, l'amour m'assiège de partout », disait saint Bonaventure. La reconnaissance devrait commander notre vie entière. Ecoutons le prêtre à l'autel, il établit avant la Préface un dialogue émouvant entre lui et les fidèles. « Haut les coeurs ! » dit le prêtre. « Nous les avons près de Dieu », répond l'assistance. « Remercions Dieu », reprend le célébrant, et les fidèles disent d'une seule voix : « C'est juste et digne. » Et le prêtre poursuit : « La justice, l'équité, notre salut demandent que nous te remercions sans cesse, Seigneur Dieu. »

Comment témoigner cette reconnaissance continuelle ? En nous attachant indéfectiblement à lui, en profitant, surtout, des grâces qu'il nous accorde, en nous rendant bien compte que nous devons tout à la libéralité de Dieu, que nous n'avons en propre que nos faiblesses et notre pauvreté. Et notre gratitude ne doit pas rester muette, elle doit se traduire en prléres d'actions de grâces et d'amour. Merci donc à Dieu de nous avoir créés, de nous avoir rachetés, de nous avoir illuminés de la foi, de nous avoir appelés à la vie religieuse ! Merci pour toutes les grâces innombrables dont il nous a comblés ! Merci à Dieu, à notre Père, partout et toujours ! Ames privilégiées du Maitre, nous avons reçu plus que les autres ; plus que les autres, bénissons la main de Celui qui nous donne ; plus que les autres, témoignons-lui notre reconnaissance en étant vraiment ses amis, c'est-à-dire des âmes pures, des âmes saintes, des âmes aimantes. C'est pour cela qu'il nous enveloppe de ses grâces. Ah ! ne lui faisons pas l'affront de les laisser tomber ces grâces qu'il nous a acquises au prix de son sang !


XVI
Sanctus! Sanctus! Sanctus!


Qu'est-ce que la sainteté ? Dans l'homme, elle consiste dans une union toujours plus grande à Dieu par le détachement du monde créé, dans une ressemblance de plus en plus parfaite avec l'Etre infiniment pur. Mais en Dieu, en quoi consiste la sainteté ? Dans quel sens pouvons-nous dire qu'il est saint ? Qui est-ce qui en constitue pour ainsi dire l'essence ? Ne serait-ce pas la plénitude de sa nature, sa perfection absolue ? Cette plénitude le met à l'abri non seulement du péché qui est une négation, mais encore de tout élément étranger. Il demeure éternellement lui-même dans la pureté inviolée de son essence sans que rien ne puisse le modifier ou l'affecter. Il est souverainement transcendant de font ce qui n'est pas loi.

Dans la créature, la sainteté ne sera jamais que relative. Personne ne pourra atteindre la pureté idéale de Dieu, personne ne pourra lui ressembler pleinement et reproduire sa transparence. Elle peut atteindre des degrés divers suivant que nous parvenons à nous dégager de ce qui n'est pas lui pour monter dans son amour. Elle est initiale dans l'âme à peine dégagée du péché, elle s'épanouit chez les autres, elle atteint son maximum chez la Sainte Vierge. Son union à Dieu est la plus parfaite qu'une créature n'importe qulle créature, même angélique puisse jamais réaliser. Marie a été idéalement détachée de tout ce qui est créé. Nous ne serons des saints que dans la mesure donc où nous pratiquerons ce détachement où nous nous dépouilleronstout pour nous attacher Dieu. Que dit Jésus au jeune homme qui veut le suivre ? « Si tu veux être parfait, vas, vends tes biens, distribue l'argent aux pauvres et viens, suis-moi. » Que dit-il encore à ses disciples ? « Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père, sa mère, son épouse, ses enfants et jusqu'à sa vie, celui-là ne peut pas être mon disciple. » Il demande une renonciation totale, absolue, qui ne nous laisse rien. Nous avons voulu suivre le Maître, et cette renonciation totale nous l'avons faite au jour de notre profession religieuse D'un côté, il y avait le monde avec ses richesses et ses plaisirs, le monde qui nous invitait à ses fêtes orageuses, le monde qui nous disait sous un masque de bal : « Reste avec moi, je dispense toutes les joies de la terre. Par moi, tu connaîtras l'ivresse de posséder et mon or te permettra d'étendre ton influence au loin. Tu ne goûteras le bonheur de sentir une âme s'attacher à la tienne pour pour n'en fait plus qu'un et la libetré  posera son diadème sur ton front»

De l'autre, il y avait Jésus avec sa couronne d'épines, avec son corps labouré sous les coups de fouet, abandonné de tous. Jésus dont l'épaule sanglante portait une croix nue. C'est lui que nous avons choisi et nous avons dit au monde : « Je ne veux ni de toi, ni de tes richesses, ni de tes plaisirs, ni de ton indépendance, je renonce à toi pour toujours, je brise tous les liens qui nous unissaient. » Oui, nous avons détaché notre coeur des biens matériels pour le donner au Maître ; nous avons détaché notre coeur de l'amour humain pour le consacrer au Maître ; nous avons détaché notre catir de nous-mêmes pour l'immoler au Maître. Et pourtant, j'ose le demander, notre détachement est-il complet à l'heure actuelle ? Nous sommes si plongés dans la matière, dans le créé, que même lorsque nous croyons avoir rompu les liens avec ce qui nous entoure, nous en laissons, consciemment ou non, s'en former de nouveaux, plus ténus peut-être, imperceptibles parfois, qui nous retiennent pourtant. Nous sommes semblables à Gulliver abordant chez les Lilliputiens. Après la catastrophe où son vaisseau a sombré, Gulliver gagne l'île à la nage et, brisé de fatigue, s'endort sur la grève. A son réveil, il a la désagréable surprise de se voir ligoté. Pendant son sommeil, les Lilliputiens, par une infinité de petits câbles, l'ont attaché à des pieux minuscules. Ses cheveux même ont été utilisés comme cordages. Il se trouve comme cloue au sol sans pouvoir remuer. Mais dans un sursaut il brise tous ces misérables liens et retrouve, non sans souffrance, sa liberté. Nous avons renoncé à tout ; mais insensiblement, sans que nous y prenions garde, les passions essayent de nous garrotter et de nous clouer au sol. Eveillons-nous et brisons nos liens.

Nous ne sommes plus libres. Notre âme est reliée à ce qui l'entoure par une foule de petites attaches. Nous ne sommes pas libres dans notre pauvreté, nous ne sommes pas libres dans notre pureté. Les liens ne sont peut-être pas très gros, il suffira d'un geste de vigueur pour les rompre. Encore existent-ils et nous faut-il les briser.

Nous ne sommes pas libres dans notre pauvreté.

Certes, nous ne tenons pas aux richesses, nous ne courons pas après, nous sommes heureux de notre situation, mais examinons-nous loyalement : que de petites choses auxquelles nous sommes attachés ! Telle religieuse tient à sa cellule, elle s'y plaît, elle l'aime, elle lui trouve un charme, une intimité que n'ont pas les autres. Pourquoi exactement ? Elle serait bien embarrassée pour le dire, mais elle ne voudrait ni la quitter ni l'échanger, elle s'y est attachée sans y prendre garde.

Objets inanimés avez-vous donc une âme qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ? dit le poète. Il en a été ainsi pour cette religieuse et sa cellule. L'habitude d'y vivre la lui rend chère comme une confidente qui connaît ses secrets. C'est sa cellule et il lui en coûterait beaucoup de la perdre. Ma Sœur, vous n'êtes pas complètement détachée. Il devrait vous être indifférent d'habiter telle ou telle cellule puisque c'est l'obéissance qui la désigne, c'est-à-dire Jésus. D'ailleurs, ce n'est passent a votre cellule que vous tenez, c'est à tout ce qui est à votre usage, à tous les objets que l'on a mis à votre disposition. Vous tenez à votre bureau de travail, à votre chaise, à votre encrier, à vos ciseaux, à votre carnet, à un livre, à un rien quelconque. La preuve, la voici : supposez que pour vous exercer au détachement la Mère supérieure vous enjoigne, à vous et à une autre Soeur, d'échanger vos cellules en y laissant tout ce qui n'est pas strictement personnel. Je gage que vous trouveriez l'épreuve bien dure et que vous auriez bien de la peine à vous y soumettre sans hésiter et sans tarder. Je ne sais pas même si votre obéissance serait totale et si vous n'emporteriez pas quelques menus objets chargés de souvenirs.

Une autre Sœur, par contre, moins favorisée, ne tient pas à ce qu'elle a, elle tient à ce qu'elle n'a pas. Elle voudrait quitter sa cellule pour une autre mieux exposée, plus spacieuse, plus commode. Elle voudrait un livre de prières comme celui de telle Soeur, une chaufferette comme celle de telle autre Soeur, une serviette comme telle autre Sœur encore. Bref, tout ce qu'elle aperçoit chez les autres et qu'elle ne possède pas, elle le désire. Non qu'elle pousse ce désir jusqu'à la jalousie, qu'elle s'abaisse à des procédés indignes pour se le procurer, mais enfin son coeur tend vers ces petits riens, il n'est pas entièrement libre. Dieu fasse que nous n'ayons pas d'autres attaches plus tenaces ! Toujours est-il que tant que nous n'aurons pas supprimé celles-là nous ne pouvons pas dre que nous sommes parfaitement détachés, nous ne ressemblons pas à Dieu souverainement dégagé de tout le crée nous ne serons pas des saints, D'ailleurs, un petit rien engage profondément aussi notre âme. Il suffit de voir le malaise qui nous surprend à la disparition d'une photographie à laquelle nous tenions, ou les remarques assez vives si, sans notre permission, on a disposé d'un objet qui nous appartient. On a tort d'agir ainsi à notre égard, il est vrai, mais ce procédé nous froisserait-il autant si nous étions détachés complètement ? Ce n'est pas flatteur pour nous de nous laisser lier à des bagatelles; mais c'est un fait.

Détachement imparfait en ce qui concerne la pauvreté ; détachement imparfait en ce qui concerne la pureté. Notre coeur est si avide d'affection qu'il nous est dur d'aller à Jésus dans la nudité de l'âme, nous avons besoin de nous sentir appuyés sur quelqu'un, de sentir une affection humaine nous entourer. Nous sommes comme les mauvais nageurs qui prennent peur dès que leur pied ne touche plus le sable et qui reviennent en arrière au lieu d'aller résolument en haute mer. Hélas ! notre faiblesse est immense sur ce point-là. Descendons en nous-mêmes et demandons-nous loyalement : « Ne suis-je attaché à personne ? N'éprouvé-je pas une inclination plus marquée pour l'un ou l'autre membre de la communauté ou pour une personne du monde ? » J'entends bien que toute amitié n'est pas à rejeter. Sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix, saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal, saint François d'Assise et sainte Claire éprouvaient les uns pour les autres une affection très vive et très pure. Nombre de fondateurs avaient leurs disciples préférés. Jésus enfin aima d'un amour de prédilection l'apôtre saint Jean. Mais ne nous berçons pas d'illusions. La pente est glissante et il faut avoir l'âme extrêmement haute et ferme pour ne pas se laisser entraîner. Nous ne sommes ni sainte Thérèse ni saint Jean de la Croix, ni saint François de Sales ni sainte Jeanne de Chantal, ni sainte Claire ni saint François d'Assise, ni surtout Jésus. Nous ne sommes encore que des candidats à la sainteté. Ne nous autorisons pas de l'exemple de ces grands saints pour laisser notre coeur s'engager dans une affection humaine. Saint Augustin affirmait avoir connu des colonnes de l'Eglise que tout le monde admirait pour leur vertu et qui sont tombées à cause d'une imprudence. Certes, nous pouvons éprouver une affection plus vive pour le religieux ou telle religieuse, tel ou telle élève. Mais avant de la suivre cette affertion analysons d'abord son origine Est-ce sa vertu qui m'attire ? Sa piété ? Son intelligence ? Son caractère ouvert et franc ? Ou d'autres motifs moins purs que je n'ose même pas m'avouer, comme la beauté du visage, la souplesse de la démarche, la grâce des gestes ? Nous nous dupons si facilement là-dessus !

Le danger est moins grand en ce qui concerne les membres de notre communauté. Et encore ! Et encore ! Pourquoi une amitié quelque peu trop vive éclate-t-elle surtout entre deux jeunes religieux ou deux jeunes religieuses ? Pourquoi est-ce ordinairement entre personnes dont l'une au moins a une physionomie attrayante et non pas entre personnes qui sont ne disons pas laides, mais moins belles ? Un évêque grand dévot de la Sainte de Lisieux, déclarait non sans un peu de tristesse : « La Semeuse de roses aurait moins de fidèles si elle n'était aussi jeune. » Oui, la sensualité arrive à se glisser jusque-là

Le danger est plus grand en ce qui concerne les enfants. On se laisse facilement prendre par leur candeur, leur petite frimousse éveillée, leur avidité de tendresse, leurs câlineries et peu à peu le coeur s'engage. On a des préférences de plus en plus soulignées, et ces préférences, sources de jalousies pour les autres, ne s'adressent jamais aux enfants pauvres, mal vêtus, souvent mal peignés, elles s'adressent à ceux qui ont un extérieur séduisant. Ils ne sont que trop nombreux dans les collèges, les pensionnats, les orphelinats, ceux qu'un professeur spirituel définissait « les apôires des gentils" Ne laissons pas s'infiltrer dans notre âme ce poison d'une a ction dont l'origine n'est pas franche. Tout sentiment douteux amène avec soi le trouble et l'inquiétude.  Or est inquiet pour peu que ce cet enfant semble s'éloigner de nous ; on est inquiet et troublé si un autre s'en occupe plusieurs fois. On n'admet aucune allusion, aucune taquinerie même innocente sur ce point sans s'énerver. On en a le coeur occupé jusque dans la prière et l'on recherche les apartés. Si pareille inclination se glisse en nous, nous n'arriverons jamais à la sainteté. Je ne veux point dire qu'elle nous mènera jusqu'à la faute encore que l'hypothèse puisse se réaliser, mais elle amuse dangereusement notre âme, elle enlève à notre coeur sa pureté idéale, nous attache à la créature et nous fait perdre le calme et la paix.

Toute affection purement humaine, même légitime, même dégagée de toute faute,'ne vaut rien pour nous religieux. Notre coeur doit être tout entier au Maître, uniquemient au Maître il ne doit battre que pour lui, n' aimer que lui et ne s'intéresser qu'à lui. 'l'out ce qui constitue un obstacle, même Ieger, â cet amour doit être chassé de notre âme. Que nous dit-il dans l'Evangile« Quiconque veut venir à moi, mais ne sait pas briser avec son père, sa mère, ses frères ou ses soeurs, celui-là n'est pas digne de moi. » Ce sont pourtant là des sentiments bien légitimes, il demande néanmoins que nous y renoncions. Il veut être le Maître absolutet l'uique adorer. Que nous servirait d'avoir abandonné notre famille, d'avoir brisé ces liens si naturels si nous nous en créons de nouveaux au couvent ? « Tout sarment qui porte du fruit sera émondé pour qu'il en porte davantage. » Le Sauveur ne veut-il pas nous faire entendre qu'il nous faut retrancher toutes les affections humaines si nous voulons porter des fruits de sainteté, de beaux fruits et en grand nombre ?

Renonciation totale à tout ce qui n'est pas Dieu. Notre coeur doit être souverainement libre, souverainement pur, souverainement pénétré de lumière divine, devenir transparent comme le coeur des anges et des élus. C'est ce que veut nous faire entendre l'Eglise vers la fin de la Préface, dans la messe : « C'est avec les Trônes et les Dominations, avec toute la multitude de l'armée céleste que nous chantons ton hymne de gloire en disant sans fin : Sanctus ! Sanctus ! Sanctus ! » Il faut donc que par notre pureté de cristal, par le dépouillement de tout  ce qui est étanger à Dieu, nous soyons déjà semblables au x habitantsd u ciel. Alors nous aussi, dans la messe de notre vie, nous pourrons chanter de concert avec les anges : Sanctus ! sanctus ! sanctus Dominas !