Prêtres du Monde

+ Sr Denise Christiaenssens

Ermite de la croix o.f.s.

Dans le diocèse de Rimouski.

ermite franciscaine consacrée par voeux
public  par Mgr. Bertrand BLanchet 2007

Maintenant sous obéissance de 
Mgr Pierre André Fournier  et ami de
ma famille depuis quelques années

-Ma consécration est pour ma famille
-mes prêtres vivants ou décèdés du monde
-toute personne qui fait une demande

Signez mon livre d'or Un petit mot fait du bien et cela vous permet aussi de lire les commentaires des gens. 


DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU
MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE
DIT QUELQUE CHOSE?

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Titre de la série :
Ma vie est une messe
Titre de la page:

Et-sui-eum-non-receprunt

Nom de l'auteur:
P. Donatien-Terraz A.A.

XXV
Et-sui-eum-non-receprunt


Voici le terme, bientôt, de la retraite. Pendant ces jours de solitude et de recueillement, Dieu nous a parlé au fond du coeur, nous l'avons entendu nous entretenir avec plus de tendresse encore que de coutume. Jésus est venu frapper à la porte de notre âme, il apportait avec lui la lumière et la fore, il nous a montré tel point défectueux à redrésier, telle habitude à déraciner, tel sacrifice à consentir. Notre Maître s'est présenté à nous, quel accueil lui avons-nous fait? Devant son appel pressant, devant son invitation à monter sur les hauteurs, devant les exigences de son amour qui nous demandait de nous dépouiller plus complètement, de mettre plus de générosité dans son service, quelle a été notre attitude? Avons-nous débarrassé notre intérieur des affections déréglées qui l'encombraient et ouvert toute grande notre porte au divin Visiteur ? Lui avons-nous dit : O Maître, entrez chez moi ; comme Marie, je me mets à vos pieds pour recueillir votre parole et n'en rien laisser perdre. » Ou bien n'avons-nous pas eu peur de devoir trop donner, l'immolation de nous-mêmes ne nous a-t-elle pas fait frémir dans notre égoïsme et ne lui avons-nous pas dit : « Non, Jésus, pas cette fois encore. Je ne suis pas en état de vous recevoir. L'année prochaine, peut-être, je ne dis pas non, mais pas cette année. Repassez plus tard » ? Et n'avons-nous pas fermé la porte pour ne plus entendre sa voix et ne plus sentir le reproche de son regard attristé ? « Jésus est venu parmi les siens, dit le dernier Evangile, et les siens ne l'ont pas reçu. » Qu'en est-il de nous ? Examinons-nous et pesons les conséquences. « Ceux qui l'ont reçu, 'ontinue saint Jean, à ceux-là il a donné le pourair de devenir enfants de Dieu. » Mais si mous ne le recevons pas, ce titre ne nous sera-t-il pas enlevé ? Descendons en nous-mêmes, auscultons-nous, voyons l'écho rendu par notre âme. Qui sait ? Cette retraite est peut-être la dernière que nous faisons ; si nous remettons à demain pour obéir au Maître, ne sera-ce pas trop tard? Et qu'importe d'ailleurs que nous ayons encore de nombreuses années à vivre ? Il n'est pas sûr que le Maître nous redonne une  deuxième fois , les mêmes lumières et les mêmes impulsions.

« Craignez que le passage de Jésus soit sans retour », nous avertit saint Augustin. Que de fois déjà il est passé ! Il est revenu une fois de plus frapper à notre coeur, il nous a fait connaître une fois de plus ce qu'il attend de nous. Ames élues pour son amour, il veut que nous vivions dans la pureté, dans le détachement, que nous marchions à sa suite dans l'allégresse sur la voie triomphale de la sainteté. Qu'on ne puisse pas dire de nous : Et sui eurn non receperunt.

L'abus de la grâce dans une âme religieuse, quelle horreur ! Il est terrible déjà dans le simple chrétien, mais dans une âme consacrée ! Abuser de la grâce, c'est mépriser les dons du Maître et fouler aux pieds son sang divin. Créatures infimes, êtres de poussière et de boue, il nous appelle à partager ses délices pendant l'éternité, à joindre notre sort à son sort, il nous hausse jusqu'à lui, nous fait participer à sa vie, nous divinise en quelque manière ; âmes religieuses, âmes consacrées, il nous fait entrer dans son cercle des privilégiés, il nous admet dans ses confidences. Pour nous surnaturaliser ainsi, il nous revêt de sa grâce sanctifiante, de cette grâce qu'il a achetée par sa mort, qui fait de tous ses cohéritiers et nous donne droit l'entrée au ciel. Cette grâce, germe d immortalité, il veut que nous en vivons, _que nous l'augmentions, qu'elle s'épanouisse et pour cela il nous envoie des,grâces actuelles, Il nous éclaire,  Il parle tout bas à notre conscience, il lui montre tel obstacle qui s'oppose en nous, il lui montre telle blessure par où s'écoule notre sève surnaturelle, il nous murmure tout doucenient-:-«- Enlève cet obstacle, ferme cette blessure ; ne dis pas que c'est trop difficile, appuie-toi sur ma force et tu triompheras. » Et en même temps il nous donne une première impulsion pour nous mettre à l'oeuvre, il nous prête le secours de sa force infinie.

Or, que faisons-nous ? Parce que nous sommes des lâches, parce que nous avons peur de l'effort, peur de l'immolation, nous repoussons l'invitation divine, nous fermons l'oreille à son appel, nous refusons le secours, nous laissons tomber la grâce. Notre attitude dit à Dieu : « Je sais que ce que vous me proposez est splendide, je sais que vous agissez ainsi  pour mon bien, je connais la valeur de votre  offrande, mais je n'en veux pas. A toute cette splendeur que vous me promettez, au don de votre amour,  je préfère un bien créé ; mes habitudes vous  déplaisent, mais elles me sont chères et je n'ai pas le courage de m'en séparer. Reprenez vos grâces. » Comment le Maître n'en serait-il pas blessé et peiné ? D'autant que notre mépris pour les grâces actuelles retombe en fait sur toute la Rédemption, sur toute la vie du Sauveur ici-bas.

Car enfin, pourquoi Jésus s'est-il incarné ? Pourquoi a-t-il vécu dans la pauvreté et la souffrance ? Pourquoi s'est-il laissé flageller, conspuer, clouer sur une croix, réduire en une loque sanglante sinon parce qu'il voulait mériter notre salut et nous amasser les grâces nécessaires pour y arriver ? Toutes ces inspirations que nous n'écoutons pas, tous ces secours dont nous ne voulons pas, tout cela, c'est le prix du sang de Jésus. Lorsque nous les refusons, c'est son sang que nous laissons couler à terre, que nous foulons aux pieds au lieu de le recueillir pieusement et de nous l'appliquer. Voilà ce qu'est l'abus des grâces pour le simple chrétien ; mais pour une âme consacrée, c'est bien pis ! Le simple chrétien, du moins, a un semblant d'excuse, c'est son ignorance ; il n'est pas éclairé comme nous sur le prix de la grâce, sur ce qu'elle représente comme amour, sur la nécessité d'y correspondre. Mais nous ! Mais nous ! Quelle excuse pourrons-nous apporter ? Dirons-nous que nous ne savons pas ? Cette raison nous condamne. Quel est notre premier devoir, sinon d'aimer Celui qui- nous appelle à lui, de le connaître de connaître tout c equi lui concerne? De lui obéir en tout ? Et Celà par nôtre propre engagement. Personne ne nous forçait à entrer en religion, même pas Dieu. Il nous a dit : « Si tu veux », et nous avons répondu : « Je veux. » Mais si nous sommes entrés, nous devons en réaliser les obligations essentielles donc la plus importante est de nous unir de plus en plus forts, par un amour de plus en plus envahissant, par une compréhension de plus en plus grande de son rôle dans notre vie, par une recherche deplus en plus fervente de son intimité. Nous devonsconnaître le prix de la grâcer, nous devons savoir tout ce quelle contient d'amour et le danger que comporte son abus.

Aussi bien tout cela nous le savons et nous sommes inexcusables. Ce qui nous fait fermer l'oreille à l'appel divin, c'est notre veulerie. Nous trouvons qu'il nous demande trop, nous avons peur, peur de devoir trop sacrifier. Ah ! comme si notre Père pouvait nous demander des choses impossibles ! Comme s'il était un Maître impitoyable et non pas un Père qui nous demande notre amour filial ! Est-ce donc si dur de lui obéir ? Il nous donne tous les secours dont nous avons besoin, il met sa force à notre disposition et il nous promet une telle récompense ! Et pourtant combien Jésus nous a aimés ! Il aime tout le monde, il est mort pour tout le monde, personne n'est exclu de son sacrifice que s'il s'en exclut lui-même. Mais il nous aime d'un amour de prédilecton puisqu'il nous invitie spécialement à vivre dans son cercle d'intimes etqu'il a choisis pami des milliers d'autres, puis qu'il nous a retirés des dangers du monde. Il nous veut plus beaux que les autres, plus purs que les autres et plus saints, il veut que nous reproduisions plus fidèlement son idéale figure en nous. « Je ne vous appelle plus des serviteurs, nous dit-il comme aux apôtres, mais mes amis, parce que je vous ai fait connaître les révélations de mon Père. » Or, quel cas faisons-nous de cette amitié du Maître? Nous n'en voulons pas, nous la méprisons. Nous sommes semblables à une pauvresse qu'un roi, par un amour inexplicable, serait allé chercher dans un bouge pour la placer sur le trône, et qui ainsi honorée mépriserait l'amour de son époux royal et s'en retournerait à son bouge.

Mais prenons garde. Rien n'est plus terrible que l'amour méprisé. Le Maître se lassera de nous faire des avances que nous refusons obstinément. Pr­nons garde qu'il ne nous laisse retomber dans notre misère originelle si nous la regrettons. Prenons garde qu'il ne finisse par nous chasser de sa présence. Et ce n'est pas là une menace vaine, un chimérique danger. « Craignez que le passage de Jésus soit sans retour », nous dit saint Augustin. Et il ne fait que répéter sous une autre forme l'avertissement de l'Esprit-Saint par la bouche du psalmiste : « Mon peuple n'a pas écouté mon appel. Israël n'a pas fait attention à moi, je l'ai abandonné aux désirs de son coeur, il ira où le mènent ses penchants. » Dieu se retirera, abandonnés à nous-mêmes, nous roulerons d'abîme en abîme. Sainte Thérèse d'Avila aperçoit sa place marquée en enfer si elle résiste à la grâce divine. Les défections dont nous sommes témoins ne proviennent pas d'une autre cause. Ces âmes ont bien entendu la voix divine, mais elles ont fait la sourde oreille et Dieu les a laissées glisser, glisser et elles ont terminé dans la boue.

Cette punition n'est que juste. Dieu nous crée pour le ciel, Jésus nous rouvre ce ciel que nos péchés ont fermé. Pour que nous puissions y parvenir, il nous offre ses grâces en surabondance et son aide souveraine. Cela, il nous le doit, il doit nous donner le moyen d'atteindre le but qu'il nous a fixé. Ces grâces, il nous les donne.Tantôt, c'est uen illumination qui nous montre le chemin à suivre ; tantôt, c'est une force qui nous soilléve, qui secoue notre apathie et nous tout en branle ; tantôt, c'est un, attrait puissant qui nous donné de l'élan. Ces grâces, nous n'en voulons pas ; cette aide puissante, nous la laissons de côté. Le Maître revient encore, nous refusons toujours ; il frappe encore à notre porte, nous nous irritons presque de cette insistance. Il s'en va, tout attristé, mais il s'en va. Nous avons refusé d'ouvrir notre coeur quand il se présentait à nous, il ne veut pas y faire irruption malgré nous et nous imposer de force un secours que nous refusons. Il se retire, pour toujours peut-être. De quoi pourrions-nous nous plaindre ? C'est nous qui l'avons chassé.

Le Maître se retire de nous et quelles seront les conséquences ? Notre vie spirituelle va s'affaiblir. Dans le domaine surnaturel nous ne pouvons rien par nous-mêmes. C'est notre Père qui nous donne la volonté et la force. Cette force eût augmenté notre courage dans la poursuite de l'idéal, elle eût soutenu notre élan. Nous la rejetons, notre élan va fléchir et nous diminuerons notre potentiel de grâce sanctifiante. Toute infidélité à ,une invitation divine suppose une faute, et toute faute volontaire entraîne une diminution de la grâce sanctifiante, elle abaisse en nous le niveau de la vie surnaturelle. Et qui peut prévoir jusqu'où nous irons ainsi ? L'âme qui a refusé de répondre à un désir du Maître a conscience d'avoir commis une indélicatesse envers lui, elle a honte de son infidélité, elle n'ose plus s'approcher avec la même confiance. Elle se sent par­lysée par une gêne grandissante, une gêne qu'elle voudrait bien dissiper, mais elle ne le peut pas, Il lui faudrait d'abord se soumettre aux exigences de l'amour divin, et cela elle ne le veut pas. Parce qu'elle ne le veut pas, de la gêne elle passera à une espèce de froideur. De dépit et de découragement elle se permettra d'autres indélicatesses, d'autres lâchetés qui vont faire boule de neige. A moins d'une aide spéciale, cette âme que Dieu appelait sur les hauteurs va descendre dans la médiocrité. Heureux encore si elle ne va pas plus loin. Je ne parle pas ici des imperfections inhérentes à notre nature humaine, de ces faiblesses aussitôt regrettées que commises. Ces infidélités ne sont qu'à demi volontaires, elles peuvent même nous aider à nous maintenir dans le sentiment de notre fragilité. Je parle des infidélités voulues délibérément, je parle du refus des grâces que Dieu nous donne au cours  d' une retraite. Il est impossible qu'au cours de ces heures passées dans le silence et le recueillement, nous n'entendions pas Dieu nous parler au fond de notre âme. Chacun de nous, voit plus clair dans sa vie intérieure ; chacun de nous aperçoit en quoi sa vie défectueuse; chacun-de nous entend les reproches du Maître qui lui demande plus de générosité, plus de sacrifices, la réforme de son caractère. Chacun entend un appel particulier qui est comme la grâce spéciale de la retraite. Jésus passe, ne le laissons pas s'éloigner sans lui ouvrir, il ne repassera peut-être plus.

La retraite est sur le point de s'achever, nous rayons passée en compagnie du Maître et dans son intimité. Il nous a dit : « Suis-moi, prends ma vie pour modèle et reproduis-en la beauté dans la tienne. » Or, qu'a été la vie de Jésus ? Un sacrifice continuel, une messe continuelle. Il s'est offert au moment de son incarnation lorsqu'il est descendu dans le sein de l'Immaculée y prendre un corps qui pût mourir. Il s'est immolé sur la croix par obéissance à son Pei:Fa-àest mort dans le dépouillement le plus complet. EllOitte sa vie il a été en communion avec son Père, une communion de pensée et d'amour. Jésus a dit la messe de sa vie. Et quelle messe ! Célébrée dans quel recueillement et avec quelle ferveur ! C'est cela qu'il nous demande d'imiter, c'est  cela que nous devons reproduire. Nous devons nous offrir comme lui en continuant le don fait de nous- mêmes à la profession religieuse par l'observance  crevons nous immoler comme lui par une obéissance totale, par la mort  de notre propre moi devant la volonte des Supérieus ; nous devons communier comme lui dans un  amour chaque jour grandissant de notre Père. Oui,  nous devons dire notre messe toujours : toujours nous offrir, toujours nous immoler, toujours aimer jusqu'à notre dernier souffle. Il est certainement une partie de notre messe que nous disons mal, c'est cela que notre Maître nous demande de changer. Ecoutons sa voix et qu'il ne soit pas dit de nous  que nous l'avons pas reçu. Notre messe sera  ainsi bien célébrée, et à l'heure de notre mort l'ange  de Dieu viendra nous chercher : « Ife, missa est !  Ame religieuse, partez, votre messe est finie. » Nous partirons faire notre action de grâces dans l'éternité.


XXVI
Salve Regina


La messe est terminée. Le prêtre s'agenouille au bas de l'autel et salue la Reine des cieux et de la terre : Salve Regina. Au cours de la messe, il a fait appel déjà à son intercession. Parvenu à la fin, de nouveau, il se tourne vers la Mère de miséricorde. Salve Regina , Mater misericordiae. C'est que, associée à ]'oeuvre de rédemption du monde, la Mère de Jésus doit être associée au renouvellement non san­glant du drame du Calvaire. La messe serait incomplète si Marie n'y paraissait pas.

Il en va de même dans la messe de notre vie. Il y manquerait quelque chose si elle n'y figurait pas. Certes, dans notre âme, Jésus doit tenir la première place, c'est lui le Rédempteur, c'est lui qui divinise, c'est lui la source de toute vie surnaturelle, c'est lui la Voie qui mène au Père. Sans lui nous ne sommes rien et nous ne pouvons rien, ni dans l'ordre du salut ni dans l'ordre de la sainteté. Mais dans le plan surnaturel Marie est inséparable de Jésus, non seulement parce que l'amour pour le Fils entraîne naturellement l'amour pour la Mère , mais surtout à cause du rôle que-Marie a joué et continue de jouer dans le salut du monte.

Jamais femme n'a été aussi intimement, aussi entièrement mêlée à l'action de son fils ; jamais femme n'a partagé le sort de son enfant comme Marie a partagé le sort de Jésus. Marie a coopéré, en effet, directement et efficacement au rachat de nos âmes, à la réconciliation de l'homme avec Dieu. Par son fiat, Marie nous a sauvés.

Reportons-nous à ce matin lumineux de l'Annonciation. Au ciel, depuis longtemps, les trois Personnes divines ont décidé la rédemption du genre humain. Le Verbe s'est offert pour descendre en ce monde et réaliser expiation de la première faute et de toutes celles qui ont suivi. Cette expiation se fera par l'effusion du sang et par la mort : par la mort pour vaincre la mort qui régnait en souveraine depuis le premier péché ; par l'effusion du sang pour laver les âmes de leurs souillures. Mais le Verbe est Dieu il ne peut mourirr,  Espritpur il ne peut verser son sang, il lui faut revêtir un corps mortel, notre nature humaine, assumer un corps et une âme semblables aux nôtres, devenir l'un de ceux qu'il vientr de remplacer  dans l'oeuvre d'expiation, il se fera homme pour racheter l'homme. Nouveau chef  de l'humanité, il pourrait assumer un corps déjà constitué sans passér par les humiliations du sein maternel. Ce corps serait tiré du néant, formé déjà dans sa force et sa beauté virile, comme cela a été pour Adam, notre premier père.

Le Verbe pourrait assumer un tel corps, il ne le veut pas. Il ne le veut pas parce qu'il veut être en tout, hormis le péché, semblable aux hommes ses frères. Il naîtra donc d'une femme comme eux, passera par les étapes de l'enfance, de l'adolescence avant de parvenir à la maturité. Il aura donc une mère comme eux. Un point cependant le distinguera de la masse des humains. Dieu, il ne peut contracter la souillure qu'Adam a légué comme héritage à sa descendance.

Tout doit être pur et saint dans un corps destiné à se joindre à la divinité. Alors, par-delà les siècles, Dieu choisit d'avance Celle qui sera la Mère de son Fils, 1Il détourne d'elle le flot impur du péché originel qui conntamine tous les hommes il la fait naître immaculée Marie vient à l'existence absolument pure. La voici donc jeune vierge. Depuis qu'elle est au monde, son âme n'a fait que grandir en beauté, en grâce, en transparence ; rien en elle qui ressemble, même de loin,   à l'ombre d'une faute. Elle est pure, idéalement pure. Elle est prête pour l'annonce du grand message.

Les temps sont venus. Envoyé du ciel, un archange s'incline devant la jeune vierge, et dans l'humble demeure resplendissante de lumière le grand mystère va s'accomplir : « Je vous salue, Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. » La Vierge se trouble. « Ne craignez rien, continue le céleste messager, vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez dans votre sein et enfanterez un Fils que vous appellerez Jésus. Comment cela pourra-t-il se réaliser, puisque je ne connais pas d'homme? L'Esprit-Saint vous couvrira de son ombre et l'Etre qûi naîtra de vous s'appellera Fils de Dieu. » Marie va-t-elle refuser la mission qui lui est dévolue ? Si elle refuse de devenir la Mère de Dieu, le péché continuera à submerger l'univers de ses flots impurs. Va-t-elle accepter? Si elle accepte, l'homme sera réconcilié avec Dieu, le le ciel s'ouvrra de nouveau pour nous. Mais à quel prix? Son âme sera broyée dans un étau de souffrance. Marie connaît les Ecritures, elle connaît la loi et les prophètes, elle sait tout ce que doit souffrir l'Homme des douleurs ; elle sait que le Messie tant attendu sera humilié, trahi, voué à une mort ignominieuse, qu'il lavera le monde dans son sang et que son propre coeur, à elle, sera brisé, son âme déchirée et meurtrie. Le salut du monde se joue en cette minute unique. Marie n'hésite bas ; sa virginité est sauve,. Dieului demande son_concours, elle accepte. Flat mihi secundum verbum tuum Par ce Fiatt qui nous donne le Rédempteur, elle consent à mêler ses larmes au sang de l'Homme-Dieu, à joindre sa  souffrance maternelle à la souffance divine pour sauver les hommes. Par ce Fiat, elle devient corédemptrice. Dès lors, elle ne peut plus être séparé du Rédempteur, nous ne pouvons plus la disjoindre de son Fils. Associée dans la douleur, elle doit l'être aussi dans notre amour. Marie a droit à toute notre tendresse puisqu'en nous donnant Jésus elle nous a enfantés à la vie surnaturelle.

Son action, d'ailleurs, ne se limite pas à ce fiat. Toute son existence se trouve mêlée intimement à l'existence de Jésus. Le fiat n'est que le début d'une vie nouvelle dont la fécondité surnaturelle immense va se fondre dans la richesse infinie de l'Homme-Dieu.

Au jour de la naissance d'Eve, Adam la contemple avec fierté et s'écrie : « Ces os sont sortis de mes os, cette chair est formée de ma chair. » Avec combien plus de raison la nouvelle Eve peut dire du nouvel Adam : « Ces os sont sortis de mes os, cette chair est formée de ma chair. » Jésus est vraiment son Enfant total, nul autre être humain n'est intervenu. Tandis qu'elle le porte dans son sein, elle songe que ce corps en formation, tiré de sa substance à elle, sera suspendu un jour sur la croix, que cet enfant sera, devenu homme, la Victime offerte à Dieu, la Victime dont le sang effacera l'antique anathème qui pèse sur le genre humain, la Victime pacificatrice de la terre et des cieux. Et c'est elle qui l,ui donne ce sang qu'il versera, ce corps qu'il immolera. Son sein est un autel où l'Agneau commence son sacrifice rédempteur, et Marie s'unit à ce sacrifice de toute la puissance de son âme. Elle dit à Dieu : « Cet enfant que je porte est le vôtre et le mien, je vous l'offre pour rétablir la paix entre vous et les hommes, et je m'offre avec lui, je m'offre en lui, car il est une partie de moi-même. Je vous offre l'Enfant et la Mère pour le rayonnement de votre gloire. »

Contemplons-la maintenant sur le Calvaire. Jésus vient d'expirer, son cadavre sanglant est suspendu au gibet, mais avant de mourir, il s'est écrié : « Con­summatum est. C'est fini, L'ceuvre de rédemption est achevée, les. cieux sont de nouveau ouverts à l'humanité pécheresse dont je viens d'effacer la souillure, le Pére retrouve son Fils. Consiimmatum est. C'était la mission, je devais la remplir par l'effusion de mon sang, par le broiement de ma chair, ma mission est remplie. Consummatum est. Mon corps n'a plus de forme, toute ma beauté est flétrie, je ne suis plus qu'une plaie de la tête aux pieds, mais la faute d'Adam est réparée, Dieu est apaisé. » Et Marie est là, elle est là, héroïquement debout dans son immense douleur. Elle a voulu assister au sacrifice suprême, à l'immolation de son Enfant, mais comme son coeur a souffert ! Tandis qu'on enfonce les clous dans les mains et les pieds du Sauveur, tandis qu'un soldat lui transperce le côté de sa lancer elle sent la pointe des clous traverser sa chair, la lance entrer dans la poitrine, elle agonise avec l'Agonisant «-Mon Fils ! Mon Fils ! Cette chair sacrée, ce corps divin que je t'ai donnés, voilà ce que les pécheurs en ont fait... » Mais son âme maternelle si pure domine la souffrance et, soumise à Dieu pleinement, elle joint ses larmes et son déchirement intime à la mort de son Enfant dans un geste d'adoration et d'amour : « Mon Dieu ! Cet Enfant, vous me l'aviez donné. Le voici sur l'autel expiatoire, je vous l'offre, Victime sacrée, pour le salut du monde et je m'offre avec lui. Soyez béni à tout jamais. »

Marie est indissolublement unie à Jésus dans l'oeuvre de la rédemption. En conséquence, elle devient la Mère du genre humain racheté, elle est vraiment la nouvelle Eve qui enfante dans la douleur toute une postérité surnaturelle, elle est devenue la Mère des vivants. Sainte Gertrude assiste à l'office divin: On en vient à ce passage : « Jesus primogenitus Mariae Virginis. Jésus premier-né de la Vierge Marie. » La Sainte s'arrête à cette expression, elle la trouve fausse. « C'est Fils unique qu'on devrait dire, songe-t-elle, et non pas premier-né. » Tandis qu'elle s'attarde à cette pensée, la Vierge lui apparaît. « Non, ma fille, lui dit-elle,c'est bien le premier-né qu'il faut dire, car après Jésus et par lui je vous ai tous enfantés »

Marie est donc notre Mère dans l'ordre surnaturel. Et quelle Mère ! La plus belle, la plus pure, la plus tendre, la plus puissante aussi. Marie peut tout parce que Jésus ne peut rien lui refuser Voyez-la à Cana . Elle assiste à un banquet de noces avec son Fils. Jésus a déjà commencé sa vie publique, il a appelé des apôtres, mais il n'a accompli encore aucun miracle. Marie s'aperçoit de l'embarras où vont se trouver les jeunes mariés, elle veut leur éviter une confusion pénible et elle se tourne vers Jésus. « Ils n'ont plus de vin », lui glisse-t-elle à l'oreille. « Ce n'est pas notre affaire, répond Jésus, mon heure n'a pas encore sonné. » Jésus s'est fixé une heure pour manifester sa puissance par un miracle, et cette heure n'a pas encore sonné. Marie va fui faire devancer cette heure : « Faites ce qu'il vous dira », dit-elle simplement aux serviteurs, et vous connaissez la suite du récit, vous savez comment, à la demande de sa Mère, Jésus accomplit son miracle avant l'heure fixée.

Cette scène de Cana notis révèle bien la bonté et la puissance de notre Mère. Elle aperçoit des gens dans l'embarras. Qui sont ces gens ? Des voisins ? Des parents ? Des inconnus ? Nous ne le savons pas. L'hospitalité est si large dans cet Orient qu'on invite tout le monde à des réjouissances de noces, même des étrangers de passage. Peut-être Jésus et Marie en étaient-ils ? Qu'importe d'ailleurs. Marie ne peut supporter la honte qui va retomber sur les jeunes mariés et assombrir toute la fête. Dès qu'on est malheureux on n'est plus indifférent pour son coeur maternel. Elle vient à leur aide. Non pas directement, ce n'est pas elle qui fera le miracle, c'est Dieu seul qui le fait, les hommes ne sont que des intermédiaires, mais elle intercédera auprès de son Fils. Elle se tourne simplement vers lui, et sans qu'il lui promette rien, elle sait qu'il ne résistera pas à son désir maternel, elle obtient le miracle. Comme on l'a bien nommée «La toute-puissance suppliante ».

Marie est la Mère de Jésus et elle est notre Mère. A ce double titre elle a droit à tout notre amour. Si nos coeurs ne sont pas assez délicats pour l'aimer à ce titre, aimons-la du moins pour un motif d'intérêt. La dévotion à Marie est indispensable au salut à cause du rôle qui lui est assigné dans l'économie divine. Elle a servi d'intermédiaire entre Dieu et les hommes pour leur donner le Rédempteur, elle continue à servir d'intermédiaire pour leur appliquer les fruits de la Rédemption. Si Jésus est la Voie unique qui mène au Père, Marie est la voie qui mène à jésrus. C'est donc par elle que nous aurons de Celui qui est la Vie et la Lumière, il faut passer par elle pour nous unir au Maître qüi assurera la ivinisation de notre âme, il faut passer par elle pour parvenir à l'éternité bienheureuse ; elle est réellement la Porte du ciel.

Tout passe désormais par Marie. Voilà pourquoi l'Eglise nous fait dire : « Salve, Regina , Mater misericordiae, vita, dulcedo et spes nostra, salve ! Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre douceur, notre espérance, salut ! » Marie est Reine, elle règne dans les cieux et sur le coeur de son Fils ; elle est Mère de miséricorde, quiconque est malheureux est assuré de son aide maternelle ; elle est notre vie puisqu'elle nous donne Jésus qui est la Vie ; elle est notre douceur par la suavité de sa tendresse virginale ; elle est notre espérance, enfin, puisque c'est par elle que nous viendront tous les secours dont nous pouvons avoir besoin.

L'Eglise couronne la messe par la récitation du Salve Regina , couronnons la nôtre par l'amour de notre Mère. C'est par elle que nous obtiendrons les grâces nécessaires, c'est par elle que nous arriverons à Dieu. N'oublions pas que c'est elle qui donne Jésus aux âmes, que c'est elle qui nous le donnera. Nous lui serons redevables de l'élan pour monter sur les cimes de la sainteté et du ciel. Si Jésus est le Maître de nos âmes que Marie en soit la Reine filialement aimée.