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Aux écoutes de la Parole -31
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Troisième Partie- O Verbe Éternel
Je veux passer ma vie à vous écouter.
La Maître est là et il t’appelle (1)… Avec quel empressement Marie, sœur de Lazare et de Marthe, se rendit à cette invitation ! Je n’ai pas à faire ce chemin vers Jésus, il est en moi, au plus profond de moi-même. Et c’est de là qu’il m’ appelle, afin que j’entende sa voix, afin que je l’écoute.
Le Maître m’appelle ; il m’appelle de cette même voix qui fit sortir du néant l’univers et ses merveilles, les mondes et leur magnificence.
Apaise, ô mon âme, apaise en ce moment tous les bruits qui pourraient te distraire de la Parole. Élève ton regard vers elle, l’oreille ouverte ; à toutes les inspirations que l’Esprit du Père et du Fils, sa Parole, souffle sur toi… Seigneur, me voici, parlez donc, puisque votre serviteur écoute (2)… Inclinez mon cœur à la Parole d votre bouche ; qu’elle tombe sur lui comme une douce rosée..
Les enfants d’Israël disaient autrefois à Moise : Parlez-nous et nos vous écouterons ; mais que le Seigneur, ne nous parle point, de peur que nous ne mourions (3). Ce n’est pas là ma prière; mais, au contraire, je vous implore, comme le prophète Samuel, avec un humble désir, disant : Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écoute.
Que Moise ne me parle point, ni aucun des prophètes ; mais vous plutôt, parlez, Seigneur mon Dieu, vous, la lumière de tous les prophètes, et l’esprit qui les inspirait. Sans eux, vous pouvez seul pénétrer pleinement mon âme de votre vérité; et sans vous, que pourraient-ils ?
Ils peuvent prononces des paroles, mais non les rendre efficaces. Leur langage est sublime ; mais si vous vous taisez, ils n’échauffent point le cœur. Vous découvrez le sens de la lettre qu’ils exposent ; vous rompez le sceau qui dérobe l’intelligence, des mystères qu’ils proposent, ils ne parlent qu’au dehors ; vous écaliez et instruisez au-dedans. Ils arrosent extérieurement ; vous, vous donnez la fécondité, ils frappent l’oreille ; vous, vous ouvrez l’intelligence.
Parlez-moi donc, Seigneur ; votre serviteur écoute : Vous avez les paroles de la vie éternelle (4). Parlez-moi pour consoler quelque peu mon âme, pour m’apprendre à réformer ma vie, parlez-moi pour la louange, la gloire, l’honneur éternel de vote nom (5).
Seigneur, vous écouter, vous, la sagesse infinie, vous écouter au tréfonds de mon âme, n’est-ce pas le premier devoir de la vie intérieure, et la meilleure de mes actions de grâces, dans la sainte communion ?
Et c’est pourquoi, je fais silence, le grand silence des saints, au-dedans de moi-même. Est-ce trop d’un tout petit quart d’heure de silence pour écouter le secret que la Parole me confie ? Chacun ne reçoit-il pas le sien ?
Reçois, mon âme, la Parole qui T’es dite aujourd’hui, ce matin. Cache-la en la profondeur de toi-même, en l’écrin vivant du cœur qui la conserve pour l’aider à fructifier. Pour cela, il ne faut que te taire, et t’avancer toujours davantage en l’impressionnant silence qui fait rencontrer Dieu, qui unit à lui, qui fonde l’âme en le cœur de son Dieu.
Ne résister pas, ô mon âme, à la Parole. Elle te dire peut-être, de très douces choses. Peut-être aussi exigera-t-elle tel sacrifice, tel renoncement ? Vas-tu résister à cette Parole dont la puissance à plu, d’un seul mot, faire sortir du néant tant de créatures ? Elle qui t’a fait surgir de cet abîme du rien, te laissera-t-elle, si tu résistes, à un rien plus misérable encore, celui de ta volonté propre, source de tos les péchés ?
Parlez-moi, Seigneur, de même qu’au néant au jour de la création : faits-vous obéir comme il a su obéir lui-même. Il s’est dressé en beauté devant votre face, et vous l’avez comblé de vos largesse. Faites que mon âme se lève ainsi, pour trouver son ivresse à demeurer en votre présence (6). Et ainsi, entre votre être et le mien s’établira l’entière compréhension qui fait la plénitude des joies. Entre vous et moi, il y aura, avec les ineffables causeries, il y aura les longes moments, de silence de paix, où s’unissent et communient deux êtres, lorsque, comme fondus ensemble, ils atteignent à la sphère où toute parole devient superflue, parce que la Parole incréée se réalise en une autre parole créée ; parce que Dieu devient de celui à qui il parlait, tout en toutes choses (7). Alors Dieu suffit, enfin…
Seigneur, parlez, car votre serviteur écoute (8).
Références
1-Joan., XI,28
2-Reg.,III,9
3- exod., xx,19
4- exod.,XX,19
5-Joan., Vi,60
6-Imit de Jésus-Christ, L,III,c2
7- PS.,XV'II
8- I.cor.,XV.,28
9- I reg.,III,9
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La docilité de l'âme -32
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Troisième Partie- O Verbe Éternel
Je veux me faire tout enseignable, afin d’apprendre tout de vous.
C’est à propos de la sainte eucharistie, du Pain descendu du ciel que vous nous disiez, Seigneur : il est écrit dans les Prophètes : ils seront tous les enseignés de Dieu. Quiconque a entendue le Père a reçu son enseignement, vient à moi. Ce n’est pas que personne ai vu le Père. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi à la vie éternelle. Je suis le Pain de (1).
Quiconque reçoit et mange le Pain descendu du ciel (2), le Pain de vie, celui-là entend le Père, parce qu’il écoute celui qui voit éternellement le Père dont il procède. Et ce qu’il entend ainsi par celui qui se fait Pain ( 3), c’est le secret de la vie éternelle. Cette parole qui retentit au fond ce lui-même, lui devient comme une vision, déjà, un e vision anticipée de la vie éternelle, qui est le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Il entre en la connaissance qui engendre le Verbe, fils du Père : il est envahi par l’Amour qui naît du Père et du Fils. C’est un enseigné de Dieu.
La Parole que vous êtes, Verbe éternel, s’est incarné une fois, dans notre chair, pour habiter parmi nous ; elle a dressé sa tente au milieu de nous (4), afin que, répondant à son appel, quand elle dit : venez et vous verrez (5), nous puissions aller et voir où vous demeurez.
C’est qu’en effet, vous avez une demeure où, Parole, vous prenez comme une seconde chair, et c’est votre sainte Évangile. Je vous adore, là, comme je vous adore dans votre humanité sacré, dont elle est la personne ; comme je vous adore dans l’hostie, ce prolongement de votre incarnation.
Il y a quelques instants, cette parole retentissait à mes oreilles, lorsque, par la voix de votre prêtre, vous daigniez me confier le mot de Dieu, le mot dont j’ai besoin aujourd’hui. J’ai tellement foi en cette parole que vous me réservez à la messe de chaque jour (6), à l’heure où votre ministre la lit, à l‘épître et à l’évangile, et l’expose ! Mes oreilles la perçoivent ; elles l’accueillent avec tant de bonne volonté. Mais elle n’est encore que déposée dans mon cœur, si avide de l’entende.
Cette parole, dans la pensée de votre Église qui me la dit en votre nom, n’est encore, à l’Épître et là l’Évangile, de la messe, que comme l’hostie sur la patène, à l’offertoire. Elle n’a pas encore été consacrée, si sainte soit-elle. Je veux dire, qu’elle doit être mêlée, pour ainsi parler, au mystère de foi, au mystère de l’hostie, à l’instant où votre prêtre dira sur le pain, sur le vin : Ceci est mon corps, ceci est mon sang.
Alors, me semble-t-il, cette parole acquiert toute sa puissance d’évocation ; elle frappe à la porte de mon âme, elle l’impressionne, elle la re-crée, elle la fait se lever à son appel, pour la vivifier et faire de cette âme, elle aussi, une parole de vie, de vie éternelle, en l’adaptant, toujours mieux, au mystère de la connaissance et de l’amour de Dieu.
Mais, ce n’est que dans la sainte Communion qu’elle obtient toute son efficacité, cette parole d’évangile s’incarne, alors, en moi ; alors, elle pénètre les moelles de mon être ; alors, elle se fait bien mieux entendre ; elle invite, elle exige ; elle force ma volonté rebelle, afin que je lui obéisse, en lui obéissant, elle me donne d’entrer en communion de vie éternelle et comme de vision anticipée avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Je ne puis exprimer comme je le voudrais ce qu’offre cet expérience de la parole de vie. On le sent mieux qu’on sait le dire. L’évangile, alors, m’apparaît quelque chose de si adorable, que je le confond, en réalité, avec celui qui a dit ; je suis la Vérité (7). J’en suis tellement pénétré que je m’incline et j’adore l’Évangile…
Le moment est venu de reprendre en mains mon Missel quotidien, à la page de la messe d’aujourd’hui, à l’endroit de l’évangile du jour. Dans un sentiment d’adoration pétrie d’amour et de soumissions, je relis cette page, sur laquelle en ce jour et à cette heure,. L’Esprit de Dieu souffle sa grâce d’intelligence et de compréhension ; pour l’acceptation de laquelle, il meut ma volonté afin qu’elle accueille, comme il le désire, ce message du Père ces cieux ; pour qu’elle acquiesce à la doctrine, pour qu’elle s’y abandonne, comme un petit enfant s’abandonne à ce que lui affirme sa mère ; afin qu’elle ne résiste pas et ne se rende pas indigne du don de Dieu, qui passe…
Dire qu’il y a ici-bas un livre, sacro-saint entre tous ; un livre qui est dans les mains de tous et qui contient la parole de vie qu’un Dieu, venu sur terre, a réellement prononcée ! Cette parole est consignée là, dans un tout mince volume, pour qu’en l’y lisant e la conservant dans mon cœur, comme Maire (8) , elle y allume le feu qui la possède. C’est votre prophète, Seigneur, qui m’en assure : Votre parole est un feu véhément (9).
En cependant, combien d’âmes ont peu cure de ce trésor qui est infini, puisque c’est toute la révélation du Père a Fils et du Fils à quiconque veut être compté parmi les enseignée de Dieu.
Viens et vois, ô mon âme, et apprends le secret de la vie éternelle !
Références
1- Joan., VI,45-58
2- Ibid., 41
-3-Ibid.,51.
4- D’après le texte grec.
5-Joan.,I,39
6- Nous avons préparé des Élévations pour la messe de chaque jour de l’année. Propre du Temps et Propre des Saintes, à paraître prochainement.
7-Joan XIV,6,
8- Luc.,II,19
9- Os., CXVIII,140
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L'épreuve de l'esprit -33
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Troisième Partie- O Verbe Éternel
Puis, à travers toutes les nuits, toutes les vides, toutes les impuissances…Certains diront : «Mon action de grâces à la saint Communion n’est pas, hélas ! cette présence sente du Seigneur Jésus, Verbe éternel, Parole de o Dieu… Il me serait si doux de l’entendre me parler, au fond de l’âme !… Sais-je même toujours ce que je fais à cette heure, où il semble que je devrais être comme au ciel, abîmé en la contemplation de lui qu’engendre le Père, dans l’amour du Saint-Esprit ?… Si l’on savait ce que l’on peut souffrir de sa propre faiblesse et de l’aridité, en ce moment où Dieu a envahi nos puissances où il les pénètre d’une grâce, que l’on n’expérimente pas!…»C’est vrai, tout cela. L’Eucharistie est, par excellence, le mystère de foi, ce n’est pas sans raison que l’Église lui donne ce nom qu’en pleine consécration le prêtre, chaque jour, doit redire. Seul en effet, la foi peut soutenir et encourager ma ferveur aux jours où Dieu sèvre mon âme des consolations que devait provoquer sa présence
.L’action de grâces à la sainte Communion, chose moins compréhensible encore, est parfois plus aride que n’a été sa préparation. On a fait effort pour se rendre plus digne du don inénarrable ; et lorsqu’on l’a reçu, on dirait que le ressort se brise et qu’on ne sait rien dire à Dieu, rien faire, rien écouter… L’Âme languit et l’esprit se dissipe, le cœur se refroidit ; on épreuve une lassitude indicible. Vraiment, il y a lieu de se demander ce que l’on est devenu…Seigneur, c’est alors que la parole du prophète me revient. Je répète avec lui : Je suis devant votre face comme une bête de somme (1). Quelle es donc cette nuit si noire où je me sens jeté, palpant, pour ainsi dire, les ténèbres, tant elles me semblent épaisses ? Quel est ce vice affreux dans le quel je descends et m’abîme ? Quelle est cette impuissance ligotant tous mes facultés, mes énergies et brisant tous mes élans ?Et cependant, j’ai si bonne volonté ! Je m’étais si bien préparé !… Ma sainte messe, que je célébrais ou entendais, m’avait soulevé transporté au sein de votre Père, avec vous, dans l’embrasement de votre feu divin. Quelles désolations je subis, parfois, en ces moments d’actions de grâces, qui devraient m’enivrer au torrent de votre volupté sainte (2) !Ces nuits, ces vides, ces impuissances, ici comme en tant de périodes de la vie spirituelle, ne sont pas souvent que l’épreuve de l’amour. S’Il y a un danger, très grands, dans la réception de l’auguste sacrement, c’est celui de se rechercher, de trop se replier sur soi-même ; le danger de vouloir sentir Dieu et expérimenter une grâce, qui cherche l’aide de notre foi, bien plus que de toute autre impression, fût-elle surnaturelle.
Celui qui est dans mon cœur, c’est le Verbe-lumière. J’y crois, malgré les nuits, parfois terribles, où il me délaisse : nuits des sens, épreuves varies, maladies du corps, maladies de l’âme, soucis accablants, angoisses inquiétantes, scrupules invincibles ; nuits de l’esprit, où il paraît à mon âme que Dieu n’est pas, n’est plus avec moi ; nuits où, effrayé de cette obscurité même, je commence à douter de lui ; où monte, à mes lèvres le plus reproche ; où l’enfer, qui me persécute, voudrait me souffler a révolte, le blasphème et même, oserait-je le confesser, un sentiment de haine… J’ai cependant si bonne volonté ; je ne veux pas ces choses ; je ne les voudrai jamais, par sa grâce… Mais que ces secousses–là font frémir l’âme qui titube dans ses nuits noires !…Seigneur Jésus, je crois en votre lumière… Il suffit que celle-ci trouve louange et gloire dans mes ténèbres… Je le crois. Mais fortifiez donc ma foi !Celui qui est dans mon cœur, c’est la plénitude de la grâce, la plénitude de laquelle nous recevons tout (3), la plénitude de Dieu (4) et du Christ (5), en un mot, la plénitude de la divinité habitant corporellement dans l’Hostie- Jésus… Ma foi le croit. Mais quel vide de l’âme qui ne jouit pas de ce que lui dit la foi !Je ne vois plus, en moi-même, que l’abîme sans fond de ma misère. Et quand Dieu descend en cette déficience universelle, il me semble que l’abîme de cette plénitude n’arrive pas à se laisser saisir par mon âme, qui ne voit plus de limites au vide de son néant !…Seigneur Jésus, je crois en vous, Plénitude infinie ! Mais soyez aussi mon espérance. Soyez-moi, plus que jamais, l’ancre qui, coûte que coûte, m’accroche à vos promesses, et ne doute jamais de votre secours… Remplissez mon âme, encore que je ne le sache pas : mon vide est un grand cri qui implore votre miséricorde.Seigneur Jésus, vous êtes la Toute-Puissance. Je crois que vous opérez en mon âme des choses merveilleuse, que vous y déposez de énergies inouies. Mais ayez piété de mes impuissances sans nom ; pitié de ma faiblesse, incommensurable ! Donnez à mon amour, aux heures où cette faiblesse m’écrase, donnez le sursaut qui poursuit l’effort et veut répondre à vos avances.
Nuits vides, impuissances…Leur sentiment est une grâce de choix ; et Dieu, nous l’accorde souvent, malgré nous, tant il sait l’utilité, pour chaque âme, de ne vivre ici que foi, d’espérance de la charité.
Références
1-Ps., LXXII,22
2-Ps.. XXXV,9
3- Joan., I, 16
4- Ephex., III,19
5-Ibid., IV,,13 |
La veilleuse de sa Face -34
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Troisième Partie- O Verbe Éternel
Je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande Lumière.
Mon action de grâces, après la sainte communion, doit tendre à glorifier Dieu, Père, Fils et Esprit-Saint, bien plus qu’à me procurer des consolations, légitimes sans doute, des forces et des lumières : ce sera plus parfait ; je chercheras davantage l’intérêt de Dieu.
Ce que j’offre à la Trinité sainte, à cet instant le plus précieux de ma journée, c’est Jésus, le Verbe incarné. Je le donne au Père, pour qu’il y retrouve l’objet de ses complaisances infinies ; je le rends au Verbe lui-même qui embrasse, ineffablement, son humanité glorieuse ; je le livre à l’amour éternel, à son étreinte vivante et rassasiante à jamais.
En ce moment-là, j’éprouve le besoin tout particulier de m’exposer à la Lumière de Lumière, au Verbe du Père ; le besoin d’être pour lui ce que son humanité sainte, qui vit en moi, lui reste, éternellement. C’est elle que je dois imiter et réaliser, surtout aux heures, où je ne me sens plus que ténèbres, vide et impuissance.
Cette humanité sacrée fut et reste comme un veilleuse devant la face de Dieu. Je devrais être, dans mes actions de grâces, la petite veilleuse de cette même face, que j’adore. Celle qui brûle , nuit et jour, dans nos églises et nos chapelles, devant le tabernacle de sa gloire, ne rappelle-t-elle pas cela ? Quelle leçon que la sienne ! Elle ne dit rien, elle ne peut rien dire. Mais son silence parle pour elle. Il lui sied mieux de se taire que de parler. Sa parole, c’est l’acte par lequel elle se consume lentement devant le Saint des Saints.
Ne connaît-elle pas assez, cette veilleuse, la monotonie des jours et la longueur des nuits profondes où, seule, elle veille devant Dieu ? Peu lui importe; il lui suffit d’être là, une petite lumière de joie pour le Bien-aimé, qu’elle fixe toujours, demeurent sous la grande lumière de sa face.
Elle reste là où placée, sans désirer d’être ailleurs. Quand l’ouragan l’agiterait et la ferait souffrir, elle se tarait encore. Elle sait que, lui, il la regarde. Elle ignore l’exaltation ridicule, la sentimentalité décevante ; sa dévotion est clame, répandu dans tout son être. Elle se donne à tout instant ; c’est là sa grande adoration, son acte de parfait amour.
Elle brille d’autant plus que les nuits sont plus épaisses dans le vde immense du sanctuaire, que sa persévérance si généreuse, illumine comme une étoile. Elle n’est occupée que de lui, de celui qu’elle aime, pour qui seul elle use toute ce qu’elle est, et tout ce qu’elle a. Toute sa force, elle la tire de cette conviction qu’elle brûle pour lui.
À certaines heures, l’autel s’illuminera ;les cierges, les flambeaux jetteront leurs flammes joyeuses. Qui, alors remarquera la toute petite clarté de la veilleuse et s’occupera d’elle ? Combien j’aime sa modestie, sa ténacité à brûler toujours et à s’effacer devant d’autres lumières, apparemment plus favorisé qu’elle, plus ferventes, plus zélées !
Son beau et vrai nom est : Fidélité . Son verre route la fait paraître comme une coupe de sang, remplie d’huile, symbole de l’amour. On dirait sa mèche allumée au feu de la Lumière de Lumière, qui entretien sa perpétuelle clarté.
Ainsi, mon âme, doits-tu sans cesse, dans le silence forcé de ton action de grâces, fixer cette face du Verbe qui t’illumine l’esprit, qui t’embrase le cour, et rester ainsi sous sa grande lumière, sans rien dire, puisque tes puissances s’y refusent. Tes nuits, tes vides, tes faiblesses te rendrent muette. Qu’importe ! Ce n’est pas ce que tu sens, ce que tu dis, ce que tu fais qui compte ici ; c’est toujours ce que tu es. Te taire, ainsi, n’est-ce pas bien plus sanctifiant que parler partout ailleurs ?
Reste veilleuse aimante de Jésus-Hostie. Que le vacillement de ta flamme soit le chant secret qui charme son oreille divine, aux heures où souffrent sur toi les tentations, les découragements, les envies de t’en aller et d’écouter ton adoration !
Seigneur Jésus, soyez le gardien de ma veilleuse ! Elle s’éteindrait si souvent, si je ne savais, Hostie qui me nourrit, que vous êtes là, pour purifier la mèche de sa foi, pour lui verser l’huile d’amour qui, seule, lui permet de vivre.
Soyez, Homme-Dieu, humanité sacrée de mon Dieu, soyez vous-même ma vie flamme, celle à laquelle, unit la mienne, quand , avec vous, je contemple le Verbe, votre personne ; quand je reste sous votre lumière infinie, possédant, en moi-même, celui qui peut dissiper mes ténèbres, combler mes vides et abîmer, dans sa force, toutes mes impuissances….
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L'étoile splendide 35
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Troisième Partie- O Verbe Éternel
O mon Astre aimé, fascinez-moi!
Si je savais ce que je deviens, ce que je fais, où je suis, en ce moment sacré où le Verbe me pénètre de sa lumière, je ne pourrais plus vivre. Et quelle heureuse mort serait la mienne, alors que l’astre aimé de mon âme, le Verbe éternel du Père, darde sur elle les rayons divins et consumants de son indéfectible lumière !.
A cette heure, je n’ai pas besoin qu’un séraphin voler vers moi, comme vers Isaïe, tenant à la main le charbon de feu, pris sur l’autel du Très-Haut, et dont il touchait les lèvres du prophète pour les purifier (1).L’autel de Dieu, l’autel sublime est en moi; c’est lui-même. Le Verbe du Père, qui m’illumine et m’embrase des flammes. Et si Dieu, comme, je verrais que je suis ce charbon même, tout de feu, parce que pénétré de la clarté de l’Astre que j’adore.
Étoile splendide de matinale (2), qui vient de se lever en la nuit de mon âme, je vous adore, et je vous bénis ! Dardez vos feux, sans vous lasser, sur celui que vous visitez pour dissiper ses ténèbres, combler ses vides et renouveler ses forces.
Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, je m’abandonne à cette splendeur qui ne commença, qui ne finira jamais de luire. Je crois en vous, Étoile du ciel : je crois à la puissance de votre rayonnement ; je sais que vous êtes née du Père, comme la Lumière qui éclaire tout homme, et que vous êtes venue à nous, que vous venez à moi, ce matin, afin que vous recevant tout entière en mon cœur, je sais et reste comme absorbé par vous, tout le jour.
J’espère en vous, ô Étoile, à jamais permanente au ciel de mon âme, Je confesse que votre clarté possède tous les remèdes qui guérissent toues les cécités,. M’éclairer de vote éclat, c’est me revêtir de vous, c’est me parfaire pour devenir, enfin, moi-même, lumière dans le Seigneur. (3)
Mon Astre aimé, je vous aime par vous, sans qui je ne pourrais atteindre à vous et, par vous, au Père des cieux, dans l’Esprit–Saint, étreinte du Père et du Fils.
Verbe de Dieu, Lumière ans déclin, fascinez-moi en ce moment où l’Hostie, que vous êtes, descend à mon âme ; fascinez-moi des rayons de votre beauté de peur que la fascination de la bagatelle (4) ne m’attarde à la créature, et, une fois encore je ne prenne ses ténèbres à elle pour cette beauté de votre visage.
C’est devant votre face, la face incarnée d Verbe, que je me prosterne ici. En vous contemplant, en moi, il semble qu’il me soit plus aisé de m‘élever jusqu’`a cet Astre que j’aime, le Verbe de Dieu que vous êtes.
Face de Jésus, qu’en sa célèbre vision Jean, le disciple bien-aimé, adora, comme le soleil lorsqu’il brille en toute sa force (5) , fascinez-moi, moi aussi ; e t que plus rien ne puisse me ravir aux délices de votre présence !
C’est ainsi que votre face dardait ses feux, sur le Tabor, aux yeux des trois apôtres bienheureux, Pierre, Jacques et Jean, vos préférés ; au point que s’oubliant eux-mêmes et ne sachant même plus ce qu’ils disaient, ils eussent voulu rester là, anéantis, pour ainsi dire, par la puissance de ce Soleil.
Combien je les comprends !… Qu’est-ce donc qui pourrait encore retenir une âme, ici-bas, et s‘attacher à tout ce qui passe, si elle a pu, une seule fois, s’arrêter à votre contemplation et se laisser séduire par le Verbe, dont vous traduisez si bien l’ineffable splendeur ?
Fascinez-moi, Jésus-Hostie !… J’aime à vous regarder longtemps, dans l’impressionnant silence du sanctuaire, là, en l’ostensoir d’or, où vous vous faites si proche de nous. Et je me rappelle le mot du psalmiste : Quand je le regarde, je resplendis (6)…
Celui qui fait son trône de cet ostensoir est là, au-dedans de moi. Dans la sainte communion, quand je vis du mystère de foi, c’est bien autrement recueillant ! Face adorable, vous êtes en moi; vous rayonnez sur tout mon être ; vous atteignez ses dernières fibres ; je resplendis de toutes vous-même.
Seigneur Jésus, vous reposez dans mon cœur. En le fascinant de votre lumière, détachez-le de tout ce qui n’est pas vous !.. Que je ne soi plus qu’un rayons de cette gloire où vous abîmes mon être !
Références
1- Is., 6,
2-Apoc.,XXII,16
3-Joan.,I,9
4-Ephes.,V,*
5-Sap., IV,12
6-Apoc., I,16
7- Ps., XXXIII
8-D'apres l'herbreu |
Sous son rayonnement -36
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Troisième Partie- O Verbe Éternel
Pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.
Qu’il me serait bon, vraiment, de ne plus sortir du rayonnement de L’Astre aimé, du Verbe éternel, de la Parole du Père, de sa splendeur de gloire (1). Il semble que je communierais continuellement à la vie de la Sainte Trinité ; il semble que ce rayonnement, éclat permanent de la génération et de la procession divine, transformerait mon existence et la déifierait, ineffablement.
Les yeux du Seigneur, je les sentirais sans cesse sur moi ; je saurais qu’il est là, près de moi, en moi ; et je ne me trouverais plus pour rien. Mon cœur goûterait une joie sans pareille, mon âme serait à l’allégresse ; ma chair, enfin, reposerait dans la sécurité. Vivre ainsi devant sa face, que dis-je, dans sa face elle-même, serait une plénitude de paix, avec des délices sans fin (2).
Seigneur Jésus, gardez-moi dans ce rayonnement de votre gloire, C’est en cet état glorieux que vous êtes en moi, tel que vos êtes au sein du Père depuis votre admirable Ascension. Ne vous séparant jamais de ce sein paternel c’est-à-dire de son essence infinie et des ses perfections adorables, vous l’attirez en moi, lui avec vous, quand vous daignez descendre dans ma maison, sous mon toit, comme redit trois fois le Domine, non sum dignus.
Vous y attirez votre Esprit d’amour mutuel, nécessairement ; et voilà que ma demeure resplendit de la triple flamme de la Trinité, Dieu que j’adore dans son unité principale.
Arrachez-moi à la dissipation sous toutes ses formes. Rendez-moi, désormais, vraiment surnaturel. Votre humanité sacrée, s’est–elle jamais séparée, un seul instant. Du Verbe qui vous êtes ? Jamais ; elle serait retombée dans le néant d’où la puissance de ce même Verbe l’avait tirée. Elle reste éternellement, votre rayonnement et votre gloire ; si bien qu’à la contempler, la foi de vos saints voit Dieu. Qui me soit, disiez-vous à Philippe, votre mon Père (3).
Ma communion à vous, ô Jésus-Hostie, est une communion à votre sainte humanité. Il faut que je demeure immergé en le rayonnement de cette humanité sacro-sainte, pour mériter, par elle, d’être envahi de la splendeur du Verbe.
Et quand je quitterai le sanctuaire, quand je redescendrai de ce Thabor pour revenir à la plaine, au monde, à mes occupations, à mon devoir il ne faudra pas que je sorte de ce rayonnement, si je reste le rayonnement de Jésus-Hostie, si secret qu’il puisse être, je ne manquerai pas d’être votre lumière, votre chaleur dans ce cadre où se déploie mon activité, où s’écoule mon existence.
Il y a un rayonnement des saints que l’on subit toujours. Qui peut définir cette action secrète mais très sûre d’une âme qui déborde du Christ et se sa vertu ?
Qui approche une telle âme expérimente la puissance du rayonnement de Dieu, si mystérieux qu’il soit
C’est ce que j’aime à appeler l’apostolat de l’être. C’est le plus nécessaire; avant d’agir, il faut être. L’action n’est qu’un rejaillissement de mes énergies, intérieures, j’ai beau agir, me remuer et m’épouser, si de mon être ne s’échappe pas de fluide divin qui le vivifie, c’est en vain que je me dépense. Ne serait-ce pas là la raison, de l’efficacité souveraine des paroles et des œuvres des saines ?
Chacun d’eux est comme un autre Christ. Hors de là, on multipliera les efforts, on se fatiguera outre mesure ; encore une fois, c’est Dieu, pas l’homme, qui fait ses oeuvres seul.
Seigneur Jésus, Verbe qu soutenez toutes choses par la puissance de votre parole (4), envahissez-moi des rayons de votre force. Et qu’alors, reflet de votre lumière et de votre amour, je puisse vous rayonner à mon tour. Que je sois lumière en votre Lumière, amour en votre Amour !
Que partout, où règnent l’erreur et le mensonge, je sème la vérité :
partout où il y a le doute, je répande la foi :
partout où il a la haine, je mette votre charité :
partout où il y a de la tristesse, je répande de joie :
partout où il y a le découragement et le désespoir, j’apporte votre espérance.
Que j’aille ainsi, ô mon Dieu, comme un flambeau vivant à travers tous les ténèbres, pour éclairer la route de ceux qui vous cherchent et embraser les cœurs qui sont soif de vous!..
Références
1- Hebr., I,s
2-Ps.,XV,8 et suiv.
3-Joan., XIV,9
4-Hebr.,I,3
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