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Deuxième Partie- Mon Christ Aimé
Enfin, je suis à vous, Seigneur Jésus !… J’avais hâte d’arriver à vous, d’entrer en communion plus étroite avec vous, l’Homme-Dieu, objet direct de la sainte eucharistie. Resserrer cette union avec vous n’est ce pas, encore et toujours, me laisser emporter en la bienheureuse Trinité ? Mon Christ aimé, je vous possède, comme jamais je ne pourrais posséder quelqu’un : je suis possédé par vous, comme jamais je ne pourrais être possédé.
En ce moment même, je réalise la parole adorable que vous nous disiez à la dernière cène : Qui mange ma chair et boit mon sang, celui-là demeure en moi, et je demeure en lui (1). Comprendrais-je jamais semblable langage ? Est-ce vraiment possible? Suis-je en vous, mon Christ aimé, et êtes-vous en moi ? Oui, c’est la vérité même ; j’y crois, je l’adore. Je ne la comprends pas, certes : mais n’est-ce pas une raison de plus pour rendre plus pur mon acte de foi?
Et si c’est vrai, ce qu’il y a de plus vrai, peut-on imaginer quelque chose de plus mystérieux que cette fusion mutuelle, sa confusion, de vous en moi et de moi en vous ?
Si je pouvais, par impossible, avec mon esprit, avec mon cœur habiter réellement dans un autre ; si plus encore je pouvais pénétrer, vivre et respirer en lui, avec lui, ne faudrait-il pas avouer qu’il vit de moi comme je vis de lui ? Que dis-je, il n’y aurait plus apparemment qu’un être, si distincts que nous restions l’un de l’autre.
Cela ne s’est pas encore vu ; cela ne se verra jamais, non, jamais. Et pourtant, c’est ce qui arrive par la communion à votre corps, à votre sang, à votre âme, à votre divinité. Je suis réellement tout entier en vous et vous êtes tout entier en moi.
L’amour, ici-bas, qui a ses folies, peut s’imaginer fusion pareille avec une créature; il peut en rêver longuement. Une mère, pour dire son amour à l’enfant de son sein , ne sait qu’inventer dans ce domaine de l’impossibilité. Mais vous, mon Christ aimé, vous avez résolu le problème. L’Amour, enfin ici-bas comme au ciel, est réalisé.
Mon Christ aimé, aimé par-dessus tous les aimés, mon amour vous adore, ici, au tréfonds de moi-même ; car, je vous sais là, avec une certitude telle que je serais prêt à mourir pour l’affirmer, je vous adore, Amour unique, devant qui palissent misérablement, tous les autres amours ; car, aucun d’eux n’est l’amour d’un homme qui est un Dieu.
Je me prosterne devant vous, Amour de Dieu incarné, Amour revêtu de ma chair, Amour informé d’une âme semblable à la mienne et, par tout cela, capable de venir à moi, créature humaine, faite d’esprit et de chair; Amour qui est Dieu même et le seul qui ait pu accomplir un si grand miracle.
Les instants que je vis en vous possédant sont les plus heureux de mon existence. Car, je ne me trompe pas, je ne puis me tromper ;je dis en toute vérité, que je vous aime, puisqu’en définitive, en moi je neveux aimer que vous-même.
Maintenant que vous m’envahissez totalement ; maintenant que je puis dire, dans toute la mesure où la foi me le permet, que ma chair est devenue la vôtre, mon âme la votre, puisque votre Eucharistie me nourrit de vous, Seigneur ; maintenant que jusqu’à un certain point, sa confusion, sans que je cesse d’être moi, sans que vous cessiez d’être vous, je puis me croire, autant que votre grâce peut le donner à une simple créature, en participation de votre divinité, que je saisis ici-bas même dans votre être adorable; maintenant, que je puis dire que je vous aime, puisque l’amour n’est et ne peut être qu’une fusion de deux êtres ; mon Christ aimé, que vous rendra-je pour toutes les biens que vous me communiquez de la sorte ? votre amour les contient tous en lui seul ; il me suffit à moi qui aime. Que peuvent-elles m’être encore toutes les autres créatures à moins que je ne les voie, que je ne les aime dans votre amour ?
Là, je le confonds, et elles me deviennent amour dans l’amour de vous, mon Christ aimé. Recevez, Seigneur Jésus, en ce jour, en ce moment, ce témoignage de ma gratitude, nécessairement déficiente, tant il me semble que votre don, l’inénarrable (2) dépasse toute expression de la reconnaissance.
Puisque nous ne sommes plus qu’un en deux, remerciez-vous vous-même ; aimez-vous vous-même pour celui qui ne sait, et ne saura jamais vous aimer assez.
Références
!- Joan., IV, 57
2- Cor. IX, 15
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L'Amour crucifié - 14
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Deuxième Partie- Mon Christ Aimé
Crucifié par amour.
N’est-elle pas saisissante cette parole de l’Apôtre : Toutes les fois que vous mangez ce Pain et que vous buvez ce Calice, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il revienne (1) ?Ainsi, chaque fois que je communie, je rappelle la Passion, c’est-à-dire Gethsémani, la trahison de Judas, la maison de Caïphe, le reniement de Pierre, le prétoire, la flagellation, le couronnement d’épines, le chemin de la croix le crucifiement, les dernières paroles, le dernier soupir, la mort de Notre Seigneur Jésus–Christ !Combien peu d’âme y pensent ! Qu’elles font bien celles–là ,qui ayant assisté au Sacrifice que renouvelle l’acte d’amour suprême d’augustes Victime, restent plongées dans le souvenir d’un Dieu qui souffrit et mourut pour elles, par ce qu’il les aimait et jusqu’à cet excès ?C’est bonne la pensée qui remplissait l’esprit et le cœur de Jésus, à la veille de sa mort, lorsque ayant institué les saints mystères et les ayant distribuées à ses disciples, il leur disait : Chaque fois que vous ferez et recevrez ces choses, vous le ferez en mémoire de moi (2).
En mémoire de Jésus Crucifié, le crucifié par amour !... N’est-ce pas tout dire ?Ma communion de chaque matin devrait être cela, avant tout : une union très intime, très intense à la sainte Passion. Le prêtre, à l’autel, vient de la renouveler ; il vient de me plonger dans le bain de son sang précieux qui, en me purifiant, renouvelle la jeunesse de mon âme. Sang précieux de mon Christ aimé, crucifié par amour, je vous adore, et je reste immergé dans cet océan d’infinie bonté…Vous disiez, ô Jésus, à une âme : «Vois donc, ce sang que je verse toujours, puisque je renouvelle sans cesse le souvenir de son effusion, personne ne le recueille… Serais-je, toi, cette âme reconnaissante, et qui sait ce qu’elle doit à mon amour (3) ?…» Cette parole, en ce moment, il me semble que le Crucifié me la redit ; il me semble qu’il mendie, si l’on peut ainsi dire, ce retour de charité délicat qui apprécie le don reçu et qui rend grâces.Jésus crucifiés! Science des sciences que celle qui le révèle ! Or, rien comme la sainte communion n’y initie davantage. Mais pour cela, elle doit être reçue comme Jésus l’a instituée, en plein sacrifice de la Messe, comme le complément, sinon nécessaire, du moins intégrant de cette même oblation. Si, par la communion, Dieu nous rend la divine victime que nous venons de lui offrir, victime que Dieu agrée infiniment, c’est pour faire entrer en communion avec ce Dieu à qui nous venons de l’offrir. Nous la rendre, nous la donner en nourriture, en breuvage, c’est-à-dire l’invitation qu’il nous fait de participer aux complaisances ineffable qu’il y prend. C’est encore une fois, nous introduire au sein de la Trinité et « nous y combler de toute bénédiction céleste et de grâce (4)».
Or, ce qui, en cet oblation sublime, force l’agrément de Dieu le Père, c’est qu’il revoit, dans le geste du prêtre qui lui immole et lui présente Jésus, le Fils de sa dilection (5) , c’est qu’il revoit la passion bienheureuse de cet Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. Et son cœur en est ému ; il déborde de miséricorde et d’amour sur nous ; il pardonne des crimes sans nombre et il nous rend sa divine amitié.Communier, alors, à la communion de l’offrant, avec le prêtre qui opère, par la vertu de l’esprit du Fils, de tels mystères. N’est-ce pas se mettre davantage sous l’influence de cette dilection de Dieu ?Sans doute, toute communion, même en dehors du saint -Sacrifice, est reçue toujours en fonction de ce dernier, que ‘on y pense ou non. Mais, qui ne voit que communier à la communion du prêtre, c’est y répondre vraiment, au désir exprimé par l’Hostie elle-même. Nous ne faisons plus qu’un hostie avec elle ; nous sommes emportés, nous aussi dans le geste d’une oblation qui nous confond avec la sienne. En Jésus crucifié , nous venons l’agrément du Père des cieux ; il nous enveloppe du même regard d’amour dont il contemple son propre Fils en croix. Et Jésus peut lui redire, en ce moment, du tréfonds de son cœur, la prière qu’il faisait, à la dernière Cène, après avoir nourri de son Sacrement se disciples : Père Saint, gardez dans votre Nom ceux que vous m’avez donnés, afin que l’amour dont vous m’avez aimé soi en eux, et que je sois moi-même en eux (6)… Et cette prière le Père l’exauce infailliblement ; à la condition que nous aussi, en remémorant la passion de son Fils très cher, nous consentions à l’achever, pour ainsi dire, en nous-même.C’est à cette heure que nous devons, dans nos souffrances et peines de tout genre, embrasser avec courage et soumission la sainte volonté du Dieu et qui nous éprouve, parce qu’Il nous aime. C’est à cette heure qu’il nous fait nous dévouer généreusement à accepter et à vouloir cette volonté dans l’esprit et dans l’amour avec lesquels, le Fils s’offrit comme hostie à son Père. Peut-on jamais oublier que l’Eucharistie est le mémorial vivant de la passion de Notre-Seigneur ?O Jésus, très doux Sauveur, daignez m’unir à l’offrande de vos autels, et malgré tout mon indignité, j’ose vous supplier d’agréer que, par votre Fils, avec lui et en lui, je reste votre hostie d’amour en portant ma croix d’aujourd’hui, avec le désir ardent de glorifier votre Père, qui est aussi le mien.
Vous, le crucifié par amour, gravez en mon âme vos plaies sacrées, afin que le souvenir de votre passion soit si profondément buriné en moi, que jamais ni aucune douleur, ni aucune peine ne puissent pousser au moindre murmure celui que vous daignes rassasier, chaque jour, du mémorial de votre croix !
Références
1- Cor. XI, 26
2-Luc,XXII,19.
3- Soeur Jeanne du Sacré-Coeur , Clairsse
4-Canon de laMesse
5- Col., I, 13
6- Joan., XVII,II,26
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L'union à Jésus - 15
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Deuxième Partie- Mon Christ Aimé
Je voudrais être une épouse pour votre cœur.
Quelle grande chose que l’amour ! … «C’est un bien au-dessus de tout bien. Rien n’est plus doux, rien n’est plus fort, plus élevé, plus étendue, plus délicieux ; il n’est rien de plus parfait ni de meilleur au ciel et sur la terre, parce que l’amour est né de Dieu, et qu’il en peut sera reposer que Dieu, au-dessus de toutes les créatures (1).»
Et toi, mon âme, tu oses même aspirer à l’union la plus parfaite qui puisse être entre ton Dieu et toi ! Qui pourrait ici-bas te le défendre, puisque l’Esprit-Saint a daigné inspirer Salomon, dans son Cantique, pour te répéter, à satiété, que tu peux être l’Épouse du Fils de Dieu ?
Cette présence de Jésus en toi, n’exprime-t-elle pas, a suprême degré, qu’il en est bien ainsi ? Celui qui expliquera ce qu’est l’amour de l’époux et de l’épouse, celui-là fera comprendre jusqu’où pour aller l’union d’un âme avec son Dieu.
N’est–ce pas l’épouse qui se tient sur le plus haut degré de l’union ? Tout amour, si légitime soit-il, qu’encourage l’espoir intéressé d’un avantage quelconque, garde toujours quelque chose de suspects. Il est impossible qu’un amour pur, c’est-à-dire dégagée de tout intérêt, soit mercenaire. L’épouse n’est riche que de son amour, et l’époux ne se contente que de cela.
L’amour paternel peut bien crier à des fils : Où est mon honneur (2) ? Mais non pas : Où est mon amour ? C’est la prérogative d’une épouse. Ceux-là sont plus enclins à honorer qu’à aimer. L’amour d’un époux, surtout s’il est l’Amour même ne demande rien en retour que l’amour.
On dira : mais quelle disproportion, ici, entre l’amour de l’Époux Jésus pour l’Épouse, une âme, et celui de l’Épouse pour L’Époux ! Sans doute. La créature aimera moins que Dieu, parce qu’elle est moindre que lui ; mais, du moment qu’elle aime de tout ce qu’elle est, de toute ce qu’elle a, son amour peut-il manquer de plénitude, puisqu’elle y met tout ?
Il y a là donc un mariage spirituel, sublimement concevable et réalités entre l’âme et le Verbe incarné. Car, aimer ainsi, chez l’épouse, outre que c’est être aimé e autant qu’elle peut l’être, c’est conclure l’accord de deux êtres.
Oui, l’âme- épouse sera prévenue par son Dieu, vaincue par lui. Heureuse celle qui mérite d’être devancée par la bénédiction d’une si grande douceur ! Heureuse ce à qui il es donnée d’éprouver une étreinte d’une telle suavité !
C’est cela , en effet, un amour saint et chaste ; c’est cela , un amour suave et doux ; c’est cela , l’amour sincère autant que pur, l’amour mutuel intime et fort, unissant d’eux être, non dans une seule chair, mais dans un seul esprit, selon la parole de l’Apôtre : Celui qui adhère à Dieu ne fait qu’un seul esprit avec Lui (3).
La sainte Eucharistie n’a pas de but plus élevé que celui-là : fondre, sans les confondre, deux être en un seul, Dieu et l’âme, afin de leur faire contracter l’union inouïe qu’on vient d’exposer, le mariage spirituel, de l’âme avec le Verbe du Père, dans l’Amour qu’est l’Esprit- Saint.
Homme-Dieu, Jésus- Hostie est le grand sacrement de cette union d’épouse à Époux. Homme, il s’unit et adhère à l’homme comme à quelqu’un qui est son congénère ; Dieu, il le soumet à son empire ; il relève, il attire à lui sa nature. Il est une force supérieur à laquelle ne résiste pas la force inférieure, que peut rester dans son état d’infériorité. Est-ce que le fer, dans le feu, ne devint pas comme le feu ?
Il y a là une transformation, une assimilation très réelle, très intime. C’est vraiment une fusion de notre cœur dans le Cœur de Jésus-Christ.
Seigneur Jésus, mon âme aspire à être, pour votre Cœur, une épouse fidèle ne sachant qu’aimer, se donner, se dévouer ; une épouse qui embrasse tous vos intérêts et ne vit plus que pour y veiller.
Que votre Eucharistie réalise en moi ce but ; et qu’ainsi, adhérant à votre Esprit d’amour, je ne fasse plus qu’un avec vous, à votre plus grande gloire !
Références
1-Imitation de Jésus Christ livre III,ch.5
2- Malach., I
3-I.Cor., VI,17 |
La-Gloire-du-Christ - 16
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Deuxième Partie- Mon Christ Aimé
Je voudrais vous couvrir de gloire.
Seigneur Jésus, vous vous définissez ainsi, à Jean, le disciple bien-aimé : Je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-puissant (1). C’est par vous que toutes choses on tété créées, et rien n’a été fait sans vous de ce qui a été fait (2). Vous êtes la cause suprême de toutes choses, et vous êtes, à la fois, leur fin ultime ; en particulier, c’est vous qui devez combler en consommer les désirs des justes, afin que, réellement , vous soyez reconnu Dieu, le Tout en toutes choses (3).
C’est en vous que toutes choses ont été créées, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre, les choses visible et les choses invisibles, Trône, Dominations, Principautés Puissances; tout a été crée par vous en vos pour vous (4).
«Je suis votre créature, Ô Jésus ; crée par vous, j’ai dévié de la Voie que vous êtes ; mais, vous m’avez recréée en vous, dans le saint baptême ; vous m’avez fait nouvelle créature en vous (5) . je vous appartiens à tous les titres; je ne suis que votre esclave, mais un esclave d’amour, suprême dignité.
Dès lors, je vous dois la gloire, n’étant fait, refait, que pour vous la procurer. Et cette gloire, vous le savez bien, je la veux ; je voudrais vous en couvrir, au moins de toute celle qu’une créature peut vous rendre.
Il y a une gloire, propre a Dieu seul, à vous : c’est avant tout, mon Dieu, celle que vous recevez éternellement de votre Père, depuis bien avant que le monde fut (6) ; c’est l’éclat qui s’attache à votre nom de Fils du Père, c’est la louange qui, dans la Trinité, vous est rendue, et par lui et par vous-même, et par l ’Amour, que chante le Gloria Patri et Filio et Spiritui Sanacto, Gloire intrinsèque à vous-même, que je ne puis vous procurer, moi, néant que je suis. Je m’associe, cependant, en la reconnaissant en la voulant, c’est-à-dire en voulant que vous soyez ce que vos êtes, Dieu qui êtes celui qui est (7). Y a-t-il une plus grande gloire à vous rendre que celle-là ?
A ce titre, et parce que Dieu, vous êtes la gloire suprême, par ce que vous possédez la connaissance de vous-même et de vos perfections infinies. Vous êtes la gloire essentielle, parce que seul voues êtes, avec le Père, le Verbe et le Saint Esprit, le bien absolu, le bien dont seul vous pouvez avoir une connaissance parfaite, celle qui entraîne une louange et un honneur adéquats pour votre majesté, et gloire, oui, je la désire pour vous ; je la veux, comme vous devez la voir, vous-même, nécessairement.
Il y a une autre gloire, extrinsèque à Vous, Seigneur, et qui, d’une certaine manière, dépend de moi, si je puis dire car, sans votre grâce, ne suis-je pas l’impuissance même ? C’est la gloire qui vous revient, lorsqu’en moi-même, par ma vie, je manifeste en vous imitant, ô Jésus, quelque chose de vos perfections d’Homme- Dieu.
La gloire que vous attendez de moi, c’est la référence totale de mon être au vôtre (8). Un saint, qu’est-ce donc, si ce n’est un autre Christ, un autre Jésus ; C’est une copie, une image de vous-même, dans la mesure de votre grâce, et de sa prédestination. Les saints ne sont que Jésus fragmenté, s’il est permis de s’exprimer ainsi. La plus grande gloire qu’ils puissent rendre à Dieu, c’est de vous reproduire; c’est de vous manifester au monde comme la prédication vivante, et pratique de votre évangile . C‘est la plus puissante des prédications ; sans elle, l’autre, si éclatante soit-elle, n’est trop souvent hélas! Qu’un vain flot de paroles. Sans elle, le dévouement le plus complet dans le oeuvres n’est trop souvent que perte de temps dans la stérilité.
La gloire que les saints vous rendre, c’est de conformer leur volonté ; à la vôtre, comme vous conformiez votre volonté à celle de votre Père des cieux. Il n’y a pas d’autre sainteté que celle-là. Ainsi passent-ils en vous, ainsi se transfigurent-ils en vous,. C’est leur grande force. Dès qu’ils paraissent, quoiqu’ils fassent, il vous rayonnent en lumière, en amour ; ne vertu secrète sort d’eux, comme elle sortait de vous pour accomplir des merveilles.
Qu’ y a-t-il de plus sanctifiant que votre présence eucharistique en moi, Seigneur ? N’est-ce pas le propre même de votre sacrement que d’accroître votre grâce et spécialement la charité habituelle et divine, à tous les degrés qui font les saints ? N’est-ce pas elle, qui, en ce moment, dans mon âme, y combat le péché et y neutralise ses influences ; elle qui permet mes péchés véniels ; elle qui répands en moi cette délectation spirituelle inhérente à la sainte communion, et qui me communique cette promptitude de la volonté à se soumette à la vôtre pour l ’accomplir ?
Poursuivez moi, Seigneur, votre oeuvre, l’œuvre de votre glorification par ma sainteté. C’est à vous, à vous seul, de répandre en mon cœur que vous remplissez, la charité qui puisse le transformer dans la vôtre.
Que ce cœur, ainsi passé en vous et brûlant des flammes qui vous dévorent, gagne la soif de votre gloire. Qu’il la veuille à outrance, comme on veut la seule chose qui conduite à la fin pour laquelle on est créée et qu’on poursuit de toutes les énergies de la volonté.
Références
1-Apoc., I,8
2- Joan., I,3
3- i.cor., xv.278
4- col., i, 16
5- gal., vi, 15
6- joan., xvii, 5,
7- ex., iii,14
8- i thess., iv,3
9- Luc., Iv, 19.
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Jusqu'à en mourir - 17
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Deuxième Partie- Mon Christ Aimé
Je voudrais vous aimer, jusqu’à en mourir.
Seigneur Jésus, ne suis-je pas prétentieux et même victime de ma présomption ?
Vous aimer, jusqu’à en mourir ! Que vos saints et vos saintes aillent jusqu’à formuler de tels désirs, aspirer à ce qu’on appelle volontiers, chez d’autres, des excès de langage, aux heures de la ferveur ; qu’on formule cette prière, quand tout sourit et qu’on n’expérimente pas encore l’épreuve des aridités et des sécheresses ; je le comprends. Mais que moi, je puisse émettre ce souhaite, exprimer ce désir !
Si j’ose vous parler ainsi; si j’ose vous prier et vous dire : Je voudrais vous aimer, jusqu’à en mourir, c’est que je ne veux omettre aucune phrase, aucun membre ou mot de phrase de l’admirable prière que faisait une sainte enfant du Carmel ; c’est que je ne veux pas ravir à quiconque lira ces pages, l’occasion si belle de vous répéter un cœur intime que vous exauçâtes en elle, quand votre grâce il donna de vous aimer jusqu’à en mourir …Mais moi !…
Et pourtant, Seigneur ! en ces instants si précieux de ma sainte communion, n’est-ce pas le souhait, le votre ardent qui s’échappant de votre propre cœur à vous ; n’est–ce pas votre désir très intime que je puisse, en retour et comme en la meilleure action de grâces, vous aimer jusque là.
En définitive, qu’es–ce qui vous aime en moi, sinon vous–même? Si la sainte eucharistie c’est vous en moi, pour que je sois en vous ; si c’est le ferment d’une union sacrée, qui peut et doit aller jusqu’à une union d’épouse à l’Époux ; mais alors, c’est vous, bien plus, bien mieux que moi, qui priez en moi et qui priez pour moi.
C’est à cette prière, à la vôtre, que je suspends mon âme tout entière ; c’est par cette prière que je laisse envahir mes puissances, pour pénétrer en les puissances du Seigneur (1) , m’abîmant dans cette oraison de Dieu, quand la nuit, sur les montagnes, vous répandiez votre cœur devant la face du Père (2).
Cette oraison de Dieu, poursuivez-la, Seigneur, au dedans de mon âme, que vous inondez des grâces de votre présence. Diffusez en cette âme quelques gouttes de cette charité éternelle, qui suffira à la constituer en un état d’amour, capable d’y grandir toujours de plus grands accroissements et jusqu’à en mourir.
Et puisque l’eucharistie est le mémorial de votre passion bénie ; puisqu’elle en remémore efficacement tous les actes, toutes les détails ; puisqu’elle traduit, à qui la reçoit dignement, cet amour en excès, qui vous poussait à vous immoler et à mourir pour nous, pour moi ; faites mon Dieu, qu’elle m’inocule cette ferveur et cette générosité qui me pressent à désirer, à souhaiter, de toutes mes énergies, d‘aller jusque là, jusqu’à en mourir…
«Je voudrais vous aimer jusqu’à en mourir,» disait votre épouse du cloître. Cela peut vouloir signifier, aimer jusqu’au don suprême de soi-même, jusqu’au don de la vie, puisqu’il n’y a pas de plus grand amour que de la donner pour ce qu’on aime (3). Aimer, ainsi, c’est comme s’épouser, jusqu’à tomber et rendre l’âme pour le Bien-Aimé ; cela signifier aussi et surtout, aimer au point de mourir, en mourir d’amour ; et comme s’écriait Thérèse d’Avila : «Je meurs de ne pas mourir ,» tant j’aspire à rejoindre celui que j’aime.
Les saints vont jusque là, jusqu’à l’immolation pour l’amour, comme les apôtres, le martyrs et tous ceux et celles qui, confesseur, vierges et autres encore traînent de longs martyres, pour l’amour.
Seigneur Jésus, je voudrais leur ressembler, les imiter, quand ce ne serait que de loin, de très loin. Si je savais user de la grâce eucharistique l si je comprenais jusqu’ où cette grâce creuse en moi des capacités d’aimer, j’espérerais en cette grâce, je n’hésiterais pas à la demander, avec la certitudes que vos m’exaucerez.
Si l’Hostie, immolée à la sainte messe, me rappelle l’amour qui alla jusqu’à la mort et la mort de la croix ; si elle me crie aussi qu’aujourd’hui, elle s’offre, une fois de plus, pour l’amour de mon Amour, alors pus-je vraiment croire que je présume de moi-même, lorsque pour répondre, ô Jésus, à vote invitation si pressante : Faite ceci en mémoire de moi (4), j’ose vous répéter, après tout d’autres : « Je voudrais vous aimer.. jusqu’à en mourir ?…»
Références
1- Ps ., LXXX,16
2- Luc ., VI,12
3- HJoan ., XV,13
4- Luc. , XXII,19 |
L'impuissance de l'âme - 18
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Deuxième Partie- Mon Christ Aimé
Mais je sens mon impuissance, et je vous demande de me revêtir de vous-même.
Seigneur Jésus, que j’adore en moi, prosterné devant votre face glorieuse qui me pénètre au dedans de mes rayons de sa gloire, je voudrais vous en couvrir davantage comme si ne vous suffisait pas celle que, dès l’éternité, votre Père vous assura. Excusez mon amour ; il ne sait trop ce qu’Il doit dire, ce qu’Il peut dire, tant ce qu’ il se reconnaît impuissant à vous exprimer ce qu’il sent .
Que c’est dure, écrasant pour l’âme, cette impuissance à penser, à vouloir, à souhaiter, comme il faudrait, pour permettre à l’amour de rejoindre l’Amour éternel!…(1)
Que je sente mon impuissance ! Mais, une continuelle expérience me l’apprend. Puis-je dire seulement : Seigneur Jésus !…. Sans une grâce et motion spéciale de l’Esprit- Saint ? : Non : et penser le contraire serait contre la foi. Alors, quoi ? Comment m’élèverai-je à lui, et cela en plénitude d’une donation telle, qu’elle aille jusqu’à ce qu’on pourrait appeler et par excès d’amour, le couvrir de gloire, et l’aimer jusqu’à en mourir ?.. Ne faut-il pas, pour cela, qu’il m’élève lui-même, qu’il me saisisse, m’arrache à moi-même, me détache de tout et de tous choses, pouvoir être sincère, quand je souhaite d’aller, envers lui, jusqu’à l’extrême de mes puissances d’aimer ?
Et c’est pourquoi je lui demande de me revêtir de lui-même. L’Apôtre m’assure que lors de mon baptême, il l’a fait (2) . Je suis devenue comme Jésus. Un chrétien est un autre Christ. Je le sais bien ; je tâche de vivre de cette connaissance-là, afin d’apprendre, par elle, à aimer Jésus-Christ.
Revêtir Jésus, qu’est-ce donc, sinon être comme changé en lui ? Qu’est-ce avant tout, et comme préparation immédiate à cette transformation, sinon me dépouiller absolument de mon «moi» ? Jésus la place de «moi», dans la mesure où je me viderais de moi-même ; dans la mesure où je renoncera à vivre ma vie, pour vivre la sienne.
C’est encore l’Apôtre qui nous en supplie : Renouvelez-vous dans vos pensées, et revêtez l’homme nouveau, crée à l’image de Dieu dans une justice et une sainteté véritable (3) et pour qu’on ne croie pas qu’il s’agisse simplement d’un revêtement extérieur, fût-il la pourpre du précieux sang de Jésus. Le même Apôtre ne apprend à renoncer au mensonge, sous toutes ses formes (4) c’est-à-dire à être vrais au dehors mais surtout au dedans. On ne l’est au dehors qu’à ce prix.
Or, la vérité qui constitue le fond du chrétien, c’est la charité : Soyez, dit-il, des imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-aimé ; et marchez dans la charité, à l’exemple du Christ qui nous aima et se livra lui-même à Dieu pour nous, comme une oblation et un sacrifice d’agréable odeur (5).
Revêtir Jésus, c’est donc revêtir sa charité.
Quelle charité ? Cette charité qui le poussa à se faire la victime de son Père pour l’amour de nous ; à se faire encore, toutes les jours. L’Hostie un sacrifice de nos autels. Jésus crucifié par amour.
Aussi bien, saint Jean nous rappelle-t-il bien, que c’est à ce signe-là, que nos avons reconnu l’amour ; c’est que lui, Jésus, a donné sa vie pour nous. Et quelle conséquence en tire-t-il? C’est que nous aussi nous devons donner notre vie à Dieu, pour nos frères. (6) C’est là, au fait, le couvrir de gloire ; c’est là, l’aimer jusqu’à en mourir. Car, nous le savons trop, il l’a répété à satiété : le prochain, c’est lui.
En définitive, n’est-ce pas la lui rendre amour pour amour ? Ou plutôt, n’est-ce pas le revêtir, en sincérité de vie, et l’aimer, par lui-même, au-dedans de nous ?
Que je comprends bien le saint apôtre Paul s’écriant : J’ai été crucifié avec le Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu, qui ma aimé et s’est livré lui-même pour moi. Donc ma vie, c’est la sienne en moi. Elle m’impose le plus grave, mais aussi le plus doux des devoirs : c’est que je l’aime et me livre moi-même pour lui ; n’est-ce pas le plus sacré retour d’amour.
Or, je vous le demande , âmes qui lisez ces choses, n’est-ce pas l’Eucharistie, que vous venez de recevoir, qui les réalise en vous ? L’Eucharistie, c’est lui, c’est Jésus, c’est l’hostie du Clavaire ; il est en vous, il y vit, il y renouvelle tout son mystères le grand mystère de la piété donc parle ailleurs, l’Apôtre, celui qui a été manifesté dans sa cher, qui a été exalté en gloire (7).
Maintenant, vous pouvez, sans crante et sans crante et sans présomption, vos pouvez vouloir le couvrir de gloire encore, comme achevant , chaque jour un peu mieux, sa Passion et sa Résurrection (8). Vous pouvez souhaiter l’aimer jusqu’à en mourir… Votre impuissance se commue en sa force à lui ; vous pouvez souhaiter l’aimer comme il s’aime, puisque vous vivez, non plus vous, mais lui en vous.
O Jésus, aimez-vous, pour moi, en vous !..
Références
1- I.Cor., XII, 3
2- Gal ., 27
3-.Ephes., IV,24
4-Ibid., 25
5-Ibid., V,1-2
6- Joan., III, 16
7- I.Tim., III,16
8- Col., I, 24
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