DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?

LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
À la Trinité par l'hostie

Titre de la page:

L'Image de Dieu -25
La Pensée unique -26
L'éternelle Pensée -27
La Pensée vivante -28
L'unique Parole -29
 La puissante de la Parole -30

Nom de l'auteur:
Don Vanadeur .

 


L'Image de Dieu -25 

Troisième Partie- O Verbe Éternel

 O Verbe éternel !…(1)

Le Verbe éternel !… Le verbe du Père !… Le miroir sans tache de l’activité de Dieu (2) !… rien que ce mot : le Verbe… Il me ravit en Dieu, en Dieu Père, en Dieu Fils, en Dieu le Saint–Esprit.

Et ce Verbe est en moi. Il est là, je le crois, je le sains; je pourrais presque dire que je le sens, tant il m’abîme en le silence où le Père l’engendre, au tréfonds de mon âme.

L’état de grâce, déjà, me le donne et le fait demeurer en moi. Mais la réception de la sainte Humanité en l’hostie accentue, au suprême degré et selon mes dispositions intérieurs, cette présence du Verbe éternel.

Quand je me recueille bien, quand mon action de grâces se fait plus intense à raison de mon silence, il faut bien l’avoir : c’est une chose formidable que celle qui se passe en moi. Le Verbe est en moi, mais il ne peu y être que s’il est engendré par son principe, par son Père, en qui il demeure à jamais. Par conséquent, tandis que le Verbe est en moi, le Père l’engendre en moi, et sans cesse, il lui redit, en l’engendrant, en moi : Tu es mon Fils, le très cher, le Fils de mes complaisances (3) … en ce disant, chose plus étonnante, par ce que je suis en Jésus, et Jésus en moi, il redit ces paroles surmoi, devenu, en le Verbe, son bien aimé.

Je crois à ce premier et le plus sublime des mystères. J’y crois fermement, sans pouvoir le connaître clairement : un Dieu qui engendre un Dieu, sans faire pour cela deux dieux, et l’engendrant éternellement, jusque dans les siècles infinis. Qui racontera et exposera cette génération (4) ? C’est le mystère des mystères ; et il vit en moi!..

Quoi de surprenant en cela ? On me poserait cent questions sur ma propre naissance au sein de ma mère; sur l’infusion de mon âme et sa manière à elle d’informer mon corps, là dans ce secret maternel ; je serais sans réponse ; je n’y connais rien, je n’y puis rien savoir, qui d’étonnant qu’il me soit plus impossible de surprendre quelques petites choses de cette génération éternelle du Fils de Dieu, au sein de son Père ! … Et celle se fait en moi.. C’est un ensemble de mystère infinis, se résolvant dans l’ineffable simplicité de Dieu. Qui est capable de scrute les abîmes si ce n’est l’esprit de Dieu lui-même ?

Dirai-je, de ce Verbe, qu’il est né dans l’éternité ? Mais sa naissance n’est point passée. Va-t-il naître éternellement ? Mais cette naissance n’est pas future. Je ne pourrai même pas dire, vraiment, qu’elle se produit dans le présent, comme si elle devait s’achever. Saint Thomas assure «qu’il faut mieux dire que le Verbe est toujours né (5).»

Le Verbe était avant tous les temps (6), dans sa perfection totale, infinie, éternelle. C’est en se contemplant lui-même que le Père l’engendre et le produit. Ce faisant, le Père se dépeint, s’il se peut dire, se reproduite dans une image qui est sont Fils unique, et comme un autre lui-même : façon de parler, car, en Dieu, tout est simple, immédiat, acte pur.

Moi aussi, je me reproduis ; par exemple, je réalise une image parfaite de moi-même, quand je me regarde dans un miroir. Sans être un peintre, ne fais-je pas, en un instant, le portrait le plus accompli ? Quel artiste pourrait faire mieux, sans pinceau, sans couleurs ? On ne m’a pas vue commencer mon tableau, et il est déjà a achevé. Regardez donc comme cette image, encore que sans vie, sans sentiment, reçoit de l’action comme elle entre en les divers mouvements que je lui imprime. Est-ce moi qui suis la ? Non, Je n’y suis pas, mais mon image. Je n’y suis pas et toutefois nierez-vous que ce soi moi?

Le physicien vous expliquera cet apparent prodige. Mais cette comparaison du miroir, encore que déficiente, m’aide singulièrement, et par sa déficience même, à me faire comprendre quelque chose de celui que l’écriture appelle l’Image de Dieu (7) et de son activité en dedans de lui-même, c’est-à-dire de la génération éternelle du Verbe.

Père, c’est en vous regardant, dis-je, que vous vous dépeignez, à merveille, dans votre image, en celui que vous appelez votre Fils, et qui est comme un autre vous-même. Le miroir où je me regarde, moi, ne peut être qu’en dehors de moi, ainsi que le portrait que j’y produis de moi. En définitive vous n’avez d’autre miroir que votre propre essence; l’image que vous y formez est immanente à vous. Que puis-je envoyer dans cette glace où je me mire, sinon quelque apparence de moi-même, inanimée et morte, d’ou ne peut résulter qu’une image morte. Mais vous, on Dieu, vous communiquez votre propre substance à votre image, et donc toute sa vie, à la fois et en un instant.

Si je quitte mon miroir, mon image disparaît irrémédiablement ; mais vous, vous restez éternellement présent à votre essence ; toujours, dès lors, vous ne cessez de produire votre image, oui, toujours aux siècles infinis. Vous y reproduisez une image non en raccourci, et limitée comme un portrait dans un miroir ; mais une image infinie, immense, comme vous-même, dont les perfections sont sans mesure.

Verbe éternel du Père, je vous adore au-dedans de mon âme ; je vous adore et je vous loue, Image du Dieu invisible (8)… Le Père des cieux vous admire et s’enivre à vous admirer, parce que vous êtes tous beauté, la beauté de Dieu, la splendeur de sa gloire, la figure de sa substance, la pure émanation de sa puissance et de son souffle (9).

Vous êtes en moi. Je le crois de toute mon âme. Image de Dieu, refaites-moi à vote image. Qu’en les regardants, votre Père et le mien, puisse retrouve quelques choses, en moi, de votre beauté, de votre lumière.

Que je vous sois une ressemblance. Certes, elle restera toujours infiniment lointaine ; et cependant, vous la voulez aussi belle et plénière que possible, puisque vous êtes venu à moi, ce matin, comme chaque, pur accentuer, un peu plus, les traits divins de votre incomparable splendeur. Verbe du Père, Image de Dieu, je vous adore et vous bénis !..

Références

1- On trouvera dans cette Élévation, et dans d'autres encore sur la perfectons divines, des pensées s'inspirants des Grandeurs de Dieu du P. D'Argentan
2- Sap., VII, 26
3-Mc., I,II
4- IS,mLIII,8
5-I,Qu,m 42art, 2
6-Joan.,I,II
7-II Vot., IV,4
8-Gol.,I,15
9-Herbr.,I,3--Sap.,VII,24 et suivant


La Pensée unique - 26


Troisième Partie- O Verbe Éternel

O Verbe éternel !…

Je vous adore en mon âme, Verbe du Père, uni aux adorations infinies que vote sainte humanité vous rend, en cette Hostie qu'elle st et qui me nourrit.

Vous n’êtes pas seulement l’image du Dieu invisible, vous en êtes la pensée éternellement vivante.

Pour me représenter ce qu’est la pensée en Dieu, je puis me rappeler que mon esprit est capable de concevoir un nombre presque infini de pensée, si pas à la fois, au moins successivement. Si je savais, comme Dieu, les ramener à une seul pensée, une seul pensée qui les contiendrait toutes.

Imagine-toi, mon âme, que dans une pensée, une seul, tu puisses voir, d’une seul vue, toutes les pensées qu’un cours de ta vie et de ton éternité tu pourras concevoir ; et non seulement les tiennes, mais elles que pourraient concevoir l’esprit de tous les hommes. Et que serait-ce, si cette seul pensée pût ramasser en elle la multitude, comme infinies, des pensées qu’ont jamais conçues, que conçoivent et concevront éternellement tous les esprit, non seulement des hommes, mais même des anges ?

Et cependant, qu’est-ce que tout cela, comparé à l’Esprit de Dieu ? Peux-tu comparer une petite étincelle de feu, atome de lumière d’un instant, avec le plein soleil, dardant tous ses feux ? Dieu n’a besoin que d’une seule pensée pour connaître, scruter, pénétrer en leurs multiplicités et profondeurs toutes les pensées des hommes, non seulement de ceux qui vivent à présent, mais qui furent et qui seront dans les siècles à venir. Cette pensée, c’est son Verbe.

Il y a plus ; dans cette seule Pensée conçue par le Père inlassablement, il connaît toutes les pensées des hommes et anges qui pourraient être et qui ne seront jamais ; et non seulement ces pensées, mais tous les êtres créés, jusqu’au dernier brin d’herbe, jusqu’au dernier atone. Il sait, dans cette seule Pensée, toute ce qui aurait pu se passer dans des milliards de monde plus beaux, plus riches que le nôtre, s’il lui avait plus les créer. Et toute cela, ces à peine un grain de sable, un atome imperceptible comparé à la seul Pensée du Père, et qui est son Verbe.

Disons davantage encore : dans cette seule Pensée qui est son Verbe, le Père se connaît infiniment, avec toutes les perfections de son essence, de son immensité, de sa toute-puissance, de son éternité: il voit tout, il aime tout, lui et toutes choses, en cette seul Pensée.

Que doit être le ravissement, la joie, la complaisance de ce Père, dans la production de la pensée qui occupe ineffablement tout son esprit ! Pensé qui est Dieu, autant que celui qui la conçoit.

N’imiterais-tu pas ton Dieu, ô mon âme ; ne te livrerais-tu pas à la plus sublime des contemplations si, toi aussi, tu ne t’appliquais plus désormais qu’à penser attentivement à Dieu, sans vouloir d’autre pensées que la sienne, sans en chercher une ou plusieurs autres, sans multiplier la tienne, sans distraire ton esprit de celle-là, la pensée personnelle de Dieu, du Verbe ? C’est qu’en ce moment, au dedans de toi-même, Jésus-Hostie contemple, pour toi, le Verbe du Père qu’il est.

Que peux-tu comparer, dis-je, à cette occupation-;à? Même le gouvernement d’un État ne peut être qu’un jeu d’enfant, comparé à cette unique attention à la pensée de Dieu. Quand te passeraient par la tête toutes les pensées des hommes et des anges, il n’y aurait là que bagatelles méprisables, si tu as Dieu seul dans ton esprit, qui celles est grand ! Mon âme, tu n’es rien moins, en ce moment, que le trône de la majesté d’un Dieu qui, se pensant en toi, y engendre une pensée qui dit le tout de Dieu et le tout de toutes choses.

Seigneur Jésus, emportez-moi dans cette contemplation et cette adoration du Verbe-Pensée du Père, que vous êtes. Permettez que rien ne puisse, en ces instants précieux, m’en distraire. Même au cours de cette journée qui commence, arrachez-moi à l’obsession de tant de pensées, soucies, tracas, désirs ; je crois, de toute mon âme, que votre Pensée est une lampe à mes pas (1) : je crois qu’en allant, qu’en marchant avec elle, je verrai en toutes mes obligations ce que je dois faire ; il ne me manquera rien ; j’accomplirai tous mes devoirs en perfection ; car , je serais illuminé, continuellement, par cette Face de Dieu, ou je lirai ce devoir et aussi la façon la plus parfaite de l’accomplir.

O Pensée du Père, flambeau divine, ne permettez pas que je m’égare aujourd’hui dans les ténèbres où sont, nécessairement, ceux et celles qui ne s’établissement pas dans le rayonnement de vous-même…

Références

Ps., CXVIII.105


L'éternelle Pensée - 27


Troisième Partie- O Verbe Éternel

O verbe éternel

Celui que j’adore, ici, dans mon âme, avec Jésus-Hostie, c’est la pensée du Père, Pensée immense infinie, c’est aussi la Pensée, l’éternelle, qui doit durer toujours : la pensée qui n’a jamais commencé, qui ne finira jamais.

Ici-bas, les choses du temps passent, les unes après les autres. La Pensée, elle, parce qu’elle contient tous le temps est une présence actuelle, s’étant au-delà de tous les temps. Elle ignore, dès lors, le passé, le futur, rien n’échappe à l’œil de cette petite présence. Qui pourrait-elle apprendre de nouveau, que pourrait-elle oublier?

Verbe éternel de mon Dieu, et Dieu que j’adore, la création des six jours vous est aussi présente, que si elle se faisait en ce moment. La chute de l’homme, le sacrifice d’Abraham, le Calvaire, les combats des saints, des martyrs et des confesseurs, l’histoire de l’Église ; toute cela, c’est du passé pour l’histoire de l’Église ; toute cela, c’est du passé pour nous, mais non pour vous, et ce qui doit venir, notre mort, mon jugement, les joies du ciel ou les tourments de l’enfer, toute cela vous est actuellement présent.

Que suis-je devant vous ? Je n’ai que le moment qui passe, seconde par seconde, pour penser plus ou moins clairement les choses, et encore ? Ma vie est remplie de regret du passé, de désire du futur ; pourquoi perdre un temps si précieux ? Que de chose oubliées déjà, comme si elles n’avaient jamais été ! Quant à demain, j’ignore absolument ce qui m’arrivera. Pauvres lumières que celles de l’homme, qui n’est qu’une pensée qui disparaît sans cesse !

Oh! Si je pouvais arriver à ne plus avoir m’occuper que de la Pensée de Dieu ! Quelle vanité que celle d’un esprit, qu’accablent d’innombrables et si inutiles pensées! Au contraire, quelle stabilité cette image de l’éternité procure à celui qui communie sa cesse à la Pensée du Père, au Verbe éternel !

Verbe de Dieu, vous connaissez en ce qui me regarde toute le passé, tout le futur, et cela dans une vue présente. M’unir à vous, c’est participer à vos divines lumières. Car, touts les moments de ma vie passée, présent et future , vous, Éternel, vous le tenez présents, dans votre pensée.

Vous savez tous mes péchés passés; vous connaissez tous ceux que je pourrais commettre si votre grâce ne m’en préserve. Moi, je n’y pense pas assez, par ce que je les regarde comme passées. Si je savais pénétrer dans votre pensée, je les verrais présents et j’en concevrais une légitime et extrême horreur.

Je suis relativement fort peu touché de ma mort et de ton jugement, parce que mes pensées ne les regardent que comme encore biens éloignés. Mais, si je les considérerais dans votre pensée, ils m’apparaîtraient présents comme ils les sont à vous-même, et je tremblerais.

Quelle consolation et quelle force ce me doit être, ô mon Dieu, que le souvenir de votre pensée éternellement présente ! Qu’il m’est précieux, en particulier, quand je prie pour tous ceux que j’ai aimés, et qui, depuis si longtemps sont retournées vous ! Parce que vous êtes et viviez sans l’instant très présent, ces prières leur sont utiles et bienfaisantes, comme s’ils expiraient en ce moment même.


Je célèbre vos mystères, ceux de l’incarnation et ceux de la Rédemption ; les mystères de Marie, ses fêtes et les fêtes des saints de Dieu : tout cela, par rapport à moi, est passé, mais pas pour vous, ô Pensée du Père. Pour vous, ils sont aussi présents que s’ils vivaient à cette heure.

Je célèbre la saint Mess`j’y communie ; c’est aussi présent pour vous, mon Dieu, que si vous agonisiez sur la Croix et rendiez l’esprit. Je puis dire que je suis à la dernière Cène, avec vous et vos apôtres ; je pus croire que je suis au pied du gibet du Golgotha , à côté de votre sainte Mère et de saint Jean.

Quelles grâces amènerait cette pratique d’être attentif, sans cesse, à sa Pensée éternelle du Père ! Ce serait entrer vraiment en participation de son éternité, de sa stabilité. Je ferais comme immobile, immuable, toujours le même au milieu des vicissitude et changements d’ici-bas, je demeurerais suspendu à la pensée du Dieu qui sait tout, mon passé mon avenir, du Dieu à qui je m’abandonne, en plénitude de foi et d’amour, à tout instant.

Seigneur Jésus, qui êtes cette Pensée éternelle de Dieu, introduisez-moi en ce secret adorable, où il fait si bon d’habiter. Que j’y suspende ma pensée et ne l’en détache jamais. Que ma pensée en rejoignant la vôtre, m’établisse pour toujours en l’idée que vous avez conçue de moi, depuis les siècles des siècles, et que vous concevrez toujours, quand le Père vous engendre, c’est-à-dire inlassablement.

Je m’abandonne à ce plan éternel de Dieu sur moi, Il se réaliserait, sans doute, même si je ne le voulais pas. Mais en y acquiesçant ; en m’y prêtant, en le volant, il semble que je coopère en quelques façon à son développement. Mon Père travail jusqu’à présent, disiez-vous, et moi j’agis sans cesse (1). Il semble qu’en pensant avec votre pensée, je réponds à votre action constante sur moi ; et ainsi vous m’établissez à jamais en vous.

Références

1- jOAN ., v.,17


La Pensée vivante - 28

Troisième Partie- O Verbe Éternel

 O verbe éternel !

Tandis que Jésus-Hostie vit en ce moment dans mon âme qu’il éblouit de sa lumière, qu’il embrase de ses ardeurs, la grâce eucharistique m’unit à la vie qu’Il est comme Verbe du Père ; elle me mêle à ce principe d’activité immanente qui s’appelle en Dieu la vie, elle me fait participer aux actes vitaux d’intelligence et d’amour qui sont la vie de Dieu, en lui.

Le Verbe est la Pensée vivante d Père; elle est toute vie. Je suis la vie, disait Jésus (1). Sa vie, c’est d’être engendré au Père par la connaissance que celui-ci a de lui-même ; et c’est, avec le Père, et de faire procéder de lui, Pensée éternelle, l’éternel Amour.

Il est la Pensée vivante du Père, parce que cette Pensée porte, depuis les siècles infinis, en elle-même, le dessein de cet immense univers crée, formé dans ses idées éternelles, monde exemplaire où tout ce qui existe vit et subsiste : Ce qui a été fait était vie en lui (2).

Par ma création, je suis sorti de la Pensée vivante que Dieu avait de moi-même. Je suis né dans cette vallée dont le péché a fait un lieu d’exil et de larmes. Je ne plus ce que Dieu avait conçu de moi. Mais, au baptême, mon âme reçut le privilège de pouvoir revenir à sa pensée, abîme de vie; retour, dans l’effort moral, et qui constitue l’activité de ma propre vie, ici-bas, en attendant de ne plus vivre que de la sienne, là-haut.

J’ai été touché comme par un aimant ; je n’ai plus de mouvement de vie qui ne me porte à rechercher sa vie. En vain, je m’agite et je m’inquiète continuellement pour retrouver cet aimant, mon bien. C’est Dieu, bien suprême, que je recherche désormais, tant je me sens fait pour lui ; fait pour vivre de sa vie, pour penser et aimer avec lui, pour le connaître, pour l’étreindre à jamais.

O Verbe éternel, j’étais impuissant à réaliser ce retour à la vie. Votre bonté s’inclina jusqu’à moi, vous vous êtes anéanti, comme dit l’apôtre, vous qui étiez Dieu (3) pour me chercher , pour me retrouver, brebis errante qui périssait (4), vous êtes venue me découvrir les sentiers qui mènent à la vraie vie.

Tous les exemples que nous laisse cette sainte humanité, exemples de religion profonde, d’adoration ,d’action de grâces, de supplication et d’expiation sont vie pour moi ; sans cesse ils accroissent ma dépendance à l’égard de mon Dieu.

Exemples de sa pauvreté, de son humilité, de sa souffrance, de sacrifice ; ils sont vie pour moi, en donnant la mort à mes sentiments naturels, travaux de sa vie cachée, labeurs de sa vie apostolique, ses fatigues, ses douleurs, ses épines, ses fouets, les outrages inouïs faits à sa sainteté, ils sont vie pour moi ; sa mort est ma vraie vie.

Sa résurrection, son ascension, sa gloire dans les cieux, tout cela est vie, sa vie éternelle, pour moi, je m’y abreuve, comme à des sources intarissables de vie, au fleuve de la vie qui est la Pensée vivante de Dieu.

Or, c’est vous, Jésus-Hostie, Eucharistie saturée de cette vie, qui me donne communion à la Pensée qui vit dans le Père et dans vote humanité sacrée, Pensée incarnée. Votre sacrement pour lequel sont institués toutes les autres a précisément comme effet propre de me la communiquer, N’est-ce pas vous, Seigneur, qui disiez : si vous ne mangez la chair du Fils de l’Homme, si vous ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous (5) ?

Le Canon de la sainte Messe vous appelle le Pain saint de la vie éternelle. Combien de fois, dans le saint-sacrifice, ne fait-on pas allusion à cette vie éternelle que vous êtes? Et lorsque le prêtre de Dieu dépose sur mes lèvres votre corps sacro-saint ne demande-t-il pas à cette chair vivifiante de me garder en vue d la vie éternelle ?

Pensée vivante du Père, et qui s’est faite ma chair, afin de vous unir à moi ; qui, en vous unissant à moi, me fait communier à votre vitalité éternelle, arrachez-moi à ma propre vie si naturelle encore, si vaine en ses pensées frivoles et inutiles ; enlevez-moi à ces pensées qui doivent mourir sa cesse, pour river mon âme à votre pensée qui vit !

Ce matin, où j’ai le bonheur d’être nourri, encore une fois, de toute ce que vous êtes, ô Jésus, oriente cette âme vers vous, vie qui demeure, principe adorable d’actes vitaux qui, en moi, en connaîtra ont plus la déficience des pensées infécondes. Établissiez-moi en vous, Idée éternelle de mon être, et en qui j’ai vie, la vôtre. Ainsi soit-il !

Références

1- Joan., XIV, 6
2- Ibeid., 1,3
3- Philip., III,8
4- Ps. CXVIII,I à 76
5- Joan,m 54


L'unique Parole - 29


Troisième Partie- O Verbe Éternel

 Parole de mon Dieu !

Père des cieux, vous qui engendrez la Pensée renfermant toutes les pensées, en la produisant vous ne proférez qu’une Parole, votre Verbe éternel ; une Parole, qui n’est pas, comme chez moi, à raison du caractère finie et discursif de ma nature, une longue suite d’entretiens avec moi-même ou avec d’autres, votre Parole est recueillie en un point un seul, un point infiniment simple , indivisible.

Seul, vous pouvez la prononcer ; seul aussi, vous pouvez l’entendre. Pour énoncer une seule de mes pensée, j’ai besoin de plusieurs paroles. Mes lèvres n’y suffisent même pas; tant de mes pensées resterons étouffées en mon esprit qui les concevrait ; car, qui peu dire tout ce qu’il a pensé? Vous seul, mon Dieu, pouvez dire tout ce que vous pensez ; car, pour le dire, il vous suffit de votre seul Parole, l’unique que vous proférez. Vous ne savez bien la dire qu’à vous-même, et personne ne vous répondre : elle exprime, en effet, toute l’étendue de votre science infinie.

Mais, vous m‘aimiez tellement que, malgré mon indignité et mon incapacité à vous entendre, vous n’avez pas voulu tenir pour vous seul, les secrets de vote cœur de Dieu, de Père, et qu’avez-vous fait ? vous avez envoyé votre Parole à ma nature corporelle (1) ; vous l’avez revêtue de quelque chose de sensible, vous accommodant à ma nature. Vous l’avez enveloppée d’une chair mortelle, l’exposant à tous les yeux : Et la Parole s’est faite chair et habita parmi nous (2). Et nous l’avons entendue, cette Parole, qui se disait depuis l’éternité ; nous l’avons vue de nos yeux, nous l’avons dévisagées, nos mains ont touché la Parole de la vie (3).

Et quand elle remonta au ciel, revêtue de ma chair, elle ne m’a pas laissé orphelin, elle s’est perpétué, elle se perpétue dans Jésus-Hostie afin de me le donner à manger, afin de me fortifier, afin de féconder, par elle, mon âme assoiffée de connaître et d’aimer Dieu.

Jésus-Hostie est la Parole eucharistique du Père ; la Parole capable de s’insinuer en moi, de me remplir d’elle-même et de révéler à mon âme tant de merveilles qu’elle énonce au cœur de ce divin Père.

O Parole admirable, qui faites taire toute les pensées et les paroles de l’homme, quand il veut parler de vous ! Parole infinie qui, à vous seule, exprimez en plénitude la science infinie, de Dieu, le Père, je vous adore, faisant silence absolue en mon être muet d’admiration et d’étonnement…

C’est vrai, Seigneur, je ne vous comprend pas… Dirais-je que je le regrette ? Non, certes; car si je vous comprenais, vous ne seriez plus l’Infinie que j’adore.. Mais alors, comprenez-moi, et il me suffit. Submergez-moi, ensevelissez-moi en l’abîme insondable de vos secrets divins. Faites cesser toute parole humaine sur mes lèvres, en mon cœur, les paroles inutiles surtout, et que je ne sache plus que parler par vous.

Seigneur Jésus, Eucharistie et Parole de vie, parlez-moi le propre langage de Dieu. Dieu n’entend, au vrai, que votre Parole, puisqu’il se la dit, éternellement. Quelle grâce et quel bonheur ! Pour parler à mon Père des cieux j’ai, dans son incapacité, votre Parole. Elle est véritablement mienne, puisqu’en cet instant de ma communion, elle prend domicile en ma chair, y créant comme une nouvelle incarnation. Elle m’appartient donc, je puis en disposer totalement.

Oui, c’est l’heure e dire avec le Psalmiste : Mon cœur a exhalé une bonne parole (4). Mon Die, Père de Jésus et mon Père, j’ignore vos infinies grandeurs ; mais il suffit que votre Verbe éternel, Parole de mon Dieu, les connaisse parfaitement. J’ai l’intention, en ce moment, d e vous dire, par cette Parole de la vie, toute ce que, dans l’unité de la Trinité, elle vous exprime ineffablement. Là, Dieu comme vous-même, elle est votre égal ; incarnée dans mon cœur, il a profère comme Homme-Dieu, Hostie d’un sacrifice et dans ma communion, avec tous les respects, toutes les hommages les plus profonds, les humbles, par lui et en lui, je vous dis ce que je suis incapable de vous dire.

Oui, mon cœur exhale une bonne parole. C’est la sienne. Écoutez-la, exaucez-la; la sienne, vous ne la repoussez jamais ; elle vous charme; car, c’est une parole douce (5), plus douce que le ciel qui découle des rayons (6). Je vous la redis, en lui, par lui et avec lui, avec la sainte intention de redire à Dieu toute ce que lui dit son Verbe adorable, Parole devenue la mienne, par le don gratuit qui vient de m‘en être fait.

Références

1- Ps., CVI,20
2- Joan.,I,14
3- Jaon.,I,I
4-Ps., XLIVV,I
5-Cant,, II,14
6- Pas., XVIII,I


 La puissante de la Parole - 30

Troisième Partie- O Verbe Éternel

Parole de mon Dieu !

Je possède en moi l’unique Parole du Père, en possédant Jésus-Hostie, Verbe Incarné, fait eucharistie. Et cette Parole unique, en laquelle il peut dire lui-même et toutes choses, c’est la Parole toute-puissante, par qui toutes choses ont été faites, et sans laquelle rien n’a été fait (1).

Et, elle, pour Dieu, dire et faire, c’est une seule et même chose. Vous dites, Seigneur : Que la lumière soit, et elle fut… Que le firmament soit, et il fut (2). Bien plus, la puissance infinie de votre Parole ô Verbe que j’adore en moi, fait de rien tout ce qui est ; et elle peut, si elle le voulait, le réduire à rien.

Or, cette puissance ne s’arrête pas là. S’il lui plaisait, votre seule Parole peut produire cent milles ondes plus splendides, plus riches, plus grands que celui que j’admire. Chacun de ces cents milles mondes pourrait se dépasser en splendeur, en richesse, en grandeur, dans la mesure qui séparer le grain de semble comparé au monde qui est. L’imagination, se perd à se figurer ces disproportions indéfinies. Et cependant, il suffirait à votre Verbe de dire, et il serait fait ; une seule Parole peut créer et peut détruire et faire encore et toujours plus beau, plus digne de vous ! et tout cela serait fait de rien… Mon esprit se perd, et se confond devant tant d’abîmes ; il doit confesser qu’il est impuissant à concevoir la plus petite partie de la puissance infini de la Parole.

Et s’il vous plaisait, par votre Parole, ô mon Dieu, de créer et de réunir ces cent milles mondes, plus eaux les uns que les autres, dans un seul grain de sable, qu’est-ce donc qui pourrait vous en empêcher ?

Il n’y a qu’un être libre qui puisse résister à la puissance de la Parole qui appelle; c’est du cœur opiniâtre, un cœur rebelle à ne pas couloir se rendre à Dieu qui le sollicite.

Mais je ne veux pas être ce cœur-là, orgueil incarné d’une créature qui refuse d’obéir à l’appel de la Parole du Père. C’est pourquoi je livre, en ce moment, mon être tout entier à la puissance du Verbe éternel, à la parole de mon Dieu.

Parole du Père, par laquelle j’ai été fait, et sans lequel je ne serais pas, je vous adore, je vous bénis, je vous rends grâces. Vous ne deviez pas, absolument, me créer. Je n’étais pas nécessaire, pas même utile. Vous gloire n’en pouvait être augmentée.

Vous l’avez voulu, cependant, et je fus créée. Vous m’avez tiré du néant pur être quelque de chose et même quelqu’un ; car, vous m’avez donnée une âme pour connaître et aimer mon Dieu, Trinité que j’adore, pour aspirer, après l’exil de cette vie, à le rejoindre, à le contempler, à jouir de lui, à m’abîmer en l’océan divin de son repos.

Et pour assurer cette jouissance dans l’ivresse de l’amour éternel, vous vous êtes faite , ô Parole le pain qui me nourrit, le sang qui me désaltère. Vous me re-créez, chaque matin, s’il se peut dire, en renouvelant la jeunesse de mon âme, en la sanctifiant davantage, en l’adaptant toujours mieux aux opérations mystérieuses, par les lesquelles, Parole créatrice, vous refaites mes déficiences et les transformez en grâces nouvelles, qui me transfigurent en votre image.

O Parole, puissiez-vous être dite, inlassablement, sur moi ! Dites-la sur moi, aujourd’hui, à tout instant du jour et de la nuit. Si vous êtes la Parole incarnée, Seigneur Jésus. N’est-ce pas pour que vous puissiez m’arracher a néant de mes sottes imaginations, de mes vaines pensées, de mes inutiles soucis, de mes vaines pensées, de mes inutiles soucis, de mes vouloirs si souvent pervers ?

Dites, et je deviendrai moi-même parole de la Parole. L’idée adorable que vous avez conçue de moi avant la constitution de ce monde, vous l’incarnerez toujours mieux de mon être si fragile et si fiable. Et je pourrai devenir parole agissante, parole féconde autour de moi. Je dirai, moi aussi, et il se fera de belles choses ; les âmes en m’écoutant, deviendront meilleures. Votre puissance vivifiera tous les mots qui jailliront de mes lèvres, comme des étincelles qui les éclaireront, qui le embraseront et les rapprocheront de vous, vous, la Parole, pour recevoir l’influx, auquel elles ne pourront résister, de cette ineffable puissance.

Références

1- Joan,, I,3
2- Gen.,I,3,6