DU COMITÉ DIOCÉSAIN DU MINISTÈRE PRESBYTÉRAL

AS-TU DÉJÀ PENSÉ À
DEVENIR PRÊTRE?


LE GRAND SÉMINAIRE, ÇA TE DIT QUELQUE CHOSE?

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Prêtres du Monde

auteur

+ Sr Denise Christiaenssens
Ermite de la croix o.f.s.

Rimouski Qc. Canada

Titre de la série :
MISSA EST
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Début de la messe

Nom de l'auteur:
Abbé Daniel-Rops

 

 

Début de la messe

I PRIÈRES AU BAS DE L'AUTEL

INTROÏBO AD ALTARE DEI

Voici le seuil de la Messe : introïbo, je vais entrer jusqu'à l'autel de Dieu. Ces premières prières sont d'approche et de préparation. Le prêtre les récite, de nos jours, au bas de l'autel ; jadis c'était en venant de la sacristie, en oraison intime, et un certain caractère privé leur en est resté. Dans l'historique de la Messe elles sont récentes ; le germe n'en apparaît point avant le VI le siècle et c'est en 1570 seulement que l'usage en devint général, partout oit saint Pie V rendit le Missel romain obligatoire. Le sens est beau, de ce psaume XLII que, déportés « sur les bords des fleuves », les Juifs composèrent dans la douleur de l'exil. Ils y criaient le regret de leur autel perdu, de la sainte Demeure.

Mais ils y affirmaient aussi une foi plus forte que toute épreuve, une confiance en Dieu illimitée. Aux versets de ce psaume, l'espérance domine la tristesse. Et c'est pourquoi, au sein de la très ancienne Église — à Milan , par exemple, du temps de saint Ambroise — lorsque, la nuit de Pâques, les nouveaux baptisés se rendaient à leur première Messe, c'était ce psaume qu'ils chantaient. « Je vais entrer jusqu'à l'autel de Dieu, du Dieu qui comble de joie mon âme rajeunie. » Dans la perspective de ce renouvellement, de cette jeunesse retrouvée, comme ils prennent tout leur sens, ces versets bibliques ! Une âme jeune, une âme comblée de joie, voici donc ce que nous apporterons au Dieu de vie.

Je viens ici, Seigneur, dans l'élan de mon âme, avec tout ce que je possède d'espérance et d'amour. Je veux que cette Messe soit une halte heureuse dans ma vie, qu'elle me rende des forces pour en suivre, d'un coeur plus ferme, le chemin, et que ce poids, si souvent intolérable, que je suis à moi-même, s'allège par la Miséricorde et le Pardon. Il est tant d'heures, mon Dieu, où je suis détaché de Vous, absent de moi, abandonné à toutes les trahisons I Rendez-moi présent à Vous, présent à moi : c'est la même chose. Je veux que cette heure-ci, sanctifiée de votre Présence, soit de fidélité, de ferveur et de joie.

Enlevez de moi cette âcreté qui me sèche la bouche, cette aigreur et ce tourment dont je me fais complice, ce désespoir sans cesse menaçant. Délivrez-moi de ma misère intérieure, de tout ce qui me tire vers le bas, de ce mal que je hais et que je fais quand même Au seuil de cette Messe, préparez-moi tel que Vous me voulez.

Ma confiance en Vous est totale. Mon premier mot ici veut être d'abandon. Je crois, j'espère en Vous; Vous êtes ma seule certitude et ma seule force. Et c'est parce que je me sens en Vous si faible, et tout entier remis entre vos Mains, Seigneur, que je me sais fort.

Joie donc, oui joie en Dieu! C'est une jeunesse nouvelle qui m'attend et dont mon âme va se trouver pleine. Dans ce face à face auquel je me présente, inondez-moi, Seigneur, de votre Lumière, et que je sois sans cesse désormais, sur ma route, conduit par votre Vérité, qui est amour.

 


CONFESSION GÉNÉRALE

Au moment de laisser emporter par la joie, l'âme sent en elle un poids qui la retient. Entre Dieu et elle une barrière est dressée. Elle sait le sens de ce boulet, de cet obstacle : son nom est péché. Dans la primitive Église, plus proche du coeur du Christ, plus spontanée, on n'éprouvait pas le besoin d'implorer le pardon au seuil de la Messe. (.Pourtant n'était-ce point un rite pénitentiel que le lavement des pieds institué par Jésus avant la Cène ?)

Peu à peu, l'usage de s'avouer pécheur et de réclamer la Miséricorde s'introduisit. Entre le VU le et le Xle siècles, sous le nom d'Apologies, furent rédigées par de saintes âmes des « prières d'excuses », sortes de plaidoiries mêlées d'aveux. Le Missel romain de 1570 donna à l'une d'elles sa forme actuelle de drame, avec ses quatre temps, comme dans un procès : comparution, aveu, intercession, pardon. Prière publique, qu'à voix alternées, prêtre et fidèles prononcent, prière collective où le péché, cessant d'être une affaire privée, est évoqué devant l'Église entière, ses saints, ses témoins, et même les Puissances du Ciel, le Confiteor donne pour la première fois, à la Messe , son sens de communauté, de Communion. Et le geste répété de la main frappant la poitrine, lu coulpe, vieux geste biblique et monastique, soulage dans le repentir l'angoissante tristesse du pécheur, car il est dit dans l'Écriture: « la prière de qui s'humilie va jusqu'aux cieux. » (Eccle. xxxv, 21.)

TOUTES les Puissances sont là, toutes les Présences exemplaires, pas seulement Celui à qui rien n'est secret, pas seulement la mystérieuse clairvoyance de Ses Anges, mais ces hommes, ces femmes qui ont eu le courage de vivre selon l'amour, les saints et les martyrs dont la seule existence me condamne.

Et moi, qui suis devant eux en posture d'accusé, à la voix qui va s'élever et me demander des compteS, que répondrai-je? La certitude d'être coupable me serre la gorge et m'interdit toute défense.

Voici donc mes actes, même ceux qu'aucune justice humaine ne réprouve, mais dont je sais pourtant combien ils furent médiocres, suspects, ou pis encore. Voici mes pensées secrètes, ces bas- fonds de misère et d'abjection que cache la surface d'une cons­cience d'honnête homme Et voici tout ce que je n'ai pas fait, mes abstentions, mes lâchetés, mes dérobades, tout l'accablant fardeau de mes tacites complicités.

Que, par trois fois, le geste du repentir, sur ma poitrine, secoue mon coeur, réveille mon âme engourdie d'un mortel sommeil, qu'il la rappelle à ses exigences !

Mais le mystère est là aussi, le mystère de la Miséricorde. Toutes ces Présences, toutes ces Puissances, constituées en tribunal pour le réquisitoire et le jugement, voici qu'elles se font mes intercesseurs auprès de l'Unique. La pureté de la Vierge , et le sang des Martyrs, et la rayonnante patience des Saints, me deviennent sauvegarde. Mystère de la réversion des mérites et de la Communion des Saints.

Et tandis que retentissent les paroles qui m'absolvent, oubliant la crainte qui me traverse de retomber demain et de sans cesse recommencer, je me redresse dans la joie retrouvée, comme dans un subit, un indicible allégement.


LE PRÊTRE MONTE A L'AUTEL
- LE BAISER A L'AUTEL

Les prières au bas de l'autel n'étaient qu'un exorde : le prêtre va monter les degrés. Quelques versets, empruntés à ce psaume LXXXI V, si confiant, qu'on chante au temps de Ne!, ont supplié Dieu de tourner Sa Face vers Son peuple, afin qu'il trouve en Lui sa joie. Mais, au moment même où il gravit les marches, un scrupule revient en son coeur et, par les mots d'une très ancienne prière, qu'on disait déjà à Rome au Ve siècle, il demande encore au Seigneur de purifier cette âme qui va pénétrer au sanctuaire.

Maintenant l'autel est devant lui, la chose la plus sainte de toute l'église, son centre et son sommet, objet mystérieux, d'une signification inépuisable. Symbole du Christ, l'autel n'est-il pas tout ensemble le lieu où reposent la chair et le sang du Crucifié, et, selon saint Ambroise, la figure même de ce corps sacré, puis­qu'au jour de sa Consécration, il a été, comme un Messie, oint du Saint Chrême?

(Cinq croix burinées dans la pierre y rappellent les cinq plaies.)

L'Église aussi y est présente, par ses saints dont les reliques sont incrusées dans la table, par ce prêtre même qui la représente et va y célébrer le sacrifice. Devant une telle grandeur et tant de mystère, ce célébrant fait un acte de religion : il pose ses lèvres sur l'autel. Ce baiser, c'est le signe de l'union, le baiser de l'Épouse à l'Époux, car ce qui va s'accomplir ici n'est rien d'autre que l'union de l'Église à son Maître, de l'âme à son Rédempteur. Et cet élan d'amour qui courbe le prêtre est exactement celui qu'en nos meilleurs moments, nous éprouvons au profond de nous-mêmes, vers cet autel intérieur où le Christ veut être présent.

COMME votre autel, Seigneur, est au coeur de cette église, en pleine lumière, haut placé, dans la solitude des certitudes spirituelles, faites qu'en moi votre souci occupe la place unique, la plus centrale et la plus exaltée.

Comme ce tabernacle abrite votre Présence, vivante, certaine par l'affirmation de toute notre foi, faites que mon âme Vous éprouve, irrécusable, et Vous connaisse, Mon Dieu, plus intime à moi-même que moi

Comme cette table enferme les souvenirs de vos témoins, let reliques de vos Saints, gages de permanence, donnez-moi de sentir mon appartenance à votre Église, et que mon âme s'unisse à sa fidélité.

Comme le prêtre, courbé devant la grandeur et le mystère, s'incline religieusement à votre autel, faites-moi reconnaître ma petitesse et votre gloire, et que, vaincu l'orgueil absurde d'être moi, je m'anéantisse en Celui-là seul qui est.

Et comme ce baiser est un aveu d'amour, la promesse d'une union près de laquelle toutes les unions de la terre sont vaines, faites, Seigneur Jésus, qu'à l'autel intérieur de mon âme, je Vous aime, je Vous possède, et ne fasse qu'un en Vous.

 


LE SIGNE DE L'ENTRÉE
- SIGNE DE CROIX

Se portant du côté droit de l'autel, où l'attendait le livre, le célébrant lit une courte prière. C'est l'introït, l'Entrée, — /Ingressa de la liturgie ambrosienne. Pour la comprendre, il faut se référer au vieux rite dont ces quelques versets gardent le souvenir. Très anciennement, dans l'Église -(ont trouve déjà ce rite sous le pontificat de saint Célestin au Ve siècle et il fitt embelli, amplifié par saint Grégoire le Grand), le cortège du Pape, de ses clercs, de ses diacres, de ses acolytes allait solennellement, du palais du Latran au sanctuaire oh la Messe devait se célébrer. Plus tard, encore longtemps, une procession en tint la place.

Des psaumes y étaient chantés en voix alternées, — en antiphona. antiennes : leur choix correspondait aux intentions profimdes du sacrifice du jour, joyeux durant l'Avent, douloureux en Carème, glorieux pour louer les Saints, royaux à l'Épiphanie ou à la Transfiguration. Ainsi était-ce doublement une entrée, une introduction. .De nos jours une seule antienne, un verset des psaumes, ou, plus rarement, de quelque autre Écriture, suivis du Gloria Patri et de l'Antienne répétée, sont comme l'abrégé de ce rite somptueux ; mais cet Introït raccourci, elliptique, a gardé son sens d'introduction spirituelle: changeant de Messe en Messe, il caractérise en peu de mots celle sur laquelle il ouvre. Et, au moment d'en prononcer les paroles, le prêtre trace le signe sacré qui est, plus qu'aucun autre, celui par qui tout commence, comme tout se fiait par lui et tout s'achève, le geste qui contient la plénitude des mystères, le signe de la Croix.

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. — Seigneur. faites que ce geste familier à ma main, si familier qu'il prête trop souvent à la négligence, je le trace ici comme si je le faisais pour la première fois, dans la plénitude de son sens et la joie de sa découverte.

Au seuil de cette Messe, en face de votre sacrifice, qu'il me rende présente au coeur la croix qui me rachète, qu'il associe ma vie à votre vie humaine, mes soufliances à celles que Vous avez accep­tées, et la mort, que j'attends et subis dans la crainte, à cette mort d'holocauste que Vous avez voulue et consommée d'amour. Faites, Seigneur, que ce simple signe se charge du mystère des Noms ineffables que je prononce, que vos trois Personnes ordon­nent ma volonté, mon coeur et l'élan de mon âme, et que la Grâce du Fils soit ma force et mon guide pour Vous atteindre, Père, dans les certitudes et la lumière de l'Esprit.

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. — Seigneur, du front à la poitrine, de l'épaule à l'épaule, que ce geste plénier rassemble toutes mes pensées, enveloppe tout mon être, et que l'homme de péché, dont Vous seul savez vraiment toute la misère, se sache béni par Vous, apaisé, consacré.


V-  KYRIE ET GLORIA
- LA PITIÉ  ET LA GLOIRE

Les deux thèmes qui sans cesse vont revenir flans la Messe , comme les motifs musicaux d'une symphonie, les voici associés en deux prières qui se complètent, le Kyrie et le Gloria. Glorifier Dieu et l'implorer sont les deux intentions religieuses de l'homme ; c'est parce que nous savons qu'il est la Toute-Puissance que nous le supplions d'avoir pitié de nous. Et le geste si beau du prétre, étendant les mains puis les élevant, enfin les rejoignant, n'exprime-t-il pas toutes ensemble ces intentions inséparables? Mouvement qui dit l'élan vers les choses célestes et implore le salut avec une ferveur redoublée.

Venu de l'Orient grec, dont il conserve la langue, peut- être de Jérusalem oh hi pèlerine espagnole Ethéria l'entendit déjà chanter vers l'an 500, le Kyrie est un reste des litanies dialoguées, des prières par acclamations, que l'Église primitive laissait jaillir de son âme. Au moment oh, l'Introït franchi, on aborde vraiment la cérémonie, par trois versets empruntés à l'Écriture, cette sobre prière avoue, du fond du cœur, à chacune des Trois Personnes divines, le besoin et le désir irrésistible du salut.

Puis, aussitôt, l'hymne éclate pour dire la Majesté de Dieu. Très ancienne prière, dont la trace se retrouve au fie siècle, que la Messe romaine connaissait au VIe, le Gloria commence par emprunter aux anges le chant dont ils louèrent « Dieu dans les hauteurs »: toute Messe n'est-elle pas un Noël, ne célèbre-t-elle pas la venue du Seigneur? De ce verset d'Evangile, les siècles de grande fin firent couler la louange comme un fleuve d'amour et de confiant abandon.

Mais cette gloire du Père ne rappelle-t-elle pas l'homme à sa misère? C'est pourquoi s'adressant au Christ médiateur, l'hymne reprend l'appel à la miséricorde : parce qu'il est Saint, Seigneur, Très-Haut, Jésus nous sauve. Et comme luit, dans l'âme du croyant, la promesse du salut, c'est sur la gloire étincelante du Fils, de l'Esprit et du Père, que se clôt cette hymne, une des plus belles qui soient, d'une sublime simplicité.

CEPENDANT que, trois fois, le triple appel monte vers Vous, du fond des siècles et des âmes, cri de désir, supplique de pardon.

Cependant que le choeur des anges et les voix immémoriales de nos frères en la foi acclament votre Grandeur et Vous rendent grâce au nom de votre Gloire, faites seulement, Seigneur, que dans mon âme pacifiée s'établisse votre silence, ce silence où je sais que Vous êtes présent, afin que j'y puisse prononcer ces simples mots : « Mort Dieu je Vous implore; mon Dieu, je Vous adore; mon Dieu, ayez pitié. » — Car tout est dit par là.


VI UNIS DANS LE SEIGNEUR
- COLLECTE

Adorer et implorer seul ne suffisent pas : toute Messe est communion. Dominus vobiscum! s'écrie le prêtre, tourné face aux fidèles, les bras ouverts, — « Le Seigneur avec vous » et dans ce geste, dans cet antique salut emprunté à la Bible , que huit fois, la liturgie répétera en ses plus graves moments, il semble qu'il veuille saisir tous, les fidèles, les réunir tous en son imploration. Tel est le dessein (les oraisons de la Collecte qui vont se succéder, frappées en médailles, sobres comme des inscriptions latines.

Voici donc un des trois grands temps de prière durant la Messe (les autres sont la Secrète et la Postcom ­munion) ; ces oraisons, qui s'adressent à Dieu dans son Unité, le prêtre les dit, mains étendues, inclinant la tête vers la croix de l'autel, s'il prononce le nom de Jésus, et le peuple les écoute à genoux. Est-ce parce qu'elles résument et ramassent toutes les intentions du sacrifice du jour qu'elles portent ce nom de « collecte »?

Historiquement, le mot évoque la très ancienne coutume qu'on pratiquait à Rome , vers le Ive siècle, de réunir la communauté chrétienne dans une église pour la mener solennellement au sanctuaire oit la Messe devait se célébrer : la collecte est donc la prière de la plebs collecta, du peuple rassemblé. Avaient-ils donc tort, les chrétiens du moyen âge qui, élargissant le sens, traduisaient le mot par « prière commune »? En prononçant ces oraisons, ce sont tous nos désirs, toutes nos intentions que le prêtre ramasse en gerbe et offre. Et le baiser qu'il donne, de nouveau, à l'autel, avant de les dire, qu'est-ce, sinon le signe d'une union plus totale de cette âme commune avec le Christ Jésus?

SEIGNEUR, ce n'est pas pour moi seul que je prie, prier pour soi seul n'est pas prier, mais pour ce peuple, invisible ou visible, qui m'entoure, marqué au front de votre sceau, et aussi pour tous ceux qui Vous ignorent et Vous trahissent : tous, nous sommes un en Vous

Je répéterai donc avec tous l'invocation une et définitive que votre Église dit chaque jour différente, parce que chaque jour qui passe a sa façon particulière de Vous louer, de Vous prier, afin qu'un voeu unique et permanent Vous atteigne : de posséder ce qui ne passera pas. D'une âme sans réticences, d'un coeur pareil à celui d'un enfant, je m'unirai aussi à ces prières qu'humblement votre Église en cet instant Vous adresse, avec des mots simples et forts, pour que la persécution, la famine, tous les maux, épargnent la chrétienté entière, et que Vous donniez de la pluie à nos champs.

Et, par l'exemple de ces saints dont notre Messe fait mémoire, proches ou lointains, connus ou inconnus, je participerai au témoignage sans cesse repris et répété que des générations Vous donnèrent, afin que, par mes lèvres, le cri même de l'Église universelle s'élève jusqu'aux pieds de votre Éternité


VII LECTURE AU NOM DE DIEU ÉPITRE

Avec l'Amen qui termine la Collecte s'est achevée la première partie de l'Avant-Messe. A l'acte religieux de prier va succéder l'acte religieux d'écouter. « J'ai une parole du Seigneur pour toi », dit la Bible (Juges III, 20); c'est à 'chacun de nous que la parole du Seigneur est adressée.

Pour trouver l'origine des lectures, il faut remonter au plus loin des traditions chrétiennes, et même, par delà elles, au coeur des fidélités d'Israël. Le service à la synagogue les comportait : aussi voit-on Jésus lire Isaïe devant ses compatriotes (Lue, Ie, 16, 21) et saint Paul , dans ses missions, assister à de semblables lectures (Actes des Apôtres mn, 14, 16). L'usage en fut gardé pieusement par la primitive Église : elle leur donnait une ampleur considérable, et eût été surprise de les voir réduites aux deux brefs morceaux, Épître et Évangile, de la Messe d'aujourd'hui.

Tour à tour des passages de l'Ancien Testament, puis de lettres d'Apôtres, enfin un fragment d'Évangile, étaient proposés à la méditation des fidèles, division tripartite dont le vénérable office du Vendredi-Saint garde encore le souvenir. Ces lectures n'étaient pas non plus découpées, délimitées d'avance : on lisait en suivant le texte, laissant à l'évêque le soin d'arrêter quand il estimait l'enseignement suffisant. Ce n'est pas avant le Missel romain de 1570 que l'usage prévalut définitivement de choisir deux fragments préalablement déterminés, adaptés par leur sens à la fête du jour.

Premier texte lu, l'Épître, selon son nom, — epistola, — est un passage de lettre ; tous les dimanches, c'est d'une lettre d'Apôtre qu'il est extrait, presque toujours de l'Apôtre Paul. Aux autres messes, des Saints, du Carême ou des Quatre-Temps, c'est souvent aux prophètes de l'Ancien Testament qu'il est demandé de nous instruire : l'Épître devient alors la Lecture, lectio. Dans les deux cas l'intention est évidemment la même : c'est par l'entremise des hommes que Dieu d'abord nous parie, par ses témoins, ses inspirés, comme pour nous préparer à recevoir directement son message ; cette lecture est filite an nom du Seigneur.

AINSI qu'au bord des fleuves Israël en exil écoutait la voix de vos prophètes lui crier l'espérance, ainsi que le peuple opprimé lisait et relisait votre Loi comme le plus sûr garant de sa fidélité, Ainsi qu'aux premiers temps l'Église écoutait les lettres de vos Apôtres lui expliquer la joie et l'amour du Sauveur, Ainsi enfin qu'aux jours d'épreuve vos martyrs recevaient de ces textes l'explication même de leur sacrifice,

Veuillez, Seigneur, que ces phrases de vos témoins trouvent mon âme ferme, fervente, prête à l'enthousiasme et à la foi, et que j'y sache entendre le son de la Parole, telle qu'elle nous est adressée depuis l'origine du monde : votre Voix, Seigneur, dont il est dit qu'elle brise toute solitude et emplit de force ma poitrine, cette Voix, qui, un jour d'août, sur la piste de sable, sut vaincre d'un seul mot votre ennemi Saiil, en le frappant au coeur.