| |
| XXVII- COMMUNION DU PRÊTRE |
| LE PRÊTRE SE COMMUNIE |

Maintenant le célébrant s'apprête à communier. Il récite deux prières ferventes, l'une qui supplie le Christ, donneur de vie, de sauver son serviteur et de l'unir à Lui, l'autre par laquelle son être entier se reconnaît indigne d'un don si inconcevable et implore pour qu'il ne tourne pas à sa condamnation. Elles sont belles, ces prières, mais subjectives (leur introduction relativement récente, vers le Xe siècle, en est une preuve) elles n'appartiennent pas à la ligne première de la Messe , à sa plus profonde intention qui est, on le sait, d'associer toute la chrétienté à l'acte liturgique. C'est cette volonté d'union collective, de participation, que chacun doit éprouver en soi.
La Communion du prêtre est indispensable, partie intégrante de la Messe , si, nécessaire qu'au cas où le célébrant se trouverait empêché subitement de l'accomplir, un autre prêtre devrait aussitôt se substituer à lui et communier pour lui. Qu'est-ce qu'un sacrifice qui ne serait point consommé?
Avec le célébrant et par lui, que chacun donc le consomme ! Le prêtre tient notre place ; il sacrifie pour nous. Les mots mêmes qu'il prononce ne font-ils pas écho à ceux qui se formulent dans le plus profond de notre âme?
Mots d'humilité repris au touchant centurion de Capharnaüm, mots de gratitude émerveillée devant ces richesses offertes, mots de confiance lorsque le rite s'achève : c'est par le Corps et par le Sang du Christ que je vivrai, moi, indigne, en Dieu et dans l'Éternité... M ON esprit s'abîme en votre Présence et mon âme a faim et soif de Vous; il n'y a plus rien en moi que votre attente, rien que l'anxieux silence où Vous allez venir.
|
Jamais je n'ai autant éprouvé ma misère, la profondeur sans borne de mon indignité; jamais je n'ai tant senti en moi, intolérable, le poids de l'être indigne que je suis; jamais je n'ai si fortement compris que par moi-même, je ne suis rien, je ne puis rien; et c'est vraiment dans la nudité totale, et le dénuement, et la détresse, que je m'agenouille devant Vous,parce que j'ai placé en Vous mon unique espérance et que je sais que Vous ne la décevrez pas.
Je crois que c'est Vous-même qui allez être en moi, pour moi et contre moi, la force et la plénitude de la vie; je crois que, d'un seul mot, Vous rendez sain ce qui était malade, et pur ce qui était souillé; je crois que Vous êtes ici présent dans l'Hostie et dans le Calice — Mon Dieu, de toute mon âme, je crois en Vous ! |
|
XXVIII COMMUNION DU FIDÈLE
LES FIDÈLES VONT A LA TABLE SAINTE
|

C'est au tour du fidèle de recevoir son Dieu, de s'unir à lui, car communier est plus que recevoir. Originellement la distribution des Saintes Espèces s'était faite à la table même de l'Agape, puis la coutume fut que le clergé les distribuât dans les rangs des assistants : depuis le I Ve siècle ce sont eux qui se dirigent, graves, vers cette « Sainte Table » dont le nom évoque le souvenir de celle de la Cène. Primitivement aussi le pain consacré était reçu par chacun « dans la main disposée en creux » (les Pères de l'Église ont vu là un moyen de sanctification des sens) et les fidèles buvaient tour à tour au Calice. La communion sous les deux espèces, encore en usage chez les Grecs, a duré en Occident jusqu'au XIIe siècle et ne fut officiellement supprimée que par le Concile de Constance en 1418. Pas davantage, aux temps anciens, quand le peuple s'associait activement à la Messe , ne lui faisait-on interrompre la grande prière liturgique pour dire, chacun en soi, le Confiteor; mais, par contre, le Chant de Communion, comme il en va encore aux Messes solennelles, était celui de toute l'assemblée.
L'un après l'autre, agenouillés, nous tendrons la bouche vers le pain de vie. « Que le Corps de Notre Seigneur Jésus-Christ garde ton âme en la vie éternelle ! » répétera le prêtre à chacun, en déposant l'Hostie entre ses lèvres. « Corpus Christi ! » disait, plus simplement, l'ancienne Église, celle de saint Augustin ; en ces deux mots n'est-ce pas toute mon attente qui se trouve comblée, toute mon espérance qui s'exprime, toute ma foi, tout mon amour?
A UCUN mot n'est capable dans aucune langue de la terre, pas même ceux qu'on murmure dans le secret du coeur, de dire ce que je voudrais dire en cette minute, car ma joie n est plus d'ici-bas.
Je sens sur moi luire la lumière de votre Face, au plus profond de moi brûler la douceur de votre amour; Vous êtes en moi, je suis en Vous, tout est mystère : mon âme se tait et mon esprit adore, prostré. Il n'y a pas de gratitude humaine pour correspondre à ce don qui est si loin au-delà de l'humain; il n'y a pas d'amour qui puisse être réciproque à celui pour lequel Vous Vous êtes livré ; il n'y a pas d'offrande et de promesse qui ne soient misérables auprès de votre exemple et de votre oblation. |

Quoi donc Seigneur? que Vous donner? que Vous dire? Rien, sinon Vous-même, reçu dans le silence et l'abandon.
Alors, en mémoire de ce jour de mon enfance intacte où je Vous ai possédé pour la première fois, je Vous demanderai seulement de faire de moi selon votre désir, de me garder tel que Vous me voulez être, de m'associer à l'Hostie que Vous êtes, avec ma Croix, mes joies, mes espoirs et mes déceptions,d'être plus moi que moi, de vivre de ma vie. — Mon Dieu, faites que je sois comme un enfant entre vos Mains.
|
XXIX SOUS LA MAIN DE DIEU
BÉNÉDICTION
Après la Communion , la Messe s'achève presque tout de suite : certains s'en montrent étonnés ; ils préférent qu'un temps leur soit laissé pour prolonger leurs méditations personnelles et, certes, l'action de grâces de l'âme en qui le Christ repose est l'une des meilleures oraisons qu'on puisse faire. L' Église la recommande. Mais la piété des anciens chrétiens pensait que la Messe entière est une « action de grâces » et que, sanctifié par la présence en lui du corps divin, chacun. n'a qu'à prolonger la Messe dans sa vie par l'exercice de la charité, par l'acceptation de la joie et des peines, par l'entretien en soi de la ferveur.
Les prières qui suivent la communion correspondent à deux ordres de signification. Les premières demandent à Dieu de rendre efficaces les dons reçus, de nous maintenir purs, de faire, dit profondément l'une d'elles, que « ce que nous avons reçu dans le temps demeure en nous éternel remède ». Tel est, dans l'ensemble, le sens des prières des Ablutions, dites, depuis au moins treize siècles, au moment où le prêtre purifie tout ce qui a touché la Chair et le Sang, ses lèvres, ses doigts et le Calice ; et la Postcommunion , vénérable soeur de la Collecte et de la Secrète, mobile comme elles selon les Messes, et qui précise comment nous désirons voir durer en nous les fruits du Sacrifice : ce sont là les conclusions à l'acte même de la Communion.
Mais voici quatre données liturgiques qui élargissent les perspectives. Au moment où se termine la halte mystique de la Messe , oit nous allons retourner à la vie, ses périls, ses soucis, ce que l'Église nous rappelle, c'est que nous devons vivre sous la main de Dieu, et que, de fait, c'est cette main qui va nous régir et nous protéger. C'est ainsi la Messe entière qui se trouve en quelque sorte projetée dans notre existence, et continuée. L'Oraison sur le peuple, qui ne se dit plus de nos jours qu'en semaine, du Mercredi des Cendres au Vendredi-Saint, prière d'origine orientale aux accents de bénédiction, rappelle à chacun qu'il doit incliner la tête devant Dieu. Vite Missa est, qui semble n'être prononcé là que pour nous permettre de quitter l'assemblée solennelle, signifie aussi que notre Messe commence, notre rôle : missi() ne veut-il pas dire à la fois « renvoi » et « mission »? Le Placeat, introduit par saint Pie V au X VI e siècle, veut rappeler la présence, en face de nous, de la Trinité Sainte , au nom de laquelle la Bénédiction finale va sur nous s'épandre. D'un geste admirable, si solennel et si important que jusqu'au XIe siècle seul l'évêque eut le droit de le tracer, le célébrant élève au Ciel ses mains, comme pour en attirer sur nous la Grâce, cette Grâce qui va désormais nous accompagner et nous garder. |

Cette Messe, Seigneur, dont vous venez de me donner la Grâce, ce drame où mon être tout entier s'est associé à Vous, ne permettez pas qu'elle ait été, dans ma vie, une heure semblable aux autres : gravez-en la mémoire au plus intime de mon coeur.
Ne m'abandonnez pas ! Que votre main tutélaire demeure présente au-dessus de mon front; semblable à la nuée qui mena votre peuple dans sa marche, qu'elle me guide, me soutienne qu'elle soit mon signe et ma constante pensée.
Faites que moi-même je ne Vous quitte pas, que je me souvienne que Vous êtes toujours là, présent, inoubliable, et que je Vous reconnaisse sur la face du Monde comme dans ces abîmes intérieurs où se prépare mon destin.
Veuillez que toute ma vie soit emplie par la foi, animée par l'amour, exaltée d'espérance, que je supporte d'un coeur également ferme le bonheur et l'épreuve, qu'en moi, autour de moi, tout soit Grâce, et que chaque heure du temps qu'il me reste à vivre soit comme une Messe prolongée.
|

XXX DANS LA GLOIRE DU VERBE-DERNIER ÉVANGILE
Le dernier Évangile, que le prêtre va lire du côté gauche de l'autel, et qu'il entoure d'un rite de vénération, est relatvement récent dans la Messe. Les vieilles liturgies ne le connaissent pas et ce n'est pas avant le X Ille siècle qu'on le trouve dans les Missels. C'est une fleur née de la piété populaire, par la vertu même du texte qui y est dit. Le texte le plus souvent utilisé n'est autre que le Prologue du 1 Ve Évangile, cette sorte d'hymne cadencée, que saint Jean plaça au début de son livre, comme si l'élan spirituel incoercible qui le portait ne pouvait s'exprimer que par ce chant de gloire. Les chrétiens du moyen âge avaient ce texte en particulière vénération, et c'est d'ailleurs pourquoi, de nos jours encore, à la campagne, on le récite, presque comme un exorcisme, pour obtenir le beau temps ou quand l'orage terrifie les coeurs.
C'est encore saint Pie V qui en fit une partie intégrante de la Messe, sa conclusion : inspiration sublime ! Il est beau que le drame liturgique s'achève sur cet élancement dans l'espace. Nul passage plus simple dans tout l'Évangile, nul aussi plus mystérieux. Le Verbe qui était au commencement de tout et par qui toutes choses furent créées, cette Parole qui appelle l'être à la vie et dont l'ineffable lumière nous exalte au-dessus de nous-mêmes, c'est cela même, cette réalité qui est par delà toute compréhension humaine, que nous reconnaissons dans le Christ, Dieu ayant pris chair comme nous. Devant un tel mystère, l'esprit se tait et l'intelligence abandonne, mais la foi parle. C'est parce que le Verbe s'est fait chair et qu'il a dressé sa tente parmi nous que nous avons connu Sa Gloire. Quittons donc la Messe dans le réconfort de cette certitude et que le Verbe éclaire notre chemin !
ET maintenant que je vais retourner dans la vie dangereuse, difficile, la vie quotidienne des hommes, je Vous appelle sur moi, Lumière de la Lumière, Verbe incréé par qui tout est, tout fut et tout sera. Sans Vous, sans votre Force en moi je ne puis vivre pas plus |

J'invoque en Vous la Majesté qui est Justice, je reconnais en Vous l'ultime Vérité, de Vous seul j'attends l'Espérance que mon corps ne vit sans votre soleil; mon esprit n'est que le reflet terni de votre Gloire et mon sang bat au rythme de votre Création.
Ce qui est Grâce, j'adore en Vous l'inépuisable amour. Faites, Verbe de Dieu, que cette ressemblance inconcevable que Vous voulez entre mon âme et Vous, se révèle en mes actes, dans mon coeur s'accomplisse, qu'en mes pires ténèbres je sache Vous percevoir.
Et puisque tout cela est si profond mystère que mon esprit défaille et demeure interdit, Vous qui possédez seul l'explication suprême, répétez à ma foi son pourquoi et son comment. Vous qui avez pris chair dans le sein d'une Vierge, Vous qui avez connu mon angoisse et ma mort, faites, Verbe fraternel, que vers Vous je me dresse confiant, comme vers un être que je reconnaîtrais.
Redites-moi que la Force s'est faite Miséricorde, qu'entre l'Abîme et moi votre Croix est dressée, que le Sang n'est pas vain, que le Salut existe; Mon Dieu, rappelez-moi que Vous m'avez aimé! |
XXXI- PRIÈRE DU MATIN
Au plus lointain des temps, au plus profond de l'âme, le geste de prier dès le réveil est inscrit. Dans l'émerveillement de voir naître un jour nouveau, quel homme, si primitif soit-il, n'a pas senti en lui monter la joie et la reconnaissance? La Bible proclame maintes fois la beauté particulière de cette première prière, de ce « sacrifice du matin » dont il est question dans les Nombres et dont le livre des Rois dit qu'il est « le meilleur de tous ». lin psaume, le vingt et unième, n'est-il pas expressément composé pour cette imploration fervente du seuil de la journée?
La règle des moines, pur trois offices successifs, consacre ces heures merveilleuses : Matines quand le jour n'est encore qu'une promesse, Laudes quand l'aurore sourd aux environs de l'Orient, et Prime lorsque le soleil fait éclater la gloire du Seigneur. « Voici levé déjà l'astre du jour, dit l'hymne de Prime, à genoux prions Dieu! » Et, tandis qu'aux cloches de milliers d'églises, l'Angélus égrène par trois fois ses coups rythmés, du coeur fidèle monte une triple prière, de gratitude, d'engagement et de confiance: un jour nouveau s'ouvre pour Dieu.
D ANS le jeune matin, Seigneur, que ma première pensée vers Vous s élève, Père à qui je dois de voir ce jour! Je ne suis que par Vous; ma chair fut par Vous tirée de la terre inerte; mon âme fut faite à la ressemblance de votre Face; et, du plus profond des temps, je sais que Vous m'avez appelé par mon nom.
Que cette journée qui s'ouvre soit pour moi semblable à une offrande! Dans la beauté du monde, que je sache reconnaître votre splendeur! Que j'aie le coeur ouvert à l'amour, la ferveur et la joie! Que chacune de mes heures s'écoule en votre Présence, Dieu à qui appartient le pourquoi et le comment de tout!
Cette journée sera claire ou sombre : qu'importe? Le malheur et la douleur peuvent en être le lot. Je veux adorer tout ce qu'il m'adviendra durant ces. heures, et, par avance, j'accepte le bon et le mauvais de tout. Fils de Dieu, donnez-moi d'associer mes souffrances aux Vôtres. Vous qui avez connu le fardeau de notre peine et portez avec nous le poids quotidien de notre mort.
|

Protégez-moi, Seigneur, contre moi-même. Je sais de quelle boue je suis pétri. Tant de forces me poussent vers la nuit et vers le gouffre : en moi, autour de moi, tentations et péchés sont coalisés. Que votre Grâce me garde; que votre Image humaine me soit sans cesse présente; qu'elle me conseille et me montre l'homme accompli! Car Vous êtes, Jésus, le seul Modèle : faites que j'aie l'énergie de tendre à Vous ressembler!
Et Vous, Verbe Éternel, Vous aussi, Esprit de Lumière, qui êtes en moi comme l'âme de mon âme et la Présence qui ne se récuse pas, guidez-moi, menez-moi, soyez ma conscience et mon courage! Faites-moi distinguer le tracé de ma route et donnez- moi la force de la suivre jusqu'au bout!
|
XXXII POUR CHAQUE INSTANT DU JOUR
Le temps est oeuvre de Dieu : l'heure lui appartient, et c'est justice que de lui rendre grâce, pour toutes et pour chacune. Ainsi, en Israël, les fidèles marquaient- ils des haltes dans la journée, où leur âme et leur corps, détachés un instant des tâches quotidiennes, faisaient face au Ciel. Ainsi, dans les couvents, la troisième, la sixième, la neuvième heures rassemblent-elles les orants, les orantes, et pour finir, déjà s'obscurcissant, celle où paraît l'étoile Vesper, l'heure des Vêpres. En ces moments choisis, qu'offrir aux Trois Personnes? Rien d'autre que ce que nous sommes, faits de terre, mais rachetés selon la Promesse , rien d'autre que notre vie mortelle mais vouée à la Gloire, notre travail, notre nourriture, notre repos même, et cette confrontation permanente de nous-même à autrui, si souvent pénible, en quoi il nous est demandé de voir une communion.
Je veux Vous consacrer tous les instants de cette journée, Seigneur, même ceux où je Vous oublie et Vous néglige, car Vous êtes présent jusque dans mes absences et fidèle jusqu'au sein de mes pires abandons. Comme le soleil, d'aplomb, illumine la terre à midi, qu'ainsi votre lumière tombe droite sur chacune de mes heures, qu'elle donne à tous mes actes la splendeur de la foi, l'éclat de l'espérance et la douceur rayonnante de l'Amour.
Me voici au travail, mon Dieu et dans l'effort que je poursuis, faites que je retrouve un peu de votre joie, ô Créateur, qui avez fait le monde et appelez l'homme à la Vie afin que votre oeuvre se prolonge et que toute chose créée célèbre votre Nom. Et si la peine est lourde, si la main, le bras et la nuque se lassent, faites, Charpentier Jésus et Marie Ménagère, Vous qui avez aussi connu cette fatigue, faites qu'elle soit comptée pour le rachat de mes fautes, qu'elle me soit à vos yeux, une chance de pardon. Que cette nourriture dont mon corps a besoin soit deux fois l'occasion d'une louange et d'une gratitude, car Vous voulez, Seigneur, que les biens de la terre deviennent force de vie dans ma chair mortelle, et Vous voulez aussi, selon le signe et le mystère, que le pain et le vin constituent pour mon âme le gage d'éternité.
|

Faites aussi, Mon Dieu, que tout instant de repos en cette journée ne soit pas seulement un temps vide, où mon âme, absente d'elle-même, cède à l'ennui ou à la vaine distraction; mais que chacune de ces minutes suspendues me fasse participer à l'harmonie du Monde, à tout ce qui témoigne de votre Présence et reflète en mon coeur l'éclat de votre Gloire.
Et surtout, dans le coude à coude de la vie, donnez-moi, Seigneur, la puissance d'aimer. Que tous ceux qui m'entourent, tous ceux qui me rencontrent, nie trouvent les mains ouvertes, le regard droit et le coeur généreux. Faites que je pardonne et que je me dévoue, que je sache participer aux épreuves des autres et me réjouir aussi, vraiment, de leur bonheur; qu'aucune duplicité ni aucune équivoque ne fausse mes intentions ni ma conduite; faites que je sois patient et bon, pur et droit comme Vous êtes, afin que la Charité du Christ demeure en moi.
|
|
XXXIII PRIÈRE DU SOIR
Dernière prière du jour, celle du soir rassemble et parachève le temps qui vient de s'écouler. Comme celle du matin, elle est immémoriale et plonge ses racines au coeur même de l'homme. En Israël, elle se célébrait avant que la seconde étoile fût allumée. L'Église la nomme Complies : ce jour qui meurt est là, définitif; il est complet et il est accompli. L'office, par trois psaumes, en résume la signification. Ce jour a-t-il été ce qu'il eût dû être, pur et saint, habité par Dieu? Trop souvent la honte et le repentir en sont seuls lu conclusion légitime.
Pourtant, bon ou mauvais, ce jour fut, et « par l'offrande du soir, sortant de l'affliction » (I. Esdras) l'homme aura le désir de remercier, de rendre grâces, pour tout ce qu'il a reçu durant ce proche passé. Enfin l'heure du soir est celle de l'abandon ; le corps va céder au sommeil, l'âme à l'on ne sait quelles obscures puissances ; que la Force et la Lumière suprêmes nous gardent des périls de la nuit ! Et puisque le mystère du soir est un mystère de mort, affronté à la grande échéance dont chaque jour finissant rapproche, nous répéterons les suprêmes mots du Christ, les mots du complet abandon et de la totale espérance : « Seigneur, entre vos mains je remets mon esprit... » Car tout est dit par là. Voici qu'un jour s'achève, Seigneur : un jour de plus, vais-je dire? Un jour de moins dans l'attente de ma mort.
Je passe en revue ces heures encore si proches, inscrites déjà pourtant au livre de votre Jugement, et j'ai le coeur pensif de les trouver si vaines, si occupées de tout ce qui passe et disperse, mais si vides de Vous.
Pardonnez-moi, Seigneur, d'être faible, d'être lâche, de connaître le bien et de le faire si mal, de toujours retomber au même endroit, sur la même pierre , d'être si fade, si tiède, de Vous aimer si peu. Aujourd'hui donc, encore, malgré mille promesses, je Vous aurai trahi et je me serai trahi. Jusques à quand mou Dieu, jusques à quand?
Secouée de repentir, mon âme est lourde et tremble, suspendue à votre pardon. Si je n'avais remis, une fois pour toutes, aux mains du Christ mes fautes et mes peines, seul me resterait le recours à l'abîme du désespoir et du dégoût de moi. Mais il m'a été dit que toute faiblesse en Vous est véritable force : Seigneur, j'ai foi en Vous |

La nuit tombe, la nuit complice de mes ténèbres et je connais ses tentations. Protégez ma demeure, les miens, ma vie, gardez mon âme. Que vos anges emplissent l'ombre de leurs ailes tutélaires, et faites que mon sommeil, habité de votre Présence, soit tout de confiance et de fidélité.
Puis, lorsque viendra pour moi la nuit définitive, lorsque je serai proche de comparaître devant Vous, faites, Dieu Tout-Puissant, par le sang répandu de votre Fils, par la prière très pure de ma mère Marie, que votre Miséricorde apaise mon angoisse et que je m'endorme alors, heureux, dans votre amour.
|
|